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— Traités de psychologie - compte-rendu ; n°1 ; vol.1, pg 502-520

De
20 pages
L'année psychologique - Année 1894 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 502-520
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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XIII. — Traités de psychologie
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 502-520.
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XIII. — Traités de psychologie. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 502-520.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1894_num_1_1_1256XIII
TRAITÉS DE PSYCHOLOGIE
0. KÜLPE. — Grundriss der Psychologie {Précis de Psychologie, 1893,
i vol. in-8. 478 pages. Engelmann, Leipzig.)
La psychologie physiologique et surtout expérimentale a été enri
chie dans ces dix dernières années par un grand nombre de monog
raphies et de travaux sur des questions spéciales, il nous manque
seulement des essais ayant pour but d'ordonner les résultats systéma
tiquement et de soumettre les théories des phénomènes psychiques à
une revision en se fondant sur les données expérimentales. La psychol
ogie de Kiilpe doit être considérée comme un essai de ce genre.
On n'a pas assez mis en lumière, dans les nombreuses analyses de
la psychologie de Kiilpe, son originalité ; la plupart des auteurs qui
les ont faites se sont contentés d'indiquer les points dans lesquels
Kiilpe se trouve en accord ou en désaccord avec Wundt. Nous essaie
rons d'insister surtout sur les points originaux.
Kiilpe considère dans l'introduction « Sur l'objet et les problèmes
de la psychologie » (p. 1-8) comme objet de la psychologie les phéno
mènes de la vie {Erlebnisse) en tant qu'ils peuvent être considérés
comme dépendant de l'individu qui les présente; le problème de la
psychologie est de donner une description complète de ces phénomènes
et de leur dépendance par rapport à l'individu, considéré seulement
dans le sens physique comme corps {Körperlich) : cette dépendance
entre les phénomènes psychiques et physiques doit être démontrée ;
l'auteur n'admet pas de dépendance {Abhängigkeitsbeziehung) entre
les phénomènes psychiques ; les états de la conscience ne dépendent
pas les uns des autres, ils sont tous coordonnés et leur changement
continu est dû à une certaine régularité dans les phénomènes externes
(p. 4). L'auteur se refuse donc par ces considérations de début à
admettre la possibilité d'une explication purement psychologique des
phénomènes psychiques et de plus il exclut le principe de causalité
des de la conscience.
La division admise par l'auteur est un développement de celle pro
posée par Wundt : dans la première partie, il étudie les éléments de
la conscience (p. 30-284), dans la seconde il s'occupe des combinaisons KÜLPE 503
de ces éléments (p. 284-431) la troisième est consacrée à une descrip
tion des traits caractéristiques de la vie psychique, elle a pour titre
« des états de la conscience » (p. 431-471).
I
Comme éléments de la conscience, c'est-à-dire comme éléments que
l'analyse de l'introspection nous présente comme indivisibles, Külpe
admet les deux suivants : les sensations et les sentiments ; il nie l'exis
tence d'un élément volontaire, il est donc ici complètement en désac
cord avec Wundt ; tous les phénomènes volontaires peuvent être d'après
lui réductibles en dernière analyse à des tendances (Streben) et celles-
ci sont décomposables en sensations organiques. A propos de cette
réduction de la volonté à des éléments sensoriels, l'auteur ne parle
même pas d'un essai qu'on pourrait faire pour réduire de la même
façon les sentiments à des sensations ; c'est une lacune dans l'exposi
tion ; nous observons ici comme dans beaucoup d'endroits une idée
préconçue qui guide l'auteur et qui le fait renoncer à des argumentat
ions là où il faudrait discuter des questions de première importance.
L'étude des sensations débute par la discussion des propriétés (Ei
genschaften) des et de la possibilité d'une analyse exacte de
ces propriétés. Toute sensation aune qualité qui caractérise la sensa
tion comme telle ; si elle change, la sensation change aussi ; toute
sensation possède de plus une durée ; la plupart des sensations ont
une intensité et quelques-unes seulement (sensations tactiles et
visuelles) ont des propriétés spatiales (räumlich). L'auteur résoud de
cette manière très simplement (en admettant que l'espace et le temps
sont à l'origine des des sensations) les questions relatives
à l'origine des représentations de l'espace et du temps ; les discussions
entre le nativisme et l'empirisme n'ont pas de raison d'être, et le
problème que la psychologie se pose relativement à l'espace et au
temps consiste dans la détermination des qualités de et du
contenu du temps les plus élémentaires et aussi dans l'étude des con
ditions subjectives qui accompagnent la formation des représentations
de l'espace et du temps.
