Les Mots : « Soi-même comme un autre » - article ; n°1 ; vol.50, pg 231-245
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1998 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 231-245
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1998
Nombre de lectures 37
Langue Français

Exrait

Rhiannon Goldthorpe
Les Mots : « Soi-même comme un autre »
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1998, N°50. pp. 231-245.
Citer ce document / Cite this document :
Goldthorpe Rhiannon. Les Mots : « Soi-même comme un autre ». In: Cahiers de l'Association internationale des études
francaises, 1998, N°50. pp. 231-245.
doi : 10.3406/caief.1998.1321
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1998_num_50_1_1321LES MOTS:
« SOI-MÊME COMME UN AUTRE »
Communication de Mme Rhiannon GOLDTHORPE
(Université d'Oxford)
au XLIXe Congrès de l'Association, le 10 juillet 1997
Pour apprécier le statut du soi dans l'œuvre de Sartre,
et surtout dans Les Mots, il faudrait suivre l'évolution de
la pensée sartrienne à partir de l'essai philosophique La
Transcendance de l'Ego (publié en 1937), et faire allusion,
brièvement, à la théorie de l'ipséité esquissée dans un
passage fondamental de L'Etre et le Néant (1943). Il fau
drait aussi constater que cette évolution est faite de
continuités et de ruptures, dont la transition entre les
deux ouvrages autobiographiques, les Carnets de la drôle
de guerre (écrits en 1939-40) et Les Mots (1964), n'est ce
rtainement pas la moins intéressante. Je ne m'attarderai
pas sur la genèse et la composition des Mots, qui ont été
analysées si magistralement par Michel Contât et ses
collègues dans un beau livre : Pourquoi et comment Sartre
a écrit « Les Mots » (1). Mon propos principal sera de
situer Les Mots dans la problématique sartrienne du soi
et surtout de l'altérité du soi — une problématique tou-
(1) Pourquoi et comment Sartre a écrit « Les Mots » : Genèse d'une autobiograp
hie, publié sous la direction de Michel Contât, Paris, Presses Universitaires
de France, 1996. 232 RHIANNON GOLDTHORPE
jours capitale pour la réflexion philosophique et littérai
re de notre époque (2).
*
* *
Si nous consultons le Dictionnaire Robert nous trou
vons sous la rubrique « soi, philosophique » les défini
tions suivantes : « tout sujet de personne » ; « la présence
à soi » ; « la conscience, la personnalité, le moi de chacun,
de chaque sujet » ; « l'être en tant qu'il est pour lui-
même ». Autant de cercles vicieux, semble-t-il, surtout
en ce qui concerne la conception sartrienne du soi. Car
dès l'abord Sartre établit une distinction fondamentale
entre la conscience et l'Ego ; pour le jeune Sartre la
conscience est impersonnelle, l'Ego, dont le Je et le Moi
constituent les deux faces, loin d'être le sujet de la
conscience, est un objet pour la conscience : « l'Ego n'est ni
formellement ni matériellement dans la conscience : il est
dehors, dans le monde ; c'est un être du monde, comme
l'Ego d'autrui » (3). Au niveau le plus fondamental le soi
est déjà « comme un autre ». La conscience, donc, n'est
pas le soi ; de plus, les états, les qualités — le caractère, en
somme — du soi sont du côté de l'Ego ; ils n'appartien
nent pas en propre à la conscience. Celle-ci n'est qu'une
activité spontanée, translucide. Toutefois, ce sont les actes
(2) C'est pour cette raison que j'ai eu la témérité d'adopter le titre du livre
de Paul Ricœur : Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, Í990. Pour Sartre, la
conscience n'est jamais « la même » car l'altérité habite le cœur même de la
conscience. C'est cette altérité qui rend possible notre conscience de l'exi
stence d'autrui : « Que peut-être, en effet, l'altérité, sinon le chassé-croisé de
reflété et de reflétant que nous avons décrit au sein du pour-soi, car la seule
façon dont l'autre puisse exister comme autre, c'est d'être conscience (d')être
autre. L'altérité est, en effet, négation interne et seule une peut se
