Conceptions nouvelles sur la structure de la zone intra-alpine du Sud : Les montagnes entre Vallouise et Guillestre - article ; n°2 ; vol.42, pg 211-222
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Conceptions nouvelles sur la structure de la zone intra-alpine du Sud : Les montagnes entre Vallouise et Guillestre - article ; n°2 ; vol.42, pg 211-222

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Revue de géographie alpine - Année 1954 - Volume 42 - Numéro 2 - Pages 211-222
Résumé. — Cette étude fait suite à un article de 24 pages, plus particulièrement historique, paru dans le Bulletin de la Société de Géographie d'Oran (Algérie), tome 73, fascicule 228, année 1950 (paru en 1952), sur « La Plaine de Relizane avant l'irrigation ». Il y est question des « combinaisons » agricoles antérieures à 1830 et à la mise en place de la colonisation européenne. Le présent travail, après avoir brossé à grands traits la description du milieu géographique de cette Basse plaine sublittorale oranaise (relief, climat, hydrologie, sols et végétation), expose les étapes de la transformation agricole et humaine en fonction de l'extension de l'irrigation. Dans une première période d'une cinquantaine d'années, de 1860 à 1910, la mise en valeur passe de l'association céréales d'hiver-pâturage à la polyculture semi-irriguée, grâce à la construction du barrage de dérivation de la Mina et à l'introduction de cultures nouvelles. Cette évolution est enrayée par l'insuffisance du volume d'eau mis à la disposition des colons. Une deuxième période de près de trente ans, de 1924 à 1952, suit la construction du barrage-réservoir des Bakhadda, sur la haute Mina. Une nouvelle évolution en résulte avec l'extension des champs de céréales irrigués et des vergers. Cette riche combinaison agricole européenne s'oppose à la culture sèche musulmane, qui subsiste dans la partie septentrionale de la plaine. Les besoins en eau d'irrigation augmentent avec le développement des cultures exigeantes, et il faut prévoir l'aménagement de nouvelles ressources hydrauliques. La transformation radicale de la plaine, depuis ferme broussaileuse, observée en 1830, jusqu'aux champs irrigués actuels, s'est accompagnée de l'évolution de la structure agraire, de l'importance des exploitations agricoles, de la densité et de la répartition du peuplement, du développement commercial et industriel, de la valeur des terres et du changement de psychologie des exploitants européens. Il y a eu ici, en moins d'un siècle et parallèlement à l'équipement hydraulique, la création d'une région géographique originale dont l'évolution se poursuit en posant des problèmes nouveaux.
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Publié le 01 janvier 1954
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Langue Français

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Jacques Debelmas
Conceptions nouvelles sur la structure de la zone intra-alpine du
Sud : Les montagnes entre Vallouise et Guillestre
In: Revue de géographie alpine. 1954, Tome 42 N°2. pp. 211-222.
Résumé
Résumé. — Cette étude fait suite à un article de 24 pages, plus particulièrement historique, paru dans le Bulletin de la Société de
Géographie d'Oran (Algérie), tome 73, fascicule 228, année 1950 (paru en 1952), sur « La Plaine de Relizane avant l'irrigation ».
Il y est question des « combinaisons » agricoles antérieures à 1830 et à la mise en place de la colonisation européenne. Le
présent travail, après avoir brossé à grands traits la description du milieu géographique de cette Basse plaine sublittorale
oranaise (relief, climat, hydrologie, sols et végétation), expose les étapes de la transformation agricole et humaine en fonction de
l'extension de l'irrigation. Dans une première période d'une cinquantaine d'années, de 1860 à 1910, la mise en valeur passe de
l'association céréales d'hiver-pâturage à la polyculture semi-irriguée, grâce à la construction du barrage de dérivation de la Mina
et à l'introduction de cultures nouvelles. Cette évolution est enrayée par l'insuffisance du volume d'eau mis à la disposition des
colons. Une deuxième période de près de trente ans, de 1924 à 1952, suit la construction du barrage-réservoir des Bakhadda,
sur la haute Mina. Une nouvelle évolution en résulte avec l'extension des champs de céréales irrigués et des vergers. Cette riche
combinaison agricole européenne s'oppose à la culture sèche musulmane, qui subsiste dans la partie septentrionale de la plaine.
