Les progrès de la psychophysique - article ; n°1 ; vol.13, pg 18-50

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L'année psychologique - Année 1906 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 18-50
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1906
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Foucault
Les progrès de la psychophysique
In: L'année psychologique. 1906 vol. 13. pp. 18-50.
Citer ce document / Cite this document :
Foucault . Les progrès de la psychophysique. In: L'année psychologique. 1906 vol. 13. pp. 18-50.
doi : 10.3406/psy.1906.1286
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1906_num_13_1_1286II
LES PROGRÈS DE LA PSYCHOPHYSIQUE :
L'ÉVOLUTION DES IDÉES DIRECTRICES.
La psychophysique n'a jamais constitué, à beaucoup près,
toute la psychologie expérimentale. Toutefois, pendant la
période qui suivit immédiatement la fondation des premiers
laboratoires de psychologie, surtout de 1880 à 1890 environ,
les déterminations de seuils d'excitation et de seuils différent
iels, les expériences en vue de contrôler la loi de Weber, les
discussions sur ses limites et sa signification, les théories sur
la mesure des sensations et sur les méthodes qu'il convient d'y
appliquer, furent l'objet de travaux extrêmement nombreux.
Les travaux de ce genre, ceux du moins qui étaient consacrés
à ces questions d'une manière exclusive ou prédominante,
devinrent dans la suite beaucoup plus rares1. Mais, depuis
deux ou trois ans, il a été publié sur la psychophysique plu
sieurs ouvrages étendus et un certain nombre d'articles dans
diverses revues.
L'un de ces ouvrages, celui de G. E. Müller*, s'occupe
exclusivement des méthodes; mais, outre son importance à ce
point de vue, il apporte par ailleurs certaines idées partiell
ement ou entièrement nouvelles, soit sur le but de la psycho
physique, soit sur les forces qui entrent en jeu dans la com
paraison des excitations et dans le jugement par lequel cette
comparaison se termine. 11 faut y rattacher des recherches expé
rimentales que Müller a inspirées et dirigées, celles de Fröbes3,
1. Il faut faire exception pour les déterminations, approximatives ou
passablement exactes, de seuil d'excitation; ces mesures sont demeurées
d'usage courant, parce qu'elles sont entrées dans la pratique scientifique
comme moyens d'information.
2. G. E. Müller, Die Gesichtspunkte und Thatsachen der psychophysi-
IIe schen année, Methodik 2" partie), (Extrait 1904. de Asher et Spiro, Ergebnisse der Physiologie,
3. J. Fröbes, Ein Beitrag über die sogenannten Vergleichungen über
merklicher Empfindungsunterschiede, Z. f. Psychol. u. Physiol. d. Sinnes
organe, XXXVI, 241-268, 344-380, 1904. FOUCAULT. — LES PROGRÈS DE LA PSYCHOPHYSIQUE 19
Katz i et Jacobsohn 2, ou qui ont été faites en vue de contrôler
ses théories, comme celles de Kobylecki 3.
Sur les méthodes encore il faut signaler des articles de
Rigoni*, G. F. Lipps5, Ziehen6, Holt7, et la discussion par
G. F. Lipps8 du livre de Müller. A l'article de Ziehen se rattache
la recherche expérimentale de Höfer9.
Le livre d'Aliotta10 forme un exposé historique et critique
clairement conduit des efforts faits pour donner une place
à la mesure dans la psychologie expérimentale. La première
partie, la plus étendue, est consacrée à la psychophysique ; la
deuxième à la psychochronométrie; la troisième à la psycho
dynamique (ici trouvent place les mesures du travail muscul
aire correspondant à l'activité psychique, de la mémoire, de
la force des associations, de l'attention, de l'inhibition psy
chique, du champ de conscience, du travail mental, etc.); la
quatrième partie enfin, sous le nom de psychostatistique,
traite brièvement de l'application de la statistique à la psy
chologie. — On peut y rattacher une étude expérimentale du
même auteur, faite sous la direction de son maître F. de Sarlo,
sur le sens du temps11.
