19 pages
Français

Anthropologie du Levant espagnol chalcolithique - article ; n°3 ; vol.1, pg 167-184

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1984 - Volume 1 - Numéro 3 - Pages 167-184
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1984
Nombre de lectures 30
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

R. Riquet
J. Ma. Basabe
Anthropologie du Levant espagnol chalcolithique
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XIV° Série, tome 1 fascicule 3, 1984. pp. 167-184.
Citer ce document / Cite this document :
Riquet R., Basabe J. Ma. Anthropologie du Levant espagnol chalcolithique. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, XIV° Série, tome 1 fascicule 3, 1984. pp. 167-184.
doi : 10.3406/bmsap.1984.3930
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1984_num_1_3_3930Bull, et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, t. 1, série XIV, 1984, p. 167-184.
ANTHROPOLOGIE
DU LEVANT ESPAGNOL CHALCOLITHIQUE
par R. Riquet et J. Ma. Basabe
Au cours de l'été 1969, les auteurs ont repris l'étude de tous les documents
anthropologiques accessibles détenus par les Musées de Valence (Conserv. :
M. Fletcher Vails), d'Alcoy (Conserv. : M, Pascual), de Villena :
M. Soler Garcia), ď Alicante : M. Llobregat) et d'Almeria :
M. Garcia Jimenez). Par manque de temps, ils ont négligé quelques petites col
lections gardées par des institutions trop tardivement repérées et des musées de
village. Le tout ne doit pas dépasser une dizaine de pièces dont probablement la
moitié d'inutilisables.
Notre travail fut grandement facilité par les conseils et introductions de M.
Le Professeur S. Alcobé Noguer, maître de l'anthropologie espagnole. Nous ne
saurions trop louer l'heureuse alliance de la science, de la sagesse et de la court
oisie' dont il donne un exemple qu'on aimerait qualifier de contagieux. Nous
remercions aussi les conservateurs des musées que nous avons énumérés et soul
ignons au passage l'importance du Musée Archéologique de Valence qui possède
toutes les prérogatives d'un véritable institut pouvant servir de modèle à bien
des villes de France ou d'Espagne. C'est d'ailleurs le siège du Service d'Investi
gations Préhistoriques.
Les documents que nous présentons ici ont été signalés antérieurement dans
la proportion des 2/3 environ mais la grande majorité n'avait pas bénéficié
d'une étude véritable. Les données tirées de la littérature seront scrupuleusement
indiquées. A ce sujet, nous devons noter qu'à de rares exceptions près, les sujets
que nous avons examinés ne figurent pas dans la magistrale étude de M. Fusté
Ara consacrée aux populations néo-énéolithiques du « Pais valenciano » (1957).
En ajoutant les deux séries, celle de Fusté et la nôtre, on disposera désormais
d'un tableau assez probant de l'humanité néolithique du Levant encore que les
méthodes statistiques réclament toujours plus de chiffres. C'est pourquoi nous
avons ajouté quelques documents étudiés par Barras de Aragon.
\ I. — LE PROBLÈME CHRONOLOGIQUE
Nous ne le soulevons ici que par scrupule, afin de mieux montrer les limites
de notre étude.
En effet nous avons groupé tous nos ossements comme s'ils provenaient de
sépultures synchrones, ce qui n'est probablement pas le cas.
Durant le Néolithique ancien, il existe peut-être une phase antécardiale que
les auteurs valentins, tout particulièrement M. Tarradell, ont eu le mérite
d'entrevoir aux grottes de la Cocina à Dos Aguas, et de Llatas, à Andilla 168 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
(Valence). Nous n'avons pas d'ossements humains pouvant se rapporter à cette
hypothétique période.
