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Natif de Bada. Vit à Montreuil (foyer Rochebrune) - article ; n°1 ; vol.79, pg 225-245

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Communications - Année 2006 - Volume 79 - Numéro 1 - Pages 225-245
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2006
Nombre de lectures 75
Langue Français
Anissa Michalon et Claire Soton
Natif de Bada. Vit à Montreuil (foyer Rochebrune)
Entre 2002 et 2004, nous avons travaillé à Montreuil dans le cadre d’un projet du collectif « Des territoires » qui se donnait pour objectif une description informée de la ville et de ses territoires et, pour ce qui nous concerne, celle des traces et de l’inscription géographique de la « com-munauté malienne » avec laquelle nous avions décidé de collaborer. Nous avons d’abord travaillé avec l’Association des femmes maliennes de Mon-treuil 1 et, ensuite, avec Sékou Bathily et quelques-uns de ses covillageois résidant au foyer Rochebrune. Ce projet a trouvé sa forme finale, en octobre 2004, dans l’exposition Projection d’un territoire avec la séquence « Sékou Bathily, entre le foyer Rochebrune et le village de Bada », qui associait deux espaces – le foyer et le village –, deux communautés – les migrants et les villageois –, mis en relation par le récit autobiographique d’un personnage. Cette séquence de diapositives d’une durée de quatorze minutes était montée avec sept autres, d’auteurs et de sujets différents, projetées sur les murs de la salle d’exposition et formant une boucle d’une durée totale de cinquante-quatre minutes : les terrains vagues et habités des murs à pêches, un quartier de pavillons autoconstruits après guerre par des popu-lations immigrées, l’habitat en caravane de la population rom dans les murs à pêches, les transformations immobilières du bas Montreuil, l’héri-tage du communisme, les monuments, les passants et l’espace public, une communauté de Maliens d’un des nombreux foyers que compte la ville, une collaboration avec des lycéens 2 . Dans le noir – l’espace d’exposition plongé dans l’obscurité pour l’occasion –, sept projecteurs déployaient un montage d’images dans le temps. Le spectateur pouvait à n’importe quel moment prendre le fil de la projection.
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Anissa Michalon et Claire Soton
La « communauté malienne » de Montreuil.
Nous souhaitions interroger le processus migratoire – davantage que la figure de l’émigrant résidant sur le territoire français ou que les questions de l’intégration – et la présence des Maliens en France, au-delà de l’héri-tage colonial, dans une actualité – celle de la mondialisation – qui donne le sens des communautés reconstituées à l’échelle locale et de la diaspora sans attaches territoriales fixes. Le foyer est le territoire investi par les migrants africains qui y vivent, leur territoire aux limites apparentes dans le territoire de Montreuil. La promiscuité ne semble supportable que parce qu’un autre territoire coexiste pour chacun d’entre eux, en chacun d’entre eux, celui qu’ils ont quitté par choix et par nécessité, pour lequel ils sont en France, qu’ils aspirent à retrouver de façon temporaire ou définitive : lorsque, au foyer Rochebrune, Sékou Bathily nous a montré des images de Bada, l’espace de la chambre s’est ouvert. Montreuil est la ville de France où la communauté malienne est la plus importante : 7 000 à 10 000 personnes environ, dont 4 000 à 5 000 hom-mes, réparties dans cinq foyers, où vivent aussi des Mauritaniens, des Sénégalais et d’autres Africains de l’Ouest subsaharien. La plupart vien-nent de la région de Kayes, la principale région d’émigration au Mali, et sont soninké. Mais il y a aussi des Bambaras, des Peuls, etc. La « com-munauté malienne » de Montreuil : cette représentation constituée conduit à supposer l’unicité d’un groupe défini par son identité nationale. Mais cette unicité n’existe pas. Les membres d’un même village recons-tituent effectivement une forme de communauté au foyer. Ceux qui n’y habitent plus y reviennent souvent, surtout s’ils n’ont fait venir en France ni femmes ni enfants. Les associations villageoises regroupent les per-sonnes originaires d’un même village : elles ont pris le relais des caisses de solidarité des migrants. Mais les Maliens se sont organisés en fonction des espaces dont ils disposaient. À travers les membres d’une même famille étendue, on passe d’une ville de la région parisienne à une autre. Les individus ont des appartenances multiples. À l’heure de la pause du déjeuner, dans un foyer où les cuisinières vendent des repas à 1,50 euro, différentes nationalités se côtoient quotidiennement. Nous avons ren-contré des réseaux, des relations constituées en fonction de solidarités, c’est-à-dire de contraintes, de relations familiales, de voisinages, d’amitiés ou d’intérêts. Il y a aussi des individus qui ne se revendiquent d’aucune appartenance. La géographie de cette « communauté » est à la fois un ici et un ailleurs morcelés.
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