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Positionnement conjoncturel du Royaume-Uni et UEM - article ; n°1 ; vol.66, pg 127-169

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Revue de l'OFCE - Année 1998 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 127-169
Business cycle of the United Kingdom and EMU Paul-Emmanuel Micolet The aim of this paper is to analyse to what extent the divergences between the business cycles of the United Kingdom and the ones of the Euro zone may be a risk for the integration of the Pound in the Euro. The study of the factors that may explain such divergences has led to two main conclusions. The first one is linked to the influence of differences in choices of policy mix and especially of monetary policies on the asymmetries observed. The second one deals with the persistence of structural differences between the United Kingdom and the core countries both in the real and the financial sectors. But on whole, the integration of the United Kingdom in the EMU seems to be unavoidable. The present divergences in business cycles and internal policy motivations are the two main explanations of the choice made by the Blair government to postpone this integration.
Avec une croissance du PIB réel estimée à 3,5% en 1997 et malgré une pause en 1995, la phase d'expansion de l'économie du Royaume-Uni est entrée dans sa sixième année. Cette situation contraste avec celle des principaux autres pays européens, notamment de Allemagne, dont les économies semblent seulement aujourd'hui s'engager dans une réelle reprise. L'un des symptômes de ces situations conjoncturelles contrastées est le différentiel des taux intérêt courts entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe. Ce différentiel interdit une convergence immédiate des taux du Royaume-Uni sur un taux européen qui devrait être relativement plus bas, et par là même, justifie le choix fait par le gouvernement Blair de ne pas faire entrer la livre dans l'euro. L'objet de cette étude est de déterminer dans quelle mesure le Royaume-Uni peut être structurellement une source de chocs asymétriques temporaires potentiellement coûteux à la fois pour ce pays et pour l'ensemble de la zone euro. En fait, depuis les années soixante-dix le cycle du produit du Royaume-Uni apparaît être fortement lié au cycle des États- Unis et de moins en moins lié au cycle du noyau dur européen par rapport auquel il est en avance. L'étude des fac teurs explicatifs de ces oppositions de zones nous conduit à deux conclusions principales. La première concerne l'influence des choix de politiques macroéconomiques et notamment de politique monétaire sur le profil cyclique du Royaume-Uni. La seconde concerne la persistance d'une hétérogénéité structurelle liée principalement aux caractéristiques internationales de l'd'insertion commerciale et de la spécialisation du Royaume-Uni et aux mécanismes ajustement aux impulsions monétaires propres à ce pays. Alors que l'UEM devrait limiter les perturbations issues des choix nationaux de politiques macroéconomiques, les différences structurelles devront être prises en compte lors de l'intégration du Royaume-Uni. Mais globalement,l'entrée du Royaume-Uni dans la troisième phase de l'UEM paraît inévitable La conjoncture actuelle et des motivations de politique intérieure sont les deux principaux facteurs qui justifient réellement le choix du gouvernement Blair.
43 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1998
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Langue Français
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Micolet
Positionnement conjoncturel du Royaume-Uni et UEM
In: Revue de l'OFCE. N°66, 1998. pp. 127-169.
Citer ce document / Cite this document :
Micolet . Positionnement conjoncturel du Royaume-Uni et UEM. In: Revue de l'OFCE. N°66, 1998. pp. 127-169.
doi : 10.3406/ofce.1998.1511
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ofce_0751-6614_1998_num_66_1_1511Abstract
Business cycle of the United Kingdom and EMU Paul-Emmanuel Micolet The aim of this paper is to
analyse to what extent the divergences between the business cycles of the United Kingdom and the
ones of the Euro zone may be a risk for the integration of the Pound in the Euro. The study of the
factors that may explain such divergences has led to two main conclusions. The first one is linked to the
influence of differences in choices of policy mix and especially of monetary policies on the asymmetries
observed. The second one deals with the persistence of structural differences between the United
Kingdom and the core countries both in the real and the financial sectors. But on whole, the integration
of the United Kingdom in the EMU seems to be unavoidable. The present divergences in business
cycles and internal policy motivations are the two main explanations of the choice made by the Blair
government to postpone this integration.
