Venezuela : coexistence de l'opulence et du dénuement. La difficile accumulation de l'excédent pétrolier - article ; n°84 ; vol.21, pg 761-778

-

Documents
19 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Tiers-Monde - Année 1980 - Volume 21 - Numéro 84 - Pages 761-778
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1980
Nombre de visites sur la page 22
Langue Français
Signaler un problème

D. F. Maza Zavala
Venezuela : coexistence de l'opulence et du dénuement. La
difficile accumulation de l'excédent pétrolier
In: Tiers-Monde. 1980, tome 21 n°84. pp. 761-778.
Citer ce document / Cite this document :
Maza Zavala D. F. Venezuela : coexistence de l'opulence et du dénuement. La difficile accumulation de l'excédent pétrolier. In:
Tiers-Monde. 1980, tome 21 n°84. pp. 761-778.
doi : 10.3406/tiers.1980.3977
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1980_num_21_84_3977VENEZUELA : COEXISTENCE
DE L'OPULENCE ET DU DÉNUEMENT
La difficile accumulation de l'excédent pétrolier
par le Pr D. F. Maza Zavála*
Le Venezuela constitue un exemple vivant et actuel de coexistence entre
la richesse et la misère, la profusion et la pénurie. Ce n'est pas un cas
unique dans le monde contemporain, pas plus qu'une situation nouvelle
ou surprenante. D'une manière ou d'une autre, les pays du Tiers Monde
— dont le Venezuela fait partie — souffrent du paradoxe de cette coexis
tence d'extrêmes, et s'ils se distinguent par leur pauvreté au niveau
national — en tant que dénominateur commun — il existe généralement
à l'intérieur de chacun des minorités relativement riches, qui s'approprient
des parts élevées du revenu national, et des majorités plus ou moins
pauvres qui n'arrivent à survivre qu'avec peine.
L'impossibilité d'absorber fructueusement la totalité des surplus
fournis par le pétrole a conduit à la création d'un organisme financier
étatique, le Fonds des Investissements du Venezuela, qui canalise une
partie de l'excédent fiscal de telle manière qu'actuellement son actif
financier atteint la valeur de 32 000 millions de bolivars (à peu près
7 440 millions de us dollars). Le Fonds a placé une partie de ses ressources
à l'étranger et une autre partie dans le financement de projets intérieurs.
En six ans (1974-1979), le pétrole a rapporté, moyennant la hausse des
prix, 185 000 millions de bolivars supplémentaires (43 100 millions de
us dollars) à l'Etat vénézuélien. Cette énorme quantité d'argent n'a pas
apporté la croissance économique et le bien-être. Au contraire, l'impor
tation de biens, de services et de capital, rendue plus nécessaire, a fait
que l'économie est devenue plus vulnérable et dépendante, que
cette masse de moyens monétaires et financiers, loin de susciter un « bond
décisif», provoque des déséquilibres, des ruptures et des problèmes plus
importants que ceux qui existaient avant son afflux. De plus, ces ressources
extraordinaires sortent pour une grande part du pays, à travers les import
ations, les placements de fonds à l'extérieur qui ne seront probablement
* Faculdad de Economia, Universidad Central de Venezuela, Caracas.
Revue Tien Monde, t. XXI, n» 84, Octobre-Décembre 1980 762 D. F. MAZA ZAVÁLA
pas rapatriés et autres dépenses sans contrepartie réelle. L'excédent
pétrolier ne constitue pas en soi un capital, et le problème consiste just
ement à le convertir en cela, c'est-à-dire en un ensemble de moyens de
production dont l'incorporation à l'économie contribuerait à l'augment
ation de la productivité sous une forme organisée et soutenue.
Seulement une minorité de la population — pas plus de 20 % — jouit
à l'heure actuelle de revenus réels plus importants qu'il y a quatre ans,,
et 80 % des habitants ont vu leur situation financière s'aggraver et
souffrent de l'insuffisance et du mauvais fonctionnement des services
publics; on constate l'instabilité du logement, la dégradation du régime
alimentaire familial due à la hausse des prix, le manque trop fréquent
d'aliments de base, la difficulté de trouver une place dans les lycées, écoles
et université pour les enfants et les jeunes, l'effort accru requis pour
atteindre les niveaux moyens de satisfaction des besoins vitaux. L'inégal
ité socio-économique s'accroît — certains de ces pays ont un revenu par
habitant plus élevé que la moyenne mondiale, ce qui a pour effet dans le
meilleur des cas un allégement de la situation de la majorité défavorisée,
mais également une richesse absolue plus élevée de la minorité privilégiée.
