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La propriété foncière des grandes fortunes privées britanniques - article ; n°1 ; vol.148, pg 451-463

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Norois - Année 1990 - Volume 148 - Numéro 1 - Pages 451-463
Large scale private landownership still covers vast acreages, particularly in the mountainous parts of Scotland and the North of England, but markedly less so in the rest of the country. It is often associated with a title and the possession of other forms of capital in Great Britain and overseas. It has lost much ground since 1894 under the impact of transfer taxation. Primogeniture and entailment were the main reasons for the resilience of the large estates of the nobility, according to Adam Smith's The Wealth of Nations.
La grande propriété foncière tient encore une place importante en Grande- Bretagne, en particulier dans les régions montagneuses d'Ecosse et du nord de l'Angleterre, mais beaucoup moins dans h reste du pays. Elle est souvent associée à un titre nobiliaire et à la possession d'autres types de capitaux en Grande- Bretagne et Outre-mer. Elle a beaucoup reculé depuis un siècle, du fait de la fiscalité sur les successions. Dans La Richesse des Nations, Adam Smith attribue la permanence de la grande propriété nobiliaire au droit d'aînesse et à la pratique de la substitution.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
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Langue Français
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Exrait

Claude Moindrot
La propriété foncière des grandes fortunes privées britanniques
In: Norois. N°148, 1990. Octobre-Décembre 1990. pp. 451-463.
Abstract
Large scale private landownership still covers vast acreages, particularly in the mountainous parts of Scotland and the North of
England, but markedly less so in the rest of the country. It is often associated with a title and the possession of other forms of
capital in Great Britain and overseas. It has lost much ground since 1894 under the impact of transfer taxation. Primogeniture and
entailment were the main reasons for the resilience of the large estates of the nobility, according to Adam Smith's The Wealth of
Nations".
Résumé
La grande propriété foncière tient encore une place importante en Grande- Bretagne, en particulier dans les régions
montagneuses d'Ecosse et du nord de l'Angleterre, mais beaucoup moins dans h reste du pays. Elle est souvent associée à un
titre nobiliaire et à la possession d'autres types de capitaux en Grande- Bretagne et Outre-mer. Elle a beaucoup reculé depuis un
siècle, du fait de la fiscalité sur les successions. Dans "La Richesse des Nations", Adam Smith attribue la permanence de la
grande propriété nobiliaire au droit d'aînesse et à la pratique de la substitution.
Citer ce document / Cite this document :
Moindrot Claude. La propriété foncière des grandes fortunes privées britanniques . In: Norois. N°148, 1990. Octobre-Décembre
1990. pp. 451-463.
doi : 10.3406/noroi.1990.4489
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182X_1990_num_148_1_44891990, Poitiers, t. 37, n° 148, p. 451-464 Norois,
CHRONIQUE BRITANNIQUE
LA FORTUNES PROPRIETE PRIVEES FONCIERE BRITANNIQUES DES GRANDES
par Claude MOINDROT
RESUME
La grande propriété foncière tient encore une place importante en Grande-
Bretagne, en particulier dans les régions montagneuses d'Ecosse et du nord de
l'Angleterre, mais beaucoup moins dans h reste du pays. Elle est souvent associée
à un titre nobiliaire et à la possession d'autres types de capitaux en Grande-
Bretagne et Outre-mer. Elle a beaucoup reculé depuis un siècle, du fait de la
fiscalité sur les successions. Dans "La Richesse des Nations", Adam Smith
attribue la permanence de la grande propriété nobiliaire au droit d'aînesse et à la
pratique de la substitution.
ABSTRACT
Large scale private landownership still covers vast acreages, particularly in
the mountainous parts of Scotland and the North of England, but markedly less so
in the rest of the country. It is often associated with a title and the possession of
other forms of capital in Great Britain and overseas. It has lost much ground since
1894 under the impact of transfer taxation. Primogeniture and entailment were the
main reasons for the resilience of the large estates of the nobility, according to
Adam Smith's The Wealth of Nations".
Les Américains se laissent volontiers fasciner par la richesse de leurs
compatriotes. Elle est pour eux le meilleur indice de réussite, de
respectabilité et même, dans la tradition puritaine, une présomption de
l'approbation divine.
