Décolonisation et économie de plantations. Situation des propriétés européennes à Madagascar - article ; n°430 ; vol.78, pg 654-679

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Annales de Géographie - Année 1969 - Volume 78 - Numéro 430 - Pages 654-679
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1969
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Francis Koerner
Décolonisation et économie de plantations. Situation des
propriétés européennes à Madagascar
In: Annales de Géographie. 1969, t. 78, n°430. pp. 654-679.
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Koerner Francis. Décolonisation et économie de plantations. Situation des propriétés européennes à Madagascar. In: Annales
de Géographie. 1969, t. 78, n°430. pp. 654-679.
doi : 10.3406/geo.1969.15950
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1969_num_78_430_15950Décolonisation et économie de plantations
Situation des propriétés européennes Madagascar*
par Francis Koerner
Agrégé de Université
La colonisation agricole connu trois moments importants sous occupation
fran aise Au début de la conquête de 1895 1902 colonisation et pacification
du pays étaient pratiquement synonymes Partisan de compagnies charte
selon le modèle britannique le général Gallieni réussit faire attribuer de
vastes domaines des sociétés hâtivement constituées et dont ambition
avait égale que impécuniosité La colonisation militaire con ue àia fa on
algérienne échoua sur les Hauts Plateaux et la colonisation privée individuelle
peu au fait de la nature tropicale et de ses surprises fut vite découragée et
retourna son enthousiasme premier en rancune solide contre administration
et ses promesses prétendues fallacieuses
La première guerre mondiale et les besoins de économie de guerre confir
mèrent la reprise agricole amorcée dans les années 1909-1910 Les pois du Cap
le manioc et le riz voisinaient désormais dans les exportations avec les denrées
tropicales tels yiang-ylang la vanille et surtout le café dont les plantations
étendirent partout dans les années 1920 Les prix montaient en flèche
argent se gagnait facilement et cette conjoncture incita même les planteurs
malgaches regarder au-delà de leur petite économie familiale
La crise de 1930-1935 était peine surmontée quand survint la catastrophe
de la deuxième guerre mondiale rompant tout lien avec le monde extérieur
après-guerre fit illusion introduction du machinisme dans les terres
tabac de Ouest et chez les sisaleux du Mandrare une véritable américano-
manie chez les riziculteurs du lac Alaotra firent oublier que dans de vastes
régions la petite colonisation comptait avant tout sur la facilité des réquisi
tions de main-d uvre
Cet article été rédigé avec une partie de la documentation économique une thèse
tat en préparation sur le nationalisme malgache 1913-1940) chapitre effervescence
des campagnes malgaches MADAGASCAR 655 COLONISATION
Les oscillations des cours des matières premières incertitude de la poli
tique coloniale et les conséquences locales de la rébellion de 1947 amenèrent
par la suite un désengagement progressif de la colonisation européenne souvent
difficile estimer1 Cette décolonisation pas connu les soubresauts de
Afrique du Nord et la réforme agraire de 1962 très modérée inquiète pas
les propriétés réellement mises en valeur2 Aussi peut-on se demander après
10 ans indépendance quels sont les intérêts européens et en particulier
fran ais qui subsistent Madagascar
La documentation sur les concessions domaniales est assez importante
Les Archives de la République malgache contiennent des statistiques écono
miques très complètes et des monographies de district entre 1931 et 1959
Les Services des Domaines et de Enregistrement conservent les dossiers des
sociétés agricoles soit Tananarive soit en province Des services para-
publics ou privés tels le Bureau pour le Développement de la Production
Agricole B.D.P.A.) la C.I.N.A.M et le G.E.R.M ont réalisé de nombreuses
études régionales depuis 1960 La République malgache de son côté procédé
une vaste enquête sur les propriétés de plus de ha répertoriées actuellement
par la Vice-Présidence3
Statistiques monographies de district et études spécialisées devraient en
principe nous éclairer sur le retrait de emprise européenne En fait il est diffi
cile apprécier réellement la situation par suite des contradictions apparentes
des chiffres Les principales sources erreur peuvent expliquer par
les variations fréquentes du découpage des circonscriptions adminis
tratives
la confusion entre la grandeur des propriétés et les surfaces réellement
cultivées
oubli des propriétés de plus de 10 000 ha attribuées au temps de la
colonisation par décret spécial inscrit au Journal Officiel
absence de distinction entre propriétés européennes et malgaches4
invraisemblable organisation du Service topographique
Dans ces conditions seule une étude historique régionale peut avoir quelque
chance de suivre évolution des campagnes malgaches au cours des dernières
décennies Cet article ne peut être une approche compléter par des études
locales5
Sous le terme Européen le Service des Domaines comprenait principalement les Grecs
les Indiens et les Chinois les deux derniers étant considérés comme des sujets anglais)
BbANC-JouvAN Aspects nouveaux de la propriété foncière en droit malgache
Annales malgaches de Droit no
Nous remercions le Ministre tat Andrianavalona-Ravoahangy avoir bien voulu
mettre notre disposition les dossiers de cette vaste enquête
GENDARME conomie de Madagascar Edit Cujas 1963 cf enquête domaniale de
1956 129
Synthèses régionales les plus récentes BASTIAN Madagascar Nathan 1967
Coopérative tudes industrielles et Aménagement du Territoire G.I.N.A.M.
