Cours 17 oct lexico.sxw

Cours 17 oct lexico.sxw

-

Documents
3 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Chapitre 1Les propriétés linguistiques des proverbes1. Approche sémantique traditionnelle Un proverbe est un énoncé ayant une valeur de vérité générale (et non pas universelle), quele locuteur prête à un énonciateur anonyme et collectif, assimilable à la voix ou la sagesse desnations. En théorie, il est possible de mettre en relief ces propriétés par une série de test d'insertion.1.1. La distinction locuteur / énonciateurLa dissociation locuteur/énonciateur est incompatible avec les énoncés dits « d'opinion », dutype « je trouve que », « je pense que », « je crois que » : 1. a ? Je crois que la langue va où la dent fait mal.b Je crois qu'on parle plus volontiers de ses chagrins.2. a ? Je crois que les rivières retournent à la mer.b Je crois que l'argent attire l'argent.3. a *Je crois qu'à chaque pot son couvercle.b Je crois que chaque femme finit par trouver le mari qui lui convient.4. a ??Je crois que tête de fou ne blanchit jamais.b Je crois qu'un fou reste toujours un enfant.On notera au passage un problème de méthode, liée à la forme du proverbe, qui, pour des raisonsnon seulement sémantiques mais aussi syntaxiques et/ou morpho-syntaxiques, s'accomode plus oumoins mal des enchaînements proposés. Ceci montre que plus un proverbe est figée sous une formearchaïque ou « syntaxiquement non enchaînable » (comme complément intorduit par « que »), plusil tend aussi à être perçu comme une expression autonome, et donc lexicalisée comme telle.Il y a ...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 92
Langue Français
Signaler un problème
Chapitre 1
Les propriétés linguistiques des proverbes
1. Approche sémantique traditionnelle
Un proverbe est un énoncé ayant une valeur de vérité générale (et non pas universelle), que
le locuteur prête à un énonciateur anonyme et collectif, assimilable à la voix ou la sagesse des
nations.
En théorie, il est possible de mettre en relief ces propriétés par une série de test d'insertion.
1.1. La distinction locuteur / énonciateur
La dissociation locuteur/énonciateur est incompatible avec les énoncés dits « d'opinion », du
type « je trouve que », « je pense que », « je crois que » :
1.
a
? Je crois que la langue va où la dent fait mal.
b
Je crois qu'on parle plus volontiers de ses chagrins.
2.
a
? Je crois que les rivières retournent à la mer.
b
Je crois que l'argent attire l'argent.
3.
a
*Je crois qu'à chaque pot son couvercle.
b
Je crois que chaque femme finit par trouver le mari qui lui convient.
4.
a
??Je crois que tête de fou ne blanchit jamais.
b
Je crois qu'un fou reste toujours un enfant.
On notera au passage un problème de méthode, liée à la forme du proverbe, qui, pour des raisons
non seulement sémantiques mais aussi syntaxiques et/ou morpho-syntaxiques, s'accomode plus ou
moins mal des enchaînements proposés. Ceci montre que plus un proverbe est figée sous une forme
archaïque ou « syntaxiquement non enchaînable » (comme complément intorduit par « que »), plus
il tend aussi à être perçu comme une expression autonome, et donc lexicalisée comme telle.
Il y a cependant des enchaînements possibles avec certains proverbes :
5.
Je crois qu'il vaut mieux prévenir que guérir.
6.
Je crois que l'excès en tout est un défaut.
7.
a
*Je trouve que tel père tel fils.
b
Je trouve que l'habit ne fait pas le moine.
8.
a
*J'ordonne que l'oreiller porte conseil.
b
J'ordonne que faute de grives, on mange des merles.
9.
a
??Je souhaite que tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
b
Je souhaite que
l'oreiller porte conseil.
1.2. La sagesse des nations
1
Un proverbe doit pouvoir être introduit par une tournure du type « Comme on dit, ... »,
« Comme dit le proverbe, ... », ou encore par une tournure qui, tout en attribuant l'énonciation à un
