Aptitudes et classes sociales. Accès et succès dans l

Aptitudes et classes sociales. Accès et succès dans l'enseignement supérieur - article ; n°2 ; vol.36, pg 337-359

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Population - Année 1981 - Volume 36 - Numéro 2 - Pages 337-359
Mingat Alain. — Aptitudes et classes sociales : accès et succès dans l'enseignement supérieur. Cet article étudie deux types de sélection sociale dans l'enseignement. Dans le premier cas, les taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur pour les diverses classes sociales sont comparés aux aptitudes intellectuelles mesurées par le Q. I.. On ne se demande pas si le Q. I. mesure l'intelligence, on tient seulement compte du fait qu'il est utilisé par l'institution scolaire pour en mesurer l'efficacité. Or, on constate que si l'enseignement supérieur ne retenait que les individus ayant les meilleurs Q. I., la proportion d'enfants d'ouvriers et de paysans qui y entreraient serait bien plus importante qu'elle n'est actuellement. Dans le second cas on a étudié la réussite dans l'enseignement supérieur selon l'origine sociale : les taux de réussite générale sont presque indépendants de la profession des parents mais la répartition des étudiants selon les disciplines est assez contrastée : il y a donc absence de sélection car au départ, une autosélection des étudiants se produit. Ils se dirigent vers les matières où ils pensent pouvoir réussir.
Mingat Alain. — Aptitudes and Social Classes : Access to and Success in Higher Education. In this paper, two types of social selection in education are considered. In the first place, the proportions in higher education in various social groups are compared to the distribution of measured intelligence in these groups. The adequacy of measurements of intelligence is not discussed, but account is taken of the fact that IQ measures are used in educational institutions for the purposes of assessment. It is noted that if entry into higher education were dependent entirely on the achievement of high IQs, the proportions of workers' and farmers' children in higher education would be far greater than are currently found. Next, the success rate in higher education for students of different social origin is considered. Success rates are nearly independent of parental occupation, but the breakdown of students in different academic disciplines differs by social origin. There is some degree of self-selection at the outset; students tend to move towards subjects where they feel they are most likely to succeed.
Mingat Alain. — Aptitudes y clases sociales. Posibilidades de ingreso y de éxito en la educación superior. En este artículo se estudian dos tipos de selección social en el sistema educa- cional. En primer lugar se comparan las tasas de escolaridad en la educación superior, según clases sociales, con las aptitudes intelectuales medidas por los Q.I. respectivos. No se plantea que el Q.I. mide o no la inteligencia, sino que se toma en consideración que es utilizado de hecho por la institución escolar para medir su eficacia. Se concluye que si la educación superior admitiera exclu- sivamente a los individuos que tienen los mejores Q.I., en ese caso la proporción de hijos de obreros y de campesinos que deberian ingresar a este nivel deberia ser mucho mayor que la proporción actual. En el segundo saco se estudia el éxito en la educación superior según el origen social : se comprueba que el éxito escolar es casi independiente de la profesión de los padres; pero que se producen muchos contrastes en la distri- bución de los estudiantes según las disciplinas que eligen : se produce una falta de selección ya que al comienzo existe una autoselección. Los estudiantes eligen las carreras profesionales en las cuales piensan que van a tener éxito.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1981
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Alain Mingat
Aptitudes et classes sociales. Accès et succès dans
l'enseignement supérieur
In: Population, 36e année, n°2, 1981 pp. 337-359.
Citer ce document / Cite this document :
Mingat Alain. Aptitudes et classes sociales. Accès et succès dans l'enseignement supérieur. In: Population, 36e année, n°2,
1981 pp. 337-359.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1981_num_36_2_17177Résumé
Mingat Alain. — Aptitudes et classes sociales : accès et succès dans l'enseignement supérieur. Cet
article étudie deux types de sélection sociale dans l'enseignement. Dans le premier cas, les taux de
scolarisation dans l'enseignement supérieur pour les diverses classes sociales sont comparés aux
aptitudes intellectuelles mesurées par le Q. I.. On ne se demande pas si le Q. I. mesure l'intelligence,
on tient seulement compte du fait qu'il est utilisé par l'institution scolaire pour en mesurer l'efficacité. Or,
on constate que si l'enseignement supérieur ne retenait que les individus ayant les meilleurs Q. I., la
proportion d'enfants d'ouvriers et de paysans qui y entreraient serait bien plus importante qu'elle n'est
actuellement. Dans le second cas on a étudié la réussite dans l'enseignement supérieur selon l'origine
sociale : les taux de réussite générale sont presque indépendants de la profession des parents mais la
répartition des étudiants selon les disciplines est assez contrastée : il y a donc absence de sélection car
au départ, une autosélection des étudiants se produit. Ils se dirigent vers les matières où ils pensent
pouvoir réussir.
