Mécanique quantique et idéalisme

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Mécanique Quantique et idéalisme par Miles Mathis L’évêque Berkeley Jamais la nature ne nous trompe ; c’est toujours nous qui nous trom- pons — Rousseau MÉCANIQUE QUANTIQUE ET IDÉALISME Préface À la fin de mon article sur les fondements du calcul différentiel et la dérivée, je suggérais que mes découvertes sur ce sujet étaient liées à la Mécanique Quantique. Cet article-ci fournit le lien. GGG Partie 1 La Mécanique Quantique fait face aujourd’hui à deux problèmes majeurs, l’un mathématique et l’autre théorique. Le problème mathématique concerne l’accu- emulation, pendant le 20 siècle, d’une grande quantité d’heuristique. L’exemple parfait de cette heuristique est la renormalisation. Même son inventeur, Richard 1Feynman, appelait la renormalisation un « processus farfelu » . Il y a beaucoup de processus farfelus dans la Mécanique Quantique, quoique peu soient aussi farfelus que la renormalisation. Feynman et beaucoup d’autres noms fameux de la Méca- nique Quantique furent responsables d’un grand gâchis mathématique. Ce gâchis devra être nettoyé tôt ou tard. L’autre problème de la MQ est théorique, et c’est ce dont cet article va parler. Bohr et Heisenberg furent à l’origine de beaucoup de pagaille théorique dans la epremière partie du 20 siècle, et cette pagaille fut augmentée et multipliée par bien d’autres depuis lors, au long des années. À cette époque, le meilleur com- mentaire sur ce désordre fut sans doute apporté par Karl Popper.

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Publié le 16 février 2014
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Mécanique Quantique et idéalisme
parMiles Mathis
L’évêque Berkeley
Jamais la nature ne nous trompe; c’est toujours nous qui nous trom-pons— Rousseau
MÉCANIQUEQUANTIQUE ET IDÉALISME
Préface À la fin de mon article sur les fondements du calcul différentiel et la dérivée, je suggérais que mes découvertes sur ce sujet étaient liées à la Mécanique Quantique. Cet article-ci fournit le lien.
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Partie 1 La Mécanique Quantique fait face aujourd’hui à deux problèmes majeurs, l’un mathématique et l’autre théorique. Le problème mathématique concerne l’accu-e mulation, pendant le 20siècle, d’une grande quantité d’heuristique. L’exemple parfait de cette heuristique est la renormalisation. Même son inventeur, Richard 1 Feynman, appelait la renormalisation un «processus farfelu» .Il y a beaucoup de processus farfelus dans la Mécanique Quantique, quoique peu soient aussi farfelus que la renormalisation. Feynman et beaucoup d’autres noms fameux de la Méca-nique Quantique furent responsables d’un grand gâchis mathématique. Ce gâchis devra être nettoyé tôt ou tard. L’autre problème de la MQ est théorique, et c’est ce dont cet article va parler. Bohr et Heisenberg furent à l’origine de beaucoup de pagaille théorique dans la e première partie du 20siècle, et cette pagaille fut augmentée et multipliée par bien d’autres depuis lors, au long des années. À cette époque, le meilleur com-mentaire sur ce désordre fut sans doute apporté par Karl Popper. Mais il y avait deux problèmes avec le commentaire de Popper. Un, Popper n’était pas un physi-cien professionnel ou un initié, et il fut donc traité avec condescendance et même ridicule. Cela signifie que ses arguments ne furent pas rejetés sur une base lo-gique ou scientifique, mais sur une base sociale. La plupart des physiciens n’ont jamais ressenti le besoin de lire Popper ou de répondre à sa critique. Il est de-venu une sorte d’évêque Berkeley. C’est déplorable, car Popper était sans doute le plus à même de résoudre les paradoxes et les énigmes de la MQ. Deux, Popper fut souvent inutilement complexe dans ses arguments. Il était moins abstrus ou bavard que beaucoup de ses contemporains, mais même les arguments les moins e complexes à cette époque furent jugés encombrants. Le 20siècle continuait la tra-dition consistant à préférer des traités impénétrables. Les phrases sont peut-être devenues plus courtes et les virgules moins fréquentes, mais les maths, la phy-sique et la philosophie contemporaines ont remédié à cela par une prolifération incroyable de variables et de termes. On peut ajouter un troisième problème à la critique de Popper : il a combiné la terminologie de la philosophie avec la terminologie de la physique. Les physiciens
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1.Électrodynamique Quantique, chap. 4, 13.
