cours II
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Cultures, représentations et valeurs en changement Cultures, représentations et valeurs en changement Marta Roca i Escoda Jeudi 14h15 – 16h Sale M R150 Séance introductive. Séance 1 Finalité et objet du cours 15 mars Séance 2 L'école de Frankfurt 22 mars La théorie d’Axel Honneth : la lutte pour la reconnaissance Olivier Voirol L’approche pragmatique de John Dewey : Séance 3 La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes 29 mars Séance 4 De la sociologie critique à la sociologie de la critique 5 avril La perspective pragmatique de la sociologie en France Séance 5 Postulats et concepts 19 avril L’action collective et les problèmes publics Séance 6 Différentes approches 26 avril Séance 7 De l'étude classique des mouvements sociaux à l'altermondialisme Marko Bandler 3 mai Comment étudier l’action collective depuis une approche Séance 8 pragmatique : aspects théoriques et méthodologiques 10 mai Etudes de cas Séance 9 "La dénonciation" de Luc Boltanski 24 mai Etudes de cas Séance 10 - "Les sombres précurseurs" 31 mai - "la mobilisation des victimes" La genèse du mouvement squat : éléments pour une pragmatique de Séance 11 l'ordre urbain Luca Pattaroni 07 juin Comment se concrétise la lutte ? Séance 12 Formation des groupes pour l’action et constitution des causes 14 juin 1Cultures, représentations et valeurs en changement Cultures, représentations et valeurs ...

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Cultures,repsentations etvaleursen changement Marta Roca i Escoda Jeudi 14h15 – 16h Sale M R150 Séance introductive. Séance 1Finalité et objet du cours 15 mars Séance 2L'école de Frankfurt 22 marsLa théorie d’Axel Honneth : la lutte pour la reconnaissance Olivier VoirolL’approche pragmatique de John Dewey : Séance 3La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes 29 mars Séance 4De la sociologie critique à la sociologie de la critique5 avril La perspective pragmatique de la sociologie en France Séance 5Postulats et concepts19 avril L’action collective et les problèmes publics Séance 6Différentes approches 26 avril Séance 7De l'étude classique des mouvements sociaux à l'altermondialisme Marko Bandler3 mai Comment étudier l’action collective depuis une approche Séance 8pragmatique : aspects théoriques et méthodologiques 10 mai Etudes de cas Séance 9"La dénonciation" de Luc Boltanski 24 mai Etudes de cas Séance 10- "Les sombres précurseurs" 31 mai - "la mobilisation des victimes" La genèse du mouvement squat : éléments pour une pragmatique de Séance 11l'ordre urbain Luca Pattaroni 07 juinComment se concrétise la lutte ? Séance 12 Formation des groupes pour l’action et constitution des causes 14 juin
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Cultures,repsentations etvaleursen changement Marta Roca i Escoda Quel est le lien possible entre la philosophie et la sociologie ? C’est sur cette question que le cours proposé démarrera en se penchant sur la reprise du projet de deux écoles de philosophie : la philosophie critique de l’école de Frankfurt incarnée actuellement par Axel Honneth (successeur d’Habermas); et la philosophie pragmatique de John Dewey, l’une des figures du pragmatisme américain. En partant de ces deux approches, nous essayerons d’établir un lien avec la sociologie, notamment celle développée au sein de deux approches françaises de ces trente dernières années : la sociologie critique et la sociologie de la critique (ou autrement appelé pragmatique), laquelle s’est développée en réaction aux défauts de la première qui confisquait, explicitement ou implicitement, les capacités critiques des acteurs au profit du seul chercheur en sciences sociales et manquait à reconnaître et à mettre au jour les appuis normatifs de l’action. Si la sociologie critique analyse le plus souvent la domination et la reproduction sociale, elle néglige fortement la capacité dont disposent les personnes et qu’elles engagent pour lutter et contribuer au changement. Ce cours veut donc porter un regard plus optimiste sur la société, sans pour autant tomber dans une naïveté s’aveuglant sur les conflits et les structures sociales existantes. Il s’agira plus concrètement de se donner quelques bases théoriques qui nous permettront d’enquêter empiriquementle changement social, en prenant comme fil conducteur, et pour commencer, la théorie de « la lutte pour la reconnaissance » disposée par Axel Honneth. Par la suite, nous allons nous intéresser à la constitution d’une action