Comment lire Hegel ? Considérations spéculatives et pratiques - article ; n°8 ; vol.70, pg 573-586
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Revue Philosophique de Louvain - Année 1972 - Volume 70 - Numéro 8 - Pages 573-586
How to read Hegel ?
The purpose of this article is to furnish a pedagogical and methodical plan to read the later works of Hegel. In order to do this, it bases itself on the indications contained in the very structure of the Hegelian System while it refers to the procedures used by Hegel in his university teaching. Three cycles of readings are thus proposed, which correspond in a global fashion to the three literary genres adopted by Hegel respectively in the Berlin Courses, the Phenomenology of Mind and the Encyclopedia of Philosophical Sciences. This article furnishes information relative to the study of the hegelian texts themselves and the necessary bibliographical references.
Cet article a pour but de fournir un plan à la fois pédagogique et méthodique de lecture des œuvres de maturité de Hegel. Pour ce faire, il s'inspire des indications contenues dans la structure même du système hégélien en même temps qu'il renvoie aux procédés employés par Hegel dans son enseignement universitaire. Trois cycles de lecture sont ainsi proposés, qui correspondent globalement aux trois genres littéraires adoptés respectivement par Hegel dans les Cours de Berlin, la Phénoménologie de l'Esprit et l'Encyclopédie des sciences philosophiques. L'article fournit conjointement les renseignements relatifs à l'étude des textes hégéliens eux-mêmes et les références bibliographiques indispensables.
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Publié le 01 janvier 1972
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Langue Français
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André Léonard
Comment lire Hegel ? Considérations spéculatives et pratiques
In: Revue Philosophique de Louvain. Quatrième série, Tome 70, N°8, 1972. pp. 573-586.
Abstract
How to read Hegel ?
The purpose of this article is to furnish a pedagogical and methodical plan to read the later works of Hegel. In order to do this, it
bases itself on the indications contained in the very structure of the Hegelian System while it refers to the procedures used by
Hegel in his university teaching. Three cycles of readings are thus proposed, which correspond in a global fashion to the three
literary genres adopted by Hegel respectively in the Berlin Courses, the Phenomenology of Mind and the Encyclopedia of
Philosophical Sciences. This article furnishes information relative to the study of the hegelian texts themselves and the necessary
bibliographical references.
Résumé
Cet article a pour but de fournir un plan à la fois pédagogique et méthodique de lecture des œuvres de maturité de Hegel. Pour
ce faire, il s'inspire des indications contenues dans la structure même du système hégélien en même temps qu'il renvoie aux
procédés employés par Hegel dans son enseignement universitaire. Trois cycles de lecture sont ainsi proposés, qui
correspondent globalement aux trois genres littéraires adoptés respectivement par Hegel dans les Cours de Berlin, la
Phénoménologie de l'Esprit et l'Encyclopédie des sciences philosophiques. L'article fournit conjointement les renseignements
relatifs à l'étude des textes hégéliens eux-mêmes et les références bibliographiques indispensables.
Citer ce document / Cite this document :
Léonard André. Comment lire Hegel ? Considérations spéculatives et pratiques. In: Revue Philosophique de Louvain.
Quatrième série, Tome 70, N°8, 1972. pp. 573-586.
doi : 10.3406/phlou.1972.5699
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1972_num_70_8_5699Comment lire Hegel?
Considérations spéculatives et pratiques
Cet article s'adresse aux jeunes philosophes désireux d'entreprendre
une étude approfondie de Hegel en vue d'un travail académique ou
d'une publication. Il s'adresse aussi aux moins jeunes, soucieux
d'aborder systématiquement une œuvre que, peut-être, ils ne con
naissent jusqu'ici que par bribes et morceaux. Le système hégélien
est en effet d'une telle complexité et d'une si grande difficulté que
certains se posent avec angoisse la question de savoir comment pénétrer
dans cette forteresse de la spéculation. Beaucoup ont tenté l'expédition
mais un grand nombre n'en sont jamais revenus, pour s'être égarés,
sans guide, dans les oubliettes de la dialectique, tandis que d'autres
rentraient prématurément de voyage, vaincus et découragés par les
pistes austères du savoir. Ici, comme en d'autres aventures spirituelles
plus décisives, il y a, semble-t-il, beaucoup d'appelés mais peu d'élus.
