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Les plans d'eau récréatifs en moyenne montagne : l'exemple de Rhône-Alpes / Recreational lakes in mid-altitude mountainous regions : the Rhône-Alpes example - article ; n°4 ; vol.63, pg 212-225

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Revue de géographie de Lyon - Année 1988 - Volume 63 - Numéro 4 - Pages 212-225
Les moyennes montagnes occupent une large place dans la région Rhône-Alpes. Leurs populations y rencontrent des problèmes sociaux et économiques que les équipements de loisirs et de tourisme peuvent contribuer à résoudre. On s'interroge dans cet article sur la nature et la distribution des plans d'eau récréatifs ainsi que sur leurs différents impacts. L'étude de quatre de ces plans d'eau a permis de préciser leur diversité et d'étudier les enjeux qu'ils représentent pour la société et l'économie locale. Certains remplissent essentiellement une fonction touristique, d'autres s'orientent davantage vers les loisirs de proximité. Dans tous les cas, les plus intéressants sont ceux dont la réalisation n'a pas entraîné un trop fort endettement.
The medium-sized mountain are as take up a great deal of territory within Rhône-Alpes region. Here, the population is faced with serious economic and social problems ; recreation and tourism facilities can contribute to solve at least some of them. This paper deals with the nature and the spatial distribution of lakes for leisure activities in this area and with their different impacts. The survey for four lakes allowed to specify their diversity and to study the stakes that they represent for the population and the local economy. Some of them have mainly a touristic function, others are mostly leisure-oriented for the locals. In any cases, the most interesting ones for the local collectivities are those the municipalities did not get too much into debt for their development.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1988
Nombre de lectures 71
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Robert Bergeron
Marie-Andrée Buisson
Les plans d'eau récréatifs en moyenne montagne : l'exemple de
Rhône-Alpes / Recreational lakes in mid-altitude mountainous
regions : the Rhône-Alpes example
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 63 n°4, 1988. pp. 212-225.
Résumé
Les moyennes montagnes occupent une large place dans la région Rhône-Alpes. Leurs populations y rencontrent des problèmes
sociaux et économiques que les équipements de loisirs et de tourisme peuvent contribuer à résoudre. On s'interroge dans cet
article sur la nature et la distribution des plans d'eau récréatifs ainsi que sur leurs différents impacts. L'étude de quatre de ces
plans d'eau a permis de préciser leur diversité et d'étudier les enjeux qu'ils représentent pour la société et l'économie locale.
Certains remplissent essentiellement une fonction touristique, d'autres s'orientent davantage vers les loisirs de proximité. Dans
tous les cas, les plus intéressants sont ceux dont la réalisation n'a pas entraîné un trop fort endettement.
Abstract
The medium-sized mountain are as take up a great deal of territory within Rhône-Alpes region. Here, the population is faced with
serious economic and social problems ; recreation and tourism facilities can contribute to solve at least some of them. This paper
deals with the nature and the spatial distribution of lakes for leisure activities in this area and with their different impacts. The
survey for four lakes allowed to specify their diversity and to study the stakes that they represent for the population and the local
economy. Some of them have mainly a touristic function, others are mostly leisure-oriented for the locals. In any cases, the most
interesting ones for the local collectivities are those the municipalities did not get too much into debt for their development.
Citer ce document / Cite this document :
Bergeron Robert, Buisson Marie-Andrée. Les plans d'eau récréatifs en moyenne montagne : l'exemple de Rhône-Alpes /
Recreational lakes in mid-altitude mountainous regions : the Rhône-Alpes example. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 63
n°4, 1988. pp. 212-225.
doi : 10.3406/geoca.1988.3376
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1988_num_63_4_3376LES PLANS D'EAU RÉCRÉATIFS EN MOYENNE MONTAGNE
L'EXEMPLE DE RHÔNE-ALPES
par Robert BERGERON et Marie-Andrée BUISSON
Maîtres de Conférences à l'Université Lumière Lyon 2
RESUME
Les moyennes montagnes occupent une large place dans la région Rhône-Alpes. Leurs populations y rencontrent des problèmes sociaux et économiques que les
équipements de loisirs et de tourisme peuvent contribuer à résoudre. On s'interroge dans cet article sur la nature et la distribution des plans d'eau récréatifs ainsi
que sur leurs différents impacts. L'étude de quatre de ces plans d'eau a permis de préciser leur diversité et d'étudier les enjeux qu'ils représentent pour la société
et l'économie locale. Certains remplissent essentiellement une fonction touristique, d'autres s'orientent davantage vers les loisirs de proximité. Dans tous les cas,
les plus intéressants sont ceux dont la réalisation n'a pas entraîné un trop fort endettement. MOTS-CLES : RHONE-ALPES - MOYENNE MONTAGNE - TOURISME - LOISIRS - PLANS D'EAU - AMENAGEMENT RURAL - IMPACT ECONOMI
QUE ET SOCIAL.
ABSTRACT
The medium-sized mountain are as take up a great deal of territory within Rhône-Alpes region. Here, the population is faced with serious economic and social
problems ; recreation and tourism facilities can contribute to solve at least some of them. This paper deals with the nature and the spatial distribution of lakes
for leisure activities in this area and with their different impacts. The survey for four lakes allowed to specify their diversity and to study the stakes that they
represent for the population and the local economy. Some of them have mainly a touristic function, others are mostly leisure-oriented for the locals. In any cases,
the most interesting ones for the local collectivities are those the municipalities did not get too much into debt for their development.
KEY- WORDS : RHONE-ALPES - MID-ALTITUDE MOUNTAINOUS AREAS - TOURISM - OUTDOOR RECREATION - LAKES - RURAL DEVELOP
MENT - ECONOMIC AND SOCIAL IMPACT.