Sans doute la richesse est banale aux Etats-Unis ; n'ont-ils pas un million
de millionnaires (en dollars) ? Mais elle est aussi capricieuse. Des fortunes
bien établies, comme celle des frères Hunt, spécialistes de Pargent-métal, se
volatilisent du jour au lendemain. D'autres scintillent brusquement sous les
projecteurs des média. Aussi attend-on avec impatience le palmarès (tes grands
noms que publient chaque année les revues Forbes Magazine et Fortune. On
redoute de n'y plus figurer ; on rêve d'y apparaître, et la consécration de
Forbes est fêtée par des cocktails gigantesques dans les grands hôtels new-
yorkais. C. MOINDROT 452
L'Europe à son tour est gagnée par le culte de Mammon. L'échec des
économies planifiées, la volte-face soviétique de la perestroïka, l'effondrement
des idéologies millénaristes, l'épaisse misère du Tiers-Monde, tout contribue
à réhabiliter le capitalisme, l'entreprise, les entrepreneurs, les gagneurs.
Bientôt commence la manie des palmarès.
Le bimensuel français L'Expansion a. donc lancé son Hit-parade des cent
Français les plus riches en 1986 et 1987 ; puis il est passé de 100 à 150 élus
dans son numéro du 23 septembre 1988. Pour ne pas être en reste,
l'hebdomadaire The Sunday Times publie, à la suite d'une longue et
minutieuse enquête de Philip Beresford et Maurice Chittenden, la liste des
200 Britanniques les plus riches (Britains's Rich, the top 200) dans son
numéro du 2 avril 1989.
La comparaison du troisième palmarès français de L'Expansion et du
premier palmarès du Sunday Times réserve bien des surprises. ^
I. - L'INDUSTRIE
Au vu de ces deux listes, l'observateur venu de Sinus pourrait s'imaginer
que la France est un pays industriel puissant et le Royaume-Uni un pays où
l'on s'enrichit dans l'agriculture. Le plus étonnant de la liste française, et le
plus contraire aux idées reçues, est en effet la forte proportion des fortunes
d'origine industrielle.
Sur les 143 premières fortunes françaises, individuelles ou familiales, 46
viennent en effet de l'industrie, 23 de la finance, la banque et les placements,
18 de la distribution, 17 des services, 15 du luxe et des vignobles, 1 1 de la
publicité et des média, 8 des laboratoires pharmaceutiques, 5 du bâtiment,
travaux publics et promotion. On nous répète sans cesse que l'industrie
française est fragile et menacée ; pourtant on y fait fortune !
Au contraire, presque tous les grands noms britanniques du Gotha
Industriel du XIXème et de la première moitié du XXème siècles ont disparu
de nos jours. Que sont devenues les grandes familles de la sidérurgie, les
Colville, Redman, Long, Dorman, Baldwin, Guest ? Et celles des chantiers
navals, les John Brown, Laird, Cammell, Thorneycroft, Vosper, Vickers ?
Les familles du textile, les Coat, Courtauld, Paton ? Et de la céramique, les
Wedgwood, Hepworth ? De l'automobile et de l'aéronautique, les Rootes,
Armstrong, Morris, Siddeley, de Havilland ? De l'industrie alimentaire et du
tabac, les Cadbury, Rank, Reckitt, Colman, Rowntree, Player . De la
navigation maritime, les Cunard, EUerman, Anderson, Mackenzie ? Quelques
noms seulement émergent du naufrage de l'industrie britannique, surtout dans
' Un seul personnage figure sur les deux listes, sir James Goldsmith, seconde
fortune française et dixième fortune britannique. CHRONIQUE BRITANNIQUE 453
la chimie (Lord Leverhulme) et la brasserie (les Guinness, les Whitbread).
Sic transit gloria mundi.
IL- L'IMPORTANCE DEMESUREE DE LA FORTUNE
FONCIERE EN GRANDE-BRETAGNE.
En France, l'agriculture est étrangement absente du palmarès. C'est un
secteur où Ton végète, sans grand espoir de s'enrichir. Elle n'apparaît
qu'incidemment, grâce aux vignobles de Champagne, des Charentes et du
Bordelais. Mais plusieurs sont déjà passés sous contrôle du capital
étranger, en particulier britannique, américain et japonais {L'Expansion, n° du
3 au 15 février 1989, p. 113) et ceux des grandes fortunes françaises ne sont
qu'un élément mineur dans un conglomérat diversifié où les vins et
spiritueux côtoient les roseraies, les parfums, la haute couture et la
maroquinerie.