Les besoins en eau d'irrigation augmentent avec le développement des cultures exigeantes, et il faut prévoir l'aménagement de
nouvelles ressources hydrauliques. La transformation radicale de la plaine, depuis ferme broussaileuse, observée en 1830,
jusqu'aux champs irrigués actuels, s'est accompagnée de l'évolution de la structure agraire, de l'importance des exploitations
agricoles, de la densité et de la répartition du peuplement, du développement commercial et industriel, de la valeur des terres et
du changement de psychologie des exploitants européens. Il y a eu ici, en moins d'un siècle et parallèlement à l'équipement
hydraulique, la création d'une région géographique originale dont l'évolution se poursuit en posant des problèmes nouveaux.
Citer ce document / Cite this document :
Debelmas Jacques. Conceptions nouvelles sur la structure de la zone intra-alpine du Sud : Les montagnes entre Vallouise et
Guillestre. In: Revue de géographie alpine. 1954, Tome 42 N°2. pp. 211-222.
doi : 10.3406/rga.1954.1126
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1954_num_42_2_1126CONCEPTIONS NOUVELLES SUR LA STRUCTURE
DE LA ZONE INTRA-ALP1NE DU SUD :
LES MONTAGNES ENTRE VALLOUISE
ET GUILLESTRE
par J. DEBELMAS
Dans un article récent 1, j'ai résumé brièvement quelques-uns
des résultats stratigraphiques et tectoniques obtenus au cours de
l'étude géologique des montagnes entre Vallouise et Guillestre.
J'y renvoie le lecteur qui voudrait avoir un aperçu synthétique
sommaire sur la géologie de cette région. Je crois plus utile, pour le
géographe, de présenter les conceptions nouvelles sur la structure
de ces montagnes sous la forme de panoramas commentés, c'est-à-
dire de relier plus étroitement cette géologie à la morphologie.
1. Panorama de la rive droite de la Durance, entre Réotier et
l'Argentière. (Vue prise des pentes dominant la Roche-de-Rame, rive
gauche.) PI. I, fig. 1.
Les vallées transversales de la Biaysse et du Feurnel y décou
pent les massifs de Gaulent (au S), de la Roche de la Séa (au centre)
et des Têtes (au N).
Sur cette rive de la Durance, la complication tectonique est
extrême et les innombrables failles et chevauchements de détail
masquent les surfaces de discontinuité importantes; mais un fait
est frappant : lorsqu'on relève des séries stratigraphiques et qu'on
peut en particulier avoir le Dogger et le Malm, on remarque que
ces séries appartiennent à deux types différents, opposés, qui se
* Schéma structural du bassin de la Durance entre Queyrières et Guillestre
(Htes-Alpes) {Bull. Soc. Géol. France, 6e s., t. 3, p. 123, 1963).
la I
212 J. DEBELMAS.
prolongent, identiques à eux-mêmes, du S au N, dans la direction
générale de la chaîne, sur une longueur suffisante pour qu'il soit
justifié d'y voir la trace d'anciennes unités paléogéographiques où
les conditions de sédimentation ont été différentes, au moins à
certaines époques.