- Le développement des équipements de loisirs est recherché Ces réflexions issues d'une recherche réalisée dans le cadre
ou encouragé par les collectivités locales en réponse aux du programme pluriannuel en sciences humaines de la région
besoins de leur population et afin de disposer d'un atout supRhône- Alpes (1), procèdent de deux séries de constats :
plémentaire pour attirer les habitants des villes voisines, et
plus généralement, les touristes. - La demande de loisirs d'eau, allant du simple plaisir de la
contemplation à des pratiques plus ou moins sportives, s'est Dans le contexte actuel d'exode rural et de déclin de l'acti
considérablement affirmée depuis une vingtaine d'années. En vité agricole, les aménagements touristiques sont considérés
zone urbaine, ceci se traduit par la création de parcs aquati comme favorables au maintien d'une certaine vitalité de ces
ques. En zone rurale, les nouveaux équipements de loisirs se zones de moyenne montagne. Des ressources financières par
sont développés autour des plans d'eau pré-existants depuis fois importantes sont mobilisées par les diverses collectivités
nationale, régionale ou locale pour réaliser des équipements longtemps (lacs naturels et artificiels) ; simultanément, on
de loisirs d'eau, le plus souvent dans le cadre d'une procéassiste à la création de plans d'eau pour des usages exclus
dure contractuelle (Plan d'Aménagement Rural, contrats de ivement récréatifs, conséquence de l'extension du temps libre,
pays par exemple). du développement des loisirs de plein air et de nouvelles con
ceptions d'aménagement. Il apparaît aujourd'hui nécessaire de faire une analyse et de dresLa zone de montagne, présente à cet égard des avantages spé ser un premier bilan de cette politique et ce, de deux manières : cifiques qu'elle peut valoriser : d'abord à partir d'un repérage général des plans d'eau de moyen
ne montagne en Rhône-Alpes, en soulignant la place de ceux qui
- une eau propre, ressource parfois bien compromise dans ont été créés à des fins récréatives ; ensuite par l'analyse de plans
le bas pays, d'eau représentatifs de situations bien différentes, permettant
une première réflexion sur les conséquences de ces équipements.
- des paysages généralement plus variés et plus naturels que
ceux des plaines environnantes, la garantie de calme, la ver I — MOYENNE MONTAGNE ET PLANS D'EAU dure, des promenades agréables, RECREATIFS EN REGION RHONE-ALPES
- une concurrence moins vive entre utilisations alternatives Près de la moitié du territoire rhônalpin est en "zone de mon
de l'espace, et donc une moindre difficulté pour en affecter tagne" ; on y trouve plus d'une centaine de plans d'eau à
une partie à des loisirs publics. usage récréatif. LES PLANS D'EAU EN MOYENNE MONTAGNE 213
La zone de moyenne montagne retenue ici correspond à la ont généralement un profil en V, peu propice à la constitu
tion de larges plans d'eau. Hormis les deux lacs de barrage zone de montagne, hors haute montagne, telle qu'elle appar
installés sur la Loire à Saint- Victor et à Villerest, en limite aît sur la carte dressée par la DRAF, en 1985 (2). Aux anciens
critères d'altitude (au moins 80 % du territoire communal de montagne, EDF n'a créé que de petits plans d'eau. Point
ici de vastes nappes retenues à la surface des plateaux, comme à plus de 600 m, ou un territoire cultivé présentant un déni
à Vassivière en Limousin ou à Pareloup en Aveyron. Pour velé de plus de 400 m) ont été ajoutés des critères socio-
économiques définissant les "zones défavorisées" (faibles leur alimentation en eau, des agglomérations comme celle de
St-Etienne ont créé des lacs-réservoirs (notamment dans le potentialités des terres agricoles, faible productivité de l'agri
culture, faible densité de population ou déclin démographi massif du Pilât) dont le rôle récréatif est très limité ou nul.
que affectant particulièrement l'agriculture). Ainsi sont appa Aussi l'héritage est-il des plus modestes, mais les roches imper
rues au contact des zones de montagne, des zones de pied- méables y rendent la création de petits plans d'eau récréatifs
mont, aux handicaps semblables, qu'il nous a semblé inté relativement aisée.
ressant de prendre en compte à travers le cas de Roybon sur
le plateau de Chambaran. En revanche, nous nous sommes Il en va différemment des moyennes montagnes jurassienne
et alpine, pourtant à forte composante calcaire. Des altitubornés à signaler les grands plans d'eau naturels (comme les
grands lacs alpins) ou artificiels à vocation première non des plus élevées et la proximité des grandes Alpes leur ont
récréative (comme les lacs de barrage de la vallée de la Loire), valu de connaître dans le passé une forte érosion glaciaire et
également présents en bordure inférieure de la moyenne mont des apports morainiques ; de nombreux lacs en sont nés,
essentiellement dans les vallées principales ou dans les granagne, mais dans un contexte économique et humain diffé
rent, souvent de type péri-urbain. Nous n'ignorons pas une des cluses et aux abords immédiats des bastions de moyenne
autre limite de notre étude : certaines communes de la bor montagne plutôt qu'à l'intérieur de ceux-ci. En outre, de nom
breux cours d'eau y ont été "harnachés" pour la production dure montagneuse peuvent concevoir un développement tou
ristique sans avoir de plan d'eau, dès lors qu'il s'en trouve d'une hydroélectricité qui eut là son berceau. L'héritage y
un, à peu de distance en plaine. est donc considérable, sauf en Vercors, Diois et Baronnies.
On y trouve 30 lacs naturels à usage récréatif et 18 lacs de
1. DES MONTAGNES INÉGALEMENT DOTÉES EN PLANS barrage à vocation première non récréative. Malgré ce grand
D'EAU nombre de plans d'eau préexistants, la dernière période a vu
aussi des créations destinées spécifiquement aux loisirs.
Dans notre zone d'étude, 123 plans d'eau à usage récréatif
Dans cette situation d'héritage inégal, les années 1960 et suront été recensés auprès des organismes départementaux con
tout 1970, ont vu croître de nouvelles demandes, locales ou cernés (Agriculture, Equipement, Jeunesse et Sports, Santé,
Tourisme, Pêche, E.D.F.). Certains peuvent avoir été omis urbaines de proximité, non ou insuffisamment satisfaites par
parmi les très petits plans d'eau d'un usage souvent réduit les plans d'eau existants. Une volonté de développement tou
à la pêche ; quelques autres peuvent être en cours d'aména ristique s'est aussi manifestée, généralement encouragée par
gement ; cela ne devrait pas remettre en cause le constat d'en un Conseil Général, une DDA ou une SEM au titre de l'amé
nagement du territoire. Ainsi est apparue la nouvelle génésemble. Ils sont inégalement distribués dans l'espace, inégal
ité encore plus accusée si l'on prend en compte les superfi ration des plans d'eau artificiels, créés à des fins de loisirs.
cies (voir la carte jointe). Ils sont généralement de dimensions beaucoup plus réduites
que les précédents (cf. Tableau 1 et Carte 1), mais leur nomb
En effet, en Rhône-Alpes plus qu'ailleurs, les moyennes mont re est important : 26 dans les montagnes de l'Est, 27 dans
agnes sont bien différentes, par leurs conditions physiques, celles de l'Ouest, sans doute parce qu'ils étaient relativement
par leurs milieux humains, par leurs distances aux grandes faciles à réaliser dans ces montagnes cristallines, mais aussi
villes et aux principaux axes de communications. parce qu'à la demande de populations locales, s'ajoutait celle
de citadins des agglomérations de la Loire et surtout de Lyon,
Sans négliger les différences climatiques entre montagnes dites familiers de ces lieux, voire, notamment pour l'Ardèche, une
"sèches" (en fait de climat méditerranéen dans le sud ardé demande véritablement touristique. Ces demandes se tradui
chois et drômois) et montagnes dites "humides" (plus sep sent par différents types de fréquentation quotidienne, de
tentrionales), les différences structurales de ces montagnes week-ends, de vacances, aux conséquences parfois malaisées
sont, semble-t-il, encore plus importantes. Schématiquement, à concilier quant aux équipements de loisirs et d'accueil
on peut distinguer deux groupes, d'ouest en est : le premier nécessaires.
formé par les montagnes de la bordure orientale du Massif
Central, le second par le Jura et les Préalpes. 2. DES PLANS D'EAU POUR QUELS USAGES RÉCRÉATIFS ?
