S.O.S. Recherche - article ; n°1 ; vol.4, pg 245-253

-

Documents
10 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Revue européenne de migrations internationales - Année 1988 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 245-253
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1988
Nombre de visites sur la page 19
Langue Français
Signaler un problème

Monsieur Gildas Simon
S.O.S. Recherche
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 4 N°1-2. 1er semestre. L'immigration en France. pp. 245-
253.
Citer ce document / Cite this document :
Simon Gildas. S.O.S. Recherche. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 4 N°1-2. 1er semestre.
L'immigration en France. pp. 245-253.
doi : 10.3406/remi.1988.1170
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1988_num_4_1_1170Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 4 - Nos 1 et 2
1er semestre 1988
CHRONIQUE SCIENTIFIQUE
S.O.S. Recherche
Gildas SIMON
La recherche sur les migrations internationales, la populat
ion étrangère et les relations interethniques en France, n'a pas retenu jusqu'à
présent, de la part du pouvoir politique et des instances scientifiques, les plus
hautes, toute l'attention que l'importance des problèmes posés et leur résonnance
dans le débat socio-politique auraient dû susciter. Nous avions tenté il y a cinq ans,
après les élections municipales de 1983, de soulever cette question dans un article
publié par « Le Monde » (31 .03.83) et dans plusieurs notes adressées à la Direction
du C.N.R.S. et du Ministère de la Recherche, en insistant sur la nécessité de définir
et d'appliquer rapidement une véritable politique de la recherche dans ce domaine.
Les directeurs du GRECO 13 (Groupe de recherches coordonnées du CNRS)
« Migrations Internationales » ont accompli des démarches parallèles. La cause a
été entendue mais les décisions n'ont pas suivi.
Depuis, l'évolution de la situation politique, les travaux réalisés récemment au
sein de la Commission de la Nationalité ou dans d'autres cadres (Rapport de
M. Hannoun ; Rapport de J. Voisard et de Ch. Ducastelle pour la fondation
Saint-Simon ; à paraître du groupe de travail « Immigration » au Comm
issariat général du Plan) sont venus renforcer notre conviction qu'il y avait
urgence à l'heure où l'on affirme que l'immigration est l'un des principaux défis
lancés à l'avenir des sociétés occidentales, à traiter sérieusement cette question de la
recherche sur les migrations internationales en y intégrant aussi les rapports avec la
formation des jeunes et l'information du public. Giidas SIMON
UN CONSTAT SEVERE
Partons du constat posé à travers les trois rapports officiels précédemment
cités. Le diagnostic est sévère pour toutes les parties prenantes. Dans le chapitre I
« Mieux éclairer les choix politiques, mieux informer l'opinion », le rapporteur de
la Commission de la Nationalité écrit : « L'Etat ne dispose quant à lui que d'une
connaissance fragmentaire des réalités sociales et humaines, dispersée entre
diverses administrations et organismes ayant chacun sa finalité propre et sa politi
que. La Commission a constaté que très peu d'études avaient été menées dans le
domaine qu'elle avait à traiter, notamment sur les rapports entre immigration,
démographie et nationalité. l.e contraste est apparu flagrant l'absence de
données de fond et la passion du débat public. Les la-cunes ont laissé le champ
libre aux affirmations a priori et aux stéréotypes ».
Le rapport de la Fondation Saint-Simon, préparé par M. Jacques Voisard,
ancien commissaire à l'industrialisation de l'Ouest et responsable actuel du Comité
de la décentralisation et par Mme Christiane Ducastelle, développe l'analyse lors
qu'il affirme que « quatre fonctions indispensables aux choix en matière d'immi
gration sont actuellement mal prises en compte, voire délaissés{1).
La connaissance
« II s'agit là de connaissances statistiques (dénombrement, structures des
populations, échec scolaire mais aussi refus de nationalité française, nombre de
retours) dont beaucoup sont actuellement disponibles... et de connaissances socio
logiques (comportements, attitude face aux retours, relations avec le pays d'ori
gine) qui sont moins bien appréhendées ».
La crédibilité
« L'information est telle qu'aucun chiffre ne semble crédible, que ce soit par
exemple sur la population immigrée, son rythme d'accroissement et les coûts
sociaux qu'elle entraîne. Chacun émet les chiffres qui lui permettent d'étayer sa
thèse ».
