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La Nutrition des Coraux Durs Hermatypiques

De
99 pages
LaNutritiondesCorauxDursHermatypiques Version1.0 PhilippeSANGUINEDE er1 février2014 ©Ph. Sanguinède Préface Les années ont passé depuis les premières discussions sous la varangue, et même si le tableau a commencé à changer, la cause de erreurs est restée la même : la méconnais- sance des processus biologiques, de la nature des besoins nutritionnels des coraux durs symbiotiquesetlamanièredontilslessatisfont. L’ignorance de la nécessité pour ces animaux à recevoir de la nourriture telle que nous la comprenons, si communément rencontrée il y a quelques années, resurgit parfois encore sous certains avatars dans les propos des amateurs. Toutefois, la motivation à montrer cette nécessité est aujourd’hui moindre car elle est de plus en plus acquise par les récifalistes. En revanche, l’ignorance de tout ce qui concerne la nutrition et la satisfaction des besoins vitaux chez les coraux symbiotiques conduit les amateurs à se perdre dans les rayonnages et à succomber à des produits couteux censés être plus performantslesunsquelesautres. Au regard de mes premières lectures, j’ai trouvé dommage que le lien entre le fruit des recherches menées par les scientifiques et nous n’existe pas car elles représentent une valeur inestimable d’informations, même si elles ne font qu’effleurer encore la com- plexité du monde des coraux et que ces connaissances nous soient totalement fermées.
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LaNutritiondesCorauxDursHermatypiques
Version1.0
PhilippeSANGUINEDE
er1 février2014
©Ph. SanguinèdePréface
Les années ont passé depuis les premières discussions sous la varangue, et même si le
tableau a commencé à changer, la cause de erreurs est restée la même : la méconnais-
sance des processus biologiques, de la nature des besoins nutritionnels des coraux durs
symbiotiquesetlamanièredontilslessatisfont.
L’ignorance de la nécessité pour ces animaux à recevoir de la nourriture telle que nous
la comprenons, si communément rencontrée il y a quelques années, resurgit parfois
encore sous certains avatars dans les propos des amateurs. Toutefois, la motivation à
montrer cette nécessité est aujourd’hui moindre car elle est de plus en plus acquise
par les récifalistes. En revanche, l’ignorance de tout ce qui concerne la nutrition et la
satisfaction des besoins vitaux chez les coraux symbiotiques conduit les amateurs à
se perdre dans les rayonnages et à succomber à des produits couteux censés être plus
performantslesunsquelesautres.
Au regard de mes premières lectures, j’ai trouvé dommage que le lien entre le fruit des
recherches menées par les scientifiques et nous n’existe pas car elles représentent une
valeur inestimable d’informations, même si elles ne font qu’effleurer encore la com-
plexité du monde des coraux et que ces connaissances nous soient totalement fermées.
L’examen de la situation actuelle prouve que cette absence est même devenue domma-
geable.Dommageablepourlesanimaux,carnouspouvonsparfoisnepaslesmaintenir
en bonne santé, voire les perdre, alors que nous nous cherchons à nous engager de
plus en plus dans la voie de la responsabilité envers les animaux et les espèces en tant
qu’amateursetéleveursamateursparcequenil’approvisionnementnilefuturdespopu-
lations sauvages en milieu naturel ne donnent des raisons d’être optimistes. Mais aussi
dommageable pour nous! Parce que toutes ces années passées à diriger le site m’ont
conforté dans la perception du paradoxe suivant : les amateurs sont prêts à faire des
i
©Ph. Sanguinèdeii
économies sur le matériel, mais aussi prêts à dépenser des fortunes dans des produits
couteuxquinedisentpasleurnom.Siilsconnaissaientlesbasesdebiologiedescoraux,
ils comprendraient que l’important est d’investir dans un équipement technique perfor-
mant et que la satisfaction naturelle et optimale des besoins passe par une alimentation
nécessairemaisàlafoissimpleetpeuonéreuse.Etquepeutêtreaussidesméthodesou
des appareils visant à reproduire ces choses simples restent à inventer pour le commun
desamateurs.
