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Contribution à l'étude de la ville de Kédougou. - article ; n°3 ; vol.8, pg 307-318

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Description

Cahiers du Centre de recherches anthropologiques - Année 1965 - Volume 8 - Numéro 3 - Pages 307-318
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1965
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Langue Français

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Contribution à l'étude de la ville de Kédougou.
In: Cahiers du Centre de recherches anthropologiques, XI° Série, tome 8 fascicule 3-4, 1965. pp. 307-318.
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Contribution à l'étude de la ville de Kédougou. In: Cahiers du Centre de recherches anthropologiques, XI° Série, tome 8
fascicule 3-4, 1965. pp. 307-318.
doi : 10.3406/bmsap.1965.1495
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_1297-7810_1965_sup_8_3_1495KÉDOUGOU. NOTES ET DOCUMENTS 307
Contribution a l'étude de la ville de Kédougou (1).
Situation actuelle de la ville.
La ville de Kédougou, 2.791 habitants, est située au sud-est de la Répub
lique du Sénégal. Elle est à 255 km de Tambacounda et à 620 km, à
vol d'oiseau, de Dakar. La ville se trouve dans une cuvette inclinée vers
le fleuve Gambie. Elle est dominée par les premiers contreforts du Fouta-
Djalon ; c'est un carrefour entre le Sénégal, le Mali et la Guinée, lieu
d'hétérogénéité ethnique et de brassage humain.
Historique.
Nous avons eu deux versions sur la signification du mot Kédougou.
Selon les uns, il s'agirait de Idougou qui signifie en bedik (2) le lieu
d'enfouissement des gris-gris. Il paraît en effet que les guerriers
bedik venaient y faire leurs oracles et enfouir leurs talismans, pour
empêcher leurs ennemis de venir jusqu'à leurs villages situés sur les
montagnes de l'autre côté de la Gambie.
Selon les autres, la ville s'appellerait Ké-Dougou. qui signifie en Ma
linké : ké - hommes, et dougou - lieu : le « lieu des hommes », ou précis
ément le lieu des braves. Il paraît que l'emplacement actuel de la ville
était le champ de bataille des Malinké qui étaient perpétuellement en
guerre contre les hommes d'Alfa Yaya, grand conquérant guinéen.
Structure de la ville.
a) Les quartiers.
— le quartier Mosquée, à l'est.
Tirant son nom de la présence de la grande mosquée, ce quartier est
le premier installé dans la ville. Il fut fondé par la famille Ba.
L'ethnie malinké y domine : 63 carrés sur 134 (47,01 %).
— Le quartier Dandé Mayo, au sud-est.
Tire son nom de sa situation géographique auprès du fleuve Gambie :
Dandé Mayo signifie en peul « à la gorge du fleuve ». Il est à prédo
minance peul : 60 familles sur 136 carrés (44,11 %).
— Le quartier Compagnie et le quartier Administratif, au centre.
C'est un quartier qui tire son nom de l'installation commerciale et
en particulier de la boutique de la compagnie F.A.O. ; c'est là qu'est
actuellement le temple protestant. Les Peul y dominent : 9 carrés
sur 25 (36 %).
(1) Extraits de documents élaborés par des stagiaires de l'École Nationale d'Éco
nomie Appliquée (Dakar), communiqués par Monsieur J. Bugnicourt, professeur à
cette école. L'enquête s'est déroulée sur le terrain du 10 juillet au 15 septembre
1964.
(2) Ou tendanké. 308 SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS
— Le quartier Koba Club, au sud-ouest, est sur la route de Samé-
couta. Il tire son nom du dancing Koba Club. Les Peul y do
minent : 62 carrés sur 101 (61,38 %).
— Les quartiers Liberté I et II, au nord, sur la route de Samécouta.
Ce sont les quartiers les plus récents ; ils sont habités par toutes les
ethnies de la ville.
Baptisés en août 1964, à l'imitation de quartiers de Dakar, ce sont des
quartiers où la structure ancienne est inexistante et les constructions
y sont plus modernes que dans les autres.
