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L'esclavage africain après l'abolition de 1848. Servitude et droit du sol - article ; n°5 ; vol.55, pg 1009-1037

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Annales. Histoire, Sciences Sociales - Année 2000 - Volume 55 - Numéro 5 - Pages 1009-1037
L'esclavage africain après l'abolition de 1848. Servitude et droit du sol (R. Botte). En Afrique occidentale, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'esclavage constitue l'institution sociale endogène la plus courante et l'esclavagisme le système de travail le plus répandu. Des guerres nombreuses inondent le marché de captifs cédés à vil prix. Ce véritable boom négrier amène une propagation sans précédent des esclaves et provoque une forte croissance économique. Afin de ne pas contrarier sa politique de conquête impérialiste, la France va trahir la lettre et l'esprit du décret d'aboli- tion de 1848 et, notamment, refuser d'appliquer la notion républicaine du sol libérateur. Il s'agit, pour se concilier les pouvoirs africains avant de les dominer, de ne rien faire qui puisse favoriser la libération des esclaves.
African slavery after the 1848 abolition decree: servitude and jus soli. Slavery represented the most usual endogenous social institution and the most widespread system of labor in West Africa during the second half of the 19th century. Many wars were connected with the trading of slaves sold at cheap prices. A genuine boom of the slave trade brought about an unprecedented dissemination of slaves which resulted in a strong economic growth. In order not to impede its policy of imperialist expansion, France betrayed the form and spirit of the 1848 decree and noticeably refused to apply the republican notion of jus soli. To gain the favor of African authorities before subduing them, France decided to take no step which would facilitate the liberation of slaves.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2000
Nombre de lectures 39
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Roger Botte
L'esclavage africain après l'abolition de 1848. Servitude et droit
du sol
In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 55e année, N. 5, 2000. pp. 1009-1037.
Résumé
L'esclavage africain après l'abolition de 1848. Servitude et droit du sol (R. Botte).
En Afrique occidentale, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'esclavage constitue l'institution sociale endogène la plus
courante et l'esclavagisme le système de travail le plus répandu. Des guerres nombreuses inondent le marché de captifs cédés à
vil prix. Ce véritable boom négrier amène une propagation sans précédent des esclaves et provoque une forte croissance
économique. Afin de ne pas contrarier sa politique de conquête impérialiste, la France va trahir la lettre et l'esprit du décret
d'aboli tion de 1848 et, notamment, refuser d'appliquer la notion républicaine du sol libérateur. Il s'agit, pour se concilier les
pouvoirs africains avant de les dominer, de ne rien faire qui puisse favoriser la libération des esclaves.
Abstract
African slavery after the 1848 abolition decree: servitude and jus soli.
Slavery represented the most usual endogenous social institution and the most widespread system of labor in West Africa during
the second half of the 19th century. Many wars were connected with the trading of slaves sold at cheap prices. A genuine boom
of the slave trade brought about an unprecedented dissemination of slaves which resulted in a strong economic growth. In order
not to impede its policy of imperialist expansion, France betrayed the form and spirit of the 1848 decree and noticeably refused to
apply the republican notion of jus soli. To gain the favor of African authorities before subduing them, France decided to take no
step which would facilitate the liberation of slaves.
Citer ce document / Cite this document :
Botte Roger. L'esclavage africain après l'abolition de 1848. Servitude et droit du sol. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales.
55e année, N. 5, 2000. pp. 1009-1037.
doi : 10.3406/ahess.2000.279898
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_2000_num_55_5_279898L'ESCLAVAGE AFRICAIN
APRÈS L'ABOLITION DE 1848
Servitude et droit du sol
Roger Botte
À partir de la Restauration, le principe même de la suppression puis de
la répression de la traite des Noirs dans une France vaincue porta longtemps
les stigmates d'une idéologie étrangère. Plutôt que d'y voir l'application
sincère d'une exigence morale, ce principe fut pour beaucoup l'invention
machiavélique d'une Angleterre désireuse de ruiner l'économie maritime,
l'économie coloniale et jusqu'à l'existence de la marine. De même, cette
anglophobie pesa lourd dans l'inertie de l'opinion publique à l'égard de
l'abolition de l'esclavage. Ces analyses, de même que le caractère politique
fondamentalement distinct des deux abolitionnismes — mouvement popul
aire de masse galvanisé par la benevolence dans le cas de l'Angleterre,
influence décisive d'une petite élite dans celui de la France — sont trop
connues pour qu'on s'y attarde1. Ne seront retenus ici que les éléments
susceptibles de clarifier les prolongements africains de l'abolition.