Je suis conscient que ce travail n’est que partiel à beaucoup de niveaux. La méthodo-
logie que j’ai choisie a été de partir d’articles scientifiques, de relever et d’essayer de
comprendreleschosesécritesetévoquéesdefaçonàmebâtirunecompréhensiondela
biologie des coraux durs symbiotiques, alors que ma formation n’est pas scientifique.
Lespresquequatreannéesqu’aprisl’écrituresontaussiunhandicapdanslamesureoù
lesconnaissancesontévoluésurcertainssujets,demêmequeletempspasséaussiàme
consacreràmespassions,ausite,autravailsurdesquestionsd’actualité,etàlavietout
simplement,faitquej’aipristoutesleschancesdepasseràcôtédechosesimportantes.
Ainsiqued’autreschoses.Cesontdescritiquesquejemefaisdéjàetquejemeprépare
àrecevoir.Maisletempspasséaaussipermisdemurirlacompréhension.
Toutefois, malgré toutes ses inexactitudes et pauvretés, la conscience de ce monde in-
connu lors de mes premières lectures, des lacunes récurrentes dans les écrits de beau-
coup de personnes me poussent à voir une certaine valeur dans le travail fait. J’entends
qu’ilconstituelapremièresériedesconnaissancesdebasequiéviterontdeprendredes
vessiespourdeslanternesauxamateursetlespousserontàseposerdebonnesquestions
pourarriveràdebonnessolutions.
J’ai voulu aussi faire découvrir le monde des scientifiques et ai adopté le parti qui peut
faire peur de prime abord de nommer les équipes et les années de publication, de ma-
nière à ce que, si une question soulève l’intérêt, le lecteur dispose de ces informations
dans sa quête. Un premier pas vers le monde de la Recherche que nous ne faisons que
rarement.Etpourtantjesalueavecuntrèsgrandenthousiasmelespremierspasquisont
faitdecollaborationentrelesscientifiquesetlesamateursunpeupartout.
Alors,mêmesil’intérêtdemapremièrelectureestdevenu,àunmoment,réactionnaire
par rapport à notre pratique (et vous l’avez bien senti dans la première partie de cette
préface), je souhaite vous transmettre le plaisir, même si il est parfois ardu, de décou-
vrir, de comprendre et de comprendre autrement. De vous donner encore plus envie
d’apprendre le vivant. D’approcher la recherche que font les scientifiques jour après
jour. De vous faire partager l’approche que j’en ai eue. La déstabilisation que c’est de
savoirquel’onnecomprendpasetdecomprendreenrevenantdessusànouveauaprès,
etdesavoirquelacertituded’aujourd’huiserapeutêtrel’erreurdedemain.
Le don fatidique de ce premier article a été un merveilleux cadeau. L’occasion de ren-
©Ph. Sanguinèdeiii
contres à la valeur inestimable. L’émerveillement et le respect de plus en plus grands
en face du miracle de la Vie. Ce cadeau, j’ai souhaité vous le transmettre dès le départ,
avant qu’il ne prenne sa forme d’aujourd’hui. Je vous souhaite plein de découvertes,
plein de désirs d’en savoir plus, plein d’idées pour notre futur et un engagement tou-
joursplusgrandàprotégerlemondemarindontnousavonstousunminusculemorceau
cheznous.
Bonnelecture.
L’intégralité de cette parution, textes et illustrations, est protégée par le Code de la
Propriété Intellectuelle art. L111-1, L112-2, L111-3, L111-4, L111-5, L335-2, L335-3
etL335-4.Toutcontrevenants’exposeauxsanctionsprévuesparlaLoi.
©Ph. SanguinèdeRemerciements
AChristineFerrier-Pagès.
Nousavionsditquenousferionscetravailensemble,tesvraiesétudesetmétiers’ysont
opposé. Par nos discussions, tes encouragements et tes envois, ce travail est en partie
aussiletien.Atoi,Degun.