Tableau I. — Répartition ethnique des carrés de la ville de Kédougou
selon les quartiers (1963).
Total des Dia- Sara- Divers carrés khan- Wolof jNom des quartiers Peul linké kolé par (1) ké quartier
Mosquée 23 63 6 16 3 10 121
Dandé Mayo 60 27 13 5 8 23 136
— Compagnie 9 5 4 6 1 25
170 Ma
Koba Club 62 16 5 1 6 11 101
Liberté I 3 10 10 3 6 6 38
— Liberté II 6 7 6 8 34 7
Total des carrés par
ethnie 455 129 39 29 29 59
(1) 20 carrés toucouleur, 16 carrés bambara, 3 carrés tendanké, 6 carrés maures,
et des mandingues, métis, sérères, diola, kissi, mossi et soussou.
b) Les habitations.
L'habitat observé se répartit en 4 catégories.
- Case de type rural.
C'est une maison ronde d'environ 4 m de diamètre et 2 m de hauteur.
Elle est couverte de paille. On la rencontre dans tous les quartiers,
sauf dans le quartier Administratif, et surtout dans les zones margin
ales. Elle représente 85,50 % des habitations du quartier Mosquée
et peut varier par la forme selon le style malinké ou peul.
- Case carrée « urbanisée».
Elle fait en moyenne 4 m x 4 m et 2,50 m de hauteur. Elle est en
banco, quelquefois cimentée à l'extérieur et à l'intérieur, le toit en
paille. ■
NOTES ET DOCUMENTS 309 KÉDOUGOU.
— Bâtiment en banco.
Il a en général 3 pièces de 4 m x 4 m avec deux débarras de 2 m x
2 m. Il est fait en briques de banco un pourcentage plus ou
moins élevé de ciment. Le toit est charpenté avec du bois et couvert
de tôles en zinc. On le rencontre surtout dans les nouveaux quartiers
Liberté I et IL II représente environ 6,84 % des habitations dans
le quartier Mosquée.
— Bâtiment en dur.
Il est représenté par les « bâtiments économiques ». Il comprend 3 ou
4 pièces, une douche, un w.-c. C'est le type de construction du
quartier Administratif qui constitue la partie moderne de la ville
et on le rencontre aussi dans le quartier Mosquée.
La maison en bois (baraque) n'existe pas dans la ville.
c) Le réseau urbain.
— Puits.
Les puits sont nombreux mais environ 90 % d'entre eux tarissent
en saison sèche, notamment ceux faisant moins de 14 m de profon
deur. Mais une adduction d'eau mise au point et plus complète les
rend moins utiles.
■ — Adduction d'eau.
Les bornes-fontaines sont placées dans une partie de la zone lotie.
La capacité du château d'eau est de 100 m3.
— Bouches d'incendie.
Elles se trouvent dans la même zone que les robinets. La présence
de ces bouches d'incendie peut éventuellement rendre de grands
services dans une ville où la case à toit de paille domine.
— Électricité.
Elle est fournie par la municipalité. Son coût et son entretien sont
élevés. L'éclairage public est partiel dans la ville, il y a aussi des
carrés administratifs éclairés et quelques carrés publics ou privés,
ces derniers payent un abonnement. L'électricité fonctionne chaque
jour de 19 h à 24 h. Son extension nécessitera des moteurs plus puis
sants et une consommation plus grande en carburant.
— Téléphone.
Le téléphone n'existe pas chez les particuliers, cependant on peut
téléphoner de la poste pour les relations extérieures tous les jours
ouvrables : le matin de 1 1 h à 12 h et le soir de 16 h à 17 h.
• — Routes aménagées.
Les routes aménagées s'étendent sur une longueur d'environ 3.500 km
sur toute la ville. La ramification du réseau routier est bien faite en
raison du plan de lotissement à peu près respecté par les nouveaux
carrés installés.
Le bitumage serait souhaitable et permettrait l'évacuation des eaux
dans les égoûts.
Etude démographique et ethnique.
