Genre et lieux. Du neutre conceptuel à un nouvel ordre spatial urbain ? - article ; n°3 ; vol.20, pg 347-359

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Espace, populations, sociétés - Année 2002 - Volume 20 - Numéro 3 - Pages 347-359
Gender and Places. From a Conceptual Neuter to a New Urban Spatial Order ?
The concept of space is a fundamental category of the thought, but neither cognitive psychology nor social geography consider its construction in relation to its gender. An hypothesis of gender differentiation in the conceptual mastery of the abstract mathematical space is usually refuted. The conception of the space is thus confirmed in a universal and neutral one. Geography as the science of social space organization describes socio-spatial discriminations and is interested in the relations that men and women maintain with places. History teaches us the original sexual partition of the town which arises from the male domination on the spaces of the socio-political life. So the scientific affirmations on gender and space questions would be based mainly on the political-symbolic value given to the dominant gender and thus to the places bound to him, as well as to its territory. Subjected to the law as neutral individual in the civic and lawfully correctness female gender remains symbolically assigned to the places of the private and family life. However, to specify the one person households' localisation, puts with acuteness the political question of women's place in the space and the society. In fact, by their coming into the working world and by the mobility associated to it, women have risen to the public space, destabilizing the urban spatial order.
At the European level, in the centres of big cities the number of small households keeps on increasing and in the case of Toulouse and Bristol, they are associated to the categories of executives and superior intellectual occupations. The example of Toulouse technopole shows that they can also be young, comfortably off and female, answering so at two of the features of the gentrifi- cation. To be back in the centre is the fact of part of the decision-makers who integrate the space power. A research led in Toulouse sub-tends the hypothesis that women free now from strong domestic and financial constraints would exercise by their residential choices the space power. They indeed assert their being in the central districts, elected as the place of their private life, them who do not share their privacy. The gender social relations underwent changes which are read in the destabilization of the urban systems and make visible, with nuances, the rising of women in places more and more close to the symbolic spaces of the power. Towards a new urban spatial order ?
Le concept d'espace est une catégorie fondamentale de la pensée, mais ni la psychologie cognitive ni la géographie sociale n'envisagent sa construction dans une relation au genre. Une hypothèse de différenciation selon le genre dans la maîtrise conceptuelle de l'espace abstrait mathématique est réfutée. La conception de l'espace est ainsi confirmée dans une neutralité universelle. La géographie comme science de l'organisation de l'espace social décrit les discriminations socio-spatiales et s'intéresse aux relations qu'entretiennent hommes et femmes avec les lieux. L'histoire nous apprend la partition sexuée originelle de la cité qui est issue de la domination du genre masculin sur les espaces de la vie socio-politique. Ainsi le positionnement scientifique de la question du genre et de l'espace reposerait en grande partie sur la valeur « politique/symbolique » attribuée au genre dominant et donc aux lieux qui lui sont liés, à son territoire. Soumis à la loi comme individu neutre dans le civiquement et juridiquement correct, le genre féminin reste symboliquement assigné aux lieux du privé, de la famille. Or la caractérisation du positionnement social, dans la ville, des ménages unipersonnels des deux genres pose avec acuité la question politique de la place des femmes dans l'espace et la société. En effet, par leur entrée dans le monde du travail et de la mobilité associée, les femmes ont accédé à l'espace public, déstabilisant l'ordre spatial urbain.
À l'échelle européenne, dans les centres des métropoles, la présence des petits ménages ne cesse de s'accentuer et dans le cas de Toulouse et Bristol, ils sont associés aux catégories de cadres et professions intellectuelles supérieures. L'exemple de la technopole toulousaine montre qu'ils peuvent aussi être jeunes, aisés et féminins, répondant à deux au moins des critères de la gentrifica- tion. Le retour au centre est le fait d'une fraction de décideurs qui intègrent l'espace du pouvoir. Une recherche menée à Toulouse sous-tend l'hypothèse que les femmes libres de fortes contraintes familiales et financières exerceraient par leurs choix résidentiels le pouvoir sur l'espace. Elles affirment en effet leur présence dans les quartiers centraux élus comme lieu de leur vie privée, elles qui ne partagent pas l'espace de leur intimité. Les rapports sociaux de genre ont subi des bouleversements qui se lisent dans la déstabilisation des systèmes urbains et rendent visible, avec des nuances, la montée en puissance des femmes en des lieux de plus en plus proches des espaces symboliques du pouvoir. Vers un nouvel ordre spatial urbain ?
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2002
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Langue Français
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Martine Rey
Genre et lieux. Du neutre conceptuel à un nouvel ordre spatial
urbain ?
In: Espace, populations, sociétés, 2002-3. Questions de genre. pp. 347-359.
