Rapport au savoir et rapport à l école dans deux collèges de banlieue - article ; n°1 ; vol.11, pg 119-147
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Rapport au savoir et rapport à l'école dans deux collèges de banlieue - article ; n°1 ; vol.11, pg 119-147

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Sociétés contemporaines - Année 1992 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 119-147
BERNARD CHARIOT RELATIONSHIP TOWARDS KNOWLEDGE AND SCHOOL IN TWO SUBURBAN MIDDLE SCHOOLS This paper presents a research that we are leading in a poor suburban middle school (11-15 years old pupils), comparing its pupils with good students from well- off backgrounds. Can we frame together individual school life stories of pupils and a statistical correlation between school failure and social backgrounds ? This research focuses on how pupils make sense of schooling and learning. It aims at finding processes that structure school life stories : mobilisation within the school and about the school, «epistemic» processes. It shows that a pupil' s school life story is never made beforehand, that working-class pupilsdo not associate schooling with knowledge but with their future and that learning has not the same meaning for every pupil.
Cet article présente une recherche conduite dans un collège d'une banlieue populaire et, à titre de comparaison, auprès de bons élèves d'un collège plus «favorisé». Comment penser ensemble la singularité des histoires scolaires et la corrélation statistique entre échec scolaire et origine sociale ? La recherche porte sur le sens que présentent pour les élèves l'école et le fait même d'apprendre. Elle tente d'identifier les processus qui structurent l'histoire scolaire des jeunes : mobilisation à l'école et sur l'école, processus «épistémiques ». Elle montre qu'une histoire scolaire n'est jamais jouée d'avance, que les jeunes des milieux populaires pensent l'école en termes d'avenir plus que de savoir et qu 'apprendre ne présente pas un sens univoque.
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1992
Nombre de lectures 68
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Extrait

