Paul Valéry et le rapport entre écrivains et public en France entre 1918 et 1945, Paul Valéry and the Relationship Between Writers and Their Public Between 1918 and 1945

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Sous la direction de Michel Jarrety
Thèse soutenue le 21 novembre 2008: Paris 4
Cette étude examine un des aspects du rapport entre écrivains et public en France au XXe siècle : il s’agit de la perception grandissante parmi les écrivains français qu’un public de masse et la démocratisation de la société menaçaient la littérature et l’abaissaient. Notre étude commence par tracer l’origine de cette perception au XIXe siècle, dans les écrits d’un des premiers écrivains à évoquer le grand public dans sa poétique, Edgar Allan Poe. L’écrivain américain pensait qu’un public de masse était une bonne chose pour la littérature, alors qu’en France des écrivains comme Mallarmé et Baudelaire ont vu en cette poétique un avertissement contre les dangers d’un public de masse. Leur perception de Poe a préparé le terrain pour l’approche de la littérature épousée par les symbolistes. Selon eux, l’écrivain devrait créer une littérature difficile d’accès et ainsi ne pas courtiser un large public. Paul Valery est l’un des représentants les plus connu de cette approche et nous explorons dans cette thèse ces écrits sur la littérature et la culture, ainsi que sa réussite extraordinaire (et d’apparence paradoxale). Cette réussite lui a permis de développer des idées politiques telles que la définition de l’Europe et de s’exprimer sur les échanges culturels. Notre étude suggère que si des écrivains comme Valéry étaient célèbres et la littérature « difficile » qu’ils pratiquaient populaire, c’est grâce au rôle crucial joué par les critiques littéraires qui jouaient un rôle de médiateur. L’étude se termine en examinant la programmation littéraire à la radio en France durant les années 1930 et 1940. Les émissions étaient pour la plupart créées et maintenues non pas par les écrivains mais par les critiques littéraires. Leurs efforts, ainsi que la visibilité et les écrits de Valéry soulignant l’importance d’une littérature difficile et d’une civilisation raffinée ont aidé à maintenir la popularité et l’influence des écrivains en France jusqu’après la Deuxième guerre mondiale.
-Valéry
-Poe
-Critique littéraire
-Radio et littérature
-Littérature américaine
-Europe
-Radio-Vichy
This study examines one aspect of the relationship between writers and thiers public in twentieth century France : the growing concern among French writers that a mass public and increased democratization in society were lowering the standards of literature. Our study begins by tracing the roots of this concern to the nineteenth century and to the writings of one of the first writers to address the issue in his poetics, Edgar Allan Poe. Poe believed that a mass public was a good thing for literature, but french writer interpreted Poe’s poetics as warning against the potential danger of a large and diverse public influencing writers. This perception of Poe Set the stage for symbolist poets to argue that writers should no cater to a large public and should remain as far removed as possible from the masses. Paul Valéry is one of the greatest spokesmen for this approach and we chronicle his writings on literature and culture approach. Our study suggests that writers like Valéry were in fact very successful and literature itself quite popular and influential in society during this period because of the crucial role that literary critics played as mediators between inaccessible and difficult writers like Valéry and a mass public. This popularity allowed writers like Valery to develop political notions that were widely sirulated such as his definition of Europe and proposals about cultural exchange. Our study concludes by examining literary prorams on the radio in the 1930s and 1940s, which were largely created and maintained, not by writers but by literary critics. Their efforts, along with writings (like those of Valery) promoting “difficult” literature and refined civilization, helped writers to maintain their influence and popularity in France until after World War II.
Source: http://www.theses.fr/2008PA040187/document

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UNIVERSITE PARIS IV -- SORBONNE
ECOLE DOCTORALE DE LITTERATURES FRANÇAISES ET
COMPAREE


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THESE

pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L’ UNIVERSITE PARIS IV

présentée et soutenue publiquement par

Jane Blevins


le 21 novembre 2008

Paul Valéry et le rapport entre écrivains et
public
en France entre 1918 et 1945
__________

Directeur de thèse : M. Michel Jarrety
___________





JURY


M. Michel Jarrety
M. William Marx
M. Jean-Yves Masson
Mme Cécile Méadel
M. Jean-Pierre Naugrette











2 Remerciements




Ce travail a longuement exercé la patience de Michel Jarrety.
Qu’il en soit ici particulièrement remercié, ainsi que de son
encouragement, de ses conseils précieux, et de sa générosité à
tout moment de la recherche et de la rédaction de cette thèse.

