Psychologie sociale - compte-rendu ; n°2 ; vol.68, pg 649-661

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L'année psychologique - Année 1968 - Volume 68 - Numéro 2 - Pages 649-661
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1968
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 649-661.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°2. pp. 649-661.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_2_27641Psychologie sociale
Hollander (B. P.). — Principles and methods of social psychology
(Principes et méthodes de psychologie sociale). — New York,
Londres, Toronto, Oxford University Press, 1967, 520 p.
Tout manuel de psychologie sociale (et il y en a maintenant beau
coup) repose sur un certain nombre d'options. Il est désormais imposs
ible de ne pas examiner tout d'abord ces options. Gomme l'initiative
de Zajonc, notamment, l'a fait apparaître, il est possible de centrer
ce genre d'ouvrages sur la méthode plutôt que sur le domaine et de
considérer comme problèmes et résultats, par exemple, uniquement
ceux qui relèvent de la méthode expérimentale. Dans un sens très
analogue, le Traité de psychologie élémentaire, d'Eugène Galanter, sélec
tionne uniquement problèmes et résultats formalisés. En termes d'ar
chitecture, ce sont là des « partis » qui tendent à dégager un corps
scientifique épuré de la masse indifférenciée des « faits » et des opinions
inégalement fondés. L'avantage est évident : c'est celui qui procède
traditionnellement de la « table rase » et aussi de la vision du visiteur
« persan » ou « martien » ignorant de tout ce qui « irait de soi ». Depuis
Platon, toute une tradition oppose la connaissance à la « doxa ».
D'un autre côté, la sélection d'énoncés par le niveau d'administrat
ion de la preuve risque d'être une sélection par le coût de démonstration
autant ou plus que par la solidité intrinsèque. Une masse de variables
peuvent être ainsi éliminées, en particulier de la discussion des résultats,
simplement parce qu'elles sont plus accessibles que d'autres par l'obser
vation plus ou moins systématique.
Le parti de E. P. Hollander échappe à la fois à la pureté et aux
risques de la sélection par la méthode logique ou empirique. Délibéré
ment, il vise à souligner la portée de son exposé en puisant dans les
résultats de disciplines connexes (sociologiques, économiques, poli
tiques), c'est-à-dire qu'il n'isole pas la discipline psychosociologique ;
d'autre part, il définit l'empirisme au sens large, usant de l'enquête
aussi bien que de l'expérimentation ; enfin, il recourt à des illustrations
tirées de documents non scientifiques (journaux, publications de masse) ;
il utilise des exemples de type « léger » tirés de la vie quotidienne.
Le but est double :
a) « Couvrir » autant que possible l'ensemble du domaine défini
par les objets et les problèmes psychosociologiques (une bonne partie
du domaine de la socialisation, par exemple, ne saurait être expéri
mentale) ; 650 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
b) Fournir non pas surtout une méthode, mais une incitation à
l'étude, les objets et problèmes suggérés par la pratique ou la théorie
débordant évidemment les noyaux les plus stables du savoir.
Rien ne garantit entre les régions consolidées de la science une
unité théorique. Il est généralement clair, aussi bien, que l'homogénéité
méthodologique n'en tient pas lieu.
Il serait surprenant qu'un domaine beaucoup plus étendu, parce
que non filtré par la méthode, puisse se prêter à une systématisation
plus forte. Toutefois, divisons les énoncés en deux classes, expér
imentaux et non expérimentaux (E et B). On peut admettre que l'él
imination des énoncés E isole par effondrement, en quelque sorte, des
zones réduites d'exposés E ; tandis que le rétablissement de certains
énoncés E restituerait des passerelles et des continuités. Il est vrai
que le degré de solidité de ces dépend de la qualité des choix
pratiqués dans E et que, par définition, ces choix sont en partie de
l'ordre de la « plausibilité », c'est-à-dire plus faiblement garantis qu'une
argumentation de type E. L'étendue et la cohésion de la théorie sont
nécessairement payées en solidité.
Là encore, l'option de Hollander est claire : il propose une unité
de perspective théorique reposant sur la notion d'influence sociale qui
lui permet de regrouper des thèmes habituellement disjoints (« chan
gement d'attitude, socialisation, rôle, conformisme, commandement...).
Le point de vue se veut systématique et se définit comme « transac
tionnel », attentif aux processus cognitifs comme aux échanges de
sanctions.
