Stendhal et la chicane. « Manie conseillante », pamphlets, projets et procès - article ; n°99 ; vol.28, pg 11-25

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Romantisme - Année 1998 - Volume 28 - Numéro 99 - Pages 11-25
Heir of the 18th century sensualist philosophy, deeply convinced that every judgement of value is individual, necessarily « uncommon », Beyle considers it is pointless, and always a bit ridiculous to want to « convert one's neighbour ». But the writer is torn between the desire of writing for himself or for « the happy few », and the will to impose his point of view, to convince the others. An irrepressible « advising way » urges him to prove to everyone (to his sister first, and then to all his readers) what seems true and fair to him. And noticing that the « present arrangement of society » does not give the possibility to aknowledge personnal merit, the Grenoblois brought up in a city of quibble will tirelessly put social sentences on trial, and imagine all sorts of proceedings, meticulous legislations to minimize the wrongdoing of the cliquishness, of the camaraderies, of the almighty charlatanism.
Héritier de la philosophie sensualiste du XVIIIe siècle, intimement convaincu que tout jugement de valeur est nécessairement « singulier », Beyle estime qu'il est inutile, et toujours un peu ridicule, de vouloir « convertir son voisin ». Mais l'écrivain est tiraillé entre le désir de n'écrire que pour soi, ou quelques happy few, et la volonté d'imposer son point de vue, de convaincre les autres. Une irrépressible « manie conseillante » le pousse à prouver à tous (à sa sœur Pauline d'abord, à tous ses lecteurs ensuite) ce qui lui semble juste et vrai. Et constatant que « l'arrangement actuel de la société » ne permet pas de reconnaître le mérite personnel, le Grenoblois élevé dans « une ville de chicane » va inlassablement instruire le procès des sentences sociales, et imaginer toutes sortes de procédures, de législations minutieuses pour minimiser les méfaits des coteries, des camaraderies, du tout-puissant charlatanisme.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1998
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Langue Français
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M. Yves Ancel
Stendhal et la chicane. « Manie conseillante », pamphlets,
projets et procès
In: Romantisme, 1998, n°99. pp. 11-25.
Résumé
Héritier de la philosophie sensualiste du XVIIIe siècle, intimement convaincu que tout jugement de valeur est nécessairement «
singulier », Beyle estime qu'il est inutile, et toujours un peu ridicule, de vouloir « convertir son voisin ». Mais l'écrivain est tiraillé
entre le désir de n'écrire que pour soi, ou quelques happy few, et la volonté d'imposer son point de vue, de convaincre les autres.
Une irrépressible « manie conseillante » le pousse à prouver à tous (à sa sœur Pauline d'abord, à tous ses lecteurs ensuite) ce
qui lui semble juste et vrai. Et constatant que « l'arrangement actuel de la société » ne permet pas de reconnaître le mérite
personnel, le Grenoblois élevé dans « une ville de chicane » va inlassablement instruire le procès des sentences sociales, et
imaginer toutes sortes de procédures, de législations minutieuses pour minimiser les méfaits des coteries, des camaraderies, du
tout-puissant charlatanisme.
Abstract
Heir of the 18th century sensualist philosophy, deeply convinced that every judgement of value is individual, necessarily «
uncommon », Beyle considers it is pointless, and always a bit ridiculous to want to « convert one's neighbour ». But the writer is
torn between the desire of writing for himself or for « the happy few », and the will to impose his point of view, to convince the
others. An irrepressible « advising way » urges him to prove to everyone (to his sister first, and then to all his readers) what
seems true and fair to him. And noticing that the « present arrangement of society » does not give the possibility to aknowledge
personnal merit, the Grenoblois brought up in a city of quibble will tirelessly put social sentences on trial, and imagine all sorts of
proceedings, meticulous legislations to minimize the wrongdoing of the cliquishness, of the camaraderies, of the almighty
charlatanism.
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Ancel Yves. Stendhal et la chicane. « Manie conseillante », pamphlets, projets et procès. In: Romantisme, 1998, n°99. pp. 11-
25.
doi : 10.3406/roman.1998.3369
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1998_num_28_99_3369ANCEL Yves
Stendhal et la chicane
« Manie conseillante », pamphlets, projets et procès
Pour Philippe Régnier
Cette forme de raisonnement : Quel droit a-t-il ? fut
une habitude chez moi depuis les premiers actes arbi
traires qui suivirent la mort de ma mère, aigrirent mon
caractère et m'ont fait ce que je suis.
Vie de Henry Brulard, chapitre XI.
Je ne me rappelle plus l'origine du sentiment du
juste, qui est fort vif en moi.
Notice autobiographique, datée du 15 février 1832.
Pourquoi parler? pourquoi se mettre en communicat
ion avec cet éteignoir de tout enthousiasme et de toute
sensibilité ? Les autres.
Vie de Rossini, chapitre XXV.