Toujours au Néolithique ancien, la phase céramique décorée par impression
de coquilles de Cardium est magnifiquement illustrée par les fouilles de la célè
bre grotte de la Sarsa en Bocairente (Valence) et celles de la grotte de l'Or en
Beniarres (Alicante) pour ne pas parler des petites cavernes de Montgô, des Cend
res, du Barranc del Castellet, des Meravelles, des Mates, de Petroli ou du vi
llage préhistorique de la Casa de Lara. Il n'est guère possible que nos sujets de
la Sarasa, de la Cueva de l'Or ou de celle de Montgô se placent à cette phase du
Néolithique. Nous leur avons donc fait, à regret, rejoindre le peloton des trou
vailles chalcolithiques. Presque tous proviennent effectivement des couches supé
rieures et non de celles à céramique « cardiale ».
On n'a pas trouvé, au pays de Valence, de traces indubitables du Néolithique
moyen si clairement présenté en Catalogne par la civilisation des sépultures indi
viduelles en fosses et à poterie inornée, lointaine parente des civilisations de la
Lagozza (Piémont) et de Chassey (Côte d'Or). La civilisation néolithique dite
almérienne, que Tarradell considère, à très juste titre, comme très différente de
celle des sépultures en fosse catalanes par ses tombes collectives d'allure paramé-
galithique et sa céramique inornée plus grossière, n'a pas davantage laissé de
vestiges dans la région de Valence. Peut-être le dépôt de bracelets de coquilles de
pétoncles de Penya Roj a (Alicante) et les niveaux inférieurs du village néolithi
que de Navarres (Valence) se classent-ils dans ce néolithique moyen encore mal
défini mais en tout état de cause nous ne voyons aucun squelette préhistorique à
placer ici. Les moins éloignés seraient ceux de Calaceite (Teruel) mais franche
ment hors de notre région.
Comme dans toute l'Europe, le Chalcolithique englobe la majorité des trou
vailles. Mais nous ne croyons pas du tout que le Chalcolithique valentin forme
une séquence culturelle bien définie. Il nous paraît en effet difficile de placer sur
un même plan les mobiliers de la grotte de la Pastora (Alcoy) et de celle de
Rocafort ou de la station de la Ereta de Pedregal (Navarres). Il y a probable
ment place pour un Néolithique final ou Chalcolithique initial avec très peu de
métal, dépourvu de poignards de cuivre. Une seconde phase pourrait comprend
re les niveaux à et à pointe de flèche à soie, en cuivre. Mais nous
n'avons pas la compétence requise pour établir des séquences qui, de toute évi
dence, sont difficiles à individualiser dans les sépultures collectives valenciennes
aussi souvent réutilisées que celles du Midi français.
Le Néolithique, sensu lato, c'est-à-dire prolongé par le Chalcolithique ou
Enéolithique, s'étiole dans un Bronze ancien aux contours mal définis tout au
moins en ce qui concerne les types métalliques d'allure tout à fait chalcolithique.
C'est pourquoi les documents osseux de Campello, Onteniente, Pena de la
Duena et autres n'ont pas été dissociés de ceux du Chalcolithique. Nous n'avons
donc pas séparé le Bronze ancien valencien, tel que le conçoit M. Tarradell, du
Chalcolithique. Il s'agit d'une attitude provisoire.
Par contre, nous avons laissé de côté les restes qui appartiennent à la civilisa
tion indubitablement métallique d'El Argar, encore que certaines sépultures col
lectives d'Alicante, sépultures qui feront l'objet d'un autre travail ne se classent
pas si facilement.
En attendant que les valeureux préhistoriens de Valence, Alicante, Alméria, RIQUET ET J. Ma. BASABE. — LE LEVANT ESPAGNOL CHALCOLITHIQUE 169 R.
Villena et Alcoy aient la chance de mettre la main sur les bonnes stratigraphies
qui finiront bien par se présenter, il faudra se contenter de nos arrangements. Il
n'en allait pas autrement en France il y a encore une vingtaine d'années.
II. — LES MATÉRIAUX
Pour des raisons de commodité, nous les avons répartis par musée.
A — Musée de Valence
1° Cueva (Cova ou Cove ta selon les auteurs) de l'Or, ci Beniares (Alicante)
De cette grotte, dont les quatre couches inférieures, à belles poteries cardia-
les, se placent dans la seconde moitié du quatrième millénaire (v. Pascual Perez)
nous avons retrouvé quelques documents anthropologiques qui malheureusement
ont souffert des injures du temps et proviennent probablement des couches supé
rieures.