C'est pour avoir ressenti nous-même, à certains moments, la douleur
de cette réprobation que nous voudrions l'épargner à d'autres en
leur offrant une méthode de lecture de Hegel qui a déjà fait ses preuves
auprès de plus d'un apprenti hégélien. Certes, il n'existe point de voie
large qui conduise au vendredi saint de la pensée. Seule la voie étroite
du concept achemine au calvaire de l'Esprit absolu et ouvre ainsi
infiniment l'immensité cohérente et recueillie du système de l'Idée.
Si donc le savoir hégélien demeure à jamais crucifiant pour la conscience
naturelle, il reste que le système a ses voies privilégiées qui ne sont
pas nécessairement nos voies. C'est par elles, et par elles seules, qu'il
nous faut entrer dans le cercle mouvant de la pensée. Ce cercle étant
déterminé par la mobilité de trois points qui sont autant de mondes,
à savoir le Logos, la Nature et l'Esprit, il y a constamment trois
entrées dans le système, trois ouvertures béantes qui seules peuvent
conduire à la béatitude du savoir. Le rôle du guide que nous voudrions
être est d'indiquer ces voies d'accès à soi-même que le système ouvre
généreusement de lui-même à la pensée finie qui veut y communier
en s'effaçant en lui. Nous nous sommes déjà expliqué en détail dans un André Léonard 574
article précédent sur la structure propre de ce système hégélien et
nous y renvoyons le lecteur avec insistance (1). C'est en rappelant les
conclusions de cet article que nous allons maintenant présenter un
plan pédagogique concret pour la lecture et l'étude de Hegel.
Ainsi donc que nous l'avons exposé antérieurement, le Tout de
l'Idée absolue est à saisir dans la cohérence organique des trois syll
ogismes Logos-Nature-Esprit (L-N-E), Nature-Esprit-Logos (N-E-L) et
Esprit-Logos-Nature (E-L-N) selon la vision englobante du système
qui nous est livrée par Hegel au terme de l'Encyclopédie de 1830, dans
les §§ 574 à 577. Mais la merveille de cette systématique encyclopédique
est qu'elle permet de saisir la cohérence, non seulement de YEncyclopé-
die, mais encore de tout le système hégélien, y compris la Phéno
ménologie de l'Esprit et les Cours de Berlin. On sait en effet que les
diverses œuvres où s'expose la pensée de Hegel sont essentiellement
les trois textes cités à l'instant. Pour le reste, nous avons encore la
Science de la Logique, qui est le déploiement détaillé de ce que nous
retrouvons en forme abrégée dans la Logique de Y Encyclopédie, et les
Principes de la philosophie du droit, qui constituent une élaboration
plus fouillée de la partie de l'Encyclopédie consacrée à l'Esprit objectif.
