Problématique et enjeux du partenariat école-musée à la Grande Galerie de l
26 pages
Français
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Problématique et enjeux du partenariat école-musée à la Grande Galerie de l'évolution - article ; n°1 ; vol.7, pg 69-94

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
26 pages
Français

Description

Publics et Musées - Année 1995 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 69-94
La création, au Muséum, d'un important centre d'animation pédagogogique nous entraîne à reformuler les questions liées à la pratique des activités destinées aux publics scolaires. Que peut apporter de nouveau la Grande Galerie de l'Evolution dans le cadre de la politique de vulgarisation scientifique du Muséum ? Comment le Muséum peut-il favoriser le contact direct chercheurs/visiteurs scolaires ?
Autant de questions que nous nous sommes posées dans le cadre de la conception des espaces pédagogiques.
The creation of an important educational animation center leads us to reformulate the questions linked to practice activities aimed at school-children. What new changes can the Grande Galerie de l'Évolution bring within the framework of scientific popularization policy of the Muséum ? How can the Muséum encourage a direct contact between researchers and school children? We asked ourselves those many questions while designing the pedagogical spaces.
La creación de un importante centro de animación pedagógica en el Museo, nos conlleva a reformular las cuestiones ligadas a la prâctica de actividades destinadas al pûblico escolar. Qué puede aportar de nuevo la Gran Galeria de Evolución en el marco de la politica de vulgarización cientîfica del Museo? Cómo el Museo puede favorecer el contacte directe entre los investigadores y los visitantes escolares?
Tantas preguntas que surgieron durante la concepción de los espacios pedagógicos.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1995
Nombre de lectures 172
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Yves Girault
Françoise Guichard
Problématique et enjeux du partenariat école-musée à la
Grande Galerie de l'évolution
In: Publics et Musées. N°7, 1995. pp. 69-94.
Résumé
La création, au Muséum, d'un important centre d'animation pédagogogique nous entraîne à reformuler les questions liées à la
pratique des activités destinées aux publics scolaires. Que peut apporter de nouveau la Grande Galerie de l'Evolution dans le
cadre de la politique de vulgarisation scientifique du Muséum ? Comment le Muséum peut-il favoriser le contact direct
chercheurs/visiteurs scolaires ?
Autant de questions que nous nous sommes posées dans le cadre de la conception des espaces pédagogiques.
Abstract
The creation of an important educational animation center leads us to reformulate the questions linked to practice activities aimed
at school-children. What new changes can the "Grande Galerie de l'Évolution" bring within the framework of scientific
popularization policy of the Muséum ? How can the Muséum encourage a direct contact between researchers and school
children? We asked ourselves those many questions while designing the pedagogical spaces.
Resumen
La creación de un importante centro de animación pedagógica en el Museo, nos conlleva a reformular las cuestiones ligadas a la
prâctica de actividades destinadas al pûblico escolar. Qué puede aportar de nuevo la Gran Galeria de Evolución en el marco de
la politica de vulgarización cientîfica del Museo? Cómo el Museo puede favorecer el contacte directe entre los investigadores y
los visitantes escolares?
Tantas preguntas que surgieron durante la concepción de los espacios pedagógicos.
Citer ce document / Cite this document :
Girault Yves, Guichard Françoise. Problématique et enjeux du partenariat école-musée à la Grande Galerie de l'évolution. In:
Publics et Musées. N°7, 1995. pp. 69-94.
doi : 10.3406/pumus.1995.1056
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pumus_1164-5385_1995_num_7_1_1056Yves Girault
Françoise Guichard
PROBLÉMATIQUE ET ENJEUX
DU PARTENARIAT ÉCOLE-MUSÉE
À LA GRANDE GALERIE
DE L'ÉVOLUTION
D ans le cadre des
Grands Travaux de l'État, le
Muséum national d'histoire
naturelle a bénéfice d'un
programme important de
rénovation de la Galerie de
zoologie1. Les travaux qui
en ont résulté ont très la
rgement dépassé la simple
restauration du bâtiment
centenaire. Dans la superbe
nef métallique contempor
aine de la tour Eiffel, la
Grande Galerie de l'évolu
tion offre un regard nou
veau sur une petite partie
des collections de Zoologie
mises en valeur selon le fil
conducteur de l'évolution2.
