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La population rurale espagnole - article ; n°1 ; vol.14, pg 103-109

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Espace, populations, sociétés - Année 1996 - Volume 14 - Numéro 1 - Pages 103-109
La population rurale espagnole (population vivant dans des communes de moins de 3 000 habitants) a énormément diminué durant les trente dernières années. En 1900, elle était de 6,87 millions - 37 % de la population totale. En 1991, elle n'était plus que de 2,81 millions - 7 %, et au début du prochain millénaire, elle ne devrait plus être que de 2,1 millions.
Le dépeuplement rural est le résultat de la forte émigration vers les villes entre les années cinquante et soixante-quinze qui a entraîné l'épuisement démographique de la majeure partie de l'intérieur du pays où les capitales de provinces apparaissent comme des oasis. Cependant dans les années quatre-vingt on observe une renaissance des espaces ruraux dans les régions proches des villes ou faciles d'accès. Les phénomènes de «périurbanisation» et de «rurbanisation» progressent rapidement et le processus d'épuisement démographique tend à s'inverser.
Rural Population in Spain.
The Spanish rural population has fallen considerably in the last thirty years. In 1900, the rural population (living in villages of 3.000 inhabitants, or less) was 6.87 million (37 per cent of the total population). In 1993 the same population had dropped to 7 per cent (2.81 million) and at the beginning of the next century it will be 2.1 million. The rural depopulation has been due to the large scale emigration to the cities between 1950 and 1975. This has produced a demographic vacuum in most of inner Spain, where the provincial capitals stand out like demographic oasis.
In spite of this, since 1985 there has been a revitalization of the rural areas near the cities or away from them but with good access. The phenomenon of «periurbanization» and «rurbanization» is developing very fast and it is reversing the process of the demographic vacuum.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1996
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Langue Français

Antonio Higueras Arnal
La population rurale espagnole
In: Espace, populations, sociétés, 1996-1. Hommage à Daniel Noin. pp. 103-109.
Résumé
La population rurale espagnole (population vivant dans des communes de moins de 3 000 habitants) a énormément diminué
durant les trente dernières années. En 1900, elle était de 6,87 millions - 37 % de la population totale. En 1991, elle n'était plus
que de 2,81 millions - 7 %, et au début du prochain millénaire, elle ne devrait plus être que de 2,1 millions.
Le dépeuplement rural est le résultat de la forte émigration vers les villes entre les années cinquante et soixante-quinze qui a
entraîné l'épuisement démographique de la majeure partie de l'intérieur du pays où les capitales de provinces apparaissent
comme des oasis. Cependant dans les années quatre-vingt on observe une renaissance des espaces ruraux dans les régions
proches des villes ou faciles d'accès. Les phénomènes de «périurbanisation» et de «rurbanisation» progressent rapidement et le
processus d'épuisement démographique tend à s'inverser.
Abstract
Rural Population in Spain.
The Spanish rural population has fallen considerably in the last thirty years. In 1900, the rural population (living in villages of
3.000 inhabitants, or less) was 6.87 million (37 per cent of the total population). In 1993 the same had dropped to 7
per cent (2.81 million) and at the beginning of the next century it will be 2.1 million. The rural depopulation has been due to the
large scale emigration to the cities between 1950 and 1975. This has produced a demographic vacuum in most of inner Spain,
where the provincial capitals stand out like demographic oasis.
In spite of this, since 1985 there has been a revitalization of the rural areas near the cities or away from them but with good
access. The phenomenon of «periurbanization» and «rurbanization» is developing very fast and it is reversing the process of the
demographic vacuum.
