//img.uscri.be/pth/3b9b6eded9db21fa5ba0aae4f01ed2b5bc32fe84
La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

Généralités, histoire, méthodes - compte-rendu ; n°4 ; vol.96, pg 725-732

De
9 pages
L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 4 - Pages 725-732
8 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

Généralités, histoire, méthodes
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°4. pp. 725-732.
Citer ce document / Cite this document :
Généralités, histoire, méthodes. In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°4. pp. 725-732.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_4_28929L'Année psychologique, 1996, 96, 725-755
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
GÉNÉRALITÉS, HISTOIRE, METHODES
Vidal F. — (1994) Piaget before Piaget, Cambridge (MA), Harvard Uni
versity Press, 276 p.
F. Vidal se propose de reconstruire le développement du jeune Piaget
jusqu'à l'âge de 18 ans, en recherchant dans cette période «... les racines
biographiques et contextuelles de son système psychologique et philoso
phique » (p. XII). Dans l'Introduction de l'ouvrage, l'auteur fait un
aimable procès aux biographies antérieures qui, en serrant de trop près les
autobiographies successives de Piaget, ont introduit certaines méprises.
C'est ainsi que l'intérêt du jeune Piaget pour la classification des mollus
ques réfère davantage selon Vidal, et quoi qu'en disent Piaget adulte et ses
biographes, à l'histoire naturelle qu'à la biologie. Une autre méprise
concerne la lecture, par le jeune Piaget, de L'évolution créatrice de Bergson.
Le choc éprouvé, rapporté par Piaget lui-même, s'est révélé tout autant
intellectuel (explication biologique de la connaissance) qu'émotionnel
(identification de Dieu avec la vie). On y a vu, à tort, l'irruption subite de
préoccupations épistémologiques qui, toujours selon Vidal, ne se sont déve
loppées que très progressivement. L'auteur espère que son ouvrage contre
balancera les suppressions inhérentes aux autobiographies de Piaget, de
manière à élargir notre compréhension « du jeune homme qu'il a été et de
l'homme qu'il devint ».
Les quatre premiers chapitres de l'ouvrage décrivent l'insertion du
jeune Piaget dans la société bourgeoise éclairée, mais conformiste et tradi
tionnelle, de la petite ville de Neuchâtel où ses parents, membres connus et
respectés, tranchaient cependant en raison d'une certaine originalité.
Outre son Université, Neuchâtel est alors riche en sociétés savantes, tel le
Club des Amis de la Nature auquel Piaget adhère en 1910, à 14 ans, adhé- 726 Analyses bibliographiques
sion qui « illustre la cohésion du contexte social dans lequel il a grandi ».
Mais auparavant, dès l'âge de dix ans (1907), Piaget devient l'assistant de
Godet, le directeur du Musée d'histoire naturelle de Neuchâtel, dans la
mise à jour d'une taxonomie des mollusques du lac de Neuchâtel. Le pro
blème rencontré est la large variété phénotypique des mollusques d'eau
douce. Le jeune Piaget se range tout d'abord au point de vue de Godet,
selon lequel la détermination des espèces et de leurs subdivisions catégor
ielles se base sur la stabilité et la constance de caractéristiques morpholog
iques. A partir de 1912, après sa découverte de la philosophie de Bergson,
Piaget adoptera un point de vue différent en ciblant la définition, non sur
les caractéristiques invariantes, mais sur la « tendance » d'une population
à devenir une espèce. Piaget combine alors le nominalisme et la taxonomie
pratiques hérités de Godet avec l'évolutionnisme radical de Bergson, ce qui
le conduit aux confins de la biologie (chap. 5 et 6). Mais pendant les années
qui suivirent les travaux effectués avec Godet, l'Histoire naturelle, c'est-à-
dire rassembler, cataloguer, nommer et écrire resta, comme l'écrit Vidal,
« le cœur d'une vie active et organisée, un prétexte à la socialisation et
l'occasion d'ouvertures vers des horizons intellectuels plus larges ».