L'originalité du cas vénézuélien réside dans l'explosion de ressources
considérables donnant accès à l'abondance et dans le changement des
paramètres qui ordinairement définissent l'économie : le revenu de l'Etat,
les recettes en devises, la liquidité monétaire, les ressources naturelles,
l'importation, l'investissement, la consommation. L'opulence s'est tra
duite sur le marché par une pénurie d'articles de consommation courante,
dont les prix, bien évidemment, se sont mis à augmenter considérable
ment. Les services publics ont été également déficitaires. La partie de la
population dont le revenu a peu augmenté proportionnellement à cette
hausse souffre d'une pénurie de biens et de services. Le pouvoir des
groupes économiques déjà implantés s'est accru, d'autres groupes part
iculièrement forts ont émergé à la faveur des affaires publiques.
Cette croissance fulgurante de l'économie vénézuélienne est due à la
hausse des prix du pétrole depuis 1974. Le prix moyen est passé de
4,45 us$ en 1973 à 14,35 en 1974, pour les effets de la participation fiscale
dans le revenu net pétrolier. En fait, le budget de l'Etat a été multiplié
par 3 jusqu'à atteindre l'équivalent de 10 000 millions de us dollars,
et les recettes du pétrole de 3 044 millions de us dollars en 1973 à
9 277 millions en 1974. Les dépenses publiques ont pu s'accroître dans
des proportions sans précédent, de même que les importations. Elles
ont augmenté en 1974 de 48 %, en 1975 de 41 %, en 1976 de 20 % et
de 12 % par an entre 1977 et 1979 ; la production intérieure brute de
5,5 % en 1974 (1973 5 %), de 5,9 % en 1975 et de 8,4 % en 1976. OPULENCE ET DÉNUEMENT 763
L'augmentation de la production pétrolière réelle, ayant diminué à la
suite d'un réajustement, ainsi que de la production agricole en 1976, s'est
élevée à nouveau, tandis que la construction et les services ont diminué,
en 1979.
De l'excédent fiscal au déficit
Les finances publiques vénézuéliennes s'appuient sur la recette
pétrolière qui représente en moyenne 70 % des recettes courantes du
gouvernement central. La recette fiscale pétrolière s'est élevée de
11 221 millions de bolivars en 1973 à 36 508 en 1974. Dans les années
postérieures, elle a diminué jusqu'à 33 322 millions en 1979. Les recettes
totales courantes du gouvernement central sont passées de 16 054 mil
lions de bolivars en 1973 à 42 558 en 1974, puis elles diminuèrent pour
se situer en 1977 à 38 776 millions, et remonter à 48 312 millions de boli
vars en 1979.
La dépense courante du gouvernement central — c'est-à-dire compte
non tenu du service de la dette publique — est passée de 14 598 millions
de bolivars à 39 517 entre 1973 et 1974. Au cours de cette dernière année,
un excédent fiscal de 3 041 millions de bolivars a été enregistré. En réalité
l'excédent fut supérieur, car il faut considérer l'apport du Fonds des
Investissements du Venezuela, qui ne constitua pas à proprement parler
une dépense, mais plutôt un excédent capitalisable de 1 3 000 millions de
bolivars. En 1975 un excédent a également été obtenu de 812
de bolivars, mais en 1976 un déficit de 801 millions est apparu.
En 1977 et 1978, la balance courante du Trésor a été déficitaire de
9 475 et 8 500 millions de bolivars, mais en 1979, pour la première
fois depuis 1975, elle a présenté un excédent de 3 116 millions de bolivars.