L'auteur s'occupe aussi dans ce chapitre de l'analyse des propriétés
des sensations. La possibilité d'une analyse et à' un jugement (Aussage)
sur une sensation repose d'après lui sur la perception de différence
(Unterschiedsempfindlichkeit) et sur la perceptibilité (Empfindlichk
eit) ; la première est une faculté qui permet de comparer les sensa
tions et d'émettre des jugements sur cette comparaison, la deuxième
est une faculté de subir l'effet (Erleben) d'une sensation et d'émettre
des jugements sur cet effet. Ces deux facteurs qui ont été introduits
par Fechner dans la psycho-physique ont reçu de Külpe trois sortes
de modifications. 504 l'année psychologique. 1894
La première modification consiste dans la distinction que Kiilpe
fait entre la perception de différence médiate et immédiate ; cette
faculté consiste non seulement dans la possibilité de subir l'efTet de la
différence de deux sensations (perç. de diff. immédiate), mais aussi dans
l'émission d'un jugement sur cette différence (perc. de diff. médiate) ; il
en est de même pour la perceptibilité. Cette distinction conduit l'auteur
à une conception des méthodes expérimentales et à une explication des
données expérimentales toute différente de celles qui ont été proposées
jusqu'ici. Les mesures des excitations ne doivent. pas être considérées
en relation avec les sensations mêmes, mais avec les jugements sur
ces sensations ; d'après cela, Kiilpe croit que la plupart des erreurs
d'observation trouvent leur origine dans ces jugements « plus grand »
« plus petit »,etc, et non dans les variations de la sensation elle-
même; les variations individuelles sont aussi dues, d'après Fauteur,
à ces différences dans la production des jugements : l'un appelle,
par exemple, différent ce qu'un autre considérerait encore comme
égal.
Une deuxième modification apportée par l'auteur consiste dans la
distinction qu'il fait entre la grandeur et la finesse de la perception
de différence ; la finesse est déterminée, d'après lui, par la variation
moyenne des réponses données, elle ne va pas nécessairement paral
lèlement avec la grandeur de la perception de différence.
Mais la modification la plus importante que l'auteur ait apportée
aux concepts de perceptibilité et de de différence est qu'il
leur donne un sens tout à fait général, et leur fait jouer un rôle dans
toute analyse psychologique. Kiilpe distingue d'après cela les per
ceptions de différence qualitatives, intensives , spatiales (extensives)
et temporales (zeitlich). Les images étant considérées par lui comme
des sensations d'origine centrale, il en résulte que l'analyse des repré
sentations dépend aussi de la perception de différence. Kiilpe va
encore plus loin : il explique les deux genres principaux de la combi
naison des représentations, les fusions et les liaisons, par la relation
différente de la perception de différence vis-à-vis des représentations
combinées; il donne en effet la définition suivante : la fusion est
une combinaison des éléments de conscience dans lesquels la percep
tion de différence est diminuée, tandis qu'elle est augmentée dans
les cas de la liaison (p. 285).
Les progrès de la science permettront de soumettre à une critique
ces affirmations. Mais on voit déjà maintenant combien ces concepts
de perceptibilité et perception de différence sont loin de leur signi
fication primitive. Il est certain, à notre avis, que le concept de per
ceptibilité n'est pas applicable rigoureusement à des images mentales,
on ne peut pas parler dans le même sens du seuil de la reproduction
que du seuil de l'excitation, puisque nous n'avons pas ici cette relation
entre l'excitation et l'élément de conscience qui est comprise dans le
concept de seuil (Schwelle). Et comment devrait-on donc comprendre KÜLPE 505
l'admission d'une perception de différence pour les souvenirs
complexes ?
