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Corrélations des mesures céphaliques - article ; n°1 ; vol.8, pg 363-368

De
7 pages
L'année psychologique - Année 1901 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 363-368
6 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Alfred Binet
Corrélations des mesures céphaliques
In: L'année psychologique. 1901 vol. 8. pp. 363-368.
Citer ce document / Cite this document :
Binet Alfred. Corrélations des mesures céphaliques. In: L'année psychologique. 1901 vol. 8. pp. 363-368.
doi : 10.3406/psy.1901.3320
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1901_num_8_1_33201 1 1 X
CORRÉLATION DES MESURES CÉPHALIQUES
On a pu voir, en étudiant le développement normal de la tète,
que certaines mesures croissent parallèlement, tandis que
d'autres mesures ont une évolution indépendante; il y a donc
des corrélations spéciales entre les mesures céphaliques. Cette
question, à peine entrevue dans l'étude précédente, m'a paru
digne d'attention. Je me suis doncdemandé dans quelles condi
tions la grandeur ou la petitesse d'une mesure prise sur un
individu détermine la grandeur ou la petitesse d'une autre
mesure. Les calculs ont été faits sur des chiffres de mensurat
ion que j'ai pris en 1900 sur des enfants d'école primaire dans
le département de Seine-et-Marne, et que j'ai publiés
V Année, t. Vil .
Cette étude pourrait être faite par une explication anato-
mique et mécanique du squelette crânien, de ses sutures, de
ses points d'ossification. Ce n'est pas la méthode que j'ai
employée ; celle à laquelle j'ai eu recours consiste simplement à
utiliser les mesures prises sur le vivant, pour rechercher si à
telles grandes d'une certaine dimension du crâne cor
respondent en moyenne de grandes ou de petites mesures d'une
autre dimension. Voici quel est, d'une manière générale, le prin
cipe du calcul que j'ai suivi; ce principe a, du reste, été indi
qué déjà dans le livre que j'ai écrit avec V; Henri sur la Fatigue
intellectuelle. Voulant savoir, par exemple, comment les varia
tions de dimension du diamètre antéro-postérieur retentissent
sur le diamètre transversal de la tête, on ordonne les sujets
d'après la grandeur du diamètre antéro-postérieur, et on examine
si ceux qui ont ce le plus grand sont aussi ceux qui
ont le diamètre transversal le plus grand, et ainsi de suite.
Ce calcul a été fait sur les 50 élèves intelligents des écoles
primaires de Seine-et-Marne ^ ; j'ai choisi, parmi ces 50 élèves
1. Quand mon travail a été terminé, je me suis avisé que j'aurais eu
quelque avantage à Caire mes calculs sur des documents différents. Les
mesures que j'ai utilisées ont été prises sur des sujets qui étaient en pleine .MÉMOIHES ORIGINAUX aO4
les 1Ü qui ont la plus grande valeur pour chaque diamètre
céphalique, et j'ai cherché la valeur, pour ces sujets, des autres
mesures ; ensuite, j'ai pris les 10 qui ont la valeur moindre
pour chaque diamètre, et j'ai cherché aussi quels étaient leurs
autres diamètres. Les résultats sont contenus dans la table I.
Ainsi, par exemple, les 10 enfants qui ont la plus grande lon-
g-ueur de tête ont comme diamètre transversal moven 183,4;
ceux qui ont la plus petite longueur de tête ont comme diamètre
transversal moyen 176,3 ; il y a donc une différence de 7 mill
imètres entre les deux groupes extrêmes, et toutes choses
égales d'ailleurs, ceux qui ont la tête la plus longue Tont aussi
la plus large.
En faisant l'étude de notre tableau I, nous arrivons aux con
clusions suivantes :
Première kùgle. — 11 n'y. a point de rapport inverse —
dans les moyennes — entre deux mesures céphaliques ; lor
squ'une mesure est, en moyenne, très grande, c'est un signe que
les autres mesures seront aussi très grandes ; à l'inverse, si une
mesure est très petite, c'est un signe probable que les autres
mesures seront aussi très petites. C'est là le principe fonda
mental ; il existe une corrélation entre les différentes mesures.
Ce principe résulte clairement du tableau I, qui nous montre
que, quel que soit le diamètre servant à ordonner les deux
groupes premier et dernier, les autres mesures du premier
groupe sont constamment supérieures aux autres mesures du
dernier groupe. Ce tableau contient des moyennes de mesure,
qui sont toutes évaluées en millimètres. Chaque mesure, quand
cela a paru nécessaire, est ordonnée d'abord par elle-même et
ensuite par rapport aux autres. Ainsi, le diamètre antéro-posté-
rieur qui est le premier en liste, est d'abord ordonné par lui-
même; on a fait la moyenne de toutes les longueurs de tète
pour le premier groupe d'enfants, le groupe de ceux qui ont
la tête la plus longue; la moyenne de ces sujets, au nombre
de 10, est une longueur de tête égale à 186mm,8; on a fait
période de développement; il en résulte que les mesures céphaliques de
ces sujets présentent entre elles, non seulement des diil'érences ethniques,
pathologiques et individuelles, mais encore des diil'érences qui proviennent
d'une inégalité dans l'état de développement; car on sait bien que des
enfants de môme âge n'ont pas tous atteint la même fraction de liur
développement personnel et complet. Ces dernières différences seraient
supprimées si la comparaison portait sur des hommes faits. BINET. CORRÉLATIONS DES MESURES CÉPHAL1QUES 365 A.
