Insertion professionnelle et autonomie résidentielle : le cas des jeunes peu diplômés
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Description

Le départ plus tardif des jeunes du domicile parental, observé depuis une vingtaine d'années, est souvent rapproché de leurs difficultés d'insertion sur le marché du travail. Cette relation n'a cependant jamais été réellement établie. L'étude d'un échantillon de jeunes peu diplômés tente d'évaluer, par rapport à d'autres déterminants potentiels, l'impact des difficultés professionnelles des jeunes sur leur trajectoire familiale. Pour les garçons, l'accès à l'emploi est plus rapide que la décohabitation. Plus tardif, l'accès à l'emploi des filles repose fréquemment sur des mesures d'aide à l'emploi dans le secteur non marchand. Les jeunes femmes quittent le domicile parental plus tôt que les garçons. Ce n'est le cas toutefois que des filles dont la décohabitation est associée à l'établissement en couple. La vitesse d'accès au premier CDI est plus influencée par le diplôme que par le niveau de formation. En revanche, l'âge et la taille de la famille n'ont pas d'effet alors qu'ils en ont sur la décohabitation. A première vue, insertion professionnelle et départ du domicile parental semblent ainsi répondre à deux logiques différentes, économique pour la première, socio-démographique pour la seconde. Un accès difficile à un CDI nuit-il à l'acquisition de l'autonomie résidentielle ? À l'inverse, une décohabitation retardée ralentit-elle l'insertion professionnelle ? Les interactions entre les trajectoires familiales et professionnelles des jeunes existent et ne sont pas négligeables. Leur impact reste néanmoins assez limité comparé à l'influence des variables socio-économiques.