Encore peu exploré par l'historiographie, et également hors de ce pro
pos : le rôle joué par l'esclave lui-même dans sa libération2. Ainsi, l'insurrec
tion des esclaves de la partie française de Saint-Domingue, en août 1791,
au nom de l'idéologie révolutionnaire des droits de l'homme, de la liberté
et de l'égalité raciale rendait illusoire tout espoir de rétablissement du statu
quo ante. En décrétant l'abolition, Santhonax et Polverel d'abord — il
1. Par exemple, pour la période de la monarchie de Juillet, l'étude de Lawrence C. Jennings,
French Reaction to British Slave Emancipation, Baton Rouge, Louisiana State University
Press, 1988. Voir également note 73.
2. Sur les différents modes de résistance des esclaves, voir notamment Eugene Genovese,
Roll Jordan Roll: The World the Slaves Made, New York, Random House, 1979, et John
Thornton, Africa and Africans in the Making of the Atlantic World, 1400-1800, Cambridge,
Cambridge University Press, [1986] 1998, pp. 272-303.
1009
Annales HSS, septembre-octobre 2000, n° 5, pp. 1009-1037. COLONISATION ET ESCLAVAGE
fallait enrayer le séparatisme — , la Convention ensuite, entérinaient un état
de fait ; la Convention Г étendit cependant à toutes les colonies françaises3.
Enfin, en proclamant leur propre Etat, Haïti, à l'issue de la première guerre
coloniale, les anciens esclaves arrachaient leur indépendance politique à la
France napoléonienne4. Dans tout le continent américain, cette victoire de
la violence et de la citoyenneté terrifia les maîtres et inspira leurs esclaves.
C'est pourquoi les grands soulèvements de la Barbade (1816), de Demerari
(1823) et, surtout, de la Jamaïque (1831-1832) éclairent tout autant le
processus de destruction des systèmes esclavagistes que l'évolution des
mentalités et de l'imaginaire politique dans les métropoles coloniales. C'est
dans ce contexte dynamique, multiforme et transculturel qu'intervint l'aboli
tion dans l'aire caribéenne : d'abord anglaise et progressive (1833-1838)
puis française et immédiate, mais pour la seconde fois. À la Martinique et
à la Guadeloupe des révoltes d'esclaves contraignirent d'ailleurs à proclamer
la liberté avant l'arrivée officielle du décret de 1848.
La loi abolissant l'esclavage dans les possessions britanniques s'appli
quait aux colonies américaines et à l'Afrique du Sud mais excluait expressé
ment l'Inde (et Ceylan). Là, la British East India Company veillait : si le
commerce des esclaves fut prohibé en 1843, l'esclavage était déclaré ne
pas avoir de statut légal dans l'Inde britannique. Les esclaves ne furent pas
informés de leur liberté mais ils furent laissés « libres » de quitter leurs
maîtres. S'ils le faisaient, ils ne pouvaient être repris ni par la loi ni par la
force. Cette ingénieuse solution prit le nom ď Indian model. Elle fut considé
rée comme la méthode la moins déstabilisante pour mettre fin à l'esclavage
parmi les peuples non européens lors de l'expansion de l'empire britannique.
Lorsqu'en 1874 les Britanniques annexèrent la Gold Coast (le Ghana actuel),
leur premier protectorat important en Afrique, les fonctionnaires du Colonial
Office appliquèrent ce modèle, convaincus qu'il représentait la forme idéale
pour une politique d'émancipation graduelle et non coercitive5.
3. Décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794) : « Tous les hommes sans distinction de
couleur, domiciliés dans les colonies sont citoyens français et jouissent de tous les droits
assurés par la Constitution. » Pour une réflexion sur la façon dont les luttes pour l'émancipation
conduisent à repenser la notion d'histoire nationale, voir Yves Bénot, La Révolution française
et la fin des colonies, Paris, La Découverte, 1987, et Laurent Dubois, Les esclaves de la
République. L'histoire oubliée de la première émancipation, 1789-1794, Paris, Calmann-Lévy,
1998.
4. Elle ne sera concédée officiellement — ainsi que la reconnaissance diplomatique — qu'en
1825 (ordonnance du 17 avril) par Charles X contre l'indemnisation des colons dépossédés.
5. Sur Y Indian model et son extension à l'Afrique, voir Suzanne Miers et Richard Roberts
(éds), The End of Slavery in Africa, Madison, University of Wisconsin Press, 1988, p. 12 sq.
Pour la Gold Coast, voir Raymond Dumett et Marion Johnson, « Britain and the Suppression
of Slavery in the Gold Coast Colony, Ashanti, and the Northern Territories », in S. Miers et
R. Roberts (éds), The End of Slavery..., op. cit, pp. 71-116. Sur une variante de Y Indian model
à Zanzibar : Frederick Cooper, From Slaves to Squatters. Plantation Labor and Agriculture in and Coastal Kenya, 1890-1925, New Haven-Londres, Yale University Press, 1980,
pp. 24-68.