Vousavezétélesdeuxpersonnesauprèsdequijemesuissentiobligédemeneràterme
cetravailalorsque,parfois,nil’envieniletempsn’étaientaurendez-vous.
A PY quile premier m’a ouvertce monde en medonnant l’article de ChristineFerrier-
Pagès.Dèslapremièrepage,j’étaisirrémédiablementcondamné.
Puis à ceux qui l’ont enrichi d’autres articles : Olivier, Jean Michel, Jean Luc. Grâce à
voustous,«jesaisqu’onnesaitjamais»assez.
Rétrospectivement,jeplainstouteslesvictimesdemeslecturesetre-lectures:Nicolas,
Simon,Yannick,AntoineetFrédéric,vosremarquesetjugementsm’ontaussibeaucoup
aidé.Avoirétélittéraireetécriresimplementdesfaitsscientifiquesnevontpasvraiment
ensemble.
Auxinconnusquim’ontdonnél’autorisationd’utiliserleursphotos.
Aux scientifiques qui passent leurs années à comprendre les merveilles du vivant et à
restituerettransmettrecesavoirauxétudiantsetaupublic.
Et à qui toutes ces heures passées ont privé de ma présence. En fait, ce sont plutôt des
excuses...
Atous,sincèrement,ungrandmerci.
iv
©Ph. SanguinèdeTabledesmatières
1 Morphologie 3
1.1 LeSquelette................................... 3
1.2 LePolype .................................... 7
2 Symbiose 11
2.1 UneHistoiredelaSymbiose ......................... 12
2.2 LesFacteursNécessairesàlaSymbiose ................... 28
2.2.1 SeChoisirunMilieuAdapté..................... 28
2.2.2 AdaptersonOrganismepourPouvoirEchanger.......... 28
2.3 LaSymbioseAlgalePhotosynthétique.. 31
2.3.1 Leszooxanthelles ........................... 31
2.3.2 CommentCapterlaLumière?.................... 33
2.3.3 QuellesLumièresCapter? ...................... 34
2.3.4 LeProcessusPhotosynthétique ................... 36
2.4 LesProduitsdelaPhotosynthèse....................... 37
2.4.1 DesProduitsDangereux,EnexcèsetInutiles ........... 37
2.4.2 LeMucusetSonRôlesurleRécif ................. 38
2.4.3 LesApportsBénéfiquesInsuffisants ................ 39
2.5 LesDysfonctionnements............................ 39
2.5.1 LaRupturedelaSymbiose...................... 39
2.5.2 LeBlanchissement .......................... 40
3 NourritureExogène 42
3.1 LesSubstancesDissoutes ........................... 43
3.1.1 LesSubstancesInorganiques..................... 43
v
©Ph. Sanguinèdevi
3.1.2 LesSubstanceOrganiques ...................... 46
3.2 LeZooplancton................................. 49
3.2.1 LesAnimauxZooplanctoniques................... 49
3.2.2 DéplacementsetDisponibilités ................... 50
3.2.3 VariationsSaisonnières........................ 50
3.2.4 LaPrédation .............................. 51
3.2.5 LienentreChasseetLuminosité.. 53
3.2.6 Digestion,SatiétéetChasse ..................... 53
3.2.7 QuantificationsetNaturedesGains................. 55
3.2.8 LesBactéries:ProiesouSymbiotes?................ 57
3.3 LesParticules.................................. 57
3.3.1 LesRécifsFrangeantsdansleMonde ............... 58
3.3.2 TurbiditéetLumière ......................... 58
3.3.3 LesDifférentsRégimes ....................... 58
3.3.4 LaPartieNutritionnelle........................ 59
3.3.5 TechniquesdeCapture.. 59
3.3.6 LesAssimilationsSpécifiques .................... 60
3.3.7 ExemplesdeQuantificationsdesApportsdesParticulesFines.. 62
3.3.8 UtilisationdesApports.. 63
4 ApportsNourritureExogène 65
4.1 LesEffetsSurlesTissus............................ 65
4.2 LesEffetssurleSquelette .......................... 66
