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Consommation d'espace et habitat individuel - article ; n°4 ; vol.53, pg 313-337

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Revue de géographie de Lyon - Année 1978 - Volume 53 - Numéro 4 - Pages 313-337
Space consumption and individual housing The space consumption by urban growth and individual housing is perceived as a break affecting the equilibrium in traditional rural landscapes. It means however, the forcoming of a new equilibrium producted by an urban society with its social stress projected in the rural space.
La consommation d'espace par la croissance urbaine sous forme d'habitat individuel, est généralement perçue comme une rupture des équilibres traditionnels dans l'espace et les sociétés rurales. Elle correspond pourtant à la mise en place d'un nouvel équilibre produit par une société urbaine dont les tensions sociales trouvent ici leur transcription spatiale.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1978
Nombre de lectures 39
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

J Bonnier
Michel Coste
Consommation d'espace et habitat individuel
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 53 n°4, 1978. pp. 313-337.
Abstract
Space consumption and individual housing The space consumption by urban growth and individual housing is perceived as a
break affecting the equilibrium in traditional rural landscapes. It means however, the forcoming of a new equilibrium producted by
an urban society with its social stress projected in the rural space.
Résumé
La consommation d'espace par la croissance urbaine sous forme d'habitat individuel, est généralement perçue comme une
rupture des équilibres traditionnels dans l'espace et les sociétés rurales. Elle correspond pourtant à la mise en place d'un nouvel
équilibre produit par une société urbaine dont les tensions sociales trouvent ici leur transcription spatiale.
Citer ce document / Cite this document :
Bonnier J, Coste Michel. Consommation d'espace et habitat individuel. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 53 n°4, 1978. pp.
313-337.
doi : 10.3406/geoca.1978.1234
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1978_num_53_4_1234Revue de Géographie de Lyon, 1978/4
CONSOMMATION D'ESPACE ET HABITAT INDIVIDUEL
par J. Bonnier et M. Coste
INTRODUCTION
Le problème de la consommation d'espace est relatif aux priorités d'affec
tations du sol, c'est-à-dire au rapport et à la valeur que prend l'espace à travers
la société dont il est le produit et la jouissance.
Si ce problème n'est pas aujourd'hui, on s'étonnera qu'il n'ait été ressenti
qu'au tard de la croissance urbaine d'après-guerre et au seuil d'une crise.
En effet, en examinant rapidement les données statistiques, on voit nette
ment que la construction de logements individuels, même si elle s'est accélérée
au cours de la dernière décennie, aurait déjà pu préoccuper sérieusement les
Pouvoirs publics dès les années 1950. Cependant, la part croissante des
créations ou des extensions des logements individuels, et spécialement des
logements isolés a conservé au propos de l'étude toute son opportunité.
Cette nouvelle préoccupation de la consommation de l'espace est encore
le fait d'un tout petit nombre. Est-elle due à une simple nostalgie d'un monde
rural révolu qui accordait naguère la priorité absolue à l'exploitation agricole
du sol ? Est-elle le signe que notre civilisation urbaine aurait mauvaise
conscience d'abuser de ses campagnes ?
De nature à satisfaire des besoins, ou plutôt à créer des besoins créant
de nouveaux produits, les suburbaines (« Tailleurs des villes »)
promettaient depuis peu un marché sans limites, intarissable, permettant par
là même une restructuration sévère de l'agriculture et une industrialisation du
bâtiment. Il suffisait d'abandonner l'association étroite de la ville à son terroir
immédiat et à son arrière-pays en tant qu'organisation vivrière.
Dans un renversement de tendances (très net en Provence), on est donc
passé d'agglomération pôles, ponctuelles, locales, à une urbanisation général
isée, non seulement par accroissement de la population urbaine (mouvement
classique très amplifié) mais par de larges extensions périphériques et de
multiples atteintes à ce que l'on considère trop tard comme patrimoine de prix :
la campagne, les paysages, le monde rural, la terre.