Voyons maintenant comment l'auteur expose les méthodes de
mesure pour la perceptibilité et la perception de différence. Ses consi
dérations sur la possibilité de mesurer les sensations, la perceptibilité
et la perception de différence sont d'une clarté remarquable. En
exposant les méthodes psychologiques, il maintient la division
employée en des variations minima et des erreurs ; puis il
divise ces méthodes d'après le phénomène qu'on se propose de
mesurer : détermination de l'excitation, comparaison des excitations,
détermination de la différence et des différences ; ce
n'est du reste qu'une systématisation logique très élégante n'ajoutant
rien de bien neuf à la nature même des méthodes, sauf que la
méthode des équivalents est traitée comme une méthode spéciale
ayant la même importance que les autres méthodes. Cette subdivision
n'a pas lieu pour les méthodes des erreurs. Il nous semble difficile
d'admettre l'application de la méthode des variations minima à la
détermination du seuil de l'excitation dans le cas où on commence
par une excitation sentie et qu'on la diminue graduellement, puisque
ce procédé amène très vite une fatigue de l'organe.
L'auteur en exposant les méthodes des erreurs a indiqué les formules
mathématiques fondamentales qu'on applique pour ces méthodes, il
critique l'application de la loi des erreurs de Gauss à la psycho-phys
ique et il s'appuie ici surtout sur l'influence de la production du
jugement.
Un dernier paragraphe de ce chapitre est consacré à l'étude du rap
port qui existe entre l'excitation externe (Reiz) et l'excitation nerveuse
(Nervenerregung) (p. 81-89). Dans une œuvre où on nous dit tout au
début que l'explication des phénomènes psychiques doit trouver son
origine dans les relations des physiologiques, on devrait
s'attendre à trouver une exposition détaillée sur les relations des pro
cessus physiques et psychiques; mais cette exposition fait défaut. Les
données physiologiques et anatomiques que l'auteur rapporte sont
incomplètes et ce qu'il appelle « théorie » d'un certain nombre d'él
éments de la conscience est la partie la plus faible du livre ; ainsi en
exposant la théorie des sensations visuelles, il ne tient presque aucun
compte des processus physiologiques dans la rétine qui ont été dans
les dernières années tant étudiés et qui ont servi de base à certaines
théories ; de plus, les hypothèses qu'il rapporte ne sont pas tou
jours exactes (p. 140 et 141). Ce même paragraphe contient encore
une exposition très brève de la théorie de l'énergie spécifique des
nerfs.
Le chapitre suivant est consacré à l'étude de la qualité et de l'inten
sité des différentes sensations. Pour la sensation de pression il
n'admet avec raison qu'une seule qualité, celle de la sensation de
pression ; il parle trop légèrement des expériences de Goldscheider et L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 189± 506
de Blix sur les sensations thermiques ; on ne peut pas donner une
critique des phénomènes observés avec des considérations théoriques
comme celles de la page 97; l'hypothèse de l'auteur que les propriétés
variables de la peau expliquent la distribution inégale de la sensibilité
thermique se trouve en désaccord avec les expériences de Golds-
cheider.
L'étude des sensations gustatives et de l'odorat ne présente rien de
nouveau.
L'auteur essaie pour toutes les sensations de déterminer, en se
basant sur les mesures de la perception de différence, le nombre de
qualités que nous pouvons distinguer dans un certain genre de
sensations.
L'exposition des qualités des sensations visuelles est très originale
chez Kiilpe, nous la rapportons avec beaucoup de détails. Ce qui est
surtout caractéristique pour les visuelles c'est d'après Kiilpe
Yincongruence que nous rencontrons ici entre l'excitation et la sensa
tion ; à ce qui est compliqué objectivement, c'est-à-dire à un mélange
de couleurs, correspond une sensation simple de clarté {Helligkeit) et
à des rayons homogènes correspond un complexus de couleur et de
clarté réunies ensemble ; c'est ce rapport'entre la couleur [Farbenton)
et la clarté qui est le point original chez Kiilpe. La clarté est pour lui
une qualité, ce n'est pas une intensité; les changements de clarté d'une
couleur sont pour lui des changements qualitatifs purs. Nous voyons
de plus qu'il identifie clarté et blanc ; les nuances de la clarté sont
égales aux nuances blanc-gris-noir; mais la clarté est en même temps
l'absence de couleur {Farblose) puisque nous désignons, d'après Kùlpe,
le blanc, le gris et le noir comme n'ayant pas de couleur. Si on se
demande où doit-on chercher l'intensité des sensations visuelles si ce
n'est pas dans la clarté? on trouve chez Kulpe d'abord la réponse
qu'il n'existe pas de changements d'intensité pour les sensations
visuelles (p. 31, 117, 118), à un autre endroit il dit que l'intensité est
peut-être donnée par les états de saturation d'une couleur (p. 121),
on voit donc ici une certaine contradiction.
