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Hérodote et les débuts du syncrétisme gréco-égyptien - article ; n°1 ; vol.7, pg 622-636

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Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1896 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 622-636
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1896
Nombre de lectures 37
Langue Français
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Exrait

H. Galiment
Hérodote et les débuts du syncrétisme gréco-égyptien
In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, IV° Série, tome 7, 1896. pp. 622-636.
Citer ce document / Cite this document :
Galiment H. Hérodote et les débuts du syncrétisme gréco-égyptien. In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, IV°
Série, tome 7, 1896. pp. 622-636.
doi : 10.3406/bmsap.1896.5674
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1896_num_7_1_567419 novembre 1896 622
souvent, elles étaient munies d'un pied, plus ou moins haut, en
forme de petite colonne et avec base assez large.
Le réservoir de ces lampes portait généralement, du bout opposé
à celui disposé pour la mèche, une sorte de petite anse pour l'a
ccrocher.
On se servait encore, il y a quelques années, dans certaines car
rières du déparlement de l'Aisne, de lampes dites lumeron ayant une
forme rappelant un peu celle de l'époque gallo-romaine. C'est l'
usage de l'huile minérale qui a fait abandonner cette forme de
lampe.
Hérodote et les débuts du syncrétisme gréco-égyptien
Par M. H. Galimejst.
Si l'on en croit Diodore de Sicile, les plus illustres des Grecs se
rendirent en Egypte pour s'instruire auprès des autorités sociales
de ce pays. C'est ainsi qu'Orphée, Musée, Mélampe, Dédale, Ho
mère, le poète, Lycurgue, le législateur de Sparte, Solon, le légis
lateur d'Athènes, Platon, le philosophe, Eudoxe, le mathématicien,
Démocrite d'Abdère, OEnopide de Chioj, les sculpteurs Théodoros
et Téléklès, fils de Rœkos2, accomplirent le voyage de la vallée du
Nil. Une légende attribuait à Esope une origine éthiopienne3 et,
à son tour, Strabon déclare que le poète Alcée voyagea en Egypte4.
Selon Plutarque5, Bias de Priène, un des sept sages de la Grèce,
entretint une correspondance avec le Pharaon Amasis. Cléobule,
qui fut, lui aussi, un des sept sages de la Grèce, étudia, d'après le
témoignage de Diogène Laërce0, la philosophie dans les sanc-
1 Diodore de Sicile., 1, 96.
2 Diodore, I, 98.
2* 3série, Voyez t. Zondel, III, p. 354-369; Esope ètait-il Lauth, Juif Ueber ou Egyptien1? die Symbolische in Revue Schrift archéologique, der alien
QEgypter, in Sitzungsberichte, de l'Académie des sciences de Munich, 1868,
t. Ill, p. 357-358, et Die Thierfabel in Œgypten, ibid., p. 42 sqq. J'em
prunte cette bibliographie à D. Mallet, qui examine la question de l'origine
éthiopienne d'Ésope, in Premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 367.
4 Strabon, I, 30.
5 Plutarque, De Audiendo, c. 2., Cf Dz Garrul., c. 8, Septem Sapient. Conv.,
c. 6, 8.
6 Diogène Laerce, I, 6. G ALIMENT. — HÉRODOTE ET DÉBUTS DU SYNCRÉTISME 623 H.
tuaires du sacerdoce égyptien, et si l'on s'en rapporte a Flavius
Josèphe1, Phérécyde de Scyros fut un élève de la science égyp
tienne. Il en fut de même de Pythagore de Samos2 dont la tradi
tion fait également un disciple des prêtres de l'Assyrie, des brah
manes de l'Inde et des druides de la Gaule3.