Dp l»l Couverture Cmlollin du se"dinitn- Ptlvoux
taire normale de ce CrisMlin. l l Hesozoîoue sub-
briançonntis Fysns lbb «/ br/artf. ( base du Ftujcfi de /'fmÍHi/ié, f/ysch de/'fmirune/J Noppedeflocht-
Chorn/tre Nappe de Champte/la Couverture sSdimtn- faire nor m a /e du tovilltratctat brfanf . HouHItratia/ brianponnais Ě2Í ùi a/ ration des A/quittons
Illustration non autorisée à la diffusion Nappe & fiei/i*. Haute Dtgltafioo Mara mise ^^ Grand-Serre
ř. Fa itle de ta Durance aille de Serrt-rVarâlrt
Surélévation d'axe
*ms
de/aValMté\ . F*nttre\
Fig. A. — Schéma tectonique des montagnes entre Vallouise et Guillestre
€• (Figure série, extraite t. 3, p. 124). du Bulletin de la Société géologique de France,
D'autre part, en quelques rares points moins tourmentés, où
les dislocations de détails ne masquent plus la superposition des
grandes unités, on voit que chacune de ces séries stratigraphiques
appartient à une nappe bien distincte. Il y a donc correspondance
entre unités tectoniques et séries stratigraphiques, ainsi que
l'avaient déjà remarqué D. Schneegans dans l'Ubaye et R. Barbier
en Maurienne. MONTAGNES ENTRE VALLOUISE ET GUILLESTRE. 213 LES
Ces deux nappes ont une série à peu près identique jusqu'aux
calcaires triasiques. Le Lias manque également partout, ou bien est
représenté en partie par des brèches continentales qui ravinent les
calcaires triasiques 2. A partir du Dogger, la nappe de Champcella
montre une série à peu près complète, témoignant d'une sédimentat
ion vaseuse et calme, probablement sous une assez grande profon
deur à partir du Malm. La nappe de Roche-Charnière, au contraire,
voit se développer des faciès de cordillère, avec en général des
marbres en plaquettes ravinant les calcaires triasiques (Roche-
Charnière, Col de Tramouillon) . Vers sa limite orientale au con-
traite ( Côte de Corbières), les étages manquants réapparaissent avec
des faciès qui assurent le passage entre cette série de Roche-Charn
ière et celle de Champcella 3.
Ainsi, le Massif de Gaulent se montre formé de la superposition
de deux nappes :
a) La nappe inférieure ou de Roche-Charnière forme le sommet
de ce nom, à l'extrême gauche du panorama, puis les parties
hautes du massif de la Tête de Gaulent (à l'exception de la crête
sommitale) où elle se replie et s'écaille de façon complexe.
Au delà de la vallée de la Biaysse, elle constitue le substratum
de la Crête Aiguille-Roc Touard. Mais elle y est à peu près partout
masquée par les éboulis. Les seules coupes apparaissent à la Côte
de Corbières (sous le Roc Touard) et presqu'en bordure de la
Durance, au lieudit Peyre-Tailla. Sur ía rive gauche, les calcaires
triasiques de cette nappe donnent les affleurements chaotiques des
Eyssuches et disparaissent bientôt vers le N, par laminage, si bien
que le Hpuiller de base de la nappe suivante reposera, à peu près
partout, sur le Sub-briançonnais de l'Argentière (voir panorama 4).
b) Cette nappe supérieure, dite de Champcella, forme vers le
S les premières pentes de la rive droite où elle est le plus souvent
recouverte de forêts. Elle y montre une structure écaillée extrême
ment complexe (voir panorama 3). Son Houiller de base a été
autrefois exploité à Chanteloube.
2 J. Debelmas, Les brèches du Trias supérieur dans le Massif de Gaulent,
au S de Briançon, près de l'Argentière (H.-A.) {Trav. Lab. Géol. Fac. des Se.
de l'Univ. de Grenoble, t. XXX, 1953).
3 J'ai pu retrouver presque tous les témoins nécessaires à la reconstitution des
anciens fonds marins, reconstitution qui se fait en remettant, par la pensée,
les nappes bout à bout; on arrive ainsi à d'intéressantes conclusions : mesure
de la largeur des anciennes unités géographiques (par ex. le sillon de Champc
ella avait une quinzaine de kilomètres de large), position des lignes de rupture
primitives de ce manteau sédimentaire, à savoir les flancs des cordillères, ce
qui correspond bien à l'idée que l'on se fait de ces anciennes entités, etc.. J. DEBELMAS. 214
Puis ces calcaires triasiques dessinent une banquette repliée
en un synclinal dont le remplissage est fait de Dogger, de Malm,
de marbres en plaquettes et de Flysch noir (synclinal de Champ-
cella). Cette gouttière tourne ensuite légèrement vers le NW en
dessinant vers Palon un léger ensellement bien visible sur les
panoramas 1 et 3; ces structures doivent avoir déterminé le cours
de la Biaysse entre Freissinières et Palon. En aval de ce dernier
hameau, la Biaysse entaille le rebord de la gouttière en une gorge
de raccordement classique. Cette brusque dénivellation a été utilisée
pour une petite chute qui alimente l'usine hydroélectrique de Rame.