Nous avons donc, d'après la théorie de l'auteur, deux sortes de
qualités dans les sensations visuelles : clarté et couleur; on doit se
représenter le rapport de ces deux qualités de telle sorte que la
couleur ne peut jamais exister sans clarté, les deux qualités se trouvent
à l'état de fusion {Verschmelzung); la clarté au contraire peut se
présenter, dans des cas rares, il est vrai, à l'état isolé ; c'est ce que
nous appelons le blanc pur. Si on change la clarté d'une couleur, la
couleur change aussi, mais ce changement est différent suivant les
couleurs.
Ne connaissant pas encore bien les processus physiologiques de la
vision, on ne peut pas admettre ou rejeter la théorie de l'auteur, on
peut seulement se demander si les arguments positifs qu'il présente
suffisent, si la théorie ne se trouve pas en désaccord avec les faits 507 KÜLPE
connus et enfin si elle ne conduit pas à des conclusions inexactes. Il
me semble que la théorie de Kiilpe donne lieu à des doutes au sujet
de ces trois points.
Trois arguments sont présentés par Kiilpe en faveur de sa théorie :
1° nous pouvons comparer les différentes couleurs au point de vue de
leur clarté, d'où il résulterait que la clarté est une qualité aussi bien
que la couleur {Farbenton) (p. 318) ; mais nous pouvons bien
comparer les différents sons et bruits au point de vue de leur intens
ité et la comparaison des intensités des sons est rendue plus difficile
lorsqu'on prend des sons de qualités différentes, ce qui se produit aussi
pour la des clartés de différentes couleurs.
2° Le deuxième argument est trouvé par l'auteur dans le phéno
mène de Purkinje. Je crois que justement ce phénomène indique
l'inexactitude de la théorie de Kiilpe. Le fait que les changements de
la clarté d'un blanc obtenu par le mélange de deux couleucs complé
mentaires varie d'après le choix de ces couleurs, montre que la cou
leur influe aussi sur la clarté ; ceci est encore montré avec plus de
netteté par les dernières expériences de J.von Kries (voir analyses,
p. 313). Il en résulte qu'on ne peut pas regarder la clarté et la couleur
comme se trouvant à l'état de fusion, leur rapport est bien plus comp
liqué.
3° Le troisième argument que l'auteur désigne comme le plus
important n'est point exact dans la forme simple que lui donne
Kiilpe ; il croit que toutes les couleurs deviennent, pour une clarté
très faible, grises et puis noires et qu'elles deviennent au contraire
blanches lorsque leur clarté augmente ; de ce fait qu'une couleur aux
deux limites n'est perçue que comme clarté l'auteur déduit qu'on a
pour chaque sensation de couleur affaire à une fusion de deux
qualités, la couleur {Farbenton) et la clarté. Ces faits ne sont pas
exacts, comme l'ont montré les dernières expériences de A. König et
de Kries (V. analyses, p. 313), ces auteurs ont en effet montré que la
fovea centralis voit les couleurs comme telles jusqu'au dernier
moment, un point coloré reste coloré jusqu'au moment où on ne voit
plus rien. Il en est encore de même pour l'augmentation de la clarté
des couleurs ; les couleurs perdent en saturation, mais elles ne dispa
raissent pas complètement et n'apparaissent pas comme blanches.
L'identification que Kiilpe fait entre la clarté, l'absence de couleur
(Farblosigkeit) et le blanc, tombe encore si on pense à ces feux de
Bengale qui ont une clarté bien supérieure à un bec d'Auer et qui ont
tout de même une couleur; comment l'expliquer si on admet que
« plus de clarté » est égal à « moins de couleur » (Farbloser), qui est
égal à « plus blanc »?
Enfin, pour pouvoir mener sa théorie jusqu'au bout, l'auteur fait
des distinctions trop hypothétiques : il doit, dit-il, exister une clarté
réelle (thatsiichlich) et une clarté apparente {scheinbar); si, par
exemple, un bleu saturé nous paraît sombre, cela lient à ce qu'il a une 508 l'année psychologique. 1894
clarté apparente faible, mais une clarté réelle relativement grande .