La première pièce correspond à une mandibule qui paraît masculine mais
dont le menton s'arrondit trop régulièrememt pour qu'il y ait certitude.
La seconde est représentée par un pariétal droit infantile et les bordures
frontale, occipitale et pariétale gauche attenantes. C'est dire que les mensurat
ions que nous proposons ne correspondent qu'à des approximations.
Le troisième document se réduit à un occipital adulte masculin pourvu de
robustes crêtes nuchales se réunissant sur la ligne médiane pour former un
vigoureux bourrelet iniaque.
Un fragment postérieur de calotte crânienne masculine adulte, ayant appar
tenu à un sujet âgé dont les sutures sont en voie de disparition constitue le qua
trième témoignage des inhumations de la Cueva de l'Or. Il semble que le crâne
complet devait avoir un contour ovopentagonoïde en norma verticalis. L'occipit
al forme un chignon souligné au-dessus par un méplat obélique fréquent en
pareil cas. Vu d'arrière, la voûte est haute et déprimée sur la ligne médiane ce
qui prouve le plus souvent un début de sénilité. Les plans pariétaux sont parall
èles.
Ce quatrième individu était probablement dolichocrâne à voûte haute.
Les hommes de la céramique décorée au cardium sont mal connus. La Cueva
de l'Or n'apporte guère de lumière. Tout au plus le volume des crêtes nuchales
du n° 3 et l'épaisseur des os crâniens du n° 4 permettent-ils d'éliminer, pour ce
site, une composante gracile.
2° Cueva de la Sarsa (Bocairente, Valence)
De cette célèbre grotte à poterie cardiale, elle aussi, scientifiquement exploi
tée par San Valero Aparisi (1950) nous n'avons retrouvé qu'un crâne provenant,
paraît-il, des couches supérieures constituées par un ossuaire chalcolithique.
La pièce munie d'une forte glabelle paraît plutôt masculine en dépit du bom
bement du front. Elle fut mesurée par V. Lebzelter (1945). Nos évaluations ne
diffèrent guère des siennes et se résument comme suit : mésocrânie, voûte plutôt
basse, face et nez assez larges, orbites peu hautes.
On note au maxillaire une résorption du processus alvéolaire antérieur
jusqu'aux prémolaires inclusivement. La lésion qui n'est visible complètement 170 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
que du côté droit, mieux conservé, semble trop étendue pour qu'on songe à une
avulsion dentaire, dont l'Espagne, par ailleurs ne fournit pas d'exemples pro
bants. L'idée d'un traumatisme n'est pas non plus satisfaisante car on ne voit
aucune trace de fracture. Reste l'hypothèse d'une alvéolyse médiacale n'évo
quant pas fatalement de multiples caries mais quelque parodontose dont l'exacte
étiologie nous échappe totalement.
3° Cueva de Rocafort (Valence)
Cette cavité anciennement connue grâce à I. Ballester Tormo (1935-1939 et
1944) a fourni de nombreuses inhumations accompagnées d'un beau mobilier
souvent reproduit, comportant un poignard plat en cuivre type fréquent
parmi les tombes à campanif ormes.
Les vestiges humains n'avaient pas fait l'objet d'une étude à l'exception
d'une calotte infantile qui a retenu l'attention de S. Alcobé (1944).
Il ne reste du sujet n° 1 qu'une partie de calotte postérieure à faible cour
bure, ce qui ne paraît pas compatible avec une forme courte de l'ovoïde crânien.
L'âge du décès se situe probablement dans la seconde enfance si on en juge par
la morphologie tympano-mastoïdienne.
Le n° 2 est aussi représenté par une calotte postérieure aux sutures oblitérées,
porteuse de crêtes nuchales accentuées se rejoignant pour former un bec iniaque.
De volumineuses mastoïdes confirment l'appartenance au sexe masculin comme
l'épaisseur des zygomas.- En outre on distingue un léger chignon avec méplat
obélique.