Le synclinal de Champcella vient buter par une grande faille
verticale (faille de Serre-Piarâtre) contre les duplicatures de la
nappe de Roche-Charnière, surélevées de ce fait et finissant ainsi,
par dominer paradoxalement le synclinal de Champcella qui leur est
pourtant tectoniquement supérieur. De fait, une klippe de cette
nappe de Champcella constitue l'arête sommitale Tête de Gaulent-
Pic de l'Aguilas.
Au delà de la vallée de la Biaysse, la nappe de Ghampcella,
surtout représentée par ses calcaires triasiques 4, culmine à l'Ai
guille et au Roc Touard, puis au fond du panorama, près de
l'Argentière, dessine dans le Signal des Têtes un anticlinal couché
vers l'W (dont il ne resterait que le flanc inverse5).
c) En amont de l'Usine de Rame, sous le Houiller'de base de la
nappe de Roche-Charnière, apparaît un pointement de marbres en
plaquettes sub-briançonnais. C'est là une minuscule fenêtre, ana
logue pourtant à celle beaucoup plus importante de l'Argentière,
plus au N.
d) Sur la rive gauche de la Durance, à droite du panorama, on
aperçoit le rebord d'une falaise de calcaires triasiques qui prolon
gent sans difficulté ceux du Roc Touard. Il s'agit toujours de la
nappe de Champcella, comme le montrent d'ailleurs les faciès du
Dogger et du Malm qui leur sont superposés.
Le cours de la Durance peut avoir été déterminé, à ce niveau,
par une inflexion synblinale de ces calcaires triasiques, inflexion
dont, plus au S, le flanc W se briserait (« faille de la Durance »,
sur laquelle nous reviendrons).
* II y a donc eu momentanément perte du matériel siliceux basai (Houiller,
Permien, Quartzites triasiques).
6 Cette disposition explique la structure de la partie méridionale du Massif
de Montbrison : sur son bord E, on retrouve des éléments de ce flanc inverse,
mais partout le flanc normal s'en est séparé et a continué sa progression en
avant, en se replissant de façon complexe (Tête d'Amont). MONTAGNES ENTRE VALLOUISE ET GUILLESTRE. 215 LES
e) A l'extrême gauche du panorama apparaît la nappe de Peyre-
Haute, avec ses klippes, que nous décrirons dans un autre pano
rama.
2. Panorama de la rive gauche de la Durance, entre l'Argentière
fct la Roche-de-Rame. (Vue prise de la route de la Roche-de-Rame
à l'Argentière par la rive droite de la Durance.) PI. II, fig. 2.
1° A l'extrême gauche du panorama, nous retrouvons la falaise
de calcaires triasiques (Grande Barre) qui prolongent, sur cette
rive de la Durance, ceux du Roc Touard (rive droite). Ils appar
tiennent donc à la nappe de Champcella. Ces calcaires forment le
rebord W d'un synclinal auquel M. Gignoux et L. Moret ont donné
le nom de synclinal du Puy. Le remplissage de ce synclinal est fait
de Dogger (la Balme, Pas du Loup, l'Eyrette), de Malm-Néocomien
(Torrent de- l'Ascension), ces étages avec le faciès caractéristique
de la nappe de Champcella, et enfin de marbres en plaquettes (crête
du Ban des Aiguillons, Bois du Puy).
Le flanc oriental du synclinal est visible sur ce panorama sur
la rive droite du haut torrent de l'Ascension sous la forme de cal
caires triasiques très redressés. Ces calcaires sont chevauchés sur
leur tranche par un anticlinal couché, celui du Puy des Aiguillons,
dont le front montre de magnifiques charnières. Le Malm et le Dog
ger y ont des faciès qui font le passage entre la sédimentation
calme et vaseuse du sillon de Champcella et une de
cordillère.