L'analyse des finances publiques sur plusieurs années met en évidence
une situation de déséquilibre structurel. Fondée sur l'extraction et la
commercialisation du pétrole, lequel est épuisable, la plus grande partie
des recettes ne provient pas de la poche du contribuable, mais d'un revenu
de capital via la liquidation du patrimoine national. Parce que les dépenses
publiques ont tendance à croître de telle sorte que les rentrées courantes
ne sont en général pas suffisantes pour les couvrir toutes, le recours à
l'endettement est fréquent. Apparemment, l'expansion extraordinaire
du revenu pétrolier a placé le fisc vénézuélien dans une position très
favorable. Cependant la dépense publique dans les quatre dernières
années a aussi subitement pris une ampleur considérable : entre 1973
et 1979 elle a plus que quadruplé. Face à cette forte augmentation de la
dépense totale, la part de la dépense courante est passée de 67 % en 1973 E>. F. MAZA ZAVÁLA 764
à 59 % dans le budget de 1979. Toutefois, les dépenses d'investissement,
qui étaient spectaculairement montées de 30 % du total en 1973 à 60 %
en 1974, ont diminué dans les années postérieures et arrivent au chiffre
de 23 % dans le budget de l'année 79, alors que le service de la dette
publique s'élève de 8 % en 1973 à 18 % en 1979. Le revenu courant
tend à se stabiliser — après son augmentation spectaculaire de 1974 —
à 50 000 millions de bolivars et son accroissement annuel dans un futur
prévisible ne sera pas supérieur à une moyenne de 10 %, sauf en cas
de hausse exceptionnelle du pétrole. Pour mieux comprendre ce mouvem
ent, il faut signaler que la recette fiscale pétrolière — 70 % du total —
ne pourra augmenter que dans la mesure où il y aura de nouvelles hausses
sensibles du prix du pétrole, car le flux de production est limité à une
moyenne journalière de 2 200 000 barils, ce, par souci de préservation.
Le reste des recettes courantes — provenant des contributions intérieures
et des droits d'importation — dépend pour l'essentiel de la conjoncture
fiscale, qui elle-même est liée à la dépense publique, variable macro
économique principale de l'économie intérieure. De telle sorte que
c'est seulement si la dépense du gouvernement continue à croître à des
taux appréciables qu'une croissance importante de la recette fiscale non
pétrolière pourra se maintenir. Ce lien qui unit la gestion fiscale et l'évo
lution économique doit être entretenu, à défaut de nouveaux essors
pétroliers, par la dette publique, principalement celle qui est contractée
à l'extérieur.
"La prospérité conduit à V endettement
Le gouvernement estime indispensable de compléter les ressources
fiscales tirées du pétrole par l'emprunt public, pour financer massivement
de grands programmes d'investissement dans l'industrie, les services
de base et les travaux d'infrastructure. Ainsi, deux courants financiers
s'opposent : le premier est constitué de placements vénézuéliens officiels
à l'extérieur, de divers programmes d'investissement de portefeuille à
court et moyen terme, de participation à des fonds spéciaux d'organismes
multinationaux de financement et coopération monétaire, de coopération
financière bilatérale; les engagements externes pris par le Venezuela au
cours des six dernières années, 1974 à 1979, se montent à 5 200 mil
lions de us dollars, les bénéficiaires ayant été entre autres : la Jamaïque,
les pays centro-américains, la République dominicaine, la Bolivie, le
Portugal, le Pérou, l'Equateur, la Guyanne, Haïti, l'Ethiopie, le Kenya,
le Mozambique et la Tanzanie. Le second courant est constitué de prêts
concédés par l'extérieur au Venezuela, à moyen et long terme, que ce soit OPULENCE ET DÉNUEMENT 765
pour la consolidation des dettes antérieures ou bien pour le financement
partiel de programmes d'investissements réels : il peut s'estimer à
7 000 millions de us dollars compte tenu de ce qui est placé et de ce qui
va l'être jusqu'à fin 1979, si bien que cette balance spéciale de financ
ement international a un solde négatif de 1 8 000 millions de us dollars
pour le Venezuela (sans tenir compte des réserves nationales).
La dette publique vénézuélienne se montait au 30 mars 1974 à
7 000 millions de bolivars; si on rajoute plusieurs dettes administratives
non consolidées à cette même date, elle se montait alors à 17 45 5 millions.
