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L'émigration océanienne : une théorie socio-économique - article ; n°2 ; vol.12, pg 213-223

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Espace, populations, sociétés - Année 1994 - Volume 12 - Numéro 2 - Pages 213-223
Emigration in Oceania: Utility Maximization in a Non Occidental Cultural Setting.
In the Oceanian context, just as everywhere, international migrations depend on legal and macroeconomic factors, such as the wage differential between the sending and the receiving country. But there is also a micro-economic aspect: it is necessary to explain why emigrants send home remittances permanently, and why only some members of the family emigrate. A standard micro-economic model fails to explain this, since we are not here considering an «homo economicus occidentalis», but rather the «homo economicus oceanis». This one maximizes a family utility function, not an individual one. Furthermore, the utility function depends not only on material welfare, but also on «socio-cultural» welfare, or the «quality of life», which in turn depends on two variables: the amount of leisure, and the cultural environment (occidental, or Oceanian), where the leisure is spent.
Dans le contexte océanien, les migrations internationales répondent à la fois à une logique macroéconomique (contraintes juridiques, différentiel de salaire entre le pays émetteur et le pays receveur), et à une logique socio-culturelle et microéconomique : le comportement rationnel des familles océaniennes étendues. Celles-ci, telles des compagnies « transnationales », maximisent une fonction d'utilité familiale dont les arguments sont non seulement le bien-être matériel, mais aussi une forme de confort socio-culturel qu'on peut appeler « qualité de la vie », laquelle requiert des loisirs et un environnement socio-culturel océanien traditionnel, ou bien occidental en cas d'émigration. L'article propose un modèle formalisé de ce comportement rationnel, dans un contexte culturel non occidental, celui de l'« homo economicus oceanis », privilégiant les solidarités familiales et les aspects socio-culturels du bien-être.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1994
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Langue Français
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Bernard Poirine
L'émigration océanienne : une théorie socio-économique
In: Espace, populations, sociétés, 1994-2. Les populations du Pacifique - Populations of the Pacific. pp. 213-223.
Abstract
Emigration in Oceania: Utility Maximization in a Non Occidental Cultural Setting.
In the Oceanian context, just as everywhere, international migrations depend on legal and macroeconomic factors, such as the
wage differential between the sending and the receiving country. But there is also a micro-economic aspect: it is necessary to
explain why emigrants send home remittances permanently, and why only some members of the family emigrate. A standard
micro-economic model fails to explain this, since we are not here considering an «homo economicus occidentalis», but rather the
«homo economicus oceanis». This one maximizes a family utility function, not an individual one. Furthermore, the utility function
depends not only on material welfare, but also on «socio-cultural» welfare, or the «quality of life», which in turn depends on two
variables: the amount of leisure, and the cultural environment (occidental, or Oceanian), where the leisure is spent.
Résumé
Dans le contexte océanien, les migrations internationales répondent à la fois à une logique macroéconomique (contraintes
juridiques, différentiel de salaire entre le pays émetteur et le pays receveur), et à une logique socio-culturelle et microéconomique
: le comportement rationnel des familles océaniennes étendues. Celles-ci, telles des compagnies « transnationales », maximisent
une fonction d'utilité familiale dont les arguments sont non seulement le bien-être matériel, mais aussi une forme de confort
socio-culturel qu'on peut appeler « qualité de la vie », laquelle requiert des loisirs et un environnement socio-culturel océanien
traditionnel, ou bien occidental en cas d'émigration. L'article propose un modèle formalisé de ce comportement rationnel, dans un
contexte culturel non occidental, celui de l'« homo economicus oceanis », privilégiant les solidarités familiales et les aspects
socio-culturels du bien-être.
Citer ce document / Cite this document :
Poirine Bernard. L'émigration océanienne : une théorie socio-économique. In: Espace, populations, sociétés, 1994-2. Les
populations du Pacifique - Populations of the Pacific. pp. 213-223.
doi : 10.3406/espos.1994.1641
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/espos_0755-7809_1994_num_12_2_1641POIRINE Bernard POIRINE Bernard
Université Française du Pacifique, Centre Universitaire
de Polynésie
B.P. 6570 FAAA
Polynésie Française.
L'
émigration océanienne :
une théorie socio-économique
Polynésie Française et de Wallis et Futuna.
