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Problèmes de propriété foncière en Charentes - article ; n°1 ; vol.75, pg 461-480

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Description

Norois - Année 1972 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 461-480
SUMMARY
A feature of the countryside of the Charente region is the small extent of land ownership by town dwellers. Although the influence of Paris is Markedly greater than that of Angoulême or La Rochelle, it is however necessary to note the not inconsiderable role of towns in the Cognac region (Cognac, Jarnac, Segonzac or Barbezieux), and of Surgères and St-Jean-d'Angély whose inhabitants own a considerable part of the land in the area.
In comparison with the situation at the beginning of the \9th century, when it was grouped closer together and better situated, the landed property is tending to be broken up and dispersed as a result of the rural exodus.
More and more land is being owned by non-farmers, especially by, the para-agricultural professious, by tradespeople or by the liberal professions. To a certain extent this explains the uneasiness of the farmers in this region.
RÉSUMÉ
Les campagnes charentaises apparaissent comme une région de médiocre emprise foncière des citadins. Si l'influence parisienne est quantitativement plus nette que celle d'Angoulême ou de La Rochelle, il convient toutefois de noter le rôle non négligeable des villes du cognac (Cognac, Jmnac, Segonzac ou Barbezieux), ainsi que celui de Surgères et de St-Jean-d'Angély dont les habitants possèdent une part importante du patrimoine foncier.
En fait, comparativement à la situation du début du XIX* siècle où elle était spatialement plus concentrée et mieux assise, la propriété foncière a évolué vers un morcellement et une dispersion géographique, conséquences de V exode rural.
Par contre, l'influence de la propriété foncière des non paysans, en particulier des professions para agricoles, des commerçants ou des professions libérales, joue un rôle de plus en plus considérable et explique dans une certaine mesure le malaise paysan dans cette région.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1972
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Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

J. Proveux
Problèmes de propriété foncière en Charentes
In: Norois. N°75, 1972. pp. 461-480.
Abstract
SUMMARY
A feature of the countryside of the Charente region is the small extent of land ownership by town dwellers. Although the influence
of Paris is Markedly greater than that of Angoulême or La Rochelle, it is however necessary to note the not inconsiderable role of
towns in the Cognac region (Cognac, Jarnac, Segonzac or Barbezieux), and of Surgères and St-Jean-d'Angély whose
inhabitants own a considerable part of the land in the area.
In comparison with the situation at the beginning of the \9th century, when it was grouped closer together and better situated, the
landed property is tending to be broken up and dispersed as a result of the rural exodus.
More and more land is being owned by non-farmers, especially by, the para-agricultural professious, by tradespeople or by the
liberal professions. To a certain extent this explains the uneasiness of the farmers in this region.
Résumé
RÉSUMÉ
Les campagnes charentaises apparaissent comme une région de médiocre emprise foncière des citadins. Si l'influence
parisienne est quantitativement plus nette que celle d'Angoulême ou de La Rochelle, il convient toutefois de noter le rôle non
négligeable des villes du cognac (Cognac, Jmnac, Segonzac ou Barbezieux), ainsi que celui de Surgères et de St-Jean-d'Angély
dont les habitants possèdent une part importante du patrimoine foncier.
En fait, comparativement à la situation du début du XIX* siècle où elle était spatialement plus concentrée et mieux assise, la
propriété foncière a évolué vers un morcellement et une dispersion géographique, conséquences de V exode rural.
Par contre, l'influence de la propriété foncière des non paysans, en particulier des professions para agricoles, des commerçants
ou des professions libérales, joue un rôle de plus en plus considérable et explique dans une certaine mesure le malaise paysan
dans cette région.
Citer ce document / Cite this document :
Proveux J. Problèmes de propriété foncière en Charentes. In: Norois. N°75, 1972. pp. 461-480.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182X_1972_num_75_1_3250de propriété foncière Problèmes
en Charentes
par J. PROVEUX
Maître-Assistant à Tours
Le problème de la propriété foncière, étudié de façon systématique
par les géographes depuis 1956, apparaît de plus en plus comme un
problème majeur, non seulement parce qu'il permet d'apprécier un
aspect important des relations qui existent entre le monde urbain et
le monde rural, mais parce qu'il pose également un problème d'actual
ité, auquel les agriculteurs deviennent de plus en plus sensibles : l'a
ppropriation de la terre par des non paysans.