Les préoccupations actuelles de l'Aménagement, la vague inquiétude de
ceux qui voudraient encore jouir de la nature, et surtout l'allure de « forcing » 314 J. BONNIER ET M. COSTE
Tableau 1. — Evolution du nombre de logements autorisés dans les Bouches-dwRhône
(création et extension)
Ensemble des dont logements Part des individuels Années \/o) to/ \ logements inidviduels
1957 14 196 1902 13,4
1958 14 816 1919 13,0
1959 12 319 1901 15,4
1960 14 602 1500 10,3
1961 16 256 1900 11,7
1962 20 257 2 014 9,9
1963 22 953 12,8 2 929
1964 27 395 2 904 10,6
25 732 1965 3 082 12,0
14 982 1966 2 635 17,6
14 771 1967 2 522 17,1
1968 18 705 3 858 20,6
17 012 1969 3 803 22,4
1970 18 618 4 306 23,1
1971 27 603 5 187 18,8
1972 28 810 8 038 27,9
19 482 1973 9118 46,8
15 381 1974 5 697 37,0
1975 15 926 6 287 39,2
1976 15 271 6 449 42,5
1977 11335 6127 54,0
1** semestre 1978 5 338 3 575 67,0
Source : Annuaire statistique du Ministère de l'Equipement.
Avec plus de 6 000 logements construits par an, les Bouches-du-Rhône représentent 1 /3
de la construction individuelle régionale (Provence- Alpes-Côte d'Azur). C'est à partir des
années 1971-1972 que ce type de construction s'est fortement développé.
Tableau 2. — Logements individuels autorisés selon le type de construction
dans les Bouches-du~Rhône (création uniquement)
Part des Individuels Ensemble des Individuels Années individuels individuels isolés groupés groupés (%)
1779 1974 5 033 3 254 35,3
1975 5 518 3 490 2 028 36,8
1976 5 203 3 709 1494 28,7
1977 5 568 3 934 1634 29,3
1er semestre 1978 3 575 2 762 813 22,7
Moyenne annuelle 5 251 3 484 1767 33,7
Source : Direction régionale de l'Equipement. SIROCO. A 4 ■■> w..
consommation d'espace 315
de la promotion et du marché immobilier sur les campagnes suburbaines depuis
quelques années, tout cela est significatif d'un seuil, d'un « holà » sur le
processus.
On s'alarme donc sur la consommation d'espace. Mais est-ce là le pro
blème ? N'est-ce pas là un épiphénomène qui donne le change — phénomène
accompagnant le phénomène essentiel sans être pour rien dans son apparition
et son développement ? En se portant au plus flagrant des effets, en parlant
trop de consommation d'espace, n'est-ce pas laisser l'illusion que des solutions
au problème réel peuvent être apportées par le contrôle, l'aménagement, le
redressement de ces effets ? N'est-ce pas une médecine des plus superficielles ?
Mais puisque le problème est venu, puisqu'il est ressenti, essayons de le
poser. Et d'abord distinguons trois façons.
1 ) L'espace brut
La problématique classique, habituelle, prend en compte l'espace stricto
sensu et les objets qu'il supporte. Il s'agit d'évaluer, mesurer, quantifier, carto-
graphier les différentes affectations (utilisations) de l'espace à un moment
donné, et il s'agit de suivre l'évolution précise et exhaustive selon les mêmes
méthodes quantitatives. On s'en tient donc à l'espace tel qu'il apparaît ; un
simple cadre matériel.
2) Le sous-jacent
En fait, lorsqu'on en juge dans son histoire, l'espace n'a de réalité, il n'a
pris de valeur qu'à travers la société dont il est le produit, l'artifice, telle une
stratification de ses rapports 1.