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Rey Martine. Genre et lieux. Du neutre conceptuel à un nouvel ordre spatial urbain ?. In: Espace, populations, sociétés, 2002-3.
Questions de genre. pp. 347-359.
doi : 10.3406/espos.2002.2044
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/espos_0755-7809_2002_num_20_3_2044Abstract
Gender and Places. From a Conceptual Neuter to a New Urban Spatial Order ?
The concept of space is a fundamental category of the thought, but neither cognitive psychology nor
social geography consider its construction in relation to its gender. An hypothesis of gender
differentiation in the conceptual mastery of the abstract mathematical space is usually refuted. The
conception of the space is thus confirmed in a universal and neutral one. Geography as the science of
social space organization describes socio-spatial discriminations and is interested in the relations that
men and women maintain with places. History teaches us the original sexual partition of the town which
arises from the male domination on the spaces of the socio-political life. So the scientific affirmations on
gender and space questions would be based mainly on the "political-symbolic" value given to the
dominant gender and thus to the places bound to him, as well as to its territory. Subjected to the law as
neutral individual in the civic and lawfully correctness female gender remains symbolically assigned to
the places of the private and family life. However, to specify the one person households' localisation,
puts with acuteness the political question of women's place in the space and the society. In fact, by their
coming into the working world and by the mobility associated to it, women have risen to the public
space, destabilizing the urban spatial order.
At the European level, in the centres of big cities the number of small households keeps on increasing
and in the case of Toulouse and Bristol, they are associated to the categories of executives and
superior intellectual occupations. The example of Toulouse technopole shows that they can also be
young, comfortably off and female, answering so at two of the features of the gentrifi- cation. To be back
in the centre is the fact of part of the decision-makers who integrate the space power. A research led in
Toulouse sub-tends the hypothesis that women free now from strong domestic and financial constraints
would exercise by their residential choices the space power. They indeed assert their being in the
central districts, elected as the place of their private life, them who do not share their privacy. The
gender social relations underwent changes which are read in the destabilization of the urban systems
and make visible, with nuances, the rising of women in places more and more close to the symbolic
spaces of the power. Towards a new urban spatial order ?
Résumé
Le concept d'espace est une catégorie fondamentale de la pensée, mais ni la psychologie cognitive ni
la géographie sociale n'envisagent sa construction dans une relation au genre. Une hypothèse de
différenciation selon le genre dans la maîtrise conceptuelle de l'espace abstrait mathématique est
réfutée. La conception de l'espace est ainsi confirmée dans une neutralité universelle. La géographie
comme science de l'organisation de l'espace social décrit les discriminations socio-spatiales et
s'intéresse aux relations qu'entretiennent hommes et femmes avec les lieux. L'histoire nous apprend la
partition sexuée originelle de la cité qui est issue de la domination du genre masculin sur les espaces
de la vie socio-politique. Ainsi le positionnement scientifique de la question du genre et de l'espace
reposerait en grande partie sur la valeur « politique/symbolique » attribuée au genre dominant et donc
aux lieux qui lui sont liés, à son territoire. Soumis à la loi comme individu neutre dans le civiquement et
juridiquement correct, le genre féminin reste symboliquement assigné aux lieux du privé, de la famille.
Or la caractérisation du positionnement social, dans la ville, des ménages unipersonnels des deux
genres pose avec acuité la question politique de la place des femmes dans l'espace et la société. En
effet, par leur entrée dans le monde du travail et de la mobilité associée, les femmes ont accédé à
l'espace public, déstabilisant l'ordre spatial urbain.
À l'échelle européenne, dans les centres des métropoles, la présence des petits ménages ne cesse de
s'accentuer et dans le cas de Toulouse et Bristol, ils sont associés aux catégories de cadres et
professions intellectuelles supérieures. L'exemple de la technopole toulousaine montre qu'ils peuvent
aussi être jeunes, aisés et féminins, répondant à deux au moins des critères de la gentrifica- tion. Le
retour au centre est le fait d'une fraction de décideurs qui intègrent l'espace du pouvoir. Une recherche
menée à Toulouse sous-tend l'hypothèse que les femmes libres de fortes contraintes familiales et
financières exerceraient par leurs choix résidentiels le pouvoir sur l'espace. Elles affirment en effet leur
présence dans les quartiers centraux élus comme lieu de leur vie privée, elles qui ne partagent pas
l'espace de leur intimité. Les rapports sociaux de genre ont subi des bouleversements qui se lisent dansla déstabilisation des systèmes urbains et rendent visible, avec des nuances, la montée en puissance
des femmes en des lieux de plus en plus proches des espaces symboliques du pouvoir. Vers un nouvel
ordre spatial urbain ?REY C.I.E.U.-ESA 5053 CNRS Martine
12, rue Maurice Fonvieille
31000 Toulouse
mrey@univ-tlse2.fr
Genre et Lieux
Du neutre conceptuel à un
nouvel ordre spatial urbain ?