collective en parallèle à la constitution des problèmes publics, en proposant des approches qui complètent les études classiques des mouvements sociaux. Afin de bien saisir la pertinence de ces approches et du lien entre la philosophie et la sociologie, dans un deuxième temps, nous allons prendre plusieurs exemples tirés de différents travaux empiriques qui se réfèrent à différentes formes de lutte (i.e. d’action collective), en insistant notamment sur leur démarche méthodologique centrées sur la description de cas particuliers. Evaluation du cours Il va de soi que la présence au cours est essentielle afin de comprendre et d’assimiler la matière. Les lectures proposées sont aussi indispensables. L’évaluation du cours a été conçue comme une démarche collective. Il s’agira de faire en sorte que vous puissiez partager le savoir. Ainsi, on travaillera ensemble pour préparer l’examen écrit, qui se basera sur le développement d’une - voire deux - question avec l’appui des connaissances acquises pendant les différentes séances et la compréhension (et digestion) des lectures proposées. Pour ce faire, nous allons essayer de collectiviser la compréhension des lectures en créant des groupes de 2-3 personnes qui se chargeront chacun d’entre elles de faire une note de synthèse d’une des lectures proposées. Ces notes de lectures seront obligatoires et seront aussi évaluées (idéalement, elles serviront à faire monter la note de l’examen). Elles seront rendues collectives car elles auront comme finalité de vous aider à préparer l’examen. Pour ne pas trop vous charger en volume de travail, chaque fiche devra er faire entre une et deux pages au maximum et elles devront être rendues au plus tard le 1 juin. Ce jour là je les mettrai sur Dokeos. Tout le matériel du cours se trouve sur Dokeos.
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Plan détaillé du cours Séance 1Introduction : description des objectifs du cours et de la transmission du savoir envisagée 1.établir un lien entre la philosophie et la sociologie : se servir de quelques théories philosophiques pour développer des aspects manquants dans la tradition sociologique et appliquer d’une façon empirique quelques approches philosophiques 2.présentation de deux approches sociologiques incarnées dans la tradition française : la sociologie critique et la sociologie de la critique. 3.étudier concrètement l’action collective (i.e. l’agir en communauté), ainsi que l’origine et les conséquences de cette action : la constitution d’un public et des problèmes publics. Lectures : Piette, Albert (1996),Ethnographie de l’action. L’observation des détails, Paris : Ed. Métailié, pp. 21-43. Séance 2Le diagnostic et la critique sociale : de la philosophie critique de l’école de FrankfurtProgrammes actuels de recherche. Horkheimer et son groupe sont restés prisonniers d’un fonctionnalisme marxiste qui les a induits à percevoir, dans le cadre de la réalité sociale, un cycle de la domination capitaliste et de la manipulation culturelle, à tel point fermé qu’il ne restait plus aucune place pour une zone de critique morale exercée de façon pratique. Par la suite, la théorie habermassienne de la communication représentera une opposition aux théories négativistes de la société, précisément dans le sens où elle a rouvert l’accès à une sphère émancipatoire de l’action. Cependant, le processus émancipatoire dans lequel Habermas ancre la perspective normative d’une Théorie critique ne se répercute d’aucune manière dans les expériences morales des sujets intéressés. Pour sortir de ce manque, Axel Honneth, successeur d’Habermas, présente l’idée qui consiste à développer le modèle de la communication élaboré par Habermas dans le sens de ses présuppositions intersubjectivistes, voire sociologiques, en proposant une théorie de la lutte pour la reconnaissance. A. Honneth propose de partir de l’expérience négative du mépris où s’affirme, au travers d’émotions spécifiques, des ressources motivationnelles ouvrant les personnes à s’engager dans une lutte pour la reconnaissance de différentes formes d’identités lésées. L’ambition de A. Honneth est de reprendre à nouveaux frais le projet d’une théorie critique de la société en montrant que les conflits sont réglés par une « grammaire morale » plutôt que par des intérêts. Son postulat méthodologique est qu’une analyse phénoménologique des expériences de l’injustice peut contribuer à la reconstruction de cette « grammaire morale » qui innerve les luttes sociales. A l’origine de la contestation sociale