De l'examen personnel et de l'incompatibilité des points de vue
Pour donner le ton de son second pamphlet romantique, Stendhal met en exergue
un très court échange de vues, qu'il intitule Dialogue :
Le vieillard. - « Continuons ».
Le jeune homme. - « Examinons ».
Voilà tout le XIXe siècle '.
Où apparaît clairement le rôle que se donne le défenseur de Shakespeare : celui
d'un « jeune homme » qui ne se sent pas tenu de respecter les traditions vénérées par
les anciens, qui même entend déchirer « le voile jeté par l'habitude » 2 et tout « exa
miner ». Attitude qui trahit le disciple des Lumières, le philosophe qui refuse de croi
re sur parole, pense et juge par lui-même « au lieu de suivre aveuglément l'autorité et
l'exemple » \ Faire table rase des idées reçues, « voir les choses par soi-même » 4 :
« l'intellectuel de l'an X » (M. Bardèche) fait siens les principes de la philosophie des
1. Racine et Shakespeare II (1825), dans Racine et Shakespeare, édition R. Fayolle, Garnier-
Flammarion, 1970, p. 79.
2. Racine et I (1823), éd. citée, p. 57.
3. « Vice énorme » dont se rend coupable Julien au séminaire {Le Rouge et le Noir, édition P.-G.
Castex, Garnier, 1973, p. 171).
4. Lettre à Pauline (juil. 1804), dans la Correspondance (abrégé : Corr.) de Stendhal, édition
H. Martineau et V. Del Litto, Gallimard, la Pléiade, 1968, tome I, p. 132.
ROMANTISME n° 99 (1998-1) .
12 Yves Ane el
Lumières, et, plus précisément, adopte le système d'Helvétius, abondamment cité,
constamment sollicité : « Tout homme regarde les actions d'un autre homme comme
vertueuses, vicieuses ou permises, selon qu'elles lui sont utiles, nuisibles ou indiffé
rentes. Cette vérité morale est générale et sans exception [...]. Applique ce raisonne
ment à tous les grands hommes, et tu verras combien il est vrai que chaque homme
juge tout par son intérêt » 5.
Cette « vérité morale » posée, entre les individus l'incompréhension est première,
les conflits inévitables. L'auteur du Journal n'est-il pas obscur, « inintelligible » 6,
« Chinois » 7 pour ses amis les plus proches ? Tirant les conséquences de sa Filosofia
nova empiriste, Stendhal récuse donc « toute universalité du vrai, du bien et du
beau » 8; s'ensuit un nombre considérable de citations, de développements, d'apo
logues 9, mettant l'accent, dans l'évolution des évaluations, sur l'importance des cl
imats, de la civilisation, de la mode, de l'histoire, etc., sur la spécificité, la subjectivité
des valeurs, sur « le rapport sous lequel » I0 le monde (la société, les hommes, les
opinions, les sentiments...) est appréhendé. Depuis les remarquables analyses de
G. Blin, ce « relativisme sensualiste » et individualiste est bien connu.
Ayant éprouvé dans son cœur, dans sa chair, dans son « âme », que les hommes
sont différents " et les « intérêts » divergents, Stendhal s'en tient à la partialité légit
ime de chaque point de vue : « L'idée que je rapporte de Paris, c'est que chacun a ra
ison dans son trou, et qu'il est absurde de vouloir être à la fois dans deux trous » l2.
« Manie conseillante », échanges de vues et dialogues de sourds
Si « chacun a raison dans son trou », il est vain de disputer, de chercher à
convaincre :
Tout le monde a raison dans son goût, quelque baroque qu'il soit, car on est appelé à
voter par tête. L'erreur arrive au moment où l'on dit : Mon goût est celui de la majorit
é, est le goût général, est le bon goût l\
Les raisons d' autrui sont toujours de mauvaises raisons. C'est ainsi qu'en 1805 Beyle,
arguant de sa singularité, conteste ceux, son père et son grand-père, qui s'opposent à
ses projets de « banque » à Marseille :
Que de pareilles gens, et en général des têtes stupides ou des cœurs froids, ou tous les
deux ensemble, influent sur mon bonheur, c'est une grande bêtise à moi. D'abord,
même en leur supposant de bonnes têtes, ils ne peuvent m' annoncer, pour telle situation
où ils se sont trouvés et où je dois passer, que les sensations qu'ils ont éprouvées; et
5. Lettre à Pauline (8 février 1803), Corr., I, p. 56-57.
6. Ibid., p. 85,90.
7. Voir la lettre de Félix Faure dans Corr., I, p. 1075-1077.
8. Georges Blin, Stendhal et les problèmes du roman, José Corti, 1954, p. 120.
9. Pour la plupart recensés et analysés par G. Blin, ouvr. cité, p. 119-136.
10. Journal, 9 décembre 1804, dans Oeuvres intimes (abrégé : OI), éd. V. Del Litto, Gallimard, la
Pléiade, t. I, 1981, p. 159.