sée dépend-t-il du genre ? Deux approches La problématique question du peu genre ou et récemment de l'espace dévelopest une
différentes, l'une dans une perspective du
pée par les géographes français(es) au neutre universel, l'autre dans une tentative
contraire des Anglo-saxons qui s'y intéres réfutée de différenciation selon le genre,
sent dès les années 1980. Parfois qualifiée renforcent l'idée de construit socio-histo
de « géographie féministe », elle s'intéres rique de l'opposition des genres. Le posi
se à la traduction spatiale des rapports tionnement scientifique de la question du
sociaux de genre dont le fondement est une genre et de l'espace ne reposerait-il pas en
opposition Homme/Femme résultant d'une grande partie sur la valeur politique et sym
construction socio-historique distincte de bolique attribuée au genre et donc à l'espa
la réalité biologique qui donne leur identité ce qu'il qualifie ? Genre et lieux politiques,
sexuelle aux individus. Les rapports genre et lieux symboliques sont des ques
sociaux de genre nécessitent pour avoir lieu tions qui se posent à l'échelle des espaces
une proximité qui induit « un terrain d'ob urbains. Comment un ordre spatial repo
servation » à grande échelle géographique. sant sur la partition entre « espaces fémi
L'espace privé est le premier de ces terrains nins et masculins » dans les villes peut-il
mais, s'il est davantage investi par d'autres être remis en question ? L'un des boulever
sciences sociales telles l'anthropologie ou sements les plus profonds de notre société,
la sociologie, il fait cependant système la croissance des ménages d'une personne
avec l'espace public dans une définition de l'un ou l'autre genre se traduit en termes
donnée par le droit. C'est par l'espace spatiaux par un investissement des centres-
perçu et vécu que les hommes et les ville des métropoles d'échelle européenne.
femmes font l'expérience concrète des Une analyse des lieux de résidence de ces
relations qui régissent le système socio- ménages aisés d'une personne pose l'inte
spatial. Construire le concept d'espace est rrogation de stratégies différenciées selon le
un processus commun à tous les individus genre et de leur valeur symbolique en
dès la naissance. Ce concept considéré terme de domination spatiale, sociale et
comme catégorie fondamentale de la politique. 348
1. LA CONSTRUCTION DU CONCEPT D'ESPACE ET LA QUESTION DU GENRE
Lors du développement de l'individu se sociabilité qui fait passer l'individu d'une
construit progressivement le concept « d'es phase d'égocentration où le lieu de toute
pace » admis comme « une des catégories chose est lui-même à une représentation du
monde et de ses lieux dans un espace de type fondamentales de la pensée » (Giolitto,
1992). Cette construction est-elle ou non euclidien. Des étapes de Piaget reprises par
G. Guillouet pour étudier l'espace vécu par indépendante du genre ? Une réponse négat
l'enfant et du champ de la psychogéographie ive porterait en elle des éléments de discr
imination et de domination potentielles. En porté par Moles et Rhomer, Armand
Frémont, co-fondateur du courant de revisitant les auteurs qui se sont penchés sur
Géographie Sociale (Chevalier et alii, les liens entre psychologie cognitive et espa
1984) dégage des remarques valables pour ce et ceux dont les écrits ont fondé la psy
la vie : l'espace vécu est une expérience chogéographie, ou la géographie sociale, il
continue, il doit intégrer le temps, il est égo- apparaît que seules les variables démogra
centrique mais peuplé des autres c'est un phiques ou socio-économiques sont prises
espace social. Cet espace vécu est un en compte sans que la variable genre soit
concept rationnel mêlé aussi d'affectif, voire même évoquée, laissée de côté comme non
de magique ou d'imaginaire (Frémont, signifiante. Le premier, Piaget a décrit la
1999). A l'âge adulte, les espaces vécus par progressivité et la complexification de la
la personne révèlent un ordre économique et formation du concept d'espace chez l'enfant
social contraignant associé aux ruptures du selon les étapes de sa maturation. À chaque
service militaire, du mariage, du travail, des étape pour « l'enfant », indistinctement fille
migrations... événements qui renvoient la ou garçon, correspond une représentation
question de la liberté individuelle à sa différente liée à l'expérimentation de son
dimension spatiale sans distinction de genre. cadre immédiat de vie puis de son environ
L'espace est recentré sur celui qui le perçoit. nement proche. Avant l'étape de l'adoles
Ainsi aux âges avancés de la vie, « la dimicence, il forge ses représentations d'espaces
nution de la sociabilité et des qualités plus vastes qui peuvent aller de son quartier
d'adaptation affectent l'espace vécu alors à la ville et au-delà vers le « vaste monde »
que l'espace réel se désocialise et que l'intéévoqué par les Programmes de l'école pr
rêt se concentre de la ville au quartier, du imaire (Instructions Officielles, 1995) qu'il
quartier au jardin, du jardin à la chambre fréquente alors (Piaget, 1947, 1948).