qui s’exprime dans un conflit social, il y a une protestation morale face à une situation vécue comme injuste. L’objet de cette protestation, ce sont lesschèmes, lesreprésentationset les normes culturellement ancrées qui ordonnent des pratiques et des institutions sociales produisant des dénis de reconnaissance. Elles sont mises en cause parce qu’elles induisent une reconnaissance inadéquate d’une catégorie sociale, qui, de ce fait, est frappée de mésestime sociale. Le sort des personnes et leur capacité à nourrir un rapport positif à eux-mêmes comme des individus autonomes et responsables dépendra, selon A. Honneth, des normes de reconnaissance socialement établies. Ce qui est mis en cause dans la contestation sociale, c’est le fait que ces normes sont inadéquates parce qu’elles ne prennent pas du tout ou pas assez en compte la valeur de certainsbesoins,capacités etpratiques. Les contestations prennent donc la forme de luttes pour la reconnaissance s’opposant à des normes ou des significations sociales qui frappent un groupe de personnes ou une personne de « mésestime sociale » et qui, ce faisant, les affectent négativement dans leur possibilité de développer un rapport positif à elles-mêmes et à autrui.
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Lectures : Honneth, Axel (1996), « La dynamique du mépris. D’où parle une théorie critique de la société ? », in : Habermas, la raison, la critique, Rainer Rochlitz et Christian Bouchindhomme (ed.), coll. « Procope », Paris : Éd. du Cerf, pp. 216-238. Voirol, Olivier (2004), « Reconnaissance et méconnaissance : sur la théorie de la violence symbolique »,Information sur les sciences sociales, vol. 43, n°3, septembre, pp. 403-443. Honneth, Axel (1999), « Intégrité et mépris. Principes d’une morale de la reconnaissance », in : Recherches sociologiques, 1999/n˚2, pp.11-22. Séance 3L’approche pragmatique de John Dewey : La constitution de problèmes publics ou le public et ses problèmes En suivant la théorie de la lutte pour la reconnaissance d’Axel Honneth, et en regardant du point de vue sociologique les demandes de reconnaissance, nous allons nous centrer sur la constitution des problèmes publics et les formes de l’action collective. En effet, nous pouvons penser que si une demande de reconnaissance devient légitime, c’est parce qu’il y aun public qui a su faire valoir ses problèmeset qui a pu exprimer des aspirations légitimes. Toutefois, rendre compte des contextes dans lesquels un problème est apparu (d’abord à ceux qui étaient affectés par lui) ne suffit pas. Il faut aussi s’enquérir des raisons pour lesquelles les aspirations qu’il a fait naître ont su trouver des ressources politiques ou morales déjà constituées et ont pu donner lieu au dessin d’une solution politique. Pour ce faire, nous allons nous inspirer de l’ouvrage de John Dewey,Le public et ses problèmes, ainsi que de quelques études de cas qui montrent minutieusement les activités destinées à repérer la nature et la portée de conséquences négatives qui ont effectivement donné la naissance d’un public, un public c’est-à-dire l’ensemble des personnes qui sont affectés par un problème et sont intéressés à l’adresser politiquement. Pour Dewey, l’action publique suppose l’action d’un public. D’abord, celui-ci est passif, il constitue l’ensemble des personnes indirectement affectées par des conséquences négatives résultant d’une variété d’activités produites par la vie en association. Selon Dewey, le sens même de la politique est donc que ce premier public, au sens passif, devienne actif en enquêtant sur la source de ces conséquences négatives et en les articulant en un problème public concernant l’ensemble de la communauté politique. Lectures : Zask, Joëlle (2003), « La politique comme expérimentation ». Préface de l’ouvrage de John Dewey, Le public et ses problèmes(1984), France, Publications de l’Université de Pau, Ed : Léo Scheer, pp. 7-43. Walter Lippmann (2002)Le public fantôme. Extrait deThe Phantom Public, Mc Millan & Co, 1925, p. 13-39. Présenté par Joëlle Zask, inHermès,n°31 " L'Opinion publique : perspectives anglo-saxonnes ", pp. 21-27, janvier 2002. John Dewey (2002),Le public et ses problèmes. Extrait deThe Public and its Problems(1927), repris dansJohn Dewey. The Later Works, Vol. 2, édités par Jo Ann Boydston et associés, Carbondale, Southern Illinois University Press (1 ère éd., 1977), paperbound, 1983. Présenté par Joëlle Zask, inHermès," L'Opinion publique : n°31 perspectives anglo-saxonnes ", pp. 21-27, janvier 2002.