Abstract
Mingat Alain. — Aptitudes and Social Classes : Access to and Success in Higher Education. In this
paper, two types of social selection in education are considered. In the first place, the proportions in
higher education in various social groups are compared to the distribution of measured intelligence in
these groups. The adequacy of measurements of intelligence is not discussed, but account is taken of
the fact that IQ measures are used in educational institutions for the purposes of assessment. It is noted
that if entry into higher education were dependent entirely on the achievement of high IQs, the
proportions of workers' and farmers' children in higher education would be far greater than are currently
found. Next, the success rate in higher education for students of different social origin is considered.
Success rates are nearly independent of parental occupation, but the breakdown of students in different
academic disciplines differs by social origin. There is some degree of self-selection at the outset;
students tend to move towards subjects where they feel they are most likely to succeed.
Resumen
Mingat Alain. — Aptitudes y clases sociales. Posibilidades de ingreso y de éxito en la educación
superior. En este artículo se estudian dos tipos de selección social en el sistema educa- cional. En
primer lugar se comparan las tasas de escolaridad en la educación superior, según clases sociales, con
las aptitudes intelectuales medidas por los Q.I. respectivos. No se plantea que el Q.I. mide o no la
inteligencia, sino que se toma en consideración que es utilizado de hecho por la institución escolar para
medir su eficacia. Se concluye que si la educación superior admitiera exclu- sivamente a los individuos
que tienen los mejores Q.I., en ese caso la proporción de hijos de obreros y de campesinos que
deberian ingresar a este nivel deberia ser mucho mayor que la proporción actual. En el segundo saco
se estudia el éxito en la educación superior según el origen social : se comprueba que el éxito escolar
es casi independiente de la profesión de los padres; pero que se producen muchos contrastes en la
distri- bución de los estudiantes según las disciplinas que eligen : se produce una falta de selección ya
que al comienzo existe una autoselección. Los estudiantes eligen las carreras profesionales en las
cuales piensan que van a tener éxito.APTITUDES
ET CLASSES SOCIALES
Accès et succès
dans l'enseignement supérieur
L'égalité des chances au départ est l'un des grands th
èmes de nos sociétés démocratiques qui prêtent donc une
grande attention aux sélections et à la réussite scolaire et
universitaire. Or, de nombreux facteurs sociaux et démogra
phiques perturbent très vite cette première étape de la diffé
renciation dans la société. L'INED s'est intéressé à la question
depuis très longtemps et sous la conduite d'A. Girard, de
grandes enquêtes ont été réalisées sur « le niveau intellectuel
des enfants d'âge scolaire » *. Alain Mingat ** utilise ici quel
ques-uns des résultats obtenus par l'INED pour mettre à
l'épreuve la cohérence de la sélection sociale dans l'ense
ignement; il prend ainsi à leur propre piège les mesures clas
siques de l'intelligence (Q. I.) ou du succès universitaire.
Ce texte analyse la population de l'enseignement supérieur en
France et examine les processus de sélection tant en ce qui concerne
les niveaux scolaires primaire et secondaire qui définissent la population
étudiante à son accès à l'Université qu'en ce qui concerne les modes
de réussite à l'intérieur de l'enseignement supérieur lui-même. En effet,
il apparaît clairement qu'il n'est pas possible d'étudier spécifiquement
* Cf. les cahiers « Travaux et Documents » de l'INED,
— № 13. Le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire (t. I), 1950, 284 p.
— № 23. Le des d'âge (t. II). La détermination
des aptitudes, l'influence des facteurs constitutionnels, familiaux et
sociaux, 1954, 300 p.
— № 54. Enquête nationale sur le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire,
1969, 180 p.
— № 83. sur le niveau des enfants d'âge scolaire
(t. III), 1978, 296 p.
** Chercheur à l'Institut de Recherche sur l'Economie de l'Education
(IREDU).