1010 R. BOTTE APRES L'ABOLITION DE 1848
Certes, en théorie, l'esclavage était condamné mais, dans la pratique,
on fermait les yeux (winked at). Quant aux esclaves fugitifs, lorsqu'ils
appartenaient à des alliés africains, ils étaient promptement rendus à leurs
maîtres. En somme, rien de bien différent de l'abolitionnisme à la française
sauf sur un point, mais capital : outre l'émancipation, le décret de 1848
affirmait également la notion généreuse du sol libérateur. Or cet universa-
lisme républicain, loin du pragmatisme à l'anglaise, contraria sérieusement
la tâche de l'impérialisme français à l'égard d'un esclavage africain omnip
résent. C'est donc cette singularité française, ses racines historiques comme
ses avatars et les relations nouées avec les pouvoirs africains que l'on ten
tera d'analyser à partir de l'application — en réalité, la non-application —
du décret de 1848.
L'Afrique esclavagiste
En Afrique, la traite négrière transatlantique continue dans la première
moitié du xixe siècle. Malgré l'interdiction décrétée d'abord par la Grande-
Bretagne le 25 mars 1807, puis la France le 29 mars 1815, le trafic illégal
dopé par le dynamisme de la demande cubaine et brésilienne atteint un
niveau sans précédent : en 1848, plus de 60 000 déportés sont introduits à
Cuba et au Brésil, où la fièvre caféière qui s'empare du Centre-Sud6
confirme le démarrage économique du pays. Certes, en bien des endroits
de la côte africaine, le commerce dit « licite » (ou « innocent ») préconisé
par les abolitionnistes commence à l'emporter mais, en de multiples autres
points, négriers européens ou américains et négriers africains coopèrent
étroitement pour échapper aux croiseurs chargés de la répression du trafic
et jeter, dans des navires interlopes, la marchandise humaine7. Ailleurs sur
le continent, si la traite trans saharienne décline — mais on compte encore
près de 10 000 captifs convoyés vers le Maghreb et Tripoli, — la traite
orientale, elle, connaît un accroissement considérable principalement vers
les marchés de l'Arabie, de Turquie, du golfe Persique et de l'Inde8. À
6. Au cours des années 1841-1850, le Brésil reçoit 83 % du total des Africains déportés en
Amérique, Cuba 12 %, Porto Rico et les États-Unis se partageant les 5 % restant : Luiz Felipe
de Alencastro, « Répercussions de la suppression de la traite des Noirs au Brésil », in
S. Daget (éd.), De la traite à l'esclavage, vol. II, xvinc-xixe siècles (Actes du Colloque
international sur la traite des Noirs, Nantes, 1985), Nantes-Paris, Centre de recherche sur
l'histoire du monde atlantique/Société française d'histoire d'outre-mer, 1988, pp. 436, 439, 441.
7. Sur les foyers de traite à cette époque, voir Louis Edouard Bouët-Wellaumez, Commerce
et traite des noirs aux côtes occidentales d'Afrique, Paris, Imprimerie nationale, 1er janvier
1848 (Genève, Slatkine Reprints, 1978).
8. William Gervase Clarence-Smith (éd.), The Economies of the Indian Ocean Slave Trade
in the Nineteenth Century, Londres, Frank Cass, 1989 ; François Renault, « Essai de synthèse
sur la traite transsaharienne et orientale des esclaves en Afrique », in H. Gerbeau et E. Saugera
(éds), La dernière traite. Fragments d'histoire en hommage à Serge Daget, Paris, Société
française d'histoire d'outre-mer, 1994, pp. 22-44 ; Samir Amin, «Échanges transsahariens et
traites négrières arabes et atlantiques », Diogène, 179, 1997, pp. 28-42.
1011 COLONISATION ET ESCLAVAGE
elles seules, les razzias d'État sous Muhammad Ali (1820-1848) hissent la
traite égyptienne au Soudan à un niveau de 10 000 ou 12 000 prises par
an9 et, dans les années 1860, lorsque la guerre de Sécession américaine
fait flamber les prix du coton, stimulant en Egypte une énorme demande
d'esclaves, le voyageur allemand Georg Schweinfurth estime à 25 000 le
nombre annuel des captifs10.
Dans le même temps, partout ou presque en Afrique occidentale, l'escla
vage constitue l'institution sociale endogène la plus courante et l'esclav
agisme le système de travail le plus répandu11. C'est ainsi que l'abandon
progressif de la traite négrière par des sociétés africaines et leur conversion
au commerce « légitime12 » n'ont été possibles que grâce à la production
par une main-d'œuvre servile de biens suffisamment rémunérateurs (ara
chide, huile de palme, coton, etc.) destinés au marché européen. À l'époque
où Victor Schœlcher et François Arago abolissent en France l'esclavage
aux colonies, les sociétés africaines réagissent à la suppression de la traite
négrière par un renforcement de l'esclavage local qui leur permet de
répondre à l'évolution de la demande en Europe, lui fournissant les matières
premières nécessaires à la révolution industrielle. Elles y sont encouragées.