Or, les campagnes charentaises offrent un exemple intéressant à un
double point de vue :
— Tout d'abord, en ce qu'elles constituent un ensemble de pays
découverts, qui présentent une certaine originalité géographique, s'op-
posant avec vigueur au Limousin, plus riche en prairies et en bois, aux
forêts du Périgord, aux landes et aux bois de la Double. Même vers le
Nord, les restes d'une ceinture forestière : forêt de Benon, de Chizé,
d'Aulnay, de Tusson séparent le pays des Pictones et celui des San-
tones, sans vraiment, toutefois, constituer une frontière rurale bien
nette.
— Par ailleurs, les Charentes présentent une certaine diversité dans
l'occupation du sol et les structures agraires : elles offrent donc un
terrain de choix à la recherche sur la propriété foncière, en permettant
d'utiles comparaisons avec les régions périphériques, tout particuliè
rement, celles qui ont fait l'objet de recherches approfondies (1), mais
aussi un rapprochement entre les régions agricoles qui la composent.
L'étude systématique des cadastres actuels et, par sondage au l/5e
(1) En dehors des études bien connues et accessibles à tous de Mme Cl. Rouher,
la propriété foncière citadine dans le vignoble bordelais de la rive gauche de la
Garonne (R.P.S.W., 1958) et de Mr J. Renard, la propriété foncière dans les
bocages vendéens (Vendée 2000, N° 2), je tiens à remercier vivement Mr Borner,
qui a bien voulu me résumer le résultat de ses recherches dans le Montmorillonnais. J. proveux 462
xrxe siècle (2) accompagnée de recherches des premiers cadastres du
complémentaires aux Archives Départementales et dans les organismes
agricoles, permet de poser non seulement le problème du rayon foncier
des villes charentaises et des villes extérieures à la région, mais aussi
d'essayer d'apprécier la part respective, dans la propriété, des paysans
et non paysans ou encore celle des résidents et des non résidents.
En fait, s'il est relativement facile de déterminer le pourcentage des
terres détenues par les habitants des communes de plus de 2 000 habit
ants, il faut bien reconnaître que cette limite est déjà fort critiquable,
surtout dans le milieu charentais où de gros bourgs viticoles atteignent
et dépassent même cette population. Par contre, il est plus difficile de
calculer le pourcentage des terres qui appartiennent aux non agricul
teurs, (alors que ce problème apparaît comme fondamental, en parti
culier dans certains secteurs du vignoble du cognac), à cause de la
médiocrité des sources d'information et aussi, il faut bien reconnaître,
de la taille de la région étudiée (3). Le dépouillement systématique des
cotes de propriété de plus de un hectare permet déjà de constater que
les citadins des villes charentaises et des villes extérieures à la région
possèdent ensemble 151 863 hectares sur 1 032 515 étudiés soit 14,7 %.
Compte tenu des erreurs matérielles, le chiffre peut valablement être
arrondi à 15 "%, ce qui est faible, non seulement par rapport à d'autres
cas bien connus (Bas Languedoc : 25 %, Haute Normandie : 35 %,
Pays de France : 45 %), mais surtout par rapport aux régions voisines
(Bocage vendéen : 25 '%, vignoble bordelais : 23 '%). Il serait facile
d'attribuer cette médiocre influence des villes à l'absence de grands
centres urbains, qui exercent, par l'intermédiaire de leur bourgeoisie,
une emprise indiscutable sur le monde rural, comme c'est le cas de
Toulouse, Nantes ou Rouen. Effectivement, en Charente, La Rochelle
et Angoulême sont des centres urbains très moyens, n'atteignant pas
100 000 habitants avec leur agglomération. Mais l'explication ne tient
guère à la taille des centres urbains, car le Bocage Vendéen tout pro
che est encore plus indigent en ce domaine et se caractérise pourtant
par une forte emprise de la propriété citadine (tel est le cas de la
Roche-sur- Yon) (4). Seule, donc, une étude détaillée du phénomène
permet de comprendre la médiocrité de l'emprise des citadins.
