Les formes mineures du relief cantalien - article ; n°4 ; vol.30, pg 655-699

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Revue de géographie alpine - Année 1942 - Volume 30 - Numéro 4 - Pages 655-699
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Publié le 01 janvier 1942
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André Meynier
Les formes mineures du relief cantalien
In: Revue de géographie alpine. 1942, Tome 30 N°4. pp. 655-699.
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Meynier André. Les formes mineures du relief cantalien. In: Revue de géographie alpine. 1942, Tome 30 N°4. pp. 655-699.
doi : 10.3406/rga.1942.4360
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1942_num_30_4_4360LES FORMES MINEURES
DU RELIEF CANTALIEN
par André MEYNIER
Les lignes directrices du relief de la Haute Auvergne sont
aujourd'hui devenues classiques. On reconnaît aisément la
structure volcanique, la disposition rayonnante des grandes
vallées, la dissection, par l'érosion, des plus hauts sommets de
l'ancien volcan. Peut-être, toutefois, n'a-t-on pas encore étudié
tous les problèmes que posent sa structure et son relief : l'on
discute encore sur le nombre et l'emplacement des bouches
éruptives, sur le nombre des glaciations que subit le massif
cantalien. Il semble surtout que les mille formes de détail qui
donnent son individualité à cette montagne aient été à peine
entrevues : seuls les travaux de M. Marty sur la solifluction et
sur la déflation x, ceux de Mlle Boisse de Black sur les dépres
sions fermées ont abordé ce domaine 2. Persuadé qu'il n'est pas,
dans la nature, de détails négligeables, nous avons entrepris de
décrire, de recenser, et peut-être d'expliquer certaines particul
arités du relief.
1 Marty, La solifluction dans le Cantal (L'Union républicaine du
Cantal, 29 octobre 1931). — Marty et Boisse de Black, Sur certaines
formés de terrain du Cantal attribuées à la déflation (Revue de Géogra
phie annuelle, 1924).
2 Boisse de Black, Le bassin de Thiézac (Revue de Géographie annuelle, '<**,-
1923). ,
боб ANDRÉ MEYNIER.
I. — Les « fours » de Peyrarse et les reliefs de côte
en pays volcanique.
Du Puy Mary, le regard s'envole au loin vers les toits d'Au-
rillac, vers les Orgues de Bort et le Mont-Dore, parfois encore
plus loin, vers les Alpes et les Pyrénées-8. On en oublie un- peu
de regarder, au pied même du mont, la profonde vallée de la
Jordanne, et vers l'Est, la crête que l'on a suivie si l'on est
venu, à pied, du Lioran : crête irrégulière, coupée de descentes,
parfois de brèches, et que le Cantalien affuble du nom assez
inexplicable de « fours » de Peyrarse. Ces prétendus fours
(jalonnés sur la carte d'Etat-Major Aurillac N.E. par le signal
de Mandailles, 1679 m.) unissent le Puy Mary au Puy de Peyr
arse et séparent le cirque initial de la Jordanne Ы le «irque de
l'Impradine. Or, si cette crête retombe sur ses deux versants
par des pentes abruptes, presque verticales, son ртоШ trans
versal n'en est pas moins caractéristique : vers le Sud, c'est-à-
dire vers la Jordanne, l'abrupt commence dès la ligne de crête
(fig. 1). Au contraire vers le Nord, la pente, d'abord assez fai
ble, s'accélère légèrement ensuite, mais il faut descendre de
plusieurs dizaines de mètres avant que ne s'amorce l'abrupt
qui domine l'Impradine. Il y a donc une dissymétrie très nette.
A quoi l'attribuer ? L'hypothèse d'une force erosive plus consi- , •
dérable de la part de la Jordanne ne peut guère être retenue,
du moment que l'abrupt existe aussi du côté de l'Impradine.