Quant à Thaïes, si on examine ce qui, grâce aux doxographes,
nous reste de sa cosmologie, on voit qu'elle est presque identique
à celle des Héliopolitains qui, de bonne heure, prévalut dans la
plus grande partie de l'Egypte. « L'eau est le principe, la semence
des choses ; c'est de cet élément primordial que tout le reste est
sorti. A la surface, flotte la terre, un disque plat; et au-dessus
d'elle se recourbe une voûte hémisphérique à laquelle sont atta
chés les astres, dieux célestes nageant dans des barques lumi
neuses. Pour les Egyptiens, le chaos primordial, le Nou, était une
masse informe, où tous les éléments se trouvaient confondus, jus
qu'au jour où furent séparées les eaux d'en bas de celles d'en
haut, La terre était une vaste ellipse, ou un quadrilatère, terminé
aux angles par des montagnes soutenant la voûte du ciel, soulevée
au jour de la création par le dieu Shou. Tout autour d'elle, sur
une sorte de banquette surélevée, coulait le Nil céleste, l'ûxs«vo;
des Grecs, sur lequel flottait la barque du Soleil, visible pendant
le jour, tandis qu'elle descendait de l'orient vers le sud, puis
remontait au nord, à travers les couloirs sombres des montagnes,
qui, pendant la nuit, la cachaient aux yeux des mortels. Les pre
miers Ioniens croyaient de même que le soleil et la lune, tant
qu'ils demeuraient invisibles, circulaient sur l'Océan, autour du
disque terrestre4. »
* Josèphe, Contra Apion, I, 1. Voyez Tiedemann, Grieehenlands erste Philoso-
phen, p. 157. D. Mallet, (Premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 376.)
pense que la phrase de Josèphe est trop vague pour qu'on puisse affirmer
que Phérécyde de Scyros fut un disciple de la science égyptienne.
2 Diodore, I, 96.
3 Malgré l'avis de certains auteurs de l'antiquité, la science moderne doute
que parmi les personnages illustres cités plus haut, ceux qui vécurent
avant le vne siècle aient pu pénétrer dans le Delta. D'autre part, Letronne
(Mémoire sur la civilisation égyptienne, in œuvres choisies, t. I, p. 161),
pense que les colonies égyptiennes d'Inachus, Cécrops, Danaus.. sont des
légendes fabriquées a posteriori.
4 D. Mallet, Premiers établissements des Grecs en Egypte, p. 374. Cf. Mas-
péro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, t. I, p. 17 : l'essai de
reconstitution de l'univers égyptien; comparez, p. 543 : le monde tel que les
Çhaldéens l 'imaginaient. ,
; 19 novembre i 896 624
Dans l'Odyssée1, il est, plus que dans l'Iliade"2, question de
l'Egypte. Mais, comme à côté de renseignements assez exacts, on
trouve des faits grossièrement erronés, on peut conclure que ces
détails furent colportés par des aventuriers que leurs méfaits
avaient fait chasser de l'Egypte aussitôt débarqués. Aussi bien il
est probable que les pirates grecs remontèrent de bonne heure une
des branches du Nil et mirent pied à terre pour piller la contrée.
C'est sans doute à cause de leurs exactions que l'Egypte fut si long
temps fermée aux Grecs. Ce n'est en effet que vers le vne et le
vie siècle qu'elle fut ouverte aux marchands et aux voyageurs hel
lènes3 qui venaient, les uns pour se livrer au trafic, les autres
- pour amasser des documents sur la géographie, les monuments
. l'histoire et les mœurs du pays 4.
Vers la fin du vie siècle, les logographes grecs, parmi lesquels
Hécatée de Milet, se mirent à rédiger la description de la vallée du
Nil. On ne possède malheureusement que des fragments du livre
d'Hécatée. Conservés par Etienne de Byzance, ces lambeaux de textes
renferment cependant une très succinte indication sur le temple
1 Les passages de l'Odyssée où il est question de l'Egypte sont examinés
dans l'excellent ouvrage de Mallet, p. 10 et suivantes. — La lecture de ces
textes suscita, dans la Grèce, avant le vu8 siècle, un tel désir de connaître
les merveilles de l'Egypte qu'on s'explique parfaitement pourquoi les écr
ivains de l'antiquité firent voyager, dans la vallée du Nil, la plupart des
hommes célèbres. Get attrait ne s'affaiblit que fo.t peu après l'ouverture
de l'Egypte aux Grecs môme une fois que les historiens et les géographes
eurent décrit le pays.
