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IV Les troubles du langage chez l'enfant - article ; n°2 ; vol.53, pg 503-516

De
15 pages
L'année psychologique - Année 1953 - Volume 53 - Numéro 2 - Pages 503-516
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Nadine Galifret-Granjon
IV Les troubles du langage chez l'enfant
In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 503-516.
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Galifret-Granjon Nadine. IV Les troubles du langage chez l'enfant. In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 503-516.
doi : 10.3406/psy.1953.30121
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1953_num_53_2_30121IV
LES TROUBLES DU LANGAGE CHEZ L'ENFANT
par N. Galifret-Granjon
1° Troubles du langage oral.
a) de V « expression » verbale.
Nous n'abordons pas, dans ce chapitre, le bégaiement, qui mérite
à lui seul une rubrique spéciale.
Pour les autres troubles de la parole parlée, les travaux de
Mme Borel-Maisonny apportent, ces dernières années, dans la litt
érature de langue française, une revue extrêmement claire et complète
de toute la variété des troubles, classés en deux grandes catégories :
ceux liés aux malformations des organes de la phonation, et ceux
liés aux insuffisances auditives.
Pour les premiers (1), après avoir résumé les conditions mécaniques
de la parole normale, Mme Borel propose une classification faite
d'après les altérations fonctionnelles de la parole que les différentes
anomalies déterminent.
Il y a tout d'abord Y insuffisance vélaire, avec comme troubles
phonétiques caractéristiques le ronflement nasal surajouté aux bruits
de certaines consonnes, ou le coup de glotte compensateur pour les
constrictives, et le souffle rauque pour les occlusives. Il y a les mal
formations de la voûte palatine : ogivale, étroite, perforée, ou avec des
saillies. Les malformations de V arcade. L'implantation anormale des
dents, l'irrégularité de l'arcade et les anomalies de l'articulé sont
moins responsables qu'on ne dit habituellement, elles sont surtout
inesthétiques. En revanche, une brèche de l'arcade associée à sa forme
irrégulière cause toujours des troubles phonétiques. \J endognathisme
supérieur, ou bec de lièvre, est le plus connu. Mais l'endognathisme
inférieur n'est pas moins grave pour la prononciation. Il y a encore
les malformations des lèvres, la lèvre supérieure pouvant être soit trop
courte, soit trop longue; et surtout la paralysie labiale, qui peut
avoir diverses causes, et qui n'est pas susceptible de rééducation.
Enfin une disproportion des cavités nasales, buccales et pharyngées REVUES CRITIQUES 504
peut provoquer des troubles du timbre de la voix : nasonnement appel
é rhinolalie ouverte; insuffisance de nasalité appelée rhinolabie
fermée, ou voix étouffée.
En résumé « les anomalies bucco-pharyngées qui altèrent le plus
la parole sont celles qui intéressent le voile. Hormis le cas de para
lysie associée du voile, de la langue et des lèvres, il est possible, soit
chirurgicalement, soit grâce à l'orthodontie, à la prothèse et à la
rééducation de la parole, d'améliorer la phonation ou de la corriger
complètement. Il y a intérêt à coordonner ces divers actes, par une
collaboration du chirurgien, du prothésiste, et du rééducateur, celui-ci
indiquant ce qu'il souhaite, et ceux-là ce qu'ils peuvent ».
Cet article est présenté avec 23 figures des organes phonateurs
dans les différents cas étudiés.
Pour les troubles de la parole liés aux troubles de l'audition
Mme Borel nous apporte encore (2) une publication du plus grand
intérêt. Quoique essentiellement orientée en vue de la rééducation,
sa classification est extrêmement intéressante pour le psychologue :
en effet selon l'âge auquel survient la perte auditive (et naturell
ement aussi, selon son importance) les troubles dans le domaine de
l'expression verbale ne seront pas aussi graves. Si l'enfant est en
pleine possession de la langue, c'est-à-dire en moyenne s'il a plus de
7 ans (d'âge mental), ce qui est le plus touché est tout d'abord l'a
ppétence un langage, et l'expressivité rythmo-mélodique. L'enfant
devient taciturne. Quand il parle, sa parole est monotone, la préci
sion rythmique, due aux accents de durée et d'intensité, s'altère.
Puis l'articulation s'altère. Les premiers phonèmes atteints sont les
phonèmes soufflés; puis les voyelles dont l'articulation réclame des
attitudes voisines, deviennent imprécises. Les restes auditifs doivent
évidemment être utilisés au maximum pour la rééducation.
