Recueil de documents et statuts relatifs à la corporation des tapissiers de 1258 à 1875..., par J. Deville. ; n°1 ; vol.37, pg 390-404

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Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1876 - Volume 37 - Numéro 1 - Pages 390-404
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Publié le 01 janvier 1876
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Louis Doüet d'Arcq
Recueil de documents et statuts relatifs à la corporation des
tapissiers de 1258 à 1875..., par J. Deville.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1876, tome 37. pp. 390-404.
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Doüet d'Arcq Louis. Recueil de documents et statuts relatifs à la corporation des tapissiers de 1258 à 1875.., par J. Deville. In:
Bibliothèque de l'école des chartes. 1876, tome 37. pp. 390-404.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1876_num_37_1_446714BIBLIOGRAPHIE.
Recueil de documents et statuts relatifs à la corporation des tapis
siers de 4258 à 4875. — Réflexions concernant cette corporation
par l'auteur, J. Deville, président de la Chambre syndicale.
Paris, A. Chaix et Gle, rue Bergère, 20 janvier 4875. In-8° de
408 pages.
La tapisserie tient le premier rang parmi les arts de l'ameublement
au moyen-âge. Cet art nous vient de l'Orient, comme la plupart de nos
arts industriels. Assurément c'est un bel art, mais d'une fabrication
lente et difficile. En effet, on comprend qu'autre chose est de tisser un
drap, par exemple, dont les fils de la chaîne et de la trame suivent une
marche semblable, autre chose de tisser une tapisserie, dont les fils de
la trame ont à changer à chaque instant pour pouvoir suivre les con
tours des figures. L'art du tapissier se trouve dans le tome VIII de
l'Encyclopédie méthodique. Duhamel du Monceau a fait paraître en
1765, en un volume in-folio, l'Art de faire les tapis façon de Turquie.
Mais ce que nous connaissons de plus clair et de mieux résumé sur la
matière, et que nous recommandons à ceux qui, comme nous, sont
étrangers à la science des procédés industriels, c'est ce qu'en a dit
M. Lacordaire dans son excellente Notice sur les Gobelins "• ; c'est au
chapitre V, et nous engageons fort le lecteur à l'étudier s'il veut se faire
une idée, au moins élémentaire, de cette savante fabrication. Nous en
extrayons le passage suivant : « Si la partie matérielle de cette fabrica
tion est compliquée, la partie artistique l'est encore plus : le tapissier
ne dispose pas d'une couleur fluide, mais d'une matière sèche qui ne
comporte ni empâtement, ni repentirs, ni glacis, ni aucune des
ressources multipliées de l'art dont il traduit les chefs-d'œuvre; il ne
l. Notice historique sur les manufactures impériales de tapisserie des Gobe-
lins et de tapis de la Savonnerie, suivie du Catalogue des tapisseries exposées
et en cours d'exécution, par A.-L. Lacordaire, directeur de cet établissement.
Paris, 1853. M. Lacordaire, ingénieur et architecte, a été directeur des Gobelins
de 1850 à 1860. Il est frère de l'illustre dominicain. Il existe une seconde notice,
celle-ci anonyme, qui a paru en 1861 . 394
peut, comme le peintre, préparer ses masses, se rendre immédiatement
compte de l'effet général, revenir sur son travail et sans cesse modifier;
il procède par imperceptibles parties, n'obtient la transparence et l'ha
rmonie des teintes que par la combinaison très-complexe des hachures,
ne saisit l'effet d'ensemble que d'une manière intellectuelle, et doit, du
premier coup, être juste de ton et de dessin, en travaillant à l'envers ;
ces difficultés sont immenses : aussi faut-il quinze ou vingt ans pour
former un bon tapissier, et a-t-il fallu plusieurs générations de ces
modestes et laborieux artistes se succédant de père en fils, pour pousser
l'art du tapissier au point où il est aujourd'hui » (page 173).