Les premières ne disposent que d'un seul plan d'eau naturel Les principaux critères distinctifs des plans d'eau permettent
et d'un modeste héritage de dix-neuf plans d'eau artificiels d'illustrer leur diversité.
à vocation première non récréative. Pourtant, elles sont sur
tout constituées de roches imperméables, cristallines et plus - Les données climatiques sont importantes, car elles condi
rarement volcaniques, sauf dans l'Ardèche où le lac d'Issar- tionnent fortement la baignade, activité très populaire et très
lès, seul lac naturel de cet ensemble occupe le fond d'un ancien pratiquée dans notre région, même si ce n'est qu'en été. La
cratère. Mais leurs altitudes ne dépassent que rarement 1.500 différence est nette entre des plans d'eau situés à basse alt
m, et l'érosion glaciaire, si favorable à la formation de lacs itude où les nuits d'été ne sont pas trop fraîches et où la tem
naturels, y a été limitée aux plus hauts sommets. Les vallées pérature moyenne de l'eau reste assez élevée, et les neuf plans 214 R. BERGERON et МЛ. BUISSON
',гщ:1%'\ moyenne-montagne
10 40 100 1000 hectares
25 km
Fig. 1 — Les plans d'eau récréatifs de moyenne-montagne. PLANS D'EAU EN MOYENNE MONTAGNE 215 LES
stricto sensu, mais de connaître aussi les autres possibilités d'eau situés au-dessus de 900 m surtout s'ils sont entourés
de sommets plus élevés. Ce critère d'altitude gagne à être enri de loisirs dans le secteur.
chi par d'autres, tels que la latitude (l'écart est notable entre
- La présence d'hébergements touristiques au bord ou dans le nord et le sud de notre région qui relèvent de provinces
le proche voisinage du plan d'eau constitue un intéressant criclimatiques différentes), l'exposition et le micro-climat pro
tère d'appréciation de sa fréquentation. Une capacité d'acpres à chaque plan d'eau (ensoleillement, brouillard, vents).
Ainsi, pour ses vents réguliers, les praticiens confirmés de la cueil importante correspond, à l'évidence, à une fréquenta
tion touristique à laquelle, d'ailleurs, peut s'ajouter une frvoile préfèrent le lac de barrage de Monteynard (Isère) à celui
équentation de proximité par des ruraux ou des citadins. Toutde Villerest sur la Loire, pourtant de superficie à peu près
égale. A l'inverse les pratiquants de l'aviron préféreront les efois, la connaissance précise de ces hébergements et de leur
plans d'eau abrités, pour peu qu'ils offrent un "couloir utilisation n'étant pas toujours aisée, nous nous sommes sou
d'eau" rectiligne suffisamment long (de 1 km pour l'entra vent contentés de relever la présence de campings riverains
înement à 2,2 km pour les compétitions), comme à Aiguebe- ou proches (pour 36 plans d'eau). Le succès rencontré par
lette par exemple. ce mode d'hébergement, au moins pour des séjours estivaux,
en fait un critère convenable pour appréhender un tourisme
- Les caractéristiques morphologiques du plan d'eau et de séjour, considéré à juste titre comme apportant de plus
d'abord sa superficie conditionnent les activités praticables. importantes retombées économiques. Par delà cette prise en
Sans qu'il existe de seuils très précis ou réglementaires, sauf compte des hébergements touristiques, on peut relever l'i
pour l'organisation de compétitions, on considère couram nclusion de nombre de ces plans d'eau dans des espaces inté
ment qu'à moins de 5 ha (54 plans d'eau dont 39 créés pour ressés par des aménagements touristiques, qu'il s'agisse de
communes classées "stations vertes de vacances" (pour 11 les loisirs), seules la pêche et la baignade sont possibles, ainsi
que le petit canotage et le pédalo ; à partir de 5 ha, la pra des plans d'eau), de communes bénéficiant d'un "contrat de
pays d'accueil touristique" (pour 23 de ces plans d'eau dont tique de la planche à voile est concevable ; à partir de 10 ha,
on peut envisager celle de la voile sur de petits dériveurs, 9 dans le parc naturel régional du Pilât), sans compter ceux
notamment pour de la simple initiation ; à partir d'une qua qui se trouvent dans le périmètre de divers autres contrats
rantaine d'ha, on peut faire évoluer de plus grands dériveurs. de pays comportant un volet touristique.
Le motonautisme est généralement pratiqué sur des plans
- La nature de la propriété du plan d'eau lui-même, comme d'eau beaucoup plus vastes. Mais la superficie, la forme du
de ses aménagements et des terrains bordiers, a des incidenplan d'eau ne sont pas sans effet sur ses utilisations : à superf
icie égale, le plan d'eau de forme "trapue" sera plus favo ces notables sur la pratique des loisirs. Sur un plan d'eau de
rable à la voile que le plan d'eau longiligne. En outre, la superf propriété publique ouvert à la navigation ou à la pêche, les
icie des terrains riverains ouverts au public, et leur nature, usagers sont tenus au respect des règles générales mais n'ont
constituent des indications significatives de l'importance pas à acquitter de droits spécifiques, comme c'est générale
ment le cas sur les plans d'eau de propriété privée de com- accordée à la fonction d'accueil et de loisirs du plan d'eau.
Le rapport entre ces deux superficies est toujours plus élevé mune(s) ou de particulier (s). Les relations avec la(es) collec
pour les plans d'eau à usage exclusivement de loisirs. tivité^) locale(s) environnante(s), la dynamique sociale dans
laquelle ils s'inscrivent, peuvent aussi varier selon que les plans
- La qualité de l'eau, tout comme celle de l'environnement, d'eau ou leurs aménagements appartiennent ou non à une
doit également être prise en compte, mais ces indicateurs ne commune ou à un groupement de communes, qu'ils ont été
sont guère apparus dans les informations recueillies pour nos réalisés ou non, en totalité ou en partie dans le cadre d'une
inventaires départementaux. Bien qu'ils aient été recherchés procédure contractuelle de type PAR ou contrat de pays, selon
pour les quatre études de cas, ils ne peuvent fournir de critè leur mode de gestion. Cependant, au niveau des inventaires
res à là typologie globale pour laquelle seule a été retenue départementaux, ce type d'information ayant souvent fait
la superficie du plan d'eau. défaut, il n'a pas été possible de le retenir comme un critère.