Aujourd'hui, le Muséum dispose donc d'un nouvel instrument qu'il a
longtemps désiré, la Grande Galerie de l'évolution: complexe qui réunit
une exposition permanente, une salle d'exposition temporaire et, pour la
première fois au Muséum, un centre d'action pédagogique et culturelle 3.
Afin de pouvoir s'adapter aux divers publics spécifiques du Jardin des
plantes, le centre d'action pédagogique et culturelle s'appuie sur diffé
rentes structures :
— des ateliers de pratique scientifique qui sont destinés aux groupes
scolaires d'une part, et au grand public, d'autre part (clubs...);
— une salle de découverte, qui dépend de l'exposition permanente,
qui permet à des visiteurs en groupe et en famille, de réaliser des mani
pulations d'objets et de moulages, de pratiquer des observations et de se
questionner ;
— un auditorium.
La création de cet important centre d'animation pédagogogique nous
entraîne inmanquablement à reformuler les questions liées à la pratique
de la vulgarisation scientifique au sein du Muséum. Quels peuvent être
les objectifs du service d'animation pédagogique et culturelle de cet éta-
69
Problématique et enjeux
publics & musées n Que peut apporter de nouveau ce centre de culture scientiblissement?
fique dans le cadre de la politique de vulgarisation scientifique du
Muséum? Pour répondre à cette interrogation, des questions plus génér
ales doivent être posées. Peut-on prévoir quelles connaissances seront
opératoires dans 20 ans ou a fortiori 50 ans? En quelque sorte cela
revient à se demander, à l'instar de Gillet et al. (1992), de Flandre et al.
(1992) et Hostein (1992) quels seront les savoirs à développer. Dans cette
situation, nous pensons, comme le soulignait déjà Risi (1982), «qu'il faut
plutôt apprendre à recueillir, à articuler et à hiérarchiser les informations
qui parviennent sans cesse du monde où l'homme vit».
Ne pouvant préjuger des savoirs qui seront pertinents dans les
années 2000, nous pensons donc que, dans le cadre de la formation
scientifique du futur citoyen, il est d'abord primordial d'apprendre aux
jeunes à faire la synthèse des informations. Mais comment peut-on pro
mouvoir une approche véritablement culturelle de la science? Selon
Lévy-Leblond (1994), «il faut jouer de toutes les formes de création et de
communication, parce que ce qui constitue la culture est justement son
ubiquité [...]. Dans le cas de la science, il faut parvenir à rétablir la conti
nuité entre ce qu'il est convenu d'appeler la recherche "de pointe" et la
perception commune de la science et des techniques [...]. Les grands
médias ont une lourde responsabilité, ainsi que les musées et les centres
de culture scientifique et technique dont la vocation est d'instaurer un
contact direct entre le public et les chercheurs. »
Dans quelle mesure le Muséum arrive-t-il à promouvoir une
approche culturelle de la science? Comment le Muséum peut-il favoriser
le contact direct chercheurs/visiteurs ?
En fait, les activités de vulgarisation scientifique de cet établissement
se sont retrouvées, jusqu'à nos jours, principalement dans la fonction de
création d'expositions et de mise en valeur des collections nationales4.
Ces grandes expositions temporaires, qui nécessitent de une à deux
années de préparation, sont généralement présentées pendant un an
environ avant d'itinérer en France ou à l'étranger. De par la richesse ines
timable de ses collections, et la présence de nombreux laboratoires de
recherche, le Muséum bénéficie donc d'une situation particulière en
France pour actualiser, auprès des visiteurs, les connaissances scienti
fiques5. En effet, de par leur diversité et leur complémentarité, les travaux
qui sont menés dans le cadre de cet établissement font qu'il n'en existe
aucun équivalent dans le monde. Nous avons donc voulu, dans ce cadre
exceptionnel, tenter tout d'abord d'analyser les rapports existants entre la
recherche et la vulgarisation scientifique réalisée dans un Musée, et ce du
point de vue des motivations des concepteurs des expositions, afin de
mettre en évidence les lignes de force qui délimitent la spécificité de cet
établissement6.