Selon G. Bertram (1986), ces économies in
sulaires du Pacifique anglophone ressemb
lent désormais en quelque sorte à des "ban
lieues dortoirs" de l'économie dominante,
peuplées de retraités et de fonctionnaires. or broad L'émigration dans involving social actively highly these (1991): large "all dependencies the proportion societies or social migration les or independent economic a vicariously". few îles and is innovative est oriented of not economic du mobility, the un simply island states, Pacifique. population phénomène (...) individuals transformation but a self-governing Polynesia Population marginal is an participates Selon integral seeking très social have movement in territories répandu part Hayes which become upward - activity either of in a
En effet, beaucoup d'émigrés reviennent
prendre leur retraite dans leur île natale, et
les relations familiales entre les émigrés et
leur famille restée au pays peuvent subsister
même sur plusieurs générations, entretenues
par de fréquents voyages. Les réseaux de Hayes estime que 185000 Polynésiens an
familles étendues se maintiennent malgré la glophones vivent en Australie, en Nouvelle-
grande dispersion de leurs membres, formant Zélande ou en Australie sur un total de une "entreprise familiale multinationale" 500 000 vivant dans leur île ou dans ces pays
("transnational corporation of kin"): du bassin Pacifique, soit une proportion de "(...) in the south Pacific setting, migration involves 37%, qui pourrait atteindre en réalité 40% not the dismembering of kin groups but their
avec l'émigration illégale. La des internationalization (or transnationalization) (...)
Family or kin units in the small Pacific societies act émigrés va de 22% pour les Tonga à 78%
and calculate on a transnational scale, especially via pour Niue, en passant par 36% aux Samoa
the regional labour market. (...) The great majority of occidentales et aux Samoa américaines, et households are able to judge the relative merits of wage 66% aux îles Cook. Ces statistiques ne con employment (locally and offshore) and household pro
cernent toutefois que les îles polynésiennes ductive activity on the land or sea".'
anglophones, en effet ce mouvement d'émi
gration vers les métropoles n'affecte pas les Seules quelques îles échappent à cette ten
deux îles polynésiennes francophones de dance à l'émigration: Nauru, qui connaît,
1 Bertram G. (1986) «Sustainable Development in
Pacific Micro-Economies», World Development, vol 14,
N° 7, pp. 809-822. 214
grâce au phosphate, une prospérité qui lui doit donc tenir compte de cette conception
plus large de la "satisfaction" attire de nombreux travailleurs étrangers; économique,
Kiribati, qui a connu la même rente sociale et culturelle pour expliquer le com
phosphatière jusqu'en 1979; la Polynésie portement d'émigration de l'homo econo
Française et la Nouvelle Calédonie, l'une micus oceanis.
Cet article propose un tel modèle micro- dotée de la rente «atomique», l'autre de la
rente du Nickel, ces deux îles ayant connu socio-économique du comportement d'émi
pendant longtemps une forte immigration gration des familles insulaires étendues dans
(en provenance de Wallis et Futuna, du Viet les îles du Pacifique où il n'existe pas de
nam, de la Polynésie Française pour la Nouv restrictions légales à l'émigration, et où les
elle Calédonie; de la France métropolitaine salaires des métropoles (ou ex-métropoles)
pour la Polynésie depuis 1962, sont nettement plus élevés que le salaire in
date d'installation du Centre d'Expériment sulaire. Ce modèle exclut donc de son
ation du Pacifique). Les îles mélanésiennes champ d'explication les deux territoires
indépendantes non associées ou incorporées français du Pacifique, où le niveau des sa
ou sous tutelle, telles que Vanuatu, ou laires est similaire (et même très nettement
Papouasie Nouvelle Guinée, connaissent plus élevé dans le secteur public), par rap
port au niveau métropolitain2 , ce qui découbreaucoup moins d'émigration, car leurs c
itoyens ne bénéficient pas des facilités léga rage a priori l'émigration pour raisons pure
les d'émigration vers l'Australie, la Nouv ment économiques, même en présence d'un
elle Zélande et les Etats-Unis. taux de chômage significatif. Autrement dit,
Le comportement décrit ci-dessus répond notre modèle microéconomique ne s'appli
aux critères de rationalité postulés par l'ana que qu'à des îles dotées d'un environnement
lyse microéconomique, mais en même temps macroéconomique susceptible de motiver
cette rationalité s'insère dans un cadre socio l'émigration pour raison économique, et
culturel clairement différent du modèle de sans restriction légale de la part des pays
"l'homo economicus occidentalis", calcula «receveurs», ce qui est le cas de la plupart
teur individualiste de son plaisir personnel. des îles polynésiennes anglophones du Pa
L'utilité, dans le contexte océanien, n'est cifique (Tonga, Samoa occidentales, Samoa
pas affaire individuelle mais familiale ou américaines, Iles Cook, Tuvalu, Niue,
clanique, et elle ne dépend pas uniquement Tokelau), ainsi que des îles micronésiennes
des biens et services marchands obtenus, rattachées aux Etats-Unis selon diverses
mais aussi d'un "bien" public non mar modalités (Palau, Guam, Marshall, Carolin
chand: la qualité de vie communautaire, es...). On commencera par une courte sec
d'un style de vie "océanien" où le confort tion descriptive de la stratégie d'émigration
matériel, certes important, ne constitue des familles insulaires étendues, avant d'en
qu'un des éléments du "bonheur national proposer une modélisation théorique, et d'en
brut". Ce "bien public" socio-culturel de tirer quelques applications sur les phénomèn
mande à être "combiné" avec suffisamment es de migrations internes en Polynésie
de loisirs pour être pleinement apprécié. On Française.