On emploie pour la fabrication de la tapisserie deux sortes de métiers :
les métiers à haute-lisse où la chaîne est perpendiculaire, et les
à basse-lisse où elle est horizontale. Aux Gobelins on se sert du métier à
haute-lisse, à la fois pour les tapisseries et pour les tapis. Ailleurs, les
tapis se font sur des métiers à basse-lisse. Il convient au reste d'établir
une distinction entre la signification de ces deux mots, tapis et
tapisserie. Le tapis n'est guère qu'un simple objet d'ameublement, tandis
que la tapisserie est un objet d'art, quelquefois même d'un art très-
élevé. Témoin la belle tapisserie de l'histoire du roi David, commandée
à ce qu'on croit par le cardinal d'Amboise et qui se voit au musée de
Gluny*.
L'introduction de la fabrique de la tapisserie en France a dû s'établir
par des fabricants flamands. Quoi qu'il en soit, dès le temps de saint
Louis, on voit, par le Livre des Métiers d'Et. Boileaue, qu'il y avait
alors à Paris deux sortes de tapissiers : les tapissiers de tapis sarrazi-
nois, et les tapissiers de tapis nostrez. Les premiers fabriquaient-ils des
tapis de haute-lisse, et les seconds des tapis de basse-lisse ? La chose
est possible. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la différence du temps de
l'apprentissage marque une différence très-marquée entre les deux mét
iers. Pour les tapissiers sarrazinois il était de huit ans 2, et pour les
tapissiers nostrez, de quatre seulement. Cette expression de tapis
« nostrez » est très-difficile à entendre. Remarquons d'abord qu'on la trouve
avec les variétés de formes suivantes : Tapissiers notrez, nostrez, nais-
irez, nautrez, neutrez. M. Lacordaire dit avec raison : « L'origine et la
signification première de ce mot sont inconnues. On a cru l'expliquer en
disant que par tapis nostres ou nôtres il fallait entendre des tapis fabri
qués chez nous, par opposition aux tapis sarrazinois ; mais il est difficile
d'admettre un telle explication 3. » L'étymologie donnée par M. Albert
Gastel, dans son livre intitulé : Les Tapisseries, est encore moins accep-
1. Feu Victor Langlois en a donné la description dans la Revue archéologique
de Leleux, année 1850, p. 757.
2. Et même de dix, dans des statuts de 1290.
3. Notice des Gobelins, p. 14. 392
table : « Les tapis nostrez (nost-rez), noués ras, étaient des tissus ras,
lisses, qui s'employaient le plus souvent comme tapis de pied et qu'on
appelait ainsi par opposition aux tapis veluz de Turquie A. » II est à
remarquer que cet adjectif de « nostrez » ne s'applique pas seulement à
des tapis, car on trouve des peaux de lapins qui sont dites nostrées,
dans un chapitre de « Pennes et fourreures » d'un compte de l'Argent
erie de la Reine, de l'an 1394 : « Pour xxn congnins, 12 sous parisis.
Pour xxxviir congnins nostrez, 29 sous 4 deniers parisis2. » II y a mieux :
dans le Dictionnaire étymologique de Ménage au mot nostrê, il est
question de chairs nostrées, c.-à-d. amorties. Quoi qu'il en soit au reste
de l'étymologie du mot, on pourrait entendre par le mot nostré une
sorte d'apprêt, qui s'appliquait également aux laines et aux fourrures.
On a des statuts des tapissiers nostrez, de l'an 1343. Ils ont pour
titre : « Ordonnance nouvelle des tapissiers notrez. » On y voit qu'ils
fabriquaient aussi des couvertures. « Quiconque vouldra estre tapissier
des tappis nostrez et couvertures, en la ville de Paris, etc. » On les
trouve aussi appelés tapissiers nautrez. « Les tapissiers nautrez pourront,
comme il est accoustumé de tout temps audict mestier, ouvrer et mestre
en besongne en chaisnes toutes manières de fils, sans lin, comme chan
vre et laine, bon et suffisant5. » Ces statuts furent donnés en Châtelet
le samedi après les Brandons 1342 (8 mars 1343). Ils se trouvent dans
une confirmation du Châtelet du 15 mai 1627, enregistrée au Parlement
le 22 décembre 1636. On en a d'autres, du mois de février 1465. Reg. le
22 1633 4.
