Chronique Arctique - article ; n°1 ; vol.163, pg 443-467
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Chronique Arctique - article ; n°1 ; vol.163, pg 443-467

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Norois - Année 1994 - Volume 163 - Numéro 1 - Pages 443-467
This new edition of the «chronique arctique» initiated by Jean Corbel and Charles- Pierre Péguy in the fifties, provides new insights into three major topics: Tertiary and early Quaternary paleoenvironments in arctic Canada and Greenland; contemporary glacier fluctuations in Greenland and Spitsbergen ; strategies of survival of plants, animals and humans in the polar winter. Following this review, some major scientific events related to the Arctic are reported.
Renouant avec la tradition inaugurée par Jean Corbel et Charles- Pierre Péguy dans les années cinquante, cette nouvelle édition de la chronique arctique aborde trois thèmes majeurs, qui ont fait l'objet d'avancées significatives au cours des dernières années. Sont successivement évoquées: les mutations paysagères et paléogéographiques subies par l'Arctique nord-américain et groenlandais du début du Tertiaire à l'aube du Quaternaire ; les fluctuations contemporaines des glaciers groenlandais et Scandinaves ; les stratégies de survie des êtres vivants - hommes, animaux et végétaux - confrontés aux rigueurs de l'hiver polaire. Cette chronique s'achève sur l'évocation rapide de quelques événements ayant marqué la vie scientifique de la communauté arctique internationale dans la période récente.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1994
Nombre de lectures 58
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Exrait

Marie-Françoise André
Chronique Arctique
In: Norois. N°163, 1994. pp. 443-467.
Abstract
This new edition of the «chronique arctique» initiated by Jean Corbel and Charles- Pierre Péguy in the fifties, provides new
insights into three major topics: Tertiary and early Quaternary paleoenvironments in arctic Canada and Greenland; contemporary
glacier fluctuations in Greenland and Spitsbergen ; strategies of survival of plants, animals and humans in the polar winter.
Following this review, some major scientific events related to the Arctic are reported.
Résumé
Renouant avec la tradition inaugurée par Jean Corbel et Charles- Pierre Péguy dans les années cinquante, cette nouvelle édition
de la chronique arctique aborde trois thèmes majeurs, qui ont fait l'objet d'avancées significatives au cours des dernières années.
Sont successivement évoquées: les mutations paysagères et paléogéographiques subies par l'Arctique nord-américain et
groenlandais du début du Tertiaire à l'aube du Quaternaire ; les fluctuations contemporaines des glaciers groenlandais et
Scandinaves ; les stratégies de survie des êtres vivants - hommes, animaux et végétaux - confrontés aux rigueurs de l'hiver
polaire. Cette chronique s'achève sur l'évocation rapide de quelques événements ayant marqué la vie scientifique de la
communauté arctique internationale dans la période récente.
Citer ce document / Cite this document :
André Marie-Françoise. Chronique Arctique. In: Norois. N°163, 1994. pp. 443-467.
doi : 10.3406/noroi.1994.6577
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182X_1994_num_163_1_65771994, Poitiers, /. 41, n° 163, p. 443-467 Norois,
CHRONIQUE ARCTIQUE
par Marie-Françoise ANDRE
GDR 49 «Recherches Arctiques» du CNRS
Laboratoire de Géographie Physique, URA 1562 - CNRS, Clermont-Ferrand
Département de Géographie, Université de Limoges
39, rue C. Guérin, 87036 Limoges Cedex
A la mémoire d'Annik MOIGN
RÉSUMÉ
Renouant avec la tradition inaugurée par Jean Corbel et Charles- Pierre Péguy
dans les années cinquante, cette nouvelle édition de la chronique arctique aborde
trois thèmes majeurs, qui ont fait l'objet d'avancées significatives au cours des
dernières années. Sont successivement évoquées: les mutations paysagères et
paléogéographiques subies par l'Arctique nord-américain et groenlandais du
début du Tertiaire à l'aube du Quaternaire ; les fluctuations contemporaines des
glaciers groenlandais et Scandinaves ; les stratégies de survie des êtres vivants
- hommes, animaux et végétaux - confrontés aux rigueurs de l'hiver polaire.