1 1 On connaît la célèbre formule : différence engendre haine, prêtée par le narrateur au pauvre Julien
incapable de passer inaperçu au séminaire (Le Rouge et le Noir, ibid., p. 178).
12. Lettre à Adolphe de Mareste, 2 novembre 1819, Corr., I, p. 994.
13. Racine et Shakespeare, éd. citée, p. 210.
ROMANTISME n° 99 (1998-1) Stendhal et la chicane... 13
comme nos cœurs sont très différents, il est très probable que j'aurai des sensations
extrêmement différentes dans les mêmes positions. La preuve. est claire : si j'avais leur
position dans le monde, ne rendrais-je pas ma vie entièrement différente de la leur?
Leurs sensations ne sont bonnes pour moi que parce qu'étant divisées par le rapport de
moi à eux, elles m'annoncent celles que j'aurai. Voilà toute l'utilité que j'en pourrai
tirer 14.
Que voilà une opportune application de la bonne vieille philosophie sensualiste !
Admis que chaque homme est prisonnier de ses sensations, tout conseil est nul et non
avenu - évidence que Stendhal a pour ainsi dire placée à la fin de son « livre d'idéo
logie », puisque ces mots clôturent le dernier chapitre « suivi », celui intitulé Werther
et Don Juan (LIX) : « il me semble qu'il y a toujours un peu de ridicule à vouloir
convertir son voisin » l5 -, et le futur banquier, disciple conséquent de Condillac,
d'Helvétius ou d'Holbach, a toutes les bonnes raisons de n'en vouloir faire qu'à sa
tête. Mais aussi Henri Beyle est bien mal placé pour regimber devant toute espèce de
recommandation, lui qui abreuve, voire assomme sa sœur de lettres où surabondent
ordres, prières, commandements, injonctions. Ce sont toutes les à Pauline qui
seraient à citer. Pas un instant l'épistolier ne semble envisager que sa « chère petite »
pourrait avoir sa propre opinion; Pauline est une table rase, une « sorte de statue de
Condillac » l6 sans réalité ni individualité. De fait, la plupart des lettres du frère res
tent sans écho - et pour cause. Sans aucun doute, c'est « pour le bien » de Pauline
que sont écrites nombre de lettres didactiques et imperatives, mais tant de sollicitude
prouve à tout le moins un irrépressible besoin de persuader, penchant que Beyle se
reconnaissait d'ailleurs bien volontiers : « J'ai eu pendant très longtemps et bien net
tement la manie conseillante » l7. La déclaration est savoureuse, et hasardée la phrase
au passé; en dépit de cette autocritique et de la consigne : « Jamais de conseils »,
consignée dans le Journal l8, la « manie conseillante » persista et fut sans doute pour
beaucoup dans la rédaction de pamphlets cherchant à divulguer le point de vue beyliste.
Quoi qu'il en soit, cette « manie » découvre une âme incapable de respecter ses
engagements philosophiques. Il est vrai que « chacun a raison dans son trou », mais
pas plus que le Kant de la Critique du jugement, Stendhal n'a pu s'en tenir à ce
constat : indéniable, irréductible est la vérité de mon goût (est beau ce qui me paraît
beau, ce qui me plaît), mais certains ont plus raison que d'autres, et sans cette convict
ion, adieu échanges, discussions, dialogues, dont on sait à quel point ils ont manqué
14. Journal, 2 juin 1805, 01, I, p. 331-332.
15. De l'Amour, chapitre LIX, éd. H. Martineau, Garnier, 1959, p. 239. De même : « Pourquoi se
mettre en communication avec cet éteignoir de tout enthousiasme et de toute sensibilité? Les autres ». (Vie
de Rossini, chap. XXV, éd. de P. Brunei, Gallimard, « Folio », p. 336).
16. La formule est de V. Del Litto, dans sa Préface à la Correspondance, t. L, ouvr. cité, p. X. Cette
compulsion pédagogique de Beyle a été remarquablement mise en lumière par Ph. Berthier dans Stendhal et
la sainte famille, Droz, 1983, p. 106-118, 166-175.
17. Dans une lettre à Pauline, du 5 mars 1806 (Corr., I, p. 298). Et ceci dans une autre : « Je me
démets de l'honorable charge de prêcheur, ma chère Pauline, puisque te voilà liée avec M'lc V. » (24 mars
1808, ibid., p. 439). Beaucoup plus tard encore, cet autre aveu à Louis Crozet : « Je reviens au conseil de
faire le catéchisme de Tracy, car je ne puis me guérir de la manie de conseiller les gens que j'aime »
(26 décembre 1816, ibid., p. 843). Dans la Vie de Henry Brulard (abrégé : VHB) également, l'auteur ne dis
simule pas avoir été « tranchant jusqu'au fanatisme », incapable qu'il était de supposer que l'on pût ne pas
penser comme lui (VHB., chap. XL, édition V. Del Litto, dans OI., t. IL, Gallimard, la Pléiade, 1982,
p. 911-912). G. Blin n'a pas manqué de relever le trait : « On aime que lui, qui plus que personne a récla
mé au nom du relativisme, ait donné dans un dogmatisme ignorant de toute prudence », (ouvr. cité, p. 16).