Les chapitres 7, 8, 9, 10 et 11 de l'ouvrage décrivent finement le
contexte religieux protestant libéral, dans lequel évolua le jeune Piaget.
Vidal expose comment Piaget, influencé par Bergson introduit peu à peu
l'idée d'évolution créatrice dans la pratique et la théorisation de la religion
et de ce qui devient, pour lui, la biologie. Dans La mission de l'idée, publiée
en 1915, Piaget, alors âgé de 18 ans, expose un système métaphysique
dont Vidal dit qu'il est alors inséparable d'un projet de vie qui doit
«... réconcilier en lui-même le penseur et le croyant, et travailler au renou
veau du christianisme et à la création d'un meilleur monde après les ruines
de la guerre » (guerre de 1914-1918). La conjonction des préoccupations
religieuses, morales et scientifiques y est évidente (chap. 11).
Les chapitres 12 et 13 nous font découvrir, de 1915 à 1917, une période
de crise douloureuse, de véritable « dislocation de sa personnalité », au
cours de laquelle Piaget se forge « une nouvelle identité ». Un autocriti-
cisme sévère et un engagement accru dans la rationalité le détachent peu à
peu de la métaphysique et de la théologie. La recherche publiée en 1918
inaugure et justifie cette nouvelle phase de sa vie personnelle et intellec
tuelle (chap. 14). La troisième partie de cette publication intitulée Recons
truction développe une théorie de l'équilibration dont la signification est
avant tout personnelle : équilibre et déséquilibre sont indissolublement
reliés dans la progression, l'évolution (influence de Bergson) qui conduit
l'individu du réel à l'idéal. La théorie est en fait pour Sébastien, le héros de
Recherche c'est-à-dire Piaget, un programme de recherche et de reconstruc
tion de son identité. C'est ainsi que la personnalité individuelle devient,
écrit Vidal, « le modèle d'une équilibration du premier type, à la fois dans
ses. opérations internes et dans ses relations avec l'environnement (plus une
personne assimile, plus elle possède "d'individualité")... » (p. 218). L'équi- histoire, méthodes 727 Généralités,
libration s'applique à la fois à la conscience (aspect qualitatif) et à l'org
anisme (aspect mécanique), d'où la possibilité, selon le jeune Piaget d'une
psychologie expérimentale.
L'ouvrage se clôt par un Epilogue où Vidal nous montre comment l'ac
cueil mitigé, fait par la société intellectuelle de Neuchâtel à Recherche, peut
avoir rendu plus humble un jeune Piaget, au demeurant assez content de
lui, et induire une nouvelle crise. L'auteur esquisse ensuite ce qui survint
dans les années qui suivirent. Si Piaget s'éloigne du mysticisme et de la
métaphysique de son adolescence, il ne les abandonne pas. Il transforme sa
passion antidogmatique, son intuition mystique d'une perspective cons-
tructiviste, et ses spéculations scientifiques évolutionnistes dans une
œuvre féconde, consacrée au développement de l'intelligence de l'enfant,
qui a marqué le siècle.
L'ouvrage est passionnant, tant par sa description minutieuse du
contexte social qui marqua durablement Piaget, que par l'analyse subtile
du cheminement intellectuel et émotionnel d'un adolescent surdoué, à la
recherche de lui-même au travers de ses lectures et de ses rencontres avec
d'éminents contemporains. Au terme du livre, Vidal nous a convaincu :
l'histoire naturelle a précédé la biologie dans les préoccupations scientifi
ques du jeune Piaget et la théorie de l'équilibration fut d'abord un pr
ogramme de construction et d'évolution personnelles avant de s'appliquer à
l'étude du développement de l'intelligence.
J. Bideaud.
Montangero J. et Maurice-Naville D. — (1994) Piaget ou l'intelligence
en marche, Liège, Mardaga, 232 p.
