Les inégalités régionales dans le Venezuela - article ; n°84 ; vol.21, pg 749-759

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Tiers-Monde - Année 1980 - Volume 21 - Numéro 84 - Pages 749-759
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1980
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Sonia Barrios
Les inégalités régionales dans le Venezuela
In: Tiers-Monde. 1980, tome 21 n°84. pp. 749-759.
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Barrios Sonia. Les inégalités régionales dans le Venezuela. In: Tiers-Monde. 1980, tome 21 n°84. pp. 749-759.
doi : 10.3406/tiers.1980.3976
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1980_num_21_84_3976LES INÉGALITÉS RÉGIONALES
DANS LE VENEZUELA ACTUEL
par Sonia Barrios*
I. — SITUATION ACTUELLE ET TENDANCES PRÉVISIBLES
La plupart des diagnostics qui ont été réalisés au Venezuela lors
de la présente décennie1, portant sur la problématique régionale, attribuent
les inégalités observées entre les différents sous-espaces nationaux à la
relation de dépendance existant à l'égard des pays capitalistes hégémon
iques et à la dynamique résultant du libre jeu des forces du marché. Pour
empêcher que cette situation — considérée comme un obstacle à la
réussite d'un ensemble d'objectifs sociaux — ne s'aggrave, le Ve Plan,
publié au début de 1976, a pour objectif de restaurer l'indépendance
économique nationale et de permettre une action régulatrice de l'Etat,
énergique et adéquate. En effet, il y est dit que : « Les succès quantitatifs
atteints dans les différents secteurs de la production, qui ont été promus
par les politiques de développement mises en œuvre jusqu'à ce jour, n'ont
pas corrigé les profonds déséquilibres régionaux existant dans la distr
ibution de la richesse, la production et le bien-être. Le modèle de dévelop
pement conventionnel a stimulé la croissance industrielle et commerciale
dans les régions côtières, proches des ports internationaux par où sont
importés les approvisionnements nécessaires à l'industrie et au com
merce au cœur même des marchés les plus riches. »
« Les nationalisations des industries du pétrole et du fer créent les
conditions indispensables pour conduire le développement de notre
société en fonction des objectifs économiques de l'Etat, qui ont été
* Centre d'Etudes du Développement, cendes. Cet article reprend une communication
faite en 1977 à un séminaire cendes clacso.
1. Particulièrement ceux élaborés par cendes, cordiplan.
Revue Tien Monde, t. XXI, n° 84, Octobre-Décembre 1980 75° SONIA BARRIOS
établis par la Constitution. Cependant, ces processus ne garantiraient
pas à eux seuls la réalisation des buts fixés, si devait persister dans le pays
la même structure de distribution et d'allocation des ressources nationales. »
« Le nouveau concept de planification tendra à réorganiser la product
ion des différents secteurs, dans le but d'appuyer solidement la conquête
d'une meilleure qualité de vie biologique et intellectuelle des Vénézué-
Maracaibo La Guaira Costa ,*
oriental
del Lago i CAS Ptp la Cruz
Barcelona
S. Cristobal- X * ř S. La Anton Fria io- С Bolivar
С Guayana
*■ ^ »
*3
Fig. i. — Politique ď aménagement du territoire
1. Zone d'expansion limitée où se trouve interdite l'installation de nouvelles industries à
l'exception de la petite et moyenne entreprise et où est encouragé le départ des plus grandes
industries vers des destinations de leur choix.
2. Zone de croissance autosoutenue où les zones qui ne sont pas comprises dans l'axe Puerto
Cabello - Valencia - Maracay feront l'objet de stimulants limités.
3. Zone de stimulants préférentiels constitués par 32 centres habités considérés comme prio
ritaires pour la déconcentration industrielle, le développement de l'agro-industrie et la
décentralisation administrative du secteur public. Cependant, étant donné que les efforts
ne doivent pas être dispersés dans l'étape initiale du plan, les premières zones prises en charge
seront celles ayant des effets multiplicateurs locaux les plus importants. En conséquence,
tous les efforts tendront à stimuler les cinq principales concentrations urbaines du pays
(y compris celles appartenant à l'axe Caracas- Valence), pour lesquelles il existe déjà des
projets concrets. Pour les villes restantes, les actions qui doivent être réalisées n'ont été
encore formulées que d'une manière générale.
