Notes de numismatique africaine, II - article ; n°28 ; vol.6, pg 72-82

-

Documents
12 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue numismatique - Année 1986 - Volume 6 - Numéro 28 - Pages 72-82
Si nope la Ib
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1986
Nombre de visites sur la page 39
Langue Français
Signaler un problème

Michel Amandry
Notes de numismatique africaine, II
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986 pp. 72-82.
Résumé
Si nope la Ib
Citer ce document / Cite this document :
Amandry Michel. Notes de numismatique africaine, II. In: Revue numismatique, 6e série - Tome 28, année 1986 pp. 72-82.
doi : 10.3406/numi.1986.1886
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_1986_num_6_28_1886AMANDRY* Michel
NOTES DE NUMISMATIQUE AFRICAINE**, II
(PL V-VI)
Résumé.
3. Hippo ou Sinope?
Une monnaie de bronze, portant les portraits de Néron et de Britannicus, autrefois
classée à Hippo Diarrhytus, est réexaminée et attribuée à Sinope dans le Pont.
4. Hippo.
Le corpus du monnayage d'Hippo est établi et il est proposé, après Vittinghof,
d'attribuer ces monnaies à Hippo Regius, et non Hippo Diarrhytus.
3. Hippo ou Sinope?
En 1943, Ph. Lederer publiait une monnaie inédite de la collection
Scheyer de Lugano ainsi décrite1 :
D. T[l CL AVD CAESAR BRITT DD CH, buste lauré de Britannicus
à g-
R. NERO CLA CAES DRVSVS GERMANIC, tête laurée de Néron
à g-
Pour Lederer, l'attribution semblait évidente : DD CH ne pouvait
que signifier D(ecreto)D(ecurionum)C(oloniae)H(ipponis). Ainsi cette
* Conservateur au Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale, 58, rue de
Richelieu, 75084 Paris Cedex 02.
** Cet article fait suite aux Notes... I, 1-2, parues dans la RN 1984, p. 85-94,
pi. VII-VIII. Je tiens à remercier S. Hurter (Banque Leu), J. Radstaat (La Haye),
A. Burnett (Londres), G. Dembski (Vienne), D. Klose (Munich), H.-D. Schultz (Berlin)
et F. Sternberg pour les photos, moulages ou renseignements fournis. Les photos des
moulages sont l'œuvre de Mme Ch. Roulot, photographe attachée au Cabinet des
Médailles. Les monnaies reproduites sont précédées d'un astérisque.
1. NC 1943, p. 92-94. Cet exemplaire est passé dans la collection Mabbott, puis
vendu, avec celle-ci, par H. Schulman, 6-11/VI/1969, n° 3828. Je ne connais pas sa
localisation actuelle.
Revue Numismatique, 1986, 6e série, XXVIII, p. 72-82. NOTES DE NUMISMATIQUE AFRICAINE. II 73
monnaie devait avoir été frappée à Hippo Diarrhytus, sous le règne de
Claude, en 50-51, au moment de l'adoption de Néron par ce Prince.
M. Grant, qui possédait un deuxième exemplaire de cette série2
(pi. V, fig. a), accepta cette attribution, repoussant simplement sa
date d'émission en 53/54, pour la faire coïncider avec le 100e
anniversaire de la fondation de la colonie qu'il situait, pour les besoins
de sa démonstration, en 47/46, juste après Thapsus3.
Pourtant cette attribution se heurtait déjà à de sérieuses difficul
tés :
— En Afrique, le monnayage des colonies, municipes ou villes
libres frappé sous l'Empire cesse, sans exception aucune, sous Tibère.
— Le monnayage connu d'Hippo (voir infra p. 74 et s.) ne porte
pas la mention Colonia, mais Hippone Libéra ; pour expliquer
l'absence de ce titre sur les monnaies d'Auguste et de Tibère, Lederer
était amené à supposer une nouvelle deduclio de la colonie sous
Claude.