enfin ». L'espace abstrait géométrique des représen
tations graphiques « codées et normées » Ces relations à l'espace sont toujours envi
vers 6-7ans est conçu par un individu au sagées pour un humain universel, sans dis
genre non précisé. Pour Moles et Rohmer tinction de sexe et dans l'implicite de la cul
(1972, réédité), cette appropriation, cette ture occidentale. Plus au cœur même, cet
domination de l'espace par l'homme, résu humain universel est marqué des valeurs
mée par le schéma-graphique très connu d'égalité et de liberté. Égalité toujours pré
« des coquilles de l'homme » se décline en sente dans les textes officiels destinés à régir
huit étapes distinctes de fréquentation l'éducation en France et présentée aujour
décroissante du proche domestique au plus d'hui encore comme un idéal à atteindre au-
lointain du vaste monde. La figure humaine delà de la reconnaissance des inégalités
du schéma est une silhouette en mouvement, (Allègre C. et Royal S., 1999). Liberté de la
représentative de l'adulte masculin en par personne, de l'individu dont la jouissance
faite adéquation avec la correction grammat s'exprime en termes d'espace par la liberté
icale du masculin neutre dans la langue de circuler d'un lieu à l'autre, de posséder,
française. Cette description des perceptions selon le régime de la propriété individuelle
et des pratiques de l'espace par les adultes ou plus collective et symbolique, des lieux
est référencée à urbanisé. Le mou privatifs et des espaces publics. Cette pers
vement décrit tant par Piaget que par Moles pective universaliste « à la française » de la
et Rohmer montre un développement de la Déclaration Universelle des Droits de 349
l'Homme et du Citoyen, l'Homme majuscul vaux ont montré que les résultats des filles
e, incluant la femme, occulte de fait le pouvaient être supérieurs à ceux des gar
genre féminin malgré les protestations çons. Elles préfèrent ne pas répondre plutôt
d'Olympe de Gouges fondées sur l'égalité que de commettre une erreur, donc elles ont
devant l'échafaud et sa « Déclaration des davantage de « mauvaises réponses » par
droits de la Femme et de la Citoyenne ». La lacune. Partant de l'hypothèse que « le sys
variable « genre » apparaît peu ou tardiv tème d'évaluation pénalisait les filles », les
ement en France dans les études et recherches auteurs ont mené deux études. L'une concer
géographiques au contraire des pays anglo- ne la forme des tests qui sont analysés selon
saxons où elle côtoie systématiquement deux critères pour les deux sexes : d'une
d'autres variables qui ne sont pas convo part le nombre brut total d'items réussis,
quées spontanément en France voire même d'autre part le nombre de bonnes réponses
inconnues comme l'appartenance ethnique relatives au de réponses données,
déclarée par les Anglais lors du recense chaque partie du test étant limitée à 3
ment. minutes. Les résultats sont ceux de l'hypo
thèse d'origine : les performances masculL'espace comme catégorie fondamentale de ines sont supérieures selon le premier critèla pensée a fait l'objet d'investigations comp re et féminines selon le second. Les auteurs aratives entre les deux genres. À l'hypo expliquent le travail plus lent des filles thèse d'une appréhension sexuée de l'espa autant par des niveaux d'assurance inféce, alimentée durant deux décennies (1970
rieurs que par un niveau de compétence et 1980) par un corpus de littérature import
inférieur. La seconde étude exige que les ant et traitant des différences entre les sexes
sujets choisissent toutes les réponses cordans leurs capacités cognitives, répondent
rectes pour valider chaque test et ne tient pas deux études menées par une équipe de cher
compte d'un temps limité. Ces résultats cheurs de Durham en Caroline du Nord.