Dans un avant-propos précis, les auteurs indiquent clairement le
contenu et le mode de consultation de l'ouvrage. Celui-ci propose un
résumé de l'œuvre psychologique de Jean Piaget et un répertoire des
concepts piagétiens essentiels avec leurs définitions. Il s'agit ici spécifiqu
ement de la Psychologie génétique.
La première partie de l'ouvrage donne un aperçu chronologique des
travaux piagétiens. Quatre périodes principales et une période de transi
tion sont distinguées. La première période couvre les années vingt et le
début des années trente ; la seconde va du milieu des trente à l'an
née 1945 comprise ; la troisième recouvre partiellement la seconde puis
qu'elle s'étend de la fin des années trente à la fin des années cinquante ; la
période de transition, qui suit, va de la fin des années à la fin
des années soixante ; la quatrième période, enfin, concerne les textes
publiés ou écrits durant les années soixante-dix. Les auteurs font ressortir
les caractéristiques spécifiques de chaque étape, présentent les principaux
ouvrages psychologiques publiés pendant la période étudiée, en soulignent
les points essentiels traités (problèmes, conduites et concepts) et concluent 728 Analyses bibliographiques
en évaluant les travaux concernés et en les replaçant dans l'évolution de la
théorie.
La seconde partie de l'ouvrage est constituée par un vocabulaire qui
porte sur les concepts essentiels de la théorie : abstraction (empirique et
réfléchissante), correspondances ou morphismes, équilibration, groupes et
groupements, régulation, structure, etc. Pour chacun des concepts retenus
les auteurs proposent les définitions données par Piaget (entre six et dix
citations), des illustrations où le concept est présenté à travers les compor
tements de l'enfant qui le mettent en jeu, une synthèse, qui précise le but
explicatif du concept ainsi que ses relations avec d'autres concepts de la
théorie, et un rappel historique qui montre à quel moment le concept
apparaît dans l'œuvre piagétienne et comment il évolue par la suite.
Le mérite de l'ouvrage est de nous restituer chronologiquement les
principales phases de l'œuvre piagétienne, au sein d'une théorie qui n'a
cessé d'évoluer au cours d'un demi-siècle, et cela avec une clarté digne
d'éloges. Il est aussi de nous préciser, en remontant abondamment aux
sources, les définitions et les significations des concepts fondamentaux de
la théorie. Tout cela fait de l'ouvrage un instrument de travail précieux,
aussi bien pour le chercheur et l'enseignant qui désirent raviver leur per
spective « panoramique » des travaux piagétiens ou retrouver une info
rmation concise, que pour l'étudiant auquel il permet de cadrer ses connais
sances et de comprendre, ou de mieux comprendre, la théorie
psychologique de Jean Piaget dans ses aspects essentiels.
J. BlDEAUD.
Reuchlin M. — (1995) Totalités, éléments, structures, en psychologie,
Paris, PUF, coll. « Psychologie d'aujourd'hui », 300 p.
Maurice Reuchlin, pendant toute sa carrière, n'a cessé de s'intéresser
aux différences individuelles et à leur quantification. Il nous livre dans ce
volume trilogique une synthèse sur les manières d'appréhender les diffé
rents problèmes que pose le réel psychologique.
La manière la plus spontanée est de saisir l'individu comme une tota
lité, quand on considère les grands aspects de la conduite. Mais elle fait
appel aussi à des processus élémentaires indépendants les uns des autres.
D'autre part, ces peuvent avoir des relations définies et s'expr
imer en structures.
Ce livre veut illustrer comment, au cours du développement de leur
science, les psychologues ont abordé ces trois aspects (totalité, éléments,
structures). Trois longs chapitres retracent cette évolution, en consacrant à
chaque auteur cinq à dix pages. Ainsi les représentations totalitaires ou
holistiques sont présentées : a) à partir de Wilhem Dilthey (avec Spranger,
Karl Jaspers, Daniel Lagache) ; b) à partir de William James (avec
Dewey, Thorndike, Claparède, Holt) ; c) à partir des gestaltistes
Lewin, Tolman, Bruns wik, Gibson). histoire, méthodes 729 Généralités,
Dans la deuxième partie qui concerne les représentations élémenta-
ristes, on trouve Weber, Wundt, Watson. Ils fournissent des critères de
scientificité.