En Grande-Bretagne en revanche, la propriété foncière est encore une des
composantes majeures de la fortune tout court. C'est un phénomène presque
unique en Europe, avec peut-être l'exception de la moitié sud de l'Espagne.
Parmi les 200 personnalités britanniques qui possèdent plus de £30 millions,
plus du quart doivent l'essentiel de leur fortune à la propriété foncière. Ces 54
favorisés détiennent ensemble un peu plus d'un million d'hectares (dont 765
000 ha pour les 20 premiers). Avec le renfort des 146 autres pour qui la terre
n'est qu'un appoint de respectabilité dans une fortune essentiellement
commerciale ou financière, on arrive au total imposant de 1 300 000 ha, soit
6 % de l'espace agricole et forestier du royaume.
Cette connivence de la terre et de la richesse est d'autant plus remarquable
qu'elle va souvent de pair avec une distinction nobiliaire (encore un trait que
la Grande-Bretagne a en commun avec l'Espagne). Sur les 54 grands
propriétaires fonciers qui font partie de la liste des 200 personnes les plus
fortunées du pays, on ne compte pas moins de deux membres éminents de la
famille royale, 15 familles ducales (sur les 25 que compte le royaume), 5
marquis (sur les 27 du royaume), 14 comtes (sur les 156), 5 vicomtes (sur
les 103), et 8 divers lords (barons, chefs de clan écossais, cadets de familles
nobles, etc.), contre seulement 5 roturiers, 3 financiers et 2 industriels. La
très grande propriété foncière reste bien un privilège de la noblesse 2 .
^ Le Royaume-Uni est le dernier pays d'Europe où la noblesse soit encore une
catégorie politique fonctionnelle, puisque l'une des deux Assemblées législatives
est l'Assemblée des Nobles (the House of Lord$. Un roturier promu Lord par le
souverain perd son droit de vote aux élections législatives puisque la seconde
Assemblée £the House of Common People), ne représente queJe Commun peuple,
c'est-à-dire les roturiers. 454 C. MOINDROT
III.- LES DOMAINES ROYAUX
La reine Elisabeth II possède la première fortune du royaume, estimée à £
5 200 000 000 par le Sunday Times, et la quatrième fortune mondiale après
le sultan de Brunei, la famille royale saoudienne et un industriel américain,
M. Mars. Toutefois, ses propriétés foncières se divisent en deux catégories
bien distinctes :
- Les Domaines de la Couronne couvrent 110 000 ha mais, depuis 1760,
leurs revenus (£ 33 000 000 en 1988) reviennent à l'Echiquier qui, en
échange, verse un traitement au souverain (£ 4500 000 en 1988). Comme
dit le proverbe, la monarchie rapporte au Trésor public !
- Le domaine privé proprement dit comprend essentiellement Balmoral
(20 000 ha) en Ecosse dans la haute vallée de la Dee et Sandringham ( 8 000
ha) à cheval sur la cuesta crétacée du Norfolk.
Le Prince de Galles, héritier du trône, perçoit les revenus du Duché de
Cornwall, un apanage royal créé en 1337. Ces revenus (qui s'élèvent en 1987
à £ 2 000 000) proviennent surtout de 50 000 ha de terres agricoles en
Cornwall-Devon-Dorset-Somerset. Le Prince en verse un quart à l'Echiquier,
mais n'émarge pas à la liste civile. Il a chez ses nombreux fermiers la
réputation d'un propriétaire peu exigeant et d'un écologiste respectueux de la
flore et de la faune.
IV.- LES GRANDES DOMAINES ARISTOCRATIQUES
ECOSSAIS.
N'étant pas soumis aux droits de succession, les domaines de la famille
royale ont réussi à traverser les décennies, voire les siècles. Il n'en va pas de
même des autres domaines. Depuis 1894, les prélèvements intermittents
mais de plus en plus sévères du fisc s'ajoutent à d'autres circonstances
aléatoires telles que les guerres, les crises agricoles (comme celles de 1873-
96, de 1926-39), les revers de fortune, la maladie ou l'incapacité du
propriétaire, pour amputer et parfois annihiler les plus grandes fortunes.
Le cas le plus extraordinaire est peut-être celui du domaine Sutherland. A
l'époque de la grande enquête cadastale de 1 872, le troisième duc de Sutherland
avait le plus vaste domaine du royaume (543 000 ha) et sans doute d'Europe
occidentale. Ce avait alors une origine relativement récente et devait
son immensité au hasard des mariages et successions bien plus qu'aux talents
très médiocres des trois premiers propriétaires.