Citer ce document / Cite this document :
Higueras Arnal Antonio. La population rurale espagnole. In: Espace, populations, sociétés, 1996-1. Hommage à Daniel Noin.
pp. 103-109.
doi : 10.3406/espos.1996.1733
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/espos_0755-7809_1996_num_14_1_1733HIGUERAS-ARNAL Departamento de Geografia y Ordenacion Antonio
del Territorio
Universidad de Zaragoza
Espagne
La population rurale espagnole
contraire l'espace rural ne connaissait que
très peu ces notions de spécialisation et de
hiérarchisation. Cette caractéristique de l'epersonnes, En population comptait voir 1993, qu'en un la totale. 1900 soit peu un elle moins Il peu est en de plus donc atteignait rurale trois de surprenant millions 7 espagnole 6,87 % de milde de la
space urbain se transforme peu à peu. En ef
fet les centres-villes se vident progressive
lions, soit 37 % de la population. ment, pas seulement par dépeuplement mais
La diminution de la population rurale est aussi parce que les activités qui leur étaient
commune à toute l'Europe, mais en Espa propres se déplacent lentement et inexora
gne, l'exode rural a été beaucoup plus tardif blement vers d'autres sites plus calmes.
que dans les autres pays, avec la particular C'est le cas des centres commerciaux, des
ité d'un dépeuplement rapide. Ceci expli centres de gestion administrative ou comm
que l'attention particulière accordée à ce erciale et des pôles spécialisés. Au mod
phénomène par les géographes, mais aussi èle citadin traditionnel se substitue donc
par les économistes et les sociologues. un modèle d'expansion géographique plus
Il est très difficile de définir avec précision ample.
la notion de population rurale. Généralement Les facilités de communication et la rapi
on oppose le terme rural à celui d'urbain. dité d'accès que proposent les ceintures pé
Cette opposition se manifeste par trois él riphériques des grandes villes contribuent à
éments : la taille des villages, les différents rattacher peu à peu les espaces ruraux aux
modes de vie et les difficultés pour la popul aires urbaines. La géographie traditionnelle
a toujours mis en relief l'interdépendance ation rurale d'accéder à certains biens et
services offerts dans les grandes villes. Ces entre espaces ruraux et urbains. La ville
critères de différenciation sont toujours uti exerçait une fonction de commandement sur
lisés, mais ils perdent peu à peu leur raison la campagne environnante et lui fournissait
d'être. Auparavant la ville était perçue les services dont celle-ci ne pouvait pas dis
comme une concentration de fonctions liée poser. En contrepartie, conformément aux
à une accumulation de productions (produits lois du marché, le monde rural fournissait
aux villes des biens qu'elles ne produisaient manufacturés), services et ressources humain
es. Elle se caractérisait par la spécialisa pas. Désormais ce schéma n'est plus vala
tion et la hiérarchisation de ses activités. Au ble. 104
Références Géographiques. Provinces et Régions
Andalucn 19 Guadalaj 32 Orense
ara 36 Ponteve- 04 Aimer ia dra 45 Toledo 11 Cadiz CastWa-Leon Madrid 14 Côrdoba 28 05Avila J 8 Granada
09 Burgos Murcia 21 Huelva
24 Leon 3023Jaén 34 Palencia Havarra 29 Malaga 37 Salamanca 31 Pamplona 41 Sevilla Pais «asco 40 Segovia Aragon
42Soria 01 Alava 22 Huesca
20 Guipûz- 47 VaHadoKd 44Teruel
50 Zaragoza 49 Zamora coa
48 Vizcaya Asturias Catakina
33 Oviedo 08 Barcelona Rioja
Baléares 26Logrofîo 17Gerona
07 Palma Valencia 25Lérida Cantabria 43 Tarragona 03 AScante 39Santander Extremadura 12 Castellan Castilla-La 06Badajoz 46 Valencia Mancha 10Céceres Csnarias
Source: IJM.E. Elaboration Propre 02 Albacete Galicia 35 Las Pal-
mas 13OudadR 15Coruna,La
16Cuenca 27 Lugo 38 Sta. Cruz
Le concept de relation ville-campagne a teurs plus éloignés. Cependant les mécanis
complètement changé. Les espaces proches mes d'influence ont changé.
des grandes villes englobent désormais des Dans les analyses géographiques modernes,
activités jadis urbaines qui transforment l'e il est fréquent de rencontrer les termes
space rural. Les villes s'étalent sur des sec «désurbanisation», «délocalisation»,
teurs ruraux. Les notions d'aires métropoli «relocalisation», «périurbanisation»,
«rurbanisation» etc ... Ils traduisent des containes et d'agglomérations urbaines évo
luent. cepts fondamentaux d'explication des tran
Les villes continuent à exercer leur inflence sformations actuelles du monde rural qui, il
sur les espaces qui les entourent, non seule y a peu, étaient inconnus dans notre voca
ment les plus proches, mais aussi des bulaire scientifique.