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qui étaient déjà inondés de termes et de variables auraient du en apprendre une nouvelle liste complète pour pouvoir suivre ses arguments. Mais les physiciens du e 20 siècle,plus que tous les physiciens de l’histoire, étaient des spécialistes. Ils n’étaient pas des généralistes et on ne pouvait pas leur demander de connaître la terminologie de la philosophie. Ils étaient aussi plus arrogants : la plupart de-mandaient au monde d’apprendre leur terminologie mais ne se préoccupaient pas d’apprendre eux-mêmes la terminologie d’autres domaines.
La manière la plus rationnelle — afin de réduire cette brèche — aurait été de parler une langue commune. Popper aurait du fuir le jargon de la science et de la philosophie et essayer de les décomposer en un langage plus simple et plus direct. Cela l’aurait rendu bien plus compréhensible. Malheureusement, le milieu conspira contre cette possibilité. Popper sentait qu’il devait prouver sa stature in-tellectuelle et pour cela il n’a pas osé parler le langage simple des gens du peuple. Dans tous les cercles académiques, on se faisait approuver par un langage spécia-lisé. Du fait que Popper se sentait observé à la fois par les philosophes et par les scientifiques, il a cru nécessaire d’inclure la plupart des termes et des variables venant des deux disciplines. Cela rend ses articles presque illisibles pour les scien-tifiques. Il avait passé des années à étudier leur domaine, mais la plupart d’entre eux n’avait pas pris la peine d’étudier le sien. Ils n’étaient donc pas en position de pénétrer ses arguments. La seule façon pour eux de se protéger contre cette incapacité à comprendre était de nier qu’il y avait quoi que ce soit à comprendre. D’emblée, ils rejetèrent tout bonnement Popper comme un simple amateur.
Dans tous mes arguments, dans tous mes divers articles, j’ai essayé de corriger les erreurs formelles de Popper. Ce qui veut dire que j’ai choisi d’ignorer ou de traduire en langage commun toutes les variables et les termes qui n’étaient pas absolument nécessaires au point discuté. Comme on pouvait s’y attendre, cela a nui a ma crédibilité à court terme. La science fait des discours enflammés sur la grâce et la simplicité mais n’est impressionnée par aucune des deux. Elle est au contraire impressionnée par le langage à la mode des spécialistes, des tonnes de variables et autres ésotérismes préconçus. Mais je pense que dans le long terme, il deviendra impossible d’ignorer des affirmation vraies, déclarées sans détour. Pop-per restera toujours impénétrable, quoi qu’il se passe dans le domaine de la science ou en dehors. Il restera au-delà de la compréhension de la plupart des scientifiques de façon permanente. Mes articles, compréhensibles mais impopulaires, resteront patiemment là, disponibles, jusqu’à ce que le statu quo soit fatigué d’aller battre la mauvaise brousse. Finalement, les scientifiques trouveront une raison pratique pour corriger leurs équations.
L’erreur de base de la Mécanique Quantique est une erreur théorique. Pour par-ler encore plus directement, il s’agit d’un manque de précision dans la définition des termes. Afin de comprendre ce que je veux dire, rappelez-vous mes longues discussions sur la définition du point. J’ai montré en grand détail et dans un lan-gage simple que nous devons faire la différence entre un point réel et un point
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mathématique [voir mon articleUne Redéfinition de la Dérivée]. À travers l’His-toire, nous avons raté l’occasion bien des fois de faire la différence, et cela nous a coûté la clarté dans beaucoup de domaines. Cette imprécision provient des fonde-ments mêmes du calcul différentiel et a depuis infecté tous les domaines physiques et mathématiques.
