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Lettre d'une ancienne médecin de Touraine à son cancer

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LETTRE A MON CANCER Nous nous sommes rencontrés pour la 1ere fois un jour de novembre 2008 dans le miroir de la salle de bain. Tu m’es apparu sous la forme d’une légère et banale déformation de mon sein gauche mais je t’ai tout de suite reconnu tu sais ! Je t’avais tant vu et tant palpé chez de trop nombreuses patientes. Tu touches environ 1 femme sur 8 mais j’espérais pourtant passer au travers de ta fatale loterie. Alors pourquoi moi ? Cette question reste encore aujourd’hui sans réponse. Les médecins t’appellent « carcinome » un mot bien laid pour une chose bien horrible ; on a l’impression de te vomir rien qu’en te prononçant. Oh tu m’as fait peur tu sais tout médecin que je suis. Tu m’as fait pleurer aussi car je savais qu’à compter de ce jour ma vie allait basculer. Je t’en ai voulu du mal que tu allais faire à mon mari et à ma ille et du désarroi dans lequel tu allais plonger ma famille. T’héberger ainsi dans mon sein c’était comme trahir l’amour qu’ils me portaient. Tu m’as fait passer aussi bien des nuits blanches à tenter d’organiser mon « après »puisque mon « présent » ne m’appartenait plus. Mais après le temps des pleurs et de l’abattement vient le temps du combat et de la révolte ; J’ai pris les armes pour te combattre toi le squatteur indésirable tapis au fond de mon sein ; il était temps de te montrer qui de nous 2 était le plus fort. Et ce combat je ne l’ai pas mené seule crois-moi ; de toutes parts sont arrivés l’aide et le soutien !

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Publié le 17 août 2018
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LETTRE A MON CANCER
Nous nous sommes rencontrés pour la 1ere fois un jour de novembre 2008 dans le miroir de la salle de bain.
Tu m’es apparu sous la forme d’une légère et banale déformation de mon sein gauche mais je t’ai tout de suite reconnu tu sais !
Je t’avais tant vu et tant palpé chez de trop nombreuses patientes. Tu touches environ 1 femme sur 8 mais j’espérais pourtant passer au travers de ta fatale loterie. Alors pourquoi moi ? Cette question reste encore aujourd’hui sans réponse.
Les médecins t’appellent « carcinome » un mot bien laid pour une chose bien horrible ; on a l’impression de te vomir rien qu’en te prononçant.
Oh tu m’as fait peur tu sais tout médecin que je suis.
Tu m’as fait pleurer aussi car je savais qu’à compter de ce jour ma vie allait basculer.
Je t’en ai voulu du mal que tu allais faire à mon mari et à ma Ille et du désarroi dans lequel tu allais plonger ma famille. T’héberger ainsi dans mon sein c’était comme trahir l’amour qu’ils me portaient.
Tu m’as fait passer aussi bien des nuits blanches à tenter d’organiser mon « après »puisque mon « présent » ne m’appartenait plus.
Mais après le temps des pleurs et de l’abattement vient le temps du combat et de la révolte ;
J’ai pris les armes pour te combattre toi le squatteur indésirable tapis au fond de mon sein ; il était temps de te montrer qui de nous 2 était le plus fort.
Et ce combat je ne l’ai pas mené seule crois-moi ; de toutes parts sont arrivés l’aide et le soutien !
De la part de l’équipe médicale qui t’a analysé, a jaugé tes forces et tes faiblesses pour mieux d’appréhender et te détruire.
Le chirurgien tout d’abord qui t’a découpé à la lame de son bistouri ; puis le radiothérapeute qui a brûlé ce qui pouvait rester de toi à l’intérieur de mon sein ; chaque séance de radiothérapie était pour moi comme une petite victoire ; allongée sur la table, seule dans la pièce de radiothérapie je visualisais chacune de tes cellules et comme dans un dessin animé de
Tex Avery je les voyais exploser dans une gerbe d’étincelles ; encore une ! Encore une pensais-je.
Tu n’étais pas assez agressif semble-t-il pour mériter de la chimiothérapie et j’ai donc pu échapper à cette diîcile étape. il m’arrivait de croiser des compagnes d’infortune ou des patientes qui n’avaient pas eu cette chance et qui souFraient de ses eFets. Je tentais alors de les réconforter « prenez cette chimio comme une alliée ; laissez votre corps l’accepter ; les moments que vous vivez sont pénibles pour votre corps mais encore plus pour votre cancer ; vous allez le forcer à déposer les armes et demander l’armistice »
ïl n’y a pas que les médecins qui m’ont apporté leur aide. J’ai pu aussi bénéIcier de 2 autres atouts essentiels à la guérison qui sont l’amour et l’amitié.
L’amour de mon époux et de ma Ille présents à toutes les étapes de cette épreuve, petits soldats attentifs, tendres toujours, me secouant parfois qu’en l’envie me prenait de lâcher prise, me prenant dans leurs bras et me disant combien ils m’aimaient.
Et l’amitié : tu m’as permis de réaliser que ce n’était pas un vain mot du moins pour les vrais amis, les indéfectibles, ceux qui ne savent pas toujours trouver les mots pour te réconforter mais qui se dressent contre vents et marées et qui sont toujours là pour t’écouter et juste te prendre la main. Ceux-là sont dans mon cœur jusqu’à la In de mes jours.
Et puis il y a ceux que l’on croyait être des amis et qui tout à coup disparaissent et ne donnent plus signe de vie ; je tiens à les rassurer : le cancer n’est pas contagieux !
Mais il permet de faire du ménage dans son répertoire téléphonique !
On dit qu’il y a une vie avant et une vie après le cancer et je le pense vraiment. Et ma grand-mère disait toujours ce qui ne tue pas rend plus fort.
A cause de toi cancer ( je n’ose pas dire grâce à toi) j’ai pris conscience de ma vulnérabilité et cela m’a rendu plus forte
Tu m’as obligée à lever la tête du guidon, moi qui travaillais comme un folle et appris me poser les bonnes questions.
Tu m’as appris à dire non quand j’avais envie de dire non
Toi qui m’avais touchée au plus profond de ma féminité, tu m’as incité à prouver au monde que la femme qui était en moi n’était pas morte ; moi
qui prise par mon métier n’accordait que peu d’intérêt à mon apparence, je me suis mise à porter des jupes , à mettre des boucles d’oreilles, à peindre mes ongles de pieds, à porter de jolis décolletés comme pour te faire la « nique » et te narguer.
Et enIn une dernière chose tu m’as incitée à ne plus courir derrière mes rêves mais plutôt à les rattraper à la course et à en faire une réalité
C’est pourquoi je suis ici sur cette le qui m’a conquise et parmi vous ce soir mes compagnes, mes sœurs.
Loetitia