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Séance 4De la sociologie critique à la sociologie de la critique L’évolution du programme de l’école de Frankfurt s’approche du changement qui a affecté le regard sociologique, plus concrètement celui des écoles françaises allant de la sociologie critique de Pierre Bourdieu à la sociologie pragmatique développée depuis une quinzaine d'années autour de Bruno Latour et Michel Callon (en sociologie des sciences) et Luc Boltanski et Laurent Thévenot (en sociologie de l'action et de la justification). La seconde s’est développée en réaction aux défauts de la première qui confisquait, explicitement ou implicitement, les capacités critiques des acteurs au profit du seul chercheur en sciences sociales et manquait à reconnaître et à mettre au jour ses appuis normatifs. Si la sociologie critique analyse le plus souvent la domination et la reproduction sociale, elle néglige fortement la capacité dont disposent les personnes et qu’elles engagent pour lutter et contribuer au changement. Nous allons comparer ces deux formes de sociologie en relation avec la philosophie, pour examiner ensuite différentes manières de concevoir les divergences entre ces sociologies et la possibilité, s’il y en a une, de les conjuguer. Pour ce faire lors de cette séance et de la suivante nous allons définir les postulats et concepts de la sociologie pragmatique en établissant une comparaison avec la sociologie critique. Postulats (I) -Anti-essentialisme -Réalisme -Symétrie -Pluralisme -Indétermination -Réflexivité Lectures : Benatouil, Thomas (1999), « Critique et pragmatique en sociologie. Quelques principes de lecture »,Annales (Histoire Sciences Sociales), vol. 54, n° 2, mars-avril, pp. 281-317. Accardo, Alain (2006),Introduction à la sociologie critique. Lire Pierre Bourdieu, Marseille : Ed. Agone, pp. 289-318. Boltanski, Luc (1990),L'amour et la justice comme compétences. Trois essais de la sociologie de l'action, Paris : Ed. Métailié, pp. 37-63. Boltanski, Luc (2006),La condition fœtale, Paris : Gallimard, pp. 11-21. Séance 5La perspective pragmatique de la sociologie en France. Postulats et concepts de la perspective pragmatique Dans cette séance nous allons présenter les postulats et concepts de la perspective pragmatique de la sociologie française. Nous allons concrètement traiter les postulats suivants : Postulats (II) -Sens de la justice -Compétence -Pragmatisme Et les concepts suivants : -Montée en généralité -Cité
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-Régime -Épreuve -Dispositif Lectures : Breviglieri, Marc et Joan Stavo-Debauge (1999), « Le geste pragmatique de la sociologie française. Autour des travaux de Luc Boltanski et Laurent Thevénot »,Antropolítica, n°7, pp. 7-22. Boltanski, Luc et Laurent Thévenot (1991),De la justification. Les économies de la grandeur, Paris : Gallimard, pp. 11-59. Séance 6L’action collective et les problèmes publics Nous allons passer rapidement en revue quelques approches qui traitent des mouvements sociaux afin d'apporter un complément à la lumière de la théorie de la lutte pour la reconnaissance d'Axel Honneth. Honneth s’efforce de montrer que les luttes sociales qui ont traversé l’histoire des mouvements sociaux se sont constituées autour de la question de la reconnaissance. Selon l’auteur, les conflits sociaux devraient être rapportés au non-respect des règles implicites de reconnaissance mutuelle, chose que les théoriciens en sciences sociales n’ont pas vraiment pris en compte lorsqu’ils s’efforcent de définir les caractéristiques des mouvements sociaux, ou lorsqu’ils en dressent une typologie et se penchent sur leurs genèses. L’auteur rappelle avec justesse