L3-Cours Politique
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E LICENCE D’HISTOIRE 3 ANNEE UE 4 3L40U4 – Histoire ancienne et médiévale Histoire romaine - Cours de M. France LE HAUT-EMPIRE ROMAIN (31 a.C – 235 p.C.) CADRES POLITIQUES ET ADMINISTRATIFS PLAN DU COURS Introduction générale Rappel préalable : la guerre civile et la victoire d’Octavien Chapitre 1 : Auguste et le Principat Chapitre 2 : les fondements du pouvoir impérial Chapitre 3 : la pratique du pouvoir Chapitre 4 : les institutions traditionnelles Chapitre 5 : les ordres supérieurs et les carrières sénatoriales et équestres Chapitre 6 : l’administration de l’Empire Chapitre 7 : un monde de cités Chapitre 9 : l’espace romain Chapitre 10 : l’armée et les soldats Chapitre 11 : la monnaie impériale Introduction générale Après l’assassinat de César le 15 mars 44, ses héritiers, Marc Antoine, Octavien et Lépide, se partagent le pouvoir et en 43 ils forment un triumvirat. À la différence du « premier triumvirat » de 60 a.C. (Pompée, Crassus, César), il s’agit cette fois d’une véritable magistrature « pour réformer la République » (rei publicae constituendae). Toutefois, et après l’élimination des meurtriers de César en 42, les triumvirs ne tardent pas à s’opposer et à s’affronter pour le pouvoir, au cours d’une nouvelle guerre civile. Elle prend fin en 31-30 avec la victoire d’Octavien (bataille d’Actium et prise d’Alexandrie) qui le laisse seul maître du monde romain [voir infra : rappel préalable]. C’est donc à lui qu’il revient de ...

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PLAN DU COURSIntroduction générale Rappel préalable : la guerre civ ile et la victoire dOctavien Chapitre 1 : Auguste et le Principat Chapitre 2 : les fondements du pouvoir impérial Chapitre 3 : la pratique du pouvoir Chapitre 4 : les institutions traditionnelles Chapitre 5 : les ordres supérieurs et les carrières sénatori ales et équestres Chapitre 6 : ladministration de lEmpire Chapitre 7 : un monde de cités Chapitre 9 : lespace romain Chapitre 10 : larmée et les soldats Chapitre 11 : la monnaie impériale Introduction générale  
LICENCE DHISTOIRE3EANNEEUE4 3L40U4Histoire ancienne et médiévale Histoire romaine - Cours de M. France LEHAUT-EMPIRE ROMAIN(31a.C235p.C.) CADRES POLITIQUES ET ADMINISTRATIFS
Après l’assassinat de César le 15 mars 44, ses héritiers, Marc An toine, Octavien et Lépide, se partagent le pouvoir et en 43 ils forment un triumvirat. À la différenc e du « premier triumvirat » de 60 a.C. (Pompée, Crassus, César), il s’agit cette fois d’une véritable magistrature « pour réformer la République » (rei publicae constituendae). Toutefois, et après l’élimination des meurtriers de César en 42, les triumvirs ne tardent pa s à s’opposer et à s’affronter pour le pouvoir, au cours d’une nouvelle guerre civile. E lle prend fin en 31-30 avec la victoire d’Octavien (bataille d’Actium et prise d’Alexandrie) qui le laisse seul ma ître du monde romain [voir infra : rappel préalable]. C’est donc à lui qu’il revient de réaliser les réformes indispensables pour mettre fin au long cycle de crise institutionnelle et politique qui a agité la République romain e depuis 133 a.C., et adapter l’État romain aux exigences d’un Empire méditerranéen.  
En effet, deux problèmes se posent pl us précisément à Octavien et aux hommes de son temps, après la fin de la dernière guerre civile de la République. - Quelle forme de régime pourrait remédier aux dérèglements et aux blocages sur lesquels avait débouché la République oligarchique?
- Comment gouverner l’Empire? Sur la base de quels principes, avec quels moyens et quels objectifs ? On voit qu’il y a deux aspects derrière ces questions : celui des institutions politiques proprement dites, et celui de l’organisation administrative, c’est-à-dire le gouvernement et la gestion de l’Empire. C’est l’étude de ces deux questions qui va servir de problématique et de fil directeur au cours de cette année. Un certain nombre de réponses à ces questions et donc de solutions au problème institutionnel avaient commencé à être élaborées dans le désordre et les troubles du dernier siècle de la République (Sy lla, Pompée, César). Toutefois, elles n’avaient pu être formalisées ni menées à bien, sans do ute parce que les contradictions entre les nouvelles forces et formes politiques et les anciens principes de l’o ligarchie traditionnelle demeuraient trop fortes. La victoire d’Octavien et l’élimination de se s rivaux lui donnaient les moyens d y parvenir.  
NB : Auguste (63 a.C. – 14 p.C.) se nommait à l’origineCaius Octavius(en français Octave) ; après son adoption par César, il devientCaius Iulius Caesar Octavianus (Octavien) ; en janvier 27 il reçoit du sénat le surnom (cognomen)
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Augustus (« L’Auguste »). Sur les inscriptions et les monnaies, il est appeléImp(erator) Divi fil(ius) Caesar Aug(ustus): « L’empereur César Auguste, fils du Divin (Jules César) ».  