Or, si," un jour d'automne ou de printemps, lorsqu'une neige
peu épaisse souligne les moindres ressauts, nous regardons du
Puy Mary vers l'Ouest/ l'explication saute aux yeux : tous les
s Martel (Bulletin des sections Causses et Lozère du C. A. F., 1887) a
pu distinguer simultanément ces deux montagnes un jour d'exception
nelle visibilité.
sp*. LES FORMES MINEURES DU RELIEF CANTALIEN. 657
sommets, de ce côté, présentent la même dis symétrie; Mes
crêtes n'y sont que l'intersection d'un versant en pente raide et
d'un versant en pente douce (flg. 2). Au flanc de chaque ravin,
de chaque piton, affleurent des bancs de roche dure qui plon
gent vers le Nord, et qui, dans les profils, créent de petites cor
niches. Ils sont séparés les uns des autres par de grands ver-
Fig. 1. — Les fours de Peyrarse vus .du Puy Mary.
sants de roche plus tendre, dessinant des talus inclinés. Nous
nous trouvons en présence d'une variété du relief due à l'incl
inaison des couches, quelque chose d'analogue aux côtes du
bassin de Paris, ou mieux, des crêts du Jura. En réfléchissant 4т»-
quelque peu, la chose apparaît si naturelle que l'on s'étonne de
ne l'avoir jamais vue signaler. Que faut-il, en effet, pour que
se forme un crêt ? Une inclinaison de strates, une alternance 658 ANDRÉ MEYNIER.
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de roches dures et tendres. Or ces deux conditions sont réunies
dans un massif volcanique de grande dimension, comme le
Cantal.
Inclinaison des strates. — Tout autour de la zone des che
minées les coulées de laves s'inclinent vers la périphérie : la
base du basalte des plateaux descend de 1401 (à Prat de Bouc)
à 1108 (à Laveissenet) sur 9 kilomètres, soit 3,3 %; la base de
l'andésite massive s'abaisse de 1580, au Chavaroche, à 1160, au
Sud de la Bastide-du-Fau, soit 9,7 % : ce sont là des pentes
intermédiaires entre celles des calcaires du bassin de Paris
(5 % dans les côtes de Meuse, 10 % dans les côtes de Mos
elle) et celles des plis du Jura (50 % et plus). Vers la périphér
ie du volcan, les pentes s'atténuent, tout en restant sensibles
(100 mètres en 12 km., soit 0,83 %).
Alternance de roches dures et tendres. — N'est-ce pas là un
caractère essentiel de tous les grands volcans ? Aux coulées de
basalte et d'andésite massive s'opposent les cinérites, et les
coulées boueuses, qui, en se refroidissant, donnent les brèches
et les conglomérats, friables et hétérogènes. Même à l'intérieur
d'une même roche, du basalte, par exemple, s'intercalent des
couches de cendres, de scories, de roches moins compactes.
Et, de fait, dès que l'on a remarqué cette dissymétrie, liée à
cette alternance de coulées hétérogènes, on voit surgir, de tous
côtés, les sommets à forme de crêt. Ce sont, tout autour du
Puy Mary, les corniches- d'andésite massive, qui dominent les
pentes moins accentuées de brèche andésitique : les fours de
Peyrarse s'expliquent aisément de la sorte, et de même la
Roche-Noire, les crêtes de Cabrespine, le Chavaroche (fig. 2),
l'Elancèze et le Courpou Sauvage, dont l'abrupt fait face au
Nord, car ils se trouvent au Sud des bouches principales du
volcan; le Peyrarse, avec ses pentes vertigineuses vers le Sud- J0**,
Ouest, et les longues croupes inclinées qu'il projette au Nord-
Est; plus loin, c'est la ceinture de pics qui marquent le début
de la coulée des basaltes, le Roc;des Ombres, le sommet du 660 ANDRÉ MEYNIER.
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Fig. 3. — Coupe de la vallée de la Jordanne du Chavaroche au Puy Griou.
Type de vallée monoclinale.
Fig. 4, — Coupe de la vallée de la Jordanne de Cabrespine
au Courpou Sauvage.
La disposition des couches rappelle celle des « combes » jurassiennes.
Fig. 5. — Coupe de la vallée de la Santoire vers Ségur.
Vallée monoclinale.
Limon. Et le Plomb du Cantal lui-même, avec sa forme si sou
vent décrite de bonnet phrygien, oppose sa pente raide vers la
Cère, et sa pente plus douce vers la Planèze. Enfin d'innom
brables sommets secondaires présentent la même dissymétrie,
**>•* •* л"*: 4*** LES FORMES MINEURES D.U RELIEF CANTALIEN. 661
la pente douce étant toujours tournée vers l'extérieur du
volcan.