18. Journal, OI., I, p. 336-422.
ROMANTISME n° 99 (1998-1) 14 Yves Ancel
au consul vieillissant dans son « trou » de Civita-Vecchia. À tenir pour indubitables
les principes selon lesquels chacun est « emprisonné » dans ses sensations et juge
ments l9, toute possibilité de relation profonde est niée a priori. Que chaque homme
soit un monde « sans porte ni fenêtre », un « incompossible » (Leibniz), et il est plus
que « ridicule » de s'échiner à faire partager ses idées, à tenter d'amener autrui à ses
propres raisons, à essayer de trouver un terrain d'entente pour se faire comprendre,
communiquer, voir polémiquer. En conséquence, si la « fable de la taupe et du rossi
gnol » 2(), chargée d'illustrer la pluralité des mondes et l'improbable harmonie des
points de vue, rend assez bien compte du credo relativiste et individualiste de
Stendhal, la question n'est pas épuisée pour autant.
Que la taupe dans son trou et le rossignol sur sa branche engagent un plaisant et
absurde dialogue de sourds, rien de plus naturel, la fable est trop belle. En société, la
confrontation des intérêts se pose en d'autres termes : pour être foncièrement diffé
rentes des petites âmes prosaïques, les grandes âmes tendres et nobles n'en évoluent
pas moins dans le même univers, et, entre « animaux de la même espèce » 21, la sin
gularité ne peut être radicale, absolue, mais seulement relative, distinctive.
Questions a" évaluation : l'aune bey liste et l'aune des autres
Telles sont les antinomies du perspectivisme stendhalien. D'un côté, une philoso
phie, jamais oubliée ni reniée, qui conduit à affirmer haut et fort la légitimité, la vérité
et l'incommensurabilité de chaque point de vue; de l'autre, un pamphlétaire, un
essayiste, un romancier qui n'a pas pu ne pas trahir ses postulats sensualistes. De fait,
Stendhal se heurte à « la question fondamentale » de la philosophie « atomisante » et
« individualiste » du XVIIIe siècle :
les rapports humains sont-ils possibles ? Entre un atome et un autre, quelle relation peut-
il y avoir sauf l'extériorité? Pour un jeune homme du XIXe siècle, individualiste ou
non, le mécanisme, l'atomisme psychologique et social, c'est la question : puisque cet
atomisme introduit partout l'extériorité, peut-il y avoir entre deux personnes une liaison
d'intériorité? Et, sinon, comment peut-on communiquer? 22.
En écrivant ces lignes, Sartre songe à la génération qui entre en littérature sous la
Monarchie de Juillet, mais Stendhal est confronté aux mêmes apories.
En dépit de tous ses principes donc, Stendhal écrit pour être compris, estimé, lu,
critiqué, pour « sortir de son trou », et conserve intact le besoin d'une échelle de
valeurs transcendantes à l'individu (sauf à s'interdire tout jugement, comment se pas
ser d'instruments de mesure?) qui autorise la mise en relation des multiples « façons
de voir », d'aimer, de sentir, de juger, de penser :
Les hommes ont des passions différentes. L'amour senti par Crozet n'est point le même
que l'amour senti par Beyle. [...] J'ai cru pendant un temps que les passions ne diffé
raient qu'en intensité, qu'elles étaient comme la température; Crozet, par exemple,
19. Voir «... tous, tant que nous sommes, être vulgaires ou grands hommes, nous sommes emprisonnés
clans nos propres sensations et encore plus emprisonnés dans les jugements que en tirons » (Journal,
31 octobre 1831, 01., p. 150).
20. Promenades dans Rome, dans Voyages en Italie (abrégé : VI), édition V. Del Litto, Gallimard, la
Pléiade, 1973, p. 998-888.
21. Ibid., p. 889.
22. J.-P. Sartre, L'Idiot de la famille, t. III, Gallimard, 1972, p. 82
ROMANTISME n° 99 (1998-1) Stendhal et la chicane... 15
marque deux degrés de chaleur, Beyle un et demi. Quelle doit être pour moi l'unité, le
point de comparaison de ces deux passions? Est-ce leur force dans l'individu?