que toute lutte sociale est alimentée par des sentiments moraux d’injustice qui se donnent comme la « matière première émotionnelle des conflits sociaux » et qui fournissent « la base motivationnelle d’une résistance collective ». Il s’agit là d’un aspect que les théories « utilitaristes » oublient, car elles portent l’accent sur la logique de l’intérêt (ou sur la poursuite des intérêts collectifs) en négligeant le domaine des réactions morales à des expériences de mépris. Ce que le philosophe allemand veut faire remarquer en amendant la vision « utilitariste » des mouvements sociaux et en la délogeant de sa position hégémonique, c’est que les motifs de résistance et de révolte se constituent le plus souvent dans le cadre d’expériences morales qui portent l’empreintes de différentes formes de déni de reconnaissance ou de « non-respect d’attentes de reconnaissance » ; des expériences morales « qui donnent à l’individu le sentiment d’être méprisé » et le portent à la lutte. Lectures :Honneth, Axel (2000), "Mépris et résistance. La logique morale des conflits sociaux", inLa lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, pp. 191-203. Gusifeld, Joseph (2003), "Action collective et problèmes publics". Entretien avec Daniel Cefaï et Danny Trom, in : Cefaï, Daniel et Dominique Pasquier (Dir.),Le sens du public. Publics politiques, publics médiatiques, Paris : PUF, CURRAP-CEMS, pp. 63-78.
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Séance 7"De l'étude classique des mouvements sociaux à l'altermondialisme" La sociologie de l’action collective est largement dominée aujourd’hui par trois paradigmes positivistes et structuralistes anglo-saxons que sont : la mobilisation des ressources, la théorie des cadres ainsi que l’approche dite du processus politique (ou des structures d’opportunités). Loin de céder à l’antagonisme, les principaux représentants du champ (Doug McAdam, Charles Tilly et Sidney Tarrow) ont fourni un effort louable de syncrétisme des principaux paradigmes afin d’élargir les perspectives explicatives de la mobilisation et d’en souligner les dimensions dynamiques. Hasard des époques : dans le même temps, s’est développée de façon exponentielle une littérature sur un phénomène de mobilisation de masse et de transnationalisme de la protestation. L’objectif ici sera pour nous de confronter les théories classiques de la mobilisation avec l’émergence des nouvelles formes de protestation véhiculées par le « phénomène altermondialiste ». Lectures :Marco Giugni, Marko Bandler et Nina Eggert (2006), “The global justice mouvement. How far does the classic social mouvement agenda go in explaining transnational contention?”, inCivil society and social mouvements, Papers n° 24, United Nations research institute for social development. Séance 8Comment étudier l’action collective depuis une approche pragmatique : aspects théoriques et méthodologiques Nous porterons un regard méthodologique sur l’étude de l’action en train de se faire dans un passé lointain ou proche. En effet, l’étude des actions collectives sont souvent rétrospectives, et nécessitent ainsi un regard historique. Notre orientation vis-à-vis de l’histoire sera généalogique sans pour autant sacrifier à la compréhension que les acteurs eux-mêmes ont de l’histoire à laquelle ils participent et aux mouvements de laquelle ils contribuent. Pour bien faire, nous allons privilégier des périodes (ou situations) critiques. Selon Dodier, « une période critique peut être définie comme une période qui est caractérisée par l’activation soutenue du sens critique des acteurs autour d’un objet problématique » (Dodier, 2003 : 334). Toutefois, comme le souligne Zimmermann, l’analyse