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RAPPEL PREALABLE:LA GUERRE CIVILE ET LA VICTOIRE D’OCTAVIEN  
Les assassins de César pensaient sans doute que sa mort perm ettrait à la République de réapparaître. Mais cela n’était plus possible. La crise demeurait, et les mêmes causes devaient conduire aux mêmes effets : compétition entre concurrents pour le pouvoir et guerre civile.  
Le second triumvirat Après la mort de César, les acteurs de la vie politique sont divisés en 2 catégories : les conjurés assassins de César (C. Cassius Longinus, D. Iunius Brutus, S. Pompeius) et leurs partisans ; les héritiers de César (Marc Antoine, Octavien, Lépide), qui tiennent leur autorité du lien qu’ils entretiennent avec la mémoir e du dictateur. Ils détiennent l’essentiel des ressources politiques, surtout Marc-Antoine, consul en 44, qui est le plus puissant d’entre eux. 17 mars 44 : Antoine obtient la confirmation des actes de César. On calme l’inquiétude des vétérans de César en garantissant que les procédures de coloni sation et de distribution seraient men ées à leur terme. Pour manifester sa bonne volonté, il fait abolir la dictatur e. Enfin, il fait adopter une série de lois populaires, d’après des projets qu’il disait avoir trouvé dans les papiers de César, qui lui assurent le soutien de la plèbe. - Distribution de terres pour les citoyens pauvres - 3ecatégorie de juges recrutés parmi les centurions. - Rappel des exilés.  - Citoyenneté accordée aux habitants de la Sicile. Automne 43 : rencontre des Césariens à Bolo gne. Ils surmontent leurs divisions et se partagent le pouvoir avec le titre detresviri rei publicae constituendae. C’est la création officielle du triumvirat. La procédure est totalement illégale. De plus, le titre rappelle les dictaturesrei publicae constituendaede Sylla et César, alors qu’une loi de 44 confirmée en 43 avait supprimé la dictature pour toujours. Les triumvirs se partagent l’administration des provinces. Le consulat est donné à deux amis d’Antoine. Établissement de listes de proscriptions (300 séna teurs et chevaliers dont Cicéron). Novembre 43, plébiscite du tribun P. Titius : - confère valeur légale au triumvirat - accorde aux triumvirs pour 5 ans unimperium égal à celui des consuls, en vue de restaurer lares publica contre ses ennemis (c’est-à-dire les assassins de César) - accorde aux triumvirs le droit de proposer les candidats aux magistratures - accorde aux triumvirs le droit de convoquer le Sénat et de lui soumettre des questions - confirme partage des provinces. 42 : divinisation de César (temple sur leforum; Octavien, petit neveu et fils adoptif de César est doncDivi filius). Défaite des assassins de César à Philippes (Macédoine). C’est la fin d’une certaine forme de République, celle de l’oligarchie.  
Fragilisation du triumvirat (42-36) Nouvelle répartition des provinces entre les triumvirs. - Antoine est chargé de réorganiser les provinces hellénophones et de mener la guerre parthique. - Octavien est chargé de venir à bout de Sextus Pompée, maître de la Sicile (soutenu en sous-main par Antoine), d’installer les vétérans démobilisés en Italie = 50/60 000 hommes (mesures d’expropriation, soulèvement, répression en 40). Lépide chargé de l’Afrique, en fait marginalisé. -Septembre 40 : rencontre de Brindes ; nouveau replâtrage (pression des troupes) et nouvelle redistribution des provinces. Mariage Antoine – Octavie (sœur d’Octavien). Printemps 37 : rencontre de Tarente ; prorogation des pouvoirs triumviraux (expirés au 31 12 38) pour 5 ans. Octavien fait formellement approuver cette mesure par le peuple en septembre ou octobre 37. Antoine s’en abstient. Deux conceptions différentes. C’est d’ailleurs à ce moment semble-t-il qu’Antoine commence à caresser le projet d’un «Orient romano-hellénistique » (Édouard Will). Il a rencon tré Cléopâtre en 41. La passion amoureuse se joint à un calcul politique qui amène Antoine à prendre la posture d’ un prince hellénistique. Cela favorise l’adhésion à sa personne des cités et peuples d’Orient, mais donne prise à la propagande octavienne.  
Octavien renforce sa position (36-33) 36 : Octavien élimine définitivement Sext us Pompée (Nauloque) ; il met Lépide sur la touche (exil à Circéi sur la côte campanienne pendant 24 ans).