Si V enfant na quune connaissance insuffisante de la langue (avant
7 ans d'âge mental environ), et si la perte auditive est totale, l'ave
nir de l'enfant devient celui du sourd-muet. Mais si la perte auditive
n'est que partielle, les facteurs psychologiques seront de première
importance : l'hospitalisme à ce moment-là peut avoir des consé
quences catastrophiques. Le niveau mental, et le niveau atteint sur
le plan linguistique sont très importants. Si l'enfant n'a pas atteint
la notion de la personne grammaticale, de la traduction du temps
dans le verbe, ou l'emploi des termes abstraits concernant l'espace
et le temps, l'évolution se fera difficilement. Le langage d'un enfant
devenu sourd non seulement ne progresse pas mais régresse. Tout
s'altère, la détérioration est d'abord linguistique, puis phonétique.
Si l'enfant sait lire, il y a grand intérêt à lui enseigner l'écriture
phonétique. S'il ne sait pas lire, il faut au plus vite lui apprendre
(à partir de 5 ans) avec l'écriture phonétique également pour com
mencer, à quoi l'on juxtapose aussitôt que possible l'écriture ortho
graphique. GALIFRET-GRANJON. LES TROUBLES DU LANGAGE 505 N.
II y a naturellement le plus grand intérêt à dépister très tôt les
hypoacousies, qui risquent de créer non seulement des altérations
de la parole, mais aussi de graves perturbations affectives.
Quand la baisse d'audition est légère (moins de 50 décibels sur
toutes les fréquences) ou quand il y a une perte élective dans cer
taines zones de fréquence, le trouble passe souvent inaperçu : mélodie
et rythme sont justes. Mais il y a altération de certaines formes arti-
culatoires. Si la perte est dans les graves (fréquence de 100 à 500
par exemple), l'enfant altère les voyelles. Si la perte est dans les
aigus (au-delà de 2.000) il toutes les consonnes qui ne sont pas
discernables à la vue seule, et quelques voyelles.
Avant 3 ans, il est impossible de rééduquer l'enfant en dehors
du milieu familial, mais on doit donner des conseils aux parents
dont l'attention peut avoir un rôle capital dans l'évolution globale
de l'enfant. Entre 4 et 5 ans, les progrès sont parfois d'une grande
rapidité quand l'enfant apprend à la fois à lire et à parler. Le but
essentiel poursuivi par Mme Borel est que le demi-sourd arrive à
s'intégrer dans un milieu pédagogique normal dès que son langage
est suffisamment constitué.
Pour la rééducation de ces enfants, hypoacousiques ou tout à fait
sourds, Mme Borel apporte encore une contribution capitale. Elle
propose une écriture phonétique et symbolique spécialement adap
tée (5) et une amélioration technique considérable de la méthode de
rééducation utilisant l'oscilloscopie.
L'utilisation de l'oscillographe cathodique en clinique phonéti
que (3) n'est plus limitée à l'analyse des insuffisances de la parole,
mais devient un moyen de faire prendre conscience de l'émission
sonore et de toutes ses nuances, aux jeunes enfants privés d'au
dition ou hypoacousiques. Mais pour que l'utilisation en soit pos
sible, il fallut construire un « phonaudioscope », fruit de la collabo
ration du rééducateur et de l'ingénieur (4). Très vite, grâce aux
images de l'écran cathodique l'enfant découvre la voix et reproduit à
volonté les sons, ajustant peu à peu ses mécanismes pour arriver à
ce que la courbe qu'il provoque en parlant ressemble exactement à
celle provoquée par l'éducateur. L'intensité et la durée sont les
premiers aspects qu'il réussit à reproduire, ensuite vient le timbre.
La rééducation se fait naturellement comme d'habitude à l'aide
de sensations tactiles (sur le larynx) et d'écouteurs-amplificateurs.
Quand l'enfant est en âge d'apprendre à écrire, on lui fera apprendre
simultanément la correspondance de l'image cathodique avec le
signe écrit. Des schémas inspirés des oscillogrammes aideront à fixer
cet assemblage complexe. Les tracés oscilloscopiques facilitent donc
la prise de conscience phonétique et phonologique que l'enfant doit
faire, ce qui est d'une aide considérable à la rééducation.
