Les empiriques dans la tradition champenoise - article ; n°235 ; vol.65, pg 265-277

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Revue d'histoire de la pharmacie - Année 1977 - Volume 65 - Numéro 235 - Pages 265-277
Die Wunderdoktoren aus der Champagne. Obgleich die Volkskunde aus der Champagne weniger bekannt ist, als die anderer französischer Gegenden, ist sie sehr reichhaltig. Die Gegend um Troyes war das größte Zentrum für die Druckerei von Büchern, die durch Hausierhandel vertrieben wurden. Unter anderem waren die Büchern über populären Medizin besonders berühmt. Eine Vielzahl von medizinischen Charlatanen war in dieser Gegend tätig. Spekulierend auf der Unwissenheit ihrer Mitmenschen, priesen sie ihre Wunderheilmittel an, die oft nicht ohne Gefahr für die Gesundheit waren.
Obgleich eine Vorschrift erlassen wurde, wonach sie nicht ohne vorherige Zulas- sungsgenehmigung praktizieren durften, konnte eine Vielzahl von Wunderdoktoren geschmückt mit bombastischen Titeln und eindrucksvollen Namen - in der Gegend von Troyes im Laufe der Jahrhunderte eine Menge Leute beschwindeln.
Auf dem Land waren mehr die Heilpraktiker am Werk. Aus dem Volk stammend waren sie im Besitz einer Vielzahl von Formeln und Rezepten, die obgleich als unfehlbar deklariert, nur auf der grössten Unwissenheit beruhten. Sie nutzten die Leichtgläubigkeit ihrer Zeitgenossen aus. Eine Vielzahl solcher Heilrezepten, die durch ihre aufîergewöhnlichen Mitteln sicherlich faszinierend wirken, die für die Gesundheit aber gefährlich waren, sind im Laufe dieses Artikels erwähnt.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1977
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Langue Français
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Jean Durand
Lucie Coignerai-Devillers
Les empiriques dans la tradition champenoise
In: Revue d'histoire de la pharmacie, 65e année, N. 235, 1977. pp. 265-277.
Zusammenfassung
Die Wunderdoktoren aus der Champagne. Obgleich die Volkskunde aus der Champagne weniger bekannt ist, als die anderer
französischer Gegenden, ist sie sehr reichhaltig. Die Gegend um Troyes war das größte Zentrum für die Druckerei von Büchern,
die durch Hausierhandel vertrieben wurden. Unter anderem waren die Büchern über populären Medizin besonders berühmt. Eine
Vielzahl von medizinischen Charlatanen war in dieser Gegend tätig. Spekulierend auf der Unwissenheit ihrer Mitmenschen,
priesen sie ihre Wunderheilmittel an, die oft nicht ohne Gefahr für die Gesundheit waren.
Obgleich eine Vorschrift erlassen wurde, wonach sie nicht ohne vorherige Zulas- sungsgenehmigung praktizieren durften, konnte
eine Vielzahl von Wunderdoktoren geschmückt mit bombastischen Titeln und eindrucksvollen Namen - in der Gegend von Troyes
im Laufe der Jahrhunderte eine Menge Leute beschwindeln.
Auf dem Land waren mehr die Heilpraktiker am Werk. Aus dem Volk stammend waren sie im Besitz einer Vielzahl von Formeln
und Rezepten, die obgleich als unfehlbar deklariert, nur auf der grössten Unwissenheit beruhten. Sie nutzten die
Leichtgläubigkeit ihrer Zeitgenossen aus. Eine Vielzahl solcher Heilrezepten, die durch ihre aufîergewöhnlichen Mitteln sicherlich
faszinierend wirken, die für die Gesundheit aber gefährlich waren, sind im Laufe dieses Artikels erwähnt.
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Durand Jean, Coignerai-Devillers Lucie. Les empiriques dans la tradition champenoise. In: Revue d'histoire de la pharmacie,
65e année, N. 235, 1977. pp. 265-277.
doi : 10.3406/pharm.1977.1817
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1977_num_65_235_1817Les empiriques
dans la tradition champenoise
LA provinces érudits en langage bien vivace nous littérature savoureux des comme ou villages. révèlent moins et la fait aux pittoresque, en Bretagne rarement coutumes Champagne ou référence en populaires la des apparence Provence. communautés au originales, folklore du Cependant moins, fortement encore champenois, que les celui très travaux typées, d'autres vivantes moins des au
Dans le domaine de la médecine, les travaux du Dr. Gur font autorité.