La deuxième partie du Manuel de laboratoire de Titchener l2
contient, dans une longue introduction, une étude historique
1. D. Katz, Experimentelle Beiträge zur Psychologie des Vergleichs ira
Gebiete des Zeitsinns, Z. f. PsychoL, XL1I, 302-340, 414-430, 1906.
2. S. Jacobsohn, Ueber subjektive Mitten verschiedener Farben auf
Grund ihres Kohärenzgrades, Z. f. PsychoL, XLIII, 40-95, 204-229, 1906.
3. S. Kobylecki, Ueber die Wahrnehmbarkeit plötzlicher Druckände
rungen, Psychologische Studien, 1, 219-304, 1905.
4. G. Rigoni, I metodi psicofisici, Rivista filosofica, VI, 78-91, 1903.
5. G. F. Lipps, Die Massmethoden der experimentellen Psychologie,
Archiv f. d. g es. PsychoL, III, 153-243, 1904. Lipps a publié antérieure
ment, sous le titre de Grundriss der Psychophysik (1899), un petit traité
où se trouvent exposées, sans considérations historiques, ses vues sur les
problèmes psychophysiques.
6. Th. Ziehen, Einige Bemerkungen zur Anvendung der Methode der
richtigen Monatsschrift und f. Psychiatrie falschen Fälle und Neurologie, bei psychologischen Janv. 1904, p. Untersuchungen, 64.
7. E. B. Holt, The classification of psycho-physic Methods, PsychoL
Review, XI, 343-369, 1904.
8. Archiv f. d. ges. PsychoL, III, Literaturbericht, 33-45, 1904.
9. G. A. Höfer, Untersuchungen über die akustische Unterschiedsempf
Psychosen indlichkeit und des Neurosen, Weber-Fechnerschen Z. f. Ps. u. Ph. Gesetzes d. S., bei XXXVI, normalen 269-293, Zuständen, 1904.
10. A. Aliotta, La Misura in psicologia sperimentale, 1905.
11. Id., Ricerche sperimentali sulla percezione degli intervalli di tempo,
Ricerche di Psicologia de F. de Sarlo, I, 1-69, 1905.
12. E. B. Titchener, Experimental Psychology, 2s vol., Quantitative Expe
riments, Part I, Student's Manual Part II, Instructor's Manual, 1905. MEMOIRES ORIGINAUX 20
et eritique de la psychophysique, ainsi qu'une reconstruction
nouvelle. De plus, sur les 28 expériences décrites, il en est 23
qui ont pour but des mesure psychophysiques : les 5 autres
concernent le temps de réaction.
Enfin, dans un gros volume i, un des anciens critiques de
Fechner, Gutberlet, expose, sous le titre de Psy chop hysik,
l'historique et l'état présent des principales questions de la
psychologie expérimentale. Il traite de la mémoire, de l'atten
tion, du sommeil et du rêve, des émotions, de la lecture et
de l'écriture : mais ces sujets, qui n'appartiennent à la psy
chophysique que si l'on en étend considérablement le domaine,
n'occupent cependant qu'environ le dernier tiers du livre,
et les deux autres tiers sont consacrés, l'un aux différentes
espèces de sensations, l'autre à la psychophysique fechné-
rienne. Ce livre est presque exclusivement un travail d'expos
ition, la critique personnelle de l'auteur est très réduite et se
borne à peu près à défendre les dogmes catholiques contre
certaines idées métaphysiques rattachées à des théories psy
chophysiques. Gutberlet ne prétend d'ailleurs pas faire œuvre
de chercheur original, il veut seulement rendre accessible à
un plus grand nombre de lecteurs le genre d'études dont
il s'occupe ; mais son livre témoigne de l'intérêt qui s'attache
toujours en Allemagne à la psychophysique.
Je ne me propose pas de faire une analyse objective de tous
ces travaux : je voudrais avant tout en dégager ce que je
considère comme réalisant, ou au moins comme indiquant, un
progrès dans l'évolution des idées directrices. Je m'occuperai
plus tard des progrès réalisés par ces travaux dans la consti
tution des méthodes et dans l'analyse des faits. Eventuelle
ment j'entends exercer mon droit de critique.