4. Zone de stimulants spéciaux, elle porte sur le reste du territoire non encore incorporé
dans ces trois autres zones (1). LES INÉGALITÉS RÉGIONALES 75 I
liens, sur la base d'une utilisation rationnelle, de nos propres richesses
physiques et humaines, de l'adaptation et de la création de technologies
nationales et de l'utilisation intégrale du potentiel économique de toutes
les régions »2.
Il est important de noter que le Ve Plan répond à une situation histo
rique très concrète, existant depuis 1973 en raison de la combinaison de
deux faits conjoncturels d'une extrême importance. L'un d'eux présente
un caractère économique et est la résultante de la hausse des prix du
pétrole qui pousse le pays vers une nouvelle phase d'expansion accélérée.
L'autre présente un caractère politique et consiste en l'accès au pouvoir
du parti Action Démocratique qui, comptant essentiellement sur la major
ité au Parlement et s'appuyant sur des secteurs économiques puissants,
est engagé dans la mise en place d'un modèle de capitalisme « dévelop-
pementiste » avec forte participation de l'Etat.
Un projet d'une telle nature et d'une telle envergure doit avoir
comme objectif immédiat et prioritaire d'empêcher que ne s'accentuent
les contradictions déjà existantes dans la société vénézuélienne, en parti
culier celles perçues à l'échelle régionale. La mise en œuvre d'une telle
politique entraînera la division du pays en quatre parties, chacune d'elles
étant sujette à une action différente de l'Etat se fixant comme objectif
la redistribution de la population et des activités dans l'espace national.
Bien que ni la stratégie, ni les objectifs ne diffèrent réellement de
ceux préconisés par les précédents gouvernements, on peut relever
cependant deux éléments qui ont été essentiels pour expliquer la confi
guration régionale actuelle du Venezuela : l'accent mis sur certains
programmes accompagné de la capacité toujours plus forte de les financer.
1) Les stimulants substantiels qui sont octroyés en vue du développement des
activités agricoles y dans le prétendu but d'élever les niveaux de vie de la population
rurale et de diminuer les migrations campagne-ville.
Pour se faire une idée de l'importance des ressources financières des
tinées par le secteur public au développement de ces activités3, il suffit
de signaler qu'ils représentent, pour la période 1973-1975, plus de 80 %
du PiB agricole de la même période. C'est grâce au soutien très ferme de
l'Etat que le secteur agricole — faiblement lié au processus de dévelop
pement capitaliste observé à l'échelle nationale et à l'échelle interna-
2. CORDIPLAN, Ve Plan de la Nation, jgy6-ig8o, Caracas, mars 1976, pp. 8, 14 et 15.
3. Près de 3 500 $ pendant le laps de temps cité. S'il est certain que 40 % de ces res
sources ont été consacrées à d'autres buts, si le montant restant tut effectivement consacré
à l'agriculture, il s'agit tout de même d'une somme considérable. 752 SONIA BARRIOS
tionale — a pu répondre à la demande suscitée par le processus interne
d'industrialisation et la crise mondiale de l'alimentation4.
En conséquence, des groupes d'entrepreneurs d'origines les plus
diverses, désireux d'étendre ou de diversifier leurs activités, orientent leurs
investissements vers un secteur qui ne leur avait pas semblé jusque-là
présenter une grande possibilité d'accumulation capitaliste.
Deux éléments indiquent bien le nouveau rôle que joue l'agriculture;
d'une part, la présence déjà observée du capital étranger à la campagne
et, d'autre part, les taux élevés de croissance qu'enregistre le secteur
agricole dans les années 1974 et 1975 ; 8,0 et 9 % annuels à prix constant.
Cette expansion est interrompue momentanément en 1976 du fait de
l'incidence de facteurs d'ordre climatologique sur une activité qui pour
des raisons d'ordre structurel (infrastructure physique et de service insuf
fisante, adoption de cultures et de technologies inadaptées aux conditions
écologiques du pays, etc.) est très sensible aux changements climato-
logiques. Cependant, déjà en 1977 on pronostiquait la reprise de la
croissance.