Le fondateur, George Leveson-Gower, vicomte Trentham (1758-1833) fit
un beau mariage en 1785 ; la comtesse Elisabeth Sutherland lui apportait en
dot, outre le château de Dunrobin (sur la côte orientale du comté de
Sutherland), les deux tiers du comté, d'immenses landes qui s'étendaient à :
:
CHRONIQUE BRITANNIQUE 455
SUPERFICIE DES PROPRIETES
de 3 000 à B 000 ha •
de 8 000 à 30 000 ha •
Plus de 30 000 ha £
TITRE NOBILIAIRE DU PROPRIETAIRE
Membre de la ta mille royale R
Duc: D
Marquis M
Comte C
Vicomte: V
Baron, chef cadet de de clan la Ecossais,, noblesse g
ALTITUDE
Supérieure à 200 m. K$$$3
100 km.
Fig. 1 : Les propriétés foncières privées de plus de 3 000 hectares. 456 CMOINDROT
perte de vue de l'Atlantique à la mer du Nord, mais ne rapportaient guère que
£15 000 par an.
Le jeune lord s'intéressa un peu à la politique (il fut ambassadeur
d'Angleterre en France en 1792-93 sous le nom de lord Stafford) mais
s'adonna surtout à l'exploitation de ses terres. A la mort de son père en 1803,
il hérita de plusieurs domaines en Sutherland, Staffordshire et Shropshire,
avec le titre de marquis de Stafford. La même année, il recueillait aussi la
succession de son oncle, le célèbre duc de Bridgewater, le grand promoteur des
canaux, qui lui laissa des terres en Cheshire et une énorme collection d'art,
(cf. John Prebble : The Highland Clearances, Londres, Penguin, première
édition 1963, nombreuses rééditions, 336 p.).
Les Stafford menèrent une existence fastueuse entre leurs trois châteaux de
Dunrobin (Sutherland), Lilleshall (Staffordshire) et Trentham (Shropshire) et
leur palais londonien de Stafford House, qui était rempli d'œuvres d'art.
Pour accroître ses revenus, lord Stafford n'hésita pas à expulser plusieurs
centaines de ses tenants écossais, des landes de l'intérieur vers de petites
tenures hâtivement aménagées le long de la côte entre Helmsdale et Golspie.
Puis il loua les terres ainsi libérées à de grands éleveurs des Lowlands et du
Northumberland, pour l'élevage en grand des ovins.
Une première série d'évictions, en 1810-12 fut suivie d'une petite
insurrection populaire (mars 1813) facilement réprimée par le 21ème
régiment d'infanterie, presque entièrement composé d'Irlandais. La seconde
vague d'évictions, en 1814, ne rencontra pas de résistance. Bientôt les
revenus de lord Stafford dépassèrent la somme fantastique de £ 300 000-or. Le
roi lui décerna le titre de duc de Sutherland en 1833 ; il mourut quelques mois
plus tard au château de Dunrobin. Il eut des funérailles grandioses à la
cathédrale de Dornoch.
Ses descendants réussirent à maintenir le domaine presque intact jusqu'en
1914. Ensuite, l'incompétence et la prodigalité des ducs, plus encore que les
droits de succcession, ont précipité le démembrement du domaine, qui n'a
plus de nos jours que 40 000 ha, moins de 8 % de son extension maximale.
L'actuelle comtesse de Sutherland, héritière du dernier duc, s'efforce de
consolider les débris de ce domaine anglo-écossais, mais a dû se résigner à
vendre 400 ha en Staffordshire en 1981 et une partie du château de Dunrobin
en 1985 pour faire face aux demandes du fisc.
Les terres écossaises que les Sutherland durent jeter sur le marché pour
faire face à leurs déboires fiscaux et autres ont été en partie rachetées par les
Vestey (une famille de commerçants et d'entrepreneurs de Liverpool) et par
les ducs de Westminster.