— Enfin, pour qui est familier de ces monnayages, le style n'est pas
africain.
Le problème est à présent résolu grâce à l'apparition d'un troisième
spécimen figurant dans la collection P.V.4 (pi. V, fig. b). En
combinant les exemplaires du British Museum et de la collection P.V.,
la lecture de cette monnaie est la suivante :
D. Tl CLAVD CAESAR BRITT DD C-l-F, tête laurée de Britannicus
à g-
R. NERO CLA CAES PRINC IVV[ ]AN-C, tête laurée de Néron à g.
L'atelier ne doit pas se lire CH, mais CIF : les barres horizontales du
F sont particulièrement nettes sur l'exemplaire du British Museum et
ce que Lederer prenait pour la barre transversale du H n'est en fait
que le point séparatif entre le I et le F.
Au revers, à la place de la légende fantaisiste DRVSVS GERMANIC,
on lit PRINC IVV (ou peut-être IVVEN) ; la dernière lettre, sous le cou
de Néron, est un C.
L'identification de l'atelier est claire : il s'agit de Sinope, Colonia
Iulia Felix. Notre série s'insère tout naturellement dans ce monnayag
e abondant où les monnaies à double portrait sont remarquablement
nombreuses.
De fait, nous connaissions déjà à Sinope un bronze frappé en
l'honneur de Claude et d'Agrippine. Il se décrit ainsi5 :
2. Maintenant au British Museum : 1966-4-1-1 (6,62 g; 9).
3. NC 1948, p. 128, n. 134; id., Roman Anniversary Issues, Cambridge, 1950, p. 78-
79, n. 7.
4. Provient de la Vente Sternberg XV/1985, 338 (8,22 g; 9).
5. La description de E. Babelon et Th. Beinach, Recueil général des monnaies 74 MICHEL AMANDRY
D. Tl CLAVD CAESAR AVG PM TR P С I F, tête laurée de Claude à g.
R. AGRIPPINAE AVG EXDDANCCIF, tête ď Agrippine à g.
Cette monnaie est datée de l'an 100 de la fondation de la colonie,
soit 54/556. Or, nous retrouvons cette date sur la monnaie de
Britannicus et de Néron. Ces deux séries forment donc une émission
cohérente : Claude et Agrippine sur la plus grande dénomination (un
dupondiusi), Britannicus et Néron sur la plus petite (un as?).
4. Hippo
La monnaie de Britannicus et Néron correctement identifiée, le
monnayage réellement attribuable à Hippo est le suivant.
CATALOGUE
Collections publiques.
ANS The American Numismatic Society, New York.
Berlin Staatliche Museen, Munzkabinett.
Constantine Musée archéologique
«Catalogue du Musée archéologique de Constantine. Section
première. Numismatique», Recueil des Notices et Mémoires de
la Société Archéologique du Département de Constantine 18,
1876-77, p. 9-257.
Copenhague Den Kongelige Ment-Og Medaillesamling, Dansk National
Museet. SNG, The Royal Collection of Coins and Medals,
Danish National Museum : North Africa, Syrtica-Mauretania,
1969 (éd. G. К. Jenkins).
La Haye Koninklijk Kabinet van Munten, Penningen en Gesneden
Stenen.
Londres The British Museum, Department of Coins and Medals.
Munich Staatliche Miinzsammlung.
Paris Bibliothèque nationale, Cabinet des Médailles.
Vienne Kunsthistorisches Museum, Sammlung von Medaillen, Mun-
zen und Geldzeichen.
grecques d'Asie Mineure, I, l2, Pont et Paphlagonie, Paris, 1925, p. 204-205, n° 95, qui se
fondait sur l'exemplaire de Paris 776, doit être corrigée et complétée grâce à
l'exemplaire de la collection Steve Wagner (pi. V, fig. с; 12,79 g; 12).