Hâtons-nous de dire, cependant, que cette dissymétrie n'af
fecte pas tous les sommets : le Puy Mary, par exemple, laisse
voir dans sa structure diverses coulées inclinées vers le Nord;
il affecte pourtant une forme pyramidale, sans dissymétrie
marquée, car il fut façonné par les cirques glaciaires qui incur
vèrent sa face et dont la force était sensiblement égale sur les
quatre versants.
Mais la dissymétrie est assez répandue pour expliquer cer
tains faits, d'ordre humain ou d'ordre physique. Ces sommets,
qui vus sous un certain angle paraissent presque inaccessibles,
se raccordent, d'un autre 4côté, à des pentes douces et permett
ent l'arrivée du bétail jusqu'aux plus fortes altitudes. Les
bovins paissent sur le Plomb, sommet dissymétrique, alors que
seuls les moutons peuvent atteindre le Puy Mary, pourtant
moins haut, mais dont l'origine est différente.
Les vallées qui s'ouvrent au pied de ces crêts prennent des
formes particulières. Plusieurs cas peuvent se présenter :
1° La vallée est établie entre la pente abrupte d'un crêt et la
pente douce d'un autre relief. C'est alors l'équivalent d'une
vallée monoclinale, remarquable par sa dissymétrie (Jordanne
entre le Chavaroche et le Griou, fig. 3);
2° La vallée se creuse entre deux crêts, et elle a alors deux
versants raides (Jordanne entre les roches de Cabrespine et le
Courpou Sauvage). Elle évoque la « combe > jurassienne;
3° La vallée se dispose suivant le sens général de la pente
des couches, ici le rayon du volcan, et ne doit donc pas pré
senter de différence entre ses versants : ce cas est évidemment
le plus fréquent, et devrait même être le seul représenté, si le
Cantal répondait exactement au schéma conventionnel du
grand volcan, cratère au centre géométrique, rivières disposées
suivant les rayons du cercle. Mais ce schéma ne correspond
pas à la réalité pour deux raisons : Iff,
662 ANDRÉ MEYNIER.
a) Le lieu d'éruption n'est pas un point, mais une zone cir
culaire, à l'intérieur de laquelle jouèrent plusieurs bouches, à
des époques simultanées ou différentes. Ainsi, dans toute la
partie centrale, les rivières purent s'établir en partant d'un
centre topographique aujourd'hui disparu, qui pouvait, par
exemple, être le centre de l'éruption basaltique, mais non de
l'éruption andésitkjue. Ainsi s'expliquerait le cours subséquent
de la Jordanne et l'existence de vallées du type « combe » ;
b) Si la plupart des rivières gardent, jusqu'à la sortie du
volcan, une direction radiale, certaines d'entre elles abandon
nent parfois cette direction. Pour être plus rares, ces sections
de vallées non radiales ne doivent pas être négligées (Authre
de Jussac à Ytrac, Santoire de Collanges à Saint-Bonnet).
Fig. 6. — Vallée supérieure de la Santoire vue du col de Cabre.
Vallée glaciaire caractéristique, mais à berceau dissymétrique. Les coulées
volcaniques plongent vers la gauche.
Os, Presque toutes les grandes vallées du Cantal ont été façon
nées par les anciens glaciers qui leur ont donné un profil trans
versal en berceau. Que les deux versants de ces berceaux soient LES FORMES MINEURES DU RELIEF CANTALIEN. f>63
parfois dissymétriques, c'est ce que l'on constatera aisément en
regardant la Santoire du haut du col de Cabre (fig. 6).
Des deux versants, on sait que le plus raide doit évoluer le
plus vite et reculer rapidement. Ceci nous donne l'explication
d'un fait que nous avions précédemment décrit, en n'en don
nant qu'une justification partielle. Nous écrivions en effet,
Fig. 7. — Répartition des formes de hauteurs dissymétriques.
1. Fours de Peyrarse. — 2. Roches de Cabrespine.