Résumé
Avec une croissance du PIB réel estimée à 3,5% en 1997 et malgré une pause en 1995, la phase
d'expansion de l'économie du Royaume-Uni est entrée dans sa sixième année. Cette situation
contraste avec celle des principaux autres pays européens, notamment de Allemagne, dont les
économies semblent seulement aujourd'hui s'engager dans une réelle reprise. L'un des symptômes de
ces situations conjoncturelles contrastées est le différentiel des taux intérêt courts entre le Royaume-
Uni et le reste de l'Europe. Ce différentiel interdit une convergence immédiate des taux du
Uni sur un taux européen qui devrait être relativement plus bas, et par là même, justifie le choix fait par
le gouvernement Blair de ne pas faire entrer la livre dans l'euro. L'objet de cette étude est de déterminer
dans quelle mesure le Royaume-Uni peut être structurellement une source de chocs asymétriques
temporaires potentiellement coûteux à la fois pour ce pays et pour l'ensemble de la zone euro. En fait,
depuis les années soixante-dix le cycle du produit du Royaume-Uni apparaît être fortement lié au cycle
des États- Unis et de moins en moins lié au cycle du noyau dur européen par rapport auquel il est en
avance. L'étude des fac teurs explicatifs de ces oppositions de zones nous conduit à deux conclusions
principales. La première concerne l'influence des choix de politiques macroéconomiques et notamment
de politique monétaire sur le profil cyclique du Royaume-Uni. La seconde concerne la persistance d'une
hétérogénéité structurelle liée principalement aux caractéristiques internationales de l'd'insertion
commerciale et de la spécialisation du Royaume-Uni et aux mécanismes ajustement aux impulsions
monétaires propres à ce pays. Alors que l'UEM devrait limiter les perturbations issues des choix
nationaux de politiques macroéconomiques, les différences structurelles devront être prises en compte
lors de l'intégration du Royaume-Uni. Mais globalement,l'entrée du Royaume-Uni dans la troisième
phase de l'UEM paraît inévitable La conjoncture actuelle et des motivations de politique intérieure sont
les deux principaux facteurs qui justifient réellement le choix du gouvernement Blair.de l'OFCE n° 66 / Juillet 1998 Revue
Positionnement conjoncturel du
Royaume-Uni et UEM
Paul-Emmanuel Micolet *
Doctorant à l'IEP de Paris, boursier du Centre européen de Sciences Po
Avec une croissance du PIB réel estimée à 3,5 % en 1997 et malgré
une pause en 1995, la phase d'expansion de l'économie du Royaume-Uni
est entrée dans sa sixième année. Cette situation contraste avec celle des
principaux autres pays européens, notamment de l'Allemagne, dont les
économies semblent seulement aujourd'hui s'engager dans une réelle
reprise. L'un des symptômes de ces situations conjoncturelles contrastées
est le différentiel des taux d'intérêt courts entre le Royaume-Uni et le reste
de l'Europe. Ce différentiel interdit une convergence immédiate des taux
du Royaume-Uni sur un taux européen qui devrait être relativement plus
bas et, par là même, justifie le choix fait par le gouvernement Blair de ne
pas faire entrer la livre dans l'euro. L'objet de cette étude est de détermi
ner dans quelle mesure le Royaume-Uni peut être structurellement une
source de chocs asymétriques temporaires, potentiellement coûteux à la
fois pour ce pays et pour l'ensemble de la zone euro. En fait, depuis les
années soixante-dix, le cycle du produit du Royaume-Uni apparaît être
fortement lié au cycle des Etats- Unis et de moins en moins lié au cycle du
noyau dur européen par rapport auquel il est en avance. L'étude des fac