Ceux ayant compris mes arguments concernant le point verront que le pro-blème de base consiste à prendre les mathématiques pour la réalité. Les maths appliquées représentent la réalité mais ne sont pas la réalité elle-même. Un point mathématique représente un point physique mais n’est pas ce point lui-même. Ce n’est pas juste une question métaphysique ou de sémantique, car la différence entre le point mathématique et le point physique n’est pas seulement une question de mots ou d’idées. La différence entre les deux points peut être exprimée en lan-gage mathématique précis. Il n’y a rien de « flou » là dedans. Un point physique ne possède pas de dimension mathématique. Un point mathématique possède au moins une dimension mathématique (et plus souvent, en possède deux ou plus). Vous pouvez faire des calculs mathématiques sur un point mathématique mais vous ne pouvez pas faire de calcul mathématique sur un point physique. C’est pourquoi nous avons créé le point mathématique en premier lieu : pour pouvoir faire des maths.
Le problème fondamental de la Mécanique Quantique est un problème de la même nature. C’est prendre les maths pour la réalité. La théorie actuelle de la MQ commence par la supposition que l’onde de probabilités est la réalité. Mais l’onde de probabilités est mathématique. Les maths ne peuvent pas être la réalité. Les mathsreprésententla réalité, mais elles ne sont pas équivalentes à la réalité.
L’erreur principale d’Heisenberg ne résidait donc pas dans ses maths mais dans l’interprétation de ces maths. Il fit une simple erreur définitionnelle, celle d’éga-liser les maths et la réalité. Bohr accepta cette erreur et elle devint la fameuse interprétation de Copenhague, et la physique des particules l’a suivie depuis lors. Tous les plus grands paradoxes dans la MQ sont causés par cette erreur. La su-perposition et l’intrication, par exemple, sont toutes deux causées par le fait de prendre les maths pour la réalité. La superposition fut historiquement juste une addition d’amplitudes d’ondes. Dans la MQ, ces ondes sont des ondes de probabi-lités, et donc la superposition semble impliquer, dans certaines circonstances, une existence multiple. Le chat de Schrödinger est à la fois vivant et mort jusqu’à ce que nous ouvrions la boîte.
Le problème entier repose dans la supposition que les mathématiques sont la réalité. Elle ne le sont pas. Les maths sont les maths et la réalité est la réalité. Les maths dans la MQ sont statistiques. L’onde est une onde de probabilités. Il s’ensuit que les maths ne peuvent jamais transcender la probabilité. Les maths probabilistes ne peuvent pleinement représenter la réalité. Même les mathéma-tiques régulières ne peuvent entièrement représenter la réalité, en ceci que les
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dimensions seront toujours incommensurables : des champs mathématiques ne peuvent correspondre à des champs physiques, du fait que vous ne pouvez pas re-présenter mathématiquement (ou dessiner) une variable à zéro dimension. Mais les maths probabilistes représentent encore moins complètement la réalité, pour des raisons évidentes. Les maths probabilistes ne nous donnent rien d’autre que des probabilités.
Tout ceci était du domaine du sens commun dans le passé. Les mathématiciens comprenaient que les probabilités étaient des probabilités. Les probabilités étaient e imprécises du fait même de la définition du mot. Mais les scientifiques du 20siècle ne pouvaient vivre avec cette imprécision. Ils étaient si fiers de leur nouvelle théo-rie qu’ils ne pouvaient admettre que cela ne représentait pas la pleine expression de la réalité. Ils ne pouvaient vivre avec cette « brèche » dans la connaissance. Ils comblèrent donc cette brèche par la force brute. Ils définirent la probabilité comme étant la réalité. Ils déclarèrent, en fait, «Ceci est ce que nous savons. Nos maths sont tout ce que nous savons et tout ce que nous pouvons savoir. Elles sont donc la réalité pour nous. Elles sont donc La Réalité».
La chose la plus ironique historiquement est que tout ceci est l’exact reflet de l’idéalisme de l’évêque Berkeley. Berkeley est l’un des méchants loups des ma-thématiciens et des physiciens. Selon leurs standards, il commit deux fautes cardi-nales. Premièrement, il était anti-matérialiste. Deuxièmement, il contredisait New-ton. Ils n’ont jamais pu lui pardonner ces affronts. J’ai discuté assez en détail sa critique de Newton dans un autre papier. Sa critique du matérialisme se ramène à ceci : « Nos idées représentent tout ce que nous savons et pouvons savoir. Nos idées sont donc notre réalité. Il s’ensuit que l’existence d’objets matériels n’est rien d’autre qu’un préjugé. Elle est non prouvée et non prouvable».