Nous allons, par la suite, préciser les questions que nous nous
sommes posées dans le cadre de la conception des espaces pédago
giques (et plus spécialement des ateliers de pratique scientifique) et les
objectifs que nous avons retenus. Le choix de ceux-ci dépend en fait de la
prise en compte de la spécificité du Muséum dans le cadre de la culture
70
Problématique et enjeux
publics & musées n et technique et, dans un souci de partenariat avec nos colscientifique
lègues enseignants, des objectifs de l'enseignement scientifique formel.
Enfin, compte tenu de l'importance du public scolaire parmi les visiteurs
de nos expositions, nous précisons dans quelle mesure le choix de nos
activités de vulgarisation scientifique peut prendre en compte les attentes
et les besoins des enseignants, notamment par rapport à la pratique de
l'expérimentation scientifique dans les classes.
LA VULGARISATION
SCIENTIFIQUE AU
MUSÉUM NATIONAL
D'HISTOIRE NATURELLE
JL p our mieux comprendre la dynamique de la
conception de ces divers projets, nous allons tout d'abord rappeler les
motivations qui ont induit la préparation des grandes expositions de l'ét
ablissement.
Le Muséum national d'histoire naturelle était, en 1971, l'une des pre
mières institutions en France à posséder un microscope électronique à
balayage (laboratoire de géologie du Professeur Laffitte). Les membres de
la commission de Muséologie, qui proposaient le programme des exposit
ions, ont donc pensé qu'il serait intéressant de montrer au public pour la
première fois, la redécouverte de la nature par cet instrument. Ainsi
débuta le projet d'exposition Nature x 10 000, la nature vue au micro
scope électronique. Dans cette exposition, les visiteurs pouvaient découv
rir 1200 clichés qui pour la plupart étaient inédits, et qui présentaient
des inclusions dans les cristaux (X 300.000), des structures sensorielles,
soies et yeux (X 100.000), des pollens... C'est à la demande du professeur
Leclaire, de préparer une exposition, que François Frohlich a proposé le
thème du Silicium pour présenter au public la conjonction d'une connais
sance naturaliste et l'utilisation d'une technologie de pointe.
«Nous étions en effet arrivés à une inversion des valeurs: autrefois
on allait chercher des substances ultra rares et maintenant, l'élément le
plus précieux pour nous, est également le plus banal, on marche dessus
et sans lui on ne peut rien faire». (Frohlich, 1994, i).
Mais le plus souvent, les expositions ont permis de présenter au
public de nouvelles collections acquises par le Muséum: Coquillages du
monde (1975), Météorites (1968), Cristaux géants (1983).
«L'exposition messagères du Cosmos, avait pour but de
présenter la collection de météorites, unique au monde, dans le contexte
du premier voyage sur la lune, et donc de l'explosion des recherches spat
iales. Quelques mois avant la fin de l'exposition, les visiteurs purent y
découvrir une pierre de lune qui avait été ramenée par les astronautes
américains. . . » (Meurgues, 1994, i).
L'exposition Cristaux Géants, qui a été visitée par 780 000 visiteurs
de mars 1983 à décembre 1986, a présenté une série de géants du monde
minéral, inconnue de la communauté scientifique en 1975, et qui purent,
71
Problématique et enjeux
publics & musées n après de longues négociations menées par Henri-Jean Schubnel, être pré
sentés dans une des salles de la galerie de minéralogie du Muséum7.
Cependant, même dans ce cas de figure, les divers responsables souhait
aient participer activement à un effort de vulgarisation scientifique. Ainsi,
Claude Lévi, commissaire scientifique de l'exposition Coquillages du
monde précise: «Lorsque fut décidé d'exposer quelques coquilles des
collections du Muséum national d'histoire naturelle, la tentation était forte
de présenter les plus belles, les plus grandes, les plus rares, en un mot les
plus anormales, comme dans un spectacle de foire. C'eût été l'erreur de
ne laisser dans l'esprit et la mémoire du visiteur qu'une image de ces
cas particuliers [...]. La coquille n'a de sens qu'en fonction de la vie de
l'animal qui la sécrète et l'utilise comme élément permanent de son
corps» (Lévi, 1975).
Les expositions permettent parfois d'effectuer une synthèse sur des
questions scientifiques plus larges comme celle concernant la bionique8.