Au niveau spatial cela entraîne le renforcement et la réorganisation
des zones traditionnellement vouées aux activités agricoles et en parti
culier l'expansion de la frontière agricole5. Ces deux actions sont conduites
par des agents régionaux et extra-régionaux, la participation de ces
derniers apparaissant comme de plus en plus importante. Mais parce
l'idée d'implantation d'une agriculture commerciale très technique est
sous-jacente à ce processus, l'occupation du territoire crée inévitablement
la concentration des revenus et l'expulsion des paysans et petits propriét
aires des zones rurales6. Ces résultats montrent que les buts atteints dans
la dimension territoriale par les politiques de développement menées à
bien dans les zones rurales ne sont pas nécessairement associés au succès
des objectifs sociaux qu'elles s'étaient fixés.
2) Actions directes et indirectes de l'Etat dans le secteur industriel et dans le
secteur de la construction pour obtenir la redistribution des activités sur le ter
ritoire national.
Pour évaluer valablement les premiers résultats des politiques de
déconcentration industrielle, il faut d'abord examiner le comportement
4. En réalité, ce processus commence à se renforcer à la fin des années 1940. Cependant,
il faut souligner la dimension sans précédent qu'il prendra dans les examinées.
5. De façon évidente, il existe encore de vastes zones en marge de la croissance agricole
mentionnée mais leur importance actuelle n'est pas évaluée valablement.
6. Selon les deux derniers recensements agro-pécuaires réalisés au Venezuela entre 1961
et 1971, 20 % des petites exploitations disparaissent. Les années suivantes, la réorganisation
des propriétaires agricoles s'est poursuivie. LES INÉGALITÉS RÉGIONALES 753
Maracaibo
„....■'
2. — Processus du développement territorial Fig.
de Г agriculture commerciale
des agents sur lesquels repose la responsabilité de les rendre effectives.
En ce qui concerne le secteur public, ce dernier, mettant en œuvre
ses propres orientations stratégiques, décide de localiser dans les cinq
capitales définies comme étant des zones prioritaires pour le processus
de déconcentration quelques-uns des macroprojets industriels que ce
secteur prend en charge dans la présente décennie : sidérurgiques,
métal-mécaniques, pétrochimiques et navals, entre autres.
De façon complémentaire, ce même secteur commence à mettre en
œuvre un programme ambitieux d'investissements en faveur de l'infr
astructure et de l'équipement dans les zones urbaines et rurales qui feront
l'objet d'un développement industriel et agricole planifié.
Très différente est la réponse du secteur privé qui — on aurait pu
l'espérer — devait seconder l'action de déconcentration de l'Etat. On
s'aperçoit que les différents stimulants fiscaux, financiers, technologiques
et d'infrastructure octroyés jusqu'à ce jour, n'ont eu que des effets très
limités et sélectifs quant à leur capacité de favoriser les transferts — du
centre du pays vers la province — des activités des particuliers. Des
développements industriels dans des zones qui, tout en formant partie
de l'expansion naturelle de la Zone centrale, ont été classées comme des SONIA BARRIOS 754
zones périphériques, constituent des exceptions assez importantes de ce
que nous avons affirmé précédemment, et bénéficient du double avantage
d'appartenir à cette zone et de l'ensemble des stimulants auparavant
mentionnés. Cette dernière mesure a permis de rendre viable la
déconcentration d'un groupe d'entreprises, en particulier de celles de
moindre importance pour lesquelles la localisation optimum se situe
encore dans les grands centres urbains.
Du fait de la persistance officiellement d'objectifs et d'actions de
déconcentration et du fait du grand poids de l'Etat dans la dynamique
économique nationale, la future localisation des entreprises publiques
devait transformer la configuration spatiale du Venezuela dans les années
à venir. En particulier, on peut espérer que les grandes entreprises,
nationales et étrangères, qui paraissent jouir d'une plus grande autonomie
eu égard aux économies d'agglomération viennent, stimulées par
l'action de l'Etat, s'installer dans les villes intermédiaires.