Aux amis et collègues de l’équipe Valéry à ITEM et en
particulier à Robert Pickering, à Nicole Celeyrette-Pietri et à
son directeur actuel William Marx, qui m’ont accordé le privilège
d’assister à leurs compte rendus, tout en m’encourageant pendant
ces années de recherche. Je suis particulièrment reconnaissante
pour leur accueil toujours chaleureux lors des réunions, pour leur
soutien et le partage de leur savoir encyclopédique.

A Brian Stimpson qui m’a généreusement soutenu en me
permettant de travailler avec lui sur la bibliothèque de Valéry,
et dont les connaissances des œuvres de l’auteur et de ses livres
m’ont été précieuses.

A James Lawler, professeur émérite à l’Université de Chicago,
qui a été le premier à m’encourager à suivre des recherches sur
Valéry et qui m’a toujours chaleureusement encouragée.

A Arnaud Coulombel, enseignant à l’Université de Chicago à
Paris, qui a patiemment relu le manuscrit et dont les suggestions
et observations au cours de nos discussions sur Valéry m’ont été
très utiles.

A Thomas Mann, de la Library of Congress à Washington, D. C.,
ange guardien des chercheurs de toute discipline. Je n’aurai garde
d’oublier son aide irremplaçable à chaque étape de mes recherches.
Aucune barrière, même celle de la langue, n’était à même de le
décourager dans sa passion de partager avec moi ses connaissances
des méthodes de recherche les plus efficaces.

Certains des moments les plus agréables de la rédaction sont
indissociablement liés à l’hospitalité du directeur administratif
du centre parisien de l’Université de Chicago, Sébastien Greppo,
qui m’a apporté son soutien constant durant les années de
préparation de cette thèse.

A Sylvie Garnier, professeur à l’Université de Chicago, qui
m’a permis d’assister à ses cours et qui a généreusement donné de
son temps et de son savoir en linguistique au cours de la
rédaction de cette thèse.

A mes frères David, Stephen, Robert et John, qui n’ont jamais
cessé de m’encourager et qui ont eu le courage de s’ouvrir à une
culture qui leur était étrangère dans leurs efforts pour suivre
mes centres d’intérêt.