La circulation de l'information
« Cette fonction est très mal assurée ; la diffusion des connaissances (études,
expériences, etc.) n'est pas assurée entre les différents organismes chargés du pro
blème ; elle serait pourtant source d'enrichissement des actions et de clarification
de problèmes ».
Pédagogie envers la société française
« Aucune volonté dans ce sens n'a été encore affirmée. Or cette attitude assez
constante en France où l'on refuse la pédagogie, parce que l'on nie les capacités de ■
scientifique SOS Recherche Chronique
compréhension de la population, engendre la peur et ses risques quant à la cohé
sion de la société ».
A mon sens -- car Fauteur de cette chronique ne prétend pas représenter ici
l'ensemble du milieu des chercheurs sur les migrations — ce constat est sévère ; il
devrait sans doute être nuancé ou complété sur tel ou tel point, mais sur le fond, il
me semble juste. De ce fait, il interpelle tous ceux qui ont une responsabilité dans
ce domaine : chercheurs, responsables des principaux organismes de recherches
mais aussi hommes et partis politiques.
11 est évidemment tentant et facile de considérer que les insuffisances et les
lacunes des connaissances et de l'information sur les migrations procèdent des
chercheurs et des (rares) équipes ou formations spécialisées. Certes, ceux-ci ne sont
pas exempts de reproches et une certaine autocritique s'impose : ainsi, les thèmes
démographiques et urbains n'avaient pas retenu jusqu'à ces dernières années toute
l'attention qu'ils méritaient, et ceci alors que l'actualité ne cessait de les faire
émerger ; l'analyse économique est restée longtemps prisonnière d'un certain
schéma théorique et d'une vision du travailleur immigré d'avant la crise ; la dimen
sion internationale, le rôle et les fonctions des migrations dans les relations entre
les Etats ne sont pas suffisamment approfondis et bien des études ne sortent pas du
cadre franco-français, ignorant la richesse des comparaisons, tout particulièrement
à l'intérieur de l'espace européen. Le directeur des Sciences de l'Homme et de la
Société du CNRS a récemment déploré — lors d'un Colloque organisé par le
GRECO 13 sur << mutations économiques et travailleurs immigrés dans les pays
industriels » (Vaucresson janvier 1988) -- l'absence d'un ouvrage sur l'immigration
et les étrangers en France, ouvrage à la fois de synthèse et accessible à un large
public ; quelles qu'en soient les raisons, cette absence est effectivement regrettable
et chacun en porte une part de responsabilité.
Pourtant à côté de ces manques, la moisson des recherches est abondante,
diversifiée et souvent de haut niveau. La dynamique des migrations clandestines, le
développement du petit commerce étranger, l'évolution des méditerra
néennes et les progrès de l'Islam, les politiques migratoires et les transformations
du statut de l'étranger, l'émergence et le rôle des « générations nouvelles » issues de
l'immigration, les femmes, la scolarisation et les problèmes pédagogiques, la vie
associative, sans oublier les travaux des historiens et les recherches sur les pays de
départ, tous les thèmes de cette liste, forcément incomplète, ont fait depuis 10 ans
l'objet de recherches originales, menées généralement sur la base d'enquêtes
directes, ont donné lieu à la publication de centaines d'articles, de plusieurs
dizaines de livres et de rapports fournis à telle ou telle administration, ont servi
aussi de base à l'obtention de diplômes universitaires de tous niveaux et dans
toutes les disciplines des Sciences politiques, économiques, juridiques et humaines.
Les résultats de ces travaux ont largement alimenté le contenu de nombreuses
études officielles sur la population étrangère, apporté des matériaux pour des
articles de presse (le livre de Gilles Kepel sur « les banlieues de l'Islam » paru en
1987 en offre une bonne illustration) et, dans une moindre mesure contribué à la
préparation d'émissions de radio et de télévision. L'abondance de la production
scientifique française peut être aisément vérifiée à travers la consultation de la 248 Gildas SIMON
banque de données REMISIS créée par le GRECO 13 « migrations internatio
nales » et par la lecture des sommaires de la REVUE EUROPEENNE DES
MIGRATIONS INTERNATIONALES qui avec son 10e numéro, aura publié
près de 1 700 pages en moins de 3 ans (dont 60 % produits par des auteurs fran
çais). Cette bonne productivité des chercheurs français fait aussi partie du bilan et
ceci en dépit des conditions de recherches souvent déplorables.