- L'origine détermine fortement l'utilisation du plan d'eau. - Les activités de loisirs praticables sont un critère essentiel
Dans les montagnes de l'Est, les lacs naturels offrent les plus pour les usagers du plan d'eau et les professionnels du tou
vastes superficies en eau. Ils sont utilisés depuis longtemps risme. Aussi l'information a-t-elle été assez facile à recueill
pour les loisirs ; les plus grands -souvent en bordure de la ir, auprès des organismes consultés, même si elle n'est pas
montagne proprement-dite- autorisent toutes les formes de toujours très précise. Baignade, pêche et nautisme ont été rete
nautisme et abritent sur leurs rives des stations touristiques nus bien qu'on sache que ces trois types d'activités peuvent
recouvrir des contenus très différents, tant par leurs caractè réputées. Seuls les 4 lacs de Laffrey ne sont utilisés que depuis
res que par le nombre des usagers. De plus, dans le cas des peu, situés, il est vrai, au-dessus de 900 m. Cette offre natur
elle de plans d'eau de loisirs confère donc un grand avanplans d'eau destinés à la production d'énergie ou d'eau pota
ble, cette fonction première conditionne largement les possi tage aux zones concernées, même si elle peut comporter quel
bilités récréatives. Si les trois types d'activités coexistent sur ques inconvénients, comme de manquer parfois d'espaces
tous les grands lacs naturels et les plus importants des plans riverains ouverts au public, ou aménageables.
d'eau créés pour les loisirs (23 plans d'eau), il n'en va pas
de même pour les plus petits de ces derniers, généralement Les plans d'eau artificiels représentent une part très import
réservés soit à la pêche soit à la baignade, ainsi que pour nomb ante de l'offre, même exclusive dans les montagnes de l'ouest,
à l'unique exception du lac d'Issarlès d'ailleurs "artificialisé" re de plans d'eau créés pour d'autres fonctions. Enfin, il
serait souhaitable de ne pas borner l'analyse au plan d'eau par les soutirages d'E.D.F.. .
216 R. BERGERON et M.A. BUISSON
est en marge de la zone traditionnelle de villégiature des LyonnCeux qui ont été réalisés pour d'autres fins que les loisirs mais
qui autorisent un usage récréatif, offrent l'avantage d'avoir ais. En 1975, les cantons d'Amplepuis et Thizy (23.417 hab.)
été déjà financés, et pour les plans d'eau E.D.F., de valoir n'avaient que 1.072 résidences secondaires pour 8.261 rés
des ressources substantielles aux collectivités locales. Mais si idences principales, alors que dans le canton de Lamure (5.547
certains ont acquis une grande réputation dans le domaine hab.), en haute vallée de l'Azergues, le rapport était de
des loisirs, Monteynard pour la voile, ils peuvent représent 938/1.923. Il fallut la persévérance du père du projet, M.
er des inconvénients notables : site parfois difficilement Gueydon, conseiller municipal d'Amplepuis et conseiller génér
accessible ou manquant d'agrément, niveau d'eau variable al depuis 1945, qui s'en fit très tôt le champion. Puis l'idée, avec tous les problèmes de marnage, d'accès à l'eau restante, peu à peu partagée, suscita une volonté locale, confortée dans d'esthétique des berges, voire de sécurité ou de protection les années 1970 par une politique plus générale d'aménagesanitaire (eau des villes) qui en résultent et qui conduisent par ment d'espaces de loisirs qui lui valut d'être soutenue dès l'orifois à en limiter l'usage récréatif à la pêche. gine par le département du Rhône et inscrite dans un Plan
d'Aménagement Rural (approuvé en 1977) dont les objectifs Certes, les plans d'eau créés dans la dernière période pour
étaient de corriger les effets du déclin économique et démoun usage exclusivement de loisirs n'ont pas les inconvénients
graphique des cantons de Monsols, Amplepuis, Lamure, des précédents, mais ils n'en ont pas les avantages, notam
Thizy. A l'unanimité, les commissions de préparation de ce ment de superficie ; en effet, plus encore que les problèmes
PAR retinrent ce projet. Il revint au SIVOM de Reins et fonciers conséquents, la lourdeur des investissements néces
saires interdit de créer de très vastes plans d'eau pour les seuls Trambouze constitué entre les treize communes des cantons
loisirs. La plupart n'ont qu'un demi à 3 ha, et en dehors du d'Amplepuis et de Thizy de mener la tâche à bien, avec l'ap
plus grand, le lac des Sapins de 38 ha, aucun ne dépasse les pui de la DDA. Mais comme l'entreprise était ambitieuse
10 ha (3). Pourtant, plus encore que les autres, cette dernière (17.000.000 F de travaux en 10 ans) et de nature à intéresser
catégorie de plans d'eau représente les espoirs mis par cer aussi de nombreux Lyonnais en quête de loisirs d'eau et de
taines communes de moyenne montagne, dans l'essor des loi nature, le département du Rhône s'associa au SIVOM dans
sirs et du tourisme. le "Syndicat mixte pour l'aménagement du lac des Sapins".
Dès 1975, s'amorçait la première phase des acquisitions fonIL QUATRE PLANS D'EAU ARTIFICIELS cières qui coûtèrent environ 3,2 millions. Une partie put être A VOCATION RECREATIVE EXCLUSIVE négociée sans trop de problèmes : la ferme dont le bâtiment
allait devenir l'auberge-paysanne. Ce fut plus difficile pour Deux sont à l'ouest de la région, dans les massifs bordiers l'autre ferme visée, et la mise en eau se fit au début de 1979, du Massif Central du Haut-Beaujolais et des Boutières. Deux
avec un retard de deux ans. sont à l'est, sur le haut piémont isérois et au coeur du massif
des Bauges.