En effet, fruit du bricolage de l'évolution, de nombreux systèmes se sont
perfectionnés au point de pouvoir inspirer l'Homme, toujours à la
recherche de réponses aux divers besoins qu'il rencontre. C'est ainsi
qu'au long de cette exposition, ont été présentées diverses «inventions de
la nature» qui ont été reprises par l'Homme dans des applications indust
rielles, comme l'analyse de la peau de dauphin qui a permis de diminuer
la turbulence de petits sous-marins.
Dans certains cas, ce sont les visiteurs eux-mêmes qui ont induit le
choix du thème de l'exposition. Ainsi, dans un questionnaire diffusé
auprès du public des expositions dans les années 1975, les propositions
les plus courantes tournaient autour de la reproduction des plantes, la
reproduction des animaux, la génétique, l'hérédité soit dans un cadre
humain, soit dans un cadre animal ou végétal. André Langaney a donc
proposé au sein de la commission de Muséologie, le thème de la repro
duction des animaux, des végétaux et des hommes.
«Après de longs débats nous avons, d'un commun accord avec le
professeur Jean Dorst, fixé au préalable les objectifs de ce projet ; cette
exposition devait amener le public à la compréhension du rôle de la
sexualité dans l'évolution : le sexe est un mécanisme qui crée la diversité,
sans lequel des espèces n'aurait pas été ce qu'elle est. Il s'agis
sait donc de présenter un concept scientifique pour amener les visiteurs à
s'interroger sur un des très grands mécanismes de la vie.» (Langaney,
1994, i)
La programmation de l'exposition On a marché sur la terre a été
effectuée différemment car elle n'avait pour sa part de sens que dans le
cadre plus large de la préparation de la Grande Galerie du Muséum.
«11 s'agissait en fait de réaliser une exposition de préfiguration pour
effectuer une évaluation formative qui puisse servir tant au niveau de la
forme que du fond par rapport à la Grande Galerie. Par itérations success
ives, et après de nombreux débats, c'est le thème du passage des verté
brés poissons aux vertébrés tétrapodes qui fut retenu. Ce choix nous per
mit également de croiser différentes approches méthodologiques de la
communauté scientifique (anatomie comparée, paléontologie, biologie
72
Problématique et enjeux
publics & musées n moléculaire). Ainsi, pour le visiteur, il n'y avait qu'une seule histoire,
mais les travaux scientifiques présentés étaient issus de modes
d'approche très différents qui de plus utilisent des langages différents»
(Van Praët, 1994, i).
Enfin certaines expositions sont basées sur la présentation de résul
tats de recherche récents touchant un thème d'actualité, le tout s'articu-
lant sur la présentation des collections du Muséum et (ou) d'autres orga
nismes similaires. Il en est ainsi de l'exposition Dinosaures et
Mammifères de Gobi qu'un contexte très favorable permit de préparer.
«Les grands bouleversements politiques récents à l'Est ont introduit
des conditions nouvelles dans nos relations avec la Mongolie: pour nos
collègues mongols s'offre enfin la possibilité de présenter au-delà de
leurs frontières leur très riche patrimoine paléontologique ; pour les cher
cheurs occidentaux se présente l'occasion de visiter ce pays qui les fait
rêver depuis si longtemps» (Taquet, 1992).
Quels sont les enseignements que l'on peut retirer, de ces quelques
expériences, sur les critères qui influent sur le choix des thèmes d'exposi
tion?
Quand un enseignant-chercheur du Muséum prépare une exposi
tion:
— il présente parfois des résultats récents de recherche,
— il effectue des synthèses,
— il guide le visiteur dans la découverte de son univers quotidien,
— il peut faire une exposition qui réponde directement aux attentes
du public,
— dans certains cas, il est même conduit à réaliser une évaluation
formative,
— enfin il s'appuie le plus souvent sur la valeur scientifique, heuris
tique et esthétique des vrais objets.
Les principaux objectifs des activités de vulgarisation du Muséum
étant rappelés, nous allons maintenant présenter les objectifs de l'éduca
tion scientifique dispensée dans un cadre scolaire en France.
OBJECTIFS DE
L'ENSEIGNEMENT
SCIENTIFIQUE FORMEL
E, in 1991, le Conseil national des programmes a
rédigé une note de synthèse des travaux effectués tant sur l'analyse des
anciens programmes que des directives pour les années à venir^. Nous
allons reprendre deux idées importantes proposées dans ce rapport :
— L'acquisition des connaissances scientifiques est certes import
ante, mais ce n'est pas la seule finalité d'un tel enseignement. Il faut aussi
favoriser une démarche ancrée sur le concret et où l'enfant s'investisse.