Il faut savoir en effet que moins de 20-25 chercheurs (I.T. A. compris et toutes
disciplines confondues) sont affectés à l'étude des questions migratoires. S'y ajou
tent un nombre tout au plus égal d'universitaires et quelques experts de tel ou tel
ministère, les uns et les autres ne pouvant consacrer à la recherche qu'une partie de
leur activité professionnelle. Le budget annuel de fonctionnement alloué par le
CNRS et l'Enseignement Supérieur ne dépassent pas 200 000 F par an ; il en
découle que les progrès les plus significatifs dans la connaissance du fait migratoire
ont été obtenus depuis 15 ans par la réalisation de contrats. Certains ont été
conclus avec des organismes de la recherche publique (« contrat de connaissances
du CNRS et de la Régie Renault sur « les O.S. dans l'industrie automobile »
(1984-85) — appels d'offre de la Mission Recherche Expérimentation sur « la
France, société pluriéthnique » 1984-85 - - du MRES sur « l'espace européen et la
communauté nationale » 1988), avec les Ministères et les organismes « en charge »
des questions migratoires (appel d'offres annuel de la Direction de la Population et
des Migrations du Ministère des Affaires Sociales, du Fonds d'Action Sociale),
d'autres études ont été financées — plus récemment — par d'autres Ministères
(Culture, Equipement) ou par des organismes internationaux (B.I.T., Conseil de
l'Europe, UNESCO).
Chacun des organismes commanditaires poursuivant ses propres objectifs sur
le plan de la connaissance, comment s'étonner que des pans entiers de la recherche
sur les migrations en France soient restés dans l'ombre, si ce n'est totalement
ignorés. Ainsi est-il évident que l'analyse quantitative globale de l'immigration
reste à faire : « la faiblesse de l'appareil statistique — note à ce propos le Rapport
sur la Nationalité — malgré la bonne volonté des services concernés est apparue
redoutable ». On sait que l'étude préparée pour la Commission des Sages par
André Lebon et publiée dans un récent numéro de REMI (Vol. 3 n° 1 1987) a
permis de réduire le flou et les fantasmes qui s'étaient développés autour de l'arti
cle 44 du Code de la Nationalité. Autre exemple, à l'heure où « l'Office National
d'Immigration » devient « l'Office des Migrations Internationales » afin de favori
ser la mobilité externe de la population française, nous ne disposons d'aucune
étude approfondie sur l'émigration française et les différentes communautés de
Français à l'étranger. Ces lacunes montrent qu'on ne peut laisser ce domaine
scientifique se développer ou survivre au hasard ou en fonction de la géométrie
variable de la recherche contractuelle.
C'est pourquoi, en nous appuyant principalement sur les propositions émises
dans les trois rapports officiels et celui du Comité des Sages, et en y
ajoutant nos propres suggestions élaborées à partir de notre propre expérience de
chercheur universitaire, nous présentons ici ce qui pourrait être le canevas d'une
véritable politique de recherche et de communications sur les migrations interna
tionales. :
Chronique scientifique S.O.S. Recherche 249
POUR UNE POLITIQUE DE RECHERCHE ET DE COMMUNIC
ATION SUR LES MIGRATIONS INTERNATIONALES
LA MISE EN PLACE D'UNE CELLULE D'ANIMATION ET DE COORDI
NATION
L'urgence de la situation, la complexité de l'action à mener au carrefour de la
recherche, de la formation et de la communication militent en faveur de la pro
position 50 de la Commission de la Nationalité qui recommande à confier à une
mission interministérielle provisoire la tâche d'animer le développement de la
recherche et la diffusion des connaissances : « Cette mission, placée auprès du
Premier Ministre et composée des personnalités qualifiées, des universitaires et des
fonctionnaires, serait chargée de la gestion des crédits dans le cadre de contrats
avec des équipes pluridisciplinaires, de la diffusion des résultats et de l'information
du public par l'entreprise des médias et des supports modernes ».