1. LA STRATÉGIE D'ÉMIGRATION DES FAMILLES INSULAIRES ÉTENDUES
Bertram et Watters (1985) décrivent l'att d'une dépendance économique croissante,
itude parfois ambiguë des insulaires du Paci qui leur permet, grâce à la rente de l'aide
fique, réclamant à la fois plus d'autonomie internationale, de préserver les aspects
politique mais s' accommodant tout à fait socio-culturels positifs du mode de vie in-
2 Certes, le SMIG en Polynésie Française est légère sans nul doute la différence de salaire, ce qui explique
que l'émigration de Polynésie Française vers la Métroment inférieur à celui de la Métropole (4400 FF en
Polynésie Française), mais le coût du transport, le coût pole pour raison économique est quasi inexistante ( la
psychologique de l'éloignement, celui de l'habillement, plupart des émigrés sont des bébés adoptés par des
du logement, du chauffage, et le risque de chômage familles métropolitaines et des enfants ou conjoints de
important pour un travailleur non qualifié, compensent métropolitains expatriés retournant en Métropole). 215
sulaire traditionnel "d'auto-subsistance", d'un comportement "non logique", obéit en
tout en améliorant sensiblement leur niveau fait à une rationalité économique classique.
de vie par rapport à ce que le mode de vie Ils montrent notamment, en ce qui concerne
traditionnel "villageois", proche du "com l'émigration, qu'elle résulte d'un comporte
munisme primitif de Marx, pourrait leur ment rationnel des "transnational corporat
offrir en l'absence de cette rente. Ainsi, les ion of kin", qui comparent les coûts et les
insulaires peuvent jouer sur les deux ta bénéfices de leur participation au secteur vi
bleaux, acquérir une partie du confort matér llageois traditionnel et au secteur capitaliste
iel associé à la modernité dans leur île, sans "métropolitain". Face à ces contraintes nou
sacrifier la convivialité du mode de vie tra velles fournies par la possibilité de travailler
ditionnel, passer leur jeunesse à goûter aux dans l'économie métropolitaine, les familles
mirages de la grande ville de Métropole, élargies allouent les ressources dont elles
puis revenir goûter au calme de la vie insu disposent rationnellement, de manière à
laire pendant les vacances et au moment de maximiser leur satisfaction collective. Etant
la retraite. Par ailleurs ils gagnent l'avan donné le caractère ouvert internationalement
tage d'un choix plus étendu de leur mode du marché du travail, cela entraîne une d
de vie, choix qu'ils peuvent modifier plu iminution de la participation familiale au sec
sieurs fois au cours de leur vie : teur d'agriculture d'auto-subsistance ou
"The resulting system, however, is highly flexible and d'exportation:
adaptable, which is its great strength. Given the "The rapid increase in rent incomes of small island
diversity and ambiguity in the forces of change, it is communities over the past three decades has radically
not surprising that the Islander becomes adroit à changed both the economic incentives and the
"wearing the right hat" for the occasion - at slipping constraints facing island households. This is especially
easily from "traditional" to "modern" behaviour, at true of sources of cash income. The investment of kin- or precedents as the group labour in the production of an agricultural surinvoking
occasion requires, and at refusing to behave in what plus for sale on uncertain markets is only one of a
an outsider would see as a consistent and logical number of alternative strategies. Kindreds can be
way".3 expected to evaluate the return on such investment re
lative to the alternatives. On this basis it would be
expected that as the alternatives to commercially-
Pour les deux auteurs néo-zélandais, cette oriented agriculture would improve, so a reallocation
façon de vouloir jouer sur les "deux ta of household effort away from agriculture would take
place. " (Bertram & Walters, 1985). bleaux", qui peut paraître a priori relever
2. UNE THÉORIE MICRO-SOCIO-ÉCONOMIQUE DE L'ÉMIGRATION DANS
LE CAS DES FAMILLES INSULAIRES ÉTENDUES
Un modèle micro-socio-économique simple cient de la solidarité des jeunes expatriés
permet d'expliquer la stratégie des familles dans le pays à haute productivité et de la
insulaires4, qui envoient les membres les convivialité traditionnelle. Au total l'unité
plus jeunes, les plus dynamiques, ou les plus familiale élargie bénéficie, au cours du
diplômés, travailler dans le pays à haute pro temps, d'un espace des consommations fa
ductivité et haut salaire, pendant que les jeu miliales possibles (publiques et privées,