En 1625, Louis XIII confirma, par ses lettres patentes du 18 avril,
l'édit de Henri IV, du mois de janvier 1607, portant établissement d'une
manufacture de tapisserie façon de Flandre. Elles portent : « Articles
accordez par le Roy en son Conseil, à Marc de Comans et Françoys de
la Planche, entrepreneurs de l'establissement de la fabrique et manuf
acture de tapisseries façon de Flandres en ce Royaume, comme pour la
continuation de lad. manufacture. » Brevet pour 18 ans. — Naturalisa
tion des entrepreneurs. — II leur est accordé une somme de 7,500 1. t.
par an pour leur logement, à la charge d'entretenir les 80 métiers portés
par l'édit de 1607. — Exemption de logement de troupes. — Continuat
ion de la pension de 500 1. t. à chacun d'eux. — Obligation d'entre
tenir 30 apprentis, savoir 20 français et 10 flamands, à raison de
10 1. t. par an. « En faveur du présent traicté et pour tout ce que lesd.
de Comans et La Planche prétendent leurs estre deu, tant de leurs pen-
1. Les Tapisseries, par Albert Castel. Dans la Bibliothèque des Merveilles,
publiée par Hachette, Paris 1876. In-12, fig.
2. Arch. Nat. KK. 41, fol. 48.
3.Xla 8653, fol. 56 r.
4. Ibid. fol. 58. 393
tions que des louages desd. maisons, Sa Majesté leur accorde la somme
de 12,000 1. t. à prendre sur les deniers extraordinaires, de laquelle ils
seront payés par les trésoriers de son Espargne. »
« Sera faict fondz pour chacun an de la somme de 30,000 livres pour
employer en tapisseries provenantes de ladicte manufacture, lesquelles
seront mises dans les meubles de lad. Majesté ainsy qu'il est accous-
tumé, pour estre y celles employées aux présens des ambassadeurs et
autres. » — Défense d'importer des tapisseries de l'étranger. Le roi se
réserve d'introduire la quantité de deux cens tentures de basses sortes,,
qui n'excéderont le prix de neuf cens ou mil livres, et qui entreront par
Peronne et Amiens. — Fait en Conseil le 8 avril 1625. Reg. en Parle
ment le 5 février 1626 *.
Dans d'autres lettres du 19 mars 1640, on lit : « Le feu Roy auro it
par ses ambassadeurs disposé le sr de Gomans et le deffunct sr de La
Planche à venir dans ce Royaulme et à y faire l'establissement de
tapisseries façon de Flandre. — Ayons permis à Raphaël de La Planche
et Charles de Comans, qui ont succédé à la direction desd. manufactures
au lieu dud. Marc de Gomans et François de La Planche, leurs pères,
de quieter leur société, se séparer et diviser leurs demeures. Ce qui
auroit esté faict. Ayant ledict de La Planche faict son établissement au
faulxbourg Saint-Germain des Prez de nostre bonne ville de Paris.
Lequel ayant depuis désiré, pour les grands fraiz qu'il y supporte, quieter
la direction, il auroit traicté d'une des charges de Trésoriers de noz
bastimens. Duquel office nous ayant demandé les provisions, nous n'au
rions voullu les faire expédier qu'à condition qu'il continueroit lad. direc
tion. » Saint-Germain-en-Laye, le 19 mars 1640. Reg. en Parlement le
11 avril 1641 2.
En 1643, lettres patentes de Louis XIV portant confirmation à
Alexandre de Gomans de la direction de la manufacture des tapisse
ries façon de Flandres. Paris, dernier décembre 1643. Reg. le 18 avril
1644 3.
Autres de 1648 qui continuent pour 20 ans à Raphaël de La Planche
la direction de la manufacture de tapisseries façon de Flandres, établie
au faubourg Saint-Germain. Paris, 19 août 1648. Reg. le 19 février 16564.