6. La date généralement admise pour la fondation de la colonie de Sinope est de 46
ou 45. Babelon et Reinach optent le 1er janvier 45, mais l'année qui figure sur la
monnaie de Claude et d'Agrippine est inconciliable avec le choix de cette ère (an
100 = 55), puisque Claude est mort le 13 octobre 54. Mais si l'on choisit le 1er janvier
46, l'année 82 qui figure sur les monnaies de Caligula (Babelon et Reinach n° 92) est
inconciliable 1er juillet 46, avec on résout cette ère les (an deux 82 problèmes = 36). Si l'on : l'an fait 82 partir tombe la en fondation 36/37 (Caligula de la colonie règne du à
partir du 18 mars 37) et l'an 100 en 54/55. NOTES DE NUMISMATIQUE AFRICAINE. II 75
Collections privées.
Coll. P.V. (Paris). Steve Wagner (Londres).
Abréviations bibliographiques.
CNR Corpus Nummorum Bomanorum (éd. A. Banti et L. Simonetti).
VIII. Da Augusto e Livia a Tiberio, Firenze, 1975;
X. Da Tiberio a Druso, Firenze, 1976;
XI. Da Druso a Germanico, 1976.
Grant, APT M. Grant, Aspects of the Principáte of Tiberius, NNM 116,
New York, ANS, 1950.
Grant, F IT A M. Grant, From Impérium to Auctoritas, Cambridge, 1946
(réimpression 1969).
Grant, RIM M. Grant, Roman Imperial Money, Londres, 1954.
Muller L. Millier, Numismatique de l'Ancienne Afrique, Copenhague,
II, 1861 ; Supplément, 1874.
I. Monnayage émis sous Auguste
a. Bronze, sesterce.
D. CAESAR-AVGVSTVS О , tète nue d'Auguste à dr.; bordure de perles.
R. HIPPONE/LIBERA, têtes nues affrontées des Césars Caius (à g.) et Lucius
(à dr.) ; dans le champ, С à g., L à dr. ; bordure de perles.
Muller II, 62/39 corr. ; Cohen I2, 185/4 corr. ; CNR VIII, 238/23 corr.
1*. Dl RI Vente NFA XII/1983, 158 (ex Leu 25/1980, 238); 30,77 g; 9.
2. Dl RI Paris 521 ; 26,20 g; 9.
3*. Dl RI Musée de Constantine; ?; ? (moulages au BM) = Recueil...,
p. 26, n° 134.
Il est difficile de dater cette série de façon précise : sa typologie
rappelle une série de sesterces frappés à Hadrumète7, ainsi qu'une
série, de même dénomination, peut-être émise en Byzacène. Celle-ci se
décrit ainsi :
D. CAESAR-AVGVSTVS Q, tête nue d'Auguste à dr. ; grènetis.
R. LCAESARAVGVSTFCCAESARAVGVSTF-, têtes nues affrontées des Césars
Caius et Lucius ; grènetis.
Muller II, 62/38 corr.; BMC I, p. 119, п.; FITA, p. 139-140; RIM, p. 93.
Cinq exemplaires me sont connus :
1. La Haye 10223; 30,41 g; 11 (= Grant, RIM, pi. 7, 4).
2. ANS; 29,35 g; 6 (= ANS Annual Report 1978, p. 14, n° 6; ex Kunst
und Munzen 15 [1975], 522).
3. Paris 1985/897; 29,19 g; 3.
7. Muller II, 52-53/32-33. 76 MICHEL AMANDRY
4. Paris К 3250; 27,13 g; 7 (pi. V, fig. d).
5. Coll. P.V. ; 23,62 g; 5 (ex Stack's, соЦ. Knobloch, 10-11/VI/1970, 606).
Pour toutes ces séries, la fourchette chronologique va de 13 avant
J.-G.8 à 2 après J.-CA
b. Bronze, as.
D. CLAVDIO NERONÍ HIPPONE LIBERA Q, tête nue de Tibère à g. ; bordure
de perles.