L’idéalisme de Berkeley a toujours été impopulaire chez l’homme moyen, pour des raisons évidentes. Il est considéré comme contre-intuitif. Il est encore plus im-populaire chez les scientifiques, pour des raisons évidentes aussi. Les scientifiques e sont matérialistes. Jusqu’au 20siècle, la première supposition de la science était que le monde physique existe. La Mécanique Quantique a renversé cette suppo-sition. Ce qui existe pour le physicien moderne, ce sont les mathématiques. En comblant la brèche entre probabilités et réalité, Heisenberg fit des maths la réa-lité. Mais les maths sont une abstraction et donc une idée. De ce point de vue, les physiciens modernes sont des idéalistes. Ils ont accepté l’argument de Berkeley sans même le réaliser.
La plus importante différence entre Heisenberg et Berkeley, c’est que l’argu-ment d’Heisenberg concerne directement les mathématiques. L’idée des maths est la graine qui ensemence l’idéalisme. Mais cela fait de l’idéalisme d’Heisenberg quelque chose de facilement réfutable. Pour réfuter l’idéalisme d’Heisenberg, tout ce que j’ai à faire est de définir la brèche entre ses maths et la réalité en utilisant ses propres maths. J’ai déjà réalisé cela. J’ai montré que la brèche entre un point ma-thématique et un point physique n’est pas juste un présupposé. Cette brèche peut
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être définie en termes mathématiques précis. Un point physique possède zéro di-mension. Un point mathématique possède une ou plusieurs dimensions. Ces deux définitions ne sont pas des présupposés métaphysiques. Elles sont des déclara-tions mathématiques avec un contenu réel. Pour le dire d’une autre manière : le « champ » de la réalité est toujours au moins d’une dimension inférieure àtoute mathématique. Cela doit être ainsi, en vertu de toutes les règles de la logique et en vertu de la définition de « mathématique », de « champ » et de « nombre ». Cela signifie que la brèche entre maths et réalité ne peut être comblée [pour une réfutation plus formelle de l’interprétation de Copenhague, voyez l’Annexe].
Ce que le statut existentiel entend par « mathématique » ou par « réalité » n’importe pas du tout. Peu importe que vous croyiez que l’un ou l’autre, ou les deux, existe ou pas, par n’importe quel signification du mot « existe ». La seule chose importante est que les mathématiques et la réalité ne peuvent pas et ne peuvent pas être logiquement équivalentes. Vous nepouvez pascombler la brèche. Vous ne pouvez pas affirmer que les mathématiques sont la réalité. Si vous le faites, vous commettez une erreur logique et mathématique. Vous êtes inconsis-tant, puisque vous dites que les mathématiques sont votre outil ou terme opéra-tionnel principal, puis vous jetez par dessus bord une découverte logique de ces mathématiques à votre seul avantage.
De ce point de vue, l’idéalisme mathématique est le préjugé. Heisenberg dé-clare les mathématiques comme étant premières dans sa définition de la réalité, puis il s’en va combler la brèche entre les mathématiques et la réalité à seule fin de combler son propre désir. Mais ses propres maths définissent cette brèche. Pour combler la brèche, il doit ignorer ses propres maths. Faisant cela, il tue son propre dieu, assassine sa propre logique. Vous ne pouvez accepter des maths pour aller d’un point A à un point B, puis ignorer ces mêmes maths pour aller du point B au point C. C’est ce que fait Heisenberg et c’est ce que fait la Mécanique Quantique.