Or la conclusion dernière de notre étude sur la structure du système
hégélien était l'ensemble formé par les trois affirmations suivantes :
1) conformément au premier syllogisme L-N-E, qui est marqué par
la médiation extérieure de la Nature et la discursivité de la science,
les Cours de Berlin sur l'histoire, l'art, la religion et la philosophie
présentent un exposé du système de style historico-positif, exposé qui,
en réfléchissant objectivement le mouvement de la spéculation, a pour
but d'offrir à l'étudiant encore ignorant du système encyclopédique
une présentation des moments capitaux de ce dernier articulée au
rythme immédiatement accessible de la conscience objectivante;
Hegel commence par y donner le concept formel de l'objet spirituel
étudié, son Logos absolu (L), il détaille ensuite les divers moments de
sa réalisation naturelle et historique (N) et termine en en montrant
l'achèvement spirituel complet (E); 2) quant à la Phénoménologie,
conformément au second syllogisme N-E-L, qui est marqué par la
médiation de l'Esprit et la réflexion active de celui-ci hors de la Nature
vers l'absoluité du Logos, elle donne du Tout une présentation de
style réflexif et conscientiel, exposé qui, en réfléchissant l'expérience
(*) Cf. A. Léonard, La structure du système hégélien, dans Revue philosophique
de Louvain, t. 69 (1971), p. 495-524. Comment lire Hegel? 575
subjective de la conscience, montre l'arrachement progressif de la
conscience de soi spirituelle (E) à la naturalité de son immédiateté
sensible (N) et son introduction douloureuse dans l'univers logique et
rationnel du Savoir absolu (L) ; 3) pour ce qui est enfin de Y Encyclopédie,
conformément au troisième syllogisme E-L-N, qui est marqué par la
médiation de la Vérité logique absolue et son partage dans les deux
sphères de l'Esprit et de la Nature, elle expose la révélation absolue
de l'Absolu à partir de lui-même puisque la rationalité absolue du
Logos n'y est plus ni un terme visé eschatologiquement comme dans
la Phénoménologie, ni un principe formellement présupposé comme
dans les Cours de Berlin, mais le milieu même du discours, la trans
lucidité immanente à la cohérence syllogistique absolue du système;
c'est donc à partir du Logos (L) qu'y sont saisis la nécessité et le
caractère propre de la Nature (N) et de l'Esprit (E).
Il ressort de ces conclusions que la présentation encyclopédique
du système est évidemment la plus définitive et la plus ultimement
vraie. Néanmoins, elle ne peut s'affirmer comme vraie qu'en s'appuyant
sur la médiation des deux autres approches qu'elle confirme en même
temps qu'elle les dépasse. Mais pour nous qui, d'un point de vue
pédagogique, cherchons une voie d'accès au système, il est clair que
c'est du côté des Cours de Berlin ou de la Phénoménologie qu'il faut
nous tourner pour trouver cette introduction au savoir. Il pourrait
sembler tout d'abord que la première lecture qui s'impose dans cette
perspective soit celle de la Phénoménologie puisque cette dernière a
été conçue par Hegel lui-même comme la première partie du système
de la science, comme l'exposition du devenir du savoir. Mais si, d'un
point de vue systématique, la Phénoménologie est, comme science de
l'expérience de la conscience, la seule initiation scientifique de la
conscience de soi naturelle au royaume de l'Esprit absolu, il reste que,
sur le plan pédagogique, elle remplit mal ses promesses car aucun
lecteur ne peut entrer de plain-pied dans cette voie ascétique dont le
secret est détenu par un fur uns représentant un savoir auquel la
conscience elle-même demeure encore étrangère. C'est pourquoi la
meilleure solution est d'aborder en premier lieu les divers Cours de
Berlin professés par le maître. Jamais en effet Hegel n'initia à sa
pensée ses propres étudiants en leur commentant la Phénoménologie
de l'Esprit. Il préférait recourir à une méthode qui fît plus appel à
la positivité de la conscience objectivante qu'à la négativité tourmentée
de la conscience de soi. Or les Cours de Berlin répondent précisément 576 André Léonard
à cette exigence spirituelle et pédagogique en même temps que leur
démarche reprend la forme spéculative propre au premier déploiement
méthodique du système aussi bien dans son ensemble que dans cha
cune de ses parties. Dans l'ordre de l'exposition, la pensée dialectique
commence en effet toujours par l'immédiat, passe ensuite à la médiation
ou à la réflexion et s'achève par l'union comprehensive des deux dans
le concept. La pédagogie de Hegel n'est donc pas étrangère aux
nécessités internes du système. C'est d'elle que nous nous inspirerons
donc pour fournir, conformément au rythme des trois syllogismes de
la philosophie, un plan méthodique de lecture de Hegel. Ce plan com
portera trois cycles dont le parcours intégral nous paraît exiger en
moyenne douze à quinze mois de labeur à raison de cinq à six heures
de travail par jour.