Gerald Grosvenor, duc de Westminster, détient (toujours d'après le Sunday
Timesdu 2 avril 1989) la seconde fortune britannique et la dixième fortune BRITANNIQUE 457 CHRONIQUE
mondiale. Mais les landes de Pextrême-nord de l'Ecosse, si vastes soient
elles, n'en composent qu'une petite part. L'essentiel provient toujours de la
dot que son aïeule Mary Davies apporta en 1677 à l'occasion de son mariage
avec Thomas Grosvenor ; il s'agissait de 120 ha de champs et de jardins en
bordure de Londres, à Mayfair. Depuis, Mayfair est devenu le quartier
résidentiel le plus luxueux de Londres, un gros producteur de rentes. Les
Grosvenor possèdent aussi plus de S 000 ha de terres agricoles en Cheshire,
S 000 ha en Colombie britannique non loin de Vancouver, un ranch d'élevage
ovin en Australie et des immeubles de bureaux aux Iles Hawai.
Le plus grand propriétaire foncier britannique et européen serait de nos
jours le duc de Buccleuth and Queensberry, qui fut député d'Edimbourg avant
d'hériter du titre ducal en 1973. L'un de ses ancêtres choisit comme précepteur
de ses deux fils en 1764-66 le grand philosophe Adam Smith, le créateur de
l'économie politique libérale. La propriété foncière des Buccleuth n'a diminué
que de moitié depuis un siècle : 185 000 ha en 1872, près de 90 000 ha de
nos jours. La plus grande partie s'étend dans le sud-est de l'Ecosse autour de
Selkirk, le reste en Leicestershire et en Northamptonshire autour du château
de Boughton.
Si l'on en croit le Sunday Times, le comte de Seafield aurait (en
superficie) la seconde propriété britannique, dans l'ancien comté de Banff. Elle
a assez bien résisté à l'érosion du temps : 122 000 ha en 1872, 85 000 ha en
1967, 75 000 ha en 1988. Néanmoins, pour régler la succession de sa mère,
le comte dut vendre 8 000 ha en 1972 et les œuvres d'art accumulées dans le
château de Cullen House en 1975.
Plusieurs autres aristocrates détiennent de vastes étendues de moors et de
terres agricoles en Ecosse.
- le duc d'Atholl, 50 000 ha en Perthshire (contre 80 000 ha en 1872),
autour du château de Blair, près de Blair-Atholl.
- sir Donald Cameron, 26ème chef du clan Cameron, 42 000 ha autour de
Spean Bridge, au pied du Ben Nevis. Pendant la guerre civile un de ses
ancêtres, royaliste, tua un soldat de l'armée de Cromwell en le mordant au
cou.
- le capitaine Alwyne Farquharson, chef de clan lui aussi, a 40 000 ha en
Argyll, Perthshire et Aberdeenshire et 38 km de droits de pêche le long de la
rivière Dee, abondante en saumons.
- le duc d' Argyll, chef du clan Campbell et Conservateur du Sceau du
royaume d'Ecosse ; son domaine est passé de 70 000 ha en 1872 à 32 000 ha
en 1988, dans l'ancien comté d'Argyll autour du château d'Inveraray. Pour
régler la succession de son père, le duc dut se résoudre à vendre en 1979 111e
de Iona, 111e cathédrale de saint Colomba, point de départ du christianisme en
Ecosse. CMOINDROT 458
- le vicomte Cowdray, né Pearson. Ses 24 000 ha en Aberdeenshire et ses
7 000 ha en Sussex pèsent moins lourd peut être que sa participation dans le
Group Pearson, un groupe diversifié dans la presse économique et financière
(The Financial Times, The Economist, Les Echos), le banque (Lazards), le
vignoble (Château Latour) et l'industrie (la porcelaine Royal Doulton).
- le comte de Cawdor dont les biens fonciers, en Morayshire, sont passés
de 54 000 ha en 1872 à 22 000 ha en 1988.
- le duc de Roxburghe, beau-frère du duc de Westminster, qui a 22 000 ha
dans les Borders écossais.
- le comte de Stair dont les biens, autour de Stranraer, se sont contractés
de 46 000 ha en 1872 à 18 000 ha en 1988.
- le marquis de Bute (son ancêtre, le troisième marquis, fit de Cardiff le
plus grand port charbonnier du monde à la fin du XIXème siècle) possède la
plus grande partie de l'île de Bute et les terres adjacentes sur le Mainland, soit
environ 8 000 ha.
Bref, les quatorze personnalités citées ci-dessus (y compris la Reine)
détiennent ensemble un peu plus de 500 000 ha, soit 7 % de la superficie de
l'Ecosse. Deux familles roturières seulement ont réussi à se hisser à leur
niveau, les frères Vestey qui ont récupéré une partie de la succession
Sutherland, et un financier écossais, Mr Chris Moran qui possède 18 000 ha
au pays du whisky, dans la vallée de Glenfiddish.
