La critique de la religion par Marx - article ; n°97 ; vol.68, pg 55-78
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Revue Philosophique de Louvain - Année 1970 - Volume 68 - Numéro 97 - Pages 55-78
24 pages

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Publié le 01 janvier 1970
Nombre de lectures 46
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Extrait

Trân-vàn-Toàn
La critique de la religion par Marx
In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 68, N°97, 1970. pp. 55-78.
Citer ce document / Cite this document :
Trân-vàn-Toàn . La critique de la religion par Marx. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 68, N°97, 1970.
pp. 55-78.
doi : 10.3406/phlou.1970.5533
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0035-3841_1970_num_68_97_5533critique de la religion par Marx La
L'œuvre de Marx peut être considérée comme une vaste critique.
En effet, ses écrits, présentés pour la plupart comme des critiques,
en contiennent effectivement qui s'étendent à des domaines fort
variés. Toutefois toutes ses critiques n'ont pas la même portée, car
on ne peut pas s'occuper de tout avec la même attention et la même
compétence. Mais il y a plus. Marx faisait partie du mouvement
jeune-hégélien et n'était pas sans garder dans ses écrits certains
traits communs aux penseurs de ce mouvement. Or, comme Karl Lô-
with l'a fait remarquer, les écrits de ces penseurs étaient, en général,
des manifestes, des programmes, des thèses, des proclamations plutôt
que des démonstrations rigoureuses (1).
Si l'importance de la critique marxienne de la vie sociale et de
l'économie politique n'est guère mise en doute, il n'en est pas de même
en ce qui concerne la critique de la religion. On connaît la déclaration
de Marx dans l'Introduction à la Critique de la philosophie du droit de
Hegel, selon laquelle « la critique de la religion est la condition pré
liminaire de toute critique »(2). Cependant, contrairement à Hegel, à
Feuerbach et à plusieurs autres hégéliens, Marx n'a réservé à la critique
de la religion aucun livre. Dans ses nombreux écrits, il n'en parle qu'en
passant. La plupart de ces passages sont assez courts et ne contiennent
que de simples affirmations. Parmi les rares passages dépassant une
page, certains ne font qu'orner ces affirmations d'une brillante rhé
torique, comme, par exemple, le début de l'Introduction à la Critique
de la philosophie du droit de Hegel, où l'on trouve la fameuse phrase
que la religion est l'opium du peuple. La plupart des passages relatifs
à la ne nous livrent que de maigres renseignements sur les
fondements de l'attitude de Marx devant la religion. S'il est vrai que,
(x) Cf. Karl Lôwrra, Von Hegel zu Nietzsche, Stuttgart, Kohlhammer, 1953, p. 79.
(2) Marx-Engels, Sur la religion. Textes choisis, traduits et annotés par G. Badia,
P. Bangk et E. Bottiobuj, Paris, Éd. Sociales, 1960, p. 41. MEGA (Marx-Engels
Historisch-kritische Gesamtausgabe) 1/1/1, p. 607. 56 Trân vàn Toàn
pour Marx, la critique de la religion est le fondement de toute critique,
on doit constater que ce fondement n'a pas été édifié par Marx lui-
même. Dès lors on peut se demander si la critique de la religion,
faite par les autres et reprise par Marx, n'est pas un corps étranger
dans son système de pensée prétendument matérialiste.
Dans les pages qui suivent, nous nous proposons d'examiner
deux textes relativement longs — les seuls, à notre connaissance —
dans lesquels Marx expose d'une façon détaillée sa critique de la
religion. Nous tâcherons de comprendre ces textes dans leur contexte
historico-culturel, ce qui permettra d'en délimiter la portée effective.
***
Pour mieux situer les textes à étudier, il est bon de se rappeler le
cadre général de la pensée de Marx, ainsi que le contexte spécial dans
lequel est insérée sa critique de la religion.
Si l'on admet que la phénoménologie de la religion et la sociologie
de la religion, comme disciplines scientifiques, sont de date récente,
on comprend qu'il ne faut pas s'attendre à trouver chez Marx l'étude
de l'expérience religieuse et des formes concrètes dans lesquelles