Dans celui du folklore, l'abbé Jean Durand, curé de Villy-en-Trodes, près de
Troyes, s'est consacré depuis plusieurs dizaines d'années à des travaux appro
fondis d'où est tiré, pour l'essentiel, l'essai qui suit sur les empiriques de la
région de Troyes à travers les siècles Troyes qui est connue comme le
centre de l'édition des petits livres de colportage populaires, dits livres
bleus, que l'on vendait dans les campagnes et qui traitaient de dévotion,
de contes de fées, de romans de chevalerie adaptés, de médecine populaire
surtout, et dont le succès a été considérable jusqu'à la guerre de 1914.
Des diverses sortes d'empiriques.
Parmi les empiriques exerçant dans cette région, on peut distinguer trois
catégories bien différentes. Ceux d'abord qui ne font que passer : ils s'atta
chent tellement peu au terroir qui les reçoit qu'ils ont intérêt à disparaître,
car dans un court laps de temps ils réussissent à laisser derrière eux une
traînée de dupes. D'autres, au contraire, résident habituellement sur la terre
de Champagne et vivent au milieu d'une communauté villageoise avec laquelle
ils entretiennent des rapports constants, de sorte qu'ils peuvent à tout instant
user de leurs artifices. Enfin, une troisième catégorie est formée de véritables
chevaliers d'industrie médicaux qui ont leur place dans les divertissements
populaires appelés carnavals mais nous n'en traiterons pas ici faute de
place.
REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE, XXIV, N° 235, DÉCEMBRE 1977. 266 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
Que les empiriques passent rapidement sur la terre de Champagne ou
qu'ils y demeurent en permanence ne modifie en rien la nature de leurs
services. Ils se définissent pareillement comme des individus qui pratiquent
la médecine sans l'avoir jamais apprise, avec la belle assurance que donnent
des préjugés tels que ceux-ci :
La dent de l'il ne devrait jamais être arrachée, car l'enlever de force
risque de faire perdre la vue de l'il auquel elle est rattachée par les nerfs.
La section du petit doigt peut entraîner la mort, parce qu'il est l'extré
mité des nerfs du corps.
Dans le genou même, trois doigts au-dessus et trois doigts au-dessous, il
y a un endroit mortel à cause des nerfs et autres choses qui se trouvent là.
Ou encore : aux deux extrémités de la vie, la tête et le ventre se corres
pondent ; la tête dans l'enfance influe sur le bas du ventre ; dans la vieillesse
le bas ventre réagit sur la tête ; ce qui dans un âge est cause, dans un autre
âge est effet.
Les empiriques itinérants.
Les premiers personnages auxquels nous nous référons sont des itiné
rants, des nomades, des voyageurs et, bien sûr, des inconnus décidés à faire
le meilleur usage du proverbe sans faille : « A beau mentir qui vient de loin ».
Pour se déplacer et voyager, ils doivent être munis d'un brevet valable
sur l'ensemble du royaume et établi pour une période déterminée, ordinai
rement de plusieurs années. Ce brevet n'indique pas la composition du remède
proposé pour la vente, mais, par contre, il s'étend avec complaisance sur ses
propriétés curatives, réelles ou imaginaires.
Cette autorisation générale n'est encore pas suffisante. Là où il passe,
dans chaque ville, l'empirique doit faire enregistrer son brevet et solliciter
en même temps une ordonnance de police lui permettant de vendre la drogue
qu'il apporte. Cette nouvelle ordonnance est délivrée pour un temps variable :
six semaines, un mois, deux mois, rarement plus de trois mois. Le temps
imparti de la sorte au charlatan paraît une mesure discutable qui ne profite
qu'à lui. Effectivement, il a besoin d'agir vite ; au bout de trois mois l'escro
querie se dévoile, mais le filou est déjà parti.