teurs explicatifs de ces oppositions de zones nous conduit à deux conclu
sions principales. La première concerne l'influence des choix de politiques
macroéconomiques et notamment de politique monétaire sur le profil
cyclique du Royaume-Uni. La seconde concerne la persistance d'une hété
rogénéité structurelle liée principalement aux caractéristiques internatio
nales de l'insertion commerciale et de la spécialisation du Royaume-Uni et
aux mécanismes d'ajustement aux impulsions monétaires propres à ce
pays. Alors que VUEM devrait limiter les perturbations issues des choix
nationaux de politiques macroéconomiques, les différences structurelles
* Cet article est tiré d'une note réalisée au cours d'un stage à la Commission européenn
e, Direction générale II : Affaires économiques et Financières, Unité Cl : Evaluation et sur
veillance de l'économie communautaire. Je tiens à remercier particulièrement Servaas
Deroose, chef d'unité, mais aussi Didier Paquot, Marie Moberius Sôder, Mads Kieler et
Stefan Auwârter pour les remarques et commentaires très enrichissants qu'ils m'ont apport
és tout au long de ce stage. Au sein de la DGII, je remercie également pour leur aide pré
cieuse, Sean Berrigan, Hildegarde Vandromme et Chantai Feller-Dubreucq, l'ensemble de
l'équipe AMECO, à l'OFCE, Jean-Paul Fitoussi, Jacky Fayolle, Françoise Milewski et
Philippe Sigogne et le Centre européen de Sciences Po. Les points de vue exprimés ici sont
personnels et ne sont pas nécessairement ceux de ces personnes, ni ceux de la Commission
européenne et de la DGII. 128 Paul-Emmanuel Micolet
devront être prises en compte lors de l'intégration du Royaume-Uni. Mais
globalement, l'entrée du Royaume-Uni dans la troisième phase de l'UEM
paraît inévitable. La conjoncture actuelle et des motivations de politique
intérieure sont les deux principaux facteurs qui justifient réellement le
choix du gouvernement Blair.
Le 2 mai 1998, le Conseil européen de Bruxelles a officiellement
adopté la liste des onze premiers pays membres de la zone euro. A l'ins
tar du Danemark et de la Suède, le Royaume-Uni sera l'un des trois
pays membres de l'Union qui, tout en remplissant les principaux critères
de convergence du Traité, ne fera pas partie de cette première vague. En
fait, dès le mois d'octobre 1997, le chancelier de l'Echiquier Gordon
Brown annonçait le choix du gouvernement de Tony Blair de reporter à
une date ultérieure l'entrée du Royaume-Uni dans cette zone. Gordon
Brown avait fait dépendre la question de l'entrée de la livre dans l'euro
des résultats de cinq « tests », relatifs à l'impact de ce choix sur les inté
rêts du Royaume-Uni. Le premier de ces tests, celui lié au degré de
convergence des cycles du Royaume-Uni vis à vis des cycles du noyau
dur européen était : « Est-ce que les cycles conjoncturels et les structures
économiques sont suffisamment compatibles pour que nous et d'autres
puissions vivre de façon permanente avec des taux d'intérêt euro
péens ? » ] Théoriquement, cet argument est justifié par la littérature sur
les zones monétaires optimales. Schématiquement, une union monétaire
est économiquement avantageuse si les bénéfices provenant de la baisse
des coûts de transaction sont au moins égaux aux nouveaux coûts d'aju
stement liés notamment à l'abandon des politiques monétaires nationales.
Ces coûts dépendent principalement de la structure et de l'intégration
des marchés ainsi que du degré d'homogénéité des fluctuations natio
nales de court et de long termes. Ce dernier paramètre est particulièr
ement important, dans une Europe où le travail est peu mobile et les prix
et les salaires peu flexibles 2.