2 Iliade, IX, 381-384.
* E. Egger, Des documents qui ont servi aux anciens historiens grecs, in
Annuaire de l'association pour l 'encouragement des études grecques en France.
1875, p. 12.
4 Comme on le verra plus loin, les noms d'Osiris, d'Isis et d'Horus ne
paraissent pas dans les auteurs grecs avant Hérodote. Il faut donc conclure
de cette absence que ces dieux étaient ignorés de ces écrivains etque, parmi
les voyageurs grecs du vu* et du vi* siècle, ceux qui écrivirent sur l'Egypte
comme Hécatée de Milet ou passèrent la trinité d'Abydos sous silence, ce
qui explique sur ce point le silence de la littérature helléniqu s antérieure à
Hérodote, ou bien virent leurs écrits tomber dans l'oubli avant d'avoir fran
chi un cercle fort restreint de lecteurs. Quant aux marchands grecs d'Egypte,
ils avaient autre chose à faire qu'à apprendre à leurs concitoyens, restés en
Grèce, la mythologie égyptienne. Du reste, peu leur importait le. mythe
d'Osi is, d'Isis et d'Horus, car la réussite de leurs affaires était la question
qui, pour eux, primait tout. G À LIMENT. — HÉRODOTE ET DEBUTS DU SYNCRÉTISME 62o H.
de Bouto et l'île de Chembis1, qu'Hérodote nomme Chemnis. Il
faut arriver à l'historien d'Halicarnasse pour obtenir sur la civil
isation du Delta des détails souvent erronés il est vrai, car Héro
dote, comme l'immense majorité des auteurs grecs et latins qui
ont disserté sur ce sujet, ignorait la langue et les écritures égypt
iennes. Toutefois, les conquêtes de l'égyptologie permettent en ce
siècle, grâce à la science de Champollion, de rectifier les erreurs
d'Hérodote, qui restera toujours, en dépit d'injustes attaques,
un guide fort précieux vu que sa bonne foi ne saurait être mise en
doute2*
A partir du règne de Psamitik Ier, qui prit à sa solde des bandes
de mercenaires ioniens et cariens3, puis par eux renversa les onze
princes confédérés, devint seul maître des deux terres, selon le
protocole des Pharaons4 et, vers 651, fonda la dynastie saïte,
l'accès de l'Egypte fut autorisé aux Grecs. Leurs marchands éta-
blirentalors, le long du Nil, des factoreries et, malgré les fatigues
et les dangers du trajet, les Samiens de la tribu OEskhrionie ne
craignirent pas de s'installer jusque dans la grande oasis 5, tandis
que « des Milésiens ouvrirent leurs comptoirs dans l'antique cité
d'Abydos6. » Le nouveau Pharaon, pour récompenser le courage
de ses hoplites ioniens et cariens, se montra fort généreux à
leur égard. Après les avoir comblés de présents, il les fixa à
Daphné, camp retranché des rois saïtes, pour surveiller les menées
du roi assyrien Assour-bani-pal et leur donna des terres près de
la branche Pélusiaque, où ils fondèrent des colonies qui grandirent
en peu d'années. Des communications régulières s'établirent enfin
1 Hécàtjée de Milet, Fragments des historiens grecs, éd. Miiller, t. I, p. 20,
fragment, 284 : «év Boutoiç Tcsp £ to Ipov ttjç At)tou<; euti vrjaoc Xép.6tç ouvo-
[ICt, \p'f] TOÙ 'ÀTToXXwVOÇ* éffTl 8 S "Tj V?j<70Ç JJLETapCftT) XOtl TTEptTrÀsï [élu TOO
xal xtvéeTat èizl toù
2 Voyez Maspéro, Fragments d'un commentaire sur le second livre d'Hérodote,
in Annuaire de l'association pour l'encouragement des éludes grecques en
France, années 1875-76-77-78; A. Sayces, The ancient Empires of the East,
Herodotus, I-III ; Wiedemann, Herodotos zweites Buch mit sachlichen Erlaute-
rungen; Percy Gardner, New Chapters in Greek History, où l'auteur proteste
contre les attaques exagérées dont Hérodote est l'objet de la part de cer
tains critiques.