Autres de 1651, portant continuation et prorogation pour neuf ans à
Ypolite de Comans, du privilège de la manufacture de tapisseries façon
de Flandres, accordé à Alexandre de Gomans, son père. Paris, 10 mai
1651. Reg. le 3 décembre 1654 5. Du même jour, 10 mai 1651, confirma-
1. Arch. Nat. X14 8650, fol. 304 v\
2.X14 8654, fol. 230 r.
3. Arch. Nat. Table des Ordonnances, t. 5, p. 19.
4.5e vol. des Ordonn. de Louis XIV, coté 3 N (X. 8649), fol. 348.
5. Arch. Nat. X. 8648, fol. 5. 394
tion de noblesse pour Ypolite de Comans, sieur de Soudes, qui, con
jointement avec François de La Planche, avait établi la manufacture
en question *.
Précédemment Louis XIII avait, par un édit passé en Parlement le
9 mars 1630, établi des manufactures de tapis de Turquie dans le
Royaume 2.
Des lettres patentes du même prince, du mois de juillet 1636, confi
rment la réunion des « Mes Jurez, tapissiers de haulte lice, dictz sarra-
zinois et de rantraictures, et des Mes Jurez tapissiers contrepoinctiers,
naistrez » de la ville de Paris 3.
M. Lacordaire dit dans sa Notice (page 46) que la manufacture de
tapisserie façon de Flandres fut transférée en 1630 dans la maison des
Gobelins.
En 1643, on trouve une Confirmation des privilèges de la manufacture
delà Savonnerie. Les lettres sont datées de Saint-Germain-en-Laye,
25 mars 1643, et de Fontainebleau, 13 octobre 1644 4.
C'est en 1662 seulement qu'il est question de la Manufacture des
meubles de la couronne établie aux Gobelins. Et même, les Lettres
patentes de la fondation ne sont que du mois de novembre 1666. Elles
sont imprimées dans la Notice de 1861, page 52. Observons en passant,
qu'en 1737, Jean Julienne, entrepreneur de la manufacture des Gobe-
lins, et secrétaire du roi, fut fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel5.
En 1665 on trouve une confirmation des statuts des tapissiers de la
ville d'Aubusson, donnée à Saint-Germain-en-Laye, juillet 1665. Reg.
le 13 août suivant 6.
Dans la Marche, et tout auprès d'Aubusson, il s'établit en 1689 une
autre manufacture royale, celle de Feuilletin. Lettres patentes pour
l'établissement d'une manufacture de tapisseries de haute-lisse dans la
ville de Felletin. Versailles, novembre 1689. Reg. le 25 février 1690 7.
En 1766 la corporation des tapissiers comprenait six communautés,
savoir :
Tapissiers-sarrazinois, fabriquans de tapis à façon du Levant.
Tapissiers-hautelissiers, de de haute et basse lisse et
rantraitures.
Tapissiers-notrés, fabriquans de serge, couvertures de soye, coton,
laine et façon de Marseille.
1. Arch. Nat. X. 8648, fol. 6.
2.X. 8640, fol. 245.
3. Arch. Nat. X. 8642, fol. 46 v».
4.X. 8647, fol. 140 et 141 v».
5. Arch. Nat. M, 64, n° 19.
6.10* vol. des Ordonnances de Louis XIV, coté 3 S, fol. 371.
7. Arch. Nat. Reg., coté 4 P, fol. 93. 395
Tapissiers-contrepointiers, fabriquans de toutes sortes de meubles,
ciels, pavillons, épreviers, tentes et autres équipages de guerre en
toutes sortes d'étoffes.
Goutiers, fabriquans de coutil. faiseurs de tentes et autres meubles de
coutil et toiles, sans tainture.
Le corps avait quatre patrons, saint Louis, sainte Geneviève, saint
Sébastien, saint François. Leur Bureau était rue Saint-Martin, vers
Saint- Julien-des-Ménétriers , et leur Confrérie à Saint-Martin-des-
Ghamps1.
Le mot tapissier a une double signification. Tantôt on entend par là
l'ouvrier qui fait des tapis, tantôt un marchand qui les vend et les place.