Enfin, il serait impossible de dire toute la dette que je
dois à Eric Lebigot, dont l’encouragement, la patience et la
générosité méritent plus que je ne pourrais lui donner ici. Je me
contenterai de lui dédier cette thèse.
3 4 Sommaire
INTRODUCTION............................................................................................................................. 7
ERE1 PARTIE : DEUX THEORIES POUR DEUX PAYS ........................................................... 13
CHAPITRE 1 : QU’EST-CE QUE LA THEORIE DES EFFETS ? .......................................... 15
CHAPITRE 2 : LA RECEPTION DE LA THEORIE DES EFFETS EN FRANCE................ 50
EME2 PARTIE : UN DISCOURS AMBITIEUX............................................................................ 90
CHAPITRE 3 : PAUL VALERY ET LA REHABILITATION D’UN IDEAL ......................... 92
CHAPITRE 4... : LA LITTERATURE COMME RAPPORT DIRECT ENTRE L’ECRIVAIN
ET SON PUBLIC .......................................................................................................................... 143
CHAPITRE 5 : UN DISCOURS CULTUREL ET POLITIQUE AUX ALLURES
SYMBOLISTES ............................................................................................................................ 183
EME3 PARTIE : LES IDEES A L’EPREUVE ............................................................................. 219
CHAPITRE 6 : LES MEDIATEURS .......................................................................................... 221
CHAPITRE 7 : UN PARI GAGNE OU PERDU ?...... L’AVENEMENT DE LA RADIO, 1928-
1945................................................................................................................................................. 253
CONCLUSION.............................................................................................................................. 308
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................ 312
FIGURES....................................................................................................................................... 330
ANNEXE A : TABLEAU PARTIEL DES EMISSIONS LITTERAIRES A LA RADIO EN
REGION PARISIENNE ENTRE SEPTEMBRE 1930 ET MAI 1931...................................... 344
ANNEXE B : TABLEAU RECAPITULATIF DES EMISSIONS LITTERAIRES SUR
RADIO-VICHY ENTRE MAI 1941 ET DECEMBRE 1942..................................................... 350
ANNEXE C : ALLOCUTIONS RADIOPHONIQUES DE PAUL VALERY DIFFUSEES
ENTRE 1936 ET 1945................................................................................................................... 391
ANNEXE D : MANUSCRITS FRANÇAIS DE TROIS ARTICLES ET UN ENTRETIEN DE
VALERY PUBLIES DANS LE NEW YORK HERALD TRIBUNE EN AVRIL 1928 ............. 421
INDEX DES NOMS PROPRES ET DES TITRES DE PERIODIQUES................................. 440

5 6

INTRODUCTION



La critique littéraire française s’interroge depuis longtemps
sur la perte de statut de la littérature dans la société. William
Marx analyse ce phénomène dans son bel essai L’adieu à la
littérature, dont le sous-titre est évocateur : Histoire d’une
1
dévalorisation. Cette dévalorisation serait le résultat de
l’autonomisation progressive de la littérature depuis le dix-
huitième siècle. Aujourd’hui, la littérature aurait perdu, sinon
son sens, du moins un partie de son influence et de ses lecteurs :
« Sans doute parler de la mort de la littérature serait-il absurde
et même insultant pour les écrivains contemporains » affirme Marx,
avant de passer à un avertissement bien sombre :
En revanche on est forcé de constater une perte de
prestige : la littérature attire moins de lecteurs, et
peut-être aussi de talents créatifs, qui se déploient
alors dans d’autres domaines, de sorte que la
diminution de la valeur sociale de la littérature
risque d’entraîner à terme une baisse générale de la
qualité. On pourrait gloser à l’envi sur cette
2
situation.

Pourtant les signes d’une société dominée par ses hommes de
lettres sont encore visibles. Les écrivains sont encore présents
sur la scène culturelle en France, même s’ils ne sont plus tout à
fait des célébrités. La récente élection présidentielle a rappelé
cette présence. Dans les pages de L’Express, on trouve ainsi sous le
titre « Les stars s’en mêlent » le nom d’Elie Wiesel, de Max Gallo
3
et d’autres écrivains qui soutiennent Nicolas Sarkozy. Il
faudrait chercher longtemps dans la presse américaine pour
rencontrer un pareil intérêt. De même, les prestigieuses
institutions littéraires françaises représentent encore pour
certains l’apothéose d ’une carrière. La littérature est peut-être
dévalorisée, le milieu des littéraires angoissé, mais sa culture
semble encore régner dans l’esprit français, en particulier au
travers des médias et de la grande presse — une situation fort
différente de celle des Etats-Unis, par exemple.