Les grandes lignes du projet ont été établies dès 1975. Le souci
1. LE LAC DES SAPINS d'intégration à l'environnement a été d'autant plus facile à
respecter que le SIVOM a acquis là 97 ha, soit, en plus du
Le plus important est le lac des Sapins (69) dont les 38 ha lac lui-même, près de 60 ha étalés sur les 2/3 des rives. Seule
d'eau retenue par un barrage en terre et l'aire de loisirs d'une la forêt qui couvre une grande partie du versant sud ne lui
soixantaine d'ha alentour permettent une large gamme d'act appartient pas mais un accord est intervenu avec son propriét
ivités. Heureuse rencontre entre eau, forêt et prairie, à 30 aire, de façon à préserver "les sapins du lac". En dehors
km de Roanne et à 60 km de Lyon, par une route grande des bâtiments et des aires aménagées, les terrains du SIVOM
ment améliorée dernièrement. A l'aval de Cublize, un éla sont constitués par une bande de prairies qui ceinturent les
rgissement de la vallée du Reins donne au lac son caractère 2/3. du lac. Pour l'essentiel, ils sont bien exposés et en pente
riant, ses berges en pente douce sur une bonne partie de son faible. En quelques années seulement, le lac s'est bien intépourtour et sa forme moins étroite (environ 1.500 m de long gré au paysage du val de Reins, parce que les caractères natur
et 250 m de large) que celle de bien des lacs de barrage sou els de ses abords ont été largement conservés. Au-delà la provent beaucoup plus encaissés, dans les vallées du Massif Cent tection de l'environnement du lac est assurée par le classral. Ce plan d'eau n'a qu'une fonction récréative, il présente ement des terrains en zone NC agricole et ND boisée sur les donc un niveau pratiquement constant à la cote 439 m. POS des communes du pourtour. Comme la rivière bien alimentée, n'est pas polluée, les eaux
sont de "très bonne qualité bactériologique", selon les analy L'offre de loisirs variée est attestée par la présence de divers ses régulières de l'Institut Pasteur. Il y a cependant un pro équipements distribués en deux principaux secteurs "côté blème de turbidité due à un brassage de vase en période de plage" -"côté digue", comme le perçoivent les usagers. Une grande affluence estivale. A proximité de la plage, c'est-à-
telle organisation spatiale évite sans doute les interférences dire sur la rive exposée au sud, en été, la température de l'eau
nuisibles à la tranquillité mais elle est parfois ressentie comme peut atteindre 24-26°. Dans ces eaux, vivent en permanence une entrave à l'animation. diverses espèces de poissons ; de plus, pour les besoins de la
pêche, des alevinages sont parfois effectués ; environ 600 car
- la plage de sable, bien exposée, flanquée d'un bloc de tes de pêche à la journée et 170 cartes annuelles seraient pla
sanitaires-douches-centre de secours et, non loin, des baracées chaque année.
quements de commerçants saisonniers ("buvettes-frites-
Pourtant un projet de centre de loisirs aquatiques n'allait pas glaces") est le premier de ces équipements par la superficie
de soi. Ce secteur du Haut-Beaujolais, de tradition textile, (2 ha) ; c'est le plus fréquenté et le plus populaire. LES PLANS D'EAU EN MOYENNE MONTAGNE 217
- bien que les vents n'y soient pas très favorables, la superfi on décida d'aménager cette baignade. La retenue fut rendue
cie et la forme du lac ont permis l'installation d'une base nau plus étanche à l'aide d'un rideau de plastique, on apporta
tique avec rampe de mise à l'eau. La pratique de la voile est du sable et pour couvrir ces frais, on ouvrit une petite buvette.
possible sur "dériveur" et même agréable sur "optimiste" Ce plan d'eau remporta un important succès auprès du public.
ou sur planche, d'autant que les bateaux à moteur sont inter Mais l'exode des jeunes entraîna la disparition du foyer, et
dits. Une école de voile a été créée dès la mise en eau. Des le plan d'eau cessa d'être entretenu.
pédalos sont aussi proposés à la location par un concession
naire du SIVOM. En 1977 la municipalité décida de reprendre le site, et donna
à cet aménagement sa configuration actuelle. Elle acquit des
Mais cette offre ne se réduit pas à ses points forts, baignade, terrains proches, fit diverses installations dont un bac à sable
voile et pêche ; elle a été diversifiée et comporte en outre une pour enfants, une aire de pique-nique, une aire de jeux avec
piste de 5 km, en boucle autour du lac et un parcours de santé, tables et bancs, des vestiaires et des sanitaires parfaitement
une aire ombragée de pique-nique, des terrains de mini-golf, équipés et un parking légèrement surélevé d'une capacité
boules et volley, en arrière de la plage, deux centres éques d'une centaine de places. L'aménagement du plan d'eau reste
tres dont l'un est concessionnaire du SIVOM, enfin, depuis donc modeste.
1986, deux courts de tennis près du camping, un tir à l'arc
et un point de location de vélos. Cependant, celui-ci est situé dans une zone qui présente de
nombreuses possibilités d'accueil de vacanciers : on compte
L'offre de restauration existe sur le site : 2 buvettes-snacks 616 résidences secondaires dans le canton pour 2.271 loge
saisonniers et surtout une auberge-paysanne réputée, "La Voi- ments soit près du 1/3 du parc total. De plus il y a de nom
sinée" qui peut servir jusqu'à 200 couverts dans sa salle habi breux terrains de camping pouvant accueillir près de 2.000
tuelle et dans la salle de banquets à l'étage. D'autre part, sur vacanciers. Il n'y a pas de camping au bord de la rivière, mais
tout pour la restauration, l'offre extérieure au site, mais à le plus proche, sur la commune, n'est qu'à 3 kms. Certes,
proximité immédiate et même avec vue sur le lac pour l'un il y a d'autres zones de baignade dans les environs, mais celle
de ces restaurants, est importante. Par contre la capacité d'h de Fontugne est particulièrement renommée pour la pureté
ébergement est bien limitée. La création d'un village de vacan et la qualité de son eau.
ces (et d'un motel) avait été envisagée dans le projet initial,
en plus de 2 campings. Elle n'a pas été jugée prioritaire lors L'investissement ne représenta que 0,4 Millions de francs envi
de la réalisation des premiers équipements, le lac des Sapins ron ; beaucoup de travaux furent faits bénévolement ou à
étant avant tout une base de loisirs de proximité pour gens des conditions intéressantes. On est donc en présence d'un
du Haut-Beaujolais et des villes proches. Sur le site même, aménagement de rivière, pris en charge par la commune et
les hébergements se résument aux 20 lits de l'école de voile, par ses habitants afin de permettre principalement la baignade
aux 100 emplacements du camping*** ouvert en 1983 et au dans des conditions agréables. La commune a la charge de
"point d'accueil jeunes" (campeurs) aménagé en 1985. Cette l'entretien de début et de fin de saison, mais ce coût est limité.
faible capacité marque bien le lac des Sapins comme une base
de loisirs de proximité plus que comme le complexe tourist 3. LE PLAN D'EAU DE ROYBON
ique que voudraient en faire les responsables.