(2) Le dépouillement du cadastre actuel a porté sur 846 communes correspon
dant à l'ensemble des deux départements de la Charente et de la Charente-
Maritime diminué du Confolentais (36 communes parfaitement semblables au
Limousin), des communes vraiment urbaines (espace rural insignifiant) et de
5 communes introuvables ou régulièrement absentes au service du cadastre.
(3) En plus du cadastre qui porte quelquefois la profession du propriétaire, nous
avons utilisé les annuaires du téléphone pour une vingtaine de communes, ainsi que
des enquêtes d'exploitation portant sur environ cinquante autres communes.
(4) Renard J. Un aspect géographique des relations villes-campagnes, la pro
priété foncière dans les bocages vendéens. Vendée 2000, n° 2, p. 61 à 81. Les
possessions foncières de la ville de la Roche-sur- Yon dépassent 13 000 hectares. PROBLÈMES DE PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN CHARENTES 463
I — Rayon foncier des villes dans les campagnes charentaises.
Un tableau général des superficies possédées à la fois par les villes
charentaises et par les grandes métropoles régionales les plus proches
permet déjà quelques observations.
Superficie en hectares détenus par chaque ville et coefficient (5).
Villes de Charente.
Angoulême 17 979,4(0,19) Chasseneuil 958,0(0,29)
Cognac 6 346,3(0,28) Segonzac 990,1(0,43)
La Rochefoucauld . 1848,4(0,48) Châteauneuf 775,1(0,22)
Barbezieux 1830,7(0,35) Montbron 369,8(0,16)
Ruffee 1713,7(0,38) Champniers 341,0(0,12)
Jarnac 1434,1(0,30) Châteaubernard 195,5(0,05)
Confolens 1117,6(0,35) Chabanais 111,0(0,05)
Villes de Charente-Maritime.
La Rochelle 11814,5(0,13) Marennes 372,8(0,08)
St-Jean-d'Angély . . . 5 712,3(0,55) St-Savinien 321,3(0,15)
Rochefort 5 493,2(0,13) St-Aigulin 292,0(0,12)
Saintes 5 222,7(0,17) St-Pierre-d'Oléron 284,9(0,07)
Royan 3 803,8(0,16) La Tremblade 273,0(0,06)
Surgères 2 009,1(0,34) Montendre 255,8(0,09)
Jonzac 1446,1(0,36) Bourcefranc 147,1(0,05)
Pons 900,3(0,17) Châtelaillon 177,9(0,03)
Matha 817,1(0,36) Château d'Oléron 124,8(0,04)
Gémozac 716,6(0,32) Arvert 100,6(0,04)
Marans 696,9(0,17) St-Georges-d'Oléron 97,6(0,03)
Saujon 588,3(0,15) St-Trojan 77,9(0,04)
Aigrefeuille 431 , 2 (0 , 21 ) St-Martin-de-Ré 58 , 0 (0 , 03)
Fouras 382,2 (0,11)
Villes extérieures à la région
hectares
Paris 33 768,8 Nantes 1786,3
Bordeaux 8 362,6 Niort 3 916.0
dont SAFER 1 848,2
Poitiers 1 375 , 7 Limoges 480 , 3
Villes vendéennes ... 1 915,2 Autres villes 21 615,9
On observe immédiatement que c'est une ville extérieure à la région,
Paris, qui arrive de loin en tête, avec une superficie supérieure même
au total d'Angoulême et la Rochelle réunies : environ 33 800 ha, soit
22,2 %. Si l'importance du phénomène parisien n'est pas faite pour
surprendre (voir Bocage Vendéen), par contre, la situation de Paris
devant les deux capitales charentaises réunies mérite explication.
Parmi les grands centres extérieurs à la région, notons le rôle assez
médiocre de Bordeaux, pourtant fort proche de la partie méridionale
des Charentes : 8 000 ha. Ceci s'explique par une double série de
causes :
L'espace rural compris entre la capitale bordelaise et les Charentes
comporte un hiatus qui est la Double Saintongeaise. Cette zone fores
tière, pendant longtemps barrière historique et même linguistique,
conserve donc une certaine signification rurale.
(5) Le coefficient de la superficie possédée par chaque ville charentaise est le
rapport entre cette superficie et la population de la ville ou de l'agglomération. J. proveux 464
Surtout, le vignoble bordelais et la forêt landaise constituent des
zones d'attraction privilégiées et proches qui ont monopolisé les capi
taux fonciers de Bordeaux.