confirment que l'avantage masculin trouve (Goldstein D., Haldane D., Mitchell C,
une contribution importante dans la limita1990). Celles-ci explorent le rôle des « fac
tion de temps et dans l'utilisation de totaux teurs de performances » liés aux meilleurs
bruts. Ces deux facteurs annulés, les perforésultats obtenus par les étudiants de sexe
rmances des femmes ne sont pas significati- masculin dans les tests de capacité de repré
vement plus basses que celles des hommes. sentation d'espaces abstraits (champ scienti
Ces études infirment l'argument d'une difféfique des mathématiques). L'avantage mas
rence fondée sur le sexe dans les perfoculin a été lié à un plus grand champ d'ind
rmances relatives aux tâches se rapportant à épendance des hommes, ainsi qu'à des capac
l'espace. Mais « dans notre culture » ajouités plus nombreuses, et considéré comme
tent les auteurs, la « meilleure » performanun facteur majeur dans leur domination des
ce est souvent assimilée à la performance champs disciplinaires des sciences natu
« rapide ». Le résultat d'une différence selon relles et des mathématiques. De nombreuses
le sexe dans l'accomplissement des tâches a théories développées pour expliquer cette
des implications importantes dans les supériorité ont avancé des facteurs biolo
conduites sociales. « Si la sous-représentatgiques1. Un fort scepticisme scientifique a
ion des femmes dans les carrières scientigénéré l'hypothèse explicative de diffé
fiques et mathématiques est bien identifiée rences d'ordre culturel dans les modèles de
et soulignée, elle peut devenir un motif de socialisation offerts aux jeunes et d'activités
typées selon le sexe. Les filles travaillent grave préoccupation nationale pour les
États-Unis face à la compétition étrangère. plus lentement et prudemment quand les
Si de fait les hommes et les femmes qui ont garçons répondent très vite à des tests inva
riablement soumis à une contrainte de temps des compétences spatiales identiques les
de réponse. Sans cette contrainte, des voient négligées ou sous-estimées pour la
1 Caractère récessif porté par le chromosome X, res masculin, enfin différence d'apparition de la puberté
dans le temps : la précocité féminine étant liée à des ponsabilité accordée à une latéralisation du cerveau dif
scores inférieurs persistants à l'âge adulte. férente, ou degré supérieur de du cerveau 350
moitié de nos citoyens, ceux-ci tomberont ce d'un État et à sa place dans la concurren-
ce internationale puisqu'il est admis dans dans une auto-dévaluation croissante ».
Cette relation à l'espace abstrait, différen nos sociétés que l'accès au champ décision
ciée ou non selon le genre, aurait des consé nel passe par la maîtrise de concepts scienti
quences « politiques » relatives à la fiques.
2. DES VALEURS SYMBOLIQUES, DES VALEURS POLITIQUES, DU GENRE
ET DES LIEUX
La relation à l'espace concret que la géogra laisse de côté les déplacements liés au ryth
phie étudie, pose pour les hommes et les me du travail, il est clair que le fil d'Ariane,
femmes la question des liens qu'ils entre idéalement déroulé derrière lui par le vrai
tiennent avec les lieux. Liens qui ne sont pas citadin, prend dans ses circonvolutions le
caractère d'un pelotonnement irrégulneutres mais colorés selon les temporalités
individuelles et collectives : liens psycholo ier » (Gracq, 1985). Ce est-
giques interactifs dans la formation de l'i il distinct pour chacun des deux genres ?
Question difficile à résoudre puisque « les ndividu pour Julien Gracq, liens symboliques
et politiques établis par H. Lefèvre intégrant études urbaines dans quelque discipline que
les outils conceptuels de l'analyse marxiste, ce soit n'ont jamais marqué un grand intérêt
pour les inégalités spatiales sexuées » liens récemment envisagés par G. Fraisse
sous l'éclairage de l'histoire, de la sociolo (Coutras, 1996). Les liens décrits par J.
gie, du droit et analysés en relation avec la Gracq enfant et adolescent à Nantes sont
forts : « La forme d'une ville change plus crise urbaine par J. Coutras. Le temps et le
lieu comme repères sociaux et politiques vite, on le sait, que le cœur d'un mortel.
trouvent codification de leur usage dans la Mais, avant de le laisser derrière elle en
loi pour tous ceux qui sont responsables de proie à ses souvenirs. . . il arrive aussi, il arri
leurs actes. C'est en se penchant sur ve plus d'une fois que, ce cœur, elle l'ait
« L'endroit du non-lieu » que RM. Martin, changé à sa manière, rien qu'en le soumett
évoquant la fonction clinique du droit, ant tout neuf encore à son climat et à son
montre que l'aliéné, cet étranger à lui-même paysage, en imposant à ses perspectives
et à la société, par le non-lieu dont il bénéfi intimes comme à ses songeries le canevas de
cie perd son statut de personne. Déclaré ses rues, de ses boulevards, de ses parcs...