— Il faut apprendre à utiliser un savoir, le critiquer, l'enrichir.
Ces positions de principe amènent le Conseil national des pro
grammes à distinguer quatre étapes dans l'approche des sciences expéri-
73
Problématique et enjeux
publics & musées n mentales et de la technologie, dans la mesure où l'enseignement de la
technologie est directement lié à celui des sciences.
— Jusqu'au CEI (7 ans) — découverte de la nature et de la tech
nique,
— Du CE2 (8 ans) à la cinquième — initiation scientifique et techno
logique,
— de la quatrième (14 ans) à la seconde (16 ans) — sciences et tech
nologie10,
— à partir de la première — maintien des champs disciplinaires clas
siques dans les sections à dominante scientifique.
D'autre part, le Conseil national des programmes précise que
l'appellation proposée précédemment, «découverte de la nature et de la
technique», insiste sur le fait de faire vivre aux enfants des activités
d'investigation et de réalisation. Il faut faire toute leur place aux opéra
tions d'exploration, de reconnaissance, de dénomination, de représentat
ion, en utilisant l'environnement naturel et technique accessible. Le
Conseil national des programmes propose également le développement
progressif d'ateliers de pratique scientifique et en 6ème et
5ème. Qu'en est-il exactement? Dès 1971, le ministre de l'Éducation
nationale déclarait à la commission Lagarrigue: «Votre réussite sera
d'aider à s'enraciner la conviction qu'une culture, et donc un enseigne
ment convenant à notre temps, ne peuvent qu'intégrer [. . .], comme un de
leurs champs les plus riches, tout le domaine de l'expérimental».
L'Académie des Sciences, pour sa part, s'adressant au ministre de
l'Éducation en 1983, attirait son attention sur la «dégradation inquiétante
des moyens en matériels et en personnels techniques [. . .] pour assurer la
formation expérimentale des élèves des lycées et collèges; [...] [elle]
estime qu'il faut, de toute urgence, porter remède à cette situation qui
compromet notre avenir scientifique et technique».
Ce triste constat d'une quasi-absence d'expérimentation dans l'ense
ignement secondaire est également partagé par les naturalistes et les phys
iciens. Berge (1989) préconise ainsi la restauration d'un authentique
enseignement expérimental des sciences, et, selon lui, «on doit privilégier
la méthode inductive et le recours systématique à l'expérience. La
démarche expérimentale, avec ses remises en question et ses retours en
arrière, est en effet particulièrement propice à l'épanouissement de la
créativité, de l'imagination, de l'esprit critique et de l'autonomie11.»
L'apprentissage et la mise en œuvre de la démarche expérimentale
sont donc préconisés par tous les programmes actuels des sciences expé
rimentales. L'accent porté sur l'importance de la méthode inductive
appuyée sur le concret et aboutissant à la modélisation a pour but
d'aboutir à relativiser la validité des modèles explicatifs et d'éviter la
confusion entre modèle et réalité. Cependant, dans leur rapport 1991-
1992 pour le ministère français de l'Education nationale, les inspecteurs
généraux de physique-chimie reconnaissent que, de la seconde aux te
rminales scientifiques, le nombre de séances de travail expérimental (tr
avaux pratiques) est (surtout en terminale) nettement inférieur aux 25
séances prévues par les instructions officielles: «Cet enseignement est
74
Problématique et enjeux
publics & musées n encore trop déductif, la démonstration est, plus que l'expérience, retenue
comme preuve suffisante et la plupart des maîtres, pour orienter les
élèves et assurer leur succès aux examens, font plus confiance aux exer
cices théoriques qu'aux observations expérimentales, à leur hiérarchisa
tion et à la résolution des multiples et riches problèmes que pose la réali
sation de toute expérience. . . »
En Biologie également, sans doute en raison à la fois de la diminut
ion des dédoublements de classes et des nouveaux domaines étudiés
(immunologie, biochimie, biologie moléculaire), on constate une réduc
tion de l'approche expérimentale ; la tendance actuelle est plutôt de prat
iquer un travail de documentation lié à la résolution de problèmes du type
de ceux du baccalauréat.