Population, 2, 1981, 337-360. APTITUDES ET CLASSES SOCIALES 338
l'enseignement supérieur en ignorant qu'il fait partie d'un système éduc
atif global dont il est le dernier maillon (1). C'est la raison pour laquelle
nous consacrerons la première partie de ce texte à caractériser la popul
ation étudiante par rapport à la population totale des classes d'âges
correspondantes en cherchant notamment à mesurer le poids respectif
des facteurs intellectuels et sociaux dans /'« explication » de la sélection
primaire et secondaire. Les facteurs intellectuels seront estimés d'une
part par le score à des tests standardisés et d'autre part par la réussite
scolaire dans l'enseignement primaire. On observera alors comment
fonctionnent les procédures d'orientation et notamment celle d'entrée
dans l'enseignement secondaire qui était pour la population étudiée la
plus fondamentale.
Dans une seconde partie, nous nous attacherons plus directement
à l'enseignement supérieur universitaire en faisant ressortir les spécifi
cités des différentes disciplines en matière de sélection, en recherchant les
facteurs associés à la réussite et à l'échec et en fournissant des est
imations des chances individuelles de réussir dans les disciplines ana
lysées. Ces éléments nous seront alors utiles pour comprendre « en
retour » les modes d'accès et les choix de filières, en renversant la
chronologie et le sens habituel de l'analyse car nous verrons que les
choix de disciplines sont caractérisés par une forte autosélection de
la part des étudiants qui anticipent en moyenne leurs chances objectives
de réussir venant donc ainsi renforcer la sélection globale.
I. — Sélection scolaire « sur le mérite » et accès
à l'enseignement supérieur
S'interroger sur le point de savoir si la sélection de l'enseignement
s'effectue en prenant en compte de façon convenable les qualités intel
lectuelles des enfants revient à rechercher si la distribution des carrières
scolaires individuelles est cohérente avec celle des aptitudes. En effet,
on fait l'hypothèse instrumentale que le système éducatif demande des
aptitudes croissantes au fur et à mesure qu'on s'élève dans la hiérarchie
scolaire. Il convient alors de savoir comment interfèrent les facteurs
intellectuels et sociaux dans la définition des scolarisations et quelle
part revient en propre aux facteurs cognitifs dans l'admission ou l'e
xclusion à un niveau éducatif donné.
(!) On observe bien que les modes d'entrée et de réussite dans l'enseign
ement supérieur sont fondamentalement différents dans le cas par exemple de
l'Autriche où la population bachelière représente moins de 10 % de la classe
d'âges par rapport au Japon ou aux Etats-Unis où la majorité de la se présente à la porte des Universités. ET CLASSES SOCIALES 339 APTITUDES
On peut a priori considérer que la sélection s'effectue purement
au mérite si l'un quelconque des individus retenus est supérieur, en
termes de qualité, à chacun des éliminés. Cela suppose que
la mesure de l'aptitude ait été réalisée de façon satisfaisante pour chacun.
Les données disponibles concernant l'aptitude sont soit des mesures
type Q. I. soit des observations de la réussite scolaire. Ce ne sont pas
des mesures de l'aptitude innée des individus, ni des estimations de la
performance qu'ils n'auraient pu réaliser si leur milieu de développement
avait été plus stimulant par exemple, mais seulement des mesures de
la capacité ponctuelle qu'ils ont de réussir certains types d'épreuves
mettant en jeu certains types de mécanismes cognitifs qui sont de même
nature que ceux que valorise l'institution scolaire. Dans la mesure où
le milieu de développement est plus stimulant dans les catégories éc
onomiquement et culturellement favorisées que les défa
vorisées, les résultats Q. I. ne sont donc pas exempts d'un certain biais
social (2). Par conséquent, en jugeant le caractère méritocratique du
système d'enseignement à l'aide de quotients intellectuels, on sous-
estime les capacités potentielles de scolarisation des enfants d'origine
modeste, si bien que les taux de que nous pourrons simuler
devront être considérés comme des minorants de ce qui serait possible
en utilisant pleinement les talents potentiels de ces enfants.
Sur le plan empirique, la France possède des renseignements abon
dants grâce aux enquêtes menées par l'Institut National d'Etudes Démog
raphiques (INED) ainsi que par d'Orientation Sco
laire et Professionnelle. L'enquête sur le niveau intellectuel des enfants
d'âge scolaire <3), qui a porté sur environ 100 000 enfants scolarisés
de 6 à 14 ans, nous donne la distribution des notes de Q. I. suivant
plusieurs caractères parmi lesquels la catégorie socio-professionnelle
d'origine, le nombre d'enfants dans la famille ainsi que le rang dans
la fratrie. Ces renseignements sur les distributions de Q. I. sont comparés
avec les distributions de scolarisation pour juger du rôle de l'aptitude
dans la sélection effectuée par le système d'enseignement.