Vous allez dire que les maths de la MQ ne sont pas des maths traditionnelles, et que donc mes arguments ne sont pas valides. Mais les maths de la MQ sont dérivées des maths traditionnelles. La MQ n’a pas supplanté le calcul différentiel, l’algèbre linéaire et vectorielle etc. Les fondements des maths n’ont pas changé. Ma définition de la brèche, en tant que séparation nécessaire de dimentionalité, doit affecter la MQ aussi sûrement qu’elle affecte toutes les autres maths ou sciences. De plus, il est facilement démontrable mathématiquement que les maths des pro-babilités créent une brèche encore plus importante que le calcul différentiel, l’al-gèbre linéaire et ainsi de suite, pas une brèche plus petite. C’est tout ce que j’ai besoin de démontrer. Je n’ai même pas besoin de le démontrer, il me suffit de rap-peler au lecteur que c’est déjà accepté par tout le monde, y compris par ceux dans 2 3 la MQ, dans l’EDQ, dans la CDQet la théorie des cordes. Personne, dans l’His-toire du monde, n’a jamais argué que les maths des probabilités sont plus précises
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2. ÉlectrodynamiqueQuantique. 3. ChromodynamiqueQuantique.
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que l’addition ou la soustraction. Mais la seule façon de contrer mon argument serait de suggérer que les maths des probabilités combleraient d’une manière ou d’une autre cette brèche, simplement en étant des maths des probabilités. La défi-nition de «probabilité »,en elle-même, nous impose le contraire.
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Partie 2 Cette section adresse l’idéalisme de Berkeley et il se peut donc qu’il soit de peu d’intérêt pour certains. Il peut être vu par quelques-uns comme un morceau de philosophie corrompant un article scientifique ou comme un morceau d’histoire poussiéreuse soufflé par un vent malade. J’encourage ceux qui voient les choses de cette manière à sauter directement à la conclusion ou à quitter ici, car de par leur propre définition de la science, j’ai terminé mon argumentation scientifique [excepté pour l’Annexe]. Mais je crois que les autres reconnaîtront que puisque je viens juste de relier la MQ à l’idéalisme, il peut être intéressant, d’un point de vue historique ou autre, de voir comment mon nouvel argument affecte les anciens (pour certains) arguments qui sont toujours de mise de nos jours. Car évidemment la question suivante est : puis-je utiliser mon nouvel argument pour contrer l’idéalisme de Berkeley aussi ? Je le peux, puisque mon argument ci-dessus me donne la méthode. Certains lecteurs penseront, après avoir lu mon long papier sur le calcul différentiel, que je suis un supporter ou un apologue de Berkeley. Je ne le suis pas. Je trouve certaines de ses critiques sur Newton tranchantes, mais son idéalisme ne me tente pas du tout. Juste comme pour l’idéalisme d’Heisenberg, je n’ai pas besoin de décrire la réalité pour réfuter l’idéalisme de Berkeley. Je n’ai pas à lui donner de paramètres définis ni de discuter une quelconque de ses caractéristiques. Tout ce que j’ai à faire, c’est de prouver une nécessaire inéquivalence entre ses deux catégories,idée etréalitéessaye de combler le fossé entre idée et. Berkeley, comme Heisenberg, réalité. Il déclare qu’elles sont logiquement indistinguables — la caractéristique distinctive étant la dimentionalité du champ. Eh bien, il se fait que l’idée de Berke-ley et la réalité se distinguent exactement de la même façon. La dimentionalité du champ. Mais au lieu de dimensions mathématiques, nous substituons des niveaux d’abstraction. Tout comme un terme ou variable mathématique est au moins un niveau d’abstraction au-dessus de la réalité qu’il ou elle représente, toute idée doit être au moins un niveau d’abstraction au-dessus de la chose qu’elle représente. Le truc de Berkeley consiste, pour commencer, à ne pas définir précisément ce qu’est une « idée ». Une idée est une représentation d’une autre chose. Une idée ne peut pas être sa propre cause. Elle ne peut pas se représenter elle-même. Une idée est une abstraction qui implique toujours un générateur. Une idée non
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générée est une contradiction dans les termes, car une idée non générée n’aurait aucun contenu. Le contenu d’une idée doit provenir de l’extérieur de l’idée.