Il semble plus important de caractériser le parti pris par l'A. que
de le juger dans sa nature même. Si ce parti est plus classique que
d'autres, c'est un signe des temps — croyons-nous — que l'A. ait tenu
à l'expliciter ; et même, concernant les exemples anecdotiques, qu'il
ait lui-même souligné : « Ces exemples (quotidiens) n'illustrent naturel
lement pas une idée de la même façon qu'un résultat de recherche, et
ils ne sont pas non plus traités comme si c'était le cas. »
Cette différence de traitement des énoncés suivant leur source
pourrait bien être, en revanche, une des démarches propres à réduire
les inconvénients issus des énoncés E en matière de connexions théo
riques fragiles ou factices.
Il faut apprécier maintenant l'exécution.
Il n'est pas douteux que les domaines couverts sont nombreux et
sans lacunes essentielles. Les matériaux sont raisonnablement puisés
à des sources classiques ou récentes.
Chaque tête de chapitre renvoie à un matériel pertinent et surtout
intéressant. Visiblement, l'exposé tend en effet à intéresser à des résultats
choisis pour leur valeur intrinsèque plutôt que pour leur qualité méthod
ologique. Cela est si vrai que même les exposés liminaires de méthodes
(partie du chapitre III) sont orientés de cette façon. Par exemple, il
y a fort peu de chose sur les techniques de l'analyse de contenu dans PSYCHOLOGIE SOCIALE 651
les deux pages qui lui sont consacrées. Il faudra chercher les techniques
ailleurs, là comme pour les échelles ou les plans d'expérience. Mais,
chose assez rare en cette matière, les exemples choisis sont attrayants
et en ce sens convaincants.
Les différentes sources évoquées à l'appui des énoncés sont régu
lièrement caractérisées, ainsi que les méthodes justificatives (enquêtes,
entretiens, expérimentations, histoire, ethnographie, remarques d'un
journaliste...). On peut admettre que cette caractérisation renvoie à
une échelle de plausibilité d'ailleurs mentionnée au chapitre III (p. 62).
Quant à l'usage d'un point de vue théorique unitaire, on ne peut
nier qu'il soit ici bien plus qu'une expression thématique arbitrairement
privilégiée à la façon des manuels des années 50 (cf. par exemple la
« Communication », dans Hartley et Hartley, 1955). Il s'agit vraiment
d'une tentative d'articuler les notions principales relatives à l'apprent
issage (sanctions) aux processus cognitifs et aux mobiles, dans l'inter
action, et cela à travers de nombreux chapitres chargés de données.
Le résultat est positif dans maints domaines (attitudes, commandeme
nt...). Ailleurs l'exposé d'autres théories n'en paraît pas gêné.
Ce pourrait être une faiblesse dans la mesure où l'effort d'intégration,
qui entraînerait inévitablement l'explicitation d'incohérences et de
contradictions, est rarement très poussé.
Mais c'est ici qu'on doit tenter une caractérisation finale de l'ouvrage,
Introduction à la psychologie sociale, il procure littéralement une dégus
tation stimulante des idées et des travaux sur un échantillonnage riche
et harmonieusement argumenté. C'est que, désormais, un livre de ce
volume restreint ne peut plus traiter de l'ensemble de la psychologie
sociale (expérimentale ou non) autrement que par une spécialisation
de ses objectifs. On ne trouvera pas ici une formation méthodologique,
qui serait conjointement : a) positive et critique ; b) empirique et
mathématique. Il s'agirait de moyens de travail d'un abord parfois
ingrat. L'auteur a préféré appâter et stimuler le débutant par l'image
d'une psychologie sociale plutôt productive, positive et claire, qu'ascé
tique et conflictuelle.
D'autre part, la bibliographie abondante est bien agencée : comme
la stimulation théorique, elle peut accompagner l'étudiant bien au-delà
de ses débuts. Dans le cadre de la stratégie didactique utilisée, l'ouvrage
me semble fort réussi. On voit par où il appelle des compléments eux-
mêmes bien définis et spécialisés.
R. Pages.
Hollander (E. P.), Hunt (R. G.). — Current perspectives in social
psychology. Readings with commentary (Perspectives actuelles en
psychologie sociale. Morceaux choisis et commentés). — Seconde
édition, New York, Oxford University Press, 1967, 685 p.