3 Hérodote, II, 452.
4 HÉRODOTE, II, 153.
« III, 26.
6 Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4* édition, p.. 593.
tome vu. (4<* série). 40 19 novembue 1896 6-26
entre la Grèce et l'Egypte qui cessa d'être, pour les habitants de
celle-là,, une terre éloignée et pleine de mystères1,
Malgré la haine des indigènes contre des étrangers qu'ils
voyaient si bien en cour, les successeurs de Psamitik Ier : Niko II,
Psamitik II, Ouahibri et Ahmas II2, accentuèrent leur amitié pour
tout ce qui était d'origine grecque et envoyèrent de superbes
offrandes aux dieux des mercenaires qui, par leur énergique dé
vouement, avaient assuré, dans une si large mesure, la fin de la
dodécarchie et le triomphe de la dynastie saïte. Ahmas II s'attira,
par sa bienveillance envers l'élément hellénique de la population,
les jalousies et les calomnies de ses compatriotes3. Sous son règne,
le commerce grec acquit une importance énorme dans la vallée du
Nil bien que la lira riche Pélusiaque fut seule ouverte aux mar
chands étrangers et le roi attribua aux Grecs une ville qui prit le
nom de Naukratis. C'est là que les autorités égyptiennes dir
igeaient les colons grecs à mesure qu'ils débarquaient et on leur
laissait toute latitude de s'organiser en république, sous le gouver
nement de magistrats indépendants — prostates ou timouques —
selon le culte et les coutumes de la mère-patrie4. Aussi cette liberté
permit à la ci lé hellénique de s'élever, en peu de temps, à une
prospérité que pouvaient envier les autres villes du pays, comme
l'ont prouvé les fouilles accomplies au site de Naukratis, près du
bourg d'En-Nabireh, par MM. Flinders Pétrie et Gardner 5. C'est
là, en effet, vers la bouche Canopique, que se concentra une
grande partie des opérations commerciales de l'Egypte.
1 Ce sont probablement les mercenaires de Psamitik Ier qui répandirent,
les premiers, dans le monde grec, le papyrus resté jusqu'alors presque in -
connu en dehors du pays des Pharaons. Voyez E. Egger, Des documents qui
ont servi aux anciens historiens grecs, p. 12, in Annuaire de l'association pour
l'encouragement des études grecques, et la note A de son Essai sur l'histoire
de la critique, p. 485-493 : De l'influence que l'importation du papyrus égyptien
en Grèce exerça sur le développement de la littérature grecque.
2 Ouahibri est l'Apriès et Ahmas II l'Amasis d'Hérodote.
3 Voyez E. Révillout, Premier extrait de la Chronique démotique de Paris:
Le roi Amasis et les mercenaires, selon les données d'Hérodote et les renseigne
ments de la Chronique, in Revue êgyptologique, t. I, p. 57-61. Cf. Hérodote,
II, 174.
4 Voyez Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4* édition,
p. 592. Les Grecs avaient à Naukratis un Prytanèe, des Dionysiaques et des
fêtes d'Apollon Komoeos.
s Naukralis, part. I, par Flinders Pétrie, Londres, 1886. Naukratis,
part. II, par Gardner, Londres, 1888. GALIMENT. — HÉRODOTE ET DÉBUTS DU SYNCRÉTISME 627 H.