1
William Marx, L'Adieu à la littérature : Histoire d'une dévalorisation
e
XVIII-XX siècle, Paris, Editions de minuit, 2005, p. 12.
2
Ibid.
3
Voir http://www.lexpress.fr/info/france/elysee_2007/elys07_candidats/dos
sier.asp?ida=456107
7 Ma thèse analyse la présence de la culture littéraire
française dans la société à travers la figure de l’un de ses plus
éminents représentants : Paul Valéry. Plus spécifiquement, elle
étudie le rapport entre une élite littéraire et un public de
masse, sur une période d’une centaine d’années qui correspond à
une renaissance --- - c’est une de mes conclusions --- - de la culture
littéraire. Les racines de cette renaissance se trouvent, non pas
en France mais plutôt aux Etats-Unis dans les années 1840, où
Edgar Poe, le père du conte policier et écrivain à succès,
développe une poétique qui permet à l’écrivain d’exploiter le
pouvoir des masses. La théorie des effets ---- c’est le nom que lui
donne Poe --- entraîne un débat sur le rôle des hommes de lettres-
au sein de la jeune nation. A la même époque --- les écrits de Poe-
commencent à être diffusés en France avant sa mort ---, les lettré- s
français, ainsi que certains de ses écrivains les plus importants,
tels Charles Baudelaire et Stéphane Mallarmé, ont interprété cette
théorie à leur manière. Reconnaissant son immense potentiel, Paul
Valéry la retravailla après eux pour formuler des idées sur la
littérature mais aussi sur la culture et même sur la civilisation
européenne.
Cette reconnaissance n’a rien de fortuit. Les écrivains
e
français du XIX siècle se demandent depuis longtemps quel sort
réserver au grand public. Dès 1839, Sainte-Beuve avait déjà averti
4
le public des dangers d’une « littérature industrielle ».
L’illustre critique avait observé avec effroi la montée au pouvoir
de ces masses lettrées. Ses valeurs étaient douteuses, son goût
mauvais et sa fortune clinquante :
Chacun s'exagérant son importance, se met à évaluer
son propre génie en sommes rondes ; le jet de chaque
orgueil retombe en pluie d'or. Cela va aisément à des
millions, l'on ne rougit pas de les étaler et de les
5
mendier.

Poe, qui rêve de devenir un écrivain « célèbre » --- si - on
peut parler de célébrité dès 1835 --- n’a guère l- ’intention de
refuser la fortune « clinquante » de la célébrité littéraire. Bien
au contraire, il formule une poétique dont le but est de révéler
les meilleurs techniques pour manipuler un large public et ainsi
« produire un effet » chez le lecteur. Inutile d’insister, nombre
d’écrivains français verront leur salut dans une approche de la
littérature tout autre que celle envisagée par Poe car, disons-le
sans ambages, ils adoptent la notion selon laquelle le grand

4
Charles Augustin Sainte-Beuve, « De la littérature industrielle »,
Revue des Deux Mondes, t. 19, 1 septembre, 1839, p. 675-91.
5
Op. cit., p. 678.
8 public est à éviter comme la peste. Comme Mallarmé le dit dans un
entretien avec Jules Huret, le poète se doit de se retirer du
monde et de « sculpter son propre tombeau », geste qui semble
sceller le destin de la littérature en France ; elle ne saurait
donc éviter de devenir une activité des plus marginales.
Cependant, les choses ne se passent guère comme prévu : la
littérature brillera de plus belle à la suite de la Première
Guerre mondiale. La carrière de Valéry elle-même est une contre-
preuve par excellence de l’idée que la littérature aurait perdu
e
son influence au XX siècle ; sa personne et son œuvre sont
célèbres, comme pour Poe de son vivant, et ses textes difficiles
d’accès, comme ceux de Mallarmé. Nonobstant l’angoisse réelle des
6
contemporains de Valéry, comme Paulhan ou même Sartre, cette
étude cherche à comprendre les sources de l’extraordinaire
e
visibilité des hommes de lettres durant la première moitié du XX
siècle.
Notre étude s’ouvre par une analyse du trajet de l’écrivain
destiné à jouer un rôle majeur dans cette transformation : Edgar
Poe, cet écrivain à succès --- -tout au moins dans son pays
d’origine ---, - destiné à devenir en France le père d’un mouvement
aux antipodes de ses positions originelles, le symbolisme. Ainsi,
à partir du moment où les idées de Poe sont transformées par les
écrivains français, une évolution aussi inéluctable qu’inattendue
s’opère dans les milieux littéraires français ; elle constitue
l’objet même de cette thèse. Sous l’influence de Poe, certains
écrivains français commencent à réfléchir à une stratégie qui leur
permettrait de conserver leur influence et leur prestige, bref,
leur pouvoir, tout en limitant la liberté de leurs lecteurs. Ils
mettent au point une véritable politique littéraire. Mallarmé ira
jusqu’à élever l’écrivain à un rôle de civilisateur, dont le
raffinement et la culture, en d’autres termes sa supériorité
intellectuelle, justifient son autorité.
Si la position exaltée de Mallarmé semble être, au seuil du
e
XX siècle, bien difficile à soutenir, au moins trois
développements contribueront à son triomphe ultime. Dans un
premier temps, la Première Guerre mondiale permettra aux hommes de
la génération de Valéry de revenir sur le devant de la scène
littéraire et d’imposer leurs idées durant presque vingt ans.
Valéry sera en effet l’un des défenseurs les plus ardents de la
notion selon laquelle la civilisation et la littérature doivent