Cette chronique s'achève sur l'évocation rapide de quelques événements ayant
marqué la vie scientifique de la communauté arctique internationale dans la
période récente.
ABSTRACT
This new edition of the «chronique arctique» initiated by Jean Corbel and
Charles- Pierre Péguy in the fifties, provides new insights into three major topics:
Tertiary and early Quaternary paleoenvironments in arctic Canada and Green
land; contemporary glacier fluctuations in Greenland and Spitsbergen ; strategies
of survival of plants, animals and humans in the polar winter. Following this
review, some major scientific events related to the Arctic are reported.
Si le G.D.R. n° 49 du CNRS (l), qui fédère les recherches françaises, ne
compte parmi ses membres qu'une poignée de géographes, la vitalité de la r
echerche arctique française n'en est pas moins forte. En témoignent avec éclat les
soutenances récentes des thèses de Claude Kergomard (2) et de Béatrice Collignon
(3), qui touchent des sujets aussi éloignés que la télédétection des glaces marines
Mots-clés : Arctique. Paléoenvironnements. Dynamique glaciaire. Fluctuations climatiques.
Adaptation au froid. Nuit polaire. Hivernage.
Key words: Arctic. Paleoenvironments. Glacial dynamics. Climatic fluctuations. Cold
acclimatation. Polar night. Wintering.
(1) Fondé en 1982 par Jean Malaurie, le G.D.R. n° 49 «Recherches Arctiques» du
CNRS est aujourd'hui dirigé par Thierry Brossard (30, rue Mégevand 25030 Besançon
cedex).
(2) Kergomard (CL), 1994. Les glaces marines dans les mers arctiques européens -
Climatologie et télédétection. Document de synthèse présenté en vue de l'habilitation à
diriger des recherches, Université de Lille I.
(3) Collignon (B.), 1994. Le savoir géographique des Inuinnait (Eskimo du Cuivre,
Arctique central occidental, Canada) - Hilaqaqpuq: «Comprendre l'Univers». Thèse de
Doctorat en Géographie, Université de Paris I. MARIE-FRANÇOISE ANDRE 444
de l'Arctique européen et le savoir géographique des Eskimo du Cuivre du
grand Nord canadien.
Diversité d'objectifs, diversité de méthodes, mais une même passion pour des
terres - et des mers - glacées dont l'intérêt géographique n'est pas toujours
clairement perçu par une communauté scientifique majoritairement tournée vers
des contrées plus tempérées. L'Arctique constitue pourtant un espace de référence
à plusieurs titres. Il s'agit là, en effet, d'un territoire fort peu affecté par les
actions anthropiques ; ces dernières n'interfèrent que très modestement avec les
évolutions naturelles dont la responsabilité dans les mutations paysagères n'en
est que plus aisée à établir. Mais l'Arctique est aussi un laboratoire en vraie
grandeur où s'élaborent sous nos yeux des formes analogues à celles dont les
paysages européens portent témoignage à travers les héritages périglaciaires du
Quaternaire froid. Sur le plan humain enfin, le Grand Nord abrite des peuples,
certes peu nombreux, mais qui entretiennent — ou ont entretenu jusqu'à une
période récente — des liens privilégiés et originaux avec leur territoire, cependant
qu'ils connaissent depuis quelques décennies des mutations sans précédent. Et si
l'on se place cette fois à l'échelle du globe, l'Arctique - comme, d'ailleurs, l'An
tarctique - constitue incontestablement un secteur-clé pour la compréhension du
fonctionnement global de notre planète. On objectera que l'on touche ici à un
domaine qui ne relève pas de la compétence des géographes. Mais ceux-ci n'en
sont pas moins en mesure de fournir des indices tangibles qui constituent autant
de marqueurs, d'indicateurs, d'une évolution en cours dont il appartient à d'autres
de rechercher les moteurs et de démonter les mécanismes.