Ainsi est-il recommandé au commandant d'une expédition britannique dans
le delta du Niger de s'efforcer d'amener les populations riveraines « par la
persuasion, à abolir le commerce des esclaves sur leur territoire, [...] de
leur démontrer les bénéfices qu'elles retireraient en occupant leurs captifs
à l'agriculture plutôt qu'en les mettant en vente, et les avantages plus grands
encore que leur procurerait plus tard le travail libre de ces mêmes esclaves
employés à des établissements agricoles13 ».
9. J. Bowring, Report on Egypt and Candia, Londres, 1840, HMSO Parliamentary Papers
Reports from Commissionners, XXI, p. 100.
10. Georg Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique, Paris, Hachette, 1875, vol. II, p. 362. Pour
l'ensemble du Soudan, au xixe siècle, Gérard Prunier avance le chiffre de 750 000 déportés :
«La traite soudanaise (1820-1885). Structures et périodisation », in S. Daget (éd.), De la
traite à l'esclavage, op. cit., vol. II, p. 535.
11. Sur cette question, voir notamment Roger Botte, «Les rapports Nord-Sud, la traite
négrière et le Fuuta Jaloo à la fin du xvnf siècle » Annales ESC, 46-6, 1991, pp. 1411-1435 ;
Martin Klein, Slavery and Colonial Rule in French West Africa, Cambridge, Cambridge
University Press, 1998 (notamment pp. 37-58) ; Paul Lovejoy, « La vie quotidienne en Afrique
de l'Ouest au temps de la "Route des esclaves"», Diogène, 179, 1997, pp. 3-19 ; Claude
Meillassoux (éd.), L'esclavage en Afrique précoloniale, Paris, Maspero, 1975 ; Richard
Roberts, Warriors, Merchants, and Slaves: The State and the Economy in the Middle Niger
Valley, 1700-1914, Stanford, Stanford University Press, 1987. Rares sont les sociétés — toutes
païennes au demeurant — comme les Sérères Nones, les Balantes ou les Bagas qui, dans cette
région, demeurent réfractaires à la servitude comme institution.
12. Les expressions « licite » et « légitime » n'ont de sens que dans une perspective euro
péenne car, pour les sociétés africaines qui continuent de participer à la traite, celle-ci reste
évidemment légitime; cf. Robin Law, «Le passage de la traite des Noirs au commerce
" légitime " », in D. Diène (éd.), La chaîne et le lien. Une vision de la traite négrière, Paris,
Éditions de l'UNESCO, 1998, pp. 55-72.
13. L. E. Bouët-Willaumez, Commerce et traite..., op. cit., pp. 127-128.
1012 R. BOTTE APRES L'ABOLITION DE 1848
La région dite des Rivières du Sud, dans l'actuelle Guinée, est parfait
ement représentative de cette phase de transition. Tandis qu'au Rio Pongo
« la traite des noirs [est] en pleine activité », dans la rivière Mellacorée,
elle « a été remplacée par le commerce licite ; les indigènes achètent bien
encore des captifs venant de l'intérieur, mais ce n'est plus pour les exporter,
c'est pour les employer aux nombreuses cultures d'arachides qui leur rapport
ent de si beaux bénéfices14 ».
La portée de cette révolution commerciale fait l'objet de controverses ;
plusieurs historiens soutiennent en effet la thèse d'incidences et de répercus
sions minimes sur le développement des sociétés d'Afrique occidentale15.
Pour les communautés du littoral ou celles proches de la côte, il est clair
en tout cas que, pendant cette phase de transition, d'« ajustement structu
rel », les adaptations qu'elle suscite entraînent la remise en cause, par des
sociétés elles-mêmes, du système esclavagiste. Dans la région appelée
des Rivières à huile (Oil Rivers) du delta du Niger, où se multiplient les
révoltes d'esclaves, on assiste parfois à un transfert du pouvoir à la classe
des esclaves enrichie par le commerce^ des oléagineux. L'un d'entre eux,
Jaja, fonde même en 1869 son propre État, Opobo, dont la concurrence va
ruiner Bonny, haut lieu de la traite négrière. Dans le royaume asante, deux
conceptions divisent l'élite dirigeante sur le rôle économique de l'État :
un « parti » de la guerre — les « impérialistes » — est convaincu que
l'enrichissement de l'État exige la poursuite des rapines et la saisie de
captifs ; un « parti » de la paix — les « mercantilistes » — désire au contraire
stimuler le commerce « légitime » de l'or et surtout de la kola, en le
réorientant vers le pays hausa. Le succès de cette politique de substitution
montre à quel point il est inexact de présenter Г Asante comme un « État
côtier » dont la prospérité aurait entièrement dépendu des relations avec
l'Europe et de la traite négrière16.