Kédougou qui jusqu'en 1953 n'était qu'un petit village de 874 habb
tants connaît depuis l'Indépendance un accroissement rapide qui a porté
sa population à près de 3.000 âmes, soit une augmentation de 319 % SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS 310
en 10 ans. La création du camp militaire ainsi que les récentes migra
tions de populations du Sénégal nord (notamment les Wolof) attirées
par le commerce lucratif et celles venues de la République de Guinée,
en sont la cause.
23 ethnies sont représentées à Kédougou, dont les plus importantes
sont : les Peul avec 30,90 % de la population ; les Malinké avec 27,87 % ;
puis les Wolof 8,03 % et les Diakhanké 7,57 %.
Tableau II. — Répartition ethnique de l'occupation foncière de la ville de Kédougou,
1963.
Nombre de sujets
Occupation Ethnie foncière Pourcentage par
Nombre absolu rapport à la
population totale
Peul 800 30,90 % 33,44 %
Malinké 721 27,87 % 27,56 %
Wolof 208 8,03 % 7,17 %
Diakhanké 196 7,57 % 10,44 %
Sarakolé 169 6,53 % 6,03 %
Ce tableau doit se lire comme suit : 800 Peul représentent 30 % de la population
totale de Kédougou et occupent 33 % de la surface des terres.
Les autres ethnies constituent environ 18 % de la population : Toucouleur (141
individus; 5,45 % de la population), Dialonké (63 individus; 2,43 % de la populat
ion), Sérères, Bambara, Diola, Soussou, Maures, Tendanké, Bassari, Mandingues, Coniagui, Togolais, Baoulé, Papel, Manjacques, Métis. Les Français et les Américains
sont aussi représentés à Kédougou.
(Renseignements communiqués par la mairie de Kédougou).
Les Peul comprennent 6 groupes : Fouta, Bandé, Boïni, Bové, Tam-
gué et Kamananké. Leurs noms dominants sont : Diallo, Ba, Barry et
Sidibé avec quelques variantes ; ils sont presque tous de la même origine
et sont pour la plupart venus des hauts plateaux de la République de
Guinée qu'ils ont quittés pour suivre les pâturages et surtout pour échap
per aux massacres des rois d'alors.
Les Malinké sont originaires des anciens cantons de Dantilia, Siri-
mana et Niokholo, devenus des arrondissements du département de
Kédougou. Par leurs noms de famille dont on compte 10 actuellement à
Kédougou, ils sont plutôt Maliens et ont beaucoup d'affinités avec les
populations de l'ancien Soudan Français. Les noms dominants sont :
Sissokho, Dansokho, Danfakha, Diébakhaté, etc.. KÉDOUGOU. NOTES ET DOCUMENTS 311
Genre de vie et relations sociales.
Les Peul et les Malinké ont un genre de vie encore différent malgré
leur évolution et leur cohabitation assez ancienne. Leur type d'habitat
n'est pas conçu de la même façon. Le carré est presque le même, mais
avec une tendance à l'individualisme chez le Peul.
A force de cohabiter, ils se marient entre eux et leurs coutumes fort
ement influencées par l'Islam se recoupent largement dans la plupart
des familles. Les deux langues sont parlées indifféremment, mais la
langue véhiculaire est le malinké qui est employé par les autres ethnies.
Les Wolof, bien qu'importants numériquement, ont peu ou pas d'al
liances matrimoniales avec les autochtones.
Les structures sociales existantes.
• — Les structures sociales traditionnelles. Malgré l'évolution, les popul
ations sénégalaises gardent encore certaines traditions.
Les artisans (1) sont représentés par les griots, les forgerons, les cor
donniers. Ils ne se marient qu'entre eux. Il existe à Kédougou 8 familles
de griots, 6 de forgerons, 10 de cordonniers. Les cordonniers sont pres
que tous des Silla et font partie des premiers installés à Kédougou puis
qu'ils sont venus de Bakel rejoindre la famille de Massiré Ba, fondateur
de Kédougou. Les tisserands et les laobé qui sont marginaux viennent
les uns du Fouta-Djalon et les autres du Sénégal Nord.