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De retour à Rome, il reçoit un accueil triomphal et proclame la fin des guerres civiles et la remise des impôts les plus lourds (letributumavait été de nouveau perçu après 44). D’autre part, il propose de déposer le pouvoir triumviral, à condition qu’Antoine fasse de même, moyennant quoi un plébiscite lui confère la sacro-sainteté des tribuns de la plèbe et le dr oit de siéger au Sénat parmi les tribuns. Les années suivantes sont occupées par les triumvirs à poursuiv re leurs tâches respectives et à fortifier leurs positions. - Pour Antoine : réorganisation des provinces orientales ; préparation guerre parthique. C’est un échec (36), ce qui ne l’empêche pas de triompher à Alexandrie (34), et de distribuer les provinces d’Orient à Cléopâtre et ses enfants. - Pour Octavien : installation des vétérans ; ré tablissement de l’ordre en Italie (brigandage). Cette période est essentielle pour Octavien qui gagne le so utien de larges secteurs de l’opinion (vétérans, plèbe romaine, élites italiennes et provinciales) et qui développe contre Antoine une propagande très efficace dont les deux thèmes majeurs sont : - anti-oriental/égyptien ; Oc tavien adopte ainsi la position du défenseur de Rome contre l’étranger qui lui permet de légitimer son propre pouvoir ; - institutionnel : Antoine a posé des conditions dilatoir es lorsque Octavien a proposé de déposer le triumvirat (il est vrai que la position de ce dernier est devenue pl us forte sur ce terrain : il tient Rome et l’Italie). Il est dès lors facile pour Octavien de présenter Antoine comme un obstacle à la paix civile et de reporter sur lui la responsabilité d’un problème institutionnel réel et de plus en plus aigu : en effet le second mandat des triumvirs doit prendre fin le 31 12 33.  L’affrontement des triumvirs Dégradation rapide des rapports entre les deux triu mvirs. Dès janvier 33, la rupture est consommée. Ouverture et divulgation du testament d’Antoine : la nature des dispositions concernant lares publica aurait qu’il contenues (par exemple déplacer la capitale de l’Empire à Alexandrie) d’ap rès nos sources (qui sont pro-augustéennes) finit de dresser contre lui la plus grande partie de l’opinion romaine ; Antoine est déchu par le Sénat du consulat qu’il devait revê tir en 31, ainsi que du pouvoir triumviral ; les consuls de 32 favorables à Antoine sont expulsés. Déclaration de guerre à Cléopâtre en tant que reine d’Égypte. Afin de renforcer la légitimi té de sa position, Octavien se pose en défenseur de lares publica tentative orientale. Il se fait prêter unemais aussi de Rome et de l’empire contre, serment par ses troupes, mais aussi par les habitants de l’I talie et des provinces qu’il contrôle. Ce point est très important. - Reprise de la pratique traditionnelle du serment militair e d’allégeance au chef légitime, sauf que dans ce cas la procédure est inversé : on ne pr ête pas serment à un chef légitime, c’est le serment qui confère une légitimité. - Extension à la population civile et provinciale, considérée comme une réserve mobilisable, mais aussi comme une clientèle liée ainsi à Octavien. - Première forme duconsensus universorum, thème ensuite largement utilisé par Auguste.  La victoire d’Octavien et les pr emiers fondements du Principat Actium 2 09 31 Alexandrie 1 08 30 Dans la tradition civique, ac cumulation de toute une série d’honneurs et de privilèges sur la tête du vainqueur ; tradition civique. Surtout, en 30, le Sénat lui accorde le droit de nommer des patriciens, leius auxilii tribuns à titre viager, des l’autorisation de porter le prénomImperator 1 1 29 : les magistrats et le Sénat prêtent serment de respecter toutes les dispositions prises par l’Imperator Caesar. 11 1 29 : fermeture du temple de Janus.  Conclusion Il est clair qu’en 44, le prestige militaire et l’expérience donn aient à Antoine avait la position la plus forte. Aurait-il été à même de résoudre les problèmes de lares publicac’était un grand soldat et un? On peut en douter. Comme Pompée, grand colonial. Mais pour reprendre la formule de John Scheid, on peut penser que vainqueur et porté au pouvoir il aurait sans doute «perpétué plutôt que résolu les grands prob lèmes du siècle». Ses solutions = politique de grandeur et d’expansion (conquête de l’Empire parthe), et sur le plan interne recours à la formule étrangère à Rome de la royauté hellénistique.
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Octavien avait peu d’atouts en 44, en dehors du nom de son pè re adoptif. Piètre militaire, il sut s’entourer et déléguer, et surtout fut confronté très vite aux problèmes et aux faiblesses du gouverne ment romain. Entre 43 et 38, années décisives, il doit régler le problème des vétérans et réprimer puis apaiser le mécontentement des cités italiennes, il connaît les difficultés de ravitaillement et l’impatience de la plèbe romaine, il prend conscience de l’épuisement et du désir de paix du monde romain. Avec son entourage (Mécène, Agrippa), il a réfléchi durant toutes ces années aux solutions et aux réformes indispensables, et sans doute plus encore aux limites à ne pas dépasser. Enfin, il a pu gagner l’affection des troupes, la confiance des élites, et la popularité parmi la plèbe, éléments indi spensables à la restauration de lares publicasur de nouvelles bases.
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 CHAPITRE1:AUGUSTE ET LEPRINCIPAT A- La « restitution de la République » Attention : il ne s’agit pas d’un retour au régime antérieur (voir aussi la signification deres publica).  