Dans le numéro spécial de The Nervous Child consacré aux pro
blèmes du langage, signalons un article de Strinchfield (6) qui a REVUES CRITIQUES 506
étudié la parole des enfants aveugles d'âge préscolaire. Ceux-ci appa
raissent comme généralement en retard pour parler, sans doute en
raison de l'importance de la vue dans le développement de l'enfant
en général. Quand ils se mettent à parler, leur voix est assez monot
one, sans musicalité, le ton de voix restant souvent celui d'un âge
inférieur. Il y a enfin un plus grand nombre de troubles de la parole
que chez les enfants normaux : plus de bégaiements chez les garçons,
et plus de zézaiements chez les filles. Les difficultés d'adaptation
affective de ces enfants y ont sans doute leur rôle.
Signalons enfin un article de Tarneaud (7) qui traite de son côté
des insuffisances phonétiques sans troubles de l'audition ni malfor
mations spéciales, mais par insuffisance praxique, c'est-à-dire de la
motricité volontaire fine qui doit se différencier au niveau des organes
phonateurs.
Enfin Burrows (8) fait un sommaire des recherches-phonétiques,
et de l'influence de l'aptitude phonétique dès enfants sur leur
réussite scolaire au niveau de l'enseignement élémentaire ou de
l'enseignement secondaire. Il pense que l'entraînement phonétique,
lié évidemment à l'aspect sémantique, devrait être généralisé à partir
de 7 ans d'âge mental.
b) Troubles de la « compréhension » verbale.
Les troubles de la compréhension verbale se divisent eux aussi
en deux grandes catégories, ceux liés aux troubles de l'audition, et
ceux représentant un trouble électif du développement, une insuff
isance spécifique, qui est le retard du langage proprement dit, pour
lequel il existe d'ailleurs une terminologie variée. Naturellement les
troubles de l'expression verbale examinés plus haut et qui sont en
rapport avec des troubles de l'audition sont donc secondaires aux de la compréhension verbale. C'est pour la clarté de la
classification que nous avons cependant commencé par les troubles
de l'expression parlée, car dans cette catégorie nous avons vu qu'il
existe des variétés ne concernant que la phonation, c'est-à-dire
l'aspect moteur de la parole; tandis que dans la catégorie examinée
maintenant il s'agit toujours d'une insuffisance proprement psychol
ogique, même si elle a pour origine une déficience sensorielle.
Les problèmes de la compréhension du langage font l'objet d'un
numéro spécial de la revue The Nervous Child. Nous grouperons les
articles qui le composent selon qu'ils traitent de l'aspect audition
ou de l'aspect compréhension psychologique. La revue s'ouvre sur
un article de Frceschel (1) analysant brièvement l'audition en génér
al, les différentes phases, les différents aspects nécessaires à l'exer
cice normal de la fonction auditive. Kleinfeld (2) aborde ensuite GALIFRET-GRANJON. LES TROUBLES DU LANGAGE 507 N.
l'audition du langage en particulier, et donne quelques statistiques
sur la surdité et semi-surdité des enfants d'âge scolaire aux U. S. A.
Beebe (3) propose une méthode pour tester l'audition des enfants
à partir de 2 ans, et Jellinek (4) une méthode d'éducation des
enfants durs d'oreille.
Hudgins (5) traite de la compréhension chez l'enfant sourd. Jel
linek (6) passe rapidement en revue les différents troubles de la
compréhension de la parole : audimutité réceptive sensorielle, sur
dité psychique, surdité hystérique, aphasie vraie, et enfin troubles
en. rapport avec les accidents épileptiques. Elle rappelle en outre
qu'ils peuvent être associés à des troubles de la lecture et de l'ortho
graphe, ainsi qu'à certains symptômes de nature apraxique. Kas-
tein (7) décrit un syndrome particulier qu'il appelle l'apathie audi
tive (auditory apathy) provenant de difficultés périphériques,
centrales et psychogénétiques. Au début, ce syndrome rappelle
la surdité. Mais la lecture, et la lecture sur les lèvres est possible,
et alors apparaît le trouble de la compréhension du langage. Souvent
il y a une insuffisance de perception auditive. Le trait le plus frap
pant est l'absence totale d'attention Alors que l'attention
visuelle est très développée et les stimulations visuelles source de
plaisir, il y a une indifférence frappante pour les stimulations
auditives. L'auteur expose ensuite plusieurs cas.