nes moins doués ou diplômés et les vieux socio-culturelles et économiques) élargi,
profitent de la solidarité des "expatriés", tout compte tenu des économies réalisées par les
en bénéficiant de la "convivialité" commun expatriés pendant leur séjour et des sommes
autaire traditionnelle. A leur tour, quand transférées aux membres de la famille res
ils rentrent au pays, les "retraités" tés dans l'île, ce qui permet d'atteindre un
3 BERTRAM I.G. & R.F. WAITERS (1985) The supérieures à ceux de la Métropole. Ceci s'appliquait
MIRAB economy in South Pacific microstates Pacific aussi à la Polynésie Française au moment de l'arrivée
Viewpoint, Vol 26, n° 3 (septembre), pp. 497-519. du CEP, avec une forte émigration vers la Nouvelle
Calédonie, en raison de la présence là-bas de la rente
4 Ceci s'applique également aux familles de la Martini minière. Au moment des événements de Nouvelle-Cal
que, de la Guadeloupe et de la Réunion, mais à un édonie, un mouvement d'émigration dans l'autre sens
degré moindre étant donné les salaires offerts dans le s'est produit, avec notamment un retour de polynésiens
de ce Territoire vers leur île d'origine. secteur public à ceux qui ont la possibilité d'y entrer, 216
compte tenu de l'inégalité des salaires
(Wm= salaire métropolitain > Wi = salaire
insulaire), en l'absence de toute barrière à
l'émigration, tous les individus actifs émi-
greraient définitivement dans le pays métrop
olitain, car la contrainte (temps de loisir-
consommation de biens privés) dans le pays
métropolitain (To B) dominerait à n'importe
quel endroit du plan (consommation privé-
loisir) la même contrainte (To A) dans le
PVD insulaire, quelles que soient les préfé
rences des individus pour le loisir par rap
port aux biens privés (voir figure 1). 0 To Loisirs Si au contraire la "production domestique"
Figure 1. Fonctions d'utilités «classiques» de satisfaction dépend d'un bien public
"socio-culturel" (qualité de vie insulaire
niveau d'utilité "familiale" plus élevé. La traditionnelle), des biens privés, et des loi
consommation privée sera au maximum re sirs, la même quantité de biens privés et de
portée (par l'épargne) au moment du retour loisirs dans le pays insulaire est supposée
au pays, car elle sera alors combinée à une produire plus d'utilité à cause de la plus
plus grande quantité de loisirs et de conviv grande quantité du bien public "socio-cul
turel" dont dispose l'insulaire dans son île. ialité, ce qui lui donnera plus d'efficacité
dans la production d'utilité, si l'on raisonne On devine que dans le cas de d'une "prole cadre de la théorie de la production duction domestique" individuelle, les indi
domestique de G.S. Becker et Lancaster5 . Il vidus plutôt portés sur la consommation de
n'est donc pas du tout irrationnel, pour l'in loisir et de "convivialité", ou dont la pro
sulaire émigré, de travailler dur et d'écono ductivité dans la production de bien privés
miser beaucoup dans le pays "riche", tandis est particulièrement faible resteront au
que ceux qui restent au pays travaillent et pays, jugeant que l'accroissement de biens
économisent peu en profitant au maximum privés permis par l'expatriation ne justifie
des envois des travailleurs émigrés. Il s'agit pas la perte de loisirs et de convivialité. En
d'un comportement rationnel d'allocation revanche, pour d'autres, le jeu en vaudra la
des ressources familiales, pour obtenir la chandelle, notamment pour tous ceux dont
maximisation de l'utilité familiale dans le la productivité du travail est forte, (notam
temps et dans l'espace, compte tenu de l'e ment les cadres et professions libérales), et
nvironnement "technique et géographique" ils émigreront (d'où l'exode des cer
qui modèle deux frontières des possibilités veaux)7. Mais une telle hypothèse n'expli
de production domestique différentes dans querait pas pourquoi les émigrés continue
les deux secteurs-pays auxquels la famille a raient d'envoyer de l'argent à leur famille
accès simultanément.6 restée dans l'île.
Si les fonctions d'utilité étaient du type ha En revanche, si la production d'utilité est col
bituel (individuelles), et ne dépendaient pas lective, familiale, la maximisation de l'utilité
du bien public socio-culturel, mais unique du groupe familial implique un partage des
ment des biens privés, il est évident que ressources familiales entre travail domesti-
5 G.S. BECKER (1965), "A theory of the Allocation of comme dans les campagnes proches de grandes villles
du Tiers Monde. Time", The Economic Journal, septembre et K.J.