Que veut donc dire une clarté réelle qui n'existe pas pour nos sen
sations? Ces distinctions montrent bien que les constructions de
l'auteur sont purement logiques et ne sont pas des descriptions de nos
perceptions.
On peut se demander comment nous pouvons conclure en général
qu'un certain élément de conscience est à considérer comme intensité
et non comme qualité. Ceci se fait en se basant sur notre introspec
tion ; dans le cas présent, elle ne nous renseigne pas assez, ce qui
explique les discussions auxquelles conduit cette question de la clarté
et de la couleur. Nous devons donc chercher des faits secondaires qui
accompagnent l'augmentation de lintensité d'une sensation ; nous
voyons que l'attention est attirée par la sensation la plus intense, les
sentiments évoqués sont plus marqués, l'organe sensoriel se fatigue
plus vite , la dépense de l'énergie est plus grande , les réflexes
augmentent et enfin on arrive à un point {Reizhöhe) à partir duquel
l'augmentation de l'intensité de l'excitation n'est plus perçue ; tous
ces signes de nature psychologique et physiologique se rencontrent
pour de la clarté; et on ne peut pas les comprendre
si on admet que les changements de clarté sont des changements
qualitatifs.
Les conséquences auxquelles conduit la théorie de Kiilpe donnent
aussi lieu à des doutes : pourquoi admettre que les sensations
visuelles ne présentent pas de changements d'intensité, tandis que
toutes les autres les présentent ? Comment en donner une explication
physiologique ? Ce n'est certainement pas le fait que la vision est
un sens chimique, puisque le goût et l'odorat, qui appartiennent aussi
à des sens chimiques, présentent des changements d'intensité.
L'exposition des qualités des sensations organiques est très claire,
l'auteur tient compte des derniers travaux et il apporte de la préci
sion dans la terminologie; il examine la question du sens statique,
indique les deux opinions qui existent sur le rôle des canaux semi-
circulaires : comme organe sensoriel ou comme organe réflexe, mais
il ne résout pas la question.
Dans le chapitre sur l'intensité des sensations (p. 158-174), l'auteur
s'occupe de la loi de Weber, il considère les trois interprétations cou
rantes (psychophysique, physiologique et psychologique), comme
trois classes, le nombre d'interprétations complètes de la loi de
Weber peut être bien plus grand.
Le chapitre suivant « Sensations d'origine centrale » (p. 174-230)
est consacré à l'étude des représentations, des lois de l'association et
de la reproduction.
L'auteur critique ici très sévèrement les dogmes qui ont été transmis
de génération en génération et qui ont été tant soutenus par l'école
associationniste anglaise; telle est, par exemple, l'admission que les
sensations d'origine centrale sont simplement des images, des répéti- KÜLPE 509
tions de sensations passées, que la reconnaissance n'est possible qu'à la
suite de la comparaison d'une représentation avec une sensation, etc.
Mais la critique du dogme le plus important, que l'association est la
condition de toute reproduction, ne me paraît pas assez fondée. Kùlpe
examine la question trop légèrement; il commence toujours par « on
a affirmé... » et en réalité aucun psychologue n'a affirmé ce que
Kiilpe critique et en aucun cas l'affirmation n'a été faite par les
anciens psychologues anglais, qui ne mettent jamais à côté des repré
sentations les « sensations simples », puisque leur terme « sensation »
correspond à une perception accompagnée d'un certain sentiment
[Gefühlsbetonte Wahrnehmung). Külpe se propose de montrer qu'il
existe aussi des sensations d'origine centrale sans associations; en
effet, dit-il : 1° il existe des représentations qui apparaissent d'elles-
mêmes, isolément {freisteigende) et 2° les sensations nouvelles peuvent
aussi évoquer d'autres représentations.
Je ne considère pas comme démontrée l'existence de représentations
isolées; nous connaissons beaucoup de cas où, croyant d'abord avoir
affaire à une telle représentation on trouve ensuite les motifs qui ont
conduit à sa reproduction; on peut donc facilement comprendre qu'il
existe des cas où nous ne pouvons pas retrouver ces motifs, ils nous
échappent, mais on ne peut pas en conclure qu'ils n'existent pas du
tout. Quant au second argument, il ne concorde pas tout à fait avec
les considérations de l'auteur qui suivent; nous voyons en réalité très
rarement une qualité nouvelle, et si on nous en montre une, la loi de
la ressemblance de l'auteur (p. 202), qui avait été exposée de la même
façon déjà par Marty, suffit pour expliquer comment cette sensation
pourra être reproduite; de plus, on ne doit pas se représenter le con
tenu de la conscience (Inhalt des Bewusstseins) comme une « tabula
rasa » où n'existe que la sensation perçue, et par conséquent pour
quoi la reproduction de la ne peut-elle pas être motivée par
la des autres éléments de la conscience qui existaient en
même temps ?