ensuite la moyenne du dernier groupe, elle est de 172""", 6; et
l'écart de mesure moyenne entre ces deux groupes est indiqué
au dessous, il est de 14inm,2. Sur la colonne suivante, immédia
tement à droite, se trouvent les moyennes de largenr de tête
calculées pour ces mêmes enfants; ainsi le premier groupe des
enfants à longue tête a, comme moyenne de largeur de tête,
183m"\4 ; et le dernier groupe, celui des enfants qui ont les têtes
les plus courtes, a comme moyenne de largeur 176"nn,3 ; ceux qui
ont la tête plus courte (dans le sens antéro-postérieur) l'ont en
même temps plus étroite, et la différence est de 7U"",1. En par
courant le tableau I, on peut constater que, dans toutes les
mesures ordonnées d'après une autre, le premier groupe a une
moyenne supérieure au dernier; les différences varient beau
coup, d'ailleurs ; elles s'élèvent, dans certains cas, à 7 mill
imètres, et, dans d'autres, elles n'atteignent pas 1 millimètre;
mais elles sont toujours positives. Ce sont ces chiffres qui nous
permettent d'établir qu'il existe une corrélation entre les
mesures de la tète, chez les enfants. Ajoutons que cette corré
lation est vraie seulement pour les groupes sélectionnés comme
nous l'avons fait, c'est-à-dire dans lesquels c'est le premier ci
nquième du contingent total qui est comparé au dernier
nquième. Nous ignorons s'il en serait de même dans le cas où la
comparaison se ferait entre le premier quart et le dernier, ou
entre le premier tiers et le dernier.
Tableau I. — Corrélation des mesures céphaliques
Diamètre antéuo-postérieuji, ordonne dann ses rapports avec les diam.
antéro-post. transv. vertical
•1er groupe 186,8 183,4 181,5
172,6 176,3 178,8
14,2 7,1 2,7 Différence.
Diamètre transversal, ordonné dans ses rapports avec les diamètres
vertical transversal antéro-post.
1e'1 groupe 151,2 ir»5,i 152,3
2e 140,4 145,9 146,4
Différence 14,7 6,4 4,8
Diamètre vertical, ordonné dans ses rapports avec les diamètres
antéro-post.
1er groupe 125,7 125,8 129,9
2e 121,8 118.8 122,7
3 4,0 Différence 11,1 '
366 MÉMOIRES ORIGINAUX
Diamètre HKiO.MAQUE, ordonné dans ses rapports avec les diamètres
untéro-posl. vertical biauricul. bizyg-omat.
Ie1' groupe 93,7 94,9 94,6 96,2 96,4 ^ ne 88,9 88,8 93,6 87,6 92,4
Différence 6 5,8 0,1 8,6
Diamètre frontal, ordonné dans ses rapports avec les diamètres
antéro-posl.
Acr groupe 109,9 105.2 103,8
qo 101,5 101,7 102,0 7,9 Différence 3,7 2,1
Diamètre btaumculaire, ordonné dans ses rapports avec les diamètres
vertical I en lui-même antéro-post. | transv.
1er groupe 123,5 123,4 120,9 127,8
119,0 116,8 119,9 113
Différence . 6,6 1 14,8
Distancenaso-mentoxnikre, ordonnée dans ses rapportsavecles diamètres
anléro-post. verticale
1er groupe 63,7 63,1 61,7
9c 62,3 62,4 61,2
1,4 0,7 Différence 0,5
Ces premiers résultats donnent tort à une opinion que j'ai
souvent entendu exprimer, à savoir que la petitesse d'une cer
taine mesure du crâne peut être compensée par la grandeur
d'une certaine autre mesure. Que ces compensations puissent
se produire dans quelques cas particuliers, je n'en doute pas;
mais il ne faut pas en faire une règle générale ; la règle géné
rale est celle de la proportionnalité, et non celle de la compens
ation, au moins quand on envisage les cas extrêmes.
Deuxième règle. — Pour formuler cette seconde règle, nous
devons proposer quelques termes nouveaux ; l'écart entre deux
mesures ou deux variations de mesure peut être appelé direct
ou commandé; il est direct lorsqu'il est calculé d'après sa
moyenne ou ses maxima; ainsi, par exemple, si nous prenons
l'écart entre la moyenne des dix plus forts diamètres antéro-
postérieurs et la des 10 plus faibles, nous trou
vons qu'il monte à 14 millimètres, c'est ce que nous appelons
l'écart direct; ordonnons maintenant les sujets d'après la la
rgeur de la tète, et étudions l'écart de longueur de tète entre les BINEÏ. CORRÉLATIONS DES MESURES CÉPHAT/IOUES 367 A.