Vers le Nord, cet anticlinal disparaît progressivement par él
évation d'axe. Vers le Sud, ce panorama montre un abaissement
axial très net de tous les éléments du synclinal du Puy. Les cal
caires triasiques de la Grande Barre, par exemple, disparaissent
sous les alluvions de la Durance, peu au delà du cône de déjection
du torrent de l'Ascension, si bien qu'au niveau de la Roche-de-
Rame, on ne trouve plus que les termes supérieurs de ce rempliss
age, c'est-à-dire les marbres en plaquettes et le Flysch noir. (Pour
l'interprétation du Serre des Audéals et du rocher de l'hôtel Abeil
(« Roche » de Rame), voir plus loin.)
Quant à l'anticlinal des Aiguillons, il est jalonné vers le S par
une bande d'écaillés à valeur anticlinale, que l'on suit facilement
jusqu'au torrent de Bouchouze.
2° A partir de là, cette bande d'écaillés est chevauchée sur sa
tranche par une nouvelle unité dont l'ossature est faite des calcaires
triasiques de l'Oumbras, calcaires qui, plus au N, se relèvent assez
vite pour venir culminer au Peyron et au Pic du Bonhomme. Plus
lb 216 J. DEBELMAS.
au N encore, et en dehors des limites de ce panorama, cette unité
viendrait former le Pic de Peyre-Haute (Pierre Eyrautz du 1 /80.000e,
Peyre-Eyraute du 1/50. 000e), d'où le nom de nappe de Peyre-Haute
que je lui ai donné.
A la différence des nappes de Champcella et de Roche-Charnière
qui ont en général conservé leur matériel siliceux basai (Houiller
à quartzites triasiques), cette nappe de Peyre-Haute Га perdu et a
glissé partout sur les cargneules de base de ses calcaires triasiques.
Sa série stratigraphique, de nouveau lacunaire, montre les faciès
d'une nouvelle cordillère à laquelle j'ai donné le nom de cordillère
de St-Crépin, parce qu'une coupe typique de cette série peut s'ob
server dans la classique carrière de cette localité.
Cette nappe de Peyre-Haute vient également chevaucher les
marbres en plaquettes et le Flysch noir de la Roche-de-Rame.
Cette superposition peut être prouvée par l'existence de petites
h lippes de calcaires triasiques parfois associés à un peu de Malm,
à faciès Peyre Haute, klippes qui sont posées sur le Flysch noir,
près de Champcella (Coulin-le Barthéou); inversement, par des
fenêtres ouvertes par l'érosion dans les calcaires triasiques de la
nappe de Peyre-Haute, et qui laissent voir Flysch et marbres en
plaquettes de la nappe de Champcella (fenêtre du torrent de
Prareboul 6, du torrent de la Valette 7, enfin fenêtre du Guil, série
inférieure).
Ainsi, à la différence des conceptions antérieures 8, ce n'est
pas la nappe de Champcella qui forme la nappe supérieure du
Guil, "mais une nouvelle unité, plus interne. Quant à la nappe de
Champcella, elle ne dépasse pas, à l'affleurement, la latitude de la
Roche-de-Rame.
Signalons enfin, pour compléter l'interprétation du panorama,
que sur la rive droite du torrent de Bouchouze apparaissent \es
crêtes du Serre de la Cavale, qui appartiennent à une unité supé
rieure à la nappe de Peyre-Haute, la digitation Maravoise-Grand
Serre.
Pour terminer, je signalerai deux faits importants :
a) On peut noter l'atllure chaotique, craquelée de la grande
banquette de calcaires triasiques de l'Oumbras. A mon avis, il ne
s'agit pas de la seule action de l'érosion, mais d'une disposition
originelle liée à l'étalement de la partie frontale masse plas
tique en écoulement. Ces innombrables craquelures rappellent celles
e Découverte par Gh. Pussenot en 1930, et revue par F. Blanchet en 1938.