Peemier cycle :
l'initiation globale au système
et les « Cours de Berlin »
Pour qui lit Hegel de nos jours, il importe, avant même d'aborder
les Cours de Berlin, de pouvoir se faire une idée d'ensemble du contenu
et de la forme du système total. Dans cette perspective on lira avec
profit les pages consacrées à Hegel par É. Bréhier dans son Histoire
de la philosophie, ainsi que l'ouvrage de P. Roques, Hegel, sa vie et ses
œuvres, Paris, Alcan, 1912. On lira surtout le beau travail de A. Véra,
Introduction à la philosophie de Hegel, publié en 1864 et heureusement
réédité en 1969 à Bruxelles par Culture et Civilisation en même temps
que tous les autres écrits hégéliens de ce philosophe eminent dont
l'intérêt, malgré son attachement quasi exclusif à la seule Encyclopédie,
est qu'il ratifie les thèses hégéliennes avec un tel enthousiasme qu'il
les expose comme de l'intérieur et avec une souveraine clarté. Au
terme de cette première initiation, notre article sur La structure du
système hégélien peut constituer lui aussi une bonne lecture d'intro
duction. Il est capital cependant, avant de passer à la lecture de
Hegel lui-même, de se rappeler que de telles études introductives
pèchent toujours par abstraction dans la mesure où elles dessertissent
l'enchaînement dynamique du système du contenu détaillé de son
élaboration et risquent ainsi de donner au lecteur l'impression abso
lument injustifiée que la dialectique hégélienne consiste en l'appli
cation à un objet quelconque d'une forme spéculative arbitraire. Comment lire Hegel? 577
Les divers Cours de Berlin reprennent successivement, quant à la
matière de leurs exposés, les sphères les plus élevées de la philosophie
de l'Esprit dans Y Encyclopédie, à savoir l'histoire, l'art, la religion et
la philosophie. C'est donc dans cet ordre qu'on les lira. Et tout d'abord
les Vorlesungen iïber die Philosophie der Weltgeschichte qu'on étudiera,
comme la plupart des œuvres de Hegel, dans les textes sans cesse
réédités de la Philosophische Bibliothék, Hambourg, Felix Meiner
Verlag. Rappelons à ce propos que, si certains ouvrages de Hegel et
tout spécialement les cours qu'il professa à Berlin peuvent être lus
en traduction française, il est néanmoins indispensable de bien con
naître l'allemand pour aborder l'étude systématique du philosophe.
Beaucoup de traductions sont en effet défectueuses et aucune en tout
cas ne permet de sentir de l'intérieur les nuances omniprésentes du
texte allemand. Dans le cas de l'histoire, on recourra à la traduction
de J. Gibelin, Leçons sur la philosophie de Vhistoire, Paris, Vrin, dont
on choisira l'édition la plus récente. Comme les autres cours, ceux que
Hegel consacra à la philosophie de l'histoire commencent par une
introduction présentant le « concept » d'histoire « en général ». Cette a été publiée séparément et de manière plus critique,
c'est-à-dire en y distinguant typographiquement les notes d'étudiants
et le manuscrit original de Hegel, sous le titre de Die Vernunft in der
Geschichte, Felix Meiner Verlag. Pour cette partie, on se référera de
préférence à la traduction faite par K. Papaioannou, La Raison dans
Vhistoire, Coll. 10/18, Union générale des éditions. Le lecteur renoncera
à comprendre exhaustivement du premier coup le texte de cette in
troduction et passera rapidement, après avoir lu les admirables pages
sur le fondement géographique de l'histoire universelle, aux cours
proprement dits sur le monde oriental, les mondes grec et romain,
et enfin le monde germanique. Cette lecture passionnante pourra,
selon les besoins d'un chacun, être également très rapide eu égard
à la relative facilité des textes.