Le début du syncrétisme gréco-égyptien consista dans l'identif
ication d'Amon-Râ avec le Zeus de Thèbes en Béotie. Ce sujet
vaut la peine qu'on s'y arrête, car les hellénistes se sont souvent
demandé si le culte de Zeus-Ammon est originaire d'Egypte, et la
question a soulevé, en notre siècle, de fréquentes controverses1. II
existe, dans le panthéon égyptien, un dieu solaire, Amon-Râ, qui
pénétra de la Thébaïde dans l'oasis de Lybie et passa de cette
localité dans la Cyrénaïque qu'en sépare un désert de sable. On
sait que la florissante colonie grecque de Gyrène fut fondée vers
le milieu du vue siècle. Par suite, on comprend fort bien que les
caravanes, venant de l'oasis de Lybie, y aient apporté la notion
d'Amon-Râ. Gomme celui-ci est le grand dieu de la triade thé-
baine, il se propagea, au sein de la colonie, une confusion entre
la Thèbes d'Egypte et la Thèbes de Béotie. On ne tarda pas à être
persuadé que la première avait donné son nom à la seconde. Les
colons grecs eurent vite fait d'identifier Amon-Râ à leur Zeus et
comme Amon-Râ était souvent adoré, de même que Khnoum en
Nubie et particulièrement aux cataractes , sous la forme d'un
homme à tête de bélier, ornée du disque solaire, les Grecs donnè
rent à leur Zeus thébain les cornes de cet animal2, et le nom
mèrent désormais Zeus-Ammon 3. L'assimilation d'Amon-Râ à
1 Voyez Alfred Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, t. III, cha
pitre xvh; P. Decharmes, Mythologie de la Grèce antique, 2° édition, p. 52-53;
Maxime Gollignon, Mythologie figurée de la Grèce, p. 44-45 ; Parthey, Das
orakel und die Oase des Ammon (Abhder berl. akad, 1862), p. 131 sqq. Cf.
Overreck, Beitr. zur Erkentniss und Krilik des Zeus Religion, p. 43. Lepsiiïs
a aussi étudié la question dans son mémoire Ueber die Widderkœpfigen
Gotter Ammon und Chnumis in Zeitschrift fur œgyptischen Sprache und Alter-
thum skande, 1877., p. 8-23.
2 Pour les représentations de Zeus-Ammon, voyez L. Muller, Numismat
ique de l'ancienne Afrique, t. I, n'3 27-29, p. 12, p. 31; Overbeck, Zeus,
Mùnztaf, IV, 1, 8; P. Decharmes, Mythologie de la Grèce antique, 2* édition,
p. 53, figure 5.
3 Dans la Grande Encyclopédie, sub voce Ammon (oasis), M. Victor Loret
explique d'une façon très ingénieuse l'origine de Zeus-Ammon. « Les Grecs
et les Latins, dans leur manière naïve de concevoir la philologie, cherchaient
à rapporter à leurs langues tout mot étranger dont laconsonnance se prêtait
à cette assimilation. Nous en voyons des exemples en mille endroits, .et sur
tout dans le Traité d'Isis "t d'Osiris. Le dieu adoré dans l'oasis lybienne
était Ammon; d'autre part, le temple de ce dieu était de tous côtés entouré
de sable. Sable, en grec, se dit ajx^oc. Cette similitude de son entre les
deux mots suffit aux voyageurs pour leur faire voir, dans àmon, non pas
le nom d'un dieu égyptien, mais un adjectif dérivé de ajji^xoc ; ils écrivirent 19 novembre 1896 628
Zeus par les Grecs de la Gyrénaïque fut donc le point de départ du
syncrétisme qui se poursuivit, une fois les Grecs librement ins
tallés dans le royaume des Pharaons et s'acheva naturellement à
Alexandrie, sous la domination des Lagides, durant la période
hellénistique 1 .