tude des conditions socio-économiques du développement régional volumes 1962
G.E.R.M. Pro gramme études pour la mise en valeur de sept régions Tananarive 1962-1963 656 ANNALES DE OGRAPHIE
OUEST MALGACHE
Ouest malgache comprend deux régions naturelles le Boina et le Menabe
La colonisation du Boina est faite partir du port de Maj unga le long de
la Betsiboka La colonisation périphérique Baiboho du Nord et région de
Miandrivazo est due extension des cultures de tabac entreprises partir
des années 1932-1934 pour résorber le chômage dans île
axe de la Betsiboka riz et pâturages
Les grandes sociétés agricoles dominent économie de cette région Elles se
sont approprié immenses domaines rizicoles et des pâturages réduisant
souvent les paysans malgaches libres état de métayers1
TABLEAU
Les domaines européens dans la vallée de la Betsiboka
1934 1964
DISTRICT MISE NOMBRE DE SURFACE SURFACE EN VALEUR CONCESSIONS en ha en lia en ha
9.1 33 626 453 100
50 895 030 29 990
Ambato-Bocni ............ 13 38 292 041 15 882
22 56 783 006 54 386
133 884 Total .............. 176 423
Le recul européen est donc manifeste que dans deux sous-préfectures
Marovoay et Ambato-Boeni où la pression démographique est relativement
forte2 Il eu abandon de près de 25 100 des terres
ZONE DE LA BETSIBOKA flg
Les sociétés agricoles peu nombreuses dérivent des attributions domaniales
faites au temps de Gallieni la Compagnie occidentale de Madagascar la
Société de Colonisation Bordelaise SOCOBO et la Société des Grands
HECKE Notes sur agriculture dans Ouest de Madagascar Bull.écon de Madagascar
4e trimestre 1936
Société Centrale pour quipement du Territoire S.C.E.T.) Sous-Préfecture de Marovoay
tude Préliminaire Tananarive 1962 JEAN La plaine de Marovoay B.D.P.A. 1961 DECOLONISATION MADAGASCAR 657
Domaines absorbée en 1932 par la Compagnie Lyonnaise Quelquefois aussi
de nouvelles sociétés ont regroupé les terres anciens colons
Depuis indépendance chacune des grandes sociétés adapté sa politique
aux nécessités nouvelles tout en préservant ses intérêts
Fig Zone de la Betsiboka
La C.A.I.M Compagnie Agricole et Industrielle de Madagascar) filiale
de la Compagnie Marseillaise vendu ses terres représentant 14 000 ha au
Comité expansion économique de Marovoay COMEMA dont le président
est actuel ministre de Agriculture Nataï En contrepartie elle obtenu
la garantie décennale une livraison de 24 000 tonnes de paddy par an pour
son usine
La Compagnie franco-malgache entreprises C.F.M.E. restitué aux
Domaines 142 362 ha de concessions minières mais elle garde quelque 40 000 ha
de terres cultivables réparties entre Marovoay et Maevatanana
La Compagnie frigorifique de Boanamary cédé sa filiale la Compagnie
pour le Développement de Agriculture et de levage 34 000 ha de pâturages
préférant effacer un nom particulièrement honni parles éleveurs de la côte Ouest1
Pour une étude complète des sociétés agricoles voir notre article dans les Cahiers Outre-
Mer Les types de sociétés agricoles privées Madagascar 1968
ANN DE GEOG LXXVIlIe AN-N 658 ANNALES DE OGRAPHIE
Les zones périphériques tabac et coton
Les Baiboho du Nord de la province de Majunga fig
Des terres alluviales très riches étendent entre la Sof au nord et la
Mahajamba au sud1 artère principale est formée par la Bemarivo comprise
dans les sous-préfectures de Port-Berge et de Mampikony
En 1950 15 629 ha avaient été attribués des Fran ais des Grecs et
quelques Indiens En 1961 une étude très fouillée au point de vue foncier
retrouvait un chiffre pratiquement identique
olonisor on européenne
Sofio OSShs
Anjorioby 1046
Por f- 7079
Mampikorr 3563
Fig Les Baiboho du Nord
En moyenne 21 100 des superficies brutes ont été attribuées la colo
nisation. Ajoutons que ces concessions ont été en général sur les
terres les meilleures et les mieux situées ce qui porte probablement 25 100
ou 30 100 des terres réellement riches la superf cie attribuée aux Européens
ou assimilés
Beaucoup entre elles sont remarquablement exploitées notamment sur