Comment la mesurer? Par la quantité de vie qu'il sacrifierait pour arriver à la jouissanc
e. Mais cette mesure est incomplète, il faudrait pour qu'elle satisfît à la condition, que
tous les hommes aimassent également la vie 2\
Et Beyle de continuer à s'interroger, sans jamais en être satisfait. Cent fois sur le
papier l'empiriste convaincu se demandera comment trouver la bonne mesure, et, si
l'écrivain a beaucoup argué de son « aune » spéciale 24 pour marquer son irréductible
différence (« cristallisée » dans le « beylisme », mot qui signe sa singulière vision du
monde), c'est aussi l'image qu'il se fait de l'opinion à la mode qui le pousse à justi
fier et à clarifier sa façon de voir; comme il présume que ses déclarations risquent
fort de « stendhaliser », l'auteur paraît — c'est Vadsum qui feci de l'abbé Pirard, comp
arution inévitable dès lors que les assertions avancées, les thèses proposées sont
paradoxales —, et montre ses instruments et ses unités de mesure. Dès que l'enjeu est
quelque estimation sujette à caution, la dimension intertextuelle, « dialogique », est
fondamentale; et loin que nous ayons en ce cas affaire à l'antienne beyliste — le rêve
d'un discours ésotérique, écrit dans une « langue sacrée » et destiné à quelques rares
initiés 25 —, les textes de ce type font écho à d'autres énonciations 26, prennent en
compte d'autres perspectives, et c'est l'horizon culturel, politique, esthétique, éthique
des contemporains qui programme en quelque sorte la sortie beyliste et ses modalités.
« Si j'avais à dire au lecteur quelque aventure d'un grand intérêt, peu lui importer
ait qui je suis ; mais je ne puis présenter que quelques petites remarques fort peu
importantes, comme on sait, que quelques nuances plus ou moins vraies, et pour sym
pathiser un peu avec les assertions du Touriste, il faut savoir à quel homme on a affai
re » 27. La déduction vaut pour toutes les pages appréciatives : c'est que lorsqu'il ne
s'agit pas de « vérités prouvées », de « vérité mathématique », mais de « petites
remarques », de « nuances », d'assertions plus ou moins controversées, tant vaut
l'émetteur tant vaut le discours. « Savoir à quel homme on a affaire » : la formule,
naturelle sous la plume d'un voyageur versé dans l'art du marchandage, traduit bien
l'espèce de contrat de confiance que l'auteur désire passer avec le lecteur. Tous les
développements en effet qui font intervenir degrés (d'émotion, de bonheur, de civili
sation...), thermomètre (de la beauté, du courage, du mérite, du progrès...), échelles,
aunes et autres barèmes, annoncent la couleur, jouent cartes sur table : voilà comme je
suis, comme je sens, comment je vois les choses, c'est ainsi que je mesure, tenez
23. Journal, mars 1806, OL, I, p. 139. Mêmes interrogations à la date du 7 novembre 1805 {ibid., p. 353).
24. Voir l'autoportrait intellectuel qui figure dans une page intitulée Character of M. Myself, dans
Journal (20 janv. 1812, OL, I, p. 819).
25. Voir VI., p. 366, 633, 880.
26. Du reste, V. Del Litto avait attiré l'attention sur la singularité d'un tel « fonctionnement » de la
pensée. Voir la conclusion de sa thèse {La Vie intellectuelle de Stendhal. Genèse et évolution de ses idées,
1802-1821, P.U.F., 1959) : « Sa forma mentis a ceci de particulier qu'elle a toujours besoin d'un guide,
d'un aiguillon, d'un excitant pourrait-on dire. [...] L'étincelle ne jaillit de son esprit que par réaction »
(p. 689). Sur l'importance de cette pensée par riposte et par ricochet, voir G. Blin, Stendhal et les pro
blèmes de la personnalité, José Corti, 1958, p. 341-423, et M. Crouzet, La Vie de Henry Brulard ou
l'enfance de la révolte, José Corti, 1982.
27. Mémoires d'un touriste (abrégé : MT), dans Voyages en France, éd. V. Del Litto, Gallimard, la
Pléiade, 1992, p. 49.
ROMANTISME n° 99 (1998-1) Yves Ancel 16
compte du coefficient de subjectivité, et appréciez mes analyses en conséquence.
Pénétré de l'idée que nos jugements nous jugent, se plaçant délibérément en « posture
de prévenu » 28, le Grenoblois, élevé dans la chicane 29, s'expose, explicite ses cri
tères, détaille son échelle de valeurs, sinon pour « garder toutes les avenues contre la
critique », du moins, pour être lu, appréhendé, apprécié ou dénigré en connaissance de
cause. Résultat? Le lecteur, en fait, n'est jamais perdu de vue; nous sommes en pré
sence de ce que Sartre eût pu appeler des « textes-pour-autrui ». Rien d'étonnant : si
Stendhal a dit et redit avoir dédaigné faire la cour à la majorité, il n'est jamais tombé
dans le travers romantique de l'artiste incompris (voir son analyse de Chatterton, et
son mépris affiché de tous les « poètes » penchés sur leur âme indicible), n'a jamais
délibérément recherché la rupture radicale 30, a toujours avoué rechercher l'approba
tion d'un public, celui-ci fût-il très sélectif (quête de « l'heureux petit nombre »), ce
qui impliquait le refus de l'obscurité délibérée, de l'hermétisme solipsiste (en fait de
style, on sait que l'auteur du Rouge et le Noir prônait la clarté, la simplicité clas
sique), et laissait au lecteur élu le dernier mot, le soin de juger de la valeur de
l'ouvrage soumis à sa juridiction.
