Paléosols interglaciaires des grèzes de Beaumont et d'Echoisy (Charente) - article ; n°2 ; vol.7, pg 121-133

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1970 - Volume 7 - Numéro 2 - Pages 121-133
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1970
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Langue Français
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Jacques Ducloux
J Dupuis
Yves Guillien
Jean Jacques Puisségur
Paléosols interglaciaires des grèzes de Beaumont et d'Echoisy
(Charente)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 7 - Numéro 2-3 - 1970. pp. 121-133.
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Ducloux Jacques, Dupuis J, Guillien Yves, Puisségur Jean Jacques. Paléosols interglaciaires des grèzes de Beaumont et
d'Echoisy (Charente). In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 7 - Numéro 2-3 - 1970. pp.
121-133.
doi : 10.3406/quate.1970.1154
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1970_num_7_2_1154Bulletin de l'Asssociation française 1970 - 2-3, page 121 pour I etude du Quaternauc.
PALEOSOLS INTERGLACIAIRES
DES GREZES DE BEAUMONT ET D'ECHOISY
(CHARENTE) *
PAR
J. DUCLOUX', J. DUPUIS1, Y. GUILLIEN2 et J.J. PUISSEGUR
Les paléosols qui recoupent les dépôts de grèzes répondent à ceux qui recou
pent les dépôts de lœss.
De 1939 à 1961, des paléosols ont été observés sur les coupes de grèzes en
Périgord, Charente, Poitou, Berry, Bourgogne, Lorraine, Champagne et Normandie :
Y. Dewolf et Y. Guillien (1962) les ont répartis en deux groupes, interstadiaire
et interglaciaire.
Les paléosols interglaciaires ont été interprétés comme tels par comparaison
avec les sols qui aujourd'hui couronnent les dépôts grèzeux. Des paléosols inter
glaciaires aux sols holocènes, la physionomie générale varie quelque peu. Les
premiers présentent une coloration beaucoup plus accusée et des horizons mieux
différenciés (en particulier l'horizon Ca d'accumulation calcique) ; par là ils sug
gèrent des climats « à saisons contrastées, à étés secs », un peu différents du
climat actuel. Leur caractère pédologique ne fut donc affirmé qu'en 1962, lor
squ'une série d'analyses (matière organique, colloïdes, fer total) eut été effectuée
au Laboratoire de géomorphologie de Caen, sous la direction de Y. Dewolf. Les
premières données paléontologiques concernant ces paléosols furent apportées
par J.J. Puisségur (cité par Y. Guillien, 1965) qui étudia les mollusques recueillis
à la base du paléosol d'Echoisy (Charente).
A l'occasion du prochain Congrès de l'INQUA, l'examen des paléosols grèzeux
a été repris dans la région d'Angoulême, celui notamment des intergla
ciaires de Beaumont et d'Echoisy**.
I. — LES GREZIERES DE BEAUMONT ET D'ECHOISY4.
Le terme grèze a été adopté pour désigner clairement un matériau détritique
bien défini, presque toujours calcaire, qui peut être utilisé comme mortier et
qui, pour cette raison, est généralement appelé sable. Les dépôts de grèze — dès
lors qu'ils sont un peu considérables — constituent une famille géomorphologi
que homogène, qui a été expliquée par la nivation pleistocene (Y. Guillien, 1952,
1953, 1954, 1957, 1960, 1964 a et b).
* Communication presentee le 19 avril 1969 au Colloque sur les paléosols quaternaires (E N S A
Gngnon). ** On remerciera ici tous ceux qui sont venus travailler sur les coupes de Beaumont et d'Echoisv :
f J P Baker et ses étudiants du Laboratoire de géomorphologie physique d'Amsterdam, Y Dewolf,
F Joly, A Simonin, E Leterrier, de l'Institut de géographie de Pans.