la Sofia et ont fait progresser sur le plan technique exploitation agricole de
la région
Le recensement de 1964 ne relève plus que 11 000 ha Certains repré
sentants de la colonisation se sont bien maintenus Wiekert Tréal Mirovitch
PETIT tude des Baiboho de Ouest malgache Revue de Géographie de Madagascar
1966
GAILLARD et DESHAYES Rapport enquête sommaire sur la région économique des
Baiboho de la province de Majunga DECOLONISATION MADAGASCAR 659
Koutoulakis Une profonde mutation est en cours parce on abandonne les
tabacs Maryland et Virginie au profit du tabac Burley et du coton1
La région de Miandrivazo
Plusieurs centres de colonisation sont nés dans le Menabe partir de 1935
quand certaines terres de la province de Maj unga se révélèrent impropres la
culture du tabac La principale mise en valeur est faite autour de Miandrivazo
situé dans le Betsiriry
Le Betsiriry est un couloir creusé entre le Bongolava est et le massif de
Bemaraha ouest Les villages et plantations se sont installés dans les vallées
affluentes de la Tsiribihina la Manandaza le Mahajilo la Mania et la Sakeny
Les propriétés européennes couvraient 19420 ha en 1955 et 17500 ha
en 1961 dont 14 000 en concessions définitives et 500 en concessions pro
visoires
Une plantation de tabac comporte généralement bâtiments principaux
placés sur une butte hors atteinte des inondations la maison habitation
le garage et le magasin alimentation quelque distance souvent groupé
par ethnie le ou les villages de cultivateurs de plantation Plus bas près des
cultures se trouvent les séchoirs faits le plus souvent de matériaux locaux
Dans quelques concessions SOTOMA ont été construits des séchoirs définitifs
en matières importées
Depuis indépendance un léger recul se dessine dans ensemble des
propriétés
TABLEAU II
Les concessions européennes de la région de Miandrivazo
SITUATION CAPITAL
SOCI EX MILLIONS
DE FM KN 1955 EN 1964
Société des labacs et oléagineux de
Madagascar SOTOMA ........... 40 527 ha 645 ha Société des textiles et tabacs de Madagascar
457 ha SOTEMA ......................
Rossignol .......................... 259 ha 130 ha
185 698 ha 000 ha
470 ha 774 ha
Doseco Domaine Sebire et Compagnie 600 ha 471 ha
La reconversion de la culture du tabac Bull Informations économiques mars 1964
DoNQUE Le développement de la culture cotonnière Cahiers ïOutre-Mer 1962
DALMAS Rapport sur la région économique de la Tsiribihina B.D.P.A. 1961 660 ANNALES DE GEOGRAPHIE
Les autres lieux de colonisation ont une importance très secondaire
000 ha de concessions Malaimbandy près de 000 ha Mahabo apparte
nant en grande partie deslindiens)1 Les grandes sociétés la Grande Ile
la Société lyonnaise agricole minière et industrielle SLAMI étaient ins
tallées dans les régions côtières Elles se sont retirées ou ont vendu une partie
de leurs terres2 La mise en valeur est partout insignifiante
Avec près de 200 000 ha Ouest reste le principal centre de colonisation
européenne dans Ile
II LE SUD-OUEST ET LE SUD
Le Sud-Ouest et le Sud sont des régions semi-arides où agriculture été
de tout temps difficile en raison de la fragilité des sois et du manque eau
Cette partie de île servait aussi de réservoir de main-d uvre pour les sociétés
agricoles du Nord de Madagascar et pour île de la Réunion La colonisation
européenne installa dans deux centres autour de Tuléar et le long du
Mandrare
La zone de Tuléar
Les guides-annuaires de Madagascar sont peu encourageants avant 1914
Les terrains de la province se prêtent mal aux exploitations européennes
Les cultures riches vanille cacao café ne peuvent réussir Seul élevage peut
rémunérer le colon de ses peines et soucis et des capitaux engagés La petite
colonisation pas grande chance de réussite
Cette situation changea quelque peu en 1916 et la production des pois du
Cap tripla en 19194 Les essais de culture du sisal et introduction de
chèvres angora et autruches du Ma.ssaïland parurent un instant pleins de
promesses
La structure de la colonisation était somme toute assez diversifiée en 1940