Reprendre la Chronique arctique après dix ans d'un silence qui, depuis 1987,
s'est fait lourd de la disparition de notre collègue et amie Annik Moign, ne peut
se concevoir sans un hommage aux pionniers. Hommage reconnaissant à l'équipe
brestoise (4) donc, mais également à Jean Corbel et Charles-Pierre Péguy (5) que
l'on trouve aux origines de cette chronique comme à celle de la Base du CNRS
du Spitsberg.
Cette nouvelle version d'une chronique, que nous envisageons bisannuelle, n'a
pas été conçue comme une revue bibliographique exhaustive des travaux en
cours. Elles s'attachera seulement à dégager de la littérature scientifique quelques
thèmes ayant fait l'objet d'avancées significatives. Cette chronique se nourrira
donc des travaux qui seront communiqués à son auteur par les chercheurs
français et puisera très largement dans la production scientifique internationale.
Car s'il est un lieu de brassage intellectuel, un terrain où se croisent tout naturel
lement, au détour d'un nunatak ou dans le cadre d'expéditions communes pro
grammées, des chercheurs venus du monde entier, c'est bien l'Arctique. Il n'est
donc pas surprenant que, d'entrée, la recherche internationale soit très présente,
non seulement dans la rubrique finale faisant état des manifestations scientifiques
les plus marquantes, mais également à travers les trois thèmes retenus pour cette
première édition, qui sont les suivants :
— L'Arctique avant le froid (durant le Tertiaire et jusqu'à l'aube du
Quaternaire) ;
—— Les Les fluctuations formes d'adaptation contemporaines à l'hiver des polaire. glaciers groenlandais et Scandinaves ;
(4) Bodéré (J.CL), Moign (A.), Carré (F.) et Simon (T.), 1980-1984. Chronique arctique.
Norois, t. 27, n° 108, p. 623-635; t. 29, n° 114, p. 239-276; t. 31, n° 122, p. 299-334.
(5) Péguy (Ch.-P.) et Corbel (J.), 1955-1959. Chronique arctique. Norois, n° 7, p. 443-
454; n° 11, p. 343-355; n° 15, p. 395-409; n° 19, p. 351-372; n° 23, p. 331-352. CHRONIQUE ARCTIQUE 445
L'ARCTIQUE AVANT LE FROID
Si l'empreinte laissée par le Quaternaire froid est omniprésente dans les paysages
arctiques, nombre d'indices laissent à penser qu'il ne s'agit là que d'une simple
parure, posée sur un système de pentes qui, dans sa géométrie d'ensemble, ne
doit rien - ou très peu - aux ambiances périglaciaires et glaciaires. Le froid est,
en effet, un phénomène récent dans la longue histoire des paysages arctiques.
D'où l'intérêt, dès lors que l'on s'attache à interpréter les formes, des connaissances
nouvellement acquises sur les conditions paléogéographiques et paléoenvironne
mentales ayant prévalu au long du Tertiaire. Des progrès considérables ont été
accomplis en ce domaine tant dans l'Arctique nord-américain - de l'Alaska
jusqu'en terres de Baffin et d'Ellesmere - que dans l'extrême-nord groenlandais
où fut découverte la formation de Kobenhavn (fig. 1). Ce dépôt, homologue -
pour partie - de la célèbre formation nord-américaine de Beaufort, se signale
comme celle-ci par sa richesse faunistique et floristique. L'étude conjointe des
macrorestes, pollens et foraminifères renfermés par ces deux formations a permis
de préciser les ambiances climatiques ayant régné jusqu'à l'aube du Quaternaire.
Parallèlement, les données paléomagnétiques et géochronologiques, croisées avec
les corrélations biostratigraphiques, ont rendu possible l'établissement d'un ca
lendrier des mutations paléogéographiques et paléoenvironnementales. Nombre
d'articles de fond ont paru sur ce thème dans les toutes dernières années et un
numéro spécial de la revue Arctic (1990, vol. 43, n° 4) rassemble les principales
conclusions d'un colloque tenu aux Etats-Unis.