7 L'exode des cerveaux sera encore plus accentué si LANCASTER (1971), "A new approach to consumer
Theory", Journal of Political Economy, avril. l'adhésion aux valeurs culturelles du pays développé
6 BERTRAM souligne justement que dans les îles as fait que l'individu finit par apprécier de plus en plus le
sociées à la Nouvelle-Zélande, le "secteur moderne" bien public socio-culturel du pays d'accueil (distrac
de l'île se trouve en fait en Nouvelle-Zélande. Le choix tion, services culturels, possibilité d'éducation, variété
entre secteur traditionnel-bureaucratique-subventionné des expériences, liberté individuelle, contrôle social
et moderne salarié à haut salaire correspond moins pesant), et de moins en moins celui de son pays
donc au choix de rester ou d'émigrer, exactement d'origine. 217
que traditionnel et travail salarié émigré, avec tion domestique de satisfaction familiale S:
envoi de fonds des émigrés à leur famille. S = s (Q, V) où S' >0, S"Q <0, S'v >0 , S"v <0
C'est ce que nous allons montrer ci-dessous.8 Le temps disponible To se répartit en temps
Pour illustrer ce point de façon plus précise, de travail T et temps de loisir L:
tout en simplifiant au maximum l'exposé, To = T + L; cette égalité étant valable pour
nous allons adopter les hypothèses suivan chaque membre actif de la famille.
tes sur la fonction de "production domesti Dans une première étape, montrons la cons
que" de satisfaction de la famille élargie: truction des frontières des possibilités de
Le loisir (L) et l'environnement socio-cul production de Q et V dans l'économie insu
turel (bien public E) sont des intrants dans laire et dans l'économie métropolitaine, en
la fonction de production de la qualité de la supposant que le temps disponible To de
vie (V) : Le bien public E prend la valeur Ei chaque individu de la famille est consacré
dans l'économie insulaire et la valeur soit à l'économie insulaire, soit à l'écono
Em < Ei dans l'économie métropolitaine. mie métropolitaine (Voir figure 2).
Vi = f (L, Ei) Dans le PVD insulaire, un temps de travail
Vm = f (L, Em), maximum donne une production de biens
Avec V'L> 0 , V"L< 0 , V'E>0 , V"E < 0 privés plus faible (OA) que dans le pays
industriel (OB). Par contre, plus le temps de et Ei > Em;
Ce qui signifie que la même quantité de loi travail baisse et le temps de loisir augmente,
sir fournit plus de "qualité de vie" plus la production du bien "qualité de vie" V, quand
elle est utilisée dans le cadre insulaire: il y a est importante, mais la productivité margi
nale du loisir dans cette "production" est un effet positif de cet environnement socio
culturel sur la production domestique de ce plus forte dans le pays insulaire. Ainsi un
bien V par la famille. temps de travail de zéro fournit une quantité
Le travail (T) est un intrant dans la fonction zéro de bien privé dans les deux pays, mais
une quantité de "qualité de vie" OC dans le de production de niveau de vie , i.e. quant
pays développé, OD dans le PVD insulaire, ité de biens privés disponibles (Q):
OC étant inférieur à OD. 10 Q = W • T;
A partir des deux frontières des possibilités où W , taux de salaire réel ou revenu non
de production dans chaque pays, voyons salarial réel du travail dans l'économie agri
cole traditionnelle, exprimé en unités de comment se forme le choix de l'émigration
et de l'envoi de fonds à la famille (Figure 3): biens privés obtenus par unité de temps de
Si les préférences individuelles étaient seutravail, est plus élevé dans le pays métropol
itain que dans le pays insulaire:9 les importantes, les individus portés sur les
biens privés devraient logiquement choisir Wm >Wi .
de travailler dans le pays développé, par Le niveau de vie Q et la qualité de la vie V
exemple en E. sont des intrants de la fonction de
'Précisons que le modèle microéconomique ci-dessous intéresse ici, il est raisonnable de supposer que la
décision d'un groupe familial n'ayant qu'une influence n'est pas celui proposé par Bertram, mais le nôtre.
Nous ne cherchons ici qu'à formaliser quelque peu négligeable sur l'offre de travail insulaire n'affecte que
les idées de son modèle. Nous examinerons plus loin peu la productivité marginale du travail dans l'île ,
le modèle, macroéconomique cette fois, qui lui sert à donc le revenu réel de subsistance de l'économie vill
analyser le système MIRAB et le problème de l'émi ageoise traditionnelle Wi.