L'idée de confier à une structure interministérielle légère, dotée de pouvoirs
réels et de moyens financiers engageables directement, une mission d'animation, de
coordination des recherches et de leur diffusion semble répondre à l'importance de
l'enjeu. De telles missions, animées par des personnes sensibilisées et connaissant
bien leurs dossiers, ont donné, dans un passé récent, la preuve de leur efficacité. Le
rattachement direct au Premier Ministre donne une liberté d'action et une rapidité
d'intervention, adaptée à l'urgence des problèmes à résoudre. Certains chercheurs
s'inquiéteront de ce rattachement direct d'une instance scientifique au pouvoir
politique mais, tout bien pesé, ce pari nous semble moins risqué que l'immobilisme
actuel.
Deux années d'existence seront-elles suffisantes, comme le suggère le Comité
des Sages, pour dégager les priorités, lancer le mouvement et sensibiliser tous les
partenaires ? On peut se poser la question mais l'essentiel est de créer une dynamiq
ue.
L'établissement de cette mission doit être effectivement complété — comme le
suggère la proposition 49 -- par une action de sensibilisation des administrations
et organismes concernés (INSEE, INED, CNRS, Universités) afin « d'améliorer le
recueil des données relatives à la population étrangère, ses comportements et son
évolution prévisible ». Nous suggérons que soient associés à cette action d'autres
organismes qui détiennent une information importante (Office des Migrations
Internationales, organismes de Sécurité Sociales, C.A.F.) ou des potentiels de
recherche à l'intérieur et à l'extérieur de la France (INSERM, ORSTOM).
ETABLISSEMENT D'UN PLAN DE DEVELOPPEMENT ET OUVERTURE
DES THEMATIQUES
FaC'2 à l'absence de cohérence et de coordination des recherches actuelles, il
importe d'élaborer un plan de développement fixant les objectifs et les priorités qui
tiennent compte de la demande sociale mais aussi des lacunes de la connaissance
théorique et ce, en concertation avec les chercheurs et les organismes scientifiques
éventuellement intéressés. :
Gildas SIMON
Dans cette élaboration, il sera indispensable d'ouvrir les thématiques
en développant les études comparées sur le plan international, entre pays
industrialises afin de confronter les expériences en matière de gestion des pro
blèmes migratoires ce fut l'un des principaux objectifs de la conférence de
FOC DE sur « l'avenir des migrations » Paris mai 1 986 :
en prenant plus systématiquement, en compte la dimension internationale
ou transnationale de ces problèmes, notamment dans le cadre des relations avec les
pays d'origine. Est-il nécessaire de souligner ici que la européenne des
questions migratoires est une réalité qu'on ne peut plus ignorer et sur laquelle il
importe de réfléchir avant l'ouverture complète des frontières en 1993 et l'élargi
ssement de la libre circulation aux pavs de l'Europe méridionale.
[ A CONSTITUTION DE POLES DE RECHERCHE ET IE RECRUTEMENT
DE JEUNES CHERCHEURS
II n'y a pas de progrès scientifiques sans la constitution d'équipes et de pôles
de recherches solides, dotés d'un personnel qualifié (chercheurs, techniciens et
administratifs) et de moyens financiers conséquents. Ce qui est une évidence, voire
une banalité dans le domaine des sciences exactes ou appliquées, est loin d'être une
réalité dans le domaine des Sciences Sociales.
L'un de.-, principaux mentes du CrKECO 13 « Migrations Internationales »
quelles que soient les critiques que Ton puisse iui faire par ailleurs est d'avoir
constitué un lieu de rencontre interdisciplinaire des chercheurs isolés et des équipes
travaillant sur le thème migratoire. La tenue de séminaires, de colloques ont
éminement favorisé l'habitude du travail en commun entre les différentes disci
plines. C'est une démarche qui est loin d'être réalisée dans la majorité des autres
Etats européens, tout aussi concernés que la France pur les questions migratoires.
Pour éviter de perdre l'un des principaux acquis de ce GRECO. il importe de
conforter ou de développer aujourd'hui des pôles de recherche pluridisciplinaires,
ayant chacun une problématique bien centrée, tant à Paris qu'en province. Cer
tains noyaux existent déjà en tant qu'unités indépendantes, d'autres fonctionnent.
dans le cadre de laboratoires ou d'organismes plus étendus ; certains enfin n'ont
qu'un statut précaire, dans le cadre, d'une association par exemple.