Il avait alors 77 concessions totalisant 11 667 ha dont 41 de moins de 15 ha
et de plus de 000 ha
heure actuelle les Européens contrôlent encore un peu plus de 000 ha
et les Indiens 489 ha Le souvenir de luttes très âpres pour les canaux irri
gation reste bien vivace dans esprit des leaders de opposition malgache de
cette région fig 3)
WoiLLET lude des structures foncières de VA.M.V.R de Morondava B.D.P.A
1966
Exemples abandon de 30 000 ha par la SLAMI dans le delta du Mangoky J.O.R.M
du 4-5-1968
Les propriétés de la Grande Ile ont passé de 37 000 ha 10 688 ha
Guide-annuaire de 1905
POISSON Monographie de la province de Tuléar Bulletin économique de Madagascar
1922 MADAGASCAR 661 COLONISATION
La mainmise sur les terres irriguées fut peu près totale il agissait
des meilleures terres celles qui bénéficiaient de irrigation ainsi le domaine
coutumier est vu fortement entamé par extension de la ville qui mordu
sur les terres de culture vezo parles concessions des colons européens Pettinato
Jarnet Société malgache de cultures) par appropriation dans la zone urbaine
aussi bien que dans arrière-pays des commer ants indiens Ce phénomène
accaparement transformé la plupart des paysans en métayers1
Fig Propriéfés européennes du Bas-Fiherenana
La décolonisation joué ici en faveur des paysans malgaches La concession
Mazakoff été rachetée par le Secteur du Paysannat de Miary Les anciens
employés de la S.M.C ont commencé mettre en culture avec accord de
la société semble-t-il certaines terres lui appartenant
Les expériences de coton entreprises parla C.D.F.T sur les anciennes terres
de Chapus ont connu depuis un certain rayonnement jusque vers Manombo et
Sakaraha centres secondaires de colonisation2
léments pour étude des problèmes humains de la plaine de Tuléar P.A. avril 1962
Périmètre du Fiherenana tude agronomique IRAM sans date
Ministère de Intérieur Monographie de la sous-préfecture de Tuléar 1965 662 ANNALES DE OGRAPHIE
Le Bas-Mond rare
Les premières plantations de sisal dans le Sud-Ouest ont commencé
vers 1935 La deuxième guerre mondiale interrompit leur essor mais dès la
fin des hostilités les exploitations reprirent et se fixèrent tout au long du
Mandrare
La culture du sisal hui entièrement concentrée dans le Bas- est le fait exclusif de six grandes sociétés qui totalisent 16 000 ha
de plantations1
Les six sociétés en question possèdent en réalité des réserves de terres aussi
importantes que les plantations elles-mêmes
TABLEAU III
Les six sociétés de sisal dans le Bas-Maudrare
CAPITAL SURFACES SURFACES
SOCI EN MILLIONS EN 1955 EN 1959
DE FMG OU NF en ha en ha
Domaine de Pcchpeyrou S.A.R.L..... 202 FMG 136 400
Société foncière du Sud de Madagascar
S.A Paris 16e ................. 14 NF 10 000 10 000
et de Hcaulme S.A.R.L ..... 27 FMG 250 250
tablissements Gallois S.A ........ 250 6200 6400
C.A.LM. S.A....................... 700 NF 850 450
Société de sisal malgache ........... 900 150
Total .................. 41 336 37 650
II ne semble pas il ait eu régression depuis lors La situation est pour
tant détériorée en 1967 par suite de la dévaluation de la livre sterling qui rend
le sisal peu compétitif par rapport au sisal de Tanzanie
Ainsi si la colonisation est en voie de liquidation dans la région de Tuléar
la région du Mandrare paraît devoir continuer jouer un rôle non négligeable
dans économie malgache Tuléar Sakaraha Ma.nombo et le Bas-Mandrare
totalisent près de 55 000 ha de concessions européennes
III LA COTE EST DE MADAGASCAR
La bordure orientale est une des plus anciennes régions de colonisation
île de Sainte-Marie rattachée depuis 1833 la Réunion servi intermé
diaire dans implantation de la colonisation mauricienne et créole Dès avant
la conquête fran aise de vastes concessions avaient été attribuées pour exploiter
Le Livre blanc de économie malgache volution 1950-1960 Commissariat général au
Plan 103
DEFOS DU RAU Le sisal dans le Sud malgache Cahiers Outre-Mer mars 1954
Le sisal dans la zone franc Bull Informations économiques mai 1965