R. FABIO-AFRIKANO Q, tête nue de Fabius Africanus à g. ; bordure de perles.
H. Renault, BACTH 1897, p. 250-259; FITA, p. 224; CNR X, 198-199/768.
1*. Dl RI Paris 526 (F 9159) ; 10,10 g; 5 = BACTH 1897, p. 250 = FITA,
pi. VI, 24.
Les légendes que porte cet as10 unique sont au datif (du moins la
légende de droit; on peut hésiter pour le revers), ce qui est
extrêmement rare. Des parallèles existent toutefois sous Auguste, à
Ilici en Espagne11, à Pella en Macédoine12 ou, sous Tibère, à Sinope
dans le Pont13 et à Clypea en Zeugitane14 par exemple. Je ne crois
pas qu'il faille voir là une intention particulière des graveurs, ni en
tirer de conclusions chronologiques importantes.
Au droit, Tibère est nommé par son gentilice et son cognomen :
Claudius Nero. Fait inhabituelle, mais dont on trouve des échos en
Espagne, à Gadès15 et Carthago Nova16, et qui renvoie certainement à
une époque antérieure à la disgrâce de ce Prince.
Comme Fabius Africanus a été proconsul en 6/5 avant J.-C.17, je ne
vois aucune raison de ne pas dater cette monnaie du temps où il a été
en charge. Le sesterce a sans doute été frappé au même moment : le
8. Date à laquelle Caius et Lucius, adoptés par Auguste en 17 avant J.-C, figurent
pour la première fois sur le monnayage des monétaires de Rome : voir en dernier lieu
Mark D. Fullerton, «The Domus Augusti in Imperial Iconography of 13-12 B.C.»,
AJA 89, 1985, 473-483, pi. 55-57.
9. Mort de L. Caesar.
10. Cette pièce est bien un as, non un dupondius : son module et son poids sont
nettement inférieurs au module et au poids des dupondii frappés sous Tibère (groupe II,
b). Nous pouvons envisager la découverte future d'un dupondius qui viendrait
compléter la série augustéenne.
11. A. Heiss, Description générale des monnaies antiques de l'Espagne, Paris, 1870,
p. 277, n" 2 : IMP CAESARI DM F AVGVSTO.
12. H. Gaebler, Die Antiken Můnzen Nord-Griechenlands 111. Makedonia und
Paionia, Berlin, 1935, p. 98, n» 23 : IMP CAESARI AVGVSTO IX COS.
13. APT 53 : DRVSO CAESARI.
14. Miiller 333; APT 26 : DRVSO CAESARI.
15. A. Beltran, Las monedas latinas de Cartagena, Murcia, 1949, p. 47 : émission de
Helvius Pollio et de Tiberius Nero, datée, d'après l'auteur, de 2 avant J.-C.
16. A. Manuel de Guadan, «Gades como heredera de tartessos en sus amonedacio-
nes «ommemorativas del Praefedus Classis», Archive Espaňol de Arqueologia XXXIV,
1961, p. 69-72, 81-82 : émission de Ti. Claudius Nero ou seulement Ti. Claudius.
17. Bengt E. Thomasson, Die Statthalter der Rômischen Provinzen Nord Afrikas von
Augustus bis Diocletianus, Lund, 1960, II, p. 15-16. DE NUMISMATIQUE AFRICAINE. II 77 NOTES
même graveur a exécuté les quatre coins qui ont servi à frapper ces
deux séries, car les portraits que l'on y voit sont pour ainsi dire
interchangeables, sans réelles caractéristiques individuelles.
II. Monnayage émis sous Tibère
a. Bronze, sesterce.
D. Tl CAESAR DIVI AVGVSTI F AVGVSTVS Q, tête nue de Tibère à dr. ; bordure
pleine.
R. HIPPONE/LIBERA ; IVL-AVG ; Livie voilée et couronnée d'épis assise à dr.,
tenant une patère de la main droite et s'appuyant sur un long sceptre
de la main g.