D'une superficie de 7 hectares, il est situé à 550 m d'altitude,
2. LE PLAN D'EAU DE SAINT SAUVEUR DE MONTAGUT au coeur du plateau de Chambaran en Isère, aux confins du
Bas Dauphine et du Vercors.
Situé sur la Glueyre, en amont de son confluent avec l'Ey-
rieux, au fond d'une vallée riante, cette retenue a permis C'est en 1972, à l'initiative du maire de la commune, sou
l'aménagement d'un plan d'eau de 1 ,5 ha, à proximité du vi tenu par son Conseil Municipal, que fut décidée cette réali
llage de Saint Sauveur de Montagut en Ardêche. Bien qu'à sation. Elle fut également encouragée par diverses personn
250 m d'altitude seulement, ce plan d'eau appartient à la zone alités politiques et par le Conseil Général de l'époque. Son
de montagne et les collines qui l'entourent s'élèvent rapide but était de remédier au déclin de la commune, qui, depuis
ment. Il offre une eau très claire et bénéficie d'un climat le début du siècle connaissait un exode rural important. Avec
favorable. ses 1.220 habitants en 1982, Roybon ne compte que peu
d'agriculteurs (16 % contre 23 % dans le canton) et voit son
Dans un canton rural, en déclin démographique important, activité industrielle se maintenir difficilement.
Saint-Sauveur, le chef-lieu, a conservé longtemps son effec
tif de population et des activités plus tournées vers l'indus Chef-lieu de canton, Roybon remplit encore une fonction de
trie et les services. Depuis 1975 il semble suivre le lot com centre d'approvisionnement, mais elle est de plus en plus con
mun : il ne compte plus que 1.433 personnes en 1982 contre currencée par les petites villes situées à moins de 20 kms que
1615 en 1975. Il n'en demeure pas moins un petit centre de sont La Côte St André et St Marcellin. Au coeur d'une région
services pour les communes des environs et compte sur le tou classée "zone de piedmont", assez typique des montagnes
risme pour conforter sa position. défavorisées, elle est à l'écart des axes de communication prin
cipaux et des grandes agglomérations.
Sur la Glueyre, existait une ancienne levée alimentant une
usine située à quelques centaines de mètres en aval. Cette levée Une retenue sur l'Aiguë Noire, a permis la formation d'un
en planches était à l'abandon. En 1971-72, à l'initiative du plan d'eau de 7 hectares. Situé à 500 m du bourg, celui-ci
foyer des jeunes, avec une aide financière de la commmune, s'intègre parfaitement dans le paysage. Une partie des berges 218 R. BERGERON et M.A. BUISSON
est réservée à la baignade, surveillée par un maître-nageur. En 1970, après l'abandon d'un ancien projet de barrage sur
On peut y pratiquer la pêche à la ligne avec permis, le pédalo, le Chéran par E.D.F., en échange d'une somme modique,
la planche à voile, le canoë. Des locations et des stages sont la commune de Lescheraines a récupéré 30 ha en fond de val
possibles par l'intermédiaire du club nautique. lée. De 1971 à 1977, grâce au moto-club, un petit bassin (2
ha) fut d'abord creusé puis progressivement aménagé, sans
L'espace aménagé couvre 27 ha, ce qui a permis diverses ins bourse délier car le gravier extrait avait trouvé preneur. En
tallations : parking payant, camping de 30 emplacements en été, ce bassin est utilisé pour la baignade et a été doté d'un
bordure du lac, lotissement de pavillons. ponton et de deux radeaux ; hors-saison, il est quelque fois
le théâtre de concours de pêche organisés par des comités d'enLa région est peu touristique : Roybon classée "Station verte treprise qui l'empoissonnent pour l'occasion. Puis vînt le désir
de vacances" ne dispose cependant que de deux hôtels de pré d'en faire une aire de loisirs mieux équipée. Le creusement
fecture offrant au total quinze chambres ; on ne recensait en du deuxième bassin, plus vaste (5 ha), a été réalisé de 1973
1982 que 80 résidences secondaires dans la commune et 350 à 1982 par une entreprise qui en utilisait les graviers. Tandis
dans le canton soit 1 pour 5 résidences principales. Trop à que le maire par sa profession et son entregent permettait à
l'écart des massifs montagneux, on ne peut envisager de déve la commune de racheter à bas prix divers préfabriqués de bois
lopper un tourisme de double saison. qui, rénovés, embellis et implantés entre les deux bassins, sont
devenus la salle polyvalente, la buvette et le centre familial Les études, la réalisation et la commercialisation de l'ensem de vacances "l'Eau Vive" de 25 chambres. D'autres équipeble touristique ont été confiées à la SADI, maître d'ouvrage ments furent ajoutés, deux tennis, un terrain de boule, une qui avança les fonds nécessaires. Les communes voisines sol plateforme de sports, un parcours de santé. Tout ceci a élargi licitées n'ont pas voulu s'associer au projet et celui-ci ne s'in l'offre de loisirs, d'autant que la mairie a acheté, toujours tègre pas dans une volonté intercommunale de développement d'occasion, 3 pédalos et 60 planches à voile pour la location ou d'aménagement touristique de l'ensemble du pays de sur le grand bassin tandis qu'un centre équestre ouvrait à Chambaran. La commune bénéficia des conseils des instan proximité. ces départementales pour présenter ses dossiers de demand
es de subvention et le Conseil Général accorda sa garantie ; La réalisation décisive pour l'essor touristique de Lescheraic'est cependant sur la commune que repose la responsabilité nes fut sans doute, en 1980-1982, l'ouverture d'un vaste de l'investissement et donc le remboursement des annuités camping** de 310 emplacements, soit plus de 900 places, bien d'emprunt. plein en été. La capacité des hébergements touristiques banal
isés jusque là représentée par quelque 70 lits dans 2 hôtels, Cet investissement devait en 1975 représenter 3,2 millions de 80 dans 10 gîtes ou meublés et 50 à "L'eau vive" s'est ainsi francs ; en réalité le coût total de cette réalisation a été bien considérablement renforcée. Avec les résidences secondaires supérieur et surtout les prévisions de recettes venant de la (36/135 résidences principales, en 1975 ; 61/165, en 1982), vente des terrains aménagés n'ont pu se réaliser. Des gliss cette capacité globale dépasse les 1.500 unités, soit trois fois ements de se sont produits, rendant impossible la cons la population résidente. A partir d'une modeste surface en truction de l'ensemble des résidences prévues et entraînant eau, flanquée d'une aire de loisirs, il est vrai relativement un manque à gagner important. vaste, Lescheraines est donc devenue une véritable commune
touristique, classée "station verte de vacances". Tel quel, malgré un investissement qui n'est pas totalement
achevé, cet équipement fonctionne dès les premiers beaux