Le n° 3 n'a laissé qu'un frontal soudé aux franges pariétales, rongé par les
rats dont le n° 2 fut aussi le régal. Ce frontal incomplet porte une glabelle
moyenne quant à son volume et une carène médiosagittale. Si l'âge adulte voire
sénile peut être retenu, notre attribution au sexe masculin ne présente aucune
garantie.
Un temporal gauche d'enfant correspond au n° 4.
En définitive la calotte infantile métopique n° 5 constitue le document le plus
intéressant. Sa remarquable planoccipitalie fut mise au compte d'une déformat
ion post-mortem par S. Alcobé (1944). Nous ne sommes pas convaincus par
cette hypothèse parce que ce calvarium ne présente aucune trace de plagiocépha-
lie et que la petite fracture transversale de la table externe qu'on voit au milieu
de la courbure temporale n'affecte en rien la régularité de la morphologie même
si cette fracture correspond à une discète plicature par pression antéro-
postérieure. Ce jeune brachycrâne, bien que pentagonoïde (selon Frassetto) pos
sède un occiput trop aplati pour qu'on refuse son apparentement à la femme
dinaroïde de Chiva décrite par Fusté. On soulève par là un problème important,
car au Chalcolithique et au Bronze ancien I les sujets dinaroïdes caractérisent
assez bien les peuplades à gobelets campaniformes du Rhin, de l'Elbe et du
Danube supérieurs pour ne pas parler des Iles Britanniques. Or en Espagne il y
a beaucoup de gobelets campaniformes mais peu de dinaroïdes. La proportion
de ces derniers décroît assez régulièrement du Rhin au Rhône, puis du Langue
doc à la Catalogne et au Pays de Valence.
A ces documents il faut ajouter quelques débris :
— un fragment de maxillaire gauche (masculin ?) dont la première molaire
présente une carie de la couronne, RIQUET ET J. Ma. BASABE. — LE LEVANT ESPAGNOL CHALCOL1THIQUE 171 R.
— une mandibule d'enfant d'environ 18 mois,
— quelques débris de rochers d'adulte et d'enfant,
—fragments iliaques adultes,
— un humérus de jeune,
— sept dents isolées dont quatre non calcifiées.
4° Sépulture de la Rambleta (Rotova, Valence)
Nous avons pu examiner quelques vestiges osseux malheureusment sans con
texte archéologique.
Un crâne sans face de jeune adulte (20-30 ans) probablement masculin const
itue la pièce essentielle.
La forme générale est celle d'un ovoïde désaxé par compression plagiocépha-
lisante ayant aplati la région pariéto-occipitale droite.
En norma lateralis la fuite du front est plus importante que sur la majorité
des sujets étudiés ici. L'aplatissement obélique est important, les mastoïdes et les
crêtes temporales bien développées alors que la saillie glabellaire reste modeste.
En norma occipitalis on note surtout la grande hauteur de la voûte et ses
bosses pariétales. L'ensemble correspond à la description du Méditerranéen
robuste des hauteurs espagnoles.
Le sujet n'était sans doute pas seul, car nous avons compté 13 côtes droites
et 14 gauches !
5° Station de la Репа de la Duena (Teresa, Castillon de la Plaine)
II s'agit d'un village (poblado) préhistorique où l'on a récolté tout un outil
lage qui pourrait passer pour chalcolithique mais la poterie, légèrement plus tar
dive se classe dans le Bronze ancien valencien (J. Alcacer, 1945 et M. Tarradell,
1962, p. 207).
Le sous-sol d'un secteur de la fouille a livré trois sépultures individuelles
dont une d'enfant dont les restes ne sont pas utilisables. Le n° 1, tout juste
adulte et probablement masculin si on en juge par l'état des sutures d'une part
et par les saillies glabellaires et mastoïdiennes d'autre part se réduit à une calotte
sans face, ni base ni occipital. Là encore nos restitutions métriques, même après
des expériences répétées ne sont pas très sûres.