1 Laboratoire de pédologie, Faculté des sciences de Poitiers.
2 Museum national d'histoire naturelle (Préhistoire)
3de géologie, Faculté des sciences de Dijon
4 Les observations rapportées ici sont de Y Guillien et J -J Puisségur. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE Du QUATERNAIRE 122
La nivation (stricto sensu) est caractéristique de l'étage subnival : au-dessous
de la limite des neiges permanentes, mais au-dessus de la pelouse alpine ou
subarctique, les taches de neige fondent très lentement au cours de la saison la
plus chaude ; elles déterminent alors immédiatement autour d'elles le dévelop
pement d'un écosystème : l'humidification poussée de la surface rocheuse, des
cycles gel-dégel à peu près journaliers, par suite l'élaboration d'un matériau
détritique « finement divisé », le tri et le dépôt de ce matériau grèzeux, la cons
truction de formes d'accumulation parfaitement isolées les unes des autres (F.E.
Matthes, 1900).
L'organisation du dépôt et la qualité du matériau dépendent notamment de
la topographie locale ; celle-ci rend compte de la position et de la dimension
de la tache de neige comme aussi du mode de ruissellement des eaux de fonte.
W.V. Lewis a distingué deux types principaux de tache de neige : « longitudinal »
et « transversal » (W.V. Lewis, 1939).
La grèze de Beaumont est née d'une tache de neige « longitudinale » : enten
dons qu'elle occupait sur 200 ou 300 m un vallon en pente douce, très évasé, profond
de 5 à 8 m ; plus précisément, elle occupait une tête de vallon, orientée d"W en
E et poussée vers l'W jusqu'au niveau du plateau. Les formations grézeuses ont,
à diverses reprises, presque totalement remblayé cette tête de vallon ; ce sont
les exploitations de grèze qui, depuis un siècle, ont fait réapparaître partiellement
la topographie initiale.
Dans la section haute qui, dès 1930, était à peu près vidée de son remplis
sage, une coupe a été rouverte en 1958. Cette coupe, normale à l'axe du vallon,
montre un beau paléosol qui a fourni les échantillons étudiés à Caen en 1961 :
l'horizon supérieur, épais de 50 cm au moins, très rubéfié, était très riche en
colloïdes (35 %) et riche en matière organique (0,4 %) (Y. Dewolf et Y. Guillien,
1962). Au-dessous de cet horizon rubéfié, l'horizon Ca est exceptionnellement
induré.
La section basse du dépôt a été exploitée de l'aval vers l'amont, de l'E vers
l'W par conséquent, selon deux axes qui convergent à l'aval, près de la route.
Entre ces deux axes subsiste une séparation étroite, une cloison de quelques
mètres, parallèle à la direction générale du vallon. C'est sur cette cloison qu'en
1966 fut reconnue une seconde coupe du paléosol de Beaumont : celle qui sera
étudiée ci-dessous. Dans un plan normal au thalweg et qui passe par les prin
cipaux affleurements du paléosol, on peut actuellement relever la coupe suivante
(décrite du N au S) :
1. La paroi gauche du vallon, modelée dans la roche en place et qui fut cryo-
turbée ;
2. Le fond du vallon qui fut recouvert par plusieurs mètres de grèze et qui est
aujourd'hui déblayé : ici ont été reconnus tous les traits d'une sédimentation
alluviale due aux eaux de fonte de la tache de neige et à leur charge sédi-
mentaire ; en 1949, on a pu en ce point montrer de très belles cryoturbations
affectant la masse du dépôt ;
3. Enfin, la paroi droite (S) du vallon, modelée à sa base dans la roche en place
et, un peu plus haut, dans des dépôts grézeux plus anciens que ceux qui occu
paient le vallon ; sur ces grèzes relativement anciennes s'est développé le paléo
sol de Beaumont ; ce paléosol a été quelque peu remanié avant d'être noyé
sous les grèzes récentes : l'horizon Ca de ce paléosol recèle une faunule de
mollusques qui est à l'étude et qu'il sera intéressant de comparer à celle
d'Echoisy.
La grèze litée d'Echoisy est née, à la différence de celle de Beaumont, d'une
tache de neige « transversale » : entendons que cette tache de neige était plaquée PALÉOSOLS INTERGLACIAIRES DE BEAUMONT ET D'ÉCHOISY (CHARENTE) |23
au pied d'un versant descendant vers l'E, que sa plus grande longueur était
parallèle à la crête du coteau au lieu de lui être perpendiculaire.
L'exploitation, qui vers 1950 n'avait emporté que les parties les plus basses
du dépôt, aujourd'hui apparaît poussée presque jusqu'à son terme : sur une
grande partie de la carrière elle s'arrête sur un paléosol à forte pente, qu'elle
a dégagé.