2 septembre 31 : Actium ; 1eraoût 30 : prise d’Alexandrie. Le 11 janvier 29, les portes du temple de Janus so nt fermées. La guerre est officiellement terminée. Avec le retour de la paix, Octavien peut se consacrer à la restitution de lares publica. Treize ans plus tôt, le 27 novembre 43, un plébiscite lui avait en effet confié cette tâche, ainsi qu’à Marc Antoine et Lépide, en même temps qu’il officialisait le pouvoir des triumvirs Cette œuvre a été réalisée de façon progressive. - En partie empirique, elle est aussi le fruit des réflexio ns et du programme élaborés par Octavien et son entourage (Agrippa, Mécène). - Elle a été menée sans qu’Octavien ne perde la position dominante qu’il avait acquise, et elle l’a même confortée en la plaçant au centre du nouveau système. Elle aboutit donc au régime que les hist oriens désignent sous le nom d’Empire ou de Principat, dont on connaît le paradoxe : il met en place un pouvoir monarchique en la issant subsister et même en utilisant les institutions républicaines traditionnelles1 avec l’aristocratie traditionnelle s. Et cela, au terme d’un compromi2 (cf. infra : Conclusion).  
Les étapes décisives de ce processus de restitution ont lieu en 29-273. Depuis le 1erreçu du Sénat tout un ensemble d’honneurs, de interruption. Il a  janvier ns 31, Octavien est consul sa droits et de privilèges, parmi lesquels : - droit de nommer des patriciens ; -ius auxilides tribuns à titre viager ; - autorisation de porter le prénomImperator; - droit de proposer aux sacerdoces public s autant de candidats qu’il le souhaite. Le 1erles magistrats et le Sénat prêtent serment de reconnaître janvier 29,  et d’observer toutes les dispositions qu’il pourrait prendre. En 28, il est consul avec Agrippa. Il proc ède à un recensement du peuple et à unelectio senatus, à l’issue de laquelle il reçoit du Sénat le titre deprinceps senatus(Dio 53. 1. 3). A la fin de l’année 28, il publie un édit aux termes duquel il annule toutes les dispositions illégales et contraires au droit prises au cours de la période triumvirale (Tac.,Ann., 3. 28 ; Dio 53. 2. 5)4.  
B- Les lois sur les provinces de 27 a.C. La dernière étape et la plus importante a lieu en janvier 27 pour régler la question du gouvernement des provinces et donc du commandement des légions. Il s’agit d’une question essentielle car elle pose le problème de la nature de l’imperium d’Octavien, problème évidemment capital pour la définition de ses pouvoirs. C’ est aussi une question complexe et énormément débattue.  
Le 13 janvier 27, Octavien (toujours consul avec Agrippa ) propose au Sénat de remettre les pouvoirs exceptionnels dont il disposait depuis l’instauration du Triumvirat et le partage des provinces entre les triumvirs. Devant les supplications des sénateurs, il accepte de cons erver le gouvernement d’une partie des provinces, l’autre revenant au régime traditionnel de gestion par des proconsuls désignés par le Sénat. C’est le fameux partage de 27,
                                                 1Cf. Chateaubriand (de mémoire) : Auguste était assoiffé de pouvoir mais il ne présentait jamais aux Romains une coupe à la main. 2Veyne 2005, 29. 3Cf.RGDA Un 34.aureus 28, récemment publié par Rich & Williams dans deNC, 1999, qui porte au revers la  légendeLEGES ET IVRA P(opulo) R(estituit), montre que larestitutioest un processus alors bien engagé, cf. Ferrary 2001a, 9, n. 2. 4Cf. la légende de l’aureusde 28.
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entre le Sénat et l’empereur, entre les provinces « impériales » et celles qu’on a coutume d’appeler « sénatoriales », mais ’il serait plus juste de qualifier de proconsulaires5. qu  Le cadre institutionnel dans lequel Octavien aurait reçu ses provinces a été défini par Th. Mommsen et cette théorie mommsénienne s’est longtemps imposée. Elle reposait sur deux hypothèses, que Mommsen tenait pour acquises. - La délimitation entre les aspects civils et militaires de l’imperiumétait territoriale et à la fin de la République, elle séparait Rome et l’Italie des provinces (imperiumconsulaire civil à Rome et en Italie ;imperiumproconsulaire militaire dans les provinces) ; - Une réforme de Sylla aurait complètement enlevé aux pr éteurs et aux consuls leurs pouvoirs militaires et en aurait fait des magistrats aux attributio ns exclusivement civiles et urbaines ; l’imperium militaire aurait par conséquent été réservé aux promagistrats dans les provinces6. - Cette réforme aurait été confirmée en 52 par Pompée et en 27 par Octavien-Auguste. Donc, si Octavien ne pouvait en tant que consul se voir attribuer le gouvernement des provinces impériales et le commandement des légions qui y étaient stationnées, c’est sur la base d’unimperium proconsulaire qu’il les aurait reçus.  Or, cette théorie est aujourd’hui abandonnée par la plus grande partie des historiens7On admet en effet, selon la. communis opinio, que :
- la délimitation entre les aspects civils et militaires de l’imperiumn’a jamais été territoriale ; j’y reviendrai un peu  plus loin ; - il n’y a pas eu de réforme syllanienne privant l’imperiumconsulaire et prétorien de leur composante militaire8;  - la réforme de Pompée (lex Pompeia t d’introduire un intervalle de 5 ans) en 52 aurait seulement eu pour obje entre l’exercice d’une magistrature et l’attr ibution du gouvernement d’une province. Comment alors peut-on comprendre les choses ?] Pour comprendre et la portée des changements introduits pa r Octavien-Auguste et la nature du nouveau système, il faut revenir en arrière pour voir ce qu’était le système traditionnel.  Le système traditionnel Pour commencer, il faut remonter brièvement au système qu i était en vigueur à la fin de la République, jusqu’à la réforme de Pompée en 52 (lex Pompeia).