La première édition de cet ouvrage, parue en 1963, en précisait la
vocation : donner une idée complète du type et de l'étendue des pro- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 652
blêmes étudiés empiriquement en psychologie sociale, attirer l'attention
sur les points de vue actuellement les plus marquants et les plus féconds,
montrer quelles sont les connexions et les divergences qui se manifestent
dans chaque domaine. La seconde édition va dans le même sens : le
nombre des articles choisis a été augmenté, certaines contributions
ont été remplacées par d'autres plus récentes, et deux nouvelles sections
ont été rajoutées qui rassemblent des articles consacrés respectivement
aux processus d'organisation et aux relations entre groupes. Ces chan
gements illustrent le propos des auteurs, de balayer plus largement
le champ des recherches actuelles et de suivre de près l'actualité. Rap
pelons le titre des sections communes aux deux éditions : Problèmes et
processus fondamentaux ; Culture, apprentissage et identification au
groupe ; Personnalité et société ; Langage et communication ; Percep
tion des personnes, interaction et rôles ; Attitudes et cognition ; Compor
tement normatif, conformisme et processus internes aux groupes ;
Commandement, pouvoir et innovation.
G. de Montmollin.
Stephenson (W.). — The play theory of mass communication. —
Chicago, Londres, The University of Chicago Press, 1967, 225 p
Renouveler l'approche théorique et méthodologique de l'étude des
communications, tel est le but que se propose l'auteur. La thèse défendue
est que la caractéristique principale des communications de masse
réside dans leur aspect ludique ; les mass-média permettent à l'individu
de se livrer au « plaisir de communiquer » qui partage avec le jeu le fait
de n'impliquer aucun gain matériel, aucune récompense, si ce n'est
une valorisation de soi.
Centrée sur la notion de plaisir, une telle théorie se veut radicalement
subjective et récuse, dans l'étude des mass-média, le point de vue de
l'observateur au profit de celui de l'individu utilisateur. Ceci conduit
à une mise en cause de l'abord « objectif » des mass-média ; le modèle
informationnel en particulier se voit reprocher de ne restituer que ce
que l'ingéniosité de l'homme y a mis et de donner par là même une
fausse impression de sécurité.
L'aspect proprement psychologique de la théorie est surtout basé
sur les conceptions de Riesman ayant trait au caractère social, à la
contrainte sociale et la différenciation individuelle ; c'est sous l'angle
de leur impact sur ces mécanismes que doit être appréciée l'action
des mass-média.
L'adoption d'une perspective strictement subjective implique des
particularités méthodologiques auxquelles sont consacrés de longs déve
loppements. Sous le terme général de méthode-Q l'auteur expose un
mode d'approche des problèmes privilégiant cet aspect subjectif ; face
à un événement, défini comme la coprésence d'une personne, d'un
médium et d'un message, on recueille une collection d'énoncés qui
formeront une « Q-population ». Les sujets doivent répartir les énoncés PSYCHOLOGIE SOCIALE 653
en un certain nombre de catégories, à effectif imposé (opération de
Q-sorting) permettant d'attribuer à chacun un score pondéré ; ces scores
seront traités par l'analyse factorielle. On passe ainsi du recueil d'opinion
à la mise en évidence d'attitudes désignées par les différents facteurs
dégagés.
Un chapitre est consacré à l'étude des rapports d'une théorie ludique
des communications avec les diverses conceptions du plaisir et, en
particulier, avec la notion freudienne de principe de plaisir. Le plaisir
de communiquer est à la base de la plupart des interactions sociales
réalisant ainsi une « communication primitive » indépendante, en
quelque sorte, du contenu véhiculé par le message. Un des rôles des
mass-média consiste alors à alimenter les interactions, à donner aux
gens de quoi se parler l'un à l'autre et renforcer ainsi leur socialisation
mutuelle.
Une attention particulière est accordée aux distorsions qu'opèrent
les communications de masse par rapport à l'événement. Les appré
ciations courantes, volontiers moralisatrices, soulignent fréquemment
la vulgarité et le bas niveau culturel du contenu des mass-média. Rejetant
ces a priori moraux, apanage des intellectuels, l'auteur souligne que
le propre des mass-média n'est pas de véhiculer la réalité ou une quel
conque « vérité », mais une représentation symbolique de cette réalité
liée aux représentations propres à une culture ; cette symbolisation
confère au contenu de la communication la possibilité d'être appréhendé
par tous les membres d'une culture permettant ainsi la satisfaction
optimale du plaisir de communiquer.