irresponsable il se trouve transféré dans un Je ne cherche pas ici à faire le portrait d'une
lieu hors-temps : l'asile psychiatrique lieu ville. Je voudrais seulement essayer de mont
de résidence au temps indéterminé alors que rer. .. comment elle m'a formé... J'entrais
la peine de prison, lieu d'exécution de la jus en sixième, j'avais onze ans. À demi
tice bien identifié, s'assortit d'un temps connue, à demi rêvée, la ville ne s'est jamais
défini de « réparation » envers la société. A dégagée de ce pli imprimé dès mon premier
contrario pour celui qui est déclaré irre contact avec elle... Une ville, qui vous reste
sponsable, « le temps et le lieu perdent ainsi longtemps à demi interdite, finit par
ensemble leur fonction de repères. » Et symboliser l'espace même de la liberté ». La
liberté réservée aux adultes, à l'âge de la citant Althusser, RM. Martin poursuit : l'i
ntéressé disparaît « sous la pierre tombale du majorité et longtemps refusée aux femmes
non-lieu, du silence et de la mort publique ». considérées comme mineures. Sous la tutel
(1993) À cette sortie de la société avec ass le d'un père ou d'un mari, telle est la place
ignation de lieu de séjour pour un humain symbolique et juridique de la femme ass
neutre face à la loi répond la liberté de jouir ignée à un lieu concret de vie, un foyer placé
d'un lieu. « Habiter une ville, c'est y tisser sous l'autorité d'un homme. Cependant dès
le 19ème siècle, « la femme seule dont le stapar ses allées et venues journalières un lacis
de parcours très généralement articulés tut n'est pas prévu par la loi, diront des
autour de quelques axes directeurs. Si on générations de féministes, ...pose à la 351
République le problème d'un atome libre parce que cet espace qui semble homogèn
dans un espace normalement contrôlé » (G. e... est un produit social » (H. Lefebvre,
Fraisse, 2000). Deux figures de femmes 1972). L'espace comme le pouvoir a long
seules précèdent la femme autonome du temps été l'affaire exclusive des hommes
siècle suivant, qui après son insertion dans qui ont procédé à l'organisation matérielle et
le monde économique se verra attribuer de symbolique de l'espace de la cité, cette
nouveaux droits sociaux et politiques. « La domination sur est un des éléments
fille majeure » désignée ainsi par les juristes de la domination des hommes sur les
qui ne peuvent, à l'opposé de la femme femmes quand elle génère des interdits
mariée, la soumettre aux règles du code (réels ou intériorisés comme règles
civil. Elle n'est ni fille, ni épouse, parfois « morales») dans l'assignation des lieux à
veuve et « célibataire » au sens de sa non- fréquenter, à investir. Au 20ème siècle, la
dépendance à un homme. Dans la réalité, question centrale de l'égalité démocratique
elle est rejointe par « la femme pauvre » de des hommes et des femmes s'avère com
J.V. Daubié, dont G. Fraisse nous rapporte plexe et subtile dans sa traduction spatiale.
que sa première caractéristique n'est pas la « II est des lieux très masculins, la vie
pauvreté mais le fait qu'elle n'appartienne à publique et politique, il est des lieux très
personne et qui est dans une impasse : on lui féminins, la famille et le système éducatif et
ferme les portes de l'atelier après lui avoir paramédical. Le pouvoir est masculin, l'en
fermé celles de la famille. « Oubliée sur le tretien des corps est féminin. Là, la différen
plan symbolique comme moitié d'un ce entraîne l'inégalité entre sexes. Les lieux
ensemble social, la femme individu démoc intermédiaires aux deux sphères, privée et
ratique, apparaît en filigrane des réalités publique, le travail salarié et le savoir éduc
très prosaïques de la famille et de la vie éco atif, sont des lieux a priori mixtes et de fait
nomique ». Ainsi au siècle dernier « l'ou très sexués de façon différentielle. Mais il ne
vrière, toujours virtuellement prostituée, se faut pas le dire. Telle est l'idée forte du
20ème sjecie . ne pjus dire où et comment se généralise en travailleuse. Mais son illégit
imité est intacte, son entrée dans l'espace loge la différence des sexes dans ces quatre
public toujours une effraction » dit G. espaces. Jusqu'à récemment l'absence des
Fraisse qui souligne d'autres causes d'illégi femmes en politique était un non-dit » (G.