Fechner pensait créer dans la psychophysique une science
nouvelle, intermédiaire entre la physique et la physiologie
d'une part, la psychologie de l'autre; cette science devait
établir des relations mathématiques entre le physique et le
psychique, et par conséquent s'appuyer sur la mesure des
faits psychiques, ou au moins des sensations. Si donc on se
propose de faire servir les mesures de seuils ou de seuils
différentiels exclusivement à l'analyse et à l'explication des
1. G. Gutberlet, Psychophysik, 1905. FOUCAULT. — LES PROGRÈS DE LA PSYCHOPHYSIQUE 21
faits psychiques, c'est-à-dire à la détermination des lois psy
chologiques, on abandonne le point de vue psychophysique
pour se placer au point de vue psychologique.
G. E. Müller et G. F. Lipps restent au point de vue psycho
physique.
Müller s'est expliqué antérieurement sur sa conception de
la psychophysique, d'une façon implicite dans son premier
ouvrage *, où il s'occupait avant tout de la loi de Weber, d'une
façon beaucoup plus explicite dans les articles où il a exposé
sa théorie des sensations visuelles*. La psychophysique de
Müller est ce que Fechner appelait la interne,
elle est la science des relations entre les états psychiques
et les processus psychophysiques, c'est-à-dire les processus
cérébraux qui les accompagnent. Cela ne veut pas dire que
Müller rejette aujourd'hui la psychophysique externe, au
point de vue de laquelle il proposait en 1878 une formule
corrigée de la loi logarithmique dans laquelle l'intensité de
la sensation était exprimée en fonction de l'excitation. Mais,
comme on le verra tout à l'heure, il est loin aujourd'hui
d'admettre toutes les opinions en cours chez la plupart des
psychophysiciens sur la faculté d'apprécier les différences
d'intensité entre les sensations et sans doute aussi les égalités
d'intensité. En tout cas, les considérations sur les principes
de la psychophysique, exposées dans les articles de la Zeit
schrift, concernent uniquement la psychophysique interne,
c'est-à-dire la psychophysiologie.
Ces principes, auxquels Müller donne le nom d'axiomes, se
résument dans l'affirmation du parallélisme psychophysique.
Mais cette affirmation prend chez Müller une forme très pré
cise; elle comprend cinq propositions énonçant qu'il y a paral
lélisme entre les états psychiques et les processus psycho
physiques au point de vue de l'égalité, de la ressemblance et
de la différence, des variations de qualité et d'intensité; et
même le cinquième axiome présente la ressemblance entre une
1. Zur Grundlegung der Psychophysik, 1878.
2.Psychophysik der Gesichtsempflndungen, Zeitsch. f. Psychol. u.
Physiol. d. Sinnesorg., X, 1-82, 321-413, et XIV, 1-76, 160-192, 1896 et 1897.
A l'époque où je rédigeais La Psychophysique, je crus, d'après un compte
rendu incomplet, que ces articles ne contenaient qu'une théorie des sen
sations visuelles, et j'en ajournai la lecture. De là une lacune à laquelle
je suis heureux de pouvoir suppléer aujourd'hui. Il se trouve d'ailleurs
que plusieurs idées importantes de Müller n'étaient guère qu'indiquées
ddans ce travail et ont reçu des développements et des applications consi
dérables dans ses écrits récents et dans ceux de ses élèves. MÉMOIRES ORIGINAUX 22
sensation mixte (répondant à un processus psychophysique
composé) et une sensation fondamentale (répondant à un
processus psychophysique simple) comme une fonction déter
minée des processus psychophysiques correspondants et des
ressemblances entre les sensations fondamentales que ces pro
cessus produiraient s'ils étaient isolés. Cette relation est
exprimée par des formules mathématiques; mais il est vrai que
cette expression mathématique est seulement pour Müller un
moyen commode d'énonciation, et qu'il se défend de vouloir
mesurer, au moins actuellement, les ressemblances entre les
sensations1.