Viennent ensuite les Vorlesungen ù'ber die Aesthetik qu'on lira dans
la Jubilà'umsausgabe, tomes 12 à 14, Stuttgart, Friedrich Frommann
Verlag. En français, nous disposons de la bonne traduction de S. Janké-
lévitch, Esthétique, récemment rééditée à Paris chez Aubier en une
dizaine de petits volumes. On lira à la vitesse de son choix ce texte
captivant, le plus beau et aussi le plus facile de HegeL
La partie sera plus serrée en ce qui concerne les Vorlesungen uber
die Philosophie der Religion, Felix Meiner Verlag, dont la traduction 578 André Léonard
par J. Gibelin, Leçons sur la philosophie de la religion, Paris, Vrin, est
par ailleurs extrêmement défectueuse. La traduction avec notes de
A. Véra publiée sous le titre de Philosophie de la religion est de loin
meilleure mais elle est demeurée inachevée et ne suit pas la même
édition du texte allemand. L'idéal est donc de recourir à l'original
d'autant plus que l'édition allemande permet à nouveau de distinguer
le manuscrit hégélien et les notes de cours. Cette distinction est présente
aussi dans la traduction de J. Gibelin, mais beaucoup moins clairement.
On commencera par une lecture cursive de l'ensemble sans trop s'arrêter
aux difficultés de compréhension présentées par certains passages
spéculativement très exigeants. En règle générale, les parties traitant
des religions déterminées ou finies, c'est-à-dire des religions orientale,
juive, grecque et romaine, pourront être parcourues beaucoup plus
rapidement que celles qui traitent du concept de religion et de la
religion absolue ou chrétienne. Tout dépend du centre d'intérêt du
lecteur. Après cette première lecture cursive, il sera bon de reprendre
pour lui-même et séparément le manuscrit de Hegel, dont le texte a
été éparpillé parmi les notes d'étudiants, et de le relire dans son o
rdonnance hégélienne primitive ; celle-ci a été reconstituée avec bonheur
par A. Chapelle dans le tome d'annexés de son Hegel et la religion,
Paris, Éditions universitaires, 1967. Les Vorlesungen uber die Beweise
vom Dasein Gottes sont traditionnellement considérées comme faisant
partie des écrits de Hegel sur la philosophie de la religion. En raison
de leur caractère proprement métaphysique, on ne les lira cependant
qu'après l'étude de la logique spéculative.
Le cycle des Cours de Berlin se termine par les Vorlesungen uber
die Geschichte der Philosophie. L'introduction de ce texte, VEinleitung
in die der Philosophie, a été publiée chez Felix Meiner dans
une édition relativement critique où le manuscrit de Hegel est typo-
graphiquement distingué des notes de cours. On en a une traduction
généralement correcte par J. Gibelin chez Gallimard, intitulée Leçons
sur l'histoire de la philosophie. Introduction. Ce texte dense et lumineux
mérite une lecture particulièrement attentive car il expose dans un
langage très accessible les intuitions les plus profondes du système.
Viennent ensuite les leçons proprement dites sur l'histoire de la phi
losophie grecque, médiévale et moderne. Le texte allemand est dis
ponible chez Friedrich Frommann dans les tomes 17 à 19 de la Jubi-
Idumsausgabe. Une traduction française est en cours dont les deux
premiers volumes, consacrés à la philosophie grecque, ont paru cette Comment lire Hegel? 579
année à Paris chez Vrin, dans une version due à P. Garniron. Cette
relecture hégélienne de l'histoire de la philosophie est une des plus
grandes joies de l'esprit que puisse procurer l'étude du système. Le
lecteur pressé pourra néanmoins s'en tenir, s'il le juge nécessaire, aux
figures les plus célèbres de l'odyssée hégélienne de la pensée, Platon,
Aristote, les Néoplatoniciens, Descartes, Spinoza, Leibniz, Jacobi,
Kant, Fichte et Schelling. Avant de passer au cycle suivant, on relira
enfin avec profit les deux textes les plus synthétiques des Cours de
Berlin, à savoir Die Vernunfî in der Geschichte et YEinleitung in die
Geschickte der* Philosophie.