Au Soudan occidental et en Sénégambie, où se propagent un islam
militant et l'élan réformateur des Peuls, les guerres menées par Usman dan
Fodio et ses successeurs lors de la fondation et de l'expansion du califat
de Sokoto (de 1804 jusqu'aux années 1860), celles conduites par Ahmadu
Lobbo au Marina (1816-1821) et, dans le Haut-Sénégal, par Umar Taal
(entre 1852 et 1864) et son fils Ahmadu Cheiku — et qui se traduisirent
toutes par des asservissements en masse17 — , ont pu être analysées comme
14. Ibid., pp. 73, 76.
15. Le point de vue le plus systématique est présenté par David Eltis, Economie Growth
and the Ending of the Transatlantic Slave Trade, New York, Oxford University Press, 1987.
16. Sur ces « crises d'adaptation », voir Kenneth Onwuka Dike, Trade and Politics in the
Niger Delta, 1830-1885, Oxford, Oxford Clarendon Press, 1956 ; A. G. Hopkins, « Economic
Imperialism in West Africa: Lagos, 1880-1892 », Economic History Review, 21-3, 1968,
pp. 580-600 ; Ivor Wilks, Asante in the Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge University
Press, 1975.
17. En voici un exemple : « En 1276 H. (1859-1860) Al-Hadj Omar, le Foutanké, commença
la guerre sainte contre les gens de Ségou et le 24 Rebia IIe (20 novembre 1859) livra la
bataille de Mikouya. [...] Une caravane de gens de Tichit rencontra Al-Hadj Omar à Mikouya
et lui vendit 2 000 barres de sel, dont une moitié fut payée en captifs. » (Paul Marty, « Les
chroniques de Oualata et de Néma », Revue des Études Islamiques, I, 1927.) Sur la campagne
1013 COLONISATION ET ESCLAVAGE
le renversement par des djihads des élites guerrières incapables, face au
déclin de la traite transatlantique, de trouver dans le commerce « légitime »
des revenus équivalents18. Cette crise de transition exacerbe l'arbitraire des
aristocraties à l'égard de leurs paysanneries et des artisans, conduit aux
guerres civiles et aux exactions de toutes sortes. Mollien le constatait en
1818 : depuis l'abolition de la traite, « tel roi, qui avait un revenu suffisant
pour l'entretien de sa cour avec deux cents prisonniers vendus six cents
francs pièce aux Européens, fait à présent de plus en plus de fréquentes
incursions chez ses voisins et chez ses sujets mêmes, pour doubler le
nombre de ses esclaves et avoir toujours le même revenu puisque les Maures
ne paient un captif que la moitié du prix qu'en donnait un Européen19 ».
Enfin, à la fin du xixe siècle, Samori, pour financer son expansionnisme,
résister à l'impérialisme français et satisfaire ses immenses besoins en
armes, en chevaux et en vivres, inonde le marché de captifs cédés à vil
prix. Ce véritable « boom négrier » amène une multiplication sans précédent
des esclaves et, dans nombre de sociétés, une forte croissance économique.
À Gumbu-du-Sahel (Mali), leur abondance sur le marché provoque le
développement de hameaux de culture comptant chacun jusqu'à plusieurs
centaines d'assujettis. Au Fuuta Jaloo, l'échange direct avec Samori de
bœufs contre des captifs, sur la base d'un contre un, entraîne une large
diffusion des esclaves dans le corps social à partir de 1883, atteignant
même, pour la première fois sans doute, les couches les moins fortunées
des petits Peuls libres20.
Bref, pour la seule Afrique occidentale française, on estime, vers 1900,
à environ deux millions le nombre des esclaves sur près de huit millions
d'habitants, soit le quart de la population. Ils sont 400 000 en Guinée sur
un million d'habitants — c'est la proportion la plus forte — , 500 000 en
Côte-d' Ivoire, 200 000 au Sénégal, etc.21. Deherme remarque que «jusqu'en
1895, de Bakel au Kaarta, ce n'était qu'un vaste marché d'esclaves22 ».
du Ségu (1859-1861) et, plus, généralement sur le jihad umarien, voir David Robinson, La
guerre sainte d'al-Hajj Umar, Paris, Karthala, 1988. De son côté, le tarikh anonyme d'al-
Hajj Umar (Fonds Brévié, cahier n° 10, pp. 10-15, IFAN-CAD, Dakar) énumère les villages
dont les habitants sont massacrés ou pris comme captifs.
18. Martin A. Klein, « Social and Economie Factors in the Muslim Revolution in Senegam-
bia », Journal of African History, XIII-2, 1972, pp. 419-441.