timité en citant Séverine : « l'armée du céli Fraisse, 2000). Le positionnement scienti
bat s'est jointe à l'armée du divorce : la fique de la question du genre et de l'espace
horde des isolées a envahi le Forum ! ferait référence à cette valeur politique et
L'antique division spatiale entre Agora, lieu symbolique portée par un genre qui spécifie
un espace comme « territoire du genre domimasculin du politique, et Gynécée, lieu
féminin de la reproduction familiale et des nant ». C'est à cette échelle que se situe la
exclues de la vie publique, est bousculée géographie, quand les rapports sociaux de
dans son ordre socio-spatial par l'augmentat sexe à une échelle inférieure à ce territoire
ion de la femme seule qui est aussi, à intéresseraient davantage sociologues et
l'époque, la seule dont on puisse concevoir anthropologues. À l'échelle d'un système
le travail salarié. Combien de filles peu for urbain ce sont ces territoires et leurs mises
tunées, de veuves, laissant à d'autres leurs en relations qui sont objets de recherche : les
propres enfants, ont-elles été « placées » caractères ethniques, les types de ménages
pour entretenir un autre foyer et trouver leur déterminés en fonction des revenus ou de
propre subsistance ? Elles ont ainsi acquis leur composition selon le moment du cycle
une place sociale et spatiale. « L'espace de vie sont les variables le plus souvent
n'est pas un objet scientifique détourné par choisies pour fonder des discriminations
socio-spatiales cartographiées ou modéli- l'idéologie ou par la politique ; il a toujours
été politique et stratégique... L'espace a été sées. (Burgess, 1925). La domination d'un
façonné, modelé, à partir d'éléments histo espace par un groupe social a longtemps été,
riques ou naturels mais politiquement. C'est en raison de la construction même des sta
une représentation peuplée d'idéologie. Il y tistiques disponibles de l'I.N.S.E.E. en
a une idéologie de l'espace. Pourquoi ? France, celle du « chef de Ménage » qui a 352
été longtemps et le plus souvent « le père de urbains se traduit par une forme d'occulta
famille ». L'inégalité de présence et/ou de tion d'un des deux genres dans des lieux
visibilité d'un genre dans les espaces pourtant mixtes.
3. LES LIEUX DU FÉMININ ET LE SYSTÈME URBAIN
Les parcours, les territoires de chasse au des magasins progressivement nos rues
sens donné par Moles et Rohmer sont-ils occidentales deviennent de plus en plus
différents pour les hommes et les femmes en masculines pour l'être exclusivement au
ville ? Sont-ils identifiés différemment selon cœur de la nuit. Les risques réels de la rue
les échelles spatiales considérées dans les vécus par certaines femmes sont relatés
chaque jour à la rubrique des faits divers : unités urbaines : la ville dans son ensemble,
le centre, le quartier, l'îlot ou la maison ? vols de sacs à main à l'arraché, agressions,
Dans les sociétés occidentales contempor viols, violences parfois meurtrières. Se joue
alors la question pour la femme de l'intérioaines subsistent des traces de spécialisation
spatiale : le quartier, la périphérie comme risation des dangers encourus en conflit avec
lieu de résidence ou espace de la reproduct sa liberté de citoyenne, son droit à circuler
dans l'espace public, à en jouir comme tout ion familiale sont davantage dévolus aux
femmes, le centre-ville, lieu des affaires et « homme », indifférencié dans la
du pouvoir plutôt aux hommes. Mais pour Déclaration Universelle. Or la différence de
perception de l'environnement urbain est Jacqueline Coutras cette opposition des pra
avec la croissance de la violence urbaine tiques sociales des deux genres en ville est
surtout symbolique et depuis que les facteur de différenciation des pratiques spa
tiales en ville des hommes et des femmes. femmes sortent pour travailler, elles sont
Ce rapport inégal est accentué par les inégalprésentes dans des lieux de sociabilité autre
fois exclusivement masculins comme les ités socio-économiques. Ainsi le sentiment
cafés. C'est ainsi que grâce à leurs obliga d'insécurité est renforcé chez les femmes
des milieux populaires vivant en périphérie tions de mobilité à des fins professionnelles
des villes dans les quartiers où le degré de elles ont acquis une légitimité dans la fr
violence urbaine est élevé et qui ont une équentation de l'espace public urbain. Cet
connaissance très partielle et indirecte de la espace de sécurité pour tous où chacun ind
ividu-citoyen se sent protégé par les institu ville (Coutras, 1996). En effet, les femmes
qui connaissent bien le milieu urbain, le tions républicaines est aussi celui où le pié
centre-ville, qui ont des professions les ton peut exercer sa liberté de circuler à égal
conduisant à se déplacer la nuit, ont des straité avec les autres. Cependant dans la rue, la
tégies d'évitement de lieux connus comme présence des hommes ou des femmes
déserts, mal éclairés, de trafic ou mal dépend des heures de la journée et de la nuit.
famés. Leurs itinéraires privilégient les lieux Au cœur de métropoles développées et aux
éclairés et fréquentés, émaillés de heures ouvrables, la mixité de la rue varie
publics (hôtels, cafés, restaurants..), comme dans la semaine. Le jour, la gestion de l'éc
autant de refuges potentiels. onomie familiale propulse les femmes sur les
marchés, dans les commerces où travaillent La première enquête nationale sur les vio
beaucoup d'autres femmes. Phénomène lences envers les femmes en France (Enveff,
encore plus accentué dans un « pays du 2000) révèle que les grandes métropoles et
sud », selon G. Capron à Mexico si l'espace notamment la région parisienne, où l'usage
public bourgeois est bien masculin, le centre des transports en commun et des espaces
commercial, espace semi-public protégé et collectifs est plus généralisé, sont les lieux
sûr réintroduit un équilibre dans les pra privilégiés des agressions verbales (insultes,
tiques urbaines entre les hommes et les menaces) pour 13 % des femmes interro
femmes dans une ville où la violence est gées, du harcèlement sexuel pour 8 %,
quotidienne. À la fermeture des bureaux et témoignant du climat sexiste qui règne dans 353
certains lieux publics et qu'évoquent des des quarante dernières années, la visibilité
femmes jeunes (25 % des 20-24 ans). 80 % des femmes dans la ville et leur mobilité
des auteurs de violences physiques sont des quotidienne. Or celle-ci est un des critères
de la discrimination sociale. « Quand les hommes et elles atteignent des femmes
femmes sont mobiles, elles passent d'une jeunes en situation de précarité ou d'isol
culture de proximité repliée sur l'habitat- ement (chômeuses, femmes vivant seules).