Aujourd'hui un tapissier est un marchand de meubles qui se charge de
décorer les appartements. Une citation d'un compte de 1454 nous
montre le mot employé dans sa première et originelle signification. « A
Nicaise de Croverin, ouvrier de haultelisse, et tappicier de lad. Dame (la
reine Marie d'Anjou), pour avoir fait retordre et desvuider vn^x хин l
ivres de fil de layne, et en fait taindre partie en diverses couleurs;
dont il a fait deux tappiz veluz pour lad. Dame, 10 livres tournois 2. »
Voici maintenant un tapissier, en 1390, dont l'ouvrage, malgré ce qu'en
dit le texte, ne semble guère relever de son métier proprement dit. « A
Robert Poinçon, tapissier sarrazinois demeurant à Paris, pour sa peine,
sallaire et façon d'avoir fait de son mestier de tapisserie, deux grans
manches, èsquelles a branches et cosses de genestes, et ycelles mises et
assises sur deux houppellandes courtes d'escarlate vermeille (pour le
Roi et le Duc de Touraine), 40 livres parisis3. » Evidemment c'est là
un ouvrage de broderie. Dans un compte de 1416, on voit une ouvrière
de haute-lisse qui fait des bourses pour la reine Isabeau de Bavière.
« A Katherine la Peniote, ouvrière de haultelisse, pour bourses qu'elle
avoit faictes pour ladicte Dame, xxxn sous parisis4. » Un compte de
Jean, duc de Berri, de l'an 1400, mentionne un « Jehan du Boys, ten
deur de tapisserie 5. » Dans un autre, de Charles, duc d'Orléans, de
l'an 1444 : « A Regnault, tapissier, pour don à lui fait, pour ce qu'il a
tendu et destandu la tapisserie en l'ostel maistre Jehan Thiéssart, où
mondit seigneur (le Duc) estoit logé, 41 sous 3 deniers tournois 6. » En
1557 : « Pour avoir fait apporter depuis l'hostel de Bourbon jusques
aux Tournelles, et reporter dudit hostel de Bourbon jusques ausdictes
1. Guide des corps marchands (par Pary). 1766. In- 12, p. 466.
2. Arch. Nat. KK. 55, fol. 104.
3.KK. 21, fol. 39.
4. Arch. Nat. KK. 49, fol. 33 v°.
5.KK. 254, fol. 70 v.
6. Arch. Nat. KK. 270, fol. 25. .
396
Tournelles, dedans une charrette, trente pièces de tapisseries et deux
detz (dais) pour ladite chapelle (du Dauphin) V»
Le travail de raccommoder les tapisseries déchirées ou trouées se
nomme rentraiture, et ceux qui le font rentrayeurs. En voici un exemp
le, tiré d'un compte de l'Argenterie de l'an 1396 :
«A Jehan de Jandoigne, tappicier, demourant à Paris, pour avoir rap-
pareillié le tappiz du Roy, De la bataille des XXX, ouvré d'or et d'argent.
Gest assavoir reffait en ycelui pluseurs grans troux et dessireures, de fil
d'or et d'argent et de lainne fine, livré par ledit Jehan ycelui tappiz
nétoié et mis à point. Pour ce, vin 1. p.
Item, pour avoir rappareillié en plusieurs lieux un autre grant tappiz,
De la Conqueste d'Engleterre, cest assavoir reffait comme dessus plusieurs
grant troux et dessireures et nétoié comme dit est. Pour ce, xxxv s. p.
Item, pour avoir rappareillié et garni de toille par en hault un autre
grant Tappiz de Cizac, où mestier estoit, reffait plusieurs grans troux
et dessireures et reffait, rappareillié de fil d'or, d'argent et de laine.
Pour ce, lxiiii s. p.
Item, pour avoir rappareillié un autre tappiz des III chevaliers de
France qui j oustèr eut en Engieterre*, ycelui reffait et rappareillié comme
dessus. Pour ce, xvi s. p.
Item, pour avoir rappareillié en plusieurs lieux et garni de toille par
en hault un grant tappiz, De la Royne Pentassilée. Pour ce, xxxii s. p.