Bernard Charlot
Rapport au savoir et rapport à l'école dans deux collèges de
banlieue
In: Sociétés contemporaines N°11-12, Septembre / Décembre 1992. pp. 119-147.
Abstract
BERNARD CHARIOT RELATIONSHIP TOWARDS KNOWLEDGE AND SCHOOL IN TWO SUBURBAN MIDDLE SCHOOLS
This paper presents a research that we are leading in a poor suburban middle school (11-15 years old pupils), comparing its
pupils with good students from well- off backgrounds. Can we frame together individual school life stories of pupils and a
statistical correlation between school failure and social backgrounds ? This research focuses on how pupils make sense of
schooling and learning. It aims at finding processes that structure school life stories : mobilisation within the school and about the
school, «epistemic» processes. It shows that a pupil' s school life story is never made beforehand, that working-class pupilsdo
not associate schooling with knowledge but with their future and that learning has not the same meaning for every pupil.
Résumé
Cet article présente une recherche conduite dans un collège d'une banlieue populaire et, à titre de comparaison, auprès de bons
élèves d'un collège plus «favorisé». Comment penser ensemble la singularité des histoires scolaires et la corrélation statistique
entre échec scolaire et origine sociale ? La recherche porte sur le sens que présentent pour les élèves l'école et le fait même
d'apprendre. Elle tente d'identifier les processus qui structurent l'histoire scolaire des jeunes : mobilisation à l'école et sur l'école,
processus «épistémiques ». Elle montre qu'une histoire scolaire n'est jamais jouée d'avance, que les jeunes des milieux
populaires pensent l'école en termes d'avenir plus que de savoir et qu 'apprendre ne présente pas un sens univoque.
Citer ce document / Cite this document :
Charlot Bernard. Rapport au savoir et rapport à l'école dans deux collèges de banlieue. In: Sociétés contemporaines N°11-12,
Septembre / Décembre 1992. pp. 119-147.
doi : 10.3406/socco.1992.1083
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/socco_1150-1944_1992_num_11_1_1083♦♦♦♦♦♦ BERNARD CHARLOT ♦ ♦♦♦♦♦♦ ♦
RAPPORT AU SAVOIR ET RAPPORT A L'ECOLE
DANS DEUX COLLÈGES DE BANLIEUE
RÉSUMÉ : Cet article présente une recherche conduite dans un collège d'une banlieue
populaire et, à titre de comparaison, auprès de bons élèves d'un collège plus «favorisé».
Comment penser ensemble la singularité des histoires scolaires et la corrélation statistique
entre échec scolaire et origine sociale ? La recherche porte sur le sens que présentent pour les
élèves l'école et le fait même d'apprendre. Elle tente d'identifier les processus qui structurent
l'histoire scolaire des jeunes : mobilisation à l'école et sur l'école, «épistémiques ».
Elle montre qu'une histoire scolaire n'est jamais jouée d'avance, que les jeunes des milieux
populaires pensent l'école en termes d'avenir plus que de savoir et qu 'apprendre ne présente
pas un sens univoque.
Quel sens les jeunes des milieux populaires attribuent-ils au fait d'aller à l'école
et d'y apprendre des choses ? Quel est leur rapport au savoir et à l'école ? Cette
question est au centre d'une recherche conduite pendant trois ans dans deux collèges
de la région parisienne (Chariot, Bautier, Kohn, Rochex, 1992), recherche que nous
présentons ici1.
La sociologie française de l'éducation accorde une large place à la question de
l'échec scolaire des jeunes d'origine populaire mais elle s'est moins intéressée à leur
rapport à l'école et au savoir. J. Beillerot, recensant les travaux utilisant la notion
de au savoir, repère celle-ci dans les écrits de psychanalystes de l'école
lacanienne, de psychosociologues, et de «socio-formateurs» — B. Chariot et
M. Lesne — d'inspiration marxiste (Beillerot et alii, 1989). Ces socio-formateurs
1 . Cet article s' appuie sur une recherche menée parl'équipe Éducation, Socialisation et Collectivités locales
(ESCOL), Département de sciences de l'éducation, Université Paris VT1I, sous la direction de B. Chariot.
Cette recherche a été financée par le Fonds d'Action Sociale pour les travailleurs migrants et la Direction
de la Population et des Migrations. Seul sera présenté ici le volet de la recherche portant sur les collèges ;
la recherche comporte un autre volet, portant sur l'école primaire et les pratiques d'apprentissage, et une
étude exploratoire sur la mobilisation scolaire des familles.
Sociétés Contemporaines (1992) n° 11 - 12 (p. 119-147)
119 BERNARD CHARLOT ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦
appartiennent au champ des sciences de l'éducation plus qu'à celui de la sociologie
au sens strict du terme, et ils utilisent la notion de rapport (social) au savoir dans une
perspective plus heuristique que démonstrative. Autant dire qu'une recherche sur
le rapport au savoir doit aujourd'hui défricher un terrain peu exploité, et donc
construire ses outils conceptuels autant que recueillir des données. La recherche
dont il est ici rendu compte ne pouvait donc pas confronter un corpus sociologique
cohérent à des données de terrain. Aussi procède-t-elle, pour l'essentiel, à la
construction, ou tout au moins à l'esquisse, d'une «théorie enracinée» dans les
données, au sens de Glaser et Strauss {grounded theory) (Glaser et Strauss, 1967).
Une théorie enracinée est «une théorie qui est découverte et construite
progressivement, en étroite relation avec une analyse intensive des données»
(Strauss, 1987). Elleconstruit des catégories d'intelligibilité qui permettent d'intégrer
les données premières et qui semblent avoir un pouvoir explicatif, elle recueille de
nouvelles données pour valider les catégories ainsi construites, se stabilise
quand un seuil de saturation paraît atteint : de nouvelles données n'apportent plus
rien à la théorie.
Notre recherche relève d'une telle démarche et doit donc être comprise par
référence aux questions posées et aux données recueillies plus qu'aux théories sur
l'échec scolaire déjà constituées. Cette ne relève pas pour autant d'une
sociologie empirique. D ' une part, cette recherche entend conceptualiser et théori ser.
D'autre part, elle tente de repenser la façon même dont on pose et traite la question
de l'échec scolaire. Il nous faut donc situer nos questions et notre démarche par
référence aux grandes orientations de la sociologie de l'échec scolaire même si,
répétons-le, notre recherche ne vise pas à appliquer des concepts sociologiques
constitués à un terrain de recherche.
1 . ÉTAT DE LA QUESTION ET PROBLEMATIQUE
Dans les années 60 et 70, les sociologues montrent clairement qu'il existe une
corrélation statistique entre l'origine sociale des élèves et leur réussite ou leur échec
scolaires. Il semble que rien n'ait changé après l'ouverture de l'enseignement
secondaire et que la «reproduction» perdure : la différenciation sociale s'est
simplement déplacée de 1 ' accès à l 'enseignement secondaire vers l 'entrée dans telle
voie, filière, section, option, de cet enseignement (Althusser, 1970 ; Bourdieu et
Passeron, 1970 ; Baudelot et Establet, 1971 ; Bowles et Gintis, 1976).
Ces théories de la reproduction ont pris des formes diverses, assez connues pour
que nous ne les résumions pas ici . Quelles que soient ces formes, elles font problème
sur plusieurs points.
Elles permettent mal de comprendre les cas marginaux : enfants de familles
«défavorisées» qui réussissent malgré tout à l'école (et, réciproquement, enfants de
familles «favorisées» qui achoppent, mais bénéficient de filets de récupération ou
de voies de sauvetage secondaires) . À si bien montrer pourquoi il n 'est pas étonnant
que les enfants des familles populaires échouent, on reste sans explication devant
ceux qui réussissent.
120 ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦ RAPPORT AU SAVOIR
D 'une façon plus générale, elles laissent hors de leur champ l 'histoire singulière
des élèves dans le système scolaire (rencontres, événements, etc.). Or, il apparaît
essentiel de prendre en considération cett

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