Berkeley peut dire que les maths sont juste une idée qui représentent une autre idée, la première idée étant les maths et la seconde idée étant ce que nous appe-lons réalité. Mais même si nous acceptons cela, nous devons noter qu’il assume encore la représentation et la séparation. Une idée est une chose qui représente une autre chose, et ces deux choses sont séparées. Les maths ne sont pas la réa-lité. La première idée n’est pas équivalente à la seconde idée. La première idée représente la seconde idée, et est une abstraction de celle-ci. De même, la seconde idée — si c’est une idée — doit représenter quelque chose d’autre. Si ça représente cette autre chose, alors c’est séparé de cette autre chose.
En utilisant cette seule logique, on peut démontrer queidéeetréaliténe peuvent être équivalentes. Par définition, il doit exister une séparation entre une idée et ce qu’elle représente. De ce point de vue, je peux toujours rester en avant de Berkeley. Chaque fois qu’il appelle ma réalité une idée, je peux demander que cette idée ait un générateur. Je n’ai même pas besoin de dire ce que ce générateur doit être. Il peut être aussi nébuleux que je le désire; il n’affectera pas ma logique. Berkeley dira : « OK, démontrez-moi ce qui cause mon idée ». Mais je n’ai pas besoin de faire cela. Je n’ai pas besoin de montrer une cause spécifique ou une caractéris-tique quelconque de cette cause, je dois seulement prouver la nécessaire existence logique d’une cause. Une idée est une représentation. Une représentation doit re-présenter quelque chose. Je dis à Berkeley : «Cette chose que votre dernière idée représente, dans votre suite d’idées, je l’appelle réalité ». Je peux la définir aussi généralement que cela et gagner quand même.
Sa seule défense consiste à nier qu’une idée est une représentation. Il dira : « Votredéfinition présuppose ce que vous désirez prouver. Définir une idée en tant que représentation demande une suite infinie de causes, et vous appelez simple-ment la limite de cette série réalité. Mais je nie qu’une idée est une représentation. Je proclame qu’une idée peut n’avoir aucune cause ou générateur. Elle peut naître spontanément, à partir de rien. Qu’est-ce que vous répondez à ça? ».
Je réponds que la charge lui revient maintenant de nous montrer une idée qui ne représente rien, qui est non générée. Logiquement, on ne me demande pas de décrire les caractéristiques de la réalité ultime. Tout ce que j’ai à faire est de prouver que toute idée comme représentation implique nécessairement une sépa-ration entre ce qui représente et ce qui est représenté. Cette séparation l’empêche de pouvoir proclamer l’équivalence entreidéeetréalité, quelque soit la façon dont celles-ci sont définies. Mais s’il nie que les idées sont une représentation, alors ce n’est plus une affirmation logique, c’est une affirmation existentielle. Il proclame que des idées non générées existent; il doit donc nous en montrer au moins une.
Voyez cela comme suit : je peux facilement donner un exemple d’une idée qui représente quelque chose d’autre. Celle-ci, par exemple : « J’ai l’idée d’un livre
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dans ma tête. C’est une idée d’un livre qui se trouve maintenant sur le guéridon de ma chambre à coucher». Berkeley dira que le livre dans la chambre est juste une autre idée dans ma tête, mais ce n’est pas cela l’important. L’important est qu’il y a une séparation d’idées. Les deux idées ne sont pas équivalentes, comme je peux le prouver en marchant jusqu’à ma chambre et en trouvant le livre imaginé. J’ai maintenant une suite de trois idées, toutes d’un contenu similaire : 1. l’idéed’un livre 2. l’idéeque la première idée correspond à un livre dans ma chambre 3. l’idéeque je suis allé dans ma chambre et ai trouvé ce même livre. Vous voyez que même en le disant dans la terminologie de Berkeley, nous avons une représentation et une séparation. Nous n’avons pas trois idées apparaissant spontanément de nulle part. Nous avons une suite d’idées, chaque idée étant reliée à la suivante.
Mais Berkeley ne peut pas nous donner un exemple d’idée non générée. À chaque idée qu’il va nous présenter, nous pourrons trouver un générateur. Nous pouvons habituellement la relier non pas à une, mais à une multitude d’idées précédentes. Même les soi-disant idées innées sont générées; elle n’apparaissent pas spontanément. Au contraire, les idées innées sont tout simplement la mémoire des espèces. Les animaux connaissent toutes les choses qu’ils font parce que leurs cellules ont trouvé le moyen de codifier la connaissance de l’espèce. Si cela est vrai, alors cette codification est tout simplement de la mémoire. La mémoire n’est pas constituée d’idées non générées, elle est faite d’idées générées. La mémoire est l’entreposage complexe d’expériences.