Observons tout d'abord la distribution des Q. I. dans les différentes
classes sociales, chacune des fonctions de répartition (approximativement
normales par construction du test) étant caractérisée par ses deux
premiers moments (moyenne - variance).
(2) II est toutefois très excessif de dire que le Q. I. n'est qu'un habillage
pseudo-scientifique visant à faire reconnaître les plus aptes parmi les enfants
de milieu aisé puisque la variance des Q. I. individuels ne s'explique pour à
peine 10 % par la catégorie sociale d'origine.
(3) INED (1973). 340 APTITUDES ET CLASSES SOCIALES
Tableau 1. — Q.I. moyen des enfants suivant la catégorie sociale
DES PARENTS.
Catégorie socio-professionnelle Q.I. moyen Ecart-type Q.I. moyen des parents
Ouvriers agricoles 93,5 13,1 95,6 96,4 13,1 Agriculteurs
Manoeuvres 92,6 13,3
Ouvriers spécialisés 96,1 13,3 96,7 qualifiés 98,3 13,3
13,3 Contremaîtres 102,5
13,7 Employés 101,8 101,8
13,9 Artisans-commerçants 103,8 103,8
13,7 Cadres moyens 107,9
107,4 14,0 Professions libérales 108,9
Cadres supérieurs 111,5 13,6
Ensemble 100 15 100
Nous notons d'abord que la relation entre Q. I. moyen et origine
sociale est conforme aux résultats d'études antérieures tant en France
qu'à l'étranger : les moyennes s'ordonnent approximativement suivant la
hiérarchie des emplois occupés par le chef de famille. Les écarts entre
les grands groupes, ouvriers et cadres sont de 12,2 points de Q.I.;
il est intéressant de noter que cet écart est du même ordre de grandeur
que celui qu'on trouve à l'intérieur du groupe des ouvriers lorsqu'on
compare manœuvres et contremaîtres (écart de 9,9 points de Q. L).
Ceci atteste par conséquent d'un continuum lorsqu'on considère les
enfants classés suivant la catégorie socio-professionnelle de leurs parents
(tableau 1). D'une façon générale, s'il est vrai qu'il y a des différences
importantes entre groupes sociaux, il faut aussi garder à l'esprit qu'à
l'intérieur de chaque catégorie la variance est très grande et qu'il y
a de très larges recouvrements dans les fonctions de distribution. Le
graphique 1 montre ces recouvrements pour les enfants d'ouvriers et
de cadres supérieurs.
Essayons maintenant de savoir si ces écarts observés dans les
distributions de Q. I. entre les catégories socio-professionnelles sont à
même d'« expliquer » les inégalités sociales en matière de scolarisation.
Nous utiliserons les résultats de l'enquête longitudinale menée
par l'INED entre 1962 et 1972 <4>. Environ 17 000 enfants ont été
suivis au cours de cette période, à partir de la dernière classe de APTITUDES ET CLASSES SOCIALES 341
\ Enfants de cadres
N supérieurs
V
80- 90 100 110 120 Q.I.
Graphique 1. — Distribution du Q.I. chez les enfants d'ouvriers
et de cadres supérieurs.
l'enseignement primaire (CM 2 -10-12 ans), un très grand nombre
d'entre eux restant dans l'échantillon au terme de l'étude.
A la rentrée 1971-1972, nous connaissons le nombre d'enfants
scolarisés dans l'enseignement supérieur par catégorie sociale d'origine,
si bien qu'en rapportant ces chiffres à la population de base, et après
correction des pertes statistiques, nous obtenons les taux d'accès au
niveau supérieur (tableau 2).
Pour essayer de savoir si les scolarisations sont cohérentes avec les
distributions d'aptitudes, plusieurs méthodes empiriques sont possibles.