La moitié, environ, de l'ouvrage est consacrée à des exemples
illustrant la contribution qu'est susceptible d'apporter la théorie ludique
des communications à un certain nombre de problèmes. Partant géné
ralement d'enquêtes de grande envergure réalisées par ailleurs, l'auteur
souligne le caractère massif et dispendieux de la méthode utilisée :
selon lui, l'application de la méthode-Q à des échantillons plus restreints
permet de parvenir, à moindre frais, à des résultats plus précis. Dans
chaque cas, l'auteur indique en outre que les ainsi obtenus
expriment les désirs et les besoins du public permettant par là même
aux mass-media de véhiculer les symboles propres à les satisfaire.
Sont ainsi abordées un certain nombre de questions parmi lesquelles
nous citerons : les tensions internationales, le leadership politique,
les mythes de la démocratie, la diffusion du McCartysme et la lecture
de la presse.
J.-P. Faivre.
Vergote (A.). — Psychologie religieuse. — Bruxelles, Dessart,
1966, 336 p.
Toujours audacieuse, l'entreprise de faire œuvre de synthèse devient
franchement inconfortable quand il s'agit de psychologie de la religion
où les travaux de première main demeurent rares, peu assurés dans 654 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
leurs démarches et mal outillés du point de vue conceptuel. Cette
aventure, Antoine Vergote la tente pourtant, sans sous-estimer les
difficultés de la tâche.
D'emblée, il opte pour une étude rigoureusement positive des faits
religieux. Sa prise de position frôle pourtant une certaine ambiguïté :
il s'agit tout à la fois d'opérer une « mise entre parenthèses du pôle
objectai de la religion » (p. 9) tout en conservant au modèle de l'attitude
religieuse « son caractère référentiel » (p. 11). On voit immédiatement
se profiler deux dangers : celui d'un certain flottement épistémologique
et celui de surmonter ce flottement en s'engluant dans des procédures
d'ordre strictement phénoménologique.
L'A. ne les évite qu'en partie. Le dilemme jadis posé par James
entre la religion sociale et la religion intérieure lui paraît sans intérêt :
c'est la « psychologie dynamique » qui doit éclairer « toute Parchitec-
tonique de la personne en acte » (p. 20) que représente l'attitude rel
igieuse et qui peut dégager comment on devient religieux. Ce cheminement
vers l'attitude religieuse, l'A. le présente peut-être trop exclusivement
comme un cheminement « intérieur » alors que, selon nous, il gagnerait
à être également présenté en termes psychosociaux et tracé dans un
champ socioculturel défini et conceptuellement équipé.
Il se fait en trois étapes. Tout est déclenché par une certaine lecture
de l'univers, « signe d'un au-delà ». De cette expérience originelle naîtrait
une sorte d'invocation primitive dont nous ne voyons pas trop pourquoi
elle s'ouvrirait si automatiquement et si directement sur « Dieu »•
Plusieurs lignes de motivations organisent alors cette invocation : volonté
implicite de sauvegarder la morale, désir de satisfaire une curiosité
intellectuelle, besoin de sécurité et, surtout, volonté de surmonter l'i
nsatisfaction fondamentale de l'homme. Enfin, ce qui vient actualiser
l'attitude religieuse, c'est la médiation opérée par les images parentales.
Cette médiation s'organise autour de l'image paternelle et de l'image
maternelle : il est certain que la sympathie de l'A. va dans le sens d'une
plus grande prégnance de l'image paternelle. L'image de la mère sous-
tend la résonance mystique de l'attitude religieuse ; indifférenciation
bienheureuse, sentiment océanique, immergence un peu engluée dans
l'indistinction originelle. L'image du père est autrement personnali
sante. Le père, c'est « celui qui reconnaît l'enfant » par sa Parole qui ne
se limite pas à l'interdit freudien, mais qui s'ouvre sur la promesse. On
sent, ici, toute l'influence de la pensée judéo-chrétienne : la parole pater
nelle est à la fois « interdit », « réconciliation » et « reconnaissance ». C'est
l'image paternelle, en fin de compte, qui introduira la véritable attitude
religieuse.
Nous pensons, pour notre part, que la psychologie devrait multiplier
les approches positives des faits religieux dans une autre ligne que celle
de la psychologie dynamique, trop guettée par la simple clinique, trop
larvée de phénoménologisme latent et assez incapable de proposer des
concepts véritablement opératoires. La psychologie dynamique reste PSYCHOLOGIE SOCIALE 655
naturellement une voie possible et A. Vergote le montre avec une
incontestable réussite. Elle risque toutefois de trop négliger les processus
cognitifs et les fonctionnements psychosociaux qui régulent les faits
religieux. L'attitude religieuse dont on suit l'émergence dans ce très
bon livre est quand même celle d'un homme seul, errant et un peu
rêveur que l'altérité personnalisante du regard paternel n'arrive ni à
socialiser, ni à enraciner.