Carrel et Bangs (8), et également Bangs (9) dans une autre publi
cation, pensent de leur côté que la conception de déficiences isolées,
réceptives ou expressives, est une notion qui n'a pas de sens quand
il s'agit du développement de l'enfant, de l'enfant en train d'acquérir
le langage. Quel que soit le déficit du langage, le comportement de
l'enfant en sera d'ailleurs profondément altéré. Au cours de l'évolu
tion on ne peut en effet séparer la perception, la conceptualisation
et l'expression des significations à travers des symboles. Les auteurs
pensent qu'il est très important de savoir faire le diagnostic diffé
rentiel entre la surdité, le retard de langage idiopathique et l'arriéra
tion mentale, et ils proposent une batterie de tests composés surtout
de tests de performance et de dessin, à quoi s'ajoute une échelle de
maturité sociale. Signalons en outre qu'ils font une revue de la te
rminologie utilisée pour parler de retard de langage chez l'enfant.
Weiss (10), enfin dans son article sur le des enfants retar
dés, fait bien ressortir la difficulté qu'il y a à distinguer le retard
spécifique de langage du retard global, car le retard mental affecte
le langage, et le retard de langage affecte tout le développement.
Les tests d'intelligence permettent de faire le diagnostic différentiel
qu'il est surtout important de faire entre aphasie, psychose et arrié
ration. C'est en définitive une observation clinique que l'auteur
préfère, ainsi que des tests de performance pour susciter cette obser
vation. La notion de scatter lui semble toutefois utile dans l'utilisa
tion de tests de développement. L'arriéré serait retardé en tout, 508 REVUES CRITIQUES
l'aphasique, électivement aux tests de langage, et le psychotique,
dysharmonieux, très dispersé dans ses performances.
Dans la même revue, citons encore l'article de Anderson-Hofï-
man (11) qui traite de la rééducation des enfants aphasiques.
Sur le problème de l'audition dans ses rapports avec la parole chez
l'enfant, signalons un article de Richard (12) qui utilise l'EEG avant
l'âge de 4 ans pour déterminer si un enfant entend ou non. Cepen
dant, sur ce point, les résultats obtenus par Heuyer et Delage (13)
montrent que les tracés électroencéphalographiques ne nous ren
seignent pas d'une façon systématique sur l'existence de troubles
de l'audition et de la parole. En effet, les 56 cas étudiés se sont divi
sés en 2 groupes. Un seul de ces groupes présentait une désorganisa
tion du tracé, et il réunissait les enfants ayant des troubles de
parole à la suite d'encéphalopathie. L'autre groupe, quoique pré
sentant de la surdité, un retard de langage et un trouble d'articula
tion, avait un tracé comparable à celui des normaux.
Dans l'important article consacré surtout à la dyslexie et dont
nous reparlerons plus loin Prick et Calon (14) commencent par traiter
de la surdité psychique. Ils constatent eux aussi, que les formes
circonscrites sont rares, que souvent les enfants ayant une surdité
psychique sont aussi « durs d'oreille » dans les zones de fréquence du
langage; de même, chez les enfants ayant une absence de dévelop
pement du langage en raison de la surdité, celle-ci se double souvent
d'aphasie. Le diagnostic est d'autant plus difficile que d'autres
fonctions sont troublées avec l'aphasie, et en particulier, la percep
tion des relations spatiales, et la connaissance du schéma corporel.
Les auteurs pensent qu'on ne rencontre pas ces troubles chez les
sourds normaux par ailleurs.
Ce que l'on peut se demander, c'est quelle proportion il y a de
sourds « » chez les sourds-muets. Car notre très modeste
expérience sur ce point nous avait incité à penser que l'orientation
spatiale et le schéma corporel devait s'organiser nettement plus tard.
C'était le cas des 24 adolescents que nous avons vus, qui apparte
naient à une institution de sourds-muets.
Signalons encore deux publications anglaises sur les retards du
langage, l'une de Jackson (14) l'autre de Liebman (15) rappelant
qu'il ne faut pas négliger l'aspect névrotique possible de la non-
appétence à la parole, ainsi que le manque de stimulation appropriée.
Et deux études consacrées à la rééducation des enfants ayant un
retard de langage : celle de Hawk (17) et celle de Johnson (18).
Enfin l'intérêt du sujet mérite de signaler ici un article portant
sur un autre aspect du développement, celui de l'intelligence dite
« verbale », dans ses rapports avec le bilinguisme. Dans l'étude de
Jones et Stewart (19) il s'agit d'enfants autour de 11 ans; 326 sont
de langue unique et 518 sont bilingues. Les auteurs trouvent une
différence statistiquement significative défavorisant les bilingues. GALIFRET-GRANJON. LES TROUBLES DU LANGAGE 509 N.