de l’action publique depuis un point de vue pragmatique – c’est-à-dire en empruntant une perspective qui tente de rester fidèle aux préoccupations situées d’acteursen mouvement– ne va pas de soi lorsque cette action publique se tient dans le passé car « la boite à outil sociologique rencontre les résistances du matériau historique dès lors qu’il s’agit de se pencher sur les interactions en situation. Le caractère préconstruit des sources, l’impossibilité d’observer l’action en train de se faire constituent autant de limites à une sociologie de l’action située prenant le passé pour terrain d’enquête, mais n’affectent pas pour autant la pertinence d’un projet de socio-histoire des catégories de l’action publique » (Zimmermann, 2003 : 142). En outre pour s’enquérir de la consolidation des « catégories de l’action », il ne suffit pas de circonscrire une « période critique » ou une situation historique, il faut se donner une agence ou une « instance » (institutions, personnes morales, organisations, associations) de référence sur laquelle focaliser l’enquête, une agence dont il soit possible de suivre l’évolution, les transformations et les interventions durant la « période critique » choisie. Lectures :
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Dodier, Nicolas (2003b), « Agir dans l’histoire. Réflexions issues d’une recherche sur le Sida », in : Laborier, Pascale et Danny Trom (dir.),Historicités de l’action publique, Paris : PUF, pp. 329- 345. Zimmermann, Bénédicte (2003), « Eléments pour une socio-histoire des catégories de l’action publique », in : Laborier, Pascale et Dany Trom D. (dir.),Historicités de l’action publique, Paris : PUF, pp. 241-258. Séance 9Etudes de cas : La dénonciation de Luc Boltanski Un grand nombre des travaux de Boltanski ont cherché à prolonger la réflexion sur la tension entre le genre et le cas, le singulier et le collectif, l'individuel et les catégories générales. Dans "La dénonciation" (Actes de la recherches en sciences sociales, 51, mars 1984, avec Y. Darré et M.-A. Schiltz), Luc Boltanski cherche à déterminer les conditions de recevabilité d'une dénonciation publique. Le terrain est constitué par un gros corpus de lettres adressées au journal Le monde, ces lettres ayant en commun de viser des dénonciations d'injustice, destinées à être publiées par le journal. Comme le souligne Damien De Blic "C’est dans l’article intitulé «La dénonciation» que Luc Boltanski esquisse une première formalisation des contraintes auxquelles les acteurs doivent se soumettre pour leurs opérations de généralisation. « La dénonciation » vise à explorer, là encore, la question de la construction des collectifs, mais en insistant cette fois sur la contribution des « causes » à ce travail social. Rappelons que cette recherche vise d’abord à comprendre les conditions de recevabilité d’une dénonciation publique (…)L’analyse du corpus montre d'abord que toute dénonciation fait intervenir quatre types de protagonistes : le dénonciateur de l’injustice, la victime (en faveur de laquelle la dénonciation est accomplie), le persécuteur (auteur de l’injustice dénoncée) et le juge (auprès de qui la dénonciation est opérée). A partir de ce schéma, Boltanski peut lier la réussite ou l’échec de la dénonciation (mesurée par sa capacité à susciter une mobilisaiton ou, plus simplement, à être jugée recevable) à la notion de taille, notion essentielle qui constitue un axe autour duquel va se bâtir toute sa sociologie à venir" (Damien De Blic, 2000 : 152-153). Lectures : Boltanski, Luc (1984), « La dénonciation », avec Yann Darré et Marie-Ange Schiltz,Actes de la recherche en sciences sociales,n. 51, pp. 3-40. De Blic, Damien (2000), "La