Toutes cependant sont fondées sur l'hypothèse que les facteurs de la
réussite sont de deux types, à savoir des facteurs intellectuels d'une
part, des facteurs non-intellectuels (économiques, sociaux, motivations...)
d'autre part. A côté de ces hypothèses opératoires peu contraignantes,
on fait alors l'hypothèse centrale en supposant que les facteurs non
intellectuels sont à leur niveau optimal dans une catégorie (catégorie
<4> A. Girard et H. Bastide ont publié de nombreux résultats soit dans
Population, soit sous forme d'ouvrage de la collection des Cahiers de l'INED.
Les enquêtes longitudinales sont préférables aux enquêtes transversales car la
détermination des taux de scolarisation pose de redoutables problèmes méthod
ologiques dans ce dernier type d'enquête. En effet, il faut estimer à partir
d'autres sources la population potentiellement scolarisable. Or, les nomenclatures
ne sont pas nécessairement cohérentes entre le numérateur et le dénominateur
de la fraction qui exprime le taux; de plus, il faut faire un certain nombre
d'ajustements délicats tels que la prise en compte de la fécondité différente des
différentes catégories sociales qui de plus n'ont pas la même distribution d'âge;
enfin, on se heurte toujours à des difficultés dans le choix de la classe d'âges
de référence. 342 APTITUDES ET CLASSES SOCIALES
Tableau 2. — Taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur
par origine sociale.
Catégorie socio-professionnelle Taux de Taux de scol. Taux de passage
bacheliers % Ens. Sup. % Sup/Вас % des parents
Ouvriers agricoles 9,5 6,1 64,2
Agriculteurs 15,9 9,9 62,3
12,4 Ouvriers 8,2 66,1
Employés 25,8 21,2 82,2
24,4 19,8 81,2 Artisans -commerçants
Cadres moyens 50,2 44,2 88,1
Professions libérales 51,9 52,2 100,6 (a)
Cadres supérieurs 57,4 56,9 99,1
17,1 Ensemble 21,5 80,0
(a) Certains étudiants sont inscrits dans l'enseignement supérieur sans avoir le
baccalauréat (capacité en droit. . .).
socio-professionnelle la plus élevée) qui sert alors de référence. Cette
norme suppose que dans la catégorie de référence, tout est mis en
œuvre, en ce qui concerne les facteurs non intellectuels pour que la
réussite soit assurée. Pour la comparaison que nous voulons faire, nous
chercherons à estimer quels auraient été les taux de scolarisation des
enfants des autres catégories sociales dans l'hypothèse où ils auraient
connu les conditions non intellectuelles des enfants de la catégorie
favorisée de référence.
Pour effectuer ces estimations, nous avons supposer qu'il existait
un seuil de Q. I. au-delà duquel la probabilité de réussite était totale (5)
et en deçà duquel elle était nulle (0). Cette hypothèse ne donne pas une
bonne représentation de la réalité au niveau individuel car on trouve,
même dans la classe favorisée, des enfants qui échouent avec un Q. I.
élevé et des enfants qui réussissent avec un Q. I. relativement faible.
Toutefois, cette hypothèse donne de bonnes estimations au plan d'une
population lorsqu'on compare des groupes entre eux (5).
Connaissant la distribution de Q. I. dans la catégorie professions
libérales (de référence) ainsi que le taux de scolarisation dans l'ense
ignement supérieur des enfants de cette même origine, on peut déterminer
le seuil de Q. I. dont nous avons besoin. Il suffit alors de rechercher
quelle proportion des enfants se trouve à un niveau de Q. I. supérieur
à ce seuil dans les autres catégories socio-professionnelles pour simuler
<5> En effet, la cohérence est grande avec les résultats d'une analyse complète
probabiliste type Wolf et Harnqvist (1961) opérée sur des données individuelles. APTITUDES ET CLASSES SOCIALES 343
Tableau 3. — Taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur
par catégorie socio-professionnelle dans l'hypothèse
d'une sélection fondée sur le critère du Q. I.
Taux de scol. Taux de scol. sur Rapport Catégorie socio-professionnelle Ens. Sup. % «critère Q.I. % des parents (2)/(l) (1) (2)
Ouvriers agricoles 6,1 17,0 2,8
9,9 22,1 2,2 Agriculteurs
Ouvriers 8,2 23,9 2,9
21,2 1,7 Employés 35,8
Artisans - commerçants 19,8 40,0 2,0
44,2 53,4 1,2 Cadres moyens
Professions libérales 52,2 52,2 1,0
56,9 63,0 Cadres supérieurs 1Д
1,7 Ensemble 17,1 29,5
les taux de scolarisation fondés sur l'aptitude au sens du Q. I. observé.