Pourquoi et comment est-il « consommé » ? Par qui ? Par quels méca
nismes ? Les problématiques « amont » s'attachent à l'espace concret en même
temps qu'à ceux qui le détiennent, l'utilisent, le rentabilisent, l'occupent,
l'habitent, etc. Nous pensons immédiatement aux propriétaires, aux exploitants
agricoles et autres utilisateurs du sol, aux constructeurs, aux habitants et
différents types d'usagers dont les titres de propriété sont symboliques et
pourtant réels. Par conséquent, si on privilégie des documents de l'espace
(cadastre, Société d'aménagement foncier et d'établissement rural, Hypothèq
ues, Permis de construire, Plans d'urbanisme, archives de la gestion munic
ipale et régionale, cartes de l'Institut géographique national, Recensement
général de l'agriculture, photos aériennes, recensement de l'Institut national
de la statistique et des études économiques) ce sera pour essayer de comprendre
les transformations du sol en rapport avec le marché foncier, la conjoncture
immobilière, les politiques d'aménagement, l'économie et la société.
3) L'évolution
A cause de ces rapports sous-jacents, les affectations de l'espace évoluent
en changeant de portée, d'implications, de charge, d'effets, selon l'extension
qu'elles prennent, selon leur accumulation, leur densification. Il importe donc
1. Voir l'un des thèmes de M. Roncayolo, dans la lignée de M. Halbwachs sur les prix
des terrains. . ■ ■ •т
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Fig. 1. — Les constructions dans les Bouches'du-Rhône en I860, d'après les cartes d'Etat-Major (extrait)
chaque point recouvre 50 m autour de chaque construction Fig. 2. — Les constructions dans les Bouches-du-Rhônc en 1974,
d'après une couverture de photos aériennes au 1/45 000e, IR. CNES., 12 juin 1974 (extrait) 318 J. BONNIER ET M. COSTE
d'avoir une problématique de consommation d'espace qui tente d'intégrer ces
changements de condition et les problèmes nouveaux qui apparaissent en
conséquence. Il s'agirait d'une problématique prospective, en révision conti
nuelle de méthode et d'objectif, avec ses modèles prévisionnels. Elle tenterait
d'apprécier les effets induits d'entraînement ; elle tenterait de voir venir et
détecter les symptômes des effets de basculement, des seuils irréversibles, des
points de rupture, de saturation.
Récapitulons : problématique du brut, problématique du sous-jacent,
problématique de l'évolution.
1 ) La première s'impose incontestablement, mais elle est loin d'être suffisante,
ne serait-ce que parce que ses résultats permettent toutes les interprétations.
2) II est tentant de joindre directement la troisième à la première — cela nous
paraît une manipulation extrêmement grave et dangereuse, car c'est la
seconde qui fait nécessairement le passage.
3) L'étude reflétée par cet article s'est attachée essentiellement à la seconde,
c'est-à-dire au sous-jacent, sans souci de pousser très loin la première.
On regrettera toutefois que n'aient pu apparaître ici les éléments d'enquête
et de traitement qui ont accompagné et soutenu la réflexion livrée dans cet
article.
I. — PERTES DE TERRES ?
Les préoccupations récentes sur la consommation d'espace par l'urbani
sation périphérique s'apparentent aux préoccupations sur la consommation
d'énergie. L'espace serait une richesse, un produit dont on aurait abusé et qui
viendrait à manquer, ou du moins à se faire rare, se dégrader.
Cela signifie des contraintes sévères dans les choix ; une sélection
s'impose. Les espaces agréablement habitables et abordables (vendables) en
périphérie urbaine et dans les zones de loisirs et de villégiature — ces espa
ces possibles se font rares et une sélection se fait inévitablement « sur le tas » :
n'accède plus qui veut, supplante qui peut.
Divers facteurs ont contribué à dresser ces conditionnements sévères. Ils
correspondent aux facteurs qui ont contribué à précipiter l'allure dépensière,
dévorante de l'urbanisation actuelle après la parcimonie des terres d'autrefois :
les modèles d'habitats et d'agréments d'où découlèrent nos besoins, les régl
ementations d'urbanisme, les impératifs d'équipements, et surtout l'étrange
illusion a priori d'un marché foncier intarissable et sans résistance, sans
complications ; autrement dit, la prévision optimiste d'une disponibilité indé
finie d'espaces habitables parce que constructibles ou aménageables (on
retrouve ici la problématique trompeuse de l'espace brut, richesse à plat, affec-
table indifféremment en tous points selon un zonage homogène, mesurable
selon un étalon fixe, un mètre carré égalant un mètre carré). 1833
,-1 030 hob,
1975
quelques et Fig. la II L'importance proximité y 3. fermes. a — 150 Calas de ans, du Marseille et réseau un Cabriès village de entraînent {Sources routes aggloméré et : des 1933, de implantations sur chemins cadastre son piton (en ; 1960 tout sous (Cabrés), sens et forme 1975, dans un de photos hameau la « résidences partie aériennes) (Calas) agricole) secon et
daires » d'abord (cabanons, lotissement sud) puis un « mitage » général dans les plaines,
surtout à proximité du bourg et du hameau.