Constatons, par contre, que le rôle de Nantes est encore sensible
(supérieur à celui de Limoges ou de Poitiers plus proches). Particu
lièrement net dans la partie charentaise du marais poitevin où les
pâtures représentent une part importante de l'occupation du sol, cette
influence nantaise traduit les facilités de location de pâturage, par des
propriétaires non résidents, à de gros exploitants (souvent 200 ou
300 ha). Notons au passage que les villes et les bourgades vendéennes
exercent une emprise non négligeable sur cette même région : il s'agit
fréquemment, soit de propriétaires de type nantais, soit encore d'éle
veurs ou de bouchers pratiquant l'élevage, soucieux de posséder des
pâtures utilisables par leurs troupeaux, pendant la saison estivale.
Enfin, Niort occupe une place enviable, par rapport à sa population,
mais la présence dans cette ville des bureaux de la SAFER double la
superficie possédée.
Quant aux villes charentaises (voir carte n° 1), il apparaît logique
de trouver au premier rang les deux chefs-lieux départementaux ; il
apparaît non moins logique de voir figurer ensuite les centres urbains
les plus importants : Saintes, Rochefort, Cognac, Royan même.
Toutefois, il est déjà permis de noter quelques faits surprenants.
Angoulême et son agglomération (6) arrivent très largement devant
La Rochelle, pour des chiffres de population sensiblement égaux.
St-Jean-d'Angély occupe une place importante, comparativement à
la taille de la ville, de même, des bourgades assez modestes, telles La
Rochefoucauld, Segonzac, Confolens (d'autant que le Confolentais est
extérieur à notre étude) ou même Ruffec.
Par contre, les villes littorales ou insulaires jouent un rôle médiocre,
voire insignifiant : Royan, Marennes, Châtelaillon, St-Trojan. Ces
observations nous ont conduit à rapporter la superficie possédée au
nombre d'habitants, pour aboutir à un coefficient général (voir tableau
précédent). Trois catégories de villes se dégagent nettement :
1° Celles dont le coefficient est compris entre 0,25 et 0^55.
St-Jean-d'Angély est l'exemple le plus représentatif ; or, c'est le type
même du gros bourg rural (malgré la taille), dont l'existence et le
développement sont très largement conditionnés par le monde rural,
même sur le plan industriel et commercial. Par ailleurs, la proximité
du vignoble de Cognac crée des conditions particulières que nous
(6) Les superficies sont relatives à l'agglomération pour certaines villes :
La Rochelle augmentée d'Aytré, Lagord, Angoulins,
Royan de St-Georges-de-Didonne et St-Palais,
Angoulême de la Couronne, Le Gond-Pontouvre, l'Isle-d'Espagnac, Magnac s/T.,
Ruelle, Saintes de St-Michel, Chaniers, St-Yriex Rochefort et Soyaux, de Tonnay- Charente. DE PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN CHARENTES 465 PROBLÈMES
retrouverons pour toutes les villes localisées sur ce vignoble. Toutes
proportions gardées, l'influence foncière de St-Jean-d'Angély s'appa
rente assez à celle de La Roche-sur- Yon dans le Bocage Vendéen.
Débordant le Nord de la Saintonge agricole pour marquer la partie
orientale de l'Aunis et l'Ouest du Ruffecois, elle signale encore sa
présence dans le Nord du Cognaçais.
31 466 j. proveux
Surgères, à un échelon inférieur, ressemble beaucoup à St-Jean-
d'Angély.
Dans cette catégorie à coefficient élevé se retrouvent, de façon inté
ressante, toutes les villes du vignoble de Cognac et de sa périphérie :
Cognac, Jarnac, Segonzac, Jonzac, Barbezieux, Matha et Gémozac.
Cette place des villes du vignoble de cognac illustre de façon remar
quable la place considérable que la bourgeoisie de ces villes a con
quise, non seulement dans la transformation, mais même dans la pro
duction du raisin. Ceci se traduit, en particulier, par un nombre im
portant de sociétés civiles immobilières, ou de SARL, dont le siège est
à Cognac, Jarnac ou Segonzac (1 480 hectares pour Cognac, 580 pour
Segonzac), comme les Sociétés Martell ou Hennessy à Cognac, la
Société Frapin à Segonzac, ou Bisquit à Jarnac.