La nationalisation de l'activité pétrolière et du minerai de fer (entrée
en vigueur de la première le Ier janvier 1976) a fait place à une dette
d'indemnisation se montant à 4 378 millions de bolivars. Comme consé
quence de ces opérations, la dette a augmenté jusqu'à atteindre la somme
de 21 833 millions. Le gouvernement, qui a pris fin en mars 1979, avait
contracté une dette de 26 217 millions de bolivars pour financer des
programmes d'investissements, ce qui place la dette totale (estimée
en 1979) à 48 050 millions de bolivars (à l'exclusion des prêts consentis
par le Fonds des Investissements du Venezuela à des entreprises
publiques, d'un montant de 6 000 millions de bolivars, attendu que
pratiquement cela ne signifie pas une augmentation de la dette envers
des tiers). Ainsi, mis à part la dette correspondant à la consolidation
d'engagements antérieurs et celle dérivée des nationalisations, le recours
au crédit public dans le but de compléter le financement de l'investissement
de l'Etat pendant la période de 1974 à 1979 peut s'estimer à 26 217 mil
lions de bolivars (6 100 millions de us dollars).
U utilisation du revenu pétrolier
La recette fiscale pétrolière a totalisé, entre 1974 et 1979, 185 000 mil
lions de bolivars. D'après les comptes du ministère des Finances, la
répartition de ces fonds s'est faite comme suit : 25 000 millions de
bolivars pour le Fonds des Investissements du Venezuela (épargne);
11 000 millions pour les Pétroles vénézuéliens (capitalisation dans la
propre industrie nationale); des apports à divers fonds autonomes
officiels et institutions de l'Etat — Corpoindustria, Corporación de
Guyana, Fondo de Desarrollo industrial, Fondo Agropecuario et Fondo
de Desarrollo Urbano — d'un montant de 8 675 millions de bolivars.
Tous ces apports donnent un total de 36 000 millions de bolivars. Les
dépenses capitalisables du budget de l'Etat dans les six années consi
dérées — exclusion faite des apports déjà mentionnés — se montent à 766 D. F. MAZA ZAVÁLA
5 2 000 millions de bolivars, lesquels ont été partiellement financés par
l'emprunt public et les recettes courantes ne provenant pas du pétrole; si
on estime à 70 % la part de ces dépenses de capital financée par le revenu
pétrolier — proportion correspondant à sa part dans le total de la recette
publique — , on obtient un chiffre de 3 2 690 millions de bolivars ; le total
de la recette fiscale pétrolière épargnée et capitalisée sur la période
1974-1979 atteint ainsi 88 000 millions de bolivars. On peut, par consé
quent, estimer que la différence — se montant approximativement à
97 000 millions de bolivars — a été consommée, c'est-à-dire consacrée
à des dépenses non capitalisables. Ceci concerne 52 % du revenu total
fiscal pétrolier.
Or, la capitalisation doit être évaluée à sa juste valeur. Pour ce faire,
il faudrait tenir compte de l'effet de l'inflation sur les coûts des projets
d'investissement et les effets autres, moins objectifs tels les surprix
irréguliers, l'inefficacité de projets mal conçus, les imprévisions et improv
isations, tout ce qui peut faire que l'investissement réel — évalué de
manière précise — soit sensiblement inférieur à l'investissement nominal.
La thèse officielle qui s'oppose à cette constatation est que si l'on avait
réduit le rythme d'exécution des projets ou différé leur exécution, on
aurait eu plus tard besoin de sommes d'argent plus importantes pour
obtenir ce que l'on obtient en termes réels actuellement; c'est-à-dire qu'il
y a un pari avec le temps, impliquant des risques plus ou moins import
ants parmi lesquels l'incidence inflationniste et les défauts et omissions
causés par la précipitation et l'improvisation. Le recours à l'endettement
pour compléter les ressources fiscales que procure le pétrole peut être
une bonne option si l'on a des perspectives de bénéfice certaines, ce qui
dépend non seulement de la qualité et du contenu de chaque projet
d'investissement, mais encore de l'évolution macroéconomique du pays
et de la tendance de l'économie mondiale, considérant, parmi d'autres
aspects, la prospective inflationniste, le redressement (et en conséquence
la croissance) de l'économie capitaliste développée avec sa signification
particulière quant au marché du pétrole. L'aboutissement des projets
d'investissement entrepris par le secteur public en 1977 se situe entre
1980 et 1985 si bien que la justification du choix de l'endettement ne
peut se faire qu'à partir de résultats escomptés à long terme, c'est-à-dire
avec un indice élevé d'incertitude. Il y a encore la prise en considération
du « moment psychologique », c'est-à-dire des effets cumulatifs que
réveille une action de l'Etat destinée à prolonger l'effet de la hausse des
prix du pétrole, comme conjoncture propice à « sauter » les barrières
de l'impuissance économique pour se placer sur la voie de la croissance
soutenue. Tout ceci est une aventure qui ne serait pas négative ni tirée OPULENCE ET DÉNUEMENT 767
par les cheveux si elle s'insérait dans un véritable plan national résultant
d'une analyse scientifique de la réalité vénézuélienne, tenant compte de
ses besoins et possibilités, des objectifs d'un développement indépendant
et équilibré, et du consensus public. Le nouveau gouvernement — qui
a débuté en 1979 — a modifié la stratégie du Ve Plan et élaboré le VIe Plan
(1981-1985) sur la base d'orientations notablement différentes.