gration dans ce cadre. 10 S'il fallait une preuve de cette assertion, elle serait
'Alternativement, on pourrait supposer que dans le pays fournie par les sommes d'argent élevées que les touris
tes du pays métropolitain sont disposés à dépenser juste insulaire il n'existe pas d'emploi salarié, mais une
fonction de production de biens privés d'auto-subsis pour avoir le privilège de venir passer leur temps de
loisir dans lîle "paradisiaque" plutôt que de passer les tance exhibant une faible productivité du travail, à re
ndement décroissant : cette hypothèse alternative, sans vacances chez eux . Elle serait confirmée également
doute plus réaliste, ne changerait guère les conclusions par les efforts coûteux que produit le Club Méditerra
née pour produire ce "bien public socio-culturel" que du modèle, tant que la productivité marginale dans
constitue une société conviviale polynésienne "artifil'activité traditionnelle d'auto-subsistance reste infé
cielle" dans tous ses villages autour du monde, et qui rieure au salaire réel perçu dans l'économie marchande
développée. Au niveau microéconomique qui nous font le succès de sa formule de "village". 218
L = loisir
Wi«T
T = Travail
Dans le cadre 2 apparaît la repartition travail loisir, dans le cadre 1 se calcule Muantite (te biens privés ou niveau de vie
obtenu à partir du taux de salaire dans chaque pays. Dans le cadre 3 se détermine la quaHé de la vie V à partir de la
quantité de loisir et de l'environnement socio-culturel B ou Em.
Dans le cadre 4 apparaît la frontière des possibilités de production résultante obtenue pour chaque individu dans
chaque pays à partir des drBérentes combinaisons possibles de travail et de loisir.
Figure 2. Construction de la frontière des possibilités de production domestique
Mais si l'on considère maintenant que c'est
la famille qui cherche à maximiser son uti
lité conjointe sur une longue période de
temps, on peut concevoir des points inte
rmédiaires sur le segment EG qui puissent
augmenter la satisfaction familiale conjointe.
Ainsi l'individu en C peut alterner avec l'i
ndividu en G : chaque année, (ou toute autre
période de temps), ils échangent leur place.
A long terme, cela veut dire qu'en moyenne
la production familiale par individu sera s
ituée en M, au milieu de EG. Ce point M
élargit l'ensemble des choix possibles de la
famille. Les autres points du segment EG
peuvent être atteints également par des combFigure 3. Le choix de l'émigration avec envoi de fonds
inaisons plus complexes: par exemple si à la famille
l'alternance se fait sur la base d'un membre
Ceux qui sont portés vers le loisir et la con de la famille sur trois qui émigré pendant
vivialité resteraient dans le pays insulaire, un an tous les 3 ans, on va se trouver, en
en choisissant par exemple G.11 moyenne et à long terme, au tiers du seg-
11 Les points E et G ne sont pas choisis en fait au res des possibilités de production. Les raisons de ce
hasard, mais sur la droite tangeante aux deux choix apparaîtront plus loin. 219
V = qualité
S1(QV)
Q = Niveau de vie Q = Niveau de vie
Figure 4. Le choix de l'émigration avec envoi de fonds Figure 5. Le choix de l'émigration avec envoi de fonds
à la famille à la famille
ment à partir de E, en R. Toute autre combi plus au change que ceux qui restent au pays,
naison est possible qui permet d'atteindre en l'absence de compensation financière.
n'importe quel point du segment EG. Donc, pour que le niveau de satisfaction fa
Autrement, dit l'échange des rôles et des biens miliale reste maximum, en M par exemple,
privés au cours de la vie à l'intérieur de la avec l'isoquante SI, s'il n'y a plus alternance,
famille a permis d'élargir l'espace des possib il faut que l'individu "expatrié" en C renonce
ilité de production de la famille, qui est main à une quantité X de biens privés en épar
tenant (à long terme en moyenne) la courbe gnant, ce qui le place en F, pour envoyer ceci
DGMEB, au lieu de la courbe DGNEB. sous forme de mandat à sa famille dans le
Cette nouvelle frontière permet d'atteindre des PVD insulaire, ce qui déplace l'autre memb
niveaux d'utilité familiale impossibles à at re de la famille de G à H. La position
teindre auparavant, en l'absence de cette alte moyenne de la famille à long terme sera donc
rnance: ainsi seul le point M sur EG permet M, au milieu du segment FH, qui permet un
d'atteindre le niveau de satisfaction représenté niveau de satisfaction plus élevé, par exemp
par l'isoquante SI. Tous les points de la fron le, que dans le cas où on a un membre de la
tière ENG, sauf E et G eux mêmes, sont "do famille en J et l'autre en K, ce qui se produir
minés" par les points de la frontière EMG. ait si le comportement était celui de maxi
Bien sûr la solution de "l'alternance" ne pa miser la satisfaction individuelle.
raît guère commode. Il peut paraître préféra Il est possible de montrer, comme dans le cas
ble de "spécialiser" définitivement les memb de l'alternance émigration-retour, que n'im
res de la famille, en fonction de leurs apti porte quel point du segment GE peut être
tudes et de leurs préférences, en "résidents" atteint par cette méthode.