Nous trouverons des juges
En 1805, Henri Beyle dans ses lettres à sa famille crie famine et réclame de
l'argent à un père qui fait la sourde oreille. L'héritier se sent lésé, et dans un Journal
à lui-même destiné fait un bilan, dresse un réquisitoire en bonne et due forme visant
le bastard, condamné par un jury très spécial :
Je viens de réfléchir deux heures à la conduite de mon père à mon égard. [...] D'après
tout cela [...], mon père est un vilain scélérat à mon égard. [...] Si quelqu'un s'étonne
de ce jugement [...], je lui prouverai par écrit, aussi clairement qu'on prouve que toutes
nos idées arrivent par nos sens, c'est-à-dire évidemment qu'une vérité morale
puisse être prouvée, que mon père à mon égard a eu la conduite d'un malhonnête
homme et d'un exécrable père, en un mot d'un vilain scélérat. [...] Je finis cet écrit
[...], en réitérant l'offre de prouver quantum dixi, par écrit, devant un jury composé des
six plus grands hommes existants. Si Franklin existait, je le nommerais. Je désigne pour
mes trois Georges Gros, Tracy et Chateaubriand pour apprécier le malheur moral dans
l'âme d'un poète. Si, après cela, vous m'accusez d'être fils dénaturé, vous ne raisonnez
pas, votre opinion n'est qu'un vain bruit et périra avec vous 31.
Passons sur la difficulté, déjà soulignée, de prouver des « vérités morales » 32 :
Henri Beyle, fils légitime de Chérubin Beyle, exige son dû; il s'estime dans son droit,
28. G. Blin, Stendhal et les problèmes du roman, p. 252-253.
29. VHB., p. 592.
30. Voir à ce propos M. Crouzet, « Polémiques et politesse ou Stendhal pamphlétaire », dans le
Stendhal Club, n° 89 (oct. 1980) et 90 (janv. 1981).
31. Journal, 18 janvier 1805, OL, p. 189-190.
32. « Je lui prouverai [...] aussi évidemment qu'une vérité morale puisse être prouvée ». Pour le fils, le
père a tort bien « évidemment ». Mais le moyen de le démontrer? à l'aide de quelle mesure? Quelques
jours plus tard (3 février 1805), toujours dans le Journal, cette consigne : « Ne jamais oublier que les véri
tés morales ne sont point susceptibles de démonstrations comme celles qui regardent des propriétés appré
ciables en nombre exactement » {ibid., p. 198). Systématiser, quantifier la vie affective et morale, telle fut
la chimère caressée par de nombreux Idéologues (voir G. Gusdorf, Les sciences humaines et la pensée occi
dentale, t. VIII, La conscience révolutionnaire. Les Idéologues, Payot, 1978) et qui perdure dans l'imaginai
re de Stendhal que hante le défaut de mesure.
ROMANTISME n° 99 (1998-1) Stendhal et la chicane... 17
il le croit, il le clame. Mais comment faire partager son opinion ? Les destinataires de
ses lettres, quand ils répondent, ne se rendent pas à ses arguments. S'il faut en croire
la doctrine d'Helvétius, et Beyle lui-même quand il philosophe plus sereinement, le
père n'a pas tort; après tout, il « juge selon son intérêt », et il peut avoir ses raisons
pour refuser d'envoyer plus d'argent à son fils. Mais les dettes s'accommodent mal
d'un « si beau raisonnement ». Conscient cependant qu'il est délicat d'accuser son
père d'être un vilain scélérat sans passer pour un fils dénaturé, Henri Beyle remet à
d'autres le soin d'arbitrer le litige, soumet son écrit à un jury (dont il choisit les
membres) pour trancher. Pourquoi un tel recours? Parce que dans le domaine moral
l'intime conviction ne fait pas le poids; le fils ne doute pas un instant d'avoir le droit
de son côté, mais que vaut cette certitude si elle n'émane que du plaignant? Le jeune
Grenoblois s'adresse donc à de grands hommes étrangers au conflit dans l'espoir de
cautionner du dehors sa propre « façon de voir » ; acquitté en son âme et conscience,
le fils attend du jury une absolution publique qui ne doive rien à la partialité de l'héri
tier juge et partie.