1. Le rapport du ministère des Finances relatif à ces cinq tests a été publié : H.M.
Treasury, 1997 : UK Membership of the Single Currency : an Assessment of the Five Economic
Tests, London, October. Les quatre autres questions dont dépendait l'entrée de la livre dans
la zone sont :
«L'économie britannique est-elle suffisamment flexible pour faire face à d'éventuels pro
blèmes ? »
«Est-ce que le fait de rejoindre l'UEM va créer des conditions plus favorables pour les entre
prises qui font des projets d'investissement à long terme au Royaume-Uni ? »
« Quel serait l'impact d'une entrée dans l'UEM sur la compétitivité du secteur des services
financiers du Royaume-Uni et plus particulièrement sur celle de la City ? »
« En conclusion, est-ce que le fait de rejoindre l'UEM va promouvoir une croissance plus
forte, la stabilité et à terme des créations d'emplois ? »
2. Pour un aperçu des premiers travaux sur les zones monétaires optimales, voir :
Mundell (1961), Mac Kinnon (1964) et Kenen (1969). Pour des revues des travaux plus
récents voir, de Grauwe (1997), Boone (1997) et Bayoumi et Eichengreen (1996). conjoncturel du Royaume- Uni et UEM 129 Positionnement
La situation conjoncturelle actuelle en Europe semble effectivement
soutenir la pertinence du choix effectué par le gouvernement Blair. Avec
une croissance du PIB réel estimée à 3,5 % en 1997 et malgré une pause
en 1995, la phase d'expansion de l'économie du Royaume-Uni est entrée
dans sa sixième année. Le taux de chômage est en baisse depuis cinq ans
et les risques de tensions inflationnistes restent présents. Cette situation
contraste avec celles des principaux autres pays européens, notamment
de l'Allemagne, dont les économies semblent seulement aujourd'hui
s'engager dans une réelle reprise (Mathieu et Passet, 1998). L'un des
symptômes de ces situations conjoncturelles contrastées est le différent
iel des taux d'intérêts courts entre le Royaume-Uni et le reste de
l'Europe. Les taux d'intérêt de base sont aujourd'hui de 7,25 % au
Royaume-Uni alors qu'ils se situent entre 3 et 4 % pour les pays du
noyau européen. Ce différentiel interdit une convergence immédiate des
taux du Royaume-Uni sur un taux européen qui devrait être proche des
niveaux les plus bas. La surévaluation actuelle du taux de change effect
if de la livre est un dernier argument conjoncturel qui peut justifier le
choix du report de l'entrée de cette devise dans la zone euro.
La question fondamentale devient alors de déterminer, dans quelle
mesure, l'hétérogénéité cyclique du Royaume-Uni peut être un phéno
mène permanent. Ceci revient à déterminer si le Royaume-Uni peut être
structurellement une source de chocs ou de mécanismes d'ajustements
asymétriques potentiellement coûteux à la fois pour ce pays et pour l'e
nsemble de la zone. Afin de répondre à cette question nous présenterons
dans une première partie les caractéristiques de long terme du positio
nnement cyclique particulier du Royaume-Uni. Nous verrons que l'hété
rogénéité du positionnement cyclique du Royaume-Uni en Europe n'est
pas un phénomène récent, mais que la divergence observée a été part
iculièrement marquée lors des dernières années. Nous analyserons alors
les caractéristiques qui, en termes d'insertion internationale ou de struc
tures économiques internes, ont pu, et peuvent encore être des sources
de perturbations asymétriques au reste de l'Europe. Nous présenterons
ensuite dans quelle mesure les choix de politique macroéconomique et
notamment de politique monétaire ont grandement influencé le pos
itionnement conjoncturel actuel du Royaume-Uni. Dans une dernière
partie, nous analyserons alors les implications de notre étude quant à
l'intégration de la livre dans l'euro et montrerons que les particularités
conjoncturelles actuelles et des motivations de politique intérieure sont
les deux principaux facteurs qui expliquent le choix du gouvernement
Blair. Paul- Emmanuel Mlcolet 130
Le Royaume-Uni et l'hétérogénéité des
conjonctures européennes
La position conjoncturelle actuelle du Royaume-Uni en Europe et le
différentiel de taux d'intérêt directeurs qui en découle, interdisent une
intégration immédiate de la livre sterling dans la zone euro. Mais cette
situation n'est que le reflet d'une absence d'homogénéité historique des
fluctuations des PIB entre le Royaume-Uni d'une part et le noyau dur
européen d'autre part. Cette hétérogénéité en termes de caractéristiques
cycliques nationales et de désynchronisations internationales fait
craindre l'existence de déterminants structurels nationaux différenciés et
potentiellement permanents dans la troisième phase de l'UEM.
Les enjeux de la permanence de la non homogénéité conjoncturelle
européenne sont particulièrement importants dans une zone qui sera
caractérisée par une politique monétaire unique. D'une part, si la diver
gence actuelle entre conjonctures nationales est récurrente, l'abandon de
l'autonomie monétaire du Royaume-Uni comme outil de stabilisation
conjoncturelle serait coûteuse pour ce pays. Mais d'autre part, sous cette
hypothèse la définition même d'une politique monétaire unique répon
dant aux différentes situations conjoncturelles nationales deviendrait
très difficile 3. Le problème de la similarité des fluctuations conjonctur
elles en union monétaire est en fait proche de celui du degré de symét
rie des chocs qui peuvent survenir dans une telle union, problème que
nous aborderons dans la partie suivante.