J.-P. Deconchy.
Dunn (L. G.), Dobzansky (Th). — Hérédité, race et société. —
Bruxelles, Gh. Dessart, 1964, 192 p.
Les auteurs, professeurs de zoologie à l'Université Columbia de New
York et spécialistes de génétique, résument allègrement dans cet ouvrage
rapide les données principales sur l'interaction entre hérédité et milieu,
la transmission génétique, l'eugénisme et la « race ».
La diversité des individus n'est plus à prouver avec ses deux sources :
l'hérédité et le milieu {nature et nurture selon Galton). La recherche de la
primauté entre ces deux facteurs, qui a occupé des générations de scien
tifiques, est assez vaine, chacun ayant un rôle dans l'origine de chaque
caractéristique humaine. Toutefois, l'expérimentation sur l'homme
étant impossible, l'étude des jumeaux univitellins séparés dès la nais
sance et élevés par deux familles différentes, celle des enfants élevés en
milieu adoptif permettent, dans une certaine mesure, de déterminer
leur importance respective. Les traits du visage, la couleur des yeux et
des cheveux, la forme du crâne demeurent semblables chez les univi
tellins séparés ou non, alors que le poids présente parfois des écarts
sensibles, on n'en conclura pas que l'hérédité est sans influence sur le
poids : « L'hérédité provoque des réponses et des réactions du milieu,
dans le milieu et par le milieu. »
Après un exposé des lois de Mendel, les auteurs étudient les crois
ements entre Blancs et Noirs et dissipent quelques légendes. Ils montrent
en particulier que les gènes de la pigmentation cutanée n'ont aucun
caractère de récessivité ou de dominance : c'est le nombre des gènes qui
détermine la couleur de la peau. Si la théorie de l'évolution de Darwin
et le mécanisme de sélection naturelle paraissent confirmés par les
données de la biologie moderne et si, d'autre part, l'hypothèse de l'héré
dité des caractères acquis paraît controversée, l'évolution biologique ne
peut être séparée de son contexte culturel ; l'homme s'est adapté à
et dans la société. A notre stade de l'évolution il existe, outre les condi
tions néfastes de certains milieux, des formules géniques défavorables,
qu'il s'agisse de gènes dominants (fragilité osseuse, par exemple) ou
récessifs (idiotie amauro tique, idiotie phényl-pyruvique). On pourrait
espérer, les porteurs de ces gènes déficients mourant généralement
avant la puberté, que les gènes nocifs sont en voie de disparition. Or
les tares héréditaires ne disparaissent pas : il y a une sorte d'équilibre
dû au processus de mutation qui fait passer certains gènes de l'état 656 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
normal à un état généralement déficient. L'eugénique, dans son aspect
négatif, c'est-à-dire l'élimination des gènes indésirables par stérilisation
des individus génétiquement tarés est, en pratique, difficile, surtout
dans le cas de gènes récessifs (il faudrait, par exemple, cinq mille ans
pour réduire de moitié le nombre actuel d'albinos). De plus, il faudrait
lutter contre l'apparition de mutations nouvelles. Or, il semble bien
que les progrès de la science et de la technique concourent à multiplier
les mutations nocives (rayon X, radiations atomiques).
Le dernier chapitre est consacré à la position de la biologie concer
nant la race. Les essais de classification des races sont peu satisfaisants.
Le concept même de race a souvent été battu en brèche par les scien
tifiques et remplacé par celui de groupe ethnique, ce qui ne fait que
déplacer le problème. Le type racial moyen est en fait une abstraction
ou un type idéal. On ne pourrait définir la race que comme un groupe
de populations différenciées par un ou plusieurs gènes et à cet égard le
gène déterminant le groupe sanguin d'un individu pourrait être fort
intéressant. Mais justement les différences de répartition des quatre
groupes entre les diverses populations sont minimes. En fait, les gènes
qui déterminent les caractères distinctifs des populations humaines sont
disséminés de façon incohérente ; les variations des différents caractères
ne sont pas interdépendantes de façon systématique. D'où l'intérêt
descriptif de certaines communautés de gènes, mais aussi leur faible
valeur de classification théorique.