Deuxième cycle :
la « Phénoménologie de l'Esprit »
Après cette initiation d'ordre principalement historique et ob
jectif au système, il faut maintenant s'y laisser introduire par le biais
plus intime de l'ascèse subjective de la conscience. C'est le rôle de la
Phanomenologie des Geistes, qu'on lira dans l'édition de la Philosophische
Bibliothelc en s'aidant de l'excellente traduction de J. Hyppolite — les
contresens y sont très rares — parue à Paris chez Aubier sous le titre
de La Phénoménologie de V Esprit Cette traduction comporte des notes
complétant heureusement l'autre ouvrage célèbre de J. Hyppolite
consacré à ce grand texte hégélien, à savoir Genèse et structure de la
Phénoménologie de V Esprit de Hegel, paru lui aussi à Paris chez Aubier
et dont les commentaires éclairent généreusement le texte de Hegel
lorsqu'il n'est pas exagérément obscur. Il est strictement impossible
de comprendre de manière satisfaisante la Phénoménologie de l'Esprit
lors d'une première lecture, surtout quand on la lit avant l'Ency
clopédie et la Science de la logique qui en sont la clé ou mieux l' arrière-
fond inexprimé. Dans la du système et, spécialement, du
second syllogisme de la philosophie, nous croyons cependant qu'il est
opportun de la lire aussi rapidement que possible dès maintenant,
à condition bien sûr de la reprendre ultérieurement dans le détail
ainsi que nous l'indiquerons en son temps. Pour la préface de la
Phénoménologie, comme pour toutes les préfaces des œuvres publiées
par Hegel lui-même, on s'aidera du très beau commentaire de B. Metzke
dans Hegels Vorreden, Heidelberg, Kerle Verlag, 1949. Quant à l'« In
troduction» qui suit la préface, le lecteur qui aime le genre littéraire André Léonard 580
de Heidegger pourra en trouver une belle présentation dans l'article
de Holzwege intitulé Hegels Begriff der Erfahrung, Francfort, Kloster-
mann, 1950. Il en existe une traduction française, Hegel et son concept
de l'expérience, par W. Brokmeier dans Chemins qui ne mènent nulle
part, Paris, Gallimard, 1962. Après la lecture des huit chapitres de la
Phénoménologie, lecture que l'on mènera jusqu'à son terme sans se
laisser décourager par l'opacité apparemment irréductible de nombreux
passages, on reprendra à nouveaux frais la préface, qui a d'ailleurs
été écrite en fonction du système de la Science de la logique et de
l'Encyclopédie et qui servira donc heureusement d'inttoduction au
cycle suivant de notre périple hégélien.