Deux faits déjà vérifiés : a) la croissance démographique rapide que
présentent les cinq capitales régionales bénéficiant de la déconcentration
industrielle, et b) les déclarations de personnalités officielles montrant
que, pour la première fois dans l'histoire récente du pays, 60 % des nou
veaux projets dans le secteur de la construction sont en train d'être
réalisés en province, prouvent les tendances que nous avons signalées.
Cette situation nous montre que le réaménagement sera essentiellement
dû aux initiatives d'un agent n'appartenant pas aux zones périphériques.
3) Les effets spatiaux de l'élévation substantielle du niveau des revenus d'une
partie de la population vénézuélienne.
Comme cela est bien connu, le modèle de développement imposé par
les secteurs dominants agissant de connivence avec l'Etat, implique un
renforcement de la concentration des revenus existant déjà dans le pays.
Cependant, les niveaux élevés des revenus moyens et la formation d'une
couche sociale moyenne possédant un important pouvoir d'achat
semblent être des caractéristiques spécifiques de la Société vénézuélienne,
eu égard aux autres pays d'Amérique latine.
Actuellement, ces deux caractéristiques se sont accentuées, créant
une forte augmentation de la demande globale de biens et services, parmi
lesquels ceux d'habitat et de loisirs. Etant donné qu'au même moment
l'économie nationale accuse les effets d'un processus inflationniste crois
sant, une partie des revenus complémentaires des classes les plus favo
risées s'est orientée vers l'acquisition d'immeubles et de terres dans des
zones séduisantes du point de vue touristique et écologique. De cette
façon, ces secteurs sociaux tentent d'éviter que leurs dépenses non pro- LES INÉGALITÉS RÉGIONALES 755
ZONE
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Fi g. 3. — "Processus de la progression territoriale
de la consommation individuelle et collective
ductives, médiates ou immédiates, ne viennent contredire leurs besoins
objectifs de capitalisation. Ce comportement est encore plus compréhens
ible si l'on considère que — étant donné les conditions structurelles
dans lesquelles l'appareil de production se développe — la plus grande
partie des capitaux sont consacrés à des spéculations leur rapportant
d'importants profits.
Ceci a donné lieu à l'envahissement de la frange côtière, en partant
des zones les plus rapprochées de la capitale nationale et jusqu'à l'est
et l'ouest du pays par un processus très dynamique favorisé par l'existence
d'un excellent réseau routier. De même, on peut observer dans une
grande partie des aires rurales entourant la zone à laquelle il est fait
référence des changements des modes de production dus aux nouveaux
modes de consommation. La revitalisation de petits groupes de populat
ion, qui constituaient des centres de services pour les activités agricoles,
et les déplacements massifs de population qui sont observés régu
lièrement dans les zones concernées et l'agglomération centrale repré
sentent des manifestations secondaires — mais pas moins significatives
pour autant — des phénomènes que nous avons notés. Ceux-ci, dans leur
ensemble, rendent compte de la progression territoriale qu'implique la SONIA BARRIOS 756
reproduction matérielle des secteurs sociaux mentionnés dans l'étape
actuelle du modèle de développement capitaliste qu'est en train de vivre
le Venezuela.
II. — LA RÉALITÉ VÉNÉZUÉLIENNE
ET LA PENSÉE DOMINANTE DANS LE DOMAINE RÉGIONAL
On peut donc, d'un point de vue traditionnel, considérer que les
inégalités régionales sont en voie de réduction. Si nous disposions de
statistiques récentes à l'échelle nationale, nous aurions trouvé que cer
tains indicateurs régionaux, comme par exemple le produit ou l'emploi,
s'écartent moins d'une valeur moyenne et que la population vénézuél
ienne, bien que concentrée dans un petit nombre de villes, est mieux
répartie sur le territoire national.
Mais la caractéristique de cette nouvelle situation est qu'elle entraîne,
dans le domaine social, l'aggravation des inégalités déjà existantes.