Le pouvoir traditionnel des magistrats supérieurs romains était l’imperium. Il comportait deux aspects : - civil (domi t) ; convocation du Sénat et des comices () : levée des troupes (en accord avec le Sénaius agendi cum senatu et populo; maintien de l ordre public ; juridiction ; coercition ;) - militaire (militiae) : commandement et discipline des troupes ; conduite de la guerre. L’imperium domiest limité par laprovocatio: droit de tout citoyen d’en appeler au jugement du peuple ; l’imperium militiae ; selon Giovannini c’est la différence fondamentale entrene l’est pas car c’est une justice militaire sans appel les deux, et il ne s’agit pas d’une différence territoriale mais juridique9. Les textes de l’époque républicaine ne connaissent que deux types d’imperia: - leconsulare imperium 
- lepraetorium imperium. L’un et l’autre peuvent être possédés par des magistrats au ssi bien que par des promagistrats. Mais, les magistrats peuvent l’exercer à Rome et dans les provinces, alors que les pr omagistrats ne peuvent l’exercer que dans leur province, au-delà de la limite constituée par lepomerium. C’est-à-dire que leurimperiumtombe lorsqu’ils entrent dans Rome et que par conséquent il n’en comporte pas les aspects proprement « urbains », c’est-à-dire notamment leius agendi cum senatu et populo. D’autre part, la pratique institutionnelle a évolué durant le 1er siècle a.C. On ne connaît pas dans la période postsyllanienne (à l’exception de M. Antoni us en 74) de préteur ayant exercé leurimperium dehors de l’ enurbs. La                                                  5Ferrary 2001 b, 109, n. 35. 6discussion dans Giovannini 1999, 98 et 102.Résumé et 7Ferrary 2001 b, 101. 8Giovannini 1999 ; Ferrary 2001b, p. 103. 9Giovannini 1999, 102.  
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préture s’est spécialisée en une magistrature judiciaire (juridiction, présidence dequaestio) en même temps que cette attribution disparaissait en pratique de s compétences des consuls. Les gouverneur s de province de rang prétorien sont des préteurs prorogés, des propréte urs, qui reçoivent d’ illeurs unimperiumconsulaire10. a  
Évolution du système durant la période des guerres civiles. La réforme de Pompée de 52 a simplement introduit un inte rvalle de 5 ans entre l’exercice d’une magistrature et l’attribution par le Sénat d’un gouverneme nt de province. Elle s’appliquait aux préteurs comme aux consuls, mais elle ne les privait en rien de l’imperium militiae. Cette loi s’inscrivait dans un contexte politique très agité11 favorables à Pompée (pour ns. Elle comportait des exemptio son gouvernement de l’Espagne) et était dirigée contre César. Elle ne fut vraiment appliquée qu’en 51 et 49. Entre 46 et 44, César fit voter une nouvelle loi sur les provinces que nous connaissons très mal mais qui devait largement invalider la loi Pompeia. Enfin, durant la période triumvirale, les provinces furent a ttribuées par les triumvirs (loi Titia), ensuite par Octavien seul jusqu’en 28.  Revenons-en maintenant aux lois de 27. Tout d’abord, il faut rappeler qu’Octavien est consul r éélu sans interruption depuis 31, il dispose donc de l’imperium consulaire. Le scénario de janvier 27 peut se laisser reconstituer ainsi, selon une hypothèse solide12: - Le 13, le Sénat aurait par un sénatus- consulte attribué à Octavien, consul en exercice, un commandement extraordinaire comprenant un certain nombre de provin ces (Gaules, Espagne citérieure, Syrie, Égypte). Ce commandement s’inscrivait dans la série de ceux que la République finissante accorda notamment à Pompée (loi Gabinia de 67 contre les pirates ; loi Manilia de 66 co ntre Mithridate ; gouvernement des provinces ibériques entre 55 et 49). Il s’agissait de provinces non encore complètement pacifiées/organisées dans lesquelles il y avait une forte présence militaire. - Ce commandement était fondé sur sonimperium qui lui permettait de commander des troupes et, consulaire comme l’avait fait Pompée pour gouver ner l’Espagne sans quitter Rome, de désigner des légats bénéficiant par délégation d unimperiumprétorien . 13 - Il recevait ces provinces pour dix ans ; comme on ne pouv ait préjuger qu’il resterait consul durant cette période, le texte du SC dut prévoir qu’il pourrait exerce r ce pouvoir en tant que consul ou proconsul. - Un second SC, peut-être voté lors de la même séance, re ndit les autres provinces au peuple ; leur gouvernement fut réorganisé : exercé par un proconsul (prétorien ou consulaire), sorti de charge depuis 5 ans (reprise de la loi Pompeia), et pour une durée d’un an. - Ces deux SC firent ensuite l’objet de deux lois. - Le 16, le Sénat donna à Octavien comme surnom le qualificatif religieuxAugustus et lui permit de fixer à la porte de sa maison du Palatin des laur iers et une couronne civique faite de feuilles de chêne portant l’inscription ob cives servatos Un boucli »). avoir sauvé des citoyens (« pourd’or fut déposé dans la curie portant une  er inscription selon laquelle le sénat et le peuple romain ho noraient Auguste pour ses vertus militaires, sa clémence, sa vertu et sa piété (clipeus virtutis, cf. copie d’Arles).  
