Disjecta Membra Aelamica (II). Inscriptions du décor architectural construit par Shilhak-Inshushinak - article ; n°1 ; vol.34, pg 3-27

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Arts asiatiques - Année 1978 - Volume 34 - Numéro 1 - Pages 3-27
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1978
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Maurice Lambert
Disjecta Membra Aelamica (II). Inscriptions du décor
architectural construit par Shilhak-Inshushinak
In: Arts asiatiques. Tome 34, 1978. pp. 3-27.
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Lambert Maurice. Disjecta Membra Aelamica (II). Inscriptions du décor architectural construit par Shilhak-Inshushinak. In: Arts
asiatiques. Tome 34, 1978. pp. 3-27.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arasi_0004-3958_1978_num_34_1_1120DISJECTA MEMBRA AEIAMICA (II)
INSCRIPTIONS DU DÉCOR ARCHITECTURAL CONSTRUIT
PAR SHII ll\h-l\SIII SMIWh
par Maurice LAMBERT
Vingt-quatre fragments inscrits de briques de grès émaillées ont été reconnus
comme provenant de l'ensemble, ou des ensembles, de figures monumentales dont
nous devons une partielle reconstitution à Pierre Amiet (1). Quelques-uns de ces
fragments, bien conservés, présentent un texte qui apporte quelque lumière sur le
bâtiment qu'ils décoraient. Nous insistons sur eux. Des autres, nous donnons copie,
transcription et (quand cela est encore possible) traduction (2). Nous sommes heureux,
pour ne pas disjoindre les éléments d'un même décor, d'avoir la possibilité de donner
ici, dans Arts Asiatiques, les textes d'un monument que les lecteurs de la Revue
connaissent déjà.
Aspect général des briques inscrites.
Le fragment de brique le plus complet (n° 1) représente la moitié droite d'une
tranche horizontale découpée dans une figure humaine d'assez haut relief (20 à
25 mm), tranche opérée au-dessous (probablement juste au-dessous) de la taille (3).
(1) Pierre Amiet, Arts Asiatiques 32 (1976) 13-28.
(2) Beaucoup de ces textes appartenaient déjà au Corpus des Textes Élamites que prépare
Mme FI. Malbran où on les retrouvera sous le numéro que nous indiquons par le sigle M... Le n° 1 se trouvait
dans la réserve « achéménide ■> du Musée du Louvre, séparé donc, on ne sait pourquoi, de la masse des briques
du IIe millénaire. Le n° 24 nous a été aimablement communiqué par Fr. Vallat qui l'a trouvé au Musée de
Suse et nous a autorisé à l'incorporer à ce travail.
(3) En certains cas, la ligne oblique de la jupe se recourbe nettement à son sommet pour indiquer la
taille. Peut-être cela provient-il de la position plus ou moins haute des mains sur la taille. Ou peut-être,
comme suggéré sur la figure 1, s'agit-il d'une silhouette de profil. MAURICE LAMBERT 4
Deux briques sont donc nécessaires pour donner une idée de ce que pouvait être
une «tranche». Mais comme aucune des briques inscrites n'est totalement préservée,
cette dernière affirmation, toute vraisemblable qu'elle soit, reste théorique. On dira
seulement qu'il est probable :
a) que la « tranche inscrite » d'un personnage n'a jamais comporté que deux
briques : une brique de gauche qui portait les lignes 1-4, et une brique de droite qui
portait les lignes 5-8. Cette présentation reste toutefois théorique, car l'on constate
que le relief de la robe du personnage se situe tantôt à l'extrême droite, tantôt à
l'extrême gauche de la brique (cf. en particulier les nos 10 et 11), comme si le décor
était indépendant du schéma des briques;
b) que l'inscription courait de haut en bas sur chaque brique en quatre lignes,
hautes, chacune, de 25 mm;
c) et, en conséquence, que les lignes d'une brique de droite font suite aux lignes
de sa brique de gauche, selon le dessin suivant :
personnage en léger relief
ligne 1 \ ligne 5 1
\ ligne 6 ligne 2 j
\ ligne 7 ligne 3 /
\ ligne 8 ligne 4 /
brique de gauche brique de droite
Fig. 1. — Les deux briques de grès émaillées en travers d'un personnage, inscrites de 4 lignes.
Longueur totale : 660/670 mm ; hauteur : 100/107 mm.