10 sujets qui ont la tête la plus large et les 10 qui ont la tète
la plus étroite; c'est l'écart commandé; il est sous l'influence
de la largeur de la tête, il exprime la dépendance de la lon
gueur de la tête, par rapport à sa largeur. Ceci posé, on com
prendra le sens de la règle suivante : les amplitudes de variation
directe d'une mesure sont toujours beaucoup plus fortes que les
amplitudes de variation commandée.
Le tableau I justifie bien cette règle; pour le diamètre antéro-
postérieur, l'écart direct est de 14,2; les écarts commandés
sont de 7 millimètres et de 2inm,7; pour le diamètre vertical,
l'écart direct est de 11 millimètres, les écarts commandés sont
de 3 millimètres et de 4 et ainsi de suite, cette
règle n'est jamais en défaut. Le maximum qu'atteignent les
écarts commandés, c'est d'être égaux à la moitié des écarts
directs; mais ils sont souvent bien inférieurs; ils sont parfois
égaux au tiers, au quart, au cinquième, ou même au dixième
des écarts directs.
Concluons qu'il y a toujours intérêt à prendre une mesure en
elle-même, sans se fier à cette présomption que cette
est intimement liée à une autre, et que prendre la seconde dis
pense de prendre la première. J'ai entendu dire à un anthropo-
logiste qu'il est inutile de mesurer la mandibule, lorsqu'on a
d'abord mesuré la distance bizygomatique, parce que la première
de ces mesures dépend logiquement de la seconde. On peut
voir que cette affirmation est fort sujette à caution.
Troisième règle. — Certaines mesures ont un pouvoir de
commandement plus grand que d'autres mesures. Cette diff
érence de pouvoir apparaît nettement si l'on compare entre eux
les trois grands diamètres du crâne. Le diamètre antéro-pos-
té rieur est celui des trois qui exerce l'influence la plus nette sur
toutes les autres mesures de la tête. 11 s'agit, rappelons-le bien,
de crânes d'enfants, chez lesquels le diamètre antéro-postérieur
n'est point faussé par le développementdes sinus frontaux. Le
diamètre transversal vient au second rang; son influence est un
pou plus faible. Pour le diamètre vertical, son est la
plus faible de toutes, et elle est grandement inférieure à celle
des deux autres diamètres. On peut mesurer ces degrés divers
d'influence par les écarts commandés, ainsi que je viens de
l'expliquer. Je reproduis quelques-uns de ces écarts command
és. Voici ceux qui sont commandés par le diamètre antéro-
postérieur, le diamètre transversal et le vertical. 8 MEMOIRES ORIGINAUX 3c
1 1 Biauriculaire postérieur "3 Bigoniaque mentonnier Vertical Frontal Antéro-
>
Antéro-postérieur 6,4 3 7,9 6 4,5 1,4
Transversal 7,4 4 3,7 5,8 6,6 0,7
4 2,1 0,1 1 Vertical 0,5
En faisant la somme de tous ces écarts, calcul tout empirique
cela va sans dire, — on trouve 29,2 pour le diamètre antéro-
postérieur, 27,9 pour le diamètre transversal, et seulement
10,8 pour le diamètre vertical. Ce dernier diamètre est donc le
plus indépendant de tous.
Quatrième règle. — Lorsqu'il existe une corrélation entre
deux mesures, cette corrélation est bilatérale; nous ne trou
vons pas d'exemple où une mesure a commanderait les varia
tions d'une mesure b, et ne subirait pas, àsontour, les variations
de cette b. Au contraire, les deux modes de calcul
aboutissent généralement au même écart ; ainsi l'écart du di
amètre vertical, commandé par l'antéro-postérieur est de 3 mil
limètres; et l'écart de commandé par le ver
tical est de 2mm,7, c'est-à-dire analogue.
Cinquième règle. — La force des corrélations n'est point
liée au parallélisme des mesures. Ainsi, fait bien surprenant,
le diamètre frontal est mieux lié au diamètre antéro-postérieur
qu'au transversal.
Outre ces règles générales, l'étude des chiffres révèle quelques
autres détails fort intéressants, par exemple, que le diamètre
bigoniaque est mieux lié au diamètre biauriculaire qu'au dia
mètre bizygomatique.
La méthode que j'ai employée dans ce travail est incomplète
en ce sens qu'elle n'explique pas la cause des relations que nous
trouvons entre les différentes mesures du crâne ; cette méthode
doit donc être complétée par des méthodes anatomiques et mé
caniques. Toujours est-il qu'elle nous montre que certaines
mesures crâniennes sont plus importantes que d'autres, puis
qu'elles sont mieux liées à l'ensemble des proportions du crâne
et de la tête.
. A. BlNET.