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Langue Français

Extrait

JEUNES
Insertion professionnelle
et autonomie résidentielle :
le cas des jeunes peu diplômés
Brigitte Dormont et Sandrine Dufour-Kippelen*
Le départ plus tardif des jeunes du domicile parental, observé depuis une ving-
taine d’années, est souvent rapproché de leurs difficultés d’insertion sur le mar-
ché du travail. Cette relation n’a cependant jamais été réellement établie. L’étude
d’un échantillon de jeunes peu diplômés tente d’évaluer, par rapport à d’autres
déterminants potentiels, l’impact des difficultés professionnelles des jeunes sur
leur trajectoire familiale.
Pour les garçons, l’accès à l’emploi est plus rapide que la décohabitation. Plus tar-
dif, l’accès à l’emploi des filles repose fréquemment sur des mesures d’aide à
l’emploi dans le secteur non marchand. Les jeunes femmes quittent le domicile
parental plus tôt que les garçons. Ce n’est le cas toutefois que des filles dont la
décohabitation est associée à l’établissement en couple.
La vitesse d’accès au premier CDI est plus influencée par le diplôme que par le
niveau de formation. En revanche, l’âge et la taille de la famille n’ont pas d’effet
alors qu’ils en ont sur la décohabitation. À première vue, insertion professionnel-
le et départ du domicile parental semblent ainsi répondre à deux logiques diffé-
rentes, économique pour la première, socio-démographique pour la seconde.
Un accès difficile à un CDI nuit-il à l’acquisition de l’autonomie résidentielle ?
À l’inverse, une décohabitation retardée ralentit-elle l’insertion professionnelle ?
Les interactions entre les trajectoires familiales et professionnelles des jeunes
existent et ne sont pas négligeables. Leur impact reste néanmoins assez limité
comparé à l’influence des variables socio-économiques.
* Brigitte Dormont et Sandrine Dufour-Kippelen appartiennent au THEMA, Université de Paris X-Nanterre.
Les noms et dates entre parenthèses renvoient à la bibliographie en fin d’article.
97ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 337-338, 2000 - 7/8a jeunesse s’allonge et ses frontières devien- situation difficile sur le marché du travail, quiLnent plus floues (Baudelot,1988 ; Galland, se détériore encore à partir de la moitié des
1993 et 1997). Si l’on retient le départ du domi- années 80. Depuis 1984, entre 16 % et 25 %
cile parental et l’accès à un emploi comme des des jeunes actifs sont touchés par le chômage.
critères d’acquisition de l’indépendance rési- Ce constat pourrait être relativisé en considé-
dentielle et financière, ces étapes décisives sont rant la forte baisse du taux d’activité des jeunes
connues plus tardivement. D’un côté, les jeunes en France : de 50 % environ en 1975, leur taux
retardent leur départ du domicile parental. De d’activité passe à 30 % en 1996. De fait, durant
l’autre, leur insertion professionnelle est de plus les années 90, la proportion de jeunes français
en plus souvent un processus long et difficile, au chômage est assez proche de la proportion
ponctué de passages dans des emplois précaires. de chômeurs observée dans les autres tranches
d’âge de la population. En bref, un jeune actif
Au-delà de la concomitance de ces deux phéno- sur cinq est au chômage, mais seulement un
mènes, peut-on dire qu’il existe un impact signi- jeune sur dix. Cette relativisation a toutefois
ficatif de la trajectoire professionnelle sur la tra- ses limites : même si la baisse des taux d’activi-
jectoire familiale ? Le chômage et les situations té est due pour l’essentiel à l’allongement de la
d’emplois précaires menacent-ils l’accès à la scolarisation (Meron et Minni, 1995), ces com-
maturité que constitue l’autonomie résiden- portements ne peuvent pas être considérés
tielle ? À l’inverse, la trajectoire familiale a-t- comme totalement exogènes. Ils traduisent
elle un impact significatif sur la trajectoire pro- vraisemblablement l’adaptation des jeunes à
fessionnelle ? Un séjour prolongé au domicile leurs difficultés d’insertion.
parental améliore-t-il le processus d’insertion
professionnelle ou, au contraire, décourage-t-il Difficile, l’insertion des jeunes est aussi
l’effort de recherche d’emploi ? Cet article vise marquée par une relative fragilité, avec une
à présenter des éléments de réponse à ces ques- précarisation des emplois en constante pro-
tions. L’approche économétrique standard ne gression. Par rapport à celui de leurs aînés, le
permet pas d’étudier de façon pertinente des chômage des jeunes se caractérise par des
relations entre trajectoires interdépendantes. durées courtes, mais aussi par un taux
Une approche en termes de modèles de durée d’entrée en chômage particulièrement élevé
bivariés sera développée. Elle apporte une solu- (Bruno et Cazes, 1997). La précarisation est
tion partielle à ce problème. saisie en étudiant les emplois atypiques
(contrats à durée déterminée (CDD), travail
intérimaire, stages, contrats aidés), dont leLes trajectoires familiales
nombre a plus que triplé entre 1983 et 1998et professionnelles des jeunes
(Bloch et Estrade, 1998). En 1982, 8 % des
jeunes actifs occupés sont en emploi atypique.
ans la plupart des pays européens, aux
En 1994, cette proportion s’élève à plus deDÉtats-Unis et au Japon, le taux de chôma-
18% (Moncel et Rose, 1995). Enfin, sur la
ge des jeunes (1) est plus élevé que le taux de
période 1982-1994, la part des jeunes à temps
chômage moyen. Sur la période 1986-1997
partiel progresse plus rapidement que dans les
le pourcentage de jeunes actifs au chômage est,
autres catégories de la population (Meron et
selon les pays, 1,5 à 3 fois plus élevé que celui
Minni, 1995).
de la population active totale. Au Japon, où les
taux de chômage sont pourtant très bas, les
En France, l’insertion professionnelle des
jeunes actifs sont aussi plus touchés que leurs
jeunes est ainsi particulièrement difficile et
aînés. Au Royaume-Uni et aux États-Unis le
évolue dans le sens d’une précarisation crois-
taux de chômage des jeunes diminue à partir
sante des emplois.
de 1992-1993, mais moins que celui des autres
catégories de la population. La situation la plus
Les filles quittent le domicile parental plus
défavorable aux jeunes est observée en France
tôt que les garçons
et en Italie : sur la période 1986-1997, leur taux
de chômage y est toujours au moins deux fois
Les trajectoires de décohabitation se différen-
plus élevé que le taux de chômage moyen.
cient nettement en fonction du sexe : les filles
sont plus précoces que les garçons. Ainsi, pour
Une insertion professionnelle difficile,
les générations nées entre 1963 et 1968,
marquée par une précarisation croissante
Les jeunes français – et surtout les moins
1. On désigne ainsi les individus de moins de 25 ans.diplômés d’entre eux – sont confrontés à une
98 ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 337-338, 2000 - 7/8l’âge médian des filles au départ du domicile Battagliola (1995), 8 à 10 % des jeunes vivent
parental est inférieur de près de deux années à en couple chez leurs parents. Enfin, l’agrandis-
celui des garçons (20,8 contre 22,9années; sement et l’amélioration du confort des
Villeneuve-Gokalp, 1997). Galland (1997) dis- logements permet une cohabitation moins
tingue un modèle masculin de décohabitation, contraignante (Chapeaux et Mouillart, 1998).
caractérisé par la stabilisation professionnelle
avant le départ et le mariage, et un modèle Mais surtout, il est logique de mettre en
féminin, plutôt lié à la constitution d’un rapport la décohabitation retardée avec les
couple. difficultés des jeunes sur le marché du travail.
C’est l’interprétation privilégiée par de
Cette analyse des trajectoires féminines méri- nombreuses études. La dévalorisation des
te toutefois d’être nuancée. Blöss et al. (1990) diplômes conduirait à un allongement de la
dégagent deux types de trajectoires de

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