La divergence conjoncturelle actuelle entre le Royaume-
Uni et le reste de l'Europe
La principale justification économique du report de l'entrée de la
livre dans l'euro tient à la position conjoncturelle actuelle du Royaume-
Uni en Europe. Avec une croissance du PIB réel estimée par les services
de la Commission européenne à 3,5 % en 1997, le Royaume-Uni, l'un
des rares pays qui remplissent tous les critères de convergence, excepté
le critère de taux de change (tableau 1), est entré dans sa sixième année
d'une croissance presque ininterrompue. Le taux de chômage du
Royaume-Uni estimé à 7,1 % pour 1997 est bien inférieur au niveau
moyen des 11 pays de la zone qui s'élève à 11,7 % pour cette même
année (chiffres de la Commission européenne).
3. Un rapport très complet de la Commission européenne est consacré au problème de
la définition du policy mix de la future zone euro : European Commission Directorate
General for Economie and Financial Affairs (1997). :
:
1. Taux d'intérêt de référence des banques centrales, prévisions des taux de
croissance des PIB et critères de convergence pour les 15 pays européens
Principaux Taux de croissance Dettes Déficits Taux de croissance Taux
taux directeurs annuels des PIB publiques publics annuels des prix d'intérêt
longs 2 à la consommation des banques réels (% (% du PIB) (°/ 'o du PIB) ) 1 / 0 centrales /o) (%)
199' 1 1998 En % 1997 1998 1997 01. 1998 1997 1998 1999 1998
au 31.04.98
Europe à 15 NA 2,7 2,8 3,0 72,1 70,5 2,4 1,9 2,1 1,9 NA à 11 2,5 3,0 3,2 75,2 73,9 2,5 2,4 1,9 1,7 NA
Royaume-Uni 7,25 3,5 1,9 2,2 53,4 52,3 1,9 0,6 2,3 2,3 7,0
Allemagne 3,3 2,2 2,6 2,9 61,3 61.2 2,7 2,5 1,9 1,7 5,6
Autriche NA 2,5 2,8 3,1 66,1 64,7 2,5 2,3 1,8 1,5 5,6
Belgique 3,3 2,7 2,8 3,0 122,2 118,1 2,1 1,7 1,6 1,3 5,7
- 1,1 Danemark NA 2,9 2,7 2,8 65,1 59,5 -0,7 2,3 2,1 6,2
Espagne 4,5 3,4 3,6 3,7 68,8 67,4 2,6 2,2 2.5 2,2 6,3
Finlande NA 5,9 4,6 3,6 55.8 53,6 1,1 1.4 2^0 5,9 -03
France 3,3 2.4 3,0 3,1 58,0 58,1 3 2,9 1.1 1,0 5,5
Grèce NA 3,5 3,8 4,0 108,7 107,7 4,0 2,2 5,5 4,5 9,8
- 1,1 Irlande 6,19 10,0 8,7 8,8 66,3 59,5 -0,9 1,4 3,3 6,2
Italie 5 1,5 2,4 3,0 121.6 118,1 2,7 2,5 2,4 2,1 6,7
NA 4,1 4,4 4,7 6,7 7,1 -1,7 -1,0 1.4 1,6 5,6 Luxembourg
Pays-Bas 3,3 3,3 3,7 3,2 72,1 70,0 1,4 1,6 2,2 2,3 5,5
Portugal 4,7 3,7 4,0 3,8 62,0 60,0 2,5 2,2 2,1 2,2 6,2
Suède NA 1,8 2,6 2,8 76,6 74,1 0,8 -0,5 2,2 1,5 6,5
Critères ' 60,0 60,0 3,0 3,0 3,2 3,2 7,7
[.Valeurs correspondant aux critères définis par le Traité.