Berkeley pourrait argumenter que nous ne pouvons pas prouver au-delà de tout doute que chacune de ces idées précédentes a causé l’idée donnée, et c’est vrai. L’esprit ou la cellule ne garde pas un enregistrement de toutes ses actions; ou, s’il ou elle le fait, cet enregistrement ne nous est pas encore disponible. Mais nous n’avons pas besoin d’un enregistrement. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de sens commun. La réponse logique à Berkeley est celle-ci : «Si vous admettez qu’il existe des milliers de sensations ou d’idées qui ont pu causer une certaine idée, pourquoi auriez-vous besoin de postuler que cette idée a été générée spontané-ment ?C’est comme de trouver un homme fou plein de sang dans une boucherie avec un cadavre et des milliers de couteaux à côté de lui. Vous remarquez que le cadavre a sa gorge tranchée. Est-ce que vous postulez que : 1. lemeurtre a été commis avec l’un de ces milliers de couteaux 2. l’hommeest mort de cause naturelle et sa gorge s’est ouverte spontanément par sa propre volonté? » Nous n’avons pas besoin d’imaginer que les idées apparaissent spontanément, puisqu’il est extrêmement facile de trouver des générateurs. À partir du moment où un bébé ouvre ses yeux, son existence entière est un générateur d’idées. Sans aucun doute, l’esprit du bébé possède plein d’outils lui permettant de collecter,
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de combiner, de catégoriser et de réduire toutes ces idées générées. Mais même si nous décidons d’appeler certains ou tous ces outils « idées innées », nous ne pouvons pas atteindre l’idéalisme de Berkeley. La théorie de Berkeley requiert que toutesles idées soient des idées innées. Siune seuleidée a été générée de l’exté-rieur, cela entraînerait l’existence d’un extérieur, ce qui prouverait qu’il existe une réalité extérieure, ce que nie Berkeley.
Maintenant que j’ai critiqué la base historique de l’idéalisme, je pense que cela vaut la peine de préciser que Berkeley lui-même n’a jamais argumenté aussi loin dans sa propre défense que je l’ai fait pour lui. Il n’a jamais argumenté que les idées étaient des idées innées ou que les idées n’étaient pas des représentations. Dans The Principles of Human Knowledge, il accepte qu’une idée doit être «perçue ».Par perception, il entend « gravée dans l’esprit ». Il accepte également que certaines idées sont gravées directement dans les sens. Il croit aux sens. Pour moi, tout ceci implique de la représentation. De plus, cela implique à la fois un percepteur et une chose perçue. Berkeley accepte explicitement l’existence du percepteur, qu’il appelle «esprit, âme ou moi-même ». Mais il n’accepte pas l’existence matérielle de la chose perçue, excepté quand elle est perçue (auquel cas elle est équivalente à l’idée de cette chose). Son argument est celui-ci : nous ne pouvons lister ou imaginer aucune caractéristique d’une chose au-delà de la connaissance sensible que nous avons d’elle. Son existence est la somme de ses caractéristiques sensibles. Il s’ensuit que lorsqu’elle n’est pas perçue par les sens, elle n’existe pas.
Vous pouvez voir immédiatement que l’argument de Berkeley rentre dans ma critique d’Heisenberg bien plus vite que je ne l’avais admis jusqu’ici. Je n’ai pas be-soin d’adresser le problème des idées innées ou des idées non générées. Je peux li-miter ma critique à mon argument logique initial, et cet argument est précisément celui que j’ai utilisé contre l’idéalisme d’Heisenberg. Cet argument logique est que les perceptions doivent avoir une cause en dehors de la perception elle-même. La cause de la perception est l’objet extérieur. L’existence de l’objet extérieur est dé-finie par sacapacitécauser la perception. Le fossé entre l’objet extérieur et laà perception ne peut pas être comblé, car il y a séparation logique nécessaire entre les deux. Ils se trouvent à des niveaux différents de causalité et d’abstraction, et ils ne peuvent pas être équivalents.