6
Marx, éd. citée, p. 145. En fait tout le chapitre intitulé, « Suicides
en série » traite du malaise des écrivains et critiques littéraires
durant la période de l’avant guerre (1930 à 1939).
9 être protégées à tout prix contre une invasion des goûts d’un
public de masse. Si Valéry emprunte nombre de ses hypothèses à
Edgar Poe, c’est un Poe transformé par les Français qu’il adopte
et modifie pour son propre discours. Le deuxième développement
majeur a lieu grâce à la clairvoyance de la critique littéraire au
moment où la radio devient un instrument de diffusion commerciale
(aux alentours de 1928) car elle jouera un rôle important dans les
premières émissions parlées et influencera par la suite l’avenir
des médias en France. Finalement, l’avènement de la Deuxième
Guerre mondiale sera un événement qui, malgré les conséquences
funestes pour le pays et l’Europe en général, servira à consolider
le pouvoir des hommes de lettres sur les ondes et sera par la
suite un facteur déterminant dans l’épanouissement d’une culture
littéraire dans les médias. Cette histoire est ainsi celle d’une
lutte tenace menée par les hommes de lettres français pour
préserver leur autorité culturelle en dépit des aléas de la
guerre, de la vie moderne, des régimes démocratiques et de la
médiatisation par le biais de la radio.
Organisation
Notre analyse de cette trajectoire comporte trois grands
volets. Le premier, correspondant aux chapitres un et deux, se
consacre à l’étude des origines américaines de la théorie des
effets et de sa transformation une fois arrivée sur le sol
français. Dans les années 1830 aux États-Unis, le terme
« écrivain » est un grand mot pour décrire l’activité des hommes
qui gagnent leur vie par leur plume. Hommes à tout faire, utilisés
pour diffuser des connaissances, promouvoir le bien-être spirituel
de leurs lecteurs ou communiquer les dernières découvertes et
faits divers, ils sont sans cesse contestés. Les auteurs
britanniques, dont les ouvrages inondent le marché américain entre
1800 et 1840 du fait de l’absence d’accord relatif aux droits
d’auteur, les chassent de l’arène littéraire. Vue dans cette
perspective, l’esthétique de Poe n’est rien moins qu’un défi lancé
aux écrivains pour qu’ils se rebellent contre ces lamentables
conditions d’existence et forgent une alliance avec le public que
personne, ni les professeurs, ni les auteurs britanniques, ni les
éditeurs, ne puisse briser.
Le défi se transforme lors de sa traversée atlantique.
Originellement, Poe accueillait à bras ouverts les réactions du
public et adaptait son œuvre en fonction d’elles. La critique
littéraire, qui joue un rôle non négligeable dans cette
transformation, Baudelaire puis Mallarmé chercheront tous à
dépeindre Poe comme un auteur qui voudrait limiter le pouvoir du
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