Dans Homère, Hésiode, Eschyle et les historiens qui ont vécu
avant Hérodote d'Halicarnasse, les grandes divinités de la triade
d'Abydos : Osiris, Isis, Horus, ne sont pas citées. Les noms de ces
divinités et leurs légendes ne se rencontrent, pour la première
fois, que dans Hérodote dont le voyage en Egypte eut lieu vers
450. Observons que depuis deux cents ans environ, c'est-à-dire
depuis l'autorisation donnée par Psamitik Ier, la branche Pélu-
siaque du Nil était ouverte aux vaisseaux grecs. Les emigrants
hellènes se rencontraient alors dans les villes de Naukratis et
d'Abydos. Les nouveaux venus n'avaient pas tardé a établir de
vagues comparaisons entre les fables que leurs hôtes racontaient
sur les grandes divinités du mythe osiriaque et les fictions qui
avaient cours en Grèce au sujet des grandes divinités d'Eleusis
et de Delphes. Mais c'est à partir d'Hérodote que ces comparaisons
se précisent; Cet historien, en effet, identifie Osiris avec Dionys
os2, Isis avec Déméter3, Horus avec Apollon 4. Aussi bien dans
les mythologies des deux peuples, Osiris et Dionysos, Isis et
Déméter étaient des divinités chthoniennes tandis qu'Horus et
Apollon des dieux solaires. Toujours, selon Hérodote, Isis,
de ses rapports avec Osiris, a eu la déesse Bubastis que notre
donc "Afxfxwv avec deux p. Gomme ajji|jt.oç s'écrit parfois a^oç, avec
l'esprit rude, les Latins employèrent la transcription Hammon de préférence
à Amon. » Les dangers de l'étyraologie sont exposés dans la Linguis-
lique d'ABEL Hovel acquis, 4* édition, p. 16 et suivantes.
1 La période hellénistique commence avec Alexandre le Grand et dure
jusqu'à la domination des Romain-. Hérodote (IV. 106) dit que les femmes
de Gyrène ne mangent pas de vache à cause de l'égyptienne Isis et observent
ses jeûnes et ses fêtes. D'après le contexte, il est clair qu'Héroiote parle des
Lybiennes et non des Grecques. 11 est probable, qu'au moment du voyage
de notre histo'i en en Afrique, les grecs de Gyrène n'adoraient pas Isis et ne
l'avaient pas identifiée avec Déméter, car sur les plus anciennes monnaies
déjà Gyrénaïque, la tête de Zeus-Amrnon est seule représentée. Enfin Pin-
dare ne semble pas connaître Isis car il ne parle vaguement que de Zeus-
Ammon et d'Epaphus (Apis)
* Hérodote, II, 42, 144.
3II, 59,. 156.
4 HÉRODOTE, II, 144, 150. GALIMENT. — HÉRODOTE ET DÉBUTS DU SYNCRÉTISME 629 H.
historien identifie avec Artémis '. C'est à cause de cette identifi
cation d'Horus à Apollon et de Bubastis à Artémis que le récit des
dangers, courus pendant leur enfance par les deux divinités
grecques issues du commerce de Zeus avec Lêto, s'égyptisa en
passant dans le mythe des deux enfants d'Osiris et d'Isis. Grâce
aux soins vigilants de Lêto, llorus et Bubastis échappèrent à la
haine de Typhon, cachés dans l'île flottante de Ghemniset quand
Horus fut assez grand, il lutta contre son persécuteur, le vainquit,
le déposa et fut le dernier dieu qui régna sur l'Egypte. De même,
dans la fable grecque, Apollon et Artémis furent soustraits, dans
l'île flottante de Délos à la colère d'Héra et Apollon, encore jeune,
fut victorieux du monstrueux serpent Python qui infestait les
marais des environs de Delphes.