constituer comme négation interne » (L'Etre et le Néant, Paris, Gallimard,
1943, p. 712).
(3) La Transcendance de l'Ego : Esquisse d'une description phénoménologique,
(1936-37), éd. Sylvie Le Bon, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1965, p. 14. LES MOTS 233
de réflexion de la conscience impersonnelle et réfléchis
sante, les actes de ce que Sartre appelle la réflexion impur
e, qui font naître le Moi dans la conscience réfléchie. Et le
Moi ainsi créé comme objet pour et par la conscience a
pour fonction de masquer la spontanéité impersonnelle et
la liberté de la conscience, et de lui imposer une unité en
vérité fugace, factice et illusoire. Mais s'il arrive à la struc
ture de l'Ego de s'effondrer, cet effondrement révèle la
« liberté vertigineuse » de la conscience : « ce vertige n'est
compréhensible que si la s'apparaît soudain à
elle-même comme débordant infiniment dans ses possibil
ités le Je qui lui sert d'unité à l'ordinaire » (4). Cette intui
tion est l'effet de ce que Sartre appelle « la réflexion
pure », qui suspend notre croyance dans l'unité illusoire
de l'Ego, qui provoque l'angoisse, et qui révèle « une
conscience absolue [qui] lorsqu'elle est purifiée du Je, n'a
plus rien d'un sujet » (5). Et Sartre de citer la « fameuse
phrase » de Rimbaud : « Je est un autre » (6).
Or, on pourrait soutenir que la création de l'Ego par la
conscience opérant un acte de réflexion impure a des
conséquences à la fois psychologiques, épistémologiques,
éthiques et littéraires. C'est la réflexion pure qui révèle la
liberté de la conscience et qui nous délivre de « la vie inté
rieure » (7), de la « philosophie douillette de l'imma
nence » et des « dorlotements de l'intimité » (8) que Sartre
avait tant en horreur ; c'est dans la réflexion impure ou
complice que la conscience, comme nous l'avons vu,
essaie de construire pour elle-même une unité cohérente
de dispositions psychiques qui créerait un caractère stable
et consistant. Sartre affirme que c'est l'Ego, ainsi constitué
par la réflexion impure, qui est le sujet du journal intime,
et l'objet prétendu de l'introspection, et qui fournit la
(4) Ibid., p. 81.
(5)p. 87.
(6) Ibid., p. 78.
(7)p. 74.
(8) « Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : L'Inten-
tionnalité », Situations I, Paris, Gallimard, 1947, p. 34. 234 RHIANNON GOLDTHORPE
matière de la vie intérieure. En fait, la conscience se trom
pe lorsqu'elle croit que l'Ego puisse lui fournir l'identité à
laquelle elle aspire, et qui supprimerait la liberté, ou
entraînerait son reniement. Pourtant, l'Ego peut offrir un
refuge, dans la mauvaise foi, contre l'angoisse provoquée
par la liberté et par le manque d'identité — un refuge
inauthentique en ce que nous nous persuadons que les
états et les qualités de l'Ego déterminent nos conduites et
nos choix. Sartre insiste sur l'inauthenticité d'un tel com
portement dans L'Etre et le Néant, où il reste fidèle à la
conception de l'Ego déjà exposée. Toutefois, nous consta
tons à la fois une rupture et une évolution majeure dans la
pensée de Sartre entre l'essai sur la Transcendance de l'Ego
et L'Etre et le Néant — entre 1937 et 1943. Dans L'Etre et le
Néant, Sartre affirme de la conscience — rigoureusement
impersonnelle dans La Transcendance, comme nous l'avons
vu — que,
dès qu'elle surgit, la conscience par le pur mouvement néan-
tisant de la réflexion se fait personnelle : car ce qui confère à
un être l'existence personnelle, ce n'est pas la possession
d'un Ego — qui n'est que le signe de la personnalité — mais
c'est le fait d'exister pour soi comme présence à soi (9).
Toutefois, « la présence à soi » proposée par Sartre n'est
pas ce qu'elle paraît au premier abord. C'est que mainte
nant la conscience se projette vers la possibilité d'une pré
sence à soi qu'elle ne pourrait jamais atteindre : un projet
qui implique une nouvelle distinction radicale entre le
soi/ Ego (le soi inauthentique que nous connaissons d

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