Item, pour avoir reffait comme dessus un autre tappiz, De deux
Preuses. Pour ce, xxxn s. p.
Item, pour avoir rappareillié un autre grant tappiz, Du duc de Warvic;
comme dessus. Pour ce, xn 1. p.
Item, pour avoir reffait le tappiz d'Olivier le Baron, là ou mestier
estoit. Pour ce, xvi s. p.
Et pour avoir relavé, nestoié et rappareillié là où mestier estoit,
vi sarges vers de la Chambre au tygre du Roy nostredit seigneur. Pour
ce, xvi s. p.
Pour ce pour toutes lesdictes parties avec les estoffes sanz la toille
livrée audit Jehan de Jaudoigne par marchié à lui fait par ledit Argent
ier en la présence du contrerolleur, le derrenier jour d'aoust l'an mil
ccc un xx et xvii, xxx 1. vin s. p.
Paie audit Jehan de Jandoigne, par sa quittance donnée le vie jour
d'aoust l'an mil ccc quatrevins et xvin. Pour ce, xxx 1. vin s. p.3. »
Dans un compte de l'Argenterie de la reine Marie d'Anjou, de l'an
1. Arch. Nat. KK. 106, fol. 12.
2. En 1422 : « Ung grant tappiz Des Joustes de Saint Ildevert, qui furent
faictes par trois chevaliers de France contre les Anglois et autres; fait de file
d'Arraz. Qui est tout entier. Prisé 152 1. par, » (Arch. Nat. KK. 54, n° M v°).
3. Arch. Nat. KK. 25, fol. 51. 397
1454, il est question de la rentraiture de chambres de tapisseries qui
étaient mangées aux rats. « A Jaquenin de Vergières, tappicier, la
somme de хш 1. xv s. t. en x escus d'or, que ladicte Dame (Marie
d'Anjou) lui a fait paier comptant par led. trésorier, et qui deue lui
estoit par marchié fait avecques lui par led. pour avoir radoubé
et remis à point deux chambres de tappiceries icelle Dame.
Laquelle tappicerie estoit fort endommaigiée de chiens, ratz, souritz
et autres bestes, qui l'avoient rongée *. »
On sait que les tapisseries d'Arras étaient fort recherchées. Au reste
en voici une preuve frappante : le 14 novembre 1396, le duc d'Orléans
fait donner 67 sous 6 deniers tournois, à des ouvriers qui lui avaient
montré des tapisseries à Arras2. Il est question de ces tapisseries d'Arras
dans un compte de l'exécution testamentaire de la reine Jeanne
d'Evreux, de l'an 1371. « Item, vingt un tapis appartenans à la chambre
nuée azurée, c'estass : quatorze de la façon d'Arras, et le surplus de la
façon de Paris. Prisiez 120 frans d'or3. » Dans un Inventaire du car
dinal de Dormans, de l'an 1373 : « Untapiz de euvre d'Arraz, aus quatre
Euvangélistes aus cornez (aux coings), ни frans. Un drap de l'Istoire
de Perceval, contenant v aunes et demie, хи frans4. » Dans un compte
de 1399 : « Pour le fait de la tappisserie — faicte à ymagerie d'or et de
fin fille d'Arras. Et est lad. ymagerie faite en façon et manière de
Joustes qui furent dès pieça à Saint-Denis5. » C'est cette fameuse fête
donnée dans l'abbaye de Saint-Denis en 1389, qu'a racontée le Religieux
de Saint-Denis, et dont il a révélé les déportements en ces termes :
Nam, ut verum ipsis fatear, dum nodes in diem convertebant, et dapibus
пгтга pocula miscerentur, tantus a Libero pâtre processif intemperancie
gradus, quod multi passim absgue erubescencie velo domům regiam ac
religiosam fedantes, ad inconcessam venerem et adulteria nephanda pro-
lapsi sunt6.
En 1402, deux marchands tapissiers de Paris livrent à la reine Isa-
beau de Bavière, ce que nous appellerions une forte partie de tapisseries
d'Arras.