Cette base de loisirs a bien été l'oeuvre d'une volonté strictjours, et le camping est insuffisant pour répondre aux demand ement locale (mairie et associations) conçue à la mesure de es des mois d'été. Ne s'inscrivant pas dans une politique celle-ci, et réalisée "à l'économie". Les coûts modérés (tant commune de développement des potentialités locales, ou de des terrains et des bâtiments que de l'aménagement des plans mise en valeur touristique, ses effets induits sont peu sensibles. d'eau, une bonne partie des travaux ayant été effectuée par
des bénévoles et des employés municipaux, ou en échange du 4. LE PLAN D'EAU DE LESCHERAINES
gravier extrait) les ressources propres de la commune et les
subventions obtenues ont réduit le recours à l'emprunt. ToutLe cas de Lescheraines présente sans doute les caractères les
efois des difficultés sont apparues récemment quant au foncplus particuliers. Le plan d'eau est formé de deux bassins de
tionnement hydraulique. Les incidences financières n'en sont 2 et 5 ha. Il est donc plus étendu que celui de St-Sauveur,
pas négligeables. Une certaine eutrophisation se manifeste, sensiblement égal à celui de Roybon mais bien plus petit que
mais il y a plus grave. Le creusement des deux bassins s'est le lac des Sapins. Il bénéficie d'un environnement très agréa
accompagné d'une régularisation du lit du Chéran, en en supble, au fond de la vallée du Chéran à 600 m d'altitude, au
primant les méandres divagants, mais celui-ci, cantonné dans coeur des Bauges dans un beau paysage de verts pâturages,
de forêts, d'eaux vives, de petits villages de montagne. A égale un lit plus étroit et rectiligne, s'est mis à le recreuser, ten
distance d'Annecy et d'Aix les Bains, il est aussi à quelques dant ainsi à soutirer l'eau des bassins, à travers leurs berges
kilomètres des domaines skiables d'Aillon-le- Jeune et du Mar- perméables. Il faut donc soit réhausser le lit du torrent, soit
geriaz, dans une montagne où le développement touristique imperméabiliser les berges des bassins.
est déjà réalité. Le plan d'eau ne constitue donc là que l'une
des pièces du dispositif touristique et de loisirs mais il l'a heu La collaboration entre mairie et associations, déjà rodée lors
reusement renforcé et à peu de frais -c'est un autre trait des travaux s'est ensuite déplacée vers la gestion. Si la base
d'originalité- grâce au dynamisme de la mairie et d'associa est bien propriété communale, elle est gérée (camping comp
tions locales. ris) par l'Association des Sociétés de Lescheraines (A.S.O.L.). LES PLANS D'EAU EN MOYENNE MONTAGNE 219
- 99 : Le plan d'eau de Lescheraines en échange d'une redevance de 300.000 F/an, versés à la com
- 84 : Le plan de Roybon. mune. Quant à "l'Eau vive", comme les deux autres mai
sons familiales des Bauges, elle a été confiée à l'association
"Vacances et Loisirs en pays de Bauges". L'animation cons On peut alors caractériser un peu plus précisément la popul
titue l'autre domaine, plus classique, où s'exprime la vitalité ation fréquentant ces plans d'eau.
du mouvement associatif ; le moment le plus spectaculaire
en est le moto-cross international d'été qui étend la notoriété 1. UNE CLIENTÈLE ESSENTIELLEMENT FAMILIALE
de Lescheraines à l'échelle européenne.
Cette caractéristique ressort très nettement de la composition
des groupes rencontrés sur chaque plan d'eau : environ les Réussite donc, d'un projet d'équipement touristique commun
al, mais qui a aussi trouvé un relais dans le "pays bauju" deux-tiers des groupes interrogés sont constitués par des cou
ples accompagnés souvent d'enfants, d'amis ou de parents. par l'intermédiaire :
Les personnes seules ne sont en nombre important qu'à St
- du Syndicat d'initiative des Bauges pour l'organisation de Sauveur de Montagut. Les groupes organisés sont peu nomb
l'information et d'un programme d'animation de l'ensem reux, et d'autant moins que le plan d'eau est petit ou peu
ble du massif (les vacanciers en hôtels ou meublés des Bau connu.
ges ont un tarif préférentiel pour l'accès en voiture à la base) ;
Cette clientèle de groupes venant en famille ou avec des amis
- du SIVOM des Bauges qui a préparé le contrat de pays de induit une structure d'âge très jeune de l'ensemble de cette
1975 et, dernièrement, le contrat station- vallée. population :
Outre l'aménagement d'un domaine skiable proche, pour Les - 27 à 42 % de moins de 15 ans,
cheraines même, ce contrat devrait se traduire par l'engazon- - 13 à 23 °/o de 15 à 25 ans
- très peu de personnes de plus de 60 ans nement des berges du petit bassin, l'agrandissement du chal
et familial de vacances, la création de 6 gîtes communaux,
le renforcement de la station d'épuration et des aménagements II s'agit d'une population appartenant en général à des caté
du camping afin qu'il puisse fonctionner l'hiver comme gories socio-professionnelles ouvriers et employés (près de
caravaneige. 40 %). Cependant, selon les cas, d'autres catégories sont plus
représentées : retraités au lac des Sapins, scolaires et étudiants
Les effets socio-économiques du tourisme, déjà ici très per à Roybon, professions libérales et cadres supérieurs à St
ceptibles, sont donc appelés à croître. Privilège de la double Sauveur.
saison, beaucoup plus affirmée dans les moyennes monta
gnes alpine ou jurasienne. A lui seul, en 1983, le département 2. UNE CLIENTÈLE DIVERSE PAR SES ORIGINES GÉOGRA
de l'Ain comptait plus de pistes balisées de ski de fond (450 PHIQUES ET PAR SES SÉJOURS DANS LA RÉGION
km) que Loire et Ardèche réunis (303 km).
L 'origine géographique
III. LA FREQUENTATION DES PLANS D'EAU II semble préférable de se fier ici aux comptages des voitures
sur les parkings situés à proximité des plans d'eau. Ce fai
sant, on élimine les piétons et les cyclistes, et on minore les Les quatre plans d'eau ont été soumis à une même enquête
fréquentations de proximité. En outre il est souvent inexact qui s'est déroulée sur dix jours (une semaine encadrée par
d'interpréter l'appartenance au département dans lequel est deux week-end) durant l'été 1986. Elle comportait deux volets.
situé le plan d'eau comme étant signe d'une clientèle locale ;
un plan d'eau peut faire sentir son influence sur une partie Un comptage des véhicules en stationnement à proximité du
plan d'eau avec identification des provenances par les pla seulement de ce département, et concerner également un autre
ques minéralogiques ; celui-ci était complété par le comptage département proche. Il faut donc compléter ces informations
du nombre des vélos et par une estimation du nombre des par celles de l'enquête.
baigneurs, des pédalos, des voiliers et des planches à voile.