sociologie politique et morale de Luc Boltanski", inRaisonsPolitiques, 3, p. 148-158. Séance 10Etudes de cas : - les sombres précurseurs - la mobilisation des victimes La première partie sera à nouveau consacrée à la constitution des problèmes publics, en nous intéressant de nouveau au public qui a su faire valoir ses problèmes et aux mécanismes déployés pour rendre légitimes leurs traitements et prises en charge politique. Ceci implique une lecture minutieuse des formes de dénonciations publiques ainsi qu’un relevé de l’appareillage qui va avec et qui soutient des dénonciations, regardant le passé, ou des alertes, regardant le futur. On s’inquiétera alors de la constitution de preuves tangibles, de la mise en forme de tableaux critiques du monde, etc. Si nous
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regarderons le travail de Chateauraynaud et Torny c’est afin de doubler une enquête sur les dénonciations par une enquête sur les alertes, lesquelles ne concernent pas une action échue mais visent mobiliser les personnes afin qu’elles agissent au présent pour éviter la réalisation de menaces à venir. Les alertes sont des mobilisations contre un risque, soit un mal non encore pleinement advenu mais qui se rend calculable, elles apparaissent comme de véritables mises à l’épreuve des dispositifs et des catégories de l’action publique. Dans la deuxième partie de cette séance, pour continuer les réflexions autour de l'action ou mobilisation collective, nous allons nous intéresser à l'étude autour de la mobilisation des victimes ou autrement dit des "groupes circonstanciels" proposée par Cyril Lemieux Jean-Pierre Vilain. On verra que leur étude de cas s'avère un terrain d’observation privilégié pour l’analyse du travail nécessaire à la constitution d’un groupe porteur de revendications. Lectures : Chateauraynaud, Francis et Didier Torny (1999),Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Paris : EHESS, Introduction, pp. 9-22. Vilain, Jean-Pierre et Cyril Lemieux (1998), « La mobilisation des victimes d'accidents collectifs. Vers la notion de « Groupe circonstanciel » »,Politixn°44, pp. 135-160. Séance 11La genèse du mouvement squat : éléments pour une pragmatique de l'ordre urbain Dans cette intervention, nous partirons du mouvement squat à Genève pour réfléchir à l’horizon politique et morale des politiques urbaines et de l’aménagement du territoire. Nous placerons au centre de notre réflexion, le délicat travail - propre à toute politique - qui consiste à faire place aux personnes dans leur différence tout en cherchant à les ordonner de manière juste. Dans un premier temps, nous nous intéresserons aux outils de la sociologie capables de nous permettre de décrire et d’analyser les tensions qui rendent compte de la dynamique de l’ordre urbain. Cette première partie sera l’occasion ainsi de parcourir un ensemble de travaux qui cherchent à renouveler l’approche des phénomènes urbains en renouant avec les intuitions du pragmatisme à la base déjà de l’Ecole de Chicago. Nous partageons avec ces travaux, la volonté de décrire plus finement l’épaisseur de l’expérience urbaine sans la réduire à un ensemble de traits et de catégories délimités à priori par le sociologue. Lectures : Pattaroni, Luca (2007), "La ville plurielle Quand les squatters ébranlent l’ordre urbain", in Bassand M., Kaufman V., Joye D.,Enjeux de la sociologie urbaine, Lausanne, PPUR, pp. 283-314. Breviglieri, Marc et Dany Trom (2003), "Troubles et tensions en milieu urbain. Les épreuves citadines et habitantes de la ville", in : Cefaï, Daniel et Dominique Pasquier (Dir.),Le sens du public. Publics politiques, publics médiatiques, Paris : PUF, CURRAP-CEMS, pp. 399-416.