2° Troubles du langage écrit.
a) Troubles d 'apprentissage de récriture.
Nous n'avons pas, cette année, rencontré beaucoup de travaux
traitant des troubles spéciaux d'apprentissage de l'écriture. Signa
lons deux ouvrages essentiellement pédagogiques, où l'on trouve des
références à ces difficultés, chez les enfants nécessitant d'ailleurs
d'une manière générale une éducation spécialisée : il s'agit d'une
part d'une réédition de l'ouvrage de Mme Montessori (1), d'autre du nouveau travail de A. Rey sur les arriérés (2).
Nous signalerons surtout deux travaux qui nous paraissent essent
iel pour tenter l'étude, dans l'avenir, des troubles de l'écriture. Un
article de L. Bates Ames et France Ilg (3) collaboratrices de Gesell,
apportant sur ce sujet une étude selon les méthodes habituelles de
cette école, étude des étapes successives du développement du gra
phisme, depuis le plus jeune âge, jusqu'à l'acquisition complète de
l'automatisme. Enfin un ouvrage capital en la matière, de H. de
Gobineau et R. Perron (4) apportant pour la première fois une
échelle de développement de l'écriture, depuis les débuts de la
scolarité jusqu'à l'âge adulte.
Grâce aux travaux de l'école de Gesell en Amérique, et de Mme de
Gobineau en France, il semble que l'étude des troubles d'apprentis
sage de l'écriture pourra faire un pas nouveau, ayant la possibilité de
se référer à une éckelle génétique. Il sera important en particulier
de distinguer avec une certaine précision la part de difficultés inhé
rentes à un retard global du développement, et la part de difficultés
liées aux troubles du langage, liés par ailleurs aux troubles de lecture
et d'orthographe.
b) Troubles d'apprentissage de la lecture.
Une publication de Mme Borel-Maisonny (1) (qui avait fait l'objet
d'une communication au congrès d'Amsterdam en 1950) résume de
façon très claire son point de vue sur les dyslexiques, dont elle a pu
examiner, dans les différents services où elle dirige leur rééducation
spéciale, des centaines et des centaines de cas.
Pour l'étude de ces enfants, définis comme ayant une difficulté
anormale dans l'apprentissage lexique pouvant se manifester avec
une intelligence normale, supérieure ou inférieure, avec ou sans
trouble du développement « somato-psychique », Mme Borel a mis
au point une série d'épreuves originales destinées à préciser pour
chaque enfant, la nature et le degré des difficultés associées à sa
difficulté de lecture (et plus tard d'orthographe). Pour résumer les
résultats obtenus dans cette étude, on peut dire en gros qu'il existe 510 REVUES CRITIQUES
•des dyslexiques a) par retard de la parole, ce qui peut être mis en év
idence non seulement par des épreuves de compréhension et d'expres
sion verbales, mais aussi par des épreuves où se révéleront les insuf
fisances, les confusions dans le domaine des perceptions auditives,
qui sont typiquement liées au retard du développement du langage,
b) par difficultés perceptives visuelles, ce qui peut être mis en
•évidence par des épreuves d'orientation, de mémoire de l'orienta
tion, d'organisation spatiale, des formes, etc. .
Souvent on est en présence de cas mixtes, où troubles de percep
tions auditive et visuelle s'intriquent. Par contre, si l'on ne trouve
aucune difficulté spéciale, à l'examen de ces deux domaines, on peut
être à peu près sûr que ce sont de faux dyslexiques: c'est-à-dire qu'il
n'existe pas de lacune spécifique, et qu'il s'agit soit d'une arriéra
tion, soit d'un trouble affectif, soit enfin d'une mauvaise méthode
d'apprentissage ou d'une carence totale de l'éducation.
Mme Borel a également mis au point une méthode originale de
rééducation des enfants dyslexiques, qui est essentiellement à base
phonétique et gestuelle.
Dans la lignée des auteurs ayant saisi la filiation entre le retard
de langage et le retard de lecture, signalons Linder (2) qui sur
50 enfants dyslexiques de 7 à 14 ans, en trouve 17 ayant eu un
retard de parole. Ewers (3) qui cherche la relation entre l'aptitude
auditive et l'aptitude à la lecture, avec une batterie de 45 épreuves
et qui trouve que certains facteurs auditifs jouent significativement.
Betts (4), Monroe (5) et Weber (6) insistent tous trois sur l'impor
tance dans la réussite en lecture du développement du langage en
général, et du vocabulaire, ce dont il faut tirer profit pour l'entraîn
ement à la lecture.