Les autres critiques de la théorie de l'association se rapportent à
des psychologues anciens; aucun psychologue moderne n'affirme que
la reproduction est une simple répétition des perceptions passées;
tout au contraire dans les discussions sur la loi de la ressemblance
il s'agissait d'examiner si la différence qui existe entre la reproduct
ion et la perception même peut être expliquée sans l'admission d'une
loi de la ressemblance. (Voir, par exemple, Höffding et Lehmann :
Vierteljahrschrift f. Wiss. Philosoph. 1889 et 1890; Psychologie de
Hö'tfding,\). 190; Victor Brochard, Revue philosophique, 1880, etc.)
Après ces nombreuses critiques on s'attend à trouver une théorie de
l'auteur qui remplace les théories critiquées; cette théorie est exposée
dans les paragraphes sur les sensations d'origine centrale et sur les
différentes formes de combinaisons des éléments de conscience. On
croirait que l'auteur devrait opposer : 1° les sensations d'origine péri- l'année psychologique. 1894 510
phérique comme éléments de la conscience ; 2° les combinaisons des
sensations d'origine périphérique et 3° les sensations d'origine cen
trale ; mais il ne parle des combinaisons des éléments de la conscience
qu'en dernier lieu, lorsqu'il ne distingue plus entre sensations d'ori
gine périphérique et centrale ; il en résulte une confusion ; on com
prend bien ce que l'auteur désigne sous le nom de fusion des sen
sations d'origine périphérique, mais comment doit-on se représenter
la fusion des sensations d'origine centrale? L'auteur ne le dit pas.
L'étude des centrale se compose de trois
points : 1° rapport de ces sensations avec les sensations d'origine
périphérique ; 2° propriétés de ces sensations et 3° conditions de
leur apparition. L'auteur nous montre que seulement dans quelques
cas rares les sensations d'origine centrale peuvent être confondues
avec les sensations périphériques, le nombre de ces sensations et leur
intensité est bien plus faible que celui des sensations périphériques,
enfin les propriétés d'espace et de temps sont bien différentes pour
ces deux genres de sensations ; toutes ces considérations sont loin
d'épuiser ce que la psychologie a acquis sur le rapport des sensations
et des représentations.
Les conditions d'apparition des sensations d'origine centrale sont
divisées par l'auteur en générales et spéciales, les premières embrassent
l'attention, les sentiments et la volonté ; dans la seconde catégorie
nous trouvons de nouveau des conditions générales qui sont la percep
tion des « motifs de reproduction », l'auteur entend par ce nom « les
sensations qui sont reproduites » (p. 200) ; ces subdivisions logiques
ne sont pas claires. Examinons par exemple les deux genres de con
ditions spéciales; le fait qu'on doit avoir eu des sensations visuelles
pour avoir des images visuelles peut certainement être considéré
comme condition générale pour la production d'images visuelles, et
c'est tout ; toutes les autres considérations que Fauteur nous présente
dans le § 31 sur la mémoire et l'exactitude de la reproduction est
une réponse à une autre question, qui est la suivante : De quelles
conditions dépend la ressemblance des sensations reproduites avec les
sensations elles-mêmes ?
On est étonné de trouver dans la catégorie des conditions spéciales
la condition générale que les sensations qui jouent une action repro
ductrice doivent avoir été ensemble dans notre conscience (p. 202). Il
est indispensable pour la compréhension de toute la théorie des
associations qu'on détermine clairement le rapport entre les condi
tions générales et spéciales ; seulement alors on pourra décider quel
est le rôle de cette coexistence des sensations pour l'association ;
ainsi, par exemple, les relations des dans le temps et l'e
space jouent-elles un rôle indépendant comme étant une condition
pour la reproduction de l'ensemble, ou bien ces relations jouent-elles
un rôle d'une manière indirecte en permettant aux conditions géné
rales (attention, sentiment, etc.) de mieux agir ? Külpe ne donne pas