2. Obligations d'Etat à long terme ou titres comparables.
Sources :Taux d'intérêt courts Dow Jones, estimations et prévisions de croissance et critères Commission européenne (mars 1998). Paul- Emmanuel Micolet 132
Cette situation contraste avec celles de nombreux pays de la zone
euro et notamment de l'Allemagne et de la France pour lesquels les
efforts de convergences nominales ont été chèrement payés dans la
sphère réelle (Mathieu et Passet, 1998). Il en résultait au 30 avril 1998 un
différentiel conséquent entre les taux d'intérêt directeurs du Royaume-
Uni de 7,25 % et les taux du noyau dur européen en moyenne de 3,3 %.
Les taux directeurs des autres pays de la zone, Irlande exceptée, étaient,
et sont encore, quant à eux inférieurs ou égaux à 5 %. Dès lors, dans une
zone euro où l'ajustement devrait se faire sur des niveaux relativement
bas, ce différentiel place le Royaume-Uni dans une situation potentiell
ement coûteuse en termes d'inflation et d'ajustements. La situation de
l'Irlande, quant au différentiel de taux, est également problématique,
mais la petite taille de son économie relativement à celles des onze
autres pays devrait rendre moindre coûteuses pour l'ensemble de la zone
d'éventuelles procédures d'ajustement. La décision prise par Gordon
Brown en octobre 1997 de ne pas participer à la première vague des
pays membres paraît donc tout à fait justifiée par ces seuls critères de
divergences conjoncturelles actuelles.
Pourtant, cette divergence des conjonctures nationales en Europe
semble avoir atteint un pic à la fin de l'année 1996. Malgré les situations
de l'Allemagne et de l'Italie encore peu lisibles, un réel mouvement de
reprise semble s'affirmer en Europe. Conjointement, la dégradation du
commerce extérieur du Royaume-Uni à la fin de 1997, le net durciss
ement de la politique monétaire et l'envolée des taux de change de la
livre par rapport au mark font partie des facteurs qui devraient favoriser
le ralentissement de la croissance dans ce pays en 1998 et 1999 4.
L'inversion entre les taux courts de 7,25 % et les taux des emprunts
d'état à 10 ans de 5,87 % au 30 avril 1998 illustrerait ainsi la proximité
de ce ralentissement. Les marges de manœuvre dont dispose aujourd'hui
la Banque d'Angleterre, grâce aux niveaux élevés des taux directeurs et
des taux de change de la livre, pourraient quant à elles permettre, au
début des années deux mille, de favoriser à la fois une synchronisation
des cycles du Royaume-Uni avec le reste de l'Europe et une conver
gence des taux courts vers les futurs taux de la zone euro. Tout dépend
rait alors des choix effectués par le gouvernement britannique et de
l'évolution de la conjoncture internationale et notamment américaine.
4. Voir OFCE, 1998 : « Perspectives 1998-1999 de l'économie mondiale », Revue de
l'OFCE, n°65, avril. :
:
2. Coefficients de corrélations croisées contemporaines et écarts-types des cycles des PIB réels de 1960 à 1995
pour les quinze pays européens
Séries annuelles
Pays- Royaume- Suède AU. Autriche Belgique Danemark Espagne Fhlande France Grèce Irlande Italie c< <■- Ouest Bas gal Uni bourg O
AO* 1,00 0.75 0,76 0,18 0,50 0,12 0,73 0,70 0,23 0,45 0,64 0,72 0,65 0.19 0,22
to - 0,01 Autriche 1.00 0,83 0,51 0.23 0,69 0,56 0,27 0,37 0,66 0,71 0,67 0,15 0,13 «^ 1,00 0,04 0,73 0,43 0.86 0,53 0,26 0,52 0,78 0,70 0,76 0,33 0,45 Belgique to
<~ 0,4 1 Danemark 1,00 0,13 0,32 0,15 0,33 -0,16 0,13 0,37 0,26 -0,03 0,58 n Espagne 1,00 0,53 0,71 0,32 0,08 0,44 0,71 0,49 0,54 0.53 0,55
0,54 Finlande 1,00 0,29 0,02 0,35 0,55 0.17 0,36 0,61 0,80
France 1,00 0,60 0,26 0,65 0,72 0,63 0,81 0.50 0,51 TO Grèce 1,00 0,34 0,47 0,56 0,53 0,43 0,26 0,29
- Irlande 1,00 0,34 0,09 0,26 0,25 -0,01 g 0,08
0,44 Italie 1,00 0,40 0,59 0,38 0,39
> 1,00 0,68 0,59 0,59 0,54 Luxembourg
1,00 0,35 Pays-Bas 0,52 0,41
Portugal 1,00 0,38 0,22
Royaume- 1,00 0,64 % TO
Uni
Suède 1,00
TO
Ecarts-types 2,07 1,66 1,76 1,81 2,54 3,55 1,40 2,17 2,11 1,77 2,83 1,63 2,93 2,26 1,89 c
Notes Les cycles sont déterminés comme les écarts annuels aux tendances déterminées grâce au filtre Hodrick
Prescott. Les zones en gris clair correspondent aux coefficients de corrélations entre les cycles des pays du noyau dur.