D'un avis général, il semble donc bien que, tant dans les collèges
que dans les lycées, l'enseignement de l'expérimentation scientifique n'ait
pas actuellement une place suffisante12.
L'ENSEIGNEMENT
SCIENTIFIQUE DANS LE
CADRE DE L'ANIMATION
PÉDAGOGIQUE ET
CULTURELLE DE LA
GRANDE GALERIE DE
L'EVOLUTION
c 'ompte tenu de l'ensemble des éléments que
nous avons rappelé, pouvons-nous fixer quelques finalités de l'enseign
ement scientifique au sein du service pédagogique de la Grande Galerie
de l'évolution, c'est-à-dire dans un cadre non scolaire, mais avec un souci
constant de partenariat avec nos collègues de l'Education nationale? Dans
un premier temps, nous privilégions quatre axes :
— rendre accessible à un plus grand nombre l'information scienti
fique et technique, démocratiser le savoir. A ce sujet, il faut, comme le
soulignait Ansart (1991), rappeler que le simple fait d'ouvrir et de privilé
gier la visite de Musées par des enfants s'inscrit dans une véritable action
culturelle qui va à contre-courant de la réalité quotidienne. «Nous entraî
nons les enfants là où nombre de parents ne vont pas ou refusent d'aller
[. . .]. Nous militons, pourrait-on dire, pour le droit au musée, pour que les
élèves, tous les élèves, aient le droit d'entrer effectivement dans ces lieux
étranges, comme peuvent le faire les privilégiés de la culture, les déten
teurs de capital culturel, comme disent les sociologues.» (Ansart, 1991)
Cet aspect est très largement repris dans une recherche récente qui
met en évidence les conceptions des enseignants sur le partenariat
école/musée, et les auteurs précisent: «sortir au musée, c'est avant tout
susciter des vocations de visiteurs de musées» (Eidelman; Peignoux,
1995).
— développer l'esprit d'observation et d'émerveillement en dévoil
ant l'inconnu de «la nature». «Il s'agit bien de faire découvrir des univers,
75
Problématique et enjeux
publics & musées n d'autres univers, de faire accomplir des voyages imaginaires, mais sur le
mode actif, sur le mode de la découverte et de la démarche personnelle»
(Ansart, 1991).
— favoriser l'autonomie et la liberté de chacun en lui fournissant les
clés de son environnement actuel.
— enfin, les sciences, les techniques, les problèmes actuels, souvent
industriels, sont avant tout, un défi passionnant. En tant que tels, ils ont
un intérêt propre: connaître leur évolution, leurs questions, en fonction
des préoccupations humaines, des cadres de références successifs est très
formateur, au même titre que l'histoire institutionnelle, économique ou
artistique. Ainsi, il faudrait, comme le souligne le rapport 36 du Conseil
des sciences du Canada, «que les élèves apprennent à évaluer les fonde
ments de leurs connaissances scientifiques, et prennent conscience de la
nature hypothétique des concepts de réalité et d'entendement humain^.»
C'est la raison pour laquelle une réflexion sur le savoir savant,
actuellement très rarement envisagée, nous paraît heuristique pour saisir
l'évolution des problématiques, des raisonnements et des idées. Elle ren
seigne sur les mécanismes de production et de diffusion des savoirs, sur
leurs conditions de validité. Par exemple, l'étude des fausses pistes,
l'approche des connaissances, des formes de raisonnements aujourd'hui
obsolètes sont très éclairantes en la matière. Ainsi, Jean-Pierre Gasc
(1994, i) pense «qu'il faut insister sur le problème de la discussion en
cours. Il ne faut surtout pas présenter les résultats scientifiques comme
définitifs».
Selon Yves Coineau (1994, i), il serait également souhaitable de pré
senter quelques idées qui sont remises en cause pour donner à la
recherche l'image dynamique qu'elle devrait avoir. C'est ainsi qu'à titre
d'exemple, le Muséum a pu illustrer, dans l'exposition Dinosaures et
Mammifères de Gobi, les hypothèses les plus couramment admises par
les gradualistes et les catastrophistes sur l'extinction des dinosaures en
présentant à la fois celles des bombes volcaniques, des météorites et des
petits mammifères.