« A Jaquet Dourdin, tappicier, demourant à Paris. Pour vi tappiz à
ymaiges de l'ouvraige d'Arras, fais de pluseurs devises et histoires,
prins et achetez de lui, et bailliez pour mettre es garnisons de lad. dame
(la Reine).
« C'est assavoir un tappiz de l'Istoire de Quiz, l'un des Pers de Rom-
1. Arch. Nat. KK. 55, fol. 112.
2. De Laborde, Comptes des ducs de Bourgogne, art. 5750.
3. Bïbl. Nat. Clairambault, VII, vol. 61, p. 882.
4. Arch. M. 88, n" 9, fol, 31 v.
5.Nat. KK. 27, fol. 99.
6. Chronique du Religieux de Saint-Denys, tome I, p. 598.
26 398
menie, qui chace le cerf en un bois. Tenant xi aulnes de long, et m aulnes
et demi quart de lé, qui font xxiin aulnes i quartier et demi.
« Le 11e tappiz est de Plaisance et de Lesse et de Oiseuse qui les intro
duit. Tenant de long x aulnes et demie et n aulnes ш quartiers de lé,
qui font xxix aulnes.
« Le ine tappiz est de VIstoire de Gharlemaigne qui va secourir le Roy
Jourdain. Tenant de long ix aulnes et demie, et ш aulnes de lé, qui
font xxviii aulnes et demie.
« Le inie tappiz est de Perceval qui conquist le Saint-Gréal. Tenant
îx aulnes de long, et ш aulnes de lé, qui font xxvn aulnes.
« Le ve tappiz est de Baudouin de Sebourt qui le lyon trouva. Tenant
îx aulnes de long et in aulnes de lé, qui font xxvn aulnes.
« Et le vie tappiz est d'Esbatemens, et y a dames et hommes qui
peschent à la ligne et font pluseurs autres esbatemens. Tenant vu aulnes
et i quartier de long, et и aulnes ш quartiers de lé, qui font xxi aulnes.
« Lesquelles parties font ensemble vin xx vi aulnes ni quartiers et
demi, qui valent, au pris de lxiiii s. p. l'aune, et compté le derrenier
jour de may, v с хххи 1. vin s. p. i. »
« A Guillaume Arrode, marchant, demourant à Paris. Pour trois
tappiz de lay ne de l'ouvrage d'Arras, brochiez d'or bien et richement, à
pluseurs hystoires de Preux. L'un où est Atrempence et Prudence.
Tenant xi aulnes de long et mi de lé.
Le 11e où sont Hardiement, Largesse et Espérance. Tenant x aulnes et
demie de long et пи de lé.
Et le ine est d'une reine appelée La Renommée. Tenant ш aulnes et
demie de long et mi de lé.
Qui font en somme с aulnes carrées, au prix de vin 1. p. l'aune,
valent vin с 1. p. 2. »
Vers 1534, François Ier acheta à Bruxelles, de Mathieu d'Alvazar, de
Vérone, deux tapisseries d'Actéon et d'Orphée, au prix de 415 écus
d'or, plus 20 écus pour commission à Barthélémy Preignac, de
Bruxelles.
« A maistre Mathieu d'Alvazar, de Vérone, 415 écus d'or soleil, pour
son paiement de deux pièces de tappisserie d'or et de soye à verdure et
petitz personnaiges de Actéon et Orpheus. Gontenans ensemble vingt
aulnes trois quartz, mesure de Paris, qu'il a livrez et venduz au Roy en
ce présent mois de juing, et dont led. sr a luy mesme faict marché à
luy au pris de 20 écus ďor soleil pour aulne. Et lequel aulnaige a esté
faict de l'ordonnance dud. sr par Me Pierre. Paulle, dit l'Italien, son
variet de chambre, et Guillaume Moynier, son tappissier, es mains
duquel ladicte tappisserie a esté mise. — Et à Berthelemy Preignac, de
1. Arch. Nat. KK. 42, fol. 83 v.
2.fol. 86 v\