Du plancher au pavé : parcours et détours des comédiennes des petits théâtres - article ; n°134 ; vol.36, pg 43-54

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Romantisme - Année 2006 - Volume 36 - Numéro 134 - Pages 43-54
At the beginning of the XIX e century, in the context of theaters development, as the development of the entertainment business was causing a structural change of the actor profession, a myth started to rise, that is, the myth of social success, especially for a woman, through theatre. The new social myth imperceptibly started to link whith a more antique one, fed by archaic fantasies: the courtisan with destructive powers, the lustful devoring female. In fact, the reality of an actress’s life presents a jonction point between the imagination of the prostitute, considered in this middle-class society as the absolute dropout that must be relegated to the darkness of the consciences, and secundly the imagination of theatre, seen as a packed space of authorised pleasure under the lights, where the numerous audience desire naked shoulders and attracting breasts. Such an evolution could not escape from the novelists attention, and, while reality brought this actress character a deep ambiguity, they made this character their one. Therefore, the symbols network has to be explored, into which the work inserts the actress character, without ignoring the essential importance of the •Boulevard” space and its theaters. Besides, throughout the century focus of the actress moved to how progressively revealing the erotic and transgressing aspects of this character, from the actress-prostitue” to the •prostituteactress”. So, the mystery ends, and the myth becomes ineffective.
C’est dans le contexte d’une modification structurelle du métier de comédien due à l’augmentation du nombre des spectacles dès le début du XIX e siècle que se développe le mythe de la réussite par le théâtre, surtout pour les femmes. Ce nouveau mythe social tisse insensiblement des liens avec un mythe plus ancien, nourri de fantasmes archaïques, celui de la courtisane au pouvoir destructeur, la luxurieuse dévoratrice. Or, la réalité de la vie de la comédienne offre un point de jonction possible entre l’imaginaire de la prostituée, marginale absolue de cette société bourgeoise, qu’on relègue dans la nuit des consciences, et celui du théâtre, espace du plaisir licite, exposé en pleine lumière, où se presse un public toujours plus nombreux, avide d’épaules nues et de corsages attrayants. Une telle évolution ne pouvait échapper à l’observation des romanciers qui s’emparent de cette figure de comédienne que la réalité s’est chargée de rendre profondément ambiguë. Il s’agit donc d’explorer le réseau de signes dans lequel l’oeuvre inscrit le personnage de la comédienne, l’espace du Boulevard et de ses théâtres y jouant un rôle capital. Au reste, la visée romanesque sur la comédienne s’infléchit au cours du siècle dans une entreprise de dévoilement progressif des caractéristiques érotiques et transgressives de cette figure: la comédienne-prostituée se transforme en prostituée-comédienne, dès lors l’énigme se résout, et le mythe devient inopérant.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2006
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Langue Français
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Isabelle MICHELOT
Du plancher au pavé : parcours et détours de la comédienne des petits théâtres
« — Dites mon bordel », réplique « en homme qui aime les situations franches » Bordenave à la Faloise qui cherchait à le complimenter sur son 1 théâtre . Il s’agit du théâtre des Variétés, situé boulevard Montmartre, l’un e des seuls théâtres à avoir traversé tout leXIXsiècle, nous sommes en 1867. Il est l’un de ces théâtres qui prolifèrent sur ce que les parisiens appellent simplement le Boulevard. Espace de promenade privilégié tout au long du siècle, celui-ci est en réalité constitué d’une enfilade de boulevards dont, en 1846,L’Illustrationpropose la reproduction sous « la forme d’un rouleau long de quatre mètres et montrant “les boulevards de Paris, leurs théâtres 2 et leurs monuments, de la place de la Bastille à la place de la Concorde” » . Cependant, la plupart des théâtres se concentrent entre le boulevard Saint-Martin et le boulevard du Temple et forment une sorte d’espace des plai-sirs qui, la nuit venue, grouille d’une foule où se mêlent, dans une même frénésie de divertissement, toutes les couches de la population parisienne, de l’employé au bourgeois, en passant par l’ouvrier et la pègre qui, pour ces derniers, alimentent le public des « poulaillers » des théâtres. Ainsi, se des-sine une zone de perméabilité entre les différentes « sphères » sociales évo-3 quées par Balzac dans le prologue deLa Fille aux yeux d’or, un espace où la lisibilité sociale se brouille, où les repères se perdent.
1. Émile Zola,Nana, 1880, GF, 1990, p. 32. 2. Pierre Gascar,Le Boulevard du Crime, Atelier Hachette/Massin, 1980, p. 7. 3.Honoré de Balzac,La Fille aux yeux d’or,La Comédie humaine, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1976-81, t. V, p. 1042-1054.
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