Une éducation scientifique et technique peut également répondre à
des besoins tout simples et immédiats, comme à une satisfaction indivi
duelle de type ludique. Qui, d'entre nous, ne s'est jamais fait plaisir en
découvrant le comportement d'un animal particulier, en observant un
phénomène physique surprenant ou en recherchant la solution d'un pro
blème? Le Muséum doit donc se doter de moyens efficaces pour satisfaire
cette demande ludique.
Enfin, la visite de musées peut former la sensibilité du visiteur. Le
plaisir et l'émotion sont en effet de nos jours des objectifs qui sont clair
ement affirmés et reconnus par la communauté des muséologues.
Apprendre au musée, cela peut donc favoriser la démocratisation du
savoir, le développement de l'esprit d'observation, l'autonomie du visi
teur, l'acquisition d'une réflexion sur le savoir savant, l'émergence d'émot
ions positives et enfin cela peut être tout simplement une source de plais
ir. Les musées d'histoire naturelle, de sciences et de technologies incitent
en effet à l'effort intellectuel, dans le même temps ils peuvent fournir un
76
Problématique et enjeux
publics & musées n ensemble de satisfactions axées sur la connaissance en tant que telle. Il
s'agit là d'aspects aujourd'hui trop souvent oubliés; pourtant, ils ne
devraient être en aucun cas négligés.
L'ensemble des éléments que nous venons de rappeler nous permet
de mieux cerner les objectifs à poursuivre dans le cadre de l'animation
pédagogique d'un musée scientifique. Quelles sont les principales actions
que nous menons dans le cadre du partenariat école/musée pour aboutir
à la réalisation de ces objectifs?
Tout d'abord, et à l'instar de nombreux établissements muséolo-
giques, nous avons mis sur pied, d'une part, un ensemble de quatre
conférences qui peuvent se décliner suivant les différents niveaux de fo
rmulation des enfants de l'école élémentaire à des élèves de collèges et
lycées14. D'autre part, nous proposons des thèmes spécifiques qui s'int
ègrent directement dans certains programmes scolaires. A titre d'exemple,
le thème 5 intitulé «le rôle de l'Homme dans l'exploitation, la gestion et la
protection des milieux naturels» correspond directement au programme
des classes de seconde. En effet, selon le Bulletin officiel de l'Éducation
nationale du 24 septembrel992, le programme aborde «les milieux et
interfaces fragiles de la planète terre; l'action de l'homme, et les grands
problèmes de l'environnement».
Pour faciliter le travail de nos collègues enseignants, nous proposons
également de très nombreuses formules d'accueil. Les premières ont pour
vocation de sensibiliser l'enseignant à l'utilisation du musée (visites à
thèmes gratuites du mercredi après-midi, et journées pédagogiques).
Cependant, pour développer notre action de formation, nous intervenons
également directement dans le cadre institutionnel de l'Éducation natio
nale au travers de nombreux stages institutionnels. Notre objectif est alors
différent puisque nous souhaitons, dans ce cadre, proposer aux stagiaires
une formation pluridisciplinaire qui facilite une approche plus synthé
tique des thèmes abordés. A cet égard, le stage que nous avons proposé
sur: «la diversité génétique; diversité culturelle» est tout à fait
symbolique15. Nous proposons également des formations disciplinaires
qui permettent une remise à niveau sur des travaux récents de recherche.
Selon les évaluations de ces premiers stages, ceux-ci donnent satisfaction
au public enseignant. Si la majorité des stagiaires trouve très intéressant
de «rencontrer des chercheurs», certains souhaiteraient cependant avoir
une formation «pré-digérée»: «Les interventions sont parfois très point
ues, elles posent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses. Ce
sont des réponses que l'on demande aux enseignants, cela ne m'apporte
donc rien pour mon enseignement».
Même si ce type de remarque est un peu isolé (environ 2 sur 20 par
stage), cela souligne une des limites du partenariat école/musée notam
ment dans la formation. Il est très clair que nous ne sommes pas d'accord
avec ces enseignants, et que nous devons privilégier, dans le cadre de ces
formations, une ouverture d'esprit, sans rester polarisés sur les seuls pro
grammes scolaires.
Enfin, pour rendre plus satisfaisant l'accueil des scolaires, nous
avons structuré certaines de nos activités au sein de différents lieux qui
77
Problématique et enjeux
publics & musées n