L'EVOLUTION DE LA POPULATION RURALE ESPAGNOLE
Selon les statistiques, l'Espagne considère paraît comme une bonne introduction à une
comme rurale la population vivant dans des étude approfondie du monde rural.
Au XXe siècle un changement fondamental municipalités de moins de 2 500 habitants
sans tenir compte d'aucun autre critère est apparu dans la répartition des populat
comme par exemple le type d'activité. Or ions espagnoles. Jusqu'en 1960 la majeure
on voit proliférer nombre de villages de partie de la population résidait dans des vil
moins de 2 500 habitants dans les périphér les moyennes (5 à 10 000 habitants), alors
ies des grandes villes dont les habitants qu'à partir de la seconde moitié du siècle
(navetteurs) ont un mode de vie très diffé ces villes ont eu tendance à perdre de la
rent de celui de la population rurale. population au profit des grandes métropoles
Ceci ne retranscrit pas la réalité de la popul (+ de 100 000 habitants).
ation rurale qui ne peut se définir seul La croissance accélérée de la population ur
ement par des critères quantitatifs. Le rural baine en Espagne n'eut pas été possible sans
se différencie de l'urbain par les types d'ac les grands mouvements migratoires internes
tivité de sa population et par les possibilités qui se sont produits entre 1940 et 1975.
d'accès in situ à des biens et services pro Dans cet intervalle de temps plus de 4 mil
prement urbains. Avec ces restrictions l'ana lions de personnes ont quitté les campagnes
lyse quantitative de la population rurale pour les capitales de provinces et les villes 105
Densité de la population industrielles. En 1900, on comptait en Es
pagne 7 992 municipalités de moins de ' moins de 20 hab./km2
3 000 habitants - soit 85,5 % de toutes les
municipalités - qui englobaient 37 % de la
population. En 1950 le nombre de ces mun
icipalités avait diminué mais comprenait
encore 23 % de la population ; en 1970
15 % et en 1991 7,7 %.
La diminution de la rurale s'est
faite parallèlement à la régression de la po
pulation active agricole et à la baisse de la
production agraire dans le produit intérieur
brut du pays (PIB). En 1960, la proportion
de population agricole était de 41 % de la 1981 active totale et contribuait pour
21,54 % au PIB. En 1991, ces proportions
étaient respectivement de 8,91 et 4,1 %. Les
prévisions démographiques réalisées en
1985 annoncent qu'à l'aube de l'an 2000 la
population rurale espagnole atteindra 2,1
millions de personnes, soit 5,3 % de la po
pulation totale, chiffre comparable à ceux
des autres pays de l'Union Européenne.
Même si ces prévisions se confirment, tout
semble indiquer qu'un processus de renais
sance des zones rurales est apparu, en rela
tion avec trois phénomènes :
- a) l'émigration rurale s'est pratiquement ar
rêtée depuis la fin des années soixante-dix,
- b) les facilités d'accès ont rompu l'isolFigure 1 ement traditionnel et permis aux villages
Source: I.N.E. Elaboration propre d'adopter de nouvelles fonctions,
% de la population totale selon la taille des villes
1 Inférieur à 3.000 hab. 50
2 de 3.000 à 10.000 hab.
3 de 10.000 à 50.000 hab
40 4 supérieur à hab.
30
20
10
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1981 1991
Source: I.N.E. Elaboration propre 106
Population rurale: indice de fécondité supér - c) la possibilité de trouver maintenant dans
ieur à 1,2 - (Espagne 1995, 1'2) - Figure 3 les villages les mêmes services et infras
tructures que dans les villes.
Sur un siècle, on peut distinguer deux pha
ses dans l'évolution de la population rurale
espagnole dont le point d'inflexion se situe
rait dans les années soixante-dix.