PALÉOGÉOGRAPHIE DE L'ARCTIQUE NORD-AMÉRICAIN
Le témoignage apporté par les foraminifères benthiques du bassin de Beaufort-
Mackenzie a permis à D.H. McNeil (6), dans une mise au point récente, de
reconstituer la géographie mouvante des terres et des mers pendant l'ère tertiaire.
A l'Eocène n'existait qu'un « golfe Arctique » étroit et relativement chaud, presque
fermé, centré sur le secteur situé aujourd'hui entre l'Alaska et le nord-est sibérien.
A la faveur de l'expansion des fonds océaniques intervenue à l'Oligocène en
mers de Norvège et du Groenland, le golfe initial se transforma en un océan
Arctique moderne. Puis, l'essentiel du Miocène vit s'intensifier les liens entre le
bassin arctique et l'océan Atlantique, cependant que la fin de la période connaissait
une régression marine marquée. Celle-ci, qui se traduit dans les colonnes sédi-
mentaires par une discordance systématique, est attribuée par nombre d'auteurs
à l'englacement massif du continent antarctique, intervenu il y a quelque six
millions d'années. Le Pliocène fut marqué au contraire par une transgression
marine majeure, opérée en plusieurs temps, comme l'atteste la formation de
Gubik (fig. 1) étudiée par J. Brigham-Grette et L.D. Carter (7). Ce dépôt recèle
les traces de trois épisodes transgressifs que la géochimie des acides aminés, les
vestiges paléontologiques et les données paléomagnétiques placent entre 2,7 et
2,1 millions d'années. Plus tôt dans le Pliocène - vers 3,2 Ma selon J.G. Fyles et
al (8). - s'était déjà produite la submersion du détroit de Bering.
(6) McNeil (D.H.), 1990. Tertiary marine events of the Beaufort-Mackenzie Basin and
correlation of Oligocène to Pliocene outcrops in arctic North America. Arctic, vol.
43, n° 4, p. 301-313.
(7) Brigham-Grette (J.) et Carter (L.D.), 1992. Pliocene marine transgressions of
northern Alaska : circumarctic correlations and paleoclimatic interpretations. Arctic, vol.
45,n° 1, p. 74-89.
(8) Fyles (J.G.), Marincovich (L.), Matthews (J.V.Jr) et Barendregt (R.), 1991.
Unique mollusc find in the Beaufort formation (Pliocene), Meighen Island, Artie Canada.
Geological Survey of Canada, paper 91-B, p. 105-112. 446 MARIE-FRANÇOISE ANDRE
DES FORÊTS DE SÉQUOIAS AUX BARREN GROUNDS
Autant que la géographie des terres et des mers, les paysages du Grand Nord
américain ont connu, au long du Tertiaire, bien des transformations, et la connais
sance des visages successifs de l'archipel nord-canadien jette une lumière nouvelle
sur les systèmes morphogéniques à l'œuvre dans l'Arctique avant le Quaternaire
froid.
Le Tertiaire s'ouvre sur la vision d'un univers tempéré mâtiné de subtropical :
de vaste forêts de séquoias colonisent l'archipel qui abrite alors des crocodiliens
dont on a retrouvé des fossiles jusqu'en terre d'Ellesmere, par 77° de latitude
nord (fig. 1). Après une phase de détérioration climatique qui marque le début
de l'Oligocène, une nette tendance au réchauffement s'affirme à la fin de la
période et se prolonge au Miocène. Les sédiments lacustres fossilifères piégés
dans le cratère d'impact de l'île Devon au sud d'Ellesmere livrent les clefs des
paléoenvironnements du Miocène inférieur (9) : l'île est alors colonisée par une
forêt mixte à pins, noisetiers et bouleaux indicatrice d'un climat tempéré frais,
ce que confirme une faune où sont bien représentés les cygnes. L'optimum
climatique néogène se situe au Miocène moyen, entre 23 et 14 Ma: les noyers,
aujourd'hui très répandus dans la forêt appalachienne, poussent alors en abon
dance sur 111e de Banks, située à l'heure actuelle vers 73° N.