19. Gaspard Mollien, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégal et de
la Gambie, fait en 1818, Paris, Arthus Bertrand, 1822, vol. I, p. 76.
20. Claude Meillassoux, « État et condition des esclaves à Gumbu (Mali) au xixe siècle »,
in C. Meillassoux (éd.), L'esclavage en Afrique précoloniale, op. cit., pp. 221-251 ; Roger
Botte, « L'esclave, l'almami et les impérialistes. Souveraineté et résistance au Fuuta Jaloo »,
in R. Botte, J. Boutrais et J. Schmitz (éds), Figures peules, Paris, Karthala, 1999, pp. 101-139.
21. Jean-Louis Boutillier, «Les captifs en AOF (1903-1905)», Bulletin de VIF AN, B,
XXX-2, 1968, pp. 513-535. En 1904, dans la vallée du fleuve Sénégal, au Fuuta (cercle de
Podor, Matam et Kaédi), les esclaves, au nombre de 75 500, représentaient 35 % de l'ensemble
de la population ; ils atteignaient 50 % dans le cercle de Dagana et les deux tiers dans celui de
Bakel (35 000), etc. Voir Archives nationales du Sénégal (ANS), série К 18 : rapports des
commandants de cercles de Podor, Dagana et Bakel, 1er et 22 février 1904.
22. Georges Deherme, L'Afrique occidentale française, Paris, Bloud et Cie, 1908, pp. 372-373.
1014 BOTTE APRES L'ABOLITION DE 1848 R.
Des antécédents au droit du sol
Tel est le contexte africain lorsque le gouvernement provisoire, par le
décret du 27 avril 1848, décide que « nul ne peut être réduit en esclavage »
en précisant, dans son article 7, la notion capitale de droit du sol : « Le
principe que le sol de la France affranchit l'esclave qui le touche est
appliqué aux colonies et possessions de la République. » Ce droit relève d'un
précepte séculaire, Labat l'avait déjà noté, et tout aussi séculairement violé :
C'est une loi très ancienne, que les terres soumises aux rois de France
rendent libres tous ceux qui peuvent s'y retirer. C'est ce qui fit que le Roi
Louis XIII [1601-1643], de glorieuse mémoire, aussi pieux qu'il était sage,
eut toutes les peines du monde à consentir que les premiers habitants des
Iles eussent des esclaves23.
Dès lors, se dessine à l'égard de la vertu émancipatrice du sol un comporte
ment ambivalent, qui conduit l'opinion sous l'Ancien Régime à considérer
comme légitime l'esclavage dans les colonies mais immoral en métropole24.
Voire ! Car le principe selon lequel « la France, mère de liberté, ne permet
aucuns esclaves25 » fut bientôt mis à mal. En promulguant l'édit du 8 octobre
1716 qui permettait aux colons de venir en France avec leurs esclaves ou
de les y envoyer pour les « confirmer dans les instructions et dans les
23. Jean-Baptiste Labat, Voyage aux isles. Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-
1705, Paris, Phébus, [1986] 1993, p. 221 ; voir également Montesquieu, Esprit des lois, XV,
4. On invoque habituellement à l'appui de ce principe séculaire le célèbre édit du 3 juillet
1315 par lequel Louis X le Hutin vendit des chartes d'affranchissement aux serfs du domaine
royal car « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Sur cette question (p. 373) et
sur la présence de Noirs en France, voir le travail précurseur de Lucien Peytraud, L'esclavage
aux Antilles françaises avant 1789. D'après des documents inédits des Archives nationales,
Paris, Hachette, 1897 ; Léo Elisabeth, Les problèmes des gens de couleur à Bordeaux
sous l'Ancien Régime (1716-1787), Bordeaux, Université de Bordeaux-III, 1954, DES ; et
l'excellente analyse d'ensemble par Sue Peabody, « There are no Slaves in France ». The
Political Culture of Race and Slavery in the Ancien Régime, New York-Oxford, Oxford
University Press, 1996.
24. Massimiliano Santoro, Le temps des maîtres. Mythes, idéologies, mentalités, doctrines,
pour une histoire de l'imaginaire colonial d'Ancien Régime, Thèse de doctorat en histoire,
Paris, EHESS, 1994, pp. 253-254.
25. Jugement rendu à Bordeaux en février 1571, ordonnant la mise en liberté immédiate
de Noirs qu'un maître d'équipage exposait à la vente, au motif suivant : « Quum Francia,
libertatis mater, nullos admitteret servos. » (Manuscrits de la bibliothèque de Bordeaux, n° 704,
Varia ex diversis author ibus..., cité par Léon Vignols, « Les esclaves coloniaux en France
aux xviie et xvme siècles et leur retour aux Antilles », in Mélanges bretons et celtiques offerts
à J. Loth, Rennes-Paris, Plihon et Hommay/Honoré Champion, 1927, p. 212.)