Les zones plus sombres correspondent aux coefficients des cycles de ces pays avec ceux du Royaume-Uni.
Source Paquot (1996). :
:
:
:
34 Paul-Emmanuel Micolet 1
3. Coefficients de corrélations croisées des cycles des PIB réels de
I960 à 1995 pour l'Allemagne de l'Ouest, la France,
le Royaume-Uni et les Etats-Unis
PIB aux prix de 1990, séries annuelles
d=-4 d=-3 d = -2 d=-l d=0 d= 1 d= 2 d= 3 d= 4
Ail. de l'Ouest t /
France t+d -0,28 0,08 0,39 0,58 0,73 0,38 -0,07 -0,25 -0,30
Ail. de l'Ouest t /
Royaume-Uni t+d 0,31 0,37 0,38 0,41 0,19 -0,23 -0,37 -0,31 -0,24
Ail. de l'Ouest t /
Etats-Unis t+d 0,22 0,18 0,18 0,20 0,17 -0,15 -0,32 -0,29 -0,17
France t /
Royaume-Uni t+d 0,11 0,34 0,49 0,67 0,50 0,02 - 0,35 - 0,52 - 0,42
Etats-Unis t /
France t+d -0,24 -0,38 -0,23 -0,15 0,24 0,39 0,29 0,21 0,21 t /
Royaume-Uni t+d -0,31 -0,31 -0,03 0,43 0,70 0,48 0,03 -0,33 -0,35
Notes Xt/Yt+d Coefficient de corrélation entre les fluctuations des PIB réels du pays X (en l'année t) et du pays Y
(en l'année t+d). d positif désigne une avance du cycle du pays X. Les cycles sont déterminés comme les écarts entre
les séries annuelles des PIB réels aux prix de 1990 et leurs tendances déterminées grâce au filtre Hodrick Prescott,
A.=100 (méthodologie identique à celle des graphiques 1 et 2). Les zones grisées correspondent aux coefficients de cor
rélations maxima pour chacun des couples quel que soit le retard.
Sources Commission européenne, calculs de l'auteur.
Les cycles du Royaume-Uni « traditionnellement »
différenciés de ceux du noyau dur européen
Depuis le milieu des années soixante-dix, le mouvement de conver
gence des tendances de long terme des croissances effectives et potent
ielles des principaux pays de l'OCDE est remarquable. 5 A ce
mouvement de convergence de longue période s'opposent des diff
érences marquées des cycles nationaux à la fois en Europe et entre
l'Europe et les Etats-Unis. Un relatif consensus de la littérature confirme
sur les trois dernières décennies l'existence d'au moins deux zones diff
érenciées d'une part par une homogénéité élevée des fluctuations des
PIB à l'intérieur de chacune d'elles, et par une relative hétérogénéité de
ces fluctuations entre elles 6. Il s'agit de la zone anglo-saxonne composée
principalement des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Canada et du
« noyau dur » européen composé de l'Allemagne, de la France, des pays
du Bénélux et, à un niveau inférieur, de l'Autriche.
5. Pour une étude des mouvements de convergences de long terme, voir Boone (1997),
Giorno et al. (1995), Reichlin (1989).
6. Pour une description détaillée des cycles des principaux pays européens, selon des
méthodologies diverses, voir Fayolle et Micolet (1997 A et B), Boone (1997), Paquot (1996),
Bouthevillain (1996), (1995), Artis et Zhang (1995), Christodoulakis et al. (1995), ECE
(1995) ou Fouet (1993).