L'ordonnance de police est assortie de réserves qui freinent plus ou moins
le commerce de l'empirique : interdiction de proposer la marchandise sur la
voie publique, défense de visiter les malades, d'entreprendre des opérations
ou des pansements, de composer les remèdes en public, de faire du porte à
porte, de vendre les dimanches et jours fériés ou pendant le service divin. La
vente publique se déroule sur la place du Marché-au-blé (place Jean- Jaurès)
et sur les tréteaux : c'est une vente tapageuse qui se situe dans un climat
de foire et des décors de théâtre. EMPIRIQUES DANS LA TRADITION CHAMPENOISE 267 LES
Ainsi, Traber est accompagné de valets en livrée jouant de la fanfare ;
le cliquetis des cuivres convient particulièrement, puisque l'opiat de Traber
est destiné à faire entendre les sourds. Flocquin obtient de représenter
de petites pièces de comédie accompagnées de quelques tours pour le
divertissement du public. Fleury semble un peu moins bruyant ; ses secrets
sont très utiles au public, il désire les débiter au son du tambour. Morot
demande joliment à « s'exposer en public » pour vendre et débiter les
remèdes de sa composition. La femme Gallois présente l'orviétan de son
mari sous le déguisement d'une amazone. Belfond fait plus sérieux : il
déclare assurer les opérations de sa profession, tant en public qu'en parti
culier, sans recourir au tlhéâtre ou au déguisement, il veut seulement
paraître sur son oheval ou dans sa chaise. Toscano dresse théâtre, mais il
ajoute ingénuement : « La belle saison (après Pâques) contribuera à l'eff
icacité des remèdes et au rétablissement des forces. » En effet, c'est plus
sûr !
Un nommé Taylor, chirurgien oculiste anglais, vient à Troyes en 1737 et
en 1766, il descend au Petit-Louvre où il se réserve de nombreuses pièces.
Sa salle de réception est aménagée avec un soin particulier. Il prépare de
grandes tables sur lesquelles il étale tout l'arsenal de ses instruments de
chirurgie nécessaires pour les opérations des yeux ; certains de ces instru
ments « relèvent de son invention », il est bon de le savoir. Ensuite, une
table plus grande encore laisse apparaître une multitude de petits sous-
verre, au moins trois cents, qui représentent, en couleurs naturelles, les
dessins des différentes maladies des yeux. Dans l'espace libre laissé par
les tables virevoltent quelques domestiques ; ils remplissent le rôle d'inter
prètes, car Taylor n'entend pas le français ou du moins feint de ne pas
savoir le parler.
Ce saltimbanque a toutes les audaces. Dans la saille de l'Hôtel de ville
de Troyes, il entreprend sur les maladies des yeux une causerie qui attire
beaucoup de monde. Cette causerie s'agrémente d'une curieuse mise en
scène. Taylor n'a de grand que l'aplomb, il lui faut dominer son auditoire,
au sens propre du mot. En conséquence, il dresse son fauteuil sur une
estrade élevée. Devant lui, sa table est assortie d'un verre et d'un flacon
rempli d'un liquide mystérieux. On voit également plusieurs gobelets d'eau
dans lesquels baignent des yeux d'animaux disposés là pour servir de
démonstration. L'empirique entame son discours dans un baragouin qui
n'est ni français, ni latin, ni anglais, mais qui appartient un peu à chacune
de ces trois langues. Essoufflé par l'éloquence, de temps en temps, le confé
rencier marque une pause au cours de laquelle il se verse gravement une
rasade du liquide mystérieux contenu dans le flacon. La fin de sa causerie,
vivement désirée, fait son auditoire unanime, tout le monde déclare : 268 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
« il doit être bien savant », car personne n'a rien compris. Ensuite, les domest
iques présentent les pièces justificatives : les yeux d'animaux contenus
dans les gobelets passent de main en main et suscitent beaucoup d'intérêt
parmi l'assistance.
Malgré cette réclame grotesque, malgré ces subterfuges d'un goût assez
douteux, ou peut-être à cause de cela, Taylor voit son étoile pâlir, on
l'appelle « tire l'or », car il se fait payer au poids de l'or, non pas avec des
écus, mais avec des louis. Jugeant prudemment que son heure était arrivée,
il déménagea ai la cloche de bois : autant il avait eu de succès en arrivant,
autant il fut méprisé en partant.
Noms, titres et diplômes.
Redorer son blason, prendre des noms nobiliaires, ne fait pas courir
de gros risques : nos empiriques s'y résolvent volontiers.
Les noms étrangers, surtout les noms italianisés, leur plaisent. Cette
recherche paraît assez singulière si l'on songe qu'une rénovation artistique
s'est accomplie en Champagne sous les influences de la Renaissance
italienne. Pareillement, une renaissance empirique est prometteuse s'il
s'agit d'abuser la crédulité publique. Toutefois, elle reste superficielle ;
nos charlatans se contentent d'usurper des noms italiens.
S'ils ne sont pas Italiens, ces saltimbanques sont au moins étrangers
à la Champagne : Schmitz vient d'Alsace ; Fleury est de Morteau ; Guille-
minot et Vaucley de Chalon-sur-Saône ; Dumas, Ragey et Cervelet sont de
Lyon ; Dumenant de Monteinville vient de Charleville.