En théorie, le travail de reconstitution est facile; on rassemble les briques de
gauche puis les briques de droite; ensuite, par le texte l'on rejoint facilement les fins
des lignes 4 aux débuts correspondants des lignes 5. En pratique l'état fragmentaire
des briques ne permet rien de cela, car les première et dernière lignes de chaque
brique sont presque toujours illisibles ou disparues. La seule jonction qu'on puisse
envisager se situe entre le n° 1 et le n° 2, comme il est montré plus loin.
Dimension des briques inscrites.
Une seule des briques inscrites, celle du Musée de Suse (n° 24) a conservé sa
longueur d'origine : 340 mm; mais beaucoup de briques non inscrites de ce même
décor sont intactes (1) et mesurent 330 mm; c'est là certainement le chiffre courant
(1) Pierre Amiet, l. c, p. 14. DISJECTA MEMBRA AELAMICA (II) 5
dans la technique de la brique à Suse puisque la brique inscrite au nom de
Hutélutush (1) est un carré pratiquement parfait de 330 mm.
La largeur, qui offre proportionnellement des variations importantes, se situe
entre 165 et 170 mm; l'épaisseur oscille autour de 103, plus souvent 105 que 100.
Ces chiffres permettent de supposer, à la base, un rapport simple entre les trois
dimensions : la largeur est pratiquement la moitié, la hauteur pratiquement le tiers
de la longueur (théoriquement : 330; 165; 110).
Teneur de V inscription.
Le rapprochement de ce qui reste des nos 1-4 permet de retrouver le sens général
d'une partie — probablement la plus importante — de l'inscription, et oblige à une
étude d'ensemble de ces quatre documents bien qu'ils soient probablement différents
et d'époques diverses. Il est visible que le n° 3 reprend par sa ligne 2 la ligne 8
du n° 4 et par sa ligne 3 la ligne 5 du n° 1 ; et il est également visible que ce n° 1,
par sa signification, précède le n° 2.
N° 1. Sb 692a. — Brique de droite. Épaisseur 105; largeur 215 (relief compris)
et 175 (sans le relief) ; longueur 265; extrémité droite perdue. Émail verdâtre. Lignes 5-
6-7-8. Photographie dans P. Amiet, /. c, p. 22, fig. 11.
N° 2. Sb 11472. — Brique de gauche. Épaisseur 107; largeur 98; longueur 185;
extrémité droite perdue. Émail jaune. Lignes 1-2-3-4. M 2454.
N° 3. Sb 11470. — Brique de gauche. Épaisseur 98; largeur d'origine 170;
longueur 130; extrémité droite perdue. Émail brun-rouge. Lignes 1-2-3-4. M. 2354.
N° 4. Sb 11486. — Brique de droite. Épaisseur 100; largeur 90; longueur
130; extrémité droite perdue. Lignes 5-6-7-8. M. 2398.
(1) RA 66 (1972), p. 61. Pour éviter la lourdeur des noms portés par les rois élamites, nous nous
permettons d'utiliser, sauf dans la traduction d'un texte, des formes abrégées de ces noms, d'où le nom
divin a été retiré. Ainsi Untash-Napirisha, Shutruk-Nahunté, Shilhak-Inshushinak et Hutélutush-Inshushinak
seront respectivement représentés par Untash, Shutruk, Kutir, Shilhak et Hutélutush. .
.
MAURICE LAMBERT 6
No 4
5. ... ka4 pâ [ha-ni]- (1)
6. ik din-su-s[i-na-ak (2) N° 3
7. mu pâ-ha-ak-ki n[a(?) a-li-me-lu ka4]- (3) 1. ti e-[r]e-en-t[um4 .... a-li-me-lu]
8. a]p-pa-âs a-ak h[a-la-at]- (4) 2. ka4-ap-pa-âs a-a[k ha-la-at-ia ku-si-ik]
N° 1
5. ia ku-si-ik a-ak mi-si-ir-m[a-na I su-ut-ru]- (5) 3. a-ak mi-si-ir-[ma-na I su-ut-ru-uk-dnah]-
6. uk-dnah-hu-un-te a-ak [I ku-ti-ir-dnah]- (6) 4. hu-un-te a-a[k I ku-ti-ir-dnah-hu]-
7. hu-un-te a-li-me-lu ka4-ap-pa-[ah-si e-re]- (7)
8. en-tum4-ia ku-si-pi ma-ap a-ak[ ] (8)
[ I su-ut-ru-uk]-
[dnah-hu-un-te a-ak I ku-ti-ir-dnah-hu]- (11)
N° 2
1. un-te ak .. .[ ... al- (12)
2. ak im-pè ku-si-in-pâ ù [I sil-ha-ak-din]- (13)
3. su-us-na-ak e-re-[en-tum4-im-ma (14)
4. ku-si-ih te-im-ti [a-li-me-lu-ri] (15)
x[ ai]mé 2d'Inshu[shinak .... 3. . . ] 4il avait enclos 3[la ville haute] 4et
5[comme] il (le bâtiment) avait été construit 4en [briques crues] 5et menaçait de
crouler, [Shutr]uk-6Nahunté et [Kutir-7Na]hunté avaient enclos la ville haute, disant :
« Nous le (re)construirons en [briques] cuites et [ . . . . 12ils étaient morts . .] 13et ils
ne l'avaient pas construit. Moi, Shilhak-Inshushinak 15je l'ai construit 14en briques
[cuites]; 15au maître [de la ville haute je l'ai donné] (1).