Le retour à une forêt mixte, qui s'opère à la fin du Miocène, est manifestement
l'indice d'un rafraîchissement. A la charnière du Miocène et du Pliocène, les
moyennes estivales demeurent toutefois supérieures de 10°C aux températures
actuelles (10) et l'on est encore loin des horizons austères des Barren Grounds.
La tendance au rafraîchissement s'affirme cependant au Pliocène, comme l'atteste
la prépondérance des conifères parmi les espèces arborescentes représentées sur
les diagrammes polliniques. Les forêts de conifères fini-tertiaires, dont on retrouve
les traces dans le grand Nord américain jusque vers 80° N (11), se distinguent
toutefois des forêts boréales modernes par leur plus grande diversité floristique.
C'est d'ailleurs ce qui confirment de récentes découvertes effectuées aux abords
des îles de Nouvelle-Sibérie, non loin de l'embouchure de la Lena (12). Il semble
toutefois qu'au Pliocène, plutôt que de vaste forêts, il se soit agi de mosaïques
paysagères associant forêt et toundra, oscillant entre des « forêts-parcs » à bouleaux
et épicéas et des toundras boisées analogues à celles que l'on rencontre aujourd'hui
à l'est de la baie d'Hudson (fig. 2-3). Tels sont du moins les paysages végétaux
restitués par les formations de Gubik et de Beaufort du nord de l'Alaska (7) et
de nie nord-canadienne de Meighen (11).
Si, à la charnière du Tertiaire et du Quaternaire, la flore du Grand Nord
américain tend à s'appauvrir, les paysages, aujourd'hui dénudés, sont encore
habillés d'une toundra, certes herbacée, mais abondamment semée de mélèzes.
Les études conduites sur nie de Banks et dans le nord de l'Alaska montrent qu'il
en sera ainsi jusqu'au Pleistocene inférieur. Un tel paysage végétal laisse supposer
des moyennes estivales supérieures de 5 à 7° C à celles d'aujourd'hui (10). Une
(9) Whitlock (C.) et Dawson (M.R.), 1990. Pollen and vertebrates of the early Neogene
Haughton formation, Devon Island, Arctic Canada. Arctic, vol. 43, n° 4, p. 324-330.
(10) Vincent (J.S.), 1990. Late Tertiary and Early Pleistocene deposits and history of
Banks Island, Southwestern Canadian Arctic Archipelago, Arctic, vol. 43, n° 4, p. 339-
363.
(11) Matthews (J.V. Jr) et Ovenden (L.E.), 1990. Late Tertiary plant macrofossils
from localities in arctic/ subarctic North America: a review of the data. Arctic, vol. 43,
n°4, p. 364-392.
(12) Travaux non publiés de Zyryanov. ARCTIC \ OCEAN
White /Point
MEIGHEN
ISLAND 7* o X
O
/O
a m
7
n
o a m
Fig. 1. — Carte de localisation des principaux gisements à flores tempérées et subarctiques du Tertiaire et du début du Quaternaire (d'après
J. Brigham-Grette et L.D. Carter, 1992, p. 82). MARIE-FRANÇOISE ANDRE 448
confirmation de ce schéma est apportée par la découverte dans le nord du
Yukon de paléosols podzoliques et luvisoliques à horizon argillique remontant à
l'extrême fin du Tertiaire (C. Tarnocai et CE. Schweger (13)). Une telle évolution
pédologique, opérée sous forêt mixte, ne peut se concevoir que dans une ambiance
climatique plus chaude et plus humide que l'actuelle, excluant la présence d'un
pergélisol. L'ensemble des données livrées par le bassin arctique laisse par ailleurs
penser que la banquise permanente en était absente, à moins qu'elle ne fût alors
étroitement confinée au bassin central. Une chose est sûre : il y a deux millions
d'années, les côtes septentrionales de l'Alaska étaient libres de glace toute l'année,
les abondants fossiles de loutre de mer (7) en portent témoignage.