De l'excédent au déficit extérieur
L'entrée de devises due à l'activité pétrolière a triplé entre 1973
et 1974, passant de 3 044 millions de us dollars à 9 377 millions. L'année
suivante ces recettes ont diminué, mais sont restées considérablement
plus importantes que celles enregistrées en 1973. En 1975 elles ont été
de 8 549 millions de us dollars pour baisser en 1976 à 6 735 millions
(baisse due en grande partie à la nationalisation de l'industrie et du com
merce des hydrocarbures); en 1977 elles se sont relevées par rapport
à l'année précédente et ont atteint 7 576 millions de us dollars, puis
ont baissé en 1978 (6920 millions de us$) pour remonter en 1979
(9098 millions de us$) sans atteindre le niveau de 1974, qui reste le plus
élevé.
D'autres entrées de devises, différentes des entrées pétrolières — mais,
dans une certaine mesure influencées par l'expansion pétrolière et le
conséquent renforcement de la balance des paiements vénézuélienne — ,
ont augmenté substantiellement et sans discontinuer de 1973 à 1979,
atteignant pour cette dernière année 30 865 millions de us dollars contre
2 543 millions en 1973. Par conséquent l'entrée totale de devises s'est
élevée de 5 587 millions de us dollars en 1973 à environ 39 963 millions
en 1979, ce qui signifie une multiplication par près de 7.
Les devises vont et viennent. Les sorties de devises se sont élevées
de 5 045 millions de us dollars en 1973 à 38 743 millions en 1979, cela
correspond donc à une multiplication par plus de 7. La balance des
changes présentait un solde légèrement positif en 1973 (542 millions de
us dollars); en 1974 et 1975 les soldes favorables ont atteint respectiv
ement à 4 008 et 2 668 millions de us dollars. Au cours de ces trois années,
les réserves monétaires internationales du pays se sont renforcées de
manière extraordinaire, arrivant à un montant de 8 950 millions de
us dollars à la fin de l'année 1975. En 1976, 1977 et 1978, il y eut un solde
négatif qui a oscillé de 79 millions de us dollars à 1 530 millions de us
dollars. En 1979, le solde a été positif se chiffrant à 1 220 de us Les réserves monétaires du pays se maintiennent à peu près à
8 000 millions de us dollars, ce sont les plus élevées de l'Amérique latine. 768 D. F. MAZA ZAVÁLA
Pour pouvoir bien apprécier le mouvement des devises, il ne faut pas
oublier qu'une bonne partie des recettes additionnelles des devises non
pétrolières a son origine dans des opérations de financement externe
— public et privé — et dans des à caractère spéculatif, ce qui
permet de prévoir un réajustement important dans ce type de recettes.
Quant à la recette pétrolière, on peut signaler que son niveau, en 1979,
d'environ 9 100 millions de us dollars, pourra être dépassé s'il y a une
forte hausse du prix du pétrole. Pour ce qui est des sorties, il est estimé
que 40 % correspond aux importations de biens et services non finan
ciers, 15 % aux services financiers, 25 % à des envois divers et 20 %
à la sortie de capitaux. Une forte proportion correspond au « recyclage »
des devises, pétrodollars ou autres. L'importation détermine à elle seule
une dépense qui peut varier entre 8 000 et 10 000 millions de us dollars
par an, c'est-à-dire que la presque totalité de pétrodollars qu'obtient le
pays est consacrée à l'achat de biens et services à l'extérieur, et que l'équi
libre de la balance extérieure dépend des mouvements de capitaux,
objets de spéculation. On voit bien que cet équilibre est précaire et aléa
toire, et que la résurgence du déficit apparaît comme probable. A long
terme — au-delà de 1981 — pourront être incorporées dans les recettes
courantes des exportations potentielles grâce auxquelles la position
extérieure pourrait se fortifier — sidérurgie, aluminium, automobile,
industries diverses. En attendant, l'emprunt des pétrodollars pèse sur le
taux élevé d'importation, sur l'extraordinaire expansion des dépenses
diverses à l'extérieur, sur les investissements qu'effectuent aux Etats-Unis,
en Europe et au Japon les Vénézuéliens privilégiés, et sur les 8 000 mil
lions de us dollars en réserve qui servent de garantie en première ins
tance à la « solidité du bolivar » (car la garantie de dernière instance est
le potentiel pétrolier du pays).