Le n° 2, probablement féminin et, en tout cas, subadulte se réduit à l'hémi-
crâne droit. Les mensurations transversales proposées ont été essayées sur la
pièce suivant les différentes normes sans trop nous préoccuper de la symétrie.
6° Sépulture de Monte del Castilla (Almenara, Castillon de la Plaine)
Nous avons examiné un crâne et sa mandibule.
Si le sexe masculin du sujet ne fait aucun doute il n'en est pas de même de
l'âge de la mort. En effet si la fermeture de Cl, C4, SI et S3 est avancée, la
suture sphénobasilaire n'est pas complètement soudée et les troisièmes molaires
supérieures n'ont pas fait irruption contrairement à leurs homologues mandi-
bulaires.
Ce crâne est ellipsoïde en norma verticalis. Les traits essentiels du profil sont
les suivants : nasion enfoncé, fortes glabelles et arcades sourcilières, voûte aplat
ie ascendante vers l'arrière, méplat obélique des plus nets, beau chignon occipit
al, os nasaux saillants et « aquiliens » forte épine nasale, pas de prognathisme. 1 72 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
7° Sépulture du Banane del Cine (Alcoy, Alicante)
II s'agit d'une tombe étudiée par C. Visedo (1937). L'attribution au Bronze
ancien est confirmée par M. Tarradell. Nous avons expliqué pourquoi le valencien non argarique pouvait à la rigueur ne pas être séparé du Chal-
colithique, sur le plan de l'Anthropologie tout au moins. Le jour où l'on dispo
sera de matériaux suffisants, une attitude aussi synthétique ne conviendra év
idemment plus.
Le sujet de la tombe du ravin du Cinc (écrit parfois Sine) a été étudié anté
rieurement par M. Fusté (1957) et inclus dans sa grande série néoénéolithique de
la région valencienne.
Pour nous il s'agit des restes d'une jeune femme arrivée à l'âge adulte car la
suture sphéno-basilaire est soudée. En ce qui concerne la morphologie notons
simplement la tendance pentagonoïde, aussi bien en norma verticalis qu'en
norma occipitalis (carène sagittale). Ajoutons que le nez est saillant.
8° Covacha Ribera (Cullera, Valence)
Exploitée par E. Pla Ballester cette belle grotte a servi de cimetière ou
d'ossuaire chalcolithique (E. Pla, 1975).
Le musée Archéologique de Valence conserve les restes d'une vingtaine de
sujets de ce gisement si on en juge par les débris crâniens et mandibulaires.
Le crâne n° 1, réduit à la calotte est celui d'un enfant à contour ovopentago-
noïde en norma verticalis. De profil on note le front en façade habituel à cet
âge, la vôute aplatie, un méplat obélique. Vu d'arrière les bosses pariétales sont
hautes.
Du crâne n° 2 nous n'avons pu reconstituer qu'une calotte attribuée au sexe
féminin sur la foi d'un fragment de frontal pourvu de sa glabelle. La coronale
est oblitérée, les autres sutures demeurant libres, ce qui n'est pas en faveur d'un
âge très avancé, mais simplement adulte.
Nous avons pu identifier 19 mandibules, dont 7 adultes, 6 jeunes pourvues
de leur seconde molaire mais non de leur troisième, 3 infantiles et 3 non infant
iles (adolescentes ou adultes).
Parmi les dents isolées on trouve 13 incisives, 7 canines, 22 prémolaires,
16 molaires, 5 molaires lactéales et 11 pièces détériorées par le feu. Pour
l'ensemble des dents le taux de carie est de 1,5 °7o.
Au, total comme à Rocafort, on se trouve devant une mortalité infantile et
juvénile considérable atteignant ou dépassant légèrement 50 °/o de la mortalité
globale. Ce pourcentage peut paraître excessif d'autant plus que, visiblement,
manquent les très jeunes sujets qui logiquement devraient venir encore grever la
mortalité des non adultes. En ce qui concerne les nourrissons on peut retenir
leur mauvaise conservation. On peut au contraire envisager une épidémie, une
simple rougeole par exemple, parfaitement capable de modifier la mortalité cou
rante en frappant aussi bien la seconde enfance que la première et les adoles
cents autant que les plus jeunes. Dans ce cas les taux « normaux » de mortalité
par classe d'âge peuvent être masqués.