Les identités à particules nobles et à consonances italiennes s'assortis
sent des titres les plus éblouissants. Chalin, célèbre Docteur, Suisse de
nation, du canton de Berne, premier dentiste de Sa Majesté le Roi de
Sardaigne, nouveau converti à la foi catholique (en 1758), est l'élève du
fameux Horace, médecin à la cour d'Angleterre. Dumas se déclare maître
es arts et maître en chirurgie. (Ne souffrant pas la médiocrité, les empiri
ques sont tous maîtres). Guérin, maître en diverses sciences, « fait un grand
nombre d'opérations à la satisfaction du public ».
Les titres les plus boursouflés s'accumulent : le sieur de Villeneuve
est « médecin chimique », Maillard de Bellevalle « opérateur alchimique ».
Michaud, herboriste, a suivi des cours au Jardin des plantes avec Messieurs
de Jussieu, de Fontaine, etc.. Niorel pratique avec un égal succès la bar-
berie et la chirurgie. Fontana exerce les opérations manuelles dans lesquell
es il réussit avec tout le succès possible. En 1701, Tisseron se découvre
lithotomiste du roi. Natif de Channes, Tripier fait à son pays l'honneur
d'être chirurgien de la maison du roi et chirurgien de feu Monsieur le Duc EMPIRIQUES DANS LA TRADITION CHAMPENOISE 269 LES
de Berry. Chirurgien herniaire, Guilieminot ne triche pas sur ses compét
ences : en effet, depuis l'âge de treize ans, il fait des bandages.
Inciseurs, opérateurs, consulteurs d'urines, les diplômes devraient finir
par s'amenuiser : à la fin du xixe siècle, on pourrait croire la supercherie
à bout de souffle ! Il n'en est rien, l'électricité prend la relève : Cassagrande,
orthopédiste américain, « chevalier de plusieurs ordres, décoré de plusieurs
médailles d'or », guérit au moyen d'un procédé électrogalvanique, fruit de
longues expériences.
Un bel éventail de produits.
L'Orviétan confectionné par de Launois guérit les coliques venteuses,
les crudités d'estomac, indigestions, fièvres intermittentes, poisons froids,
morsures des bêtes venimeuses et maladies des bestiaux. Son baume
convient pour les plaies simples, contusions, brûlures, coupures, foulures
des tendons, douleurs de rhumatismes.
Les simples avec plantes aromatiques et vulnéraires entrent dans les
opérations commerciales de Favier. Traler préfère les vulnéraires suisses.
Fleury possède le secret d'un opiat appelé « préservatif », duquel, prenant
gros comme un pois le matin à jeun, on peut aller ensuite dans les endroits
pestiférés sans avoir rien à craindre. De surcroît, ce Fleury enlève les
loupes, les masses de chair, les « envoys » ou taches de naissance, ainsi
que les glandes.
Dorban propose l'antidote de Rome. Bien qu'il soit opérateur italien,
Maffiotty distribue le baume grec. Le remède très salutaire de Fomblanche
de Chauvigny est appelé « Lauthitan », celui de Fontana « l'huile de philo
sophe ». Vignon se penche avec sollicitude sur les misères du beau sexe,
il débite un spécifique infaillible pour les pâles couleurs, pour les mois
retenus ou supprimés, pour les vidanges supprimées après accouche
ments ; on trouve ce remède infaillible à Troyes, place Saint-Pierre, au prix
raisonnable de six livres, mais c'est en 1745. A la même adresse, on débite
aussi un électuaire pour les fièvres intermittentes et pour la goutte. Hilmer
vient à bout de la cataracte au moyen d'un ophtalmostat inventé par lui.
Un jour, s'il y a un « Oscar » pour les empiriques, tout laisse à penser
qu'il sera attribué à Jean Debedu, médecin et maître en diverses sciences.