et en "expatriés". Mais dans ce cas, pour con Ainsi, dans le cas de la figure 4 ci-après,
tinuer de maximiser la satisfaction familiale pour atteindre le niveau de satisfaction indi
en élargissant la frontière à GME au lieu de qué par l'isoquante SI, il faut atteindre un
GNE, il faut recourir à l'envoi de fonds des nouveau point M, plus proche de G. Pour
émigrés vers la famille résidante. cela l'expatrié se déplace au nouveau point
En effet, dans le cas le plus fréquent, ceux F, en envoyant la somme 3 X à sa famille au
qui émigrent, grâce au meilleur niveau de vie pays. Le nombre de membres de la famille
dont ils bénéficient, et à la possibilité de "ren restés au pays est de 3, chacun recevant en
trer au pays" pendant leurs vacances, gagnent moyenne X, et se trouvant donc en H.12
12 Bien entendu, ce sont les proportions qui importent ter par exemple 2 émigrés et 6 résidents, 3 émigrés et
ici: un émigré pour 3 résidents. La famille peut 18 résidents, etc... 220
Le point M se trouve au "centre de gra émigré dans ce cas précis, car la frontière
vité" du segment HF, où H est affecté du DNA domine la frontière CNB compte
poids 3 et F du "poids" 1. En l'absence tenu de la forme de la famille d'isoquantes
d'émigration, le niveau de satisfaction fa S, qui manifeste une nette préférence pour
la "qualité de la vie" insulaire sur le "nimiliale atteint serait So < SI, les 4 memb
res de la famille étant en K. En aucun veau de vie", par rapport au cas précé
cas on n'a intérêt à ce que toute la famille dent.
3. CAS PARTICULIERS
nent clairement "dominés" par les points de Si la fonction S est telle que l'isoquante est
tangente à la frontière DGEB en un point la tangente GE dès que la possibilité du don
plus haut que G ou plus bas que E (voir existe. Il en est clairement de même de tous
figure 5), alors, l'alternance émigration-re les points correspondant à la section de fron
tour ou l'expatriation avec envoi de fonds, tière GNE : cette contrainte est, avec la pos
ne procure plus d'augmentation de la sati sibilité de don familiale ou d'épargne indi
sfaction familiale à long terme. Ainsi, si viduelle, partout dominée par la contrainte
l'isoquante a la forme de To (en bas à GME.
droite), l'émigration sera définitive et pour On constate que le choix optimal implique
toute la famille. Si elle a la forme de Tl (en l'émigration en alternance ou permanente
haut à gauche), il n'y aura pas d'émigration, avec envoi de fonds, et que dans ce cas le
même temporaire et partielle d'un membre membre de la famille resté au pays tra
de la famille. Mais ces cas paraissent ex vaillera moins (point H) qu'il ne l'aurait
ceptionnels, liés à une valorisation ou déva fait en l'absence d'émigration (point K):
lorisation extrême de la "qualité de la vie ceci explique l'effet d'éviction de l'émigra
insulaire". tion sur les activités productives insulaires.
Dans ces conditions, nous comprenons que, Au contraire le travailleur émigré, lui, tra
hormis les cas exceptionnels que nous ve vaillera plus (point E) qu'il ne le ferait s'il
nons d'évoquer, quelles que soient les pré ne se préoccupait pas de maximiser la sati
férences individuelles des membres de la sfaction familiale à long terme (point J). Il
famille et la forme des isoquantes de la fonc "se sacrifie" provisoirement, en espérant en
tion S, les membres de la famille auront tou suite recevoir une compensation lors de son
jours intérêt à se situer au départ les uns en retour au pays, des autres membres de la
G, les autre en E, c'est à dire aux points de famille.
tangence de la droite tangente aux deux Il faudrait bien sûr tenir compte du fait que
frontières. des individus d'une même famille peuvent
Aucun point de la frontière DGNEB en des avoir des productivités du travail très diffé
sous de G ou au dessus de E ne sera jamais rentes (donc des espaces de possibilités de
retenu, quelle que soit la forme de production très différents dans le pays mét
l'isoquante de S, si la possibilité du don ropolitain, alors qu'ici nous avons raisonné
sur des productivités du travail "moyennes" existe. En effet, les points K et J du di
agramme 1, par exemple, tangents à pour tous les membres de la famille), ce qui
l'isoquante So13 , qui correspondent au max peut impliquer une spécialisation des rôles
imum de satisfaction familiale en l'absence définitive, et non provisoire, si la satisfac
de dons de l'émigré vers sa famille, tion familiale prime sur la satisfaction indi-
13 II n'y a pas de raison a priori pour que So soit l'une des deux frontières seulement implique un choix
tangente aux deux frontières de possibilités de pro entre émigration ou pas d'émigration pour l'individu,
duction simultanément. Elle a été dessinée de cette si la fonction S est individuelle, ou pour la famille, si
manière pour éviter d'alourdir le diagramme, car sinon la S est familiale, mais que la possibilité d'en
il aurait fallu ajouter une troisième isoquante pour i vois de fonds n'existe pas.