Muller II, 167/376; APT 18; CNR X, 198/767.
Г. Dl RI BM G 326; 23,02 g; 12 = APT, pi. II, 4 = RIM, pi. X, 1.
2*. Dl R2 Munich; 20,76 g; 12.
b. Bronze, dupondius.
D. Même description que a.
R. a. DRVSVSCAESARHIPPONE LIBERA ; tête nue de Drusus à dr.
Muller II, 176/377; APT 19; CNR XI, 77/24.
1*. Dl RI BM G 327; 12,40 g; 6 = APT, pi. II, 6 (rv.).
2. Dl RI Cop. 427; 12,65 g; 7 = pi. II, 5 (dr.).
b. Même légende, tête nue de Drusus à g.
Muller — ; APT — ; CNR XI — .
3*. Dl R2 Paris 522; 16,31 g; 12.
с Bronze, as.
D. Même légende que a et b ; tête nue de Tibère à dr.; dans le champ
simpulum à g. et liluus à dr. ; bordure de perles.
R. L APRONIVSHIPPONELIBERA tête nue d'Apronius à dr.
Muller II, 167/378; APT 20; CNR XI, 77-78/25.
RI 1. Dl Vente Leu 28/1981, 372; 6,92 g; 12.
2*. Dl RI Coll. P.V.; 7,56 g; 12.
3. Dl RI Paris 524; 9,96 g; 12.
4. Dl RI ANS; 10,47 g; 12.
5. Dl R2 BM 1920.2.31.5; 7,54 g; 12.
6. Dl Paris 525; 7,89 g; 12. R2?
7. Dl R3 Vente Spink, Genève, 15-16/11/77, 264; 7,26 g; ?.
8. Dl R? La Haye 1946/405; 6,70 g; 12 = APT, pi. II, 7 (dr.).
9*. Dl R4 Paris 523 (Luynes 3908); 7,89 g; 12.
10. D2 R4 Berlin 3855; 6,31 g; 6.
11. Fox; 8,79 g; 12 = APT, pi. II, 8 (rv.). D2 R5
Les séries tibériennes forment apparemment une émission homog
ène, avec sesterce, dupondius et as.
Les types qui figurent au revers de ces trois dénominations sont
savamment orchestrés. Sur le sesterce, Livie est représentée voilée, 78 MICHEL AMANDRY
tenant patère et sceptre. Ce type est directement inspiré du
monnayage émis à Rome au nom de Divus Augustus Paler18 ou des as
émis en 15/16, portant la 17'" puissance tribunicienne de Tibère19. Ces
deux séries constituent pratiquement tout le monnayage de bronze
émis par Tibère lors de son accession au trône et le type de «Livie»
allait connaître un succès considérable, puisqu'on le trouve en
Espagne, à Caesaraugusta20, Italica21, Emerita22, en Italie à Paes-
tum23, en Macédoine à Dium24, dans le Péloponnèse à Corinthe25, en
Crète à Cnossos26, à Antioche de Pisidie (?)27, à Chypre28 et en
Afrique, à Carthage29, Utique30, Thapsus31 et Clypea (?)32.
Si le type figurant sur le monnayage officiel n'est pas explicite, à
Hippo, de même qu'à Caesaraugusta, Emerita, Italica et Chypre, la
représentation est accompagnée de la légende IVL AVG (Hippo) ou
IVLIA AVGVSTA, rendant l'identification assurée.
Demeure le problème du symbolisme de cette représentation : Livie
est-elle représentée en tant que prêtresse du culte d'Auguste ou est-
elle assimilée à une divinité ou une vertu? Les deux interprétations
ont été soutenues33. Le fait que parfois Livie tienne indifféremment
patère ou épis de blé (à Corinthe et Thapsus p. ex.) peut suggérer une
assimilation à la déesse Cérès ; cela pourrait du reste être le cas à
Hippo, car Livie semble voilée et couronnée d'épis de blé.