La succession de grands lotissements puis de zones d'aménagement concerté à Calas
aboutit à un ensemble plus dense. 320 J. BONNIER ET M. COSTE
En réalité ,pour rapide et massive qu'elle fut et persiste par endroit, cette
urbanisation des campagnes périphériques est apparue moins régulière que
prévue ; son avènement entraînait une série de facteurs insoupçonnés de résis
tance. L'espace effectivement occupable, habitable, s'avérait vite limité, condi
tionné, grevé : soit gâché, soit de plus en plus inabordable.
La montée des prix fut le principal révélateur (et moteur) des diffé
rences. D'une zone à l'autre, d'une parcelle à l'autre, c'était une combinaison
complexe de facteurs qui contribuait à la résistance, avec ou sans avènement
d'une affectation urbaine — d'où les limites d'une analyse par le seul paysage
vertical (photos aériennes) 2.
L'impact sur l'agriculture ne fut pas le moindre élément de condition
nement. Il faudra voir comment elle fut protégée et comment elle fut concuren-
tielle. Mais faisons d'abord quelques constats de pertes.
Regardons un vieux bourg provençal typique comme Pélissanne : il y a
25 ans, 10 hectares de bâti regroupaient 1 500 habitants (2 900 en 1826) ;
aujourd'hui, 2 500 nouveaux venus s'étalent, avec près d'un millier de pavil
lons, sur 300 hectares. Soit dix fois plus de terre consommée. C'est la carac
téristique principale de l'habitat individuel moderne : être très dépensier
d'espace.
A. - Pertes sèches - pertes relatives
Mettons à part l'espace affecté à la construction : il est évidemment perdu
pour l'agriculture. En d'autre temps on s'en souciait, en d'autres lieux on s'en
soucie.
La perte du terrain bâti est fonction de la situation du bâtiment : le mas
se plantait toujours en tête de la parcelle, qui était rentabilisée au maximum.
Les pavillons modernes s'installent au milieu du lot — selon le modèle des
bastides.
Cet espace privé, associé aux habitats individuels paraît complètement perdu
en-dessous de 300 ou 400 m2 : de tels lots ne peuvent guère présenter que des
brins de pelouse et quelques fleurs.
2. Cas flagrant : deux communes voisines, Pélissanne et La Barben. Au départ, il y a
25 ans, les mêmes disponibilités d'espaces constructibles et agréablement habitables. Depuis,
ici près d'un millier de constructions nouvelles et là quasiment rien. Ce sont deux conju
gaisons spécifiques de facteurs qui ont joué.
Fig. 4. — Pélissanne et La Barben
Sources: 1826, cadastre; 1958 et 1973, photos aériennes.
Il y a 150 ans, l'ensemble bâti était très aggloméré à Pélissanne et diffus, infime à
La Barben (ouest).
Jusqu'en 1960, le canal au nord contiendra les constructions nouvelles en aval, tandis que
la rivière repousse celles-ci à l'écart (sauf les anciens moulins).
Le bloc aggloméré de Pélissanne ne s'étendra presque pas.
Les routes et chemins croisant et rayonnant à partir du bourg supporteront en grappe
les nouvelles constructions sauf là où résistent des blocs d'exploitation ou de propriété
(« zones résidentielles » ou grand parcellaire figé) . 1826 _ 2900 hab. (17 V. dispersés)
'500 'lOOOm
I/ ■--'
-2400 hab. environ 1958
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