En 1640, Lebedu donna une certaine herbe au meunier de Saint-Pierre-de-
Bossenay, lui disant que s'il mettait cette herbe dans la main droite de
sa femme, il saurait s'il était cocu. Le meunier fit l'expérience... Le secret
professionnel ne permet pas de dévoiler la suite, toutefois on regrettera
que Lebedu n'ait pas laissé le nom d'une plante aussi intéressante. 270 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
On le remarque, la composition, la formule du remède empirique n'est
jamais indiquée et pour cause : il faut un inconnu qui laisse planer le
mystère ; le mystère est le mur infranchissable dont l'imposture et la
fourberie ont besoin et derrière lequel elles se retranchent. Débité avec la
volubilité que l'on devine, le discours fleuve du bonimenteur ébranle les
manants et les vilains, il les inonde tel un flot dévastateur. Cependant, ici
et là, quelques bribes de vérité émergent, elles font surface, elles laissent
apparaître la grossièreté de la supercherie. L'élixir de Noël, qui guérit
tous les maux de dents en dix minutes, n'est autre chose que de l'acide
sulfurique aromatisé. En 1831, lorsqu'une mauvaise épidémie se répand
sur la région troyenne, Lagu imagine un remède qui préserve du choléra.
Il s'agit tout simplement d'une eau parfumée : pour parfumer le choléra,
Lagu s'y entend, car il est coiffeur de son métier ! En 1768, le mystère des
pilules dorées vendues par Gallois est bientôt éventé ; elles sont composées
de verre d'antimoine subtilement pulvérisé, alcoolisé, mêlé à de l'amidon
et recouvertes ensuite d'une feuille de cuivre : drastique particulièrement
dangereux, révèle la médecine officielle du temps. Le procureur fait dil
igence, il se rend chez Gallois pour l'arrêter, mais celui-ci est déjà parti.
Le jacobin Millet subit une mesure d'expulsion identique. Tous les
instruments de Thiry sont saisis par commission du Grand Conseil du Roi.
A la suite d'une fouille, Morel est arrêté par le lieutenant de police dans la
maison où il exerce : la prison vient lui rappeler que l'ignorance compli
que l'exercice de la médecine.
Il faut le reconnaître, les choses ne vont pas toujours à l'avantage de
l'empirique : ainsi, à peine arrivé à Troyes, Traber est contraint d'en
sortir. Formel, qui se disait médecin de la Faculté de Toulouse, est expulsé
à la requête du lieutenant de la communauté des chirurgiens. On s'en
aperçoit souvent trop tard : au lieu de soulager les souffrances, ces char
latans de la pire espèce ne font que les aggraver. Ainsi, trois femmes
d'Estissac ont recours à un onguent anti-cancéreux vendu par l'hôtesse
de l'Image Saint^Laurent : quelques jours plus tard, elles meurent dans
d'horribles souffrances.
Les empiriques de village.
Après avoir rencontré ces rôdeurs de grands chemins qui circulent
de ville en ville, voyons maintenant les empiriques qui appartiennent à la
catégorie stable d'une communauté villageoise au milieu de laquelle ils
vivent, partageant ses joies, ses peines, ses occupations. Le genre est assez
différent : il n'y a plus de noms nobiliaires ou italianisés, plus de musique,
plus de 'théâtre ; néanmoins, ces nouveaux Esculapes du folklore ne font
pas plus de miracles que les précédents. LES EMPIRIQUES DANS LA TRADITION CHAMPENOISE 271
A quel rang social appartiennent-ils ? Lorsqu'ils exercent un métier,
ces gens frustes sont désignés comme barbiers, cordiers, tailleurs, tiss
erands et surtout bergers : à la tête de ses 99 moutons, le berger est une
bête, une bête frottée d'esprit, le contact permanent de la nature lui donne
des airs entendus, des allures un peu mystérieuses, on le craint comme un
sorcier, on le respecte comme un « artisse ». Artiste-sorcier, ses références
sont excellentes ; il soigne les gens aussi bien que les bêtes. Il va sans dire
que les curés, médecins des âmes, glissent facilement sur la pente qui les
conduit à se faire médecins des corps, tel le célèbre curé de Vauchassis.
Le maréchal-ferrant du village trouve également sa qualification dans la
corporation patentée des guérisseurs « à tout crin » : à tout crin, le mot
est juste, car le maréchal tient ferme le pied du cheval, par là-même il
symbolise une force de la nature au service des malades.
Remèdes et traitements.
Les malades sont peu exigeants. Tourmentés, émus au possible, ils
ne savent même pas dire où ils ont mal : qu'à cela ne tienne, Marmot,
cordier à Troyes, guérit en trois ou quatre jours une personne qui souffre
depuis la plante des pieds jusqu'au dessus du ventre ; la chose se passe
en 1515.