Enfin, appartiennent à cette catégorie, les villes du Nord Est et de
l'Est de la Charente : La Rochefoucauld, Ruffec, Confolens, Chasse-
neuil ; pays de marges, où les herbages et les bois occupent une place
considérable ; ils se caractérisent, par ailleurs, par le pourcentage
important qu'occupe le faire-valoir indirect. Encore aujourd'hui, la
propriété nobiliaire, souvent urbaine, conserve un rôle non négligeable.
Enfin, la hausse assez rapide du prix du sol (+ 25 %■ en un an pour les
prairies naturelles de cette région entre 1966 et 1967 et + 14 % pour
les terres labourables) ne pousse pas les citadins à se dessaisir d'un
capital à valeur croissante.
2° Les villes à bas coefficient (inférieur ou égal à 0,10).
Cette catégorie ne comprend pas de centres urbains, au sens plein
du terme : il s'agit, bien plutôt, de grosses bourgades dont la populat
ion vit en grande partie des activités touristiques ou ostréicoles :
Châtelaillon, Fouras, St- Trojan, St-Martin-de-Ré, ou encore Marennes,
La Tremblade, Bourcefranc. La possession de la terre, tout du moins
sous forme de domaines à vocation agricole, non seulement ne présente
guère d'intérêt (le lotissement est beaucoup plus rentable), mais s'avère
même impossible du fait du morcellement de la propriété et du recul
considérable des surfaces utilisées par l'agriculture, dans cette partie
des Charentes tournée vers d'autres activités. Montendre, exception
dans cette liste, au cœur d'un pays forestier, ne profite guère de cet
avantage, car la forêt, à la différence de l'Est des Charentes, n'est
guère utilisée dans un but touristique ou de loisirs.
3° Les villes situées à un niveau moyen, allant de 0,10 à 0*25.
Cette catégorie regroupe, en fait, (Cognac exceptée) les principaux
centres urbains des Charentes : Angoulême, La Rochelle, Saintes, Ro-
chefort, Royan ; toutefois, il convient, tout d'abord, de remarquer
que l'influence de La Rochelle est sous estimée, vue sa situation géo- DE PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN CHARENTES 467 PROBLÈMES
graphique. Des recherches faites dans le bocage vendéen (7) montrent
que la ville de La Rochelle possède environ 1 500 ha, avec quelques
grandes propriétés où l'on retrouve, en particulier, quelques familles
protestantes de la ville : les Dahl, armateurs, 464 ha en 6 communes,
les Pilastre, les Babut, les David (148 ha en 2 communes), les Dubost.
Or, le marais poitevin desséché et, dans une moindre mesure, la plaine
de Luçon, sont aussi, à la lumière de quelques sondages partiels, des
secteurs marqués par l'influence foncière de La Rochelle. Il est donc
tout à fait probable que l'ensemble des terres possédées par les
Rochelais atteint le chiffre de celles possédées par les Angoumoisins.
Il n'en reste pas moins vrai que, pour ces cinq villes, les chiffres sont
médiocres. Ceci s'explique, en partie, par la structure économique de
certains de ces centres charentais : La Rochelle, Rochefort et mêma
Angoulême sont plus tournées vers les activités industrielles et com
merciales que vers le monde rural. La bourgeoisie protestante de La
Rochelle, en particulier, possède des terres (surtout dans le marais et
dans le bocage vendéen), mais cela ne représente jamais un élément
essentiel de revenu ou d'activité. De la même façon, il n'est qu'à con
sidérer l'intérêt que les Angoumoisins portent aux cours de la Bourse
pour comprendre que la propriété foncière n'est plus l'investissement
recherché en priorité. Seules, quelques vieilles familles bourgeoises de
l'Eperon, ou les migrants et leurs descendants, possèdent encore quel
ques dizaines d'hectares au grand maximum.
En outre, il est intéressant d'observer que l'emprise foncière des
Angoumoisins est plus intense que celle des Rochelais. La carte N° 2 le
fait apparaître avec netteté. Les Rochelais possèdent pratiquement des
terres sur l'ensemble des Charentes, en particulier dans tout le dé
partement de la Charente Maritime ; mais, dès que l'on s'éloigne de
la ville, le pourcentage de superficie rurale possédée par les Rochelais
décroit rapidement (8).