Au cours des cérémonies familiales (mariage, baptême, circoncision)
ce sont les griots qui chantent les louanges des familles nobles et c'est
une occasion pour eux d'avoir beaucoup de cadeaux. Actuellement la
plupart des jeunes exercent d'autres métiers après avoir été à l'école
et ne sont plus soumis aux exigences des vieilles traditions.
Huit chefs de carrés composent un conseil dont les activités essent
ielles sont la normalisation des rapports entre les familles et partant,
le maintien de la paix dans la ville.
— Les structures sociales modernes sont à Kédougou le conseil munic
ipal, deux mouvements de jeunes et le Dahira.
D'une manière générale on peut dire que les Malinké tiennent les
leviers de commande et contrôlent presque toutes les activités.
Dans les associations, l'U.J.K. (Union des Jeunes de Kédougou) qui
regroupe presque tous les jeunes de la ville, ressortissants compris, est
plus active que « la Gazelle » dont les membres sont un peu xénophobes.
Le Dahira, association à caractère religieux créée en 1960, tient cha
que dimanche des réunions. Les membres, qui payent 100 F de cotisation
par mois, s'entraident lors des cérémonies de mariage, baptême et décès.
(1) On raconte que leur grand-père Anabi Souleymane avait plusieurs fils. Ne
pouvant les nourrir, il les répartit selon des fonctions sociales bien déterminées.
Il disait :
— Vous 1 vous travaillerez le fer pour gagner votre vie (ce sont les forgerons).
—I taillerez le bois pour subvenir à vos besoins (ce sont les laobé).
— Vous I vous utiliserez tout ce qui est fil, fibres, vous le tisserez pour habiller
les hommes (ce sont les tisserands).
— Vous I la plante du pied étant très sensible, vous la protégerez en travaillant
sur la peau (ce sont les cordonniers).
— Vous 1 la vie d'aujourd'hui a besoin d'être connue de nos futurs descendants
et vous serez chargés de la transmettre de père en fils et vous l'enrichirez de géné
ration en génération (ce sont les griots). société d'anthropologie de paris 312
— Les conflits sociaux. Les plus courants opposent des individus et
sont souvent d'origine matrimoniale. Les litiges proviennent des héri
tages chez les Peul. Les dossiers en instance à la justice de paix comport
ent rarement des affaires de vols, celles-ci étant dans 90 % des cas réso
lues par T., le sacrificateur bedik de Bandafassi qui retrouve les délin
quants.
Les activités sociales et culturelles.
— Education .
Les écoles primaires (1) : on compte deux écoles primaires publiques
de 13 classes et une école privée (2) de 3 classes. Le taux de la scolarisa
tion est de 82,73 %.
Le centre d'apprentissage : créé par la mission protestante depuis
deux ans, enseigne l'agriculture, l'élevage, la maçonnerie, la menuiserie.
Les écoles coraniques : on en compte 6 dans la ville, enseignant gar
çons et filles. Les 182 enfants qui les fréquentent vont en même temps
pour la plupart à l'école française. L'année du CE. P., les élèves quittent
définitivement coranique au profit de l'enseignement français
(cf. Tableau III).
Tableau III. — Fréquentation des 6 écoles coraniques.
Nombre Nombre
Nom du quartier d'élèves d'élèves
garçons filles
Dandé Mayo- Ecole A. ... 26 17
Dandé Mayo- École В .... 14 7
Dandé Mayo-Ecole С 16 8
Dandé Mayo- École D . . . 40 12
Mosquée 10 6
Compagnie 17 9
Total 123 59
Éducation populaire :
L'animation rurale. Les animateurs formés viennent des villages envi-
(1) N.D.L.R. : Un travail du C.R.A. sur la scolarisation dans la région de Ké-
dougou est actuellement en cours, confié à B. de Lestrange. Il est à remarquer que
les chiffres cités par le présent rapport et ceux de J. Tardif ne concordent pas, cf.
ci-dessus note p. 191.
(2) N.D.L.R. : École catholique. NOTES ET DOCUMENTS 313 KÉDOUGOU.
remnants et n'ont suivi qu'un stage du 1er degré (45 animateurs formés
en 1964).