Un jour, une dame vient consulter Gilmont, domicilié à Thuisy, près
d'Estissac. « Veuillez, lui dit-il, mettre de votre urine dans un verre, vous
y ajouterez une pièce de deux sous, la plus sale possible, je vous dirai
ensuite ce qu'il faut faire. » La malade obéit. Gilmont saisit le verre, il
absorbe une gorgée de ce liquide sans nom, il le déguste et veut en faire
boire à sa cliente. Celle-ci refuse. L'empirique ne s'embarrasse pas de ce
refus. Il prépare à l'intention de sa malade une pommade composée de
graisse de cochon mâle, de bourgeons de sapin, de platane, de venin de
crapaud et de reine des bois à mettre en application sous les aisselles,
les jarrets et le sommet de la tête : coût, 21 francs. Mêlé à la cire d'abeille,
le venin de crapaud convient également pour la catalepsie, toutefois
l'ordonnance de Gilmont est d'un prix un peu plus élevé : 25 francs.
Un savant guérisseur de Channes, appelé Guinot, nous initie à un
remède du bon vieux temps qui guérit la sciatique, la goutte et les vieux
ulcères : « prenez de la bouse de vache, ce que vous voudrez, fricassez
avec du beurre et appliquez-la deux fois par jour sur le mal ». Le même
soigne ainsi la jaunisse : « mettez des feuilles de chélidoine dans vos soul
iers, elles remplaceront vos chaussettes pendant quelques jours ». Si on
a le courage de lire jusqu'au bout les cahiers de ce guérisseur, on remarque
qu'il travaille beaucoup avec la lune : la bourrache, semée en nouvelle 272 REVUE D'HISTOIRE DE LA PHARMACIE
lune, fortifie le cur et rend joyeux ; le navet, au déclin de la lune, chasse
les mauvaises humeurs.
Moins lunatique que Guinot, Maillard de Belleville travaille plutôt
avec le soleil : il vend un esprit solaire, balsamique, universel pour la
purification du sang.
Les rhumatologues de l'époque apportent également leur contribution
éclairée : si le rhumatisme affecte les reins, le malade doit se frictionner
avec de l'eau de vie et du savon, ensuite il accomplit une neuvaine qui se
termine par une messe en l'honneur de saint Parre.
Moins dévote peut-être, la femme Portier, de Cussangy, traite les
rhumatismes aigus avec une pommade en bâton faite d'arsenic et de merc
ure, pommade qu'elle dit pourtant composée de simples cueillis dans les
prairies !
Les « rhumatismes » se guérissent également par le procédé suivant :
dans une bouteille en verre on met des vers de terre, non de fumier. On
enfouit la dans du fumier de cheval pendant 48 heures. Ensuite
on se frotte avec une plume.
Pour les rhumatismes rebelles, voici une médication sûre: rester
longtemps les pieds posés sur un dhien, celui-ci attrape les douleurs et
en débarrasse le malade. On peut aussi prendre une peau de chat fraîch
ement égorgé.
On pense également à la rage. Recteur d'école à Verrière, Pierre Moreau
connaît une bonne recette : il faut boire trois bouteilles de vinaigre dans
la journée.
Voici deux siècles déjà (en 1780), le curé de Soulaines savait guérir
le cancer. La méthode est contenue toute entière dans un livre que la
Bibliothèque Municipale de Troyes conserve sous le titre Observations
médico-chimiques sur le cancer, par l'abbé Martinet.
La saignée déroute beaucoup les empiriques r, on saigne les gens
pour les faire vivre, on saigne les cochons pour les faire mourir, allez y
comprendre quelque chose ! Guinot de Channes apporte au débat les lumièr
es de sa science : le premier jour de la lune, la saignée est mauvaise, car
elle cause les couleurs pâles ; le troisième, elle rend débile ; le sixième, la
saignée est bonne pour dissiper le sang ; le vingtième, elle est mauvaise,
mais bonne le lendemain, etc.
Le rhume se calme en portant un bas autour du cou. En 1775, les
rhumes et les fluxions de poitrine font mourir beaucoup de monde ; on
recommande alors une tisane préparée avec un navet, un oignon blanc,
une pomme de reinette, du bois de réglisse et du chiendent bouillis dans
une chopine d'eau. En boire un verre bien chaud matin, midi et soir. ENCENS ET PHARMACIE
(Cf. p. 246)
VKKwjit-tttmsï JOSê-IM?
Etiquette d'une boîte d'encens de la fabrique fondée a Lourdes
par le pharmacien A. Rigault
qui exerça en officine à Amiens de 1863 à 1869
Paris, Ordre Nat. Pharm., Coll. Bouvet
PI. XL