Quoi qu'il en soit, le succès extraordinaire que connut ce type, qui a
pu subir des modifications locales, montre bien l'importance que
gardait la veuve d'Auguste dans la vie politique romaine.
Au revers du dupondius figure Drusus Minor, le fils de Tibère et de
18. RIC I2, p. 99/71-73.
19.I2, p. 96/33-36.
20. Heiss, op. cit., p. 202, n° 27, pi. XXV; APT, pi. VI, 2.
21.op. cit., p. 379, n"s 6-7, pi. LVI. I
22. Heiss, op. cit., p. 401, n° 31, p. LXI; APT, pi. VI, 9./
23. APT 4, pi. I, 5; M. Crawford, «The Imperial Bronze Coinage of Paestum»,
Annali 23-24, 1976-77, p. 153, n° 1.
24. APT 33, pi. IV, 5.
25.46, pi. VI, 9.
26. APT 49, pi. V, 11.
27.52, pi. V, 15; A. Krzyzanowska, Monnaies coloniales ď Antioche de
Pisidie, Varsovie, 1970, p. 135 et pi. I. — L'attribution est douteuse.
28. APT pi. VIII, 11 ; M. Grant, «The Coinage of Tiberius in Cyprus», University of
Melbourne, Cyprus Expedition I, 1957, p. 2-3, n"8 6-8.
29. Muller II, 150/327; APT 15, pi. II, 1.
30.II, 159-160/345-352; APT, pi. VIII, 9.
31. APT 21, pi. II, 9; 23, pi. Ill, 2.
32.25, pi. IV, 2; 27, pi. Ill, 7; 30, pi. Ill, 5.
33. Grant, APT, 115-129, pense qu'il s'agit de Livie prêtresse du culte de Divus
Augustus, caractérisée par le caput velatum et la patera; W. H. Gross, Iulia Augusta,
Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in Gôttingen, Philologisch-historische
Klasse. 3. Folge. 52, 1962, estime, au contraire, que la représentation d'une prêtresse
assise sur un trône est impossible : celle-ci devrait se tenir debout (comme le Génie voilé
et tenant une patère) pour pouvoir offrir ses offrandes au dieu. NOTES DE NUMISMATIQUE AFRICAINE. II 79
sa première femme Vipsania Agrippina. Seul héritier du trône après la
mort de Germanicus en 19, Drusus avait obtenu le triomphe à Rome
en 20 pour s'être brillamment illustré en Illyrie de 17 à 20. Consul
pour la deuxième fois en 21, il obtint pour la première fois la
puissance tribunicienne en 22 et, pour la seconde fois, sans doute à
partir du 27 juin 22. Il mourut début 23, victime d'un complot
fomenté par Séjan. Drusus est représenté sur le monnayage de Rome
en 22/23, lorsqu'il assume sa deuxième puissance tribunicienne34. Son
portrait est caractéristique : «un front court un peu reculé, l'œil
grand, le nez busqué, la bouche très retirée et le menton arrondi et un
peu reculé»35. Sur les dupondii ď Hippo, ces caractéristiques ne sont
pas rendues avec tant de netteté. A dire vrai, il y a peu de différences
entre les portraits de Tibère et de Drusus, du moins lorsque ce dernier
est tourné vers la droite ; le profil gauche est plus personnalisé, sans
être totalement convaincant.
Cela doit sans doute s'expliquer par la date à laquelle ont été
frappées ces séries. Celle-ci nous est indiquée par la présence, au
revers de l'as, du portrait du proconsul Apronius. Comme il a été
en fonction entre 18 et 21 36, il est raisonnable de penser que cette
émission a été ordonnée à la fin de sa charge, en 20 ou en 21, à un
moment où la popularité de Drusus allait croissant, mais où son imago
n'avait pas été diffusée largement.
III. Monnayage divisionnaire
a. Bronze, semis.
D. LIBERA, tête diadémée et voilée de Junon-Astarté (?) à g.; bordure de
perles (19 mm).