В — Musée d'Alcoy
1° Covacha ou Grieta de Les Llometes
II s'agit d'une petite grotte fouillée par V. Pascual Perez située près de la R. RIQUET ET J. Ma. BASABE. — LE LEVANT ESPAGNOL CHALCOLITHIQUE 173
célèbre grotte du même nom à proximité du cône d'éboulement du barranco del
Cine, elle contenait un ossuaire chalcolithique et les restes d'une trentaine de
sujets dont les crânes furent soigneusement récoltés. Ces documents qui étaient
destinés au regretté M. Fusté Ara sont totalement inédits et ne font pas double
emploi avec ceux de la grande grotte étudiée par Bárrade Aragon. Dans cette
dernière on aurait trouvé deux couches d'inhumations chalcolithiques, l'une à 6
squelettes et la plus profonde à 8 sujets. Malheureusement la stratigraphie ne fut
pas exploitée.
Afin d'éviter de trop nombreuses répétitions, les caractères morphologiques
seront groupés par catégorie.
En norma verticalis, la forme ellipsoïde se rencontre chez 3 hommes : nos 5,
9 et 19. Le groupe intermédiaire ovo-ellipsoïde comporte les sujets masculins :
nos 3, 4 et 26 ainsi que la femme n° 24. A la forme ovoïde se rattachent les
nos 1, 2, 16, 20 (masculins) et 15 et 25 (féminins). La catégorie transitionnelle
ovo-pentagonoïde ne comporte que des femmes : nos 6, 7, 8, 10, 12, 13, 14, 21,
22. Le contour pentagonoïde plus net se trouve chez les hommes nos 17 et 18
ainsi que chez la femme n° 11.
En norma lateralis, le massif glabello-sourcilier paraît fortement développé
sur les nos 1, 2, 3, 9, 17 et 18, tous masculins.
Toujours de profil le front peut être qualifié, dans le contexte des populat
ions chalcolithiques ibériques, de franchement fuyant sur les nos 1, 2, 3, 9 et 16
(masculins) ainsi que sur le n° 10 (féminin).
Dans l'ensemble la ligne de faîte est peu bombée et même assez franchement
aplatie sur les nos 2, 5, 8, 11, 13, 14, 15, 17 et 21. Seuls les nos 1, 3, 9, 16 possè
dent une voûte bombée.
On note un chignon occipital sur les nos 3, 4, 17 (masculins) ainsi que sur le
n° 11 (féminin).
Il n'y a de bec iniaque que sur les nos 4, 16, 19 et 20 encore n'est-il que peu
prononcé.
L'incisure squamo-pétreuse est de type adulte moderne sauf sur le n° 24.
Les os nasaux généralement brisés indiquent pourtant un nez fortement sail
lant et aquilin sur les nos 3 et 5 et probablement sur le n° 2.
Le n° 8 porte un nez droit et les nos 12, 18 et 26 un nez concave. Le dimor-
phisme sexuel paraît net comme les contours en norma verticalis.
La proclivité des alvéoles antérieurs est assez nette sur les nos 4, 11 et 12. Par
contre l'orthognathisme caractérise les nos 7 et 10.
En norma facialis le rebord orbitaire supérieur porte des échancrures de type
habituel sur les hommes nos 1, 2, 5, 16, 18, 20 et 26 ainsi que chez les femmes
nos 7, 8, 10, 11, 13, 21, 22 bis, 23 et 25. Le sujet n° 6 possède une échancrure
d'un côté et un trou sus-orbitaire du côté opposé. Sur les nos 14, 17, 19 et 24 il
n'y a que des trous sus-orbitaires et pas d'échancrure.
Le grand axe de l'orifice orbitaire n'est horizontal que sur les nos 3 et 17.
Les bords latéro-inférieurs de l'échancrure nasale ne sont dédoublés que sur
les nos4 et 11.