« Dès lors est fixée dans ses traits généraux la légende égypto-
grecque. Osiris est comme Dionysos le symbole de toute vie et de
toute mort; il a comme lui sa passion. Isis représente Déméter, le
principe femelle « de la production et de l'harmonie 2. » Horus per
sonnifie comme Apollon la vie reparaissant dans toute son intens
ité, après une éclipse temporaire. On fut sans doute plus embarr
assé pour donner un nom grec à Set, l'esprit du mal; on l'iden
tifia avec Typhon, Titan foudroyé, sur l'histoire duquel on ne
s'entendait pas très bien. Puis, autour du mythe, se groupèrent
des fables secondaires. Nephthys doit être la déesse dans laquelle
Hérodote reconnaît Latone, et Bast celle qu'il regarde comme
Artémis. Enfin Io est mise en rapport avec Isis. La fable d'Io est
inconnue à Homère; Hésiode 3 et Acusilas 4 sont les premiers qui
en aient parlé. Elle paraît être originaire d'Argos et s'être r
épandue surtout du temps d'Eschyle; dans le Prométhée enchaîné 5
il est dit que Canope doit être le terme des voyages d'Io; la même
tradition se retrouve dans les Suppliantes 6. Mais personne avant
Hérodote ne remarque une ressemblance entre Isis et Io. « Isis,
1 HÉRODOTE, II, 156.
2 Girard, Le sentiment religieux en Grèce, p. 284.
3 Hésiode, Fragments, éd. F. S. Lehrs, p. 47, fragment, 5 : x<x6xr^ ispw-
(ïuviqv. i7Jç "Hpaç 'sXou<rav Zsùç 'â<p8sipe. 4>o)pa0etç Se 6<p' "Hpaç, r/jç jxsv
xôpïjç àtiixijtsvQç sic j3oî>v fzsxs|j<.opcpa><Te Àsojcqv, aûx7j Ss àTtco|i.o<rai:o jjlyJ crovs-
XGsTv. »
•* Acusilas, Fragments des historiens grecs, éd. Muller, t I, p. 102, frag., 18:
« 'HirtoSoç y.a\ 'AxoocrtÀaoç IIstpTJvoç xtqv'Io» cpaatv stvai. »
s V. 705.
.« V. 548 et 788. ■
19 KOYEMBRE 1896 630
dit il, est représentée sous la figure d'une femme à cornes de
vache comme l'est Io chez les Grecs *. » Ce passage ferait presque
croire que nous touchons la à l'origine d'une identification qui a
fait fortune depuis; Hérodote ne prétend pas que l'héroïne et la
déesse soient considérées comme une seule personne, ni même
qu'elles puissent être comparées autrement que par leurs images ;
il semble que ce soit cette analogie tout extérieure qui ait donné
lieu plus tard à un rapprochement plus complet. En ce cas, il
faudrait admettre que les Grecs se sont laissés aller, sans y plus
regarder, à la première impression que reçurent leurs yeux. Mais
ce serait se tromper; le symbolisme de la fable d'Io ne ressemble
tant à celui de la fable d'Isis que parce qu'ils sont nés l'un et l'autre
de deux mythes qui avaient entre eux plus d'un rapport. Il n'est
pas bien sûr qu'Io, k Argos tout au moins, ne fut pas une de ces
divinités locales, autour desquelles se concentra et se perpétua le
culte des forces mystérieuses de la nature et dont les autels
attiraient, presque autant d'hommages que ceux des grands dieux
de l'Olympe 2. »
L'interdiction, faite aux Grecs des temps d'Homère et. d'Hésiode 3
de pénétrer en Egypte, explique le motif pour lequel on ne ren
contre pas, dans les poèmes attribués à ces deux écrivains, les
dieux de la triade d'Abydos résultante de l'évolution eschatolo-
gique du pays des Pharaons. Gomme Eschyle, le père de la tra
gédie grecque, qui vécut de 525 à 456, ignore, lui aussi, les dieux
de la triade funéraire des Egyptiens., il faut donc admettre que ce
concept n'avait pas encore fait son chemin en Grèce bien que les
Grecs de l'époque d'Eschyle fussent établis sur les rives du Nil.
Il est fort probable que les emigrants de Naukratis et d'Abydos,
avec lesquels Hérodote entra en relation, avaient comparé
vaguement, comme nous l'avons dit, dès leur établissement en
Egypte, Osiris à Dionysos, Isis à Déméter, Horus à Apollon. Mais,
en dépit des rapports commerciaux, pour une cause que nous
1 Hérodote, II, 41.
2 Voir Lenormant et de Witte, Elite des monuments eéramographiques,
t. III, p. 238; Mariette, La Mère d'Apis, 1856, p. 19 et suiv. Cette longue
citation est empruntée à Georges Lafaye, Histoire du culte des divinités
d'Alexandrie p. 9 et 10. Nous avons tenu à reproduire entièrement l'opinion
du snvant professeur de la Sorbonne car elle est d'un grand poids pour le
sujet qui nous occupe.
3 Hksiode parie du Nil, dans la Théogonie (338) : « NeTXov t"AÀcd£iov
te 7.01.1 'HptSavôy (3aQu8tv7|Vr.., »