Les deux lois sur les provinces de 27 sont la clé de larestitutio rei publicae, mais aussi de l’établissement de la prééminence du Prince au sein de cetteres publica restituta. Précisons. D’abord pour ce qui est de la restitution de lares publica. - Une partie des provinces et même des légions étai ent rendues à des proconsuls qui en recevaient le gouvernement après avoir exercé les magistratures supéri eures et selon une procédure qui avait des antécédents républicains.
                                                 10Ferrary 2001b, 104, n. 11 : parce que seul le détenteur d’unimperiumconsulaire pouvait déléguer unimperiumà un questeur ou un légat et qu’il était prud ent qu’un promagistrat dispose de ce droit. 11Ferrary 2001b, 107. 12D’après Ferrary 2001b, 108 sq. 13Ferrary 2001a, 10.
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- Les autres provinces étaient confiées au Prince mais après une double collation : Sénat et peuple, et pour une durée limitée (10 ans) mais renouvelable. Cela dit, le Prince prenait place au centre du fonctionneme nt des institutions et était assuré contre tout risque de concurrence politique et d’ém ergence d’un compétiteur. Par l’exercice renouvelé du consulat. -- Par l’importance stratégique et militaire de ses provinces. - Par la durée de son commandement face au rétablisse ment d’une stricte annalité pour les gouverneurs des provinces proconsulaires. Au bout du compte, cette formidable comédie du pouvoir permettait à Auguste de proclamer officiellement la restauration de la République, tout en se faisant confier les provinces les plus militarisées et en assurant sa domination politique. Enfin, l’octroi inédit du surnomAugustus consacrait sonauctoritas et lui conférait une prééminence politique et religieuse sur l’ensemble de ses concitoyens14.  C- La redéfinition des pouvoi rs d’Auguste de 23 à 18 a.C. En juin 23 a.C. Auguste déposa le consulat qu’il exerçait sans interruption depuis le 1erjanvier 31. Cela entraîna une redéfinition de ses pouvoirs qui ne fut réellement achevée qu’en 18 a.C., et qui marqua une étape décisive et quasiment finale dans la mise en place institutionnelle du nouveau régime.  Toutefois, avant d’en étudier les différents éléments, il convie nt de s’interroger sur les raisons qui furent à l’origine de cette décision. Les causes longtemps invoquées : crise politique (tensions, conspirations), maladie d’Auguste ne sont aujourd’hui plus guère retenues par les historiens15 qu’Auguste était préoccupé par les fait. On accorde davantage d’importance au conséquences de la monopolisation de fait du consulat : - elle était contraire aux usages ; - elle risquait de dévaloriser à terme la fonction consulaire elle-même ; - la présence d’un autre consul risquait aussi à terme de poser des problèmes institutionnels et politiques ; - enfin, la confiscation chaque année par le prince d’un des deux postes consulaires réduisait de moitié les chances qu’avaient les membres de lanobilitasau sommet de la carrière des honneurs.de parvenir Pour résumer Auguste semble avoir voulu : - achever le processus de remise en ordre (restitutio) initié en 29-27, - tout en trouvant une meilleure solution institutionnelle pour fonder son propre pouvoir, - qui permette de renforcer le délicat compromis passé avec lanobilitas16.
 Conséquences de la déposition du consulat La conséquence la plus immédiate est qu’Auguste perdait les attributions civiles et urbaines de l’imperiumconsulaire ( usagedomi»), notamment leius agendi cum populo et senatu. « D’autre part, son gouvernement des provinces (reçues en 27 po ur une durée de dix années ) ne pouvait plus être fondé sur sonimperium ’consulaire. Il pouvait continuer à s’exercer mais en tantimperiumproconsulaire. Or, il y avait ici qu deux difficultés pratiques. - En effet, il conservait l’imperiumprovinces, tant qu’il ne rentrerait pas en vertu duquel il gouvernait ses dans Rome, car à ce moment-là cetimperiumraison qu’il avait pris soin de se (c’est pour cette  tomberait trouver à Albe, hors dupomeriumau moment de la déposition)17. - Dans les provinces gérées par le Sénat, cetimperium ne s’exerçait pas (il s’exerçait seulement sur ses  provinces). Sonimperium s’imposait aux proconsuls, ma consulaire qu’en était-il dès lors qu’il ne le is possédait plus ? En compensation, et pour pallier ces inconvénients, il se fit octroyer par le Sénat et le peuple de nouveaux pouvoirs : puissance tribunicienne et redéfinition de sonimperium.                                                   14 Ferrary concernant l’existence d’un fondement Premerstein2001b, 113 sq. avec réfutation des thèses de institutionnel du pouvoir impérial différent et plus important que l’imperiumou latribunicia potestas. 15 2001a, 9 ; Briand & Hurlet 2001, 17.Encore Jacques & Scheid 1990, 16 ; Ferra ry 16Ferrary 2001b, 143. Auguste aurait songé à devenir un troisième consul. 17 Ferrary 2001b, 144 rejette l’idée que sonimperium soit transformé automatiquement en seimperium proconsulaire, notion qui n’existait pa s alors et n’apparut que par la suite.