apparaissent les religions. Fils de son temps, Marx a abordé la religion
d'une façon philosophique et, pour être plus précis, avec la philosophie
idéaliste. D'un autre côté, la praxis révolutionnaire préconisée par Marx
n'est pas sans influencer sa façon de voir la religion.
a) Le contexte idéaliste de la critique de la religion.
Le jeune Marx a été fort influencé au point de vue intellectuel
par son père, juif converti au protestantisme. Il en a hérité l'esprit
libéral tant en matière politique qu'en matière religieuse. Comme
Auguste Cornu l'a fait remarquer, « K. Marx apparaît détaché, comme
son père, de toute croyance dogmatique et la philosophie rationaliste
l'emporte chez lui sur la religion »(3), et cela dès l'époque de ses études
secondaires à Trêves.
Le protestantisme, religion de son entourage, en insistant sur
l'engagement personnel du sujet oriente déjà l'esprit vers l'intériorité
et la subjectivité. En réaction contre le catholicisme romain, le pro-
(3) Auguste Cornu, Karl Marx et Friedrich Engels, Paris, P.U.F., 1955, tome I, p. 64. La critique de la religion far Marx 57
testantisme a évolué dans les directions que son fondateur n'avait
ni prévues, ni voulues. En effet, face au catholicisme fort de son
appareil administratif calqué sur les meilleures traditions juridiques
romaines, le protestantisme préconise le retour à la vraie source :
la Bible. Cependant il n'est pas seul à revendiquer pour lui la Bible :
les catholiques prétendent eux aussi s'appuyer sur la Bible et, conscients
de la tradition qu'ils représentent, veulent monopoliser l'interprétation
des livres sacrés. Mettant en cause cette monopolisation, le protes
tantisme soutient que tout chrétien qui lit la Bible est éclairé par
l'Esprit Saint. Et, comme chacun peut prétendre être inspiré dans ses
lectures bibliques, cela aboutit à l'anarchie individualiste : chacun
peut trouver dans la Bible ce qu'il veut y chercher. Ainsi chacun peut
interpréter la Bible comme il l'entend et donner à la religion le contenu
qu'il veut. De là à affirmer que c'est l'homme qui crée la religion, il
n'y a qu'un pas à franchir et qui fut effectivement franchi. Si les
catholiques posent l'objet de leur foi comme indépendant du sujet
humain, certains protestants peuvent dire que ce qui paraît indé
pendant de l'homme, n'est en somme que l'œuvre de l'homme lui-même,
ce qui conduit au postulat idéaliste : tout est réductible au sujet.
La révolution copernicienne de Kant est déjà un pas vers l'idéalisme.
Ce n'est pas par hasard que les théologiens catholiques, dans leur
majorité, ont évité de réfléchir leur foi dans une philosophie idéaliste,
car celle-ci leur semble moins respecter le donné de la révélation que
ne le fait la philosophie réaliste.
C'est dans cette atmosphère qu'il faut comprendre la problé
matique de la religion au sein du protestantisme tel que Marx l'a
connu. Déjà avec Kant on a pu déceler la tendance qui consiste à
évacuer du message chrétien tout ce qui est surnaturel, pour n'en
retenir que l'aspect éthique. Si c'est l'homme qui donne à la religion
son contenu, il faut considérer la religion comme l'expression de la
conscience de soi de l'homme. Cependant dans la religion, la conscience
se représente comme autre qu'elle-même. Il faut donc dépasser la
religion dans la philosophie, transcrire les représentations religieuses
en des concepts philosophiques. La théologie est une sorte d'anthro
pologie inconsciente : l'homme y parle de lui-même et de son œuvre,
tout en croyant parler d'un être autre que lui-même. Ces idées, exposées
par Hegel, sont reprises chez ses élèves.
David F. Strauss reprend à Hegel la thèse que ce que la religion
possède sur le plan de la représentation, la philosophie l'élève au plan 58 Trân vàn Toàn
du concept. Etant donné que c'est l'homme qui donne à la religion
son contenu, Strauss réduit la représentation religieuse à un mythe
créé librement : l'homme-Dieu dont il est question dans le christianisme
ne serait rien d'autre que l'humanité.
Ludwig Feuerbach, à son tour, ne veut pas faire une critique
destructive de la religion. Dans L'essence

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