La structuration des données conduit à des hypothèses psychologiques
dont les pionniers sont Galton, Pearson, Spearman, entre autres.
Dans chacune de ces grandes parties, les auteurs soulignent les gliss
ements d'une approche à l'autre.
Un dernier chapitre est consacré aux structurations cognitives où Pia-
get tient une grande place. Il concerne l'évolution des niveaux des analyses
et des émergences imprévisibles.
Les psychologues auront grand profit à consulter et aussi à lire cet
ouvrage très riche qui tient compte de tous les aspects de la psychologie.
P. Fraisse.
Lübeck L, Van Hezewijk R., Pheterson G. et Tolman C. (Édit.) —
(1995) Trends and issues in theoretical psychology, New York, Springer,
378 p.
Ce volume est le cinquième de ceux qui ont rapporté les Actes des
Biennal Conferences of the International Society for Theoretical Psychology
(les quatre premiers datant respectivement de 1978, 1988, 1990 et 1993).
La Ve Conférence s'est tenue en France en avril 1993. L'ouvrage comporte
52 contributions d'auteurs venant de 12 pays différents, dont la France.
Elles ont été sélectionnées parmi les 87 communications présentées à la
conférence et réélaborées en vue de leur publication. L'ensemble apparaît
comme assez hétérogène et l'on comprend les difficultés que les éditeurs
disent avoir rencontrées pour lui donner une structure apparente. Ils souli
gnent que chacune de ces communications aurait pu être classée autre
ment, dans ce cadre de présentation ou dans un autre. Ecrire en une page
un compte rendu d'un tel ouvrage constitue une gageure. On se bornera à
donner les titres qui ont été finalement attribués par les éditeurs aux six
catégories qu'ils ont utilisées : Théorie et sujet ; La subjectivité et le moi ;
Théorie et culture ; La théorie, le corps, la personne et le social en psychol
ogie ; La théorie, le cognitif et la science cognitive ; Théorie, pratique et
politique ; Théorie : les fondements de la psychologie. Le lecteur observera
des orientations différentes dans les articles publiés. Nous nous hasarde
rons à en distinguer trois : des réflexions théoriques (au sens de hypothéti
ques) pouvant être reliées à des observations relatives à un problème
donné ou esquissant une voie de recherche dans ce domaine ; des réflexions
sur l'épistémologie de la psychologie ; des réflexions purement philosophi
ques sur des problèmes que les psychologues abordent de leur côté par
l'observation ou l'expérience. Ce sont là des façons assez différentes de
comprendre ce que peut être une « psychologie théorique », et il semble
qu'elles cohabitent au sein de cette Société.
M. Reuchlin. 730 Analyses bibliographiques
Olson D. R. — (1994) The world on paper : The conceptual and cognitive
implications of writing and reading, Cambridge, Cambridge University
Press, 318 p.
Comme le laisse entrevoir le sous-titre de l'ouvrage, Oison défend la
thèse selon laquelle la maîtrise d'un système écrit conditionne la construc
tion de notre capacité à penser ainsi que celle de nous savoir penser. Cet
auteur anglais se propose donc de renverser les conceptions traditionnelles
développées à propos de l'écriture et de la lecture depuis Aristote jusqu'à
Saussure. Selon lui, l'écriture ne consiste pas en un outil de transcription
de la parole. Elle fournirait plutôt aux hommes un modèle de la parole.
Plus encore, ils puiseraient dans l'écriture la possibilité d'élaborer un
modèle du monde et de leur pensée.
Pour défendre ce point de vue, via 12 chapitres, Oison extrait des
informations dans de nombreuses disciplines comme la linguistique, l'his
toire, l'anthropologie, la littérature, la psychologie, la sociologie, l'épisté-
mologie. La bibliographie couvre, d'ailleurs, un panorama d'auteurs très
impressionnant .