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La puissance tribunicienne (tribunicia potestas). Ce pouvoir réunissait les compétences traditionnelles des dix tribuns de la plèbe (ius agendi cum senatu et cum plebe; intercessioenvers les magistrats et le Sénat ;ius auxilii;caorsstitasanc18). C’est là un fait essentiel dont il faut voir les raisons et les implications. - D’abord, il faut rappeler qu’il existe depuis la «protohistoire» du Principat un lien étroit entre Octavien et les pouvoirs des tribuns, et que l’attribution de ces pouvoirs au prince fut progressive (36 : sacrosainteté ; 30 :ius auxilii)19. En 23, Auguste reçut l’ensemble de lapotestas, annuelle mais reconduite automatiquement de façon viagère. - Pourquoi lapotestas tribun? Auguste n’étant pas plébéien ne pouvait être de la plèbe. Cet interdit fut donc tourné en lui donnant non la fonction mais le pouvoir des tribuns, c’est-à-dire en disso ciant la magistrature elle-même de ses attributions. De plus, ce subterfuge perm ettait à Auguste d’échapper à l’intercession des autres tribuns. - Institutionnellement, elle lui conférait leius agendiet l’intercessio. Pour compenser l’infériorité de la puissance tribunicienne par rapport au consulat, on lui conféra par une mesure distincte unius agendisupérieur à celui de tous les magistrats et un droit derelatio(droit d’introduire une question deva nt le Sénat) prioritaire, y compris même sans doute en son absence20. - Politiquement, cette solution achevait de faire d’Augu ste le défenseur privilégié des intérêts de la plèbe. Il s’agissait d’une réforme capitale. Tous les empereurs exercèrent par la suite leur pouvoir civil sur la base de la puissance tribunicienne. Tacite écrit : « C’est là ce qu’Auguste trouva pour désigner le pouvoir suprême »21, et beaucoup d’historiens admettent que la puissance tribunicienn e est «l’expression formelle exacte et pleine du pouvoir souverain d’Auguste et de ses successeurs»22, à tel point que certains, comme F. De Martino, considèrent l’année 23 comme le début de l’Empire.  La puissance tribunicienne : signification
Il y a cependant un débat sur la signification de la puissa nce tribunicienne : avait-elle un caractère monarchique ou s’inscrivait-elle dans la restitution de lares publica?23 Deux arguments sont invoqués par ceux qui insistent sur le caractère républicain de la puissance tribunicienne. - La séparation pouvoir/fonction : cette solution avait des précédents dans la tradition institutionnelle de la République (par exemple loi curiatede imperio, prorogation des pouvoirs,imperiaaccordés à desprivati). - Le caractère viager n’empêcherait pas que ce pouv oir soit renouvelé annuellement, dans la tradition républicaine24cette puissance chaque année sans avoir à se eler . Auguste a simplement reçu le privilège de renouv présenter devant le peuple.
A cela, des arguments contraires peuvent être opposés, pour aller dans le sens du caractère monarchique. La séparation pouvoir/fonction est effectivement traditionne lle, toutefois, elle ne constituait pas la norme, et la -tradition ne recommandait pas le recours à certaines pratiques en dehors de crise grave. - La distinction viager/annuel revient un peu à jouer sur le s mots. En fait, la détention perpétuelle d’un pouvoir, ou son renouvellement perpétuel (ce qui revient au même) est bien une nouveauté, dont le seul vrai précédent sont les privilèges similaires accordés à César en 48 , ce qui n’était peut-être pas la meilleure référence républicaine! Au bout du compte :
- la puissance tribunicienne est certes une nouveauté, mais on peut estimer qu’à certains égards au moins elle a été conçue dans le cadre et le prolongement des traditions institutionnelles de la République ; - elle n’est pas à proprement parler «anticonstitutionnelle», mais il est clair qu’elle vise et aboutit à formuler et à construire un nouvel équilibre des institutions et des pouvoirs ;
- en tant que telle, c’est une solution originale et pratiq ue au problème du pouvoir personnel posé à Rome depuis le 1ertémoigne de la souplesse et de l’inventivité institutionnelles des Romains.]siècle a.C., qui
                                                  18 références données par Ferrary 2001b, 118, n. 70.Sur les pouvoirs des tribuns sous la République, voir les 19Ferrary 2001b, 117, n. 68 ; Briand & Hurlet 2001, 17. 20Ferrary 2001b, 118, n. 72. 21 Ann. 3. 56. 2. 22Jacques & Scheid 1990, p. 17. 23Jacques & Scheid 1990, p. 18. 24MommsenDPR, 5, 61.