Troisième cycle :
l'« Encyclopédie » et la « Science de la logique »
Cette dernière approche du système de l'Esprit, inspirée par le
troisième syllogisme de la philosophie, débutera par l'étude de l'Enzy-
hlopàdie der philosophischen Wissenschaften dans son édition de 1830
fournie par la Philosophische Bibliothek. Si l'on veut disposer du texte
allemand des Zusâtze, c'est-à-dire des notes de cours éclairant certains
paragraphes du texte magistral, on aura recours aux volumes 8 à
10 des WerJce in zwanzig Bânden, édités à Francfort par le Suhrkamp
Verlag, où ces « Additions >> ont été incorporées, sans confusion, au
manuscrit de Hegel. Notons au passage qu'on trouve dans cette édition
manuelle du Suhrkamp Verlag une présentation commode et bon
marché des principaux textes hégéliens inspirée des Werke de 1832-
1845. L'Encyclopédie a connu avant 1830 deux autres éditions, la
première, sensiblement différente, en 1817 et la seconde, très sem
blable à l'édition définitive, en 1827. L'édition de 1817 est repro
duite dans le volume 6 de la Jubildumsausgabe tandis que celle de
1827 est introuvable dans le commerce bien qu'elle ait été republiée
jadis par la Philosophische Bibliothek. En français, l'Encyclopédie des
sciences philosophiques est accessible dans la traduction largement
déficiente de J. Gibelin parue à Paris chez Vrin, dans la traduction de
loin meilleure mais fréquemment sophistiquée et parfois inexacte de
M. de Gandillac parue à Paris chez Gallimard et enfin dans l'excellente
traduction de B. Bourgeois, très rarement incorrecte, parue à Paris
chez Vrin et présentant le grand avantage de fournir en même temps Comment lire Hegel? 581
que la traduction française des Zusàtze le texte des trois éditions de
Y Encyclopédie. Son seul défaut est de n'être pas encore complète à
ce jour; l'Encyclopédie comporte en effet trois parties, la science de
la Logique, la philosophie de la Nature et la philosophie de l'Esprit ;
seule la première de ces trois parties a paru jusqu'à présent. Après les
préfaces lues avec l'aide de E. Metzke, on abordera l'introduction et
ensuite l'admirable Vorbegriff de la « science de la logique » pour lequel
on se référera au commentaire pénétrant de V. Delbos dans son ouvrage
De Kant aux Postkantiens, Paris, Aubier, 1940.
En ce qui concerne la « science de la logique », qu'on étudiera en
allemand comme toute l'Encyclopédie, on trouvera un appui précieux
dans une traduction française que nous n'avons pas citée ci-dessus
parce qu'elle ne comporte pas seulement une version du texte allemand
mais aussi une très longue introduction et un commentaire perpétuel.
Il s'agit de Logique de Hegel, ouvrage publié en deux volumes par
A. Véra en 1874 et réédité récemment, comme nous l'avons dit plus
haut, par Culture et Civilisation. Notons dès à présent que A. Véra
a fourni le même remarquable travail pour les deux autres parties de
l'Encyclopédie dans sa Philosophie de la Nature en trois volumes datant
de 1863-1866 et sa de l'Esprit en deux datant de
1867-1870. Le tout a donc été republié récemment dans les mêmes
conditions. Les traductions de A. Véra sont généralement bonnes et
se lisent agréablement du fait que l'effort de fidélité s'accompagne de
la volonté de traduire selon l'esprit plutôt que suivant la lettre. La
lecture de cette Logique de l'Encyclopédie sera attentive et minutieuse
même s'il faut renoncer à maîtriser le texte du premier coup. On
accordera une grande importance à la bonne compréhension des
articulations générales et du mouvement d'ensemble. La comparaison
avec les autres éditions sera parfois éclairante de même que la con
frontation avec les petites « Logiques » contenues dans la Philoso-
phische Propàdeutik éditée dans le volume 3 de la Jubilàumsausgabe
et traduite en français par M. de Gandillac sous le titre de Propédeutique
philosophique, Paris, Éditions Gonthier, 1963. Pour être complet,
signalons enfin que nous préparons actuellement nous-même un vaste
commentaire littéral de la Logique de l'Encyclopédie de 1830. Cet
ouvrage visera à rendre compte, paragraphe par paragraphe, phrase
par phrase et mot par mot, du sens et de la portée de ce texte capital
mais combien ardu que nous a laissé Hegel. Le commentaire éclairera
aussi bien l'ensemble du texte que ses moindres détails. Nous avons
déjà terminé la rédaction des deux premières parties, la logique de

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