Ce principe est encore réaffirmé à la fin du xvif siècle, comme il ressort d'une lettre
ministérielle de Jérôme de Pontchartrain du 5 février 1698 à M. Ducasse [gouverneur de la
partie française de Saint-Domingue] : « Sa majesté m'ordonne de vous expliquer que tous
ceux qui seront amenés des isles en France par leurs maîtres seront libres, suivant les loix et
l'usage du royaume, et ne pourront être contraints ni forcés d'y retourner ; et à l'égard de
ceux lesquels ayant été amenés en France, sont ramenés aux isles pour y être vendus, elle ne
veut point que vous le souffriez, ni qu'ils perdent la liberté qu'ils ont une fois acquise. »
(Moreau de Saint-Méry, Loix et constitutions des colonies françaises de l 'Amérique sous le
vent, vol. I, 1550 jusqu'en 1703, Paris, Quillau, Méquignon jeune, 1784, p. 579.)
1015 COLONISATION ET ESCLAVAGE
exercices de notre religion, et pour leur faire apprendre, en même temps,
quelque métier ou art26 », sans que les maîtres — hormis trois cas — ne
perdissent sur eux leur droit de propriété, Louis XV rétablissait l'esclavage
sur le territoire français. En autorisant les colons à posséder des esclaves
en métropole, cette législation tranchait, au bénéfice des maîtres, entre leur
droit de propriété individuelle sur un bien — meuble ou immeuble27, on en
débat — et le principe du sol libérateur28. De fait, ceux qui, mis au courant
du privilège de la terre de France, avaient tenté l'aventure, marrons jurid
iquement libres, étaient recherchés et contraints de retourner aux îles29.
Désormais la France n'était plus un asile. D'ailleurs, un deuxième édit le
confirma (15 décembre 1738), qui tentait d'exclure toutes les possibilités
d'affranchissement encore ouvertes, tel le mariage des « esclaves-nègres »
en métropole — « même du consentement de leurs maîtres30 » — , sans
parvenir à enrayer totalement les désertions. Toutes les ordonnances et
déclarations royales n'avaient d'autre objectif que de les empêcher : celle
du 30 juin 1763 visant à l'« expulsion radicale » des Noirs qui persistaient
à se trouver dans le royaume31 ; celle du 29 décembre 1774 prescrivant
« aux noirs et gens de couleur se disant libres, d'avoir à justifier leurs titres
de liberté » ; celle, enfin, du 9 août 1777 faisant « défenses expresses à
tous nos sujets [...] d'amener dans notre royaume [...] aucun noir, mulâtre
ou autre gens de couleur, de l'un et de l'autre sexe32 ».
Cependant, des esclaves continuaient de vivre en France, marrons chan
ceux qui avaient profité de l'omission — volontaire ou non — par leurs
maîtres des procédures d'enregistrement requises33, ou bien encore domes-
26. Moreau de Saint-Méry, Loix et constitutions..., op. cit., vol. II, 1704 jusqu'en 1721,
1785, p. 525.
27. Suivant les époques, les esclaves sont considérés comme des biens meubles ou
immeubles. Cependant, presque tous les textes les présentent étant des meubles, mais
soumis tantôt aux règles des immeubles, tantôt à celles des meubles. Les esclaves de culture
étaient, sinon considérés juridiquement, du moins traités de fait comme des immeubles par
destination. Voir Paul Trayer, Etude historique sur la condition légale des esclaves dans les
colonies françaises, Paris, L. Baudoin, 1887, pp. 66-67, 82.
28. C'est bien en effet du droit de propriété qu'il s'agit. Florence Gauthier (Triomphe et
mort du droit naturel en Révolution. 1789-1795-1802, Paris, PUF, 1992, pp. 169-220) montre
clairement que le débat sur l'esclavage à la Constituante (mai-septembre 1791) a été posé
« dans l'alternative suivante : les Noirs font partie du genre humain et leurs propriétés de droit
naturel doivent leur être restituées ; les Noirs ne font pas partie du genre humain et sont les
propriétés de ceux qui les ont achetés ».
29. Léo Elisabeth, « Résistance des esclaves aux xvne et xviif siècles dans les colonies
françaises d'Amérique, principalement aux îles du Vent », in M. Dorigny (éd.), Les abolitions
de l'esclavage. De L. F. Sonthonax à V. Schœlcher, 1793, 1794, 1848, Paris, Presses Universit
aires de Vincennes/UNESCO, 1995, pp. 79, 81 (réimpr. 1998).
30. Moreau de Saint-Méry, Loix et constitution..., vol. III, 1722 jusqu'en 1749, Art. X,
op. cit., 1785, p. 549.