Le tableau 3 donne ces résultats.
Il apparaît donc que si les procédures de sélection successives dans
le système scolaire jusqu'à l'inscription dans l'enseignement supérieur
étaient fondées exclusivement sur le potentiel intellectuel mesuré par
le Q. I., on aboutirait à une diminution notable de l'inégalité (le rapport
des taux entre les catégories extrêmes passant de 9,3 à 3,7) mais au
maintien d'une structure très diversifiée (6).
Le taux de scolarisation dans l'enseîgnement supérieur des enfants
d'ouvriers passerait de 8,2 % à 23,9 % (soit presque le triple) si cette
catégorie faisait un usage optimal (par rapport aux classes favorisées)
des capacités intellectuelles, au sens du Q. I. dont elle dispose. Ce chiffre
de 23,9 % peut donc être perçu d'une part comme un objectif minimal
d'équité (et d'efficacité) et d'autre part un maximal
pour une politique de court (ou de moyen) terme en vue de réduire les
inégalités dans le système scolaire. Ce but pourrait être visé dans la
mesure où on s'attacherait à faire tomber les handicaps socio-écono
miques à la scolarisation des familles défavorisées.
Toutefois, il faut bien garder à l'esprit que ce calcul est fondé
sur le critère du Q. I. et que le résultat à ce type d'épreuve comporte
en lui-même un biais social. Il s'ensuit que les chiffres proposés pr
écédemment doivent être considérés comme des estimations basses de
(6) Avec une augmentation sensible du nombre d'étudiants qui passerait de
800 000 à 1 350 000. 344 APTITUDES ET CLASSES SOCIALES
ce qui serait possible d'obtenir si les enfants issus de familles modestes
ne subissaient pas de handicap lors de leur développement intellectuel,
par rapport aux enfants originaires de familles aisées. Cette seconde
étape (qui pourrait amener la scolarisation des enfants d'ouvriers autour
de 40 %) est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre car on sait
que l'environnement a une action d'autant plus importante qu'il concerne
des âges plus jeunes.
Ainsi, le système scolaire d'une part ne permet pas aux enfants
des classes défavorisées de développer au mieux les talents possédés par
les individus, alors que d'autre part, il n'est pas « économiquement »
efficace puisqu'il ne réalise pas l'affectation des individus les plus aptes
dans les formations, puis les métiers, demandant le plus de compétence.
En fait, il apparaît plutôt que le critère de l'aptitude individuelle n'in
tervient que modérément dans la définition des scolarisations, alors que
les conduites sociales apparaissent tout à fait déterminantes. Cette impres
sion se renforce lorsqu'on examine comment se sont constituées les
différences suivant l'origine sociale constatées dans l'enseignement supér
ieur.
A cet effet, nous avons étudié la scolarisation d'une cohorte qui
« quittait » l'enseignement primaire en 1962 pour atteindre l'ense
ignement supérieur entre 1969 et 1972. Certes l'organisation du système
éducatif a évolué depuis cette date; cependant, d'une part, c'est à
partir de cette situation ancienne qu'il faut éclairer la situation observée,
sachant que d'autre part, si l'organisation scolaire a changé, on peut
penser que les mécanismes et les comportements sociaux n'ont pas été
modifiés sur une aussi courte période et qu'ils sont, par conséquent,
toujours à l'œuvre.
En 1962, la classe suivie à l'issue du primaire était décisive pour
la scolarisation future. La « sélection » /orientation pouvait s'opérer sui
vant trois directions : en premier lieu, le maintien dans l'enseignement
primaire en vue de préparer le Certificat d'Etudes Primaires; en second
lieu, l'entrée dans un Collège d'Enseignement Général (CEG) qui con
duisait au Brevet d'Etudes de Premier Cycle (BEPC) avec, dans une
certaine mesure, la possibilité de rattraper certaines filières du lycée
et enfin, troisième voie possible, la plus noble, l'entrée dans un
qui menait au baccalauréat puis à l'enseignement supérieur.
Les taux d'orientation pour les différentes catégories socio-profes
sionnelles, donnés par l'enquête de l'INED, sont indiqués dans le
tableau 4.
Cette orientation préfigure déjà largement, alors que les enfants
ont entre 10 et 12 ans, la répartition sociale observée dans l'enseign
ement supérieur dix ans après. L'orientation était précoce; elle était