Le débordement monétaire et financier
La conversion des devises pétrolières en bolivars provoque un afflux
d'argent dans les coffres d'Etat, qui est canalisé à travers la dépense
publique la formation de moyens monétaires. Une partie de la masse
en circulation est déposée à la banque commerciale et alimente les crédits
bancaires. L'insuffisance de la production nationale de biens et services
donne lieu à une augmentation des importations, ce qui permet le drai
nage d'une partie de la monnaie en circulation. L'accomplissement des
engagements et obligations contractés à l'extérieur a le même effet.
L'administration, à son tour, recueille une partie de l'argent en circula
tion au moyen de la perception des impôts et du placement d'emprunts OPULENCE ET DÉNUEMENT 769
publics. Cette dynamique monétaire est reliée, quoique maintenant
moins fortement et moins régulièrement, au marché des valeurs, hypo
thèques et prêts, qui permet le renforcement de la liquidité. En somme,
il existe un effet multiplicateur du revenu pétrolier, en vertu duquel
l'expansion des actifs liquides ou quasi liquides entre les mains du public
est plus que proportionnelle à l'expansion de l'offre initiale d'argent
originaire des transactions pétrolières.
L'argent en circulation, qui était en 1973 de 11 009 millions de boli
vars, a atteint 15 560 millions en 1974, soit une croissance de 41 %;
en 1975, il a atteint 23 988 millions, soit une croissance de 54 %; en 1976,
1977 et 1978 il a continué à s'accroître jusqu'à 43 886 millions de boli
vars ; en 1979, cette quantité est presque quatre fois supérieure à celle
enregistrée en 1973. Donc, en six ans, la masse monétaire en circulation
s'est accrue de 300 %.
En termes absolus la croissance des liquidités dont dispose le public
a été plus importante, puisqu'il faut tenir compte d'autres effets qui
permettent de maintenir des disponibilités de pouvoir d'achat, telles que les
dépôts d'épargne dans les banques et les dépôts à terme. Ces types de
dépôts, qui étaient de 10 275 millions de bolivars en 1973, ont atteint
40 157 millions à la fin 1979 en chiffres ronds, soit triplé. De telle sorte
que la liquidité totale (monnaie en circulation, dépôts d'épargne et à
placements à terme) est passée de 21 284 millions de bolivars en 1973 à
84 043 millions à la fin de 1979, soit une expansion de 300 %. Si l'on tient
compte du fait que le produit territorial brut s'est accru seulement de
32 % en termes réels sur la période allant de 1973 à 1979, on peut appréc
ier l'importance de l'impact de ce volume de fonds liquides dans la
dynamique du marché, dont les caractéristiques sont les limites et rigi
dités structurelles.
Le nombre de billets hypothécaires entre les mains des particuliers
— instrument financier de haute liquidité permettant la fluidité du marché
des hypothèques — est passé de 4035 millions de bolivars en 1973
à 13 592 millions en 1978, c'est-à-dire qu'il a plus que triplé. Les place
ments et investissements de la banque hypothécaire ont augmenté pra
tiquement dans la même proportion, atteignant 19 610 millions de boli
vars à la fin de 1979; ceux des sociétés financières ont plus que quadruplé
durant cette même période, atteignant 14 000 millions de bolivars à la
fin 1979. Cependant, l'activité boursière n'a pas augmenté de même; le
volume des opérations est passé de 1 448 millions en 1976 à 991 mil
lions en 1979.
La souscription nette de capitaux dans les sociétés anonymes de la
2one capitale du pays — District fédéral, Etat de Miranda — a eu une
TM — 26