Le chantier école. Ce chantier est créé depuis 1963 et son programme est
de former des jeunes pour les travaux manuels (artisanat, agriculture,
élevage) et de leur offrir un enseignement général sommaire qui les ren
dent utiles à la société. Il reçoit le concours technique des volontaires du
« Corps de la Paix » américain.
— Sanlé (1).
Il existe un dispensaire de 9 lits et une maternité de 6 lits.
Les principales maladies soignées sont le paludisme, l'onchocercose,
la lèpre, la syphilis, la rougeole, la variole et, chez les jeunes, la bilhar-
ziose.
Il existe un service pour la lutte contre les grandes endémies.
— Information.
Le service de l'Information recueille les nouvelles et les transmet à
Tambacounda (capitale de la région du Sénégal oriental) pour diffusion.
Il existe une salle de conférences et une bibliothèque peu fréquentée parce
qu'insuffisamment équipée.
— Les religions sont :
La religion musulmane qui est la plus importante, 92,8 % ; les diverses
recrutent leurs membres dans des ethnies différentes :
secte tidiane (ethnies peul, toucouleur, wolof)
— khadre ( — malinké, diakhanké, sarakolé)
— mouride ( — wolof, sérères, laobé).
La religion catholique (tendanké, bassari et quelques fonctionnaires)
et la religion prolestante (malinké). Chacune de ces religions chrétiennes
compte environ 3 % de la population.
La religion animiste (tendanké, bassari).
Les activités économiques.
L'agriculture est la principale activité des populations de Kédougou.
Elle est pratiquée par 86 % de la population active qui représente 67 %
de la population globale.
Les principales cultures sont par ordre d'importance : le sorgho, le
maïs, le fonio, le riz et l'arachide.
La production vivrière, entièrement autoconsommée, recouvre les
80 % des terres cultivées. Cette production est insuffisante et doit cha
que année être complétée par l'administration. Ce sont les femmes qui
travaillent les rizières.
— Le commerce et les échanges sont assez développés et posent actuel
lement des problèmes importants, du fait de la supériorité de la
demande sur l'offre. Le coût de la vie est élevé : ceci est dû à la position
de Kédougou, qui reste coupé de tout le Sénégal par les pluies pendant
environ 5 mois de l'année. L'action des populations frontalières de la
Guinée qui s'approvisionnent à Kédougou crée un déséquilibre sur le
marché.
(1) N.D.L.R. Il est dans le programme du G.R.A. de faire dépouiller les archives
des postes sanitaires de la région de Kédougou ce qui apportera de nombreux ren
seignements concernant la santé des populations. société d'anthropologie de paris 314
— Les organismes coopératifs et VO.S. La coopérative de consommat
ion créée en 1961 pour régler le problème de l'approvisionnement des
populations en denrées alimentaires ne fonctionne plus.
L'A.I.R. fonctionne depuis 4 ans mais n'est pas encore transformée en
coopérative.
Ces organismes peuvent jouer un rôle important dans la vie de leurs
membres surtout dans le domaine de la production.
L'O.S. a été créé en 1963-64 et concurrence assez fortement l'A.I.R.
— Le secondaire et le tertiaire ont des activités économiques impor
tantes pour la vie de la commune. La société de construction de Kédou-
gou, qui a réalisé presque toute l'infrastructure existante, emploie beau
coup de main-d'œuvre locale. Son avenir semble cependant incertain,
compte tenu du manque de débouchés et de la non-rentabilité des tr
avaux qui reviennent cher du fait des difficultés d'approvisionnement en
matériaux.
Les services qui emploient actuellement beaucoup de main-d'œuvre à
revenu fixe, ont une influence économique salutaire sur la vie de la
commune.
La présence du camp militaire et d'un centre pénitentiaire n'est pas
moins favorable à l'élévation du niveau de vie des populations qui trou
vent ainsi de nouveaux débouchés, en approvisionnant le marché qui
est devenu important.
Le régime foncier.