La coupe du paléosol étudié ci-dessous paraît être d'un paléosol remanié
sur le versant. Elle supportait la masse principale des formations litées ; elle
repose sur une grèze inférieure, par l'intermédiaire d'un limon calcaire où l'on
peut voir l'apport très lent d'eaux carbonatées, ensevelissant, par intervalles,
une pelouse. C'est dans l'épaisseur de ce limon qu'a été récoltée la plus grande
part des faunules de mollusques étudiées par J.-J. Puisségur (1969) et rapportées
par lui à un interglaciaire : ceux des mollusques dont le test est intact se rencon
trent exclusivement dans l'horizon Ca qui, seul des horizons pédologiques, serait
resté en place (Y. Guillien et J.-J. Puisségur, 1969).
II. — ETUDES DES CARACTERES PEDOGENETIQUES DES PALEOSOLS5.
On peut penser que les paléosols de Beaumont et d'Echoisy, développés aux
dépens de la grèze sur laquelle ils reposent puis fossilisés ultérieurement par un
nouveau dépôt de pente, doivent refléter les conditions pédogénétiques, et notam
ment climatiques, qui régnaient dans le laps de temps qui sépara les deux dépôts
grézeux.
A. — Sablière dite de Beaumont.
Cette sablière est située près du hameau de Beaumont, sur la commune de
Vars (Charente). La grèze se développe aux dépens des calcaires gélifs du Kimmé-
ridgien inférieur.
Deux coupes sont visibles à proximité l'une de l'autre. L'étude porte sur la
coupe de la carrière orientale, au N de la route d'Anais à Vars, moins perturbée
par les travaux d'extraction.
Description de la coupe (fig. 1).
1. A la base, vers 3 m de profondeur, on observe la grèze inférieure notée Gi. Le
matériau est assez riche en particules fines qui colorent en brun clair la
matrice des gravillons calcaires.
2. De 240 cm à 140 cm, se développe le paléosol (Si) dans la zone où il présente
le maximum d'épaisseur. La limite inférieure est abrupte au contact de la
grèze Gi. On peut y distinguer deux horizons :
— la base, notée Sib, contient quelques graviers calcaires très altérés
dans une matrice rouge jaunâtre (Munsell 5 YR 4/6) à l'état sec et humide.
La structure est polyédrique angulaire fine ;
— la partie supérieure, notée Sih, est nettement rouge à l'état sec (Muns
ell 2,5 YR 4/6) et rouge foncé à l'état humide (Munsell 2,5 YR 4-3/6). La
structure est polyédrique subangulaire fine. Tout à fait au sommet, on note
quelques graviers calcaires.
5. L'étude des paleosols proprements dits est de J Ducloux et J. Dupuis. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRb 124
Des injections caillouteuses sinueuses ont été vraisemblablement provo
quées par des phénomènes de cryoturbation postérieurs à la formation du sol.
3. De 140 cm à 60 cm, on observe une couche intermédiaire notée SiG2 à nouveau
grézeuse mais encore très grasse. Les gravillons calcaires sont abondants et
liés par une matrice fine jaune rougeatre à rouge jaunâtre à l'état sec (Mun-
sell 5 YR 5-6/8) et rouge jaunâtre (Munsell 5 YR 5/8) à l'état humide.
Ce dépôt semble indiquer le retour à des conditions cryonivales avec rav
inement du sol antérieurement formé.
4. De 60 à 30 cm, un nouveau dépôt de grèze pure, notée G2, ravine la formation
sous-jacente. Les gravillons y sont plus grossiers que dans la grèze inférieure.
5. De 30 cm à la surface, sol actuel, noté S2, riche en cailloux calcaires.
o
30
60
~^~ S1G2
140 >
240*
— Sablière de Beaumont (Coupe verticale). Fig. 1.
Les principales données analytiques sont rassemblées dans le tableau 1 6.
Les analyses granulométriques ont été réalisées par tamisage et sédiment
ation (pipette de Robinson) après destruction du calcaire. Elles sont traduites
par les courbes cumulatives de la figure 3 et portent soit sur l'ensemble du
matériel, soit sur la seule fraction fine.