Cette convocation d'un tribunal extraordinaire, nous la retrouverons très souvent,
et généralement associée à l'écriture. Stendhal éclaire les motivations de ce scénario
au début de son autobiographie :
S'il y a un autre monde, je ne manquerai pas d'aller voir Montesquieu, s'il me dit :
« Mon pauvre ami, vous n'avez pas eu de talent du tout », j'en serai fâché mais nulle
ment surpris. Je sens souvent cela, quel œil peut se voir soi-même? 33
Si intimement persuadé qu'il fût de tirer un « billet gagnant » à la loterie littéraire M;
Stendhal n'était pas de ceux qui se posent la couronne sur la tête. Bien sûr, il estime
le profanum vulgus trop grossier pour goûter ses œuvres, mais loin de lui l'idée de
refuser a priori toute sanction extérieure. Puisqu'un écrivain ne saurait décider de son
propre talent 35, le jeune Beyle, en cela différent de bien des romantiques assurés de
leur génie, se place constamment sous le regard de grands maîtres.
Je chante en moi-même sur l'air Ah! pietade troveremo (ah! nous trouverons des
juges), l'entendant de moi et de Voltaire et des autres dramatiques. Je pense à 2000 ans
en avant, l'an 3805 » 36.
Traduction assez libre, mais d'autant plus révélatrice de : « On nous jugera avec
pitié » 37. La formule sera chantée sur d'autres tons, invoquera d'autres juges —
Montesquieu (l'aune du style), la « classe pensante », la bonne compagnie, les happy
few, le lecteur de 1885, la postérité (tribunal posthume) etc. -, mais toujours trahira le
besoin de soumettre l'écriture à un verdict souverain, à une instance transcendante.
33. VHB., chap. I, p. 535.
34. Voir De l'Amour, p. 57.
35. « Quel œil peut se voir soi-même? » Voir la lettre adressée à Alberthe de Rubempré (18 février
1831) : « Un homme se voit d'en dedans [...] et non pas d'en dehors » (Corr., t. II, p. 256).
36. Journal, 21 nov. 1804, OL, p. 152.
37. Cf. la note 2 de V. Del Litto (ouvr. cité, report aux Notes et variantes, p. 1203), qui fait également
observer que c'est a priori, « dès l'âge de vingt et un ans » que « Stendhal confie sa renommée à la postér
ité » {ibid., note 3, p. 1203).
ROMANTISME n° 99 (1998-1) 18 Yves Ancel
Qui jugera des capacités ?
Ce souci juridique ne porte évidemment pas sur la seule appréciation du travail de
l'écrivain ; il n'est pas non plus un simple thème, mais un véritable moteur de l'écritu
re, ce qu'attestent les pamphlets qui sont autant de « critiques de jugement » en acte.
Se lancer dans la bataille romantique et défendre Shakespeare, c'est combattre le
verdict des classiques, « l'arrêt sur le romantisme » des académiciens 38, « lesquels se
constituent tout à coup en juges, bien impartiaux, de gens qui prêchent un nouveau
culte opposé à celui dont ils se sont faits les prêtres 39. Quel droit les académiciens
ont-ils? De quelles œuvres immortelles s'autorisent-ils pour maudire les romantiques
« sectaires »? Quelle est leur aune pour glorifier Racine et Shakespeare?
L'auteur du libelle veut ne voir dans cette querelle littéraire qu'une « discussion frivo
le et assurément sans importance pour la sûreté de l'État » 40, mais ne se pose-t-il pas
en héritier des jacobins, lui l'obscur écrivain qui ne craint pas d'examiner l'arrêt de
l'Académie et de remettre en cause la capacité de jugement des « immortels » ?
Et c'est encore la même « effronterie » 41 qui pousse le défenseur de la tragédie
en prose à écrire D'un nouveau complot contre les industriels. Qu'est-ce que la
« classe pensante » en effet, sinon un comité restreint, un jury indépendant (n'en font
arbitrairement partie que ceux qui disposent de « six mille livres de rente » - pour
Stendhal le prix de la liberté à Paris —, qui donc « ont le loisir de se former une opi
nion qui soit à eux, et non pas celle de leur journal »), une classe forgée ad hoc pour
faire pièce à la promotion indécente de l'industriel, « juge souverain de toutes les
capacités », selon Saint-Simon? 42 II est remarquable d'ailleurs que le pamphlétaire
s'insurge bien moins contre les agiotages, les escroqueries ou les fortunes colossales
des « industriels millionnaires » que contre l'exorbitante prétention de ces derniers à
accaparer l'estime des citoyens, à fabriquer aussi l'opinion, grâce à la mainmise sur la
presse, et à apprécier les mérites à leur aune marchande. Qu'un négociant fasse fortu
ne, passe; qu'il se mêle d'apprécier les vers de Lamartine, le génie de Byron, la
science de Cuvier ou l'intégrité de Carnot, voilà le ridicule et l'inadmissible.
Tel est l'enjeu véritable du « nouveau complot » : dénier aux « marchands
d'argent », aux industriels — « tribunal burlesque » 43 — le droit de juger de tout.