R. HIPPO-NE, Cérès debout, vue de face, la tête surmontée d'un polos, tenant
un caducée et deux épis de la main g. ; la main droite est levée et ouverte.
Muller II, 167/374.
1. Dl RI BM 1849-7-17-60; 4,08 g; 6.
2*. D2 R2 Paris 518 ; 5,96 g ; 3.
3. D2 R3 BM 1938-5-10-140; 6,49 g; 12.
4. D2 R4 Coll. P.V.; 4,71 g; 9.
5. D2 R4 Paris 519; 6,32 g; 9.
R4 6. D2 Cop. 425; 3,85 g; 3.
7 D2? R4? 424; 6,62 g; 1/2.
34. RIC I2, p. 97/45.
35. Z. Kiss, L'iconographie des princes julio-claudiens au temps d'Auguste et de
Tibère, Varsovie, 1975, p. 98-99.
36. Thomasson, op. cit., 23-25. 80 MICHEL AMANDRY
b. Bronze, semis.
D. LIBE-RA, Cérès (?) debout de face, voilée; bordure de perles (17 mm).
R. HIPP-ONE, personnage masculin debout de face, appuyé sur une haste ;
à ses pieds, un chien; bordure de perles (17 mm).
Muller Supp. 375a.
1*. Dl RI Berlin- Lôbb.; 4,19 g; 6.
2. D2 RI Berlin I-B ; 3,37 g; 12.
с Bronze, quadrans.
D. LIBERA, tête diadémée (Junon?) à dr.; bordure de perles (15 mm).
R. HIPPONE, tête de Cérès couronnée d'épis à dr. ; bordure de perles.
Muller II, 167/375.
1*. Dl RI Paris 520; 3,10 g; 12.
2. Dl RI Cop. 426; 3,59 g; 12.
Sur ces monnaies divisionnaires sont représentées des divinités
honorées à Hippo ; registre latin sur les dénominations importantes,
registre local sur les petites dénominations, ce phénomène est
fréquent. L'absence du nom de l'empereur les a souvent fait passer
pour des monnaies «autonomes», mais cette appellation est sans
fondement : ces petites monnaies font partie intégrante du système
monétaire adopté sous Auguste par les colonies, municipes et villes
libres37.
Il y a lieu de penser que le semis III, a et le quadrans III, с datent
de l'époque d'Auguste et que le semis III, b, de poids plus léger et de
flan plus court, de l'époque de Tibère.
En définitive, voilà un monnayage peu abondant, dont certaines
séries ne sont frappées qu'avec une seule paire de coins. Monnayage
festif par excellence, comme ceux, déjà évoqués, de Leptis Minor38 ou
de Babba (?)39 par exemple.
Mais de quelle Hippo s'agit-il? Depuis Muller, ces monnaies sont
attribuées à Hippo Diarrhytus (l'actuelle Bizerte) en Zeugitane et
cette attribution est conservée par L. Teutsch40. Mais F. Vittinghof,
dans son compte-rendu du livre de Teutsch, fait entendre une voix
discordante41, proposant de voir en ces monnaies la production
d'Hippo Regius (l'actuelle Annaba/Bône) en Numidie. J. Desanges,
37. Ainsi, à Corinthe, les monnaies pseudo-autonomes (BMC Corinth 90-91/677-688)
ne portent que la mention de l'atelier, CORINT ou COR, et représentent les divinités
les plus honorées dans cette ville : la plupart ont été frappées entre 44 et la fin du règne
d'Auguste et constituent des divisions de l'as local.
38. M. Amandry, GNS 33/1983, cahier 129, 11-14.
39. M. RN 1984, 89-94.
40. Das Rômische Stàdtewesen in Nord Afrika in der Zeit von C. Gracchus bis zum Tode
des Kaisers Augustus, Rerlin, 1962, p. 148-149.
41. Gnomon, XL, 1968, p. 590 et n. 3.