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Redéfinition de l’imperiumd’Auguste sur les provinces Comme on l’a vu plus haut, elle était nécessaire car sonimperiumproconsulaire sur les provinces tombait s’il rentrait dans Rome, et la puissance tribunicienne ét ait une magistrature urbaine, limitée à l’urbs. Deux mesures essentielles là aussi. - Franchissement dupomerium Auguste fit voter une loi qui l’autorisait à franchir lepomeriumaussi souvent qu’il voulait sans perdre sonimperium sur ses provinces et être contraint de le faire renouveler à chaque occasion (affranchissement de la règlequoad in urbem introisset). Cette mesure lui permettait de concilie r la puissance tribunicienne avec sonimperium. C’est-à-dire d’exercer dans Rome les attributions de la puissance tribunicienn e tout en commandant ses provinces depuis Rome, par l’intermédiaire de ses légats. Elle avait une conséquence déterminante, qui n’était sans doute pas préméditée et n’apparut peut-être pas immédiatement à ses auteurs : dans la mesure où l’imperiumn’était plus soumis aux règles relatives au franchissement dupomerium, il devenait pratiquement perpétuel. En effet, l’imperium d’un magistrat urbain prenait fin à date fixe, généralement le 31 décembre. L’imperium d’un promagistrat prenait fin lorsqu’il était de retour à Rome et franchissait lepomerium(c’était différent pour l’imperium d’un légat qui expirait dès qu’il sortait de sa province). Par conséquent, à partir du moment où la clause de 23 exemptait le prince de cette règle, sans lui en substituer une autre, cela revenait à lui reconnaître unimperiumindéfini dans le temps. Certes tant que l’imperium demeurait limité (à dix ans) et ta d’Auguste qu’il le faisait renouveler (ce qu’il fit nt périodiquement jusqu’à sa mort), la conséquence de cette lacune institutionnelle ne pouvait apparaître. Mais si un Prince ne le faisait pas, comme Tibère à part ir de 23 p.C., elle apparaîtrait pleinement. Un citoyen romain pourrait donc désormais cumuler en pe rmanence un pouvoir civil et militaire, caractéristique essentielle d’une monarchie. - La définition de l’imperiumd’Auguste Il est certain quel’imperiumd’Auguste fut l’objet d’une réforme en 23 etdéfini comme supérieur à celui de ceux fut qui gouvernaient chaque province25 sur la nature précise de cette réforme :. Toutefois, un débat partage les historiens - Auguste a-t-il reçu un type de pouvoir supérieur à tout autre appeléimperium maius? - A-il reçu unimperium « supérieur » par rapport (maius quamà celui des gouverneurs des provinces qui) n’étaient pas de son ressort (proconsuls) ? Sonimperiumest-il resté égal à celui des proc onsuls, seulement renforcé par sonauctoritas? -Les deux dernières options vont dans le sens d’une définition progressive de l’imperiumdu Prince par rapport à celui des autres magistrats à laquelle j’ai tendance à me rallier. Avant 23, l’imperiumconsulaire et surtout l’auctoritaspermettaient au prince d’agir dans les provinces proconsulaires (cf. édit de Kymè). Après 23, la pui ssance tribunicienne (renforcée) remplace le consulat comme fondement de sa collaboration avec le Sénat et de ses ra pports avec les magistrats urbains, et l’auctoritasdemeure un élément essentiel 26 de ses rapports avec les proconsuls (cf. édits de Cyrène) . Mais à côté de cela, il reçut sans doute en 23 unimperium à celui des proconsuls, non pas tant pour supérieur compenser la déposition du consulat, que pour préparer le séjo ur en Sicile et en Orient qui allait l’amener à intervenir dans un certain nombre de provinces proconsulaires (seule la Syrie était impériale dans cette région). Ce privilège demeura certainement par la suite et fut étendu à Tibère et probablement à Agrippa auparavant. S’ajoutant à son auctoritas, il permit au prince de prendre depuis Rome des édits généraux concernant tout l’Empire, ou une (ou plusieurs) province procon sulaire en particulier.  Les mesures de 19 et 18 L’interprétation des mesure s de 19 est compliquée. Durant le séjour d’Auguste en Orient des troubles agitèr ent Rome, notamment à l’occasion des élections consulaires. A son retour, le Sénat lui proposa la su rveillance des mœurs et des lois pour cinq années. Auguste refusa, au motif qu’une telle charge était contraire à la tradition. En revanche, ce fut l’occasion d’apporter un certain nombre de précisions à la loi de 23, qui permettait à Auguste de franchir lepomerium perdre son sansimperium. En effet, cette loi demeurait silencieuse sur des points essentiels
                                                 25 32. 5Dio 53. , . 26Ferrary 2001b, 137 ; Briand & Hurlet 18.
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