Ainsi, par exemple, Oison relève que c'est grâce à l'exploitation de l'écr
iture opérée par la littérature grecque que les hommes ont pu expérimenter
une représentation écrite de la parole. Ils ont pu repérer qu'ils n'étaient plus
les porte-parole des dieux mais qu'ils étaient à l'origine de leurs sentiments et
de leurs actes. Leurs paroles et leurs actions émergent de l'esprit humain et
comme telles, une fois écrites, sont progressivement mises sous le contrôle de
leur moi. L'écriture implique une élaboration de la subjectivité. Cette aug
mentation de la conscience de soi est associée à la représentation selon
laquelle les hommes disposent d'une nouvelle forme de discours leur permet
tant de cerner objectivement le monde. La compréhension du monde telle
qu'elle est mise place par l'activité scientifique ainsi que celle de la psycholog
ie sont dépendantes des procédés selon lesquels les hommes interprètent et
créent des textes écrits dans le monde de papier dans lequel ils vivent.
L'écriture offre donc un modèle conceptuel de la parole qui comporte
ses manques (perte des informations liées à l'intonation, au contexte, etc.) ;
la structure des systèmes écrits peut rendre l'homme aveugle à d'autres
caractéristiques de son langage et de sa pensée. Toutefois, en apprenant à
lire et à écrire, l'homme acquiert un principe métalinguistique propice à
circonscrire ce qui lui est permis de penser. Autrement dit, ce médium pe
rmanent constitue un support symbolique de choix pour de nombreux
autres domaines. L'homme peut opérer une distinction entre les idées et les
mots qui les expriment. Il même s'adonner à inventer sans cesse des
ressources lexicales. L'écriture est un pourvoyeur d'idées qui a donné
forme à une certaine idée de l'esprit et des pensées. La découverte de l'es
prit et de l'intentionnalité serait ainsi un legs de l'écriture.
Cet ouvrage, à caractère épistémologique, constitue donc un bel outil
de réflexion sur la thématique de la Theory of mind.
A. PlOLAT. histoire, méthodes 731 Généralités,
Bouveresse R. — (1995) Esthétique, psychologie et musique. L'esthétique
expérimentale et son origine philosophique chez David Hume, Paris, Vrin,
648 p.
« Des goûts et des couleurs, on ne dispute point. » Cette prescription
négative de la sagesse populaire n'a heureusement pas arrêté philosophes et
psychologues dans leur entreprise d'étudier scientifiquement le beau et le
jugement esthétique. C'est l'histoire de cette aventure que retrace l'ouvrage
érudit de Mme Renée Bouveresse. Issue de la tradition pythagoricienne qui
cherche dans les proportions de l'objet lui-même le secret de sa beauté (p. ex.
le nombre d'or), l'esthétique expérimentale trouve, d'après l'auteur, sa prin
cipale origine philosophique chez Hume qui oriente la réflexion sur le beau
vers l'étude des réactions de l'observateur aux propriétés concrètes de
l'œuvre d'art. C'est là tout l'intérêt et l'ambiguïté d'un projet qui se situe
aux frontières du domaine des valeurs et de la description psychologique
scientifique. L'acte de naissance de l'esthétique expérimentale est à situer
dans le travail de Fechner Propédeutique à l'esthétique de 1876 qui s'inscrit la préoccupation plus globale du fondateur de la psychophysique pour
la mesure des faits psychiques. Fechner trouva chez les sujets qu'il examina
une préférence pour la section d'or et la symétrie. Mais les recherches ethno
logiques ultérieures (Cohn, Grosse) limitèrent la portée de ces résultats en
montrant le relativisme culturel des jugements esthétiques. A défaut d'une
définition universelle du beau fondée dans la nature humaine, l'esthétique
expérimentale des années 1955-1965 propose néanmoins une solution prag
matique au problème de la valeur en confirmant l'une des hypothèses cen
trales de Hume sur la Norme du Goût : la convergence des jugements des
experts. La dernière section du livre est consacrée aux travaux de Charles
Lalo, Robert Frances (qui en a écrit la préface) et Michel Imberty en esthé
tique expérimentale de la musique. Le texte est accompagné de nombreuses
illustrations très informatives dont on peut toutefois regretter la médiocre
qualité de reproduction. Cette riche synthèse sera utile aussi bien aux psy
chologues expérimentalistes qu'aux philosophes sensibles à l'interface entre
les faits et les valeurs.