V.- LES GRANDS DOMAINES DU NORD D E
L'ANGLETERRE.
La longévité de la grande propriété nobiliaire en Ecosse (en dépit de
l'inévitable contraction des superficies depuis un siècle) tient évidemment en
partie au très bas prix de l'hectare sur les terres les plus stériles.
Après enquête auprès du cabinet d'affaires Strutt & Parker, le Sunday
Times du 2 avril 1989 a eu l'heureuse idée de publier les prix moyen des
terres les meilleures et les moins bonnes dans les différentes régions
britanniques en décembre 1988. Les écarts inter-régionaux, relativement
faibles pour les meilleures (de £ 7 500 Ilia autour de Birmingham à £ 5 000
dans les Lowlands d'Ecosse) sont beaucoup plus marqués pour les mauvaises
terres (de £3 750 en Est Anglie à moins de £ 200 sur les moors des
Highlands).
Le bas prix des terres des Uplands d'Ecosse se prolonge dans le nord de
l'Angleterre en raison de la similitude du milieu naturel : hauts plateaux
éventés et pluvieux, végétation de lande, sols acides de faible fertilité. On
retrouve donc dans les trois comtés de Northumberland, Durham et Cumbria BRITANNIQUE 459 CHRONIQUE
la même chaîne causale que dans les hautes terres d'Ecosse : médiocre qualité
des sols, bas prix fonciers, ancienneté des très grands domaines, forte densité
des titres nobiliaires et des châteaux, location des chasses au coq de bruyère.
- Henri Percy, due de Northumberland, filleul de la Reine et neveu du duc
de Buccleuth, n'a pas moins de 32 000 ha en Northumberland, sans compter
son domaine de Syon Park dans le Grand Londres avec vue sur la Tamise et
un autre en Surrey. Les Percy résident au château d'Alnwick depuis 1309,
mais le titre ducal ne date que de 1766.
- le comte de Lonsdale a hérité en 1949 d'un domaine de 32 000 ha en
quasi-faillite en Cumbria, mais a réussi à le remettre à flot.
- le domaine des Portland est tombé en quenouille à la mort du septième
duc. Son centre est l'abbaye de Welbeck (Nottinghamshire) mais il s'étend
aussi en Northumberland, en Ecosse et en Irlande. C'est l'un des rares qui
aient gardé la même superficie de 1872 à nos jours (24 000 ha) grâce à
l'espacement des successions et sans doute aussi à la volonté de régler celles-
ci par la vente d'actifs non fonciers.
- le comte de Durham a renoncé à son titre nobiliaire en 1970 pour
pouvoir continuer à siéger aux Communs, mais il a conservé ses 22 000 ha
en Durham-Northumberland autour du château de Lambton.
- son voisin le baron Barnard a 20 000 ha en Durham, ainsi que les
châteaux de Raby et de Selaby.
- le vicomte Allendale a lui aussi deux châteaux, Allenheads et Bywell,
ainsi que 8 000 ha en Northumberland.
VI.- LES GRANDS DOMAINES DU SUD DE
L'ANGLETERRE.
Dans la moitié sud du royaume, les hauts prix du foncier et des pratiques
successorales moins inégalitaires interdisent la formation de domaines aussi
gigantesques (cf croquis ci-joint). Ils sont pratiquement absents du pays de
Galles et (à l'exception de l'apanage du duc de Cornwall) de la péninsule du
sud-ouest. Dans trois cas au moins, ils n'auraient pu se constituer sans la
faveur royale ou les remerciements de la nation.
Le domaine des Bedfoidtiouve son origine dans la dette de reconnaissance
que la royauté avait accumulée à l'égard de la famille Russell depuis qu'un
Guillaume Roussel se trouvait aux côtés de Guillaume de Normandie à la
bataille de Hastings en 1066. La dissolution des monastères et la confiscation
de leurs biens (1536) fournirent à Henri VIII l'occasion de manifester sa
générosité. Les Russell reçurent le titre de comte de Bedford, des terrains
ecclésiastiques à Londres et surtout l'abbaye de Woburn (Bedfordshire) avec
ses terres. Les Bedford devenus ducs se distinguèrent au XVIIème siècle par le