La figure 5 donne, pour les mêmes matériaux, les courbes expérimentales
rapportées aux courbes canoniques de Rivière (1952). Il s'agit, dans tous les cas,
de courbes dites paraboliques avec les indices d'évolution suivants :
— grèze inférieure d : 0,17 ;
— paléosol Sih : 0,51 ;
— grèze supérieure G2 : 0,59.
6 Les techniques analytiques utilisées sont exposées dans les traites classiques de pédologie (par
exemple, Duchaufour, 1965) Rappelons seulement que le « calcaire total » est dosé au calcimetre de
Bermard Le « calcaire actif », qui correspond au calcaire très fin, est determine selon la méthode
de Drouineau par fixation d'ions oxaliques. La capacité d'échange est déterminée par la de Rjehvi-Ulrich, ammonium Le « fer total » représente le fer soluble à chaud dans un
melange des trois acides sulfurique, nitrique et chlorhydrique Le « fer libre » est le fer extractible par
l'hydrosulfite de sodium (méthode Deb) ; il est légèrement sous-estimé en milieu calcaire. PALÉOSOLS INTERGLACIAIRES DE BEAUMONT ET D'ÉCHOISY (CHARENTE) 125
TABLEAU I
Données analytiques concernant la coupe de Beaumont.
Paléosol Si Couche supéSol Grèze supéGrèze —
inférieure rieur Base Haut médiane rieure Désignation des couches Gi Sib Sih S1G2 G2
Cailloux et graviers (taille
0,6 49,8 55,1 42,2 > 2 mm) % 42,5
Fraction fine (particules de taille
99,4 100 50,2 44,9 57,8 < 2 mm) % 57,5
Analyses de la fraction fine :
78,0 40,7 Calcaire total % 67, 1 2,3 1,5 51,2
7,9 actif % 21,0 10,2 16,7
F2O3 total % 27 3,4 6,6 U
2,1 F2O3 libre % 1,2 4,7 4,4 0,7
Fer libre/Fer total 0,54 0,61 0,67 0,58
Argile (particules non calcaires
de taille < 2 n) % 17,0 60,7 59,7 25,4 7,6 28,2
Capacité d'échange (m.e.g. %
96,2 d'argile) 105,6 31,9 54,0 81,1 163,9
pH eau 8,0 7,8 8.3 7,9 7,8 7,9
pH KC1 N 7,7 7,6 7,2 7,2 7,5 8,0
La grèze inférieure Gi est nettement plus grasse, plus riche en argile et même
en calcaire fin que la grèze G2. Elle présente, par ailleurs, du moins pour sa
fraction non calcaire, un indice d'évolution moins élevé, ce qui traduit un meilleur
triage (Rivière, 1952).
La courbe granulométrique du paléosol ne s'écarte de celle de la grèze que
dans le domaine des particules fines (taille inférieure à 10 p.). On peut donc
considérer cette grèze comme le matériel parental du paléosol, sans participation
à celui-ci d'un quelconque limon d'apport éolien. Aussi bien dans la grèze que
dans le paléosol, on observe moins de 10 % de particules de tailles comprises entre
20 et 50 p,. Le paléosol dériverait donc de la grèze par décarbonatation et argili-
sation des matériaux altérables. Ce point de vue se trouve confirmé par la consi
dération de l'indice d'évolution de Rivière, plus élevé dans le paléosol que dans
la fraction non calcaire de la grèze qu'il recouvre.
L'indice d'évolution, encore plus élevé dans la fraction non calcaire de la
grèze supérieure, traduit un triage encore moins bon du matériau avec mélange
de stocks d'origines diverses. Elle contient notamment 30 % de particules de
tailles comprises entre 20 et 50 u., ce qui implique peut-être l'intervention, dans
sa genèse, d'apports éoliens mêlés aux produits de la fragmentation du calcaire,
ainsi sans doute qu'à de faibles quantités de matériaux provenant du remaniement
du paléosol antérieur.
L'étude de la fraction fine non calcaire (particules de taille inférieure à
2 p,) a été faite à l'ATD et diffraction des rayons X sur plaquettes orientées
(normales, traitées à l'éthylène-glycol, chauffées à 550 °C).