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Séance 12Comment se concrétise la lutte ? Formation des groupes pour l’action et constitution des causes Cette séance prolongera les réflexions sur la constitution des problèmes publics en se centrant sur les formes concrètes de l’action collective. Nous allons continuer à essayer de prolonger l’entreprise d’Axel Honneth en insistant sur les manques de sa théorie. En effet, lorsque A. Honneth s’intéresse à la lutte, il ne nous dit pas grande chose sur les formes concrètes et effectives de l’action collective, car il ne prête pas attention à la dimension stratégique et logistique de la lutte. Il oublie donc les formes de réalisation pratique et politique de la lutte pour la reconnaissance. C’est pour surseoir à ce manque que nous allons porter un regard sur les cadres et les formes de l’action collective. Un groupe formé par des personnes affectées par les mêmes problèmes ou qui partagent un même intérêt, ne constituent pas un public, pour qu’il devienne un public (en tant que sujet de passions et d’actions) il faut qu’il se structure et s’organise. Il doit se constituer en sujet pratique et se donner une identité pratique, il lui faut déterminer une ligne de conduite à partir de jugements et d’objectifs, les uns et les autres ayant une portée pratique (pas de simples opinions subjectives…) en cela qu’ils pèsent sur la structuration du collectif et sur son répertoire d’actions. Lectures :Cefaï, Daniel et Claudette Lafaye (2001), « Lieux et moments d’une mobilisation collective. Le cas d’une association de quartier », in : Cefaï, Daniel et Danny Trom (dir.),Les formes de l’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques, Paris : EHESS, col. Raisons pratiques, 12, pp. 195-228. Roca i Escoda, Marta, "Portée et transport d’une parole publique : les contextes des aspirations à la reconnaissance", in J.-P. Payet, F. Giuliani & D. Laforgue (Eds.).La voix des acteurs faibles. (A paraître, 2007).
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Bibliographie générale Ouvrages généraux Boltanski, Luc et Laurent Thévenot (1991),De la justification. Les économies de la grandeur, Paris : Gallimard. Bourdieu, Pierre (1997-2003),Médiations pascaliennes, Paris : Seil, col. Essais. Dewey, John ([1984]-2003),Le public et ses problèmes, France, Publications de l’université de Pau : Farrago/Editions Leo Scheer. James, William (2007),Philosophie de l’expérience. Un univers pluraliste, Paris : Ed. Les empêcheurs de tourner en rond. Honneth, Axel (2000),La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf. Kellerhals, Jean ; Marianne Modak et David Perrenoud (1997),Le sentiment de justice dans les relations sociales, Paris : Presses universitaires de France, Col. Que sais-je? Piette, Albert (1996),Ethnographie de l’action. L’observation des détails, Paris : Métailié. Ouvrages complémentaires Boltanski, Luc et Eve Chiapello (1999),Le nouvel esprit du capitalisme, Paris : Gallimard. Bourdieu, Pierre (1994),Raisons pratiques, Paris : Seuil, col. Essais. Cattacin, Sandro et Christine Panchaud (1997),Les politiques de lutte contre le VIH/SIDAEurope de l’ouest. Du en risque à la normalisation, Paris : l’Harmattan. Chateauraynaud, Francis et Didier Torny (1999),Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Paris : EHESS. Dodier, Nicolas (2003),Leçons politiques de l’épidémie deSida, Paris : EHESS, col. Cas de figure. Giugni, Marco et Florence Passy (1997),Histoires de mobilisation politique en Suisse. De la contestation à l’intégration, Paris : L’Harmattan, col. Logiques sociales. Goffman, Evring ([1963]-1975),Stigmate, Paris: Minuit. Hirschman, Alfred O. ([1975]1995),Défection et prise de parole, Paris : Fayard. Pharo, Patrik (2004), Morale et sociologie, Paris : Gallimard, col. Essais. Pollak, Michael (1993),Une identité blessée : études de sociologie et d’histoire, Paris : Métailié, col. Leçons de choses. Renault, Emmanuel et Yves Sintomer (dir.) (2003),Où en est la théorie critique ?,Paris : La Découverte, col. Recherches. Ricœur, Paul (2004),Parcours de la reconnaissance, Paris : Stock, col. Les essais. Rochlitz, Ranier (coor.)(2002),Habermas. L’usage public de la raison, Paris : PUF, col. Débats philosophiques. Thévénot, Laurent (2006),L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement, Paris : La Découverte, col. Politiques et société.
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