Durant la première phase le critère le plus
significatif fut l'épuisement démographique
des zones rurales. Durant la seconde phase
(de retour) le repeuplement des zones rura
les paraît évident, grâce à un processus com
plexe de «déruralisation». Nous analyserons
maintenant ces deux phases. Source: I.N.E. Elaboration propre
L'ÉPUISEMENT DÉMOGRAPfflQUE DES ZONES RURALES
La diminution de la population rurale est un Les effets immédiats de l'émigration furent le
phénomène observé dans tous les pays déve vieillissement de la population et la chute de
loppés. L'émigration est liée à plusieurs révo la natalité et de la fécondité. Les effets négat
ifs sont apparus à partir des années quatre- lutions successives : démographique, agraire,
urbaine, industrielle, etc ... qui se sont produit vingt et plus particulièrement dans les zones
es en Europe occidentale dès le XVIIIe siècle les plus défavorisées comme les espaces de
et qui peu à peu se sont propagées dans le montagne et les zones arides et semi-arides.
monde avec plus ou moins d'efficacité. Dans l'ensemble du pays le taux de natalité
En Espagne, le phénomène d'exode rural a passa de 19,63 en 1971 à 9,21 pour mille en
débuté beaucoup plus tardivement que dans 1993, avec pour cause la diminution de la
les autres pays européens, mais il s'est accé fécondité due au changement d'attitude et
léré à partir de 1940. Entre 1960 et 1991 les de comportement familiaux des jeunes gé
zones de densité de moins de 20 hab./km2 nérations. Mais dans les zones rurales, où la
ont doublé. Entre 1940 et 1990, l'intérieur diffusion de ces comportements fut plus
du pays s'est vidé pour se transformer en lente, la chute globale des années quatre-
«semi-désert démographique» entrecoupé de vingt est due au vieillissement relatif de la
quelques «oasis» : les capitales de provinces population lié à l'émigration des jeunes lors
et surtout Madrid. En revanche sur la côte des précédentes décennies.
s'est formé un «ourlet» de forte densité de Dans les régions rurales à faible densité de
population contrastant avec l'intérieur. population, la diminution de la fécondité ré
En 1991, 75 % de la population espagnole sulte autant du changement d'attitude des
vivaient dans les provinces ouvertes sur la jeunes générations face à la natalité que des
mer, sur une superficie équivalente à 32 % distorsions introduites par l'émigration dans
du territoire. En 1960, ces mêmes provinces les structures par âge. En Andalousie et en
ne rassemblaient que 55 % de la population Extrémadure l'émigration a surtout concerné
et en 1950 moins de 48 %. Le centre de les hommes, c'est pourquoi les indices de
gravité de la population espagnole, qui pen masculinité de ces régions sont générale
dant les années cinquante était pratiquement ment très bas et ne sont pas sans consé
situé au centre du pays, s'est déplacé de quences sur la nuptialité et donc sur la fé
150 km vers l' est-sud-est où il se situe en condité. Dans presque toutes les régions de
1991. En 1960, la population rurale (rés montagne au contraire, la majorité des emi
idant dans des villages de moins de 3 000 grants ont été des femmes. Dans de nom
habitants) était de 6,38 millions. En 1991, breux secteurs des Pyrénées, des montagnes
elle n'était plus que de 2,73 millions, mais de Galice et des monts Ibérique, les taux de
les effets démographiques de cette baisse ne masculinité de la tranche d'âges 20-40 ans
se sont fait sentir que tardivement. dépassaient 98 %... I
107
Population rurale :taux de vieillissement 1991 matrimoniales. L'expérience (qui en aucun
cas ne pouvait résoudre le problème de fond)
s'est avérée négative dans la plupart des cas
et a entraîné des situations personnelles et
légales difficiles à résoudre. Parfois parce
que la rupture du mariage fut immédiate,
parfois parce que le ne fut qu'un
prétexte à l'immigration illégale.
Avec cette «désertification» de l'intérieur du
pays, la majorité du territoire rural espagnol
se trouve dans une situation d'épuisement
démographique pratiquement irréversible.