On reconnaîtra, dans les notions exposées, des données classiques,
traitées avec une grande clarté et netteté didactique. Les aspects psy
chologiques des problèmes sont traités sommairement et parfois laissés
de côté (par exemple pour le problème des différences raciales). Mais
la notion capitale de la relativité culturelle et circonstancielle des
propriétés sélectives est remarquablement mise en évidence.
Il est dommage pour la diffusion d'un ouvrage aussi tonique et
utile que la traduction du Dr R. Graulich soit visiblement inégale.
C'est assez grave dans un texte de large diffusion où le lecteur n'a pas
toujours la ressource de deviner la phrase anglaise en filigrane, derrière
les traductions les plus embarrassées.
M. Pages.
Wickert (F. R.). — Readings in african psychology from french
language sources (Textes de psychologie africaine tirés d'ouvrages
en langue française). — Éditions du Centre d'Études africaines de
l'Université de Michigan, 1967, 381 p.
Cette publication réunit une série de textes traduits afin de rendre
accessibles aux anglophones divers extraits d'articles, rapports et autres
ouvrages illustrant les études psychologiques et leurs applications en
Afrique francophone. Elle est destinée aux étudiants désireux de s'i
nformer d'un état de la question dans cette partie du monde et ... aux
administrateurs africains (?) PSYCHOLOGIE SOCIALE 657
Les diverses sections embrassent un panorama général de la psychol
ogie avec un recours fréquent et nécessaire à la sociologie. Nous passons
donc de la psychologie expérimentale à la sociologie du travail et de
la psychologie pathologique aux recherches sur les attitudes et aux
réflexions méthodologiques, des solutions technocratiques aux recherches
théoriques, dont voici deux exemples :
M. Reuchlin, dans un article paru dans Le Travail humain souligne
l'influence considérable du contexte culturel sur les résultats des tests
conduisant à un remaniement important de ceux-ci. Une fois cette
tâche accomplie, on assiste à des succès spectaculaires, tel ce cas où la
sélection préalable par tests parvint à abaisser le taux d'échecs à la
formation professionnelle des chauffeurs de 50 % à 10 %. L'adoption
d'une attitude plus scientifique semble donc pouvoir, en partie, accélérer
la promotion humaine dans les pays en voie de développement.
Un article de F. N'Sougan Ablemagnon dans la Revue internationale
des Sciences sociales propose quelques réflexions préliminaires à une
recherche sur « les attitudes vis-à-vis de la femme togolaise ». Jusqu'ici
la femme africaine a été perçue surtout dans son intégration à un circuit
d'échange ou à travers sa position dans le ménage, mais très rarement
selon les attitudes des femmes elles-mêmes.
Il faut remarquer que la femme africaine dans la société tradition
nelle n'est mise à l'écart d'aucun des systèmes économique, juridique,
éducatif, politique et rituel et qu'elle joue un rôle beaucoup plus impor
tant et plus autonome qu'on ne l'a souvent envisagé. Cependant,
l'image idéalisée de la femme africaine est surtout vue à travers son rôle
de mère, d'épouse féconde. La petite fille y est perçue comme une
future épouse et mère. Or, il existe une altération actuelle de ce critère,
bien qu'il ne soit certes pas disparu.
D'autre part, les femmes complètement négligées par la colonisation
sont conscientes d'un retard à rattrapper et souffrent de frustration.
Le but que s'était donné l'auteur semble atteint, encore que cet ouvrage
possède certains inconvénients du « digest » : vue parcellaire d'œuvres
très importantes, telles celles d'Ombredane ou Balandier ; ainsi que
quelques textes beaucoup trop courts ou sommaires. Cependant, la
plupart des extraits bien choisis ont un grand intérêt.
Cet ouvrage est un instrument de travail appréciable pour les
étudiants intéressés par la question, principaux bénéficiaires de cette
publication qui n'est pas destinée à des spécialistes.
C. Maroger.
Marshall (J.). — Law and Psychology in conflict (La loi et la
psychologie en conflit). — Indianapolis, Kansas City, New York,
The Bobbs-Merrill Company, 1966, 119 p.
Cet ouvrage est consacré au problème de la valeur du témoignage,
examinée à la lumière des données de la psychologie sociale.
Alors que les juges et les jurés s'appuient largement sur les décla-
A. PSYCHOL. 68 42