llustrer le point qui suit. Le fait que So soit tangente à 221
viduelle: les membres les plus qualifiés, les évolution n'implique-t-elle pas à terme une
plus diplômés, de la famille vont émigrer et érosion des valeurs traditionnelles de soli
envoyer des fonds aux autres, qui restent darité familiale, et donc une possibilité de
alors en permanence dans leur île. Progres l'arrêt des dons ? Ce n'est pas ce qui sem
sivement les expatriés peuvent apprécier de ble se passer en tout cas dans les pays ob
servés par Bertram et Waters 14 . plus en plus les avantages de la culture de
leur pays d'accueil, ce qui déplace leur pro
pre frontière des possibilités de production: Jean-Pierre Doumenge note à ce propos:
le point C se déplace vers le haut, la qualité "Dans les sociétés à peuplement autochtone
de la vie "métropolitaine" étant de mieux en prédominant, les apports de la "modernité"
mieux appréciée par les membres expatriés technologique identifiée au concept
d' "étranger" sont filtrés pour ne pas remettde la famille. Ceci peut se produire en parti
culier si les membres expatriés les plus "pro re en cause les équilibres pré-établis. (...)
ductifs" et les plus éduqués de la famille Mais fait symptomatique, l'Océanien déra
finissent par valoriser de mieux en mieux le ciné reprend à son compte plus facilement
style de vie "métropolitain" et les satisfac que l'Océanien resté dans son île natale les
tions culturelles différentes qu'il apporte valeurs de la "modernité". Il concilie un cer
tain style de modernité urbaine sur son lieu (Théâtre, Opéra, cinéma, voyages, diversité
de travail avec le respect de la "tradition" des distractions et des rencontres, tout ce
que nous pourrions nommer "vie culturelle agreste à laquelle il participe périodiquement
plus riche", si nous adoptions une position lorsqu'il revient en villégiature sur son lieu
de naissance." 15 culturelle ethno-centrique). Mais une telle
4. APPLICATION AUX MIGRATIONS INTERNES EN POLYNÉSIE FRANÇAISE
En Polynésie Française le "pays déve vail excédentaire dans la fonction publi
loppé" est venu sur place : c'est le Centre que,16 qui remplace ici dans l'analyse ci-
d'Expérimentation du Pacifique (CEP), et dessus le pays développé où les salaires
l'administration en général, qui apporte les sont plus élevés. Il y a donc "émigration"
salaires élevés, et même nettement plus éle (sur place) du secteur productif vers la
vés qu'en Métropole (indice de correction fonction publique. Au départ une telle "mi
gration interne" se produisait, nous l'avons de 1,84 à 2,13, alignement de la fonction
publique locale sur les traitements majorés vu, vers les sites du CEP aux Tuamotu et
des expatriés dans les années 1970), ce qui vers Papeete et Arue. Maintenant, l'exten
a conduit d'ailleurs à une émigration im sion considérable de la fonction publique
portante de métropolitains vers la Polynés dans les archipels a supprimé cette migra
ie Française.. Le but de la majoration des tion interne, les insulaires des archipels
traitements des fonctionnaires était ayant désormais eux-même sur place les
d'ailleurs précisément d'encourager l'expa hauts salaires de la fonction publique terri
triation de ces métropolitains censés être toriale, plus élevés qu'en Métropole.
attachés au bien public socio-culturel que Cette émigration sur place crée une "so
constitue pour eux la "culture" hexagonale. ciété duale" au sein de la société insulaire.
Elle favorise les comportements "d'allers- Une fois appliqué également aux fonction
retours" entre les deux mondes traditionnel naires locaux dans les années 70, la majo
ration entraîne alors une demande de et moderne, dont nous avons analysé plus
haut la logique microéconomique. D'où
14 Ils citent notamment les montant moyens des trans tes de la géopolitique du monde insulaire océanien", Jour
nal de la Société des Océanistes, n° 87, vol. 2, pp. 73-88. ferts de fonds reçus par les habitants des îles Cook (en
16 Cette demande excédentaire, pour les postes qui ne $ NZ) : $88 au début des années 50, $125 à la fin des
années 50, $100 à la fin des annéees 60, $130 à la fin sont pas de haut niveau (cadres supérieurs), se traduit
par des "files d'attente" : beaucoup de candidats pour des années 70, $160 au début des années 1980.
15 DOUMENGE Jean-Pierre (1988) , "Les bases chaque poste.