En 1991 sur les 6 917 municipalités de
moins de 3 000 habitants, 5 022 (62,1 %) Source: I.N.E. Elaboration Propre
étaient «biologiquement épuisées» en raison
(Espagne 13,68) de leur structure par âge présentant une
forme d'une pyramide inversée.
Toujours en 1991, l'âge moyen de la popul| | inférieure 14%
|14 a 16% ation rurale espagnole était proche de 43
Figure 4 [ 1 16 a 18% ans. Si cette tendance générale se maintient,
I 1 18 a 20% la majorité des villages auront disparu avant
^1 supérieur à 20 % la troisième décennie du siècle prochain. En
dépit de cette prévision, certaines régions
rurales proches des grandes villes ou faciles
Pour pallier ce problème, depuis le milieu d'accès (les plus favorisées) verront leur
des années quatre-vingt, certains villages population grossir par «déruralisation» et se
sans femmes en âge de procréer organisent transformeront en banlieues.; Ceci implique
chaque année des «caravanes de femmes» un changement des modes de vie tradition
(en provenance des grandes villes et même nels et un inversement des tendances démog
des pays américains hispanophones) à fins raphiques.
LA PÉRIURBANISATION
Les phénomènes de banlieues sont très an plus éloignée et de «la campina» qui corre
ciens en Espagne et s'adaptent tout à fait au spond à un espace totalement rural.
modèle de P. Bruyelle (1991). Selon la tra L'occupation urbaine de la banlieue est le
dition urbaine espagnole, il y a toujours eu, résultat de profonds changements urbains
autour des grandes villes, des petits centres intervenus tout au long du XDCe siècle. Les
ruraux ayant une vie propre et comprenant grandes transformations urbaines ont débuté
des maisons isolées appelées «torre», en Espagne sous le règne de Joseph Bonap
«villa», «quinta», «masia», «cortijo» faisant arte (1808-1813) qui profita des destruc
office de résidences secondaires. tions causées par la guerre pour remodeler
Les espaces attenant aux villes ont toujours les villes, sans que cela affecte les banlieues.
été mêlés à la vie urbaine. Les scènes de Les processus d'expansion et de déconcent
champs sur fond de Madrid peintes par ration apparurent dans le dernier tiers du
Goya se déroulent en banlieue. Dans le vo XDCe siècle. Les «ensanches» (c'est-à-dire
cabulaire espagnol, «las afueras» font pré les zones d'expansion des villes au-delà des
cisément référence à l'espace rural proche limites traditionnelles) se réalisèrent aux dé
du centre habité. Dans les villes andalouses pens des zones rurales les plus proches. Cha
de taille moyenne, on distingue encore que ville en fonction de son rang et de ses
aujourd'hui «el sitio» : la zone rurale la plus activités offre un modèle propre d'expans
proche de la ville qui constitue ce que l'on ion et d'occupation de l'espace périphéri
appelle maintenant la banlieue de «el ruedo» que. Cependant à cette époque l'espace ru- 108
mode des résidences secondaires et des loirai proche était très peu utilisé sauf autour
de Madrid et de Barcelone, mais les grands sirs de plein-air, la demande se tourna vers
mouvements migratoires intervenus en Es la couronne de petits villages situés à plu
pagne à partir de 1910 et lors de la guerre sieurs dizaines de kilomètres des villes.
civile de 1936-1939 ont entraîné bien des Dans la couronne se maintenait la banlieue
changements. dégradée qui ne fit l'objet d'un plan d'urba
Dans la plupart des villes, les émigrés s'ins nisation que plus tard.
tallaient, généralement de manière illégale, Cette situation se maintint pratiquement
sur les grandes étendues agricoles jusque-là toute la décennie soixante-dix, pendant la
non soumises à une influence urbaine créant quelle furent promulguées les lois régulant
des «périphéries» chaque fois plus comp l'utilisation du sol et permettant la symbiose
lexes et plus éloignées de la ville. Entre du rural et de l'urbain.