« L'insécurité » a pour terrain d'élection les résidence à une culture de mobilité, modèle
dominant des sociétés développées et dans zones urbaines dites « sensibles » qui se
celles-ci des catégories sociales les mieux caractérisent par un taux de chômage une
insérées ». Ces constats, J. Coutras les ouvre fois et demie à deux fois plus élevé que la
en conclusion : « Cette déstructuration des moyenne nationale, une proportion de
références identitaires peut être une chance jeunes de moins de 25 ans représentant de
pour une recomposition des espaces urbains 40 à 50 % de la population du quartier et par
qui prenne en compte les deux genres ». un niveau de qualification professionnelle
faible : une personne sur deux est sortie du Si la crise urbaine comme symptôme d'une système scolaire sans diplôme. Une forte
déstabilisation du système urbain trouve ses proportion des logements sont sociaux et les
origines dans la mobilité et le travail fémipopulations résidentes sont le plus souvent
nins, ce dernier est aussi facteur d'une autre étrangères ou d'origine étrangère. Ce sont évolution complémentaire quand, très qualifles jeunes de ces quartiers qui expriment par ié, il permet à des femmes d'assumer les violences urbaines quasi exclusivement seules, la liberté du choix de leur résidence, masculines, la défense de « leur » territoire puisqu'elles participent d'une évolution plaçant les espaces publics sous le régime du démographique caractéristique des années « non-droit ». L'ouvrage de J. Coutras s'in 1980 où se sont multipliés les ménages uni-
terroge sur la variable genre dans ces personnels et les formes familiales les plus
espaces urbains en crise. L'espace public diverses. Ainsi le ménage unipersonnel aisé
comme autre pôle de notre vie complément permet de poser la question de la résidence
aire de l'espace privé, comme source d'ap et du genre. L'étude du contenu socio-spatial
propriation et d'identité sociale lui permet des centres des métropoles à l'échelle euro
de poser la question du prolongement dans péenne révèle une fréquence importante et
cet espace des inégalités sexuées occultées croissante des petits ménages. Or tous les
par les murs du domicile. Paradoxalement retours au centre ne sont pas liés au cycle de
ce sont les femmes qui apportent dans l'e vie et ne concernent pas uniquement étu
space public, les valeurs de l'espace privé. Or diants et personnes âgées. Un courant dans
« la montée des privatismes lisible dans la ce sens a été mis à jour par le dernier recen
ville », blindée de clôtures, de grilles et sement : la commune de Toulouse a gagné
autres résidences fermées et sécurisées, des habitants (40 000 habitants entre 1990 et
« signe la dégénérescence de la sphère 1999) malgré un étalement urbain qui est le
publique » selon J. Coutras. La crise des fait d'une majorité. Seule une minorité de
banlieues est la face visible d'un déséquil personnes décide de vivre dans les centres-
ibre du système urbain. La grande ville, lieu villes, souvent acteurs individuels, leurs
privilégié de l'exclusion sociale est aussi le motivations sous-tendent en partie la gentri-
lieu d'attraction, de migration et de fixation fication récente des centres métropolitains.
des femmes qui y acquièrent, si elles ont un Deux explications concurrentes privilégient
travail, la liberté de sortir « des prisons de la pour les unes les mécanismes économiques
tradition » mais aussi l'expérience d'une de profitabilité et l'offre de logements
grande solitude. Depuis les années soixante, « gentrifiables », pour les autres les change
leur objectif principal est le travail et son ments dans la division socio-spatiale du tra
corollaire, la mobilité qui leur donne accès vail et des structures de l'emploi induisant
« à tous les lieux urbains donc à la vie de la une demande de la part de « gentrifieurs
cité en entier ». Pour J. Coutras, poser la potentiels ». Mais au-delà de leur complém
question de la crise urbaine dans sa réalité entarité, les choix de résider en centre-
ville trouvent leurs racines dans les change- sexuée c'est prendre en compte deux réalités