31. Ibid., vol. IV, 1750 jusqu'en 1765, 1785, pp. 602-603.
32.vol. V, 1766 1779, 1790, Art. Ier, p. 782 (Déclaration du Roi pour la
police des noirs du 9 août 1777).
33. La justice s'appuie parfois sur ces vices de forme pour reconnaître à des esclaves leur
droit à la liberté. C'est notamment le cas de Jean Boucaux dans Mallet, Mémoire pour
Jean Boucaux, Nègre [...] contre le sieur Verdelin [...], s. L, Claude Simon père, 1738
1016 R. BOTTE APRES L'ABOLITION DE 1848
tiques noirs protégés par quelque personnage important, officier du roi ou
grande dame, serviteur de l'Etat aux colonies revenu au pays, notables
engagés dans le négoce et l'armement négriers. Parfois, certains entraient
en France clandestinement sans même songer à demander leur émancipat
ion : c'est le cas de Criquet, esclave de la sucrerie du Fort à Léogane
(Saint-Domingue) qui, ayant déjà vécu dix ans à Nantes (1745-1755) comme
domestique, y fut renvoyé en 1767. Il embarqua le 19 novembre sur le
Saint-Cast. Afin d'éviter de payer la caution obligatoire, on fit monter
secrètement ce « sans papiers » à bord avec la complicité du capitaine, et
il fut inscrit comme marron sur le livre-journal de l'habitation pour déjouer
d'éventuelles recherches de l'administration34. Mais les colons n'étaient
plus les seuls à posséder des esclaves en France. Le cas du maréchal de
Saxe le démontre, ainsi que la présence d'une domesticité servile dans des
maisons bourgeoises ou des familles nobles. En témoigne aussi l'engoue
ment pour les « poupées noires35 » dans la haute société des Lumières. En
fait, au xviif siècle, non seulement des esclaves vivaient sur le sol français
mais ils y étaient aussi objet de transactions36. Certes, en vertu de l'édit
d'octobre 1716 (art. 2), le maître ne pouvait ni vendre ni échanger ses
esclaves en France37. Pourtant, en métropole comme en Afrique, un
commerce avait lieu ; il désigne l'esclave pour ce qu'il est : une marchand
ise. Comment comprendre alors la cécité de l'opinion éclairée, comment
interpréter cet hiatus entre les faits et la formation de la pensée ant
iesclavagiste ? Car V Encyclopédie, contre toute réalité, l'affirme : « [...]
Présentement en France toutes personnes sont libres, et sitôt qu'un esclave
y entre, en se faisant baptiser il acquiert sa liberté, ce qui n'est établi par
aucune loi, mais par un long usage qui a acquis forme de loi38. » Bref,
l'occultation du fait esclavagiste en France même étonne.
Les édits de 1716 et de 1738 restèrent en vigueur jusqu'à la loi du
28 septembre 1791 qui, de nouveau, précise : « Tout individu est libre
(cf. S. Peabody, « There are no Slaves in France »..., op. cit., pp. 23-40) ; celui de l'esclave
Roc, aidé par l'avocat Pierre Paul Nicolas Henrion de Pansey {Mémoire pour un nègre qui
réclame sa liberté, Paris, J. T. Hérissant, 1770) ; ceux enfin de Gabriel Pampy et d'Amynte
Julienne, dans N. T. Le Moyne dit Desessarts, Mémoire pour deux noirs qui réclamaient
leur liberté en France..., Paris, 1777 (cf. Pierre Pluchon, Nègres et Juifs au xvuf siècle : le
racisme au siècle des Lumières, Paris, Tallandier, 1984, pp. 15-38).
34. Gabriel Debien, Les esclaves aux Antilles françaises (xviic-xvme siècles), Basse-Terre-
Fort-de-France, Société d'histoire de la Guadeloupe/Société d'histoire de la Martinique, 1974,
pp. 87-88.
35. P. Pluchon, Nègres et Juifs..., op. cit., pp. 135-139.
36. Voir l'édit du 15 décembre 1738, préambule, dans Louis Sala-Molins, Le code noir
ou le calvaire de Canaan, Paris, PUF, 1987, p. 219.
37. Moreaude Saint-Méry, Loix et constitutions..., op. cit., vol. II, 1785, p. 525.
38. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, édition de
Stuttgart, 1772, vol. 5, pp. 940-941. Sur les quelque 72 000 articles de V Encyclopédie, on ne
trouve que trente-trois références explicites à la traite et à l'esclavage : Jean Ehrard, « L'escla
vage devant la conscience morale des Lumières françaises : indifférence, gêne, révolte », in
M. Dorigny (éd.), Les abolitions de l'esclavage..., op. cit., pp. 143-152; Michèle Duchet,
Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, [François Maspero,
1971] 1995, p. 125 sq.
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