Ce récit rappelle celui que Scheil a publié sous ses nos 30 et 30 bis et qu'il nous
faut reprendre ici (2) parce que nous sommes amené à lui donner une signification
un peu différente de celle qui lui était attribuée :
1ù I sil-ha-ak-din-su-si-na-ak sa-ak I su-ut-ru-uk-dnah-hu-un-te-ki-ik su-un-ki-ik
an-za-an 2su-su-un-ka4 I ku-tir-dnah-hu-un-te za-al-mu e-re-en-tu4-um-ia hu-uh-tas
a-ak si-ia-an 3din-su-si-na-ak-me a-ha-an ku-si-in-ki-mar a-ak im-me ku-si-is a-ak
pu-ur-ku uz-zu-un-ra û-tak za-al-mu e-re-en-tu4-um-ia i-tah-ha-ah a-ak hu-uh-tah
a-ak ku-um-pu-um ki-tù-û-ia 5a-ha ku-si-ih a-ak din-su-si-na-ak na-pir-û-n i si-ma
ta-ah e din-su-si-na-ak 6na-pir-û-ri hu-ut-tak ha-li-ik-û-me li-ma nu te-la-ak-né
(1) Sur le sens de kakpa, cf. Hinz, Festschrift ... Eilers (1967), p. 89; Kônig n'a pas traduit ce verbe,
cf. EKI, p. 195 ; Steve propose « enfermer », « cacher » (MDP 41, p. 121).
(2) Les textes élamites sont cités d'après la publication de Scheil, Mémoires de la Délégation en Perse
( = MDP), volume 3 (nos 1-64), volume 5 (nos 65-87) et/ou celle de Kônig : Die elamischen Kônigsinschriflen
( = EKI) (1965). DISJECTA MEMBRA AELAM1CA (II) 7
1Moi, Shilhak-Inshushinak. fils de Shutruk-Nahunté roi d'Anzan 2et de Suse,
les effigies que Kutir-Nahunté avait aménagées en briques cuites et Mont il avait
dit : «Je les maçonnerai là dans 2le temple 3d' Inshushinak », et qu'il n'avait pas
maçonnées, alors, lui étant parti (= mort) avant, (et) moi ayant succédé (1), j'ai
pris soin des effigies en briques cuites et les ai aménagées. Je les ai maçonnées là
dans 4le kumpum-kituia 5et je les ai consacrées (2) à mon dieu Inshushinak (disant :)
« Ô Inshushinak, mon dieu, que mes travaux et sacrifices te soient agréables en
don ! ».
Omise la titulature (ligne 1), voici les traductions
de Scheil : «... Kutir-Nahunté fit sa statue en terre cuite, et comme le temple
du dieu Inshushinak n'était pas encore reconstruit, il le construisit et y plaça (sa
statue) (?). Moi aussi, je me décernai une statue en terre cuite et la fis, et le kumpum
(quppu) ... je construisis et à Inshushinak, mon dieu, j'y vouai (ma statue).
Ô Inshushinak mon dieu, que soit gardé à jamais (?) mon travail et mon œuvre (3).
de Kônig : « ... Kutir-Nahunté avait fait exécuter les effigies de briques et avait
commencé de bâtir le temple d' Inshushinak, mais ne l'avait pas bâti (achevé de bâtir) ;
mais comme il était parti avant (l'accomplissement) elles (les briques cuites) furent
amenées par moi. D'autres effigies de briques cuites je commandai et fis exécuter,
et je bâtis là le kumpum-kituia et à mon dieu Inshushinak je le consacrai. (4) »
En dehors de la question grammaticale (cf. n. 1), le sens général des deux
précédentes traductions pose un problème : il semble qu'il y faille identifier le temple
d' Inshushinak et le kumpum-kituia; d'autre part il semble que sous Kutir le
n'était pas rebâti (Scheil) ou terminé (Kônig).