Nous nous arrêterons plus longuement sur l'étude de Prick et
Calon (7) (l'un médecin l'autre psychologue) à laquelle nous avons
déjà fait allusion dans le chapitre des troubles du langage parlé.
Les auteurs commencent tout d'abord par nous rappeler la cons
truction génétique de la perception telle qu'elle a été analysée par
Gemelli et l'école de Milan et, à la lumière de cette théorie, qu'ils
adoptent (1° phase de présence, 2° d'organisation sensorielle, 3° de
conception de la signification, 4° de dénomination), ils analysent en
particulier les troubles de la lecture. Chez les dyslexiques, il se peut
que la phase 2 ou la phase 3 soit insuffisante. Ils sont soit gestalt
blind, soit aveugles aux significations. Le défaut de la phase 2
(d'organisation sensorielle) peut être en rapport avec une insuff
isance visuelle, ou avec une insuffisance motrice, et du schéma
corporel souvent, qui handicape le développement de l'organisation
perceptive. Le défaut de la phase 3 est marqué par une difficulté
d'association entre signes et sons, c'est-à-dire une difficulté de sym-
bolisation, disent les auteurs.
Ici paraît évidemment insuffisante la part de difficultés venant GALIFRET-GRANJON. LES TBOUBLES DU LANGAGE 511 N.
d'une déficience de perception auditive, telle que Mme Borel l'a mise
en évidence. Car la difficulté d'association de signes à des sons peut
provenir non pas d'une difficulté symbolique, mais d'une difficulté
perceptive encore, soit des sons, soit des signes, c'est-à-dire ramenée
au stade 2 de nos auteurs.
La déficience, d'après eux, peut encore être liée à un stade infant
ile de perception globale, par retard affectif. L'importance attachée
à l'aspect affectif, signalons-le à cette occasion, prend, sous l'i
nfluence de la psychanalyse, de plus en plus d'importance dans la li
ttérature sur les difficultés de lecture aux U. S. A. Nous ne pouvons les
énumérer ici. Retenons que Prick et Calon proposent une rééducation
spécialisée selon le déficit, doublé d'une psychothérapie, ce qui en
effet peut être souvent rendu nécessaire, en raison des difficultés
d'adaptation de l'enfant resté longtemps dyslexique.
Un aspect important de leur étude nous paraît être le rôle qu'ils
accordent à la motricité (citant à cette occasion un travail de Pelagyi
sur le rôle de la dans le développement de la perception
et du langage) et au schéma corporel. Rappelons d'ailleurs que dans
un autre article consacré aux problèmes de l'aphasie (8) le trouble
du schéma corporel est mis au premier plan par Prick et Calon, comme
étant le trouble fondamental du syndrome aphasique : « La parole
est primordialement la totalité symbolisée des relations du corps et
de ses activités, ainsi que des affections vitales et gnosiques qui s'y
impliquent » (trad, in Bull. Anal. C. N. R. S., 1951, 3, 5). Quoique la
formule soit ici un peu trop vague et un peu trop générale, il y aurait
sans doute un grand intérêt à éprouver systématiquement cette
hypothèse au cours du développement de l'enfant, en étudiant con
jointement la connaissance du corps propre, les débuts de la motric
ité fine, de l'organisation perceptive, et l'apprentissage du langage
oral, puis écrit. Nous avons pour notre part exposé ce projet de
recherche au cours d'une communication à la Société de Psychologie
(janvier 1953).
A propos de la motricité des dyslexiques quelques articles cette
année encore traitent du facteur latéralisation dans les troubles
dyslexiques. Citons la vaste revue de Soubirana (9); et l'étude de
McFie (10) sur la dominance cérébrale testée par l'épreuve du Phi
Test de Jasper, du mouvement apparent d'un point lumineux. L'au
teur, d'après les résultats expérimentaux obtenus sur 12 sujets,
pense que chez les dyslexiques, l'organisation neurophysiologique
correspondant à une dominance hémisphérique n'est pas faite. Il
n'y aurait donc pas, comme le dit Orton, lutte de 2 hémisphères,
mais indifférenciation par défaut d'organisation. Cette expérience
•extrêmement intéressante mérite d'être faite sur un plus grand
nombre de cas. Nous avons publié avec le Dr Ajuriaguerra (11) une
étude statistique (comparaison de groupes) allant également dans
ie sens d'une différence nette entre normaux et dyslexiques du point