4.2.1 FormationduSquelette........................ 66
4.2.2 LaCalcificationetsesRythmes ................... 67
4.2.3 RythmesdeCalcificationetEclairement .............. 68
4.2.4 LesInterférencesàlaCalcification ................. 68
5 ProcessusMultifactoriels 72
5.1 Corail,AlgueetNourriture. 72
5.1.1 NourrirunCorail,c’estnourrirsesAlgues............. 72
5.1.2 LaNourritureAméliorelaPhotosynthèse... 73
5.2 Irradiance,Courant,Photosynthèse,NourritureetCroissances ...... 74
5.2.1 EffetsdesVariationsdel’IrradianceetduCourant ........ 75
5.2.2 Courant,IrradianceetPhotosynthèse ................ 76
5.2.3 FaisceauxCroisésd’Explications .................. 76
6 LaplasticitéAlimentaire 79
6.1 LaPlasticitéAlimentaire............................ 79
6.2 DesPlasticitésAlimentairesSpécifiquesLocales.............. 80
6.3 ExemplesdeRéactionsPlastiques ...................... 81
©Ph. Sanguinèdevii
7 UnRécif,unCorail 84
©Ph. SanguinèdeIntroduction
La vie est un état d’équilibre instable de la matière et aucun être vivant n’est auto-
suffisantenmatièred’énergie:ildoitcomptersurl’extérieurpourobtenircequiluifaut
pourassurersavieetlasurviedesonespèce.
Lamanièredontunorganismevivantsatisfaitsesbesoinsalimentairesestenparticulier
unedesfaçonsdeclasserlesêtresvivants.Pourlescoraux,ilexisted’autresdistinctions
possibles.Lecorailpeutprésenterunestructurecalcairecohérente,cequifaitdeluiun
corail«dur»ouscléractiniaire,ounepasprésenterdesélémentscalcairesjointifsmais
diffusdanslestissus,cequienfaituncorail«mou»ouoctocoralliaire.L’idéedecorail
est obligatoirement associée au récif, mais dans la réalité, le rôle vraiment joué dans la
construction du récif par l’animal est un autre moyen de le classifier : il y a les coraux
y participent : les coraux hermatypiques et ceux qui n’y participent pas : les
ahermatypiques.
L’aquariophilie marine a débuté il y a un peu plus d’un siècle, mais l’aquariophilie
récifale ne date que de quelques décennies chez les amateurs. Aujourd’hui, les coraux
durssymbiotiquesconstructeursderécif,ouscléractiniaireshermatypiques,commeles
Acropora, Stylophora, Acanthastrea, Euphyllia sont souvent les bijoux vivants chéris
des particuliers que ces derniers font croître et se multiplier à grands frais et efforts
intenses.Mais,commedesbijoux,seuleleurbeautéextérieureimporteetlabiologiede
cesanimauxestsoitundomainetotalementinconnusoitsurvoléetsourcedebeaucoup
d’idéesfausses.
Puisque ces espèces constituent au regard des valeurs actuelles les invertébrés les plus
prisés des bacs et que posséder des notions sur ces animaux est primordial pour en
assurer l’élevage dans un état de santé optimal, les aborder sous l’angle de ce qui les
1
©Ph. Sanguinède2
distingue de tous les autres coraux peut-il constituer une approche à leur biologie?
Cet élément distinctif est que vivent en symbiose un animal complexe et des végétaux
unicellulaires. Qui sont les partenaires de cette symbiose? Quels sont les termes de
cetteassociation?Commentchacunsubvient-iloriginellementàsesbesoinsetcomment
ces sources trophiques interagissent-elles dans le couple symbiotique, seul et dans une
première approche de situation multifactorielle comme peut l’être le milieu naturel?
Autant de questions permettant aussi de comprendre la complexité d’un récif et de cet
l’animalsymbiotique.
©Ph. Sanguinède