7 Etudiée par M. Roques en 1936.
8 M. Gignoux et L. Moret, Description géologique du bassin supérieur de
la Durance (Trav. Lab. Géol. Fac. des Se. de l'Univ. de Grenoble, t. XXI, 1938). LES MONTAGNES ENTRE VALLOUISE ET GUILLESTRE. 217
d'une coulée de boue ou d'un glacier. On aurait là l'une des plus
belles visions possibles d'un front de nappe.
b) L'abaissement axial de l'édifice des nappes sur la rive gau
che de la Durance, qui amène la nappe de Peyre-Haute jusqu'alors
cantonnée dans les parties hautes du massif, à s'abaisser jusqu'à
la Durance, abaissement qui amène par suite la disparition sous
cette nappe de celle de Champcella, se manifeste aussi sur la rive
droite, entre le Roc Touard et Palon, mais ne se poursuit pas.
Ainsi, très vite, toutes les unités de cette rive droite se trouvent
littéralement suspendues au-dessus de celles de la rive gauche.
Dès lors se dégage la notion d'une grande ligne de dislocation que
j'ai appelée, pour simplifier, la «faille de la Durance », le long de
laquelle tout l'édifice de la rive droite s'est trouvé surélevé par
rapport à celui de la rive gauche. Ce style évoque une participation
du socle cristallin : le soulèvement de la rive droite pourrait être
celui d'une grosse écaille parautochtone de ce cristallin, écaille
analogue à celles que P. Gidon a relevées sur toute cette bordure
orientale du Pelvoux et qui sont une des manifestations de la surrec-
tion tardive de ce môle.
Dans le détail, cette « faille de la Durance » est certainement
un véritable escalier de petites failles. L'une d'entre elles, distincte
du faisceau principal, est celle de Serre-Piarâtre (voir panorama 1).
Naturellement cet escalier de failles se traduit par de petits
compartiments isolés tectoniquement, formant en quelque sorte les
marches de l'escalier. Ainsi s'expliquent le Serre des Audéals et les
rochers qui se trouvent au milieu du village de la Roche-de-Rame
(d'où ce nom), près de l'hôtel Abeil, ainsi qu'entre le lac et la
Durance.
De fait, ces petits compartiments isolés se montrent associés à
du gypse qui a giclé comme toujours par les surfaces de dislocation.
On a autrefois, en effet, exploité du gypse dans une petite car
rière située à l'extrémité S du Serre des Audéals — et de plus, le
lac de la Roche-de-Rame est très probablement un entonnoir d'e
ffondrement dans ces gypses, entonnoir peu à peu colmaté par de
l'argile déposée par les eaux de ruissellement.
3. Panorama de la partie N du bassin de Montdauphin. (Vue
prise des environs d'Eygliers, près de Montdauphin.) PI. II, fig. 3.
Nous trouvons juxtaposés les édifices de nappes décrits dans
les deux panoramas précédents.
Deux styles s'affrontent :
— Sur la rive gauche, le style est celui de vastes plans peu gauc
his, dont la mise en place s'est faite par une série de petits glisse- 218 J. DEBELMAS.
ínents « différentiels », c'est-à-dire comparables à ceux de cartes
à jouer dont on fait glisser un paquet sur un plan incliné.
— Sur la rive droite, au contraire, les actions tectoniques liées
au soulèvement du Pelvoux ont découpé les unités briançonnaises
en multiples écailles effroyablement laminées (région de Réotier)
ou provoqué des replissements sur place (massif de Gaulent et de
Hoche-Charnière), enfin ont déclenché le soulèvement général de
cet édifice le long d'une zone de fracture que l'on peut suivre depuis
la Roche-de-Rame jusqu'à Réotier et Plan de Phasy, et qui joue
peut-être encore, car on est là à l'épicentre de séismes relativement
fréquents.
C'est par elle qu'est monté, comme à la Roche-de-Rame, le
gypse si abondant de ces deux localités. Il y a mieux : c'est par elle
qu'ont pu arriver à jour des éléments non plus seulement briançon-
nais, ni même sub-briançonnais, mais franchement autochtones :
1° le granite du Plan de Phasy par exemple, dont P. Termier
a montré l'analogie avec celui du Pelvoux. D'ailleurs, le Permien qui
lui est associé ne montre pas le faciès Verrucano, mais il est au
contraire représenté par des grès et des argilolites qui évoquent
beaucoup plus le « grès d'AHevard ■» des massifs cristallins externes.