D'ailleurs, le but de Müller en posant ces principes n'est pas
d'édifier une construction a priori, c'est d'interpréter les
nombreuses expériences faites sur les sensations de lumière et
de couleur en vue de déterminer les faits physiologiques (rét
iniens, nerveux et cérébraux) dont elles dépendent. Le pro
blème auquel il veut apporter une solution appartient à la
physiologie des sensations visuelles. Voilà donc une conception
de la psychophysique qui est fort légitime, et la psycho
physique ainsi entendue peut, théoriquement, prendre forme
de science exacte si l'on parvient à exprimer d'une façon
mathématique les quantités des processus psychophysiques et
les quantités psychiques correspondantes et à déterminer la
fonction qui peut les relier. Toutefois on peut trouver qu'il y
a dans la psychophysique des sensations visuelles de Müller
un abus de propositions a priori, et que les progrès de la
physiologie, comme ceux de toute science expérimentale, ont
coutume de se réaliser au moyen de considérations plus voi
sines de l'expérience.
En particulier les axiomes psychophysiques de Müller com
prennent une idée que je continue à croire tout à fait inaccep
table : c'est celle de l'intensité des sensations. Dans Zur
Grundlegung der Psychophysik, cette idée était bien affirmée,
mais n'était nulle part définie d'une façon précise. Elle l'est à
propos des sensations visuelles, et Müller, contrairement à la
tradition des psychophysiciens, ne calque pas l'idée de l'inten
sité des sur celle de l'intensité des excitations
correspondantes. Voici comment il définit l'intensité et la
qualité des sensations. « Une sensation peut varier dans
1. Z. f. Ps., X, 19-20. Les cinq axiomes sont reproduits par V. Henri
dans son analyse du travail de Müller (Année Psychologique, IV, 487 et
suiv.). FOUCAULT. — LES PROGRÈS DE LA PSYCHOPHYSIQUE 23
des directions différentes. Si la direction dans laquelle une
sensation variée conduit au point nul, c'est-à-dire si, en
faisant varier d'une façon progressive la sensation dans
cette direction, on doit atteindre finalement le point où la
sensation s'évanouit complètement, on dit que la sensation
éprouve alors une diminution d'intensité. Si la variation est
exactement l'inverse de celle que l'on désigne comme diminut
ion d'intensité, on parle d'une augmentation d'intensité de la
sensation. Parmi les différentes directions dans lesquelles peut
varier une sensation et qui conduisent au point nul, il en est
une dont la position est particulièrement importante : c'est
celle dans laquelle la sensation, en variant d'une façon con
tinue, atteint le point nul par le plus court chemin, c'est-à-dire
en passant par lé plus petit nombre de sensations interméd
iaires. Si la sensation varie dans cett'e direction ou dans la
direction exactement opposée, on a une variation pure d'intens
ité. Si la sensation varie dans une des autres directions qui la
conduisent au point nul ou l'en éloignent, cette variation de
sensation est d'espèce mixte, c'est-à-dire qu'elle concerne la
qualité en outre de l'intensité. On désigne comme purement
qualitative la variation de la sensation lorsqu'elle se produit
dans une direction qui ne la rapproche ni ne l'éloigné du point
nul » (Z. f. Ps., X, p. 2-3).
Il résulte de là que l'on peut attribuer à une sensation une
valeur déterminée d'intensité, en entendant par là le nombre
des sensations différentes par lesquelles on passerait si l'on
faisait varier la sensation d'une façon continue, dans la direc
tion qui conduit au point nul par le plus court chemin,
jusqu'à ce que le point nul fût atteint. Et l'on peut dire qu'une
sensation, qui a la même qualité qu'une deuxième sensation,
possède une intensité plus grande, si, en faisant varier la
première dans la direction qui conduit au point nul, on doit
rencontrer la deuxième. En fin de compte, on peut définir
l'intensité des sensations comme leur distance (Absland) du
point nul, la notion de distance étant ici précisée par les déter
minations relatives à la variation pure d'intensité et à la direc
tion qui conduit au point nul (Ibid., 23-26).