Il apparaît donc clairement que, si l'extinction de foraminifère benthique
Cibicides grossus, à - 2,4 Ma, signe le début de l'englacement généralisé du Nord
canadien (14), la transformation des paysages fut des plus progressives. Nulle
trace du changement drastique des conditions environnementales largement i
nvoqué dans la littérature, ce qui confirment d'ailleurs les récentes découvertes
effectuées dans le nord du Groenland.
L'EXTRÊME-NORD GROENLANDAIS A LA CHARNIÈRE DES ÈRES TER
TIAIRE ET QUATERNAIRE
La pointe nord-est du Groenland, qui appartient aujourd'hui au Haut- Arctique,
est un milieu rude et austère: les moyennes mensuelles s'y échelonnent de -31 à
+ 3°C et les précipitations atteignent tout juste 250 mm. Les plantes ligneuses
sont totalement absentes de cette région où ne croissent que quelques touffes de
saxifrages et de pavots arctiques, éparpillées au creux des rochers encroûtés de
lichens. Autant dire que le paysage végétal est réduit à sa plus simple expression.
C'est ici, en terre de Peary, par 82°30' de latitude nord, que fut récemment
découverte la formation de K0benhavn (fig. l). Cette séquence deltaïque et
lagunaire, riche en sables fins et limons argileux, qui couvre 300 km2 et atteint
une puissance de 120 mètres (dont 50 m visibles à l'affleurement), est située par
les chercheurs danois (15) et (16) entre 2,5 et 2 millions d'années: cela nous
place à la charnière du Pliocène et du Pleistocene (selon la chronologie établie
en Europe du Nord-Ouest) ou à la fin du Pliocène (en référence à la chronologie
nord-américaine qui situe la limite entre les deux ères aux alentours de 1,7 Ma).
Les abondants macrorestes végétaux - troncs, cônes, feuilles et graines - présents
dans la formation de K0benhavn révèlent qu'à l'aube du Quaternaire la pointe
nord du Groenland était couverte d'une luxuriante toundra boisée. Cette formation
végétale, qui évoque par bien des aspects les paysages Scandinaves contemporains,
était alors dominée par les chaméphytes (airelles, bouleaux nains et saules réticulés,
camarine noire) qui formaient un dense tapis d'où émergeaient des mélèzes et,
en moins grand nombre, des ifs, des bouleaux et des épicéas; le thuya du
(13) Tarnocai(C) et Schweger (CE.), 1991. Late Tertiary and early Pleistocene paleo-
sols in northwestern Canada. Arctic, vol. 44, n° 1, p. 1-11.
(14) Ruddiman (W.F.) et Raymo (M.E.), 1988. Northern hemisphere climate regimes
during the past 3 Ma: possible tectonic connections. Philosophical Transaction of the
Royal Society of London, B. Biological Sciences, vol. 318 (1191), p. 411-430.
(15) Bennike 50.), 1990. The Kap K0benhavn formation: stratigraphy and paleobotany
of a Plio-Pleistocene sequence in Peary Land North Greenland. Meddelelser om Gr<t>nland,
Geoscience, vol. 23, 85 p.
(16) Bennike (O.) et Bôcher (J.), 1990. Forest-tundra neighbouring the North Pole:
plant and insect remains from the Plio-Pleistocene Kap Kobenhavn Formation, North
Greenland. Arctic, vol. 43, n° 4, p. 331-338. Fig. 2-3 — Ce«e toundra boisée à épinettes noires et cette luxuriante forêt-galerie riche en aulnes, situées au
sud de la baie d'Ungava (57°N), évoquent les paysages du Haut-Arctique à l'aube du Quaternaire. A cette
époque, le mélèze constituait apparemment l'essence dominante, comme l'attestent les troncs et les cônes
retrouvés en grand nombre jusqu'à près de 83°N, sur des terres aujourd'hui dénudées et glacées. Clichés M. F.
André 450 MARIE-FRANÇOISE ANDRE
Canada - ou cèdre blanc - (Thyja occidentalis L.), essence ne supportant pas les
hivers très rigoureux, colonisait également la région. Les étendues lacustres
trouant cette toundra boisée étaient couvertes de nénuphars, plantes totalement
absentes de l'Arctique franc et qui ne s'avancent guère aujourd'hui que jusqu'à
la frange subarctique de la zone tempérée.