individu singulier, explicite que cet individu se fait l'écho d'une représentation relevant justement
d'un savoir culturel partagé :
10.
Comme on dit, ce qu'on apprend au berceau, vaut jusqu'au tombeau.
femme au volant, la mort au tournant.
jamais à bon chien il ne vient un os.
qui perd gagne.
11.
Comme dit le proverbe, ce qu'on apprend au berceau, vaut jusqu'au tombeau.
femme au volant, la mort au tournant.
jamais à bon chien il ne vient un os.
qui perd gagne.
12.
Comme dit ma concierge, ce qu'on apprend au berceau, vaut jusqu'au tombeau.
femme au volant, la mort au tournant.
jamais à bon chien il ne vient un os.
qui perd gagne.
Je ne connais pas d'exception à ce test, qui semble donc particulièrement fiable.
1.3. Vérité générale et énonciation événementielle
Compte tenu de son caractère événementiel, le proverbe ne reçoit pas d'énonciation
événementielle.
Il peut subir des variations aspectuo-temporelles :
13. Une hirondelle n'a jamais fait / ne fait jamais / ne fera jamais le printemps.
14. Bien mal acquis ne profita jamais / ne profite jamais : ne profitera jamais.
15. Qui a suivi / suit / suivra ses poules a appris / apprend / apprendra à gratter.
mais il n'admet pas de voir sa « vérité » limitée dans le temps, par exemple par une circonstancielle
à valeur restrictive comme « Contrairement à hier, aujourd'hui... » :
16. Contrairement à hier, aujourd'hui ? il n'est si petit chat qui n'égratigne.
*ventre pointu n'a jamais porté chapeau.
?tel est pris qui croyait prendre.
??aux grands maux les grands remèdes.
Il existe toutefois quelques enchaînements possibles, par exemple avec :
17. Contrairement à hier, aujourd'hui il ne faut jurer de rien.
les affaires font les hommes.
Je n'ai pas trouvé d'exceptions qui s'accomoderaient de cette concaténation avec les proverbes
métaphoriques.
2
1.4. Vérité générale et vérité d'exception
Le proverbe véhiculant une vérité générale, il ne peut pas, non plus, apparaître comme
exprimant une vérité d'exception, comme le montre la difficulté d'insérer un proverbe après des
expressions comme « A ma grande surprise, ... », « A mon grand étonnement, ... »,etc. :
18. A ma grande surprise,
?il y a un commencement à tout.
*à tout seigneur, tout honneur.
??jamais danseur ne fut bon clerc.
*qui a le temps a la vie.
??quand on tient la poule, il faut la plumer.
On peut cependant admettre :
19. A ma grande surprise,
il n'est si petit chat qui n'égratigne.
il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.
1.5. Vérité générale et vérité universelle
Si le proverbe n'admet pas d'être assimilé à une vérité d'exception, il admet au contraire de
voir sa vérité niée ponctuellement, par un événement qui ne le vérifie pas. La vérité qui est sienne
n'est pas une vérité scientifique, et elle accepte donc d'être confrontée à des exceptions,
contrairement à une vérité scnetifique, qui se veut « universelle » par définition (et pas simplement
« générale ») :
20. Sauf exception, pierre qui roule n'amasse pas mousse.
autant de têtes, autant d'avis.
ventre affamé n'a pas d'oreilles.
21. Sauf exception, *le chien est un quadrupède.
*l'homme est mortel.
*l'eau bout à cent degrés sous une pression d'une atmosphère.
On notera toutefois encore quelques exceptions maladroites pour nos proverbes, avec :
22. Sauf exception, ??méchant poulain peut devenir bon cheval.
Ceci s'explique par la présence du modalisateur « peut », qui relativise lui-même la portée générale
du proverbe. On ne peut donc restreindre par « sauf exception » ce qui est déjà simplement une
potentialité modalisée par « peut ».
1.6. Synthèse
Au final, nous disposons donc de tests qui ont une certaine portée, mais qui montrent aussi
que les « proverbes » ne constituent pas une classe homogène, et qu'il existe des degrés de
« proverbialisation », c'est-à-dire que certanes expressions sont plus ou moins perçues comme
proverbes. Nous tirerons les conséquences méthodologiques de cette observation au prochain cours.
3