2° les « terres noires » jurassiques des Terrasses de Réotier,
qui étaient impossibles à interpréter dans le cadre des séries brian
çonnaises voisines. Nous aurions donc là une véritable fenêtre tecto-
nisée faisant réapparaître les terres noires du bassin d'Embrun,
sous des jéléments briançonnais.
Nous ne sommes d'ailleurs qu'à 6 kilomètres à vol d'oiseau du
point où se fait la disparition de ces terres noires d'Embrun, sous
3e Flysch, en amont de Châteauroux. Et de plus, M. Gignoux et L.
Moret en ont signalé un affleurement dans une minuscule fenêtre
située dans la basse vallée du torrent de St-Clément (torrent de
Couleau).
D'autre part, le socle cristallin ne montre ici aucune couver
ture de Houiller9. Or, la série inférieure du Guil, série briançon-
naise montrant comme la nappe de Champcella dont elle est le
prolongement, son matériel siliceux basai, doit posséder son
Houiller, dont les fameuses -andésites représentent probablement la
partie supérieure. On peut donc en déduire que cette série inférieure
9 Celui figuré sur la carte au 1/80.000', d'après F. Blanchet, est en réalité
foçmé par des schistes noirs micacés, d'allure scoriacée, qui accompagnent
fréquemment les cargneules et qui sont donc triasiques. MONTAGNES ENTRE VALLOUISE ET GUILLESTRE. 219 LES
du Guil est bien une nappe, et n'est pas normalement en place sur
son substratum cristallin.
Quant au chevauchement des unités briançonnaises sur le
Flysch de l'Embrunais, signalons qu'il s'agit là d'un fait unique,
car c'est le seul point où un peu de ce Flysch. a pu se trouver coincé
entre le Pelvoux et les nappes briançonnaises. Partout ailleurs on
voit, au contraire, ces éléments briançonnais s'enfoncer normale
ment sous ce Flysch. Il y a donc ici un curieux phénomène de rat
trapage d'une nappe par une autre, inférieure et plus interne : en
effet, la nappe supérieure, à écoulement plus rapide, avait débordé
et dépassé la première, mais bientôt était stoppée par la
surrection des massifs cristallins externes. Le « signal d'arrêt »
n'ayant pas été transmis immédiatement aux unités plus internes
encore en mouvement, en raison de l'inertie de ces masses, il y a
eu chevauchement de la « queue » du Flysch de l'Embrunais par
les nappes briançonnaises.
4. Panorama de l'extrémité N de la fenêtre de l'Argentière et la
Vallouise. (Vue prise près de la Chapelle Ste-Marguerite, sur la rive
gauche de la Durance, au N de la Bessée.) PI. II, fig. 4.
Le 3e panorama nous présentait les rapports des deux rives de la
Durance au S. Il est normal d'en examiner maintenant un qui les
raccorde au N.
1° Celui-ci aura d'abord l'intérêt de nous montrer cette fameuse
« fenêtre de l'Argentière » qui fut l'objet de tant de discussions.
M. Gignoux, L. Moret et D. Schneegans furent frappés les pre
miers de la ressemblance entre certains des termes de cette série
de l'Argentière (Malm-Néocomien) et les termes correspondant des
séries typiquement sub-briançonnaises, comme par exemple celle de
Piolit. Mais l'âge de certaines formations restait énigmatique : en
particulier celui des fameuses brèches du Serre de La Bâtie et des
conduites forcées de l'usine de l'Argentière. Pour d'autres format
ions, c'était la position tectonique ou, si l'on veut, le rattachement
à telle ou telle unité qui était incertain (par exemple les
marbres en plaquettes des Vigneaux et de Villard-Meyer) ; enfin la
disposition générale des terrains affleurant dans cette fenêtre restait
à préciser.
J'ai pu montrer que les fameuses brèches représentaient des
écroulements sous-marins au flanc d'une cordillère sub-briançon-
naise et qu'ils s'étaient produits au cours du Néocomien supérieur
ou du Crétacé moyen. Les marbres en plaquettes des Vigneaux et de