L'assise foncière des Angoumoisins est plus solide, spatialement,
plus déséquilibrée aussi : l'Est et le Sud forestiers bénéficient d'une
attraction plus forte ; par contre, en direction de la Champagne viti-
cole, les villes du cognac bloquent rapidement l'influence angoumoi-
sine.
Au total, le bilan des superficies possédées par les deux villes, en
pourcentage de la superficie cadastrée des communes considérées, est
net :
(7) Renseignements non publiés, communiqués par mon collègue et ami Jean
Renard, Maître-Assistant à l'Institut de Géographie de Nantes.
(8) Même dans les communes charentaises du Marais Poitevin, jamais La Rochelle
ne joue un rôle prédominant :
38 % de propriété citadine Paris 13,3 % Andilly
Charron 48,8 •% — La Rochelle — 13,6 7,3 4 % % — 10 16,1 % % Marans 36,1 % -
Longèves 46,6 '% — — 13,8 15,6 % Villedoux 37,8 % — '■•"',/
fig. 2: PROPRIETE FONCIERE DES ROCHELAIS ET DES ANGOUMOISINS
1966-1968- 7. S. T.C. C5 00
cartog. RGindrfc DE PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN CHARENTES 469 PROBLÈMES
5 à 10 % 10 à 15 % + 25 %
Angoulême 49 communes 28 12
La Rochelle 25 10 8
Relativement à Saintes, dont le rôle de marché rural local est indis
cutable, les situations de Rochefort, ville assez industrialisée, et de
Royan, station touristique, semblent assez satisfaisantes malgré tout.
Ceci s'explique : pour Rochefort, par sa localisation au centre d'une
zone de marais desséchés où la propriété foncière citadine se révélait,
il y a peu de temps encore, un placement assez solide et ne nécessitant
pas la présence du propriétaire,
pour Royan, le cas est différent : en fait, cette ville est aussi, avec
St-Georges-de-Didonne et St-Palais, un centre de retraités où les petits
propriétaires fonciers sont nombreux.
Au total, donc, l'influence foncière des citadins est médiocre, pour
ne pas dire faible, dans l'ensemble des campagnes charentaises ; la
carte N° 3, qui représente le pourcentage global de la propriété cita
dine dans chaque commune, traduit cette médiocrité en montrant la
faible extension des secteurs de forte emprise citadine. On constate,
en effet, que, contrairement à ce que l'on peut attendre, l'intensité du
phénomène n'est pas directement dépendante de la proximité des
centres urbains charentais, mais semble plutôt liée à la nature de
l'occupation du sol. Les zones de forte possession foncière citadine
sont, tantôt des zones d'élevage à prairies naturelles, que ce soit le
Marais Poitevin desséché au Nord, les marais de Rochefort, ou encore
les abords du Confolentais, tantôt des secteurs de forêt à vocation
touristique ou de chasse : forêts à l'Est d'Angoulême, forêt de Benon
et forêt de la Coubre dans la région de Royan, la région de cognac
faisant exception.
En effet, et dans une moindre mesure, des taches non négligeables
apparaissent dans le vignoble de Cognac (Grande et petite Champag
nes, Borderies). Par contre, ni l'Aunis, ni les îles, ni la Saintonge
agricole, ni l'Angoumois (hors la région de Ruffec), ni même la
Double Saintongeaise ne dépendent solidement des villes dans le
domaine de la structure foncière. Le rôle de centres locaux, comme
Saintes, Jonzac, Barbezieux, La Rochelle même, cesse de s'exercer
dès que l'on sort des communes limitrophes et quelquefois même dès
celles-ci (ex. Périgny, La Jarne ou Salles-sur-Mer pour la Rochelle ou
encore Bussac, Fontcouverte, La Chapelle-des-Pots, Chaniers, Cour-
coury pour Saintes). Sans doute, le hasard de la distribution géogra
phique peut mettre côte à côte une ville charentaise et une zone de
forte possession citadine : c'est le cas de Rochefort, mais l'exception
ne fait que confirmer la règle.
Cette faible emprise de la propriété citadine est-elle un phénomène