O. Espinoza.
Lazar P. — (1996) L'éthique biomédicale en question, Paris, Liana Levi,
206 p.
De prime abord l'essai de Philippe Lazar, biostatisticien spécialiste de
reproduction humaine, longtemps directeur de l'Insérai, n'intéresse les
chercheurs en psychologie qu'en tant qu'ils sont aussi citoyens. Le livre est
en effet un plaidoyer convaincant pour la promotion réciproque du débat
démocratique et de la réflexion éthique, lesquels se fondent en écho et
mutuellement. L'auteur s'interroge ainsi sur le choix de légiférer pour pres
crire, alors même que le débat éthique n'est par essence jamais clos. Il
évoque d'autres choix possibles ou effectifs ailleurs. 732 Analyses bibliographiques
Ce faisant, P. Lazar parle aussi, abondamment, de la loi du
20 décembre 1988, portant protection des personnes qui se prêtent à la
recherche biomédicale. Chacun sait, ou devrait savoir, que, pour le législa
teur, les sciences du comportement, et la psychologie, relèvent de cette loi.
Il est alors instructif d'en lire la lecture, et la critique, d'essence exclusiv
ement médicale, qu'en fait l'auteur. Nul doute que son argumentation serve
les chercheurs comportementalistes à étayer leur propre
contre les excès possibles d'une loi à l'esprit excellent mais à la lettre
potentiellement stérilisante, dont ils se demandent bien pourquoi elle leur
serait appliquée alors même qu'elle n'a été conçue que pour permettre l'e
xpérimentation médicamenteuse - et que toutes ses dispositions s'ordon
nent à ce motif.
Au-delà de cet intérêt particulier, d'aucuns diront corporatiste, le lec
teur aura quelque régal au style bref, précis, qui pointe l'essentiel des pro
blèmes par-delà la bonne conscience contingente qui a prévalu aux dispo
sitions qui les suscitent. Ainsi sur le consentement éclairé, dont une origine
bien réelle, au-delà de tous les principes philosophiques, est la pratique par
laquelle les médecins des Etats-Unis se protègent des hommes de loi qui
trouvent de plus en plus matière à procès dans les actes de la vie civile. Or
le malade souhaite-t-il être éclairé, a-t-il toujours la capacité de l'être ? N'y
a-t-il pas privilège accordé au droit d'opposition par rapport à un devoir
de solidarité ? Ainsi du Comité consultatif national d'éthique, dont le sta
tut fixé par décret pour donner des avis est désormais fixé par une loi qui
l'invite à exprimer des recommandations. N'est-ce pas là le risque d'une
confiscation de la responsabilité que doivent assumer le scientifique et le
citoyen ? Le fait d'interpeller les choix faits en France pour traiter les pro
blèmes éthiques n'est contester, ni qu'ils procèdent des meilleures inten
tions, ni qu'ils soient utiles. Mais c'est marquer qu'ils sont relatifs et doi
vent rester soumis à débat. Pour P. Lazar, au-delà de l'éthique
biomédicale, c'est l'éthique de la connaissance qui se trouve interpellée. Le
devoir des bâtisseurs de connaissance est d'entrer dans le débat. Un excel
lent moyen est de lire ce livre stimulant et responsable.
J.-P. Ca verni.
PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE
Druckman D. et Bjork A. (Édit.) — (1994) Learning, remembering,
believing : Enhancing human performance, Washington, National Aca
demy Press, 395 p.
Ce troisième rapport du comité sur les techniques d'amélioration des
performances humaines (Committee on Techniques for the Enhancement
of Human Performance) présente une synthèse de recherche sur ce thème.