La jonction de la suture maxillo-malaire forme un bourrelet important sur le
bord externe du maxillaire chez les sujets nos 3 et 9.
En norma occipitalis le sommet du crâne affecte une grande variété de for
mes. Dans la série de les Llometes la suture sagittale se trouve souvent surélevée SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 174
par un bourrelet. Sur les têtes nos 13 et 15 ce bourrelet est subdivisé en deux cor
dons par une strie longitudinale. Une disposition identique se retrouve sur les
sujets 6 et 19 chez lesquels la strie longitudinale devient une véritable gouttière,
la saillie des cordons latéraux s'estompant d'autant.
Sur les nos 3, 10 et 18 la carène est simple, c'est-à-dire non dédoublée.
Un vertex franchement anguleux, mais sans carène se rencontre chez les
sujets nos 9, 11 et 12. Les autres individus de la série présentent une voûte très
bombée à l'exception des nos 20, 21 et 25 chez lesquels elle s'aplatit.
Toujours en norma occipitalis les bosses pariétales sont hautes et saillantes
chez les nos 10, 11, 12, 13, 14 et 15, tous féminins et jeunes ainsi que sur les
nos 17, 18 et 20 (masculins).
Les plans pariétaux convergent vers le haut sur les nos 3, 9, 19 et 24. Il s'agit
d'une disposition assez primitive qui s'accompagne souvent d'une carène ou forte angulation du sommet du crâne. Sur le n° 24 classé parmi les voûtes
arrondies il convient de noter que la courbe est presque ogivale. Les plans parié
taux convergent vers le bas sur les nos 6, 17, 18 et 20 (masculins) de même que
chez les nos 8, 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 21 tous féminins. Ailleurs, c'est-à-dire
sur le reste de la série, les plans pariétaux sont paralèlles mais ceux des nos 1, 2,
5, 16 et 25 sont franchement raides et fort éloignés du bombement qu'on trouve
chez les europoïdes modernes.
Nous avons trouvé 4 sujets sans trous pariétaux et 4 autres avec un seul trou
pariétal gauche. Il y avait un trou pariétal droit chez 9 sujets et chez 9 autres le
trou existait des deux côtés.
Le n° 18 portait un véritable osselet interpariétal allongé du lambda à l'obé-
lion. Sur les nos 10 et 11 il y avait un os épactal n'intéressant que la partie supé
rieure de l'écaillé occipitale. On note enfin de volumineux wormiens sur le trajet
de la suture lambdatique des sujets nos 6 et 25, plus modestes sur celle des nos 11
et 18.
Le trajet de la suture lambdatique, généralement semi-circulaire, forme un
dessin plus ou moins trilobé sur les nos 10 et 25. Sur le n° 9, les deux côtés recti-
lignes de la suture forment un angle lambdatique.
Etant donné le petit format de tous ces crânes et la prédominance de la
dolicho-mésocrânie on est tenté de conclure que la population de les Llometes se
classe dans le groupe ibéro-insulaire dit aussi méditerranéen gracile par opposi
tion au méditerranéen robuste ou atlanto-méditerranéen. La typologie ne peut se
satisfaire d'un classement aussi simpliste.
En effet on distingue immédiatement au moins trois têtes bien différentes des
autres. Il s'agit des crânes nos 1, 3 et 9. Ils sont parmi les plus volumineux, les
plus dolichocrânes, les plus robustes. Leur profil curviligne et leur front fuyant
les différencient mieux encore. Enfin ils possèdent des orbites basses. Il est
impossible de les rattacher à des survivances de Combe-Chapelle ou de Cro-
Magnon. Par contre ils peuvent dériver très directement des Mésolithiques
locaux. C'est même la seule solution acceptable. Par ailleurs il ne faudrait pas se
débarasser du problème en admettant que ces sujets 1, 3 et 9 ne représentent
que des accidents de la variabilité au sein d'une population. En effet l'associa
tion de caractères que nous avons soulignée se trouve sans difficulté des allées
couvertes de Wesphalie-Hesse jusqu'aux grottes chalcolithiques valenciennes en
passant par la France néolithique. RIQUET ET J. Ma. BASABE. — LE LEVANT ESPAGNOL CHALCOLITHIQUE 175 R.