On observe dans les deux grèzes la présence d'une association d'illite (très
dominante), de kaolinite et de quartz fin. Il faut y ajouter de la vermiculite plus
abondante dans la grèze supérieure que dans la grèze inférieure.
Le sol fossile renferme illite, kaolinite et quartz fin. Par contre, la vermiculite
semble absente. Il ne semble pas y avoir non plus d'interstratifiés, bien que
l'on note une certaine ouverture des feuillets d'illite. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 126
Le sol superficiel d'évolution récente comporte également illite, kaolinite et
quartz fin, mais la vermiculite y est aussi ; quelques interstratifiés non gonflants
sont présents. L'étude de la capacité d'échange rapportée à l'argile confirme tot
alement ces données.
S?
/ / y
y y r ^«*Gi total»
y' y y'
F.g. 3 -COUR BES CUMULATIVES
>ol intragrezeux et
grazes litées
( Beaumont)
Analyses portant iur la fratUor,
fine sauf ~G\ totale*
1 2 5 10 20 50 200 2000(1
L'analyse montre aussi l'existence dans le paléosol d'une certaine quantité
relativement importante de goethite. Celle-ci existe également dans le sol superf
iciel mais elle est moins abondante et sans doute moins bien cristallisée.
On peut d'ailleurs noter qu'il y a plus du double de fer libre dans le paléosol que
dans le sol superficiel.
D'autre part, nous n'y avons pas décelé d'hématite.
Si on considère que la roche mère du sol contient une association de minéraux
argileux illite-vermiculite-kaolinite, on peut penser que la disparition de la vermic
ulite dans le paléosol provient de sa destruction lors des processus de pédo
genèse. Dans le sol superficiel, la vermiculite est probablement pour partie
héritée de la roche mère et pour partie néoformée.
Dans ces conditions, on peut penser que le paléosol s'est formé sous un
climat nettement plus actif et plus agressif pour les minéraux que le climat sous
lequel évolue le sol superficiel. Cependant, la persistance de l'illite et le carac
tère essentiellement hérité de la kaolinite présente dans le sol excluent une
pédogenèse de type ferralitique, avec un climat plus ou moins humide.
Parmi les caractères essentiels du paléosol, on peut souligner sa richesse en
argile, sa décalcarification quasi totale et sa faible teneur en calcaire actif.
C'est à peine s'il subsiste quelques graviers calcaires incomplètement altérés.
Ceux-ci se décomposent selon un processus bien observé au Liban par Lamouroux
(1965) avec décollement d'une pellicule calcaire qui est ensuite dissoute par les
solutions du sol. Les quelques traces de calcaire présentes sont dues, pour une
part, à des phénomènes de recalcarification secondaire après fossilisation par
un dépôt très calcaire et très propice aux circulations d'eau. La valeur relat
ivement élevée du pH a sans doute la même origine. On soulignera aussi les PALÉOSOLS INTERGLACIAIRES DE BEAUMONT ET D'ÉCHOISY (CHARENTE) |27
teintes « rouges » du paléosol (Munsell 2,5 YR et 5 YR), sans doute en rapport
avec les fortes teneurs en fer libre et total (Segalen, 1964 et 1968). On notera enfin
la valeur élevée du rapport du fer libre au fer total (Bottner et Lossaint, 1967).
Au total, la formation de ce sol a comporté des phénomènes :
— de décalcarification quasi totale,
— d'argilisation,
— de rubéfaction.
Ses caractères l'apparentent très étroitement aux sols fersiallitiques à réserve
calcique (C.P.C.S., 1967), c'est-à-dire aux sols rouges méditerranéens de l'ancienne
classe des sols riches en sesquloxydes (Aubert et Boulaine, 1967 ; Gèze, 1956 ;
Bottner et Lossaint, 1967).
L'épaisseur relativement grande du sol résulte peut-être ici de phénomènes
de reptation. Elle implique cependant un climat relativement humide pendant
une période assez prolongée. D'autre part, la présence d'un léger encroûtement,
mais l'absence de concrétionnement et de durcissement dans la partie supé
rieure de la grèze d où s'est accumulé au moins partiellement le calcaire lessivé
du sol, excluent la possibilité de formation sous un climat de type méditerranéen
aride (Ruellan, 1967 a).