Il importe de renforcer ce potentiel sur le plan institutionnel, humain et
financier : c'est principalement la responsabilité du CNRS et de la Direction de la
Recherche Universitaire. Quelle que soit la formule choisie, il faudrait disposer/én
France de 7 à 8 équipes permanentes bien structurées, couvrant Tensemblfc' du
domaine de recherche et appuyées sur un réseau de chercheurs et de partei/iaires
étrangers en Europe et à l'extérieur du continent, /
Parallèlement à cette opération de consolidation et de restructuration des
équipes autour de quelques pôles, il faut procéder au recrutement de iemiies cher
cheurs. On touche ici a l'un des aspects les plus dramatiques de la situation
actuelle. Certes, elle n'est pas spécifique aux études sur les migrations internatio
nales , c'est, hélas, le lot commun de la recherche en généra), et des Sciences Sociales en particulier. Le non-renouvellement démographique ici comme partout
est catastrophique. Pourtant, il existe un potentiel important d'énergies et de
compétences, à travers le nombre important de jeunes chercheurs en cours de
doctorat ou qui ont terminé leur thèse, que nous ne pouvons actuellement embauc
her et dont l'investissement intellectuel (celui du chercheur mais aussi du respon
sable scientifique et éventuellement de l'équipe d'accueil) est trop souvent perdu.
On nous permettra d'insister sur ce point. Si le recrutement de jeunes chercheurs
est actuellement impossible ou presque dans le cadre actuel du CNRS et des grands
organismes de recherche, il est urgent de trouver, d'imaginer, d'autres formules en
reprenant par exemple le statut des allocataires de recherches et en lui donnant une
durée supérieure à 2 ans. Tel devrait être l'un des objectifs prioritaires d'une politi
que de recherche.
DES MOYENS FINANCIERS CONSEQUENTS
La dotation financière des équipes qui travaillent sur les migrations est struc-
tuellement dérisoire par rapport aux enjeux humains, sociaux et politiques consi
dérables qui se nouent autour de la connaissance des migrations internationales et
de leurs implications en France. L'aveuglement des dirigeants de 1981 à 1988, sur
ce point, reste incompréhensible. Par nécessité, une grande partie de l'activité des
chercheurs est consacrée à la recherche... de contrats et à la réalisation des dits
contrats. Si la recherche contractuelle est utile, nécessaire, stimulante, il est malsain
qu'elle devienne la condition de la survie des équipes.
La Commission de la Nationalité insiste à cet égard : « il ne pourra être
remédié aux lacunes dénoncées par la Commission sans un minimum de moyens.
L'importance de l'enjeu pour les vingt années à venir justifie que des crédits soient
alloués à la recherche dans cette perspective. Leur affectation devrait aller en
priorité vers des équipes pluridisciplinaires de haut niveau associant universités,
organismes de recherches et administration sous forme d'actions concertées ».
Sur ce plan, la France pourrait s'inspirer de l'exemple des Pays-Bas, de la
Suède et même du Royaume-Uni qui affectent des moyens substantiels aux
recherches sur le thème. La récente conférence de l'OCDE sur « L'avenir des
migrations » a insisté dans ses conclusions sur la nécessité de faire un effort import
ant sur ce plan, en recommandant notamment « la création de centres de
recherches interdépendants sur les migrations dont les travaux seraient harmonisés
et qui permettraient la mise en place de systèmes permanents de surveillance et de
collecte des données » (OCDE 1987 p. 27).
UNE MEILLEURE ARTICULATION ENTRE LA RECHERCHE, LA FOR
MATION ET L1NF0RMATI0N
Rien ne sert de faire une recherche de qualité si ses résultats restent ignorés
comme c'est trop fréquemment le cas pour bon nombre de travaux universitaires
qui restent enfouis ou sagement rangés sur les rayons des bibliothèques. La diffu
sion de ces résultats passe par le soutien apporté aux supports spécialisés sur le
thème, qu'il s'agisse de revues ou d'ouvrages de collection spécifiques. A l'inverse Gildas SIMON
pourrait-on demander aux chercheurs de faire un effort particulier de vulgarisation
pour aider à la diffusion des principaux résultats de leurs travaux.