Selon cet argument, il n’importe pas que l’objet extérieur possède des carac-téristiques en plus de celles qui sont perçues ou non. L’argument de Berkeley est creux, car je peux facilement accepter son affirmation que rien n’existe dans l’ob-jet perçu exceptées des qualités pouvant être perçues par les cinq sens, et encore falsifier son idéalisme. Je peux le faire parce que je ne définis pas l’existence par des qualités « objectives » — ou par des caractéristiques essentielles qui trans-cendent ou sous-tendent les caractéristiques perçues directement. Je définis l’exis-tence comme étant la capacité à causer des perceptions dans un percepteur, et c’est tout.
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Il est intéressant de noter que John Ruskin produisit un argumentaire similaire
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en 1856. Il le présenta de cette manière : « La couleur bleu ne signifie pas la sensation causée par une gentiane [fleur] sur l’œil humain; mais elle signifie le pouvoir de production de cette sensation; et ce pouvoir est toujours là, dans la chose, que nous soyons là pour l’expérimenter ou pas, et il resterait présent même 4 s’il n’y avait plus un seul homme sur la Terre pour l’observer» .
Berkeley nie l’existence matérielle parce qu’elle ne possède pas de caractéris-tique propre. Ruskin et moi-même contournons ceci en définissant l’existence ma-térielle non pas par un ensemble de caractéristiques exclusives et objectives, mais par le pouvoir de causer des perceptions. De cette manière, nous pouvons agréer que l’existence de l’objet est d’une certaine façon la somme des perceptions pos-sibles, mais nous n’agréons pas que l’objetconstitueces perceptions. Juste comme avec Heisenberg, il existe un fossé logiquement et mathématiquement nécessaire entre la perception et la cause de celle-ci. Ce fossé ne peut pas être comblé. Com-bler ce fossé constitue une contradiction logique puisque cela implique que la per-ception et la cause de la perception sont équivalentes. Elle ne peuvent être équiva-lentes, et ceci est garanti par définition, y comprises la définition de «perception » et la définition de « représentation ». La perception et la cause de la perception sont axiomatiquement séparées, tout comme «maths »et «réalité »sont axioma-tiquement séparées.
Pour le dire d’une dernière manière : Berkeley admet que les idées peuvent être gravées dans l’esprit. Eh bien, «graver »est un verbe actif. Il requiert un sujet. Une idée doit être gravée par unquelque chose. Une idée ne peut être gravée parrien. Le quelque chosequi grave est la chose externe à l’esprit. J’appelle cette chose un objet. Son pouvoir de graver des idées dans un esprit, je l’appelle existence externe à l’esprit. De cette manière, mon argument n’est pas différent de l’argument non-dit de Berkeley pour l’existence de l’esprit. Il dit qu’une idée doit être gravée quelque part. Graver implique un endroit pour graver. Vous ne pouvez pas gravernulle part. Vous devez graverquelque part. Lequelque partoù est gravé l’idée, il l’appelle espritoumoi-même. Sa capacité à recevoir une empreinte définit son existence. Logiquement, comment peut-on accepter un argument et pas l’autre? Comment peut-on accepter un sujet percepteur et ne pas accepter un objet de perception? La réponse est qu’on ne le peut pas si l’on veut rester consistant.
Au nom de la minutie, je sens que je dois adresser un dernier argument de Berkeley. J’ai dit qu’il n’adresse pas le sujet des idées innées; mais il adresse le sujet d’idées non directement générées par des sensations. Cette classe d’idées, il l’appelle rêves. Cet argument a historiquement été considéré l’un des arguments les plus fascinants de Berkeley, quoique je ne puis dire précisément pourquoi. Il déclare que si nous pouvons montrer des instances définies d’idées créées sans l’empreinte d’«objets matériels», alors nous pouvons imaginer quetoutesles ins-tances d’empreintes sont achevées de la même manière. Un matérialiste ne peut
4.Modern Painters, vol. iii, pt. 4, “Of the Pathetic Fallacy.”
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