B. — Sablière dite d'Echoisy.
La carrière est située près du hameau d'Echoisy, sur la commune de Luxé
(Charente). La coupe est visible à droite de la route d'Echoisy à Cellettes.
La grèze se développe aux dépens d'un calcaire dur mais gélif du Séquanien-
Rauracien.
so

150
Fig. 2. — Sablière d'Echoisy (Coupe verticale).
Description de la coupe (fig. 2).
— A la base, on observe une grèze litée Gt qui montre sous une ligne de
galets aplatis mais non émoussés une accumulation de calcaire très blanc ana
logue à l'« encroûtement crayeux» de Ruellan (1967b). ,
BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE ]28
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— Une ligne de galets plats et couchés repose sur la grèze inférieure d à
l'emplacement de la coupe.
Plus haut, sur la pente, cette ligne de galets vient se noyer dans les produits
de remaniement des couches supérieures.
— Au-dessus, on observe une couche de graviers emballés dans une masse
plus fine brun rougeâtre (Munsell 5 YR 4-5/4 à l'état sec et humide). Cet horizon
de 30 cm d'épaisseur, noté GiSi, correspond sans doute à une zone de mélange
entre la partie superficielle de la grèze inférieure et la base du paléosol dans une
semelle de solifluxion qui aurait affecté celui-ci postérieurement à sa formation.
— Plus haut encore, la coupe tranche un paléosol très net, épais de 80 cm
au total, mais dans lequel on peut distinguer trois subdivisions de bas en haut :
Su : zone encore caillouteuse ; les gravillons sont emballés dans une masse ter
reuse brun rougeâtre à l'état sec (Munsell 5 YR 4/4) et brun rougeâtre foncé
à l'état humide (Munsell 5 YR 3-4/4).
Il s'agit vraisemblablement encore d'une zone de transition présentant la
même origine que la couche dSi.
Su : zone fort peu graveleuse, correspondant à la masse principale du paléosol.
C'est une couche argileuse, brun rougeâtre à l'état sec (Munsell 5 YR 4-5/4),
brun rougeâtre foncé à l'état humide (Munsell 5 YR 34/4), de structure poly
édrique faiblement exprimée.
Su : zone à nouveau plus graveleuse ; les gravillons sont emballés dans la même
matrice terreuse brun rougeâtre à sec (Munsell 5 YR 4-5/4), brun rougeâtre
foncé à l'état humide (Munsell 5 YR 3-4/4). Ils présentent également une alté
ration pelliculaire (Lamouroux, 1965). Il s'agit probablement cette fois d'une
zone de mélange de la surface du paléosol avec la grèze supérieure.
— Au-dessus repose la grèze supérieure notée G2, fortement tronquée par
l'exploitation. PALÉOSOLS INTERGLACIAIRES DE BEAUMONT ET D'ECHOISY (CHARENTE) 129
01 02 03 0,4 o,5 0 6 07 08 09
80
60-
50
30
n — log diamètre max (50>«) min , ifi ;
pIG 5, Courbes expérimentales rapportées aux courbes canoniques de A. Rivière.
Beaumont : 1 : greze inférieure — 5 : paleosol. — 6 : greze supérieure,
hchoisy : 2 : grèze inférieure. — 3 : — 4 : grèze supérieure.
Les principales données analytiques sont rassemblées dans le tableau II.
On note d'abord une grande analogie dans les grèzes d'Echoisy avec celles de
Beaumont, bien que le matériel originel soit d'un étage différent. La grèze
inférieure est un peu plus fine et plus grasse que la grèze supérieure. Sa fraction
fine est aussi notablement plus calcaire par suite notamment du dépôt secondaire
des carbonates lessivés du paleosol. Il s'agit d'ailleurs d'un calcaire nettement
plus fin, comme le montre la comparaison des taux de total et de
calcaire actif.
Les analyses granulométriques réalisées après destruction du calcaire et
traduites en courbes cumulatives sont présentées sur la figure 4. Les mêmes
matériaux ont été repris sur la figure 5 et rapportés aux courbes canoniques de
Rivière. Les conclusions sont pratiquement les mêmes qu'à Beaumont. Les
courbes canoniques ont un faciès parabolique avec les indices d'évolution suivants :