Question de monopole donc : la « classe pensante » seule est autorisée, habilitée à
juger les autres classes. Au nom de quoi ce privilège ? En vertu de quel « arrêt » — et
pris par qui ? - les « gens à six mille livres de rente » qui occupent leurs loisirs à pen
ser composeraient-ils un « tribunal » au-dessus de tout soupçon? L'auteur se garde
bien de s'interroger sur ce point précis : la « classe pensante », spontanément, s'arro
ge le droit de juger, prétention qui servira à nommer et à définir négativement les
38. Voir la Préface du second Racine et Shakespeare, p. 85.
39. Ibid., p. 83.
40. Ibid., p. 90.
41. Voir « [...] en osant plaisanter l'Académie sur la mauvaise foi du discours qu'elle a mis dans la
bouche de son directeur, j'ai craint d'être pris pour un effronté » (Avertissement de Racine et Shakespeare,
II, p. 81).
42. D'un nouveau complot contre les industriels (1825), éd. Flammarion, 1972, p. 15.
43. Ibid., p. 14.
ROMANTISME n° 99 ( 1 998- 1 ) Stendhal et la chicane... 19
intellectuels, ces gens de pensée qui sortent de leurs spécialités, se mêlent de ce qui
ne les regarde pas et « se prennent pour une élite appelée à juger de tout » 44.
Si par la suite Stendhal ne devait plus ni faire allusion à la « classe pensante » ni
croiser la plume avec les industriels, les problèmes posés par le libelle de 1825, cru
ciaux 4-\ ne sont pas morts avec la polémique. Mais passé le temps des pamphlets où
il s'inventait des appuis, où il se donnait l'illusion de n'être pas seul à partager le
point de vue de son « trou » (porte-parole de la « classe pensante » dans le Nouveau
complot, champion des « romantiques » dans Racine et Shakespeare), Stendhal fit
bande à part, persista à dire son mot sur bien des sujets hors de ses compétences (ce
qui lui valut d'être régulièrement accusé dé légèreté, d'ignorance, de flippancy...) et
opposa avec beaucoup de constance son goût, son panthéon (politique, esthétique,
éthique, stylistique, scientifique...) aux célébrités à la mode, aux valeurs frelatées prô
nées par les journaux, nouveaux et insupportables maîtres de l'opinion et fossoyeurs
du mérite, de la qualité et des beaux-arts.
Charlatanisme et manipulation du jugement
Industrialisme, journalisme et charlatanisme 46 sont « un peu cousins » 47, et
Stendhal qui « eût le malheur de ne pas admirer tout ce qu'admirent les gens en pos
session de l'opinion publique » 48 « complota » beaucoup contre le « quatrième pou
voir » auquel il fit grief d'abuser les lecteurs, d'estimer l'insignifiant au détriment du
réel talent, de fausser le jugement et de brader la gloire, crime de lèse-majesté pour un
écrivain qui, dès ses premiers essais de comic bard, guigne the fame, lointaine et
suprême récompense de l'authentique génie. Proposer à l'admiration publique des
industriels enrichis (de surcroît, propriétaires des colonnes qui les encensent), des
livres surfaits, des plumes vendues, des hommes politiques sans scrupules, des savants
ignares, et, scandale des scandales, « faire un grand homme » en quelques mois, c'est
ce qui irrite journellement, « journalement », Stendhal (voir ses Chroniques pour
l'Angleterre). On pourrait y voir, et non sans raison, la réaction crispée d'un écrivain
marginal, d'un moraliste campant sur les positions d'un autre siècle; mais le diagnost
ic ne porte pas seulement sur le métier d'homme de lettres : si Stendhal s'intéresse
avant tout au sort des beaux-arts empoisonnés par la nécessité de faire la cour au jour
naliste, de se pousser 49, il ne tire pas la sonnette d'alarme pour prolonger la seule sur
vie de la littérature. Celle-ci se meurt? Et après? « La liberté est ennemie des
beaux-arts [...], ce qui n'empêche pas la liberté de valoir toutes les basiliques du
44. J.-P. Sartre, Plaidoyer pour les intellectuels, Gallimard, « Idées », 1972, p. 11-13. Qu'en l'occur
rence la polémiste accapare la place dévolue au futur « intellectuel », les réactions des journaux « indust
riels » l'attestent visiblement (voir le dossier de l'édition de référence, D'un nouveau complot..., p. 33-57).
45. Voir les travaux de P. Bourdieu, et, notamment, La Distinction. Critique sociale du jugement, éd.
de Minuit, 1979.
46. Le terme est emprunté à la pièce de Scribe, Le Charlatanisme (1825), que Stendhal trouva fort à
son goût.
47. D'un nouveau complot contre les industriels, p. 1 1.
48. Racine et Shakespeare, I, Préface, ouvr. cité, p. 52.
49. MT., ouvr. cité, p. 128.
ROMANTISME n° 99 (1998-1)