1940 et 1960 ces espaces périurbains des La politique de création de pôles ne se dé
grandes villes se caractérisaient par la pré veloppa qu'à partir de 1964 et contribua à
sence de bidonvilles («el chabolismo») et la réglementer l'utilisation de l'espace proche
dégradation sociale. L'utilisation agricole du des grandes villes afin de mettre en place
sol avait pratiquement disparu même si se une réglementation de polygones industriels
maintenaient encore quelques vieilles ex et résidentiels. La banlieue acquit ainsi une
ploitations familiales, et la récupération des nouvelle fonction jadis inconnue. La diffu
déchets urbains était l'unique source de re sion de fonctions urbaines s'opéra autour
venus des immigrants les plus pauvres, ha d'axes nés des anciennes infrastructures
bitant les «chabolas» (cabanes). d'accès aux villes. Les phénomènes de
A cette époque, la banlieue était perçue périurbanisation se sont ainsi étendus jus
qu'à plusieurs dizaines de kilomètres des comme un espace dégradé, rejeté par les ci
tadins. C'est pourquoi lorsque commença la centres.
LA RURBANISATION
Elle affecte les noyaux situés dans les zo termes les annexions ne firent pas grossir le
nes d'influence des villes, entraînant des chiffre de la population urbaine mais elles
transformations qui affectent les troisièmes entraînèrent la création d'une réserve de sol
couronnes métropolitaines avec pour con agricole susceptible de se convertir en ter
séquence une diffusion du mode de vie ur rains urbains constructibles.
bain liée à l'utilisation temporaire ou per Aujourd'hui on a renoncé à cette politique
manente de résidences secondaires et de d'annexion et on s'applique activement à
zones de loisirs. reconfigurer les zones métropolitaines autant
Elle commence toujours par la diffusion des pour des raisons d'efficacité de prestation
modes de vie urbains. Pour leur donner une de services que faire face aux demandes
certaine consistance, il est nécessaire d'y croissantes «d'espaces résidentiels ouverts».
incorporer des activités industrielles et de En effet dans les années quatre-vingt on vit
services. Aussi est-il de plus en plus fré naître dans certaines villes une nouvelle
quent de voir le milieu rural accueillir des forme de peuplement citadin : «la ville dif
activités considérées habituellement comme fuse» ; le manque de logements et les désa
urbaines. Les supermarchés, un centre de gréments de la vie en ville ayant eu pour
commerce ou de distribution à grande conséquence le développement d'un type
échelle, un centre informatisé de gestion ou d'habitat diffus : construction de lotiss
un groupe scolaire privé : toutes ces activi ements de résidences principales éloignés des
tés peuvent modifier la vie rurale parce villes. Ce type de résidence, appelé en Es
qu'elles bouleversent les structures mental pagne «urbanizaciones» s'appuie générale
es et sociales traditionnelles. ment sur de vieux villages agricoles, ces der
Durant les années cinquante la rurbanisation niers ayant pratiquement perdu leurs carac
a été favorisée par l'annexion de municipal téristiques rurales et ayant adopté les modes
ités rurales proches des villes. En d'autres et commodités de vie quotidienne jadis ex- 109
clusivement urbain. Ce phénomène se re lié à l'amélioration et à la multiplication des
trouve dans la majorité des pays de l'Union moyens de transport, provoque un change
Européenne, mais il s'est développé en Es ment positif d'attitude des populations ur
pagne avec soixante-dix ans de retard. baines envers les modes de vie ruraux et
On en déduit que le processus d'épuisement permet à de nombreux emigrants de retour
ner dans leur village d'origine. Mais pour démographique des zones rurales est terminé
et que celles-ci se trouvent maintenant dans que ce lien soit effectif il est nécessaire que
une phase de croissance démographique. l'accès aux zones rurales s'améliore davant
Cependant la récupération totale sera lon age. Cette condition n'est remplie que par
gue et la vie ne redeviendra probablement 27 % des villages de moins de 3 000 habi
pas comme avant. Les caractéristiques de tants. Les trois-quarts des zones rurales es
cette nouvelle croissance sont d'abord pagnoles présentent de graves difficultés
l'amélioration de la qualité de vie en milieu d'accès et se trouvent donc éloignés des
rural, puis les relations étroites maintenues lieux de croissance économique et démog
entre les villages et la ville. Ce phénomène, raphique.
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