Les restes d'insectes confirment l'interprétation paléo-environnementale suggérée
par les macrorestes végétaux : aucun des soixante-cinq genres d'insectes identifiés
n'est actuellement présent dans le Haut- Arctique, 90 % des espèces se rencontrant
en domaine subarctique. Tous les indices convergent donc pour restituer, à la
pointe nord du Groenland, il y a seulement deux millions d'années, un contexte
climatique de type subarctique océanique. Ce dernier se caractérisait très vra
isemblablement par des précipitations atteignant au moins 500 mm, des températ
ures moyennes estivales de l'ordre de + 10 à + 11°C, cependant que les moyennes
hivernales devaient se situer entre - 10 et - 15°C: c'est dire l'ampleur du change
ment climatique intervenu depuis lors.
Les chercheurs danois en viennent d'ailleurs à mettre en doute l'existence, il y
a deux millions d'années, de l'inlandsis groenlandais : du moins ne peuvent-ils
concevoir cette calotte glaciaire que sous une forme sensiblement réduite. Quant
à la banquise - si elle existait -, elle ne devait être, à l'aube du Quaternaire, ni
permanente, ni continue, au nord du Groenland comme dans l'archipel nord-
canadien.
Comment conclure cette évocation de l'Arctique groenlandais et nord-américain
sans une référence aux actes du très sérieux colloque de Denver sur les paléo
environnements fini-tertiaires ? Dans un essai géopoétique à l'intitulé steinbeckien,
C.A. Repenning (17) interprète la présence discontinue du campagnol des champs
dans les faunes fini-pliocènes en termes tectoniques. Vers 2,5 Ma, le soulèvement
accéléré des Monts St Elias et Chugach, dans le sud de l'Alaska, aurait provoqué
leur englacement; les courants de glace s 'écoulant vers la mer auraient alors
bloqué la migration côtière des campagnols, d'où leur absence dans les dépôts
étudiés. Ces rongeurs seraient réapparus il y a 2 Ma à la faveur du nivellement
des volumes montagneux par l'érosion glaciaire (sic): la pénétration de vents
secs venus du Pacifique, rendue possible par l'abaissement de la chaîne, aurait
entraîné la fusion des glaces de la cordillère, permettant au campagnol de r
eprendre sa migration vers le sud. Las! Il y a 1,6 Ma, les périgrinations du
campagnol prennent fin: la route du sud est définitivement coupée à la suite
d'un nouvel épisode orogénique à l'origine de l'englacement massif de la chaîne.
Nous laissons cette théorie à l'appréciation du lecteur, tout en lui signalant que
les organisateurs du colloque de Denver déclinent toute responsabilité quant
aux hypothèses - hardies - émises par le spécialiste nord-américain du campagnol
des champs.
LES FLUCTUATIONS CONTEMPORAINES
DES GLACIERS GROENLANDAIS ET SCANDINAVES
En milieux arctiques et alpins, les appareils glaciaires sont souvent considérés
comme de précieux indicateurs des fluctuations du climat, même s'il est établi
depuis longtemps qu'ils répondent avec retard aux sollicitations climatiques. Les
(17) Repenning (C.A.), 1990. Of mice and ice in the late Pliocene of North America.
Arctic, vol. 43, n° 4, p. 314-323 (le qualificatif d'« essai géopoétique» utilisé dans le texte, à
propos de cet article, n'engage que l'auteur de la chronique arctique). Fig. 4. — Vue aérienne de la côte ouest-groenlandaise (district d'Umanaq, 70°N). Large de plus de deux
kilomètres, la langue glaciaire principale s'écoule vers l'ouest, le nord étant situé à gauche de la photographie.
Cliché Kort-og Matrikelstyrelsen, 7 février 1985 (communiqué par O. Humlum, Univ. de Copenhague, et
publié avec l'autorisation de l'Institut danois de Géodésie).

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