L'intensité des sensations ainsi entendue est susceptible de
mesure. Il est vrai que, si l'on affaiblit l'intensité d'une sensa
tion d'une manière continue jusqu'au point nul, on passera
par un nombre infini de sensations. Mais des nombres infinis
peuvent être l'un à l'égard de l'autre dans un rapport fini, et H MÉMOIRES
par suite il existe entre une sensation quelconque et une autre
sensation de même qualité, ou même de qualité différente, un
rapport déterminé d'intensité. D'ailleurs, au lieu de parler
d'un nombre infini de sensations que l'on rencontrerait ainsi
en affaiblissant une sensation jusqu'au point nul, on peut
s'exprimer autrement et parler, par exemple, d'étendues
psychiques [psychische Strecke). De toute façon, la nature de
l'intensité des sensations permet d'établir entre elles des
rapports d'intensité (Ibid., 26 et note). Or ces rapports d'intens
ité sont des mesures.
Il est probable que Fechner aurait accepté ces définitions,
car elles n'impliquent nullement qu'ily ait des difficultés pour
la conscience à apprécier l'égalité et l'inégalité des sensations
et des différences entrg les sensations, de sorte que jusqu'ici
Müller est fidèle aux idées de Fechner, quoiqu'il les présente
avec une précision inaccoutumée. Mais il s'écarte beaucoup
de Fechner en ce qui concerne les conditions pratiques de la
mesure des intensités de sensations, et ses remarques critiques
tendent à montrer qu'il regarde cette mesure comme très
difficile, et sans doute comme devant être ajournée. « Du fait,
dit-il, que deux sensations sont l'une à l'égard de l'autre dans
un rapport déterminé d'intensité, il ne résulte naturellement
pas encore que nous sommes en état de déterminer ce rapport
d'intensité » (Ibid., 26, note).
Une première difficulté résulte de ce que l'intensité n'est
pas, pour Müller, le seul caractère quantitatif des sensations.
De l'intensité des sensations, en effet, il faut distinguer avec
soin un autre caractère quantitatif qu'il appelle Eindringl
ichkeit. Littéralement, il faudrait traduire ce mot par « force
de pénétration ». Mais Müller définit ce caractère des sen
sations comme la force avec laquelle elles tirent à elles notre
attention, et cette définition justifie la traduction de « force
d'attraction » qu'en a donnée V. Henri1. — Fechner l'avait
déjà signalée en passant, dans sa discussion contre Hering,
comme « l'influence excitatrice exercée sur l'ensemble de la
conscience, la force attractive (die anziehende Kraft) qui agit
sur l'attention2 ». La force d'attraction grandit, selon Müller,
en même temps que l'intensité des sensations, si la qualité ne
se modifie pas, mais on ne peut pas affirmer d'une façon uni-
1. Article cité, p. 492.
2. In Sachen der Psychophysik, 126. — LES PROGRÈS DE LA PSYCHOPHYSIQUE 2& FOUCAULT.
verseile que la force attractive grandit toujours en même
temps que l'intensité. La force attractive d'une sensation, à ce
qu'il semble, ne dépend pas seulement de l'intensité du pro
cessus psychophysique, mais aussi de la fréquence avec
laquelle cette sensation se présente dans notre expérience, de
sa valeur émotionnelle, et d'autres facteurs analogues suscept
ibles d'éveiller notre attention (Z. f. Ps., X, 26-27). — II me
semble que ce caractère répond à ce que T. Lipps a appelé
« Quantité psychique1 » et à ce que j'ai de mon côté, en cher
chant à distinguer dans les représentations sensorielles une
pluralité de caractères quantitatifs, appelé la vitalité2. L'idée
de force attractive est aussi très voisine de la force inhibitrice
de Heymans3. Mais qu'il y ait là une seule notion ou plusieurs,
peu importe pour le moment. Müller pense que l'on a fr
équemment confondu la force attractive des sensations avec
leur intensité. Si, par exemple, nous accroissons la force d'une
excitation sensorielle, sans en modifier la qualité, ce n'est pas
seulement l'intensité de la sensation qui s'accroît par suite du
renforcement du processus psychophysique, c'est aussi sa
force attractive qui grandit, notamment parce que les impres
sions accessoires concomitantes, pour partie d'origine motrice,
gagnent en nombre et en force et contribuent ainsi à relever
la force attractive. Par suite, lorsque l'on fait des expériences
avec des excitations de forces différentes, on n'a pas le droit
de rapporter les résultats de ces expériences aux intensités
des sensations correspondantes, du moins directement. A plus
forte raison on n'a pas le droit d'interpréter les expériences
de cette façon si les excitations diffèrent en qualité.