Quelques individus comme les nos 2, 4 et 5 à glabelle moins forte, front net
tement plus droit, voûte plus aplatie et haute à plans pariétaux parallèles sont
plus proches de l'atlanto-méditerranéen classique. Le n° 17 leur ressemble beau
coup par le profil mais par sa face et ses orbites basses il fait le lien avec le pre
mier groupe. En outre la prédominance des formes ovoïdes en norma verticalis
n'est pas en faveur d'une forte proportion d'atlanto-méditerranéens plus dispo
sés au contour pentagonoïde.
La masse de la population de les Llometes est donc formée de méditerra
néens graciles mais comporte des minorités intéressantes. Les nos 6 et 20 dont
l'indice crânien dépasse légèrement 80 ne nous paraissent pas devoir constituer
un groupe à part. Ils ne s'écartent de l'ensemble que par la forte saillie des bos
ses pariétales surtout en norma occipitalis. Ils ne montrent aucune parenté avec
les brachycéphales néolithiques de type alpinoïde ou dinaroïde, du Néolithique
de France ou d'Allemagne.
2° Grotte d'Empardo (Bénisili, Alicante)
V. Pascual Perez, l'inventeur du gisement nous a présenté les restes humains
comme appartenant au Chalcolithique.
Le crâne n° 1 est celui d'un homme d'âge peu avancé, au contour ovoïde en
norma verticalis. Son profil rappelle assez bien celui des nos 1, 3 et 9 de les Llo
metes. En norma facialis les orbites sont basses mais la face haute. En norma
occipitalis le contour est pentagonal, c'est-à-dire à vertex anguleux, bosses parié
tales saillantes et plans pariétaux légèrement convergents vers le bas. Il n'y a
qu'un trou pariétal, à droite. Signalons au passage que ce crâne porte une vaste
trépanation guérie, à large biseau et petit orifice vestigial sur le pariétal gauche.
Le crâne n° 2, masculin, un peu plus âgé que le précédent, est nettement pen
tagonoïde en norma verticalis. De profil, la saillie glabellaire dépasse celle du
n° 1, le front est un peu moins fuyant, la voûte plus aplatie et l'occiput forme
chignon. En vue antérieure la face est plus haute et les orbites basses comme sur
le n° 1. Si le zygomatique est fort, comme sur le n° 1, il ne forme pas de bourr
elet inférieur à sa jonction avec le maxillaire. Les bords inféro-latéraux de
l'échancrure piriforme sont dédoublés. En norma occipitalis, l'allure générale est
pentagonoïde, avec une légère carène du vertex, des bosses pariétales hautes et
saillantes, des plans pariétaux convergents vers le bas. L'unique trou pariétal est
situé à gauche.
Le crâne n° 3 appartient à une toute jeune femme ou à une adolescente dont
la 3e molaire est en éruption. Cette tête, pentagonoïde en norma verticalis offre
un profil à contours très adoucis. Les os nasaux très peu saillants, la dépression
du nasion et la protubérance glabellaire à peine marquée, la voûte aplatie et peu
ascendante, l'occiput arrondi rappellent la silhouette de plusieurs jeunes femmes
de les Llometes (nos 8, 10, 15 et 21). De face les échancrures sus-orbitaires sont
bien marquées comme chez tous les sujets d'Emparo. Le bord inférieur de
l'échancrure nasale est émoussé. En 'norma occipitalis, on note une carène sagit
tale, de fortes bosses pariétales et des plans pariétaux fortement convergents vers
le bas ce qui aboutit à une forme à la fois globuleuse et anguleuse comparable à
celle des nos 10, 13, 14 et 15 de les Llometes.
Le n° 4, masculin, d'un âge comparable à celui du n° 1 (30 ans environ) se
place parmi les ellipsoïdes, en norma verticalis. Le profil rappelle celui des nos 1
et 2, mais le nez paraît droit et non pas concave comme c'est le cas chez les