Comment concilier alors le fait que, dans le Venezuela actuel, la dimi
nution des déséquilibres interrégionaux s'accompagne d'une accentua
tion des sociaux avec l'affirmation réitérée que la réalisation
de la première condition constitue un pas indispensable pour dépasser
ces derniers ?
Nous pensons que la réponse à cette question doit être recherchée
dans l'examen des exigences concrètes et spécifiques que pose la progres
sion du mode de production capitaliste dans le temps et dans l'espace.
S'agissant d'un système dont la dynamique est sans cesse excluante et
sélective sur le plan social, les contradictions qui en découlent se manif
estent différemment dans l'espace selon le niveau de développement des
forces productives à une période déterminée.
Dans la ligne de ce qui a été antérieurement, nous désirons relever
que les inégalités régionales expriment les différents degrés et formes
d'intégration (ou ce qui revient au même, d'exclusion) des agents sociaux
se trouvant historiquement, par rapport à ceux qui contrôlent les activités
de pointe du système capitaliste, à une étape précédant la pénétration
complète ou la formation des grands conglomérats économiques à
l'échelle nationale. C'est précisément le moindre développement relatif
des techniques productives, des moyens de transport et de communic
ation et des formes d'organisation des entreprises qui, contrairement à
l'actuel, caractérisaient le développement du capitalisme mondial jusqu'à
il y a trois décennies — ce qui fait que le champ d'action des agents
économiques se trouve limité au niveau sectoriel et au niveau spatial.
L'existence d'espaces politico-nationaux et la possibilité de leur manipu- LES INÉGALITÉS RÉGIONALES 757
lation en fonction des intérêts dominants, ainsi que la grande importance
du facteur distance dans l'interaction des groupes sociaux représentent
quelques-uns des éléments, dus à la situation antérieure, qui expliquent
non seulement la plus grande hétérogénéité sociale des pays capitalistes
périphériques dans l'étape considérée, mais aussi le fait que cette hété
rogénéité se manifeste dans les inégalités interrégionales.
Il est important de noter ici que les critères servant à délimiter les
régions et à choisir l'ensemble des indicateurs qui les caractériseront ont,
de façon évidente, une grande importance pour l'analyse historique du
phénomène que nous examinons. Nous ne devons pas perdre de vue
pour autant que dans le laps de temps auquel nous nous référons,
lorsque les déséquilibres interrégionaux se présentaient comme l'une
des manifestations spatiales, mais significatives de l'articulation des
différentes structures composant une formation sociale nationale, tout
découpage spatial arbitraire de l'ensemble reproduirait les inégalités
sociales inhérentes à cette dernière. Cela est si vrai que les différentes
études régionales réalisées au Venezuela et qui sont parties des unités
d'analyse les plus disparates : districts, Etats, régions économiques et
régions-plans convergent pour souligner la présence des déséquilibres
notés. Plus encore, s'il existait une délimitation régionale quelconque
permettant de nier l'existence de cette situation, elle aurait certainement
été utilisée comme contre-argument par ceux qui, à partir de différentes
positions, diffèrent sur l'instrument théorique et analytique utilisé pour la
détecter.
Malgré l'intérêt de ce débat, qui met en cause le rôle attribué aux
régions à l'intérieur de la dynamique sociale, nous cherchons plutôt ici
à tirer les enseignements du processus actuel de progression du capita
lisme au Venezuela. C'est la vigueur de son développement et les rapides
modifications qu'il entraîne dans tous les domaines de la vie sociale qui
font que le cas vénézuélien se présente comme le modèle de ce que seront
dans l'avenir les pays d'Amérique Latine traversant actuellement des
phases antérieures ou moins dynamiques du même processus.
A cette fin, nous insistons sur deux aspects qui nous paraissent perti
nents. U s'agit d'une part, du fait que la déconcentration spatiale en cours
répond essentiellement à un débordement du « Centre » et est commandée
par ses deux principaux acteurs : l'Etat et le capital monopolistique
national et international. Ce est rendu viable grâce à la
concentration des capitaux en train de se réaliser à l'échelle mondiale,
avec la plus grande souplesse en ce qui concerne la localisation des acti
vités économiques dans l'espace, que permet le développement des
forces productive accompagnant cette concentration. Des effets secon-