Müller regarde encore comme un caractère des sensations
visuelles l'éclat ou le brillant (Helligkeit), et se plaint qu'on
l'ait souvent confondu avec l'intensité et la force attractive.
Lorsque l'on compare des sensations visuelles au point de vue
de leur éclat, on se laisse facilement induire en erreur parce
que le jugement n'est pas déterminé exclusivement par l'éclat,
mais l'est aussi, plus ou moins, par la force attractive des sen
sations comparées.
Ainsi, outre la qualité, Müller distingue dans les sensations
1. Die Quantität in psychischen Gesammtvorgängen, Sitzber. d. philos.-
philol. n. d. hist. cl. d. K. b. Akad. d. Wiss., 1899, l, 379-421.
2. La Psychophysique, 275-276.
3. Untersuchungen über psychische Hemmung, Z. f. P. u. Ph. d. S.,
XXI, 321-359, XXVI, 305-382, XXXIV, 15-28, XLI, 28-37, 89-116. 26 MÉMOIRES ORIGINAUX
visuelles l'intensité, l'éclat et la force attractive, c'est-à dire
trois caractères quantitatifs. Pour le dire en passant, je ne
peux pas croire que l'éclat soit un caractère des sensations
visuelles : ce n'est pas autre chose que l'intensité physique
des lumières perçues; mais il reste vrai qu'aux variations de
l'excitation lumineuse doivent correspondre des de
la sensation grâce auxquelles on apprécie les intensités phy
siques. En tout cas, ces idées de Müller sont intéressantes à
un double point de vue : d'abord au point de vue psycholo
gique, parce qu'elles contribuent à orienter la recherche vers
l'étude d'un caractère quantitatif des sensations généralement
négligé ou ignoré; ensuite au point de vue critique, parce que
cet effort de Müller pour distinguer, à côté de l'intensité,
d'autres caractères quantitatifs des sensations, pour dissocier
les éléments quantitatifs de la sensation, contribue à rendre
plus indiscutable le caractère confus de l'idée d'intensité telle
qu'on la trouve chez Fechner et chez beaucoup de ses conti
nuateurs.
Le récent ouvrage de Müller sur les méthodes psychophys
iques marque un progrès nouveau dans cette double direc
tion. — Tout en développant d'une façon très étendue la
théorie des méthodes qui conduisent à la mesure du seuil
d'excitation, du seuil différentiel, de l'excitation qui paraît
équivalente à une excitation donnée et de la différence d'exci
tation qui paraît équivalente à une différence donnée, Müller
s'abstient de dégager la signification psychologique, et même
la signification psychophysique de ces mesures, sauf en ce qui
concerne la différence d'excitation. Pas u*he seule fois, à l'occa
sion des trois premières de ces mesures, il n'est question de
l'intensité des sensations ou des différences d'intensité : il
n'en est parlé qu'à propos de la dernière des quatre détermi
nations auxquelles peuvent s'appliquer les méthodes psycho
physiques.
Cette détermination est celle qui, selon la psychophysique
traditionnelle, porte sur les différences surperceptibles de
sensation. Étant données deux excitations A et B, auxquelles
correspondent deux sensations a et b, il s'agit de trouver une
troisième excitation C produisant une sensation c, de telle
façon que la différence entre a et b paraisse égale à la diff
érence entre b et c. Au point de vue expérimental on peut aussi
chercher l'excitation moyenne entre deux excitations données,
ou encore chercher une différence entre deux excitations