L'attribution des lots se fait sur demande adressée au maire. Les lots
attribués font 30 m x 30 m. Cette attribution est illimitée, chacun pou
vant demander autant de lots qu'il le désire. Mais au bout de deux ans
le lot doit être mis en valeur par la construction au moins d'une case
en bambou, ou en banco.
La parcelle non mise en valeur est retirée. « La course à l'occupation
des terres » est amorcée. Les parcelles réservées à la culture se répar
tissent comme suit :
a) Terres situées au bord du fleuve.
Celles-ci appartiennent à 4 grandes familles. L'étranger sollicite une
parcelle à cultiver auprès de ces familles et prend l'engagement de ver
ser l'« assakal » (1 /10e de la récolte). C'est un régime féodal qui dispa
raîtra avec la loi sur le domaine national.
b) Terres situées au delà du fleuve.
Ces terres n'appartiennent à personne : qui défriche le premier s'appro
prie la parcelle qu'il cultive.
Facteurs de croissance.
— Logement et urbanisation.
Tendance à l'évolution de l'habitat : cette tendance est nette dès que
le revenu le permet (salariés, fonctionnaires, commerçants). Ce goût
du modernisme est de bon augure quand à l'aspect futur de la ville, avec
l'accroissement du niveau de vie de la population.
Existence des logements économiques : elle permet de loger décem
ment quelques fonctionnaires et leurs familles. Le style moderne con
tribue à l'effort d'urbanisation et peut être un encouragement aux i
nvestissements privés locaux. NOTES ET DOCUMENTS 315 KÉDOUGOU.
— Adduction d'eau et electrification.
Ce sont là des réalisations qui relèvent de la politique d'urbanisation
entreprise dans la ville.
— Equipement.
L'infrastructure scolaire actuelle est suffisante : ce cas est rare au
Sénégal. Cet avantage, compte tenu de la réceptivité de la population
à l'école, va résorber l'état d'analphabétisme. La fréquentation scolaire
est bonne.
— Transports et communications.
La liaison avion bi-hebdomadaire Dakar-Kédougou via Tambacounda,
assure les relations en toutes saisons et rend les services les plus urgents ;
malheureusement le voyage par avion n'est pas à la portée de toutes les
bourses. La route de Kédougou à Tambacounda est coupée par les pluies
de juillet à novembre.
— Démographie.
La population a beaucoup augmenté en 10 ans; elle est jeune. Le taux
de natalité est assez élevé et celui de la mortalité faible dans l'ensemble.
Ce phénomène est important et permet dans les années à venir d'aug
menter la main-d'œuvre en quantité.
— Migration des populations.
La population constituée d'autochtones avant la poussée démogra
phique constatée à partir de 1960, compte aujourd'hui beaucoup de
nouveaux venus qui sont commerçants, salariés, ouvriers qualifiés ve
nant du Nord Sénégal. Il faut remarquer l'arrivée de Peul-Fouta venus
de villages limitrophes de la frontières guinéo-sénégalaise (1).
Cette migration est bénéfique car elle augmente la circulation monét
aire et incite les gens à travailler pour produire davantage.
— Main-d'œuvre.
L'importance de la main-d'œuvre est un phénomène caractéristique
d'un pays sous-développé. C'est un facteur positif à Kédougou puisque
nombreuses sont les bonnes terres utilisables.
— Ressources et production.
L'importance, la fertilité et la disponibilité des terres font que la pro
duction a une potentialité encore loin d'être exploitée.
— Régime des eaux.
La pluviométrie est forte et les décrues du fleuve Gambie permettent
une très grande diversification des cultures durant l'année. Nous pou-
(1) II faut signaler le transit de migrants temporaires (Navétanes) venus de Gui
née à l'approche de l'hivernage (avril-mai) pour cultiver l'arachide et à la fin de
l'hivernage en septembre pour la récolte.
Les chiffres officiels sont les suivants :
Année Nombre de Navétanes
1926 580
1929 641
1932 435
1950 856
1952 796
1953 874
1957 1.241
1963 16.000
Cette question sera reprise dans un travail à paraître, par B. de Lestrange.