Ce comptage effectué deux fois par jour donne une bonne Le comptage des véhicules montre que St-Sauveur et Roy
mesure de la fréquentation, même s'il introduit quelques biais bon ont une fréquentation à peu près de même importance :
(on ne compte pas les piétons, on ne connaît pas le nombre 70 véhicules environ par 1/2 journée, tandis que Lescherai
réel de personnes par voiture, etc.). nes et surtout le lac des Sapins, le plus vaste, attirent un public
plus nombreux (cf. Tableau 2 et Graphique 1).
Une enquête auprès des groupes fréquentant le plan d'eau
afin de mieux connaître les caractéristiques de la population Ces diverses origines géographiques se retrouvent au sein des
le fréquentant (âge, provenance, catégorie sociale,...), le type groupes interrogés et correspondent à des fréquentations dif
de clientèle et son mode d'hébergement, les activités prati férentes. Une distinction entre fréquentation locale (de per
quées et le degré de satisfaction des usagers. On a ainsi inter sonnes résidant dans le département) et fréquentation tou
rogé 543 groupes, avec la répartition suivante par plan d'eau : ristique (celle des personnes n'ayant pas leur résidence prin
cipale dans la zone) s'est vite révélée insuffisante. En réalité,
- 260 : Le lac des Sapins il semble préférable de distinguer trois types principaux de
- 100 : Le plan d'eau de Saint-Sauveur de Montagut. fréquentation : R. BERGERON et МЛ. BUISSON 220
Plan d'eau da Plan d'eau ST. SAUVEUR da LESCHERAINEt Lac dea SAPINS Lac de ROYBON
département du plan d'eau
département proche
reate da RhSne-Alpea
reate de la France
peya étrangers
5 10 25 MO 601
Fig. 2 — La fréquentation des plans d'eau : origines géographiques de la clientèle.
- une fréquentation strictement locale, qui est le fait de per Les séjours dans la région
sonnes résidant de façon permanente à proximité du plan
d'eau : principalement ici des personnes de la commune même Ces différences constatées dans la population fréquentant les
ou des communes très proches, dans un rayon de 5 Kms différents plans d'eau correspondent à des modes d'héber
environ. gement différents, liés aux possibilités de chaque zone. Elles
se retrouvent également dans la durée des séjours et dans la
- une fréquentation de proximité de personnes résidant à distance parcourue pour se rendre au plan d'eau (cf. Tableau
moins de 50-70 Kms du plan d'eau, soit une heure environ n°3).
de voiture ; elles y viennent pour une journée de détente, en
promenade souvent avec pique-nique ou repas à l'auberge. Le camping vient en tête des modes d'hébergement touristi
que. Il est vrai que cet équipement se trouve à proximité immédCette fréquentation peut concerner des ruraux pour lesquels iate de trois de ces plans d'eau et que St-Sauveur est dans le plan d'eau est une possibilité supplémentaire de loisirs et une zone où les campings sont nombreux dans un rayon d'une peut-être de "maintien au pays". Pour certains cette fréquen dizaine de Kms. C'est même le mode d'hébergement domitation fait partie de leurs "vacances" : jeunes et scolaires dont nant pour les habitués non-locaux du lac des Sapins et de Royles parents, résidant à proximité, prennent peu ou pas de bon, marquant bien que l'attr activité et les possibilités d'acvacances, de même de jeunes couples viennent y camper régu cueil de la zone sont limitées tant pour les résidences seconlièrement, presque chaque week-end (c'est fréquemment le daires que pour l'hébergement en hôtels ou en gîtes. cas à Roybon).
En revanche, Saint-Sauveur, situé dans une zone de séjour Elle peut aussi, comme au lac des Sapins être le fait des cita bien connue et largement utilisée comme zone de résidence dins : dans ce cas la fréquentation s'inscrit dans une pers secondaire, attire maintenant des parents et amis en séjours pective un peu différente qui est la satisfaction des besoins touristiques. Il en est de même pour Lescheraines, mais, ici, de détente et de loisirs de cette partie de la population. La une place plus grande est faite aux locations, gîtes, hôtels. réponse à cette demande permet alors de valoriser les possi Les conditions climatiques sont moins favorables au camping bilités d'un site et les équipements réalisés. et la zone, bien équipée sur ce point valorise ses équipements
sur la double saison hiver-été. - une fréquentation de non-locaux, qui ne sont pas tous des
"touristes" au même degré. On peut distinguer :
La durée des séjours est liée au type de fréquentation. La
clientèle locale ou de proximité vient pour la demi-journée * les personnes en résidence secondaire attachées au pays par
ou la journée ; la clientèle en séjour touristique est dans la fois depuis très longtemps et qui fréquenteront couramment
région pour des durées variables, particulièrement élevées en le plan d'eau. Par certaines de ses caractéristiques, cette clien
Ardèche où plus de 50 % des personnes interrogées disent tèle est très proche des locaux (hébergement sur place, faible
séjourner 15 jours ou plus. distance à parcourir..) mais souvent ses exigences par rap
port à l'animation ou aux autres équipements seront
La distance parcourue pour se rendre au plan d'eau dépend différentes.
elle aussi du type de clientèle :
• les "touristes" de passage dans la région, souvent héber
- près de 30 % habitent soit à proximité immédiate, soit dans gés en camping qui, pour une part parfois importante vien
un rayon de 5 kms quel que soit le plan d'eau. nent de l'étranger. Leur séjour près du plan d'eau s'explique
d'abord par l'intérêt touristique de l'ensemble de la zone, et
- environ 20 % viennent d'une zone située entre 5 et 20 kms, par la promotion qui en a été faite.
mais en Ardêche où les routes sont sinueuses et le temps de
Les quatre plans d'eau sont bien différents par le type de clien parcours plus élevé par rapport à la distance parcourue, on
tèle qu'ils attirent : Saint-Sauveur et Lescheraines viennent en atteint 48 %.
tête pour l'accueil des "étrangers", situés dans des régions qui
- 25 °7o viennent de 20 à 45 kms ; Roybon cependant attire ont déjà une certaine renommée touristique ; à l'inverse, Roy
sur cette zone près de 34 % de sa clientèle ; il est vrai que bon et le lac des Sapins, malgré l'importance de cette dernière
sa zone de proximité immédiate est peu peuplée et peu réalisation n'intéressent qu'une clientèle principalement locale
touristique. ou de proximité. Ceci est illustré par les graphiques joints.