Un autre moyen, non évoqué dans le Rapport sur le Code de la Nationalité,
consiste aussi à développer l'articulation avec l'enseignement secondaire et supé
rieur. Le rapport de M. Hannoun propose la création d'un enseignement spécif
ique sur les droits de l'HommeC1), ce n'est pas un luxe dans le monde actuel et il
s'agit selon moi d'un des moyens les plus sûrs de conserver l'esprit de la démocratie.
Il suggère aussi d'élargir cette ouverture en y ajoutant un enseignement spécifique
sur les migrations internationales, tout particulièrement au niveau universitaire.
Notre expérience sur ce plan à Poitiers nous a confirmé qu'il existait une réelle
demande des étudiants dans ce domaine, notamment de la part de futurs ensei
gnants et qu'à partir d'une action de sensibilisation il y avait aussi la possibilité de
former des jeunes chercheurs et donc d'assurer le renouvellement indispensable.
On pourrait aussi améliorer les conditions de ce travail pédagogique en obtenant
des sociétés de télévision et de l'Institut National de l'Audiovisuel l'autorisation de
diffuser les émissions et les reportages relatifs à ce thème et qu'on ne peut utiliser
actuellement en raison du problème des droits d'auteur. Le Ministère de l'Educa
tion Nationale qui en a les moyens pourrait conclure un accord avec ces médias
afin de mettre gratuitement à la disposition des établissements secondaires et
supérieurs les documents les plus intéressants sur les migrations internationales et
la question des étrangers en France.
LE DEVELOPPEMENT DE LA COLLABORATION SCIENTIFIQUE
EUROPEENNE
Nous avons déjà évoqué l'intérêt et la nécessité de développer les recherches
au niveau européen, dans le cadre d'analyses comparatives entre Etats et dans celui
du fonctionnement même de la dynamique communautaire. Certes, des actions
sont déjà engagées, par exemple avec le programme franco-allemand sur les minor
ités et l'Islam ; la même démarche doit être élargie à d'autres pays, des possibilités
de collaboration existent ou se développent dans le cadre plus général du pr
ogramme ERASMUS.
Mais nous pensons qu'en raison même des enjeux et des problèmes communs
posés par l'immigration à presque tous les pays européens, le lancement d'un grand
« programme-cadre » sur l'immigration et les étrangers en Europe » serait tout à
fait justifié. C'est un thème dont les implications humaines, économiques, sociales,
culturelles, politiques et diplomatiques méritent au moins autant d'intérêt que les
programmes déjà lancés par la C.E.E. sur la pêche, les matières premières ou les
biotechnologies. La France s'honorerait de promouvoir à Bruxelles le lancement
d'un tel programme.
Quels que soient les résultats de l'élection présidentielle et l'orientation du
nouveau gouvernement, celui-ci sera inévitablement confronté à la question des
migrations et de l'intégration des étrangers dans la société française : « Une meil
leure connaissance des données élémentaires du problème mise à la disposition du
public et des autorités politiques est plus que jamais nécessaire » affirme avec
raison le Rapport des Sages. La définition d'une véritable politique de recherche, :
scientifique S.O.S. Recherche Chronique
son engagement rapide et son application en concertation avec les différents parte
naires doivent contribuer à l'émergence de solutions adaptées et humaines. Cette
responsabilité incombe au nouveau pouvoir politique.
15 avril 1988
Note et références bibliographiques
(1) Ce n'est pas un hasard si un chercheur sur les migrations (J. Costa-Lascoux), consulté par le
rapporteur, est auteur d'un ouvrage d'éducation civique, intégrant les problèmes de diversités des
cultures, tolérance et racisme, immigration, relations nord-sud (Education civique, classe de 5e, éd.
Nathan).
— Etre français aujourd'hui et demain. Rapport de la Commission de la Nationalité présenté par
M. Marceau LONG, janvier 1988.
— L 'Homme est l'espérance de l'Homme. Rapport de Michel HANNOUN sur le racisme et les discr
iminations en France. Novembre 1987.
— L'avenir des migrations. Conférence des experts nationaux, Paris 13-15 mai 1986, OCDE 1987,
353 p.
— La question immigrée en France en 1986 par Jacques VOISARD et Christiane DUCASTELLE.
Fondation Saint-Simon, novembre 1986.