Pour éviter cette présentation des faits qui nous paraissent peu probables, nous
avons fait de ahan — dont l'emploi est très étendu, dont le sens est à peu près défini :
« ici », « là » mais dont le maniement (et partant la traduction) est inconnu — - un
élément verbal locatif indiquant la présence d'un locatif dans la phrase (5). De ce
(1) La phrase difficile pu-ur-ku uz-zu-un-ra û-îak est formée de trois éléments. La traduction du premier,
« avant », est une possibilité raisonnable (cf. W. Hinz, ZA 50, 251) ; la traduction du deuxième «lui qui était
parti » est pratiquement sûre. Dans le troisième élément, û-tak, le k a deux valeurs : ou bien il représente un
passif ; c'est ce qu'a compris Kônig : « elles furent placées » ; ou bien il représente une première personne
construite sur le participe tak ou le participe tan « (je) pris place » ou (je) prends place », possibilité ici
adoptée. Noter encore que a-ak qui précède est rendu par « alors » plutôt que « et ».
(2) Le sens général du verbe composé sima ta n'est qu'approché ; le sens précis ne peut être déterminé.
(3) Cf. Scheil, MDP 5, p. 89.
(4) On relèvera la différence essentielle entre la version de Scheil qui ne voit qu'une effigie, et celle de
Kônig qui en suppose plusieurs : « ce sont (écrit-il) les reliefs faits de briques cuites qui forment les revêtements
muraux sur la paroi extérieure du sanctuaire » (EKI, p. 95, n. 4). Kônig parle ici du décor indiqué ci-dessous
p. 8, n. 1.
(5) En fait la forme nue a-ha, dont le sens locatif est indéniable, est diversement prolongée par des
suffixes, n, r et t, qui précisent des inflexions grammaticales encore mal connues : a-ha-an, a-ha-ar, a-ha-al.
La construction adoptée ici fait de a-ha-an un adverbe locatif dont le rôle apparaît clairement dans la phrase :
ha-al ma-su-um pi-it-te-ka a-al un-tas-napi-risa a-ak si-ia-an-ku-uk a-ha-an ku-si-ih «j'ai construit Untash-
Napirisha-Ville et le temple du Sian-kuk sur ( = a-ha-an) un domaine nouvellement créé (= pi-it-te-ka) »
(Steve, MDP 41, 32, 2). 8 MAURICE LAMBERT
fait, nous comprenons que Kutir avait le dessein de construire, non le temple du
dieu, mais diverses effigies princières qu'il pensait maçonner dans une partie du
temple; et ce que Shilhak a fait a été de maçonner ces effigies dans un bâtiment
qu'il appelle kumpum-kituia, dépendant ou non du temple.
De ce on sait seulement qu'il abritait un ensemble architectural
dont certaines figures en relief, génies, déesse Lama et arbre sacré, remontées par
R. de Mecquenem (1), peuvent par beaucoup de points être rapprochées des figures
remontées par P. Amiet. De ces deux groupes de figures, le premier est en briques
d'argile, le second en briques de grès; leurs analogies expliquent certainement que
leurs inscriptions respectives soient apparentées. On notera spécialement le rappro
chement qu'on peut faire entre les lignes 2-3 du document de Scheil et les briques
nos 1 et 2, rapprochement important qui, dans l'état pitoyable des vestiges retrouvés,
est la seule base autorisant une reconstitution pratiquement certaine des textes
publiés ici.
Essai de reconstitution des travaux entrepris par Shilhak.
Par deux fois et sous des formes quelque peu différentes, Shilhak affirme avoir
terminé un ouvrage commencé avant lui. Dans un cas (Scheil 30 bis) il parle d'effigies
exécutées par son frère Kutir. Dans l'autre endroit (ici nos 1 et 2) il parle d'une œuvre
non précisée commencée par son père Shutruk et poursuivie, mais non terminée,
par son frère Kutir, œuvre qui existait antérieurement à ces princes et qui était
devenue vétusté. De ces données, l'on déduira :
a. Shutruk décide de réédifier un édifice ancien, qui était peut-être déjà, ou qui
allait devenir, le kumpum-kituia (ici nos 1-4) ;
b. Kutir, à la mort de son père auquel il succède, continue les travaux; à son
tour il disparaît avant achèvement; mais il avait déjà aménagé un certain nombre
d'effigies qu'il destinait au temple d'Inshushinak (Scheil 30 bis)',
c. Shilhak installe les effigies de Kutir dans le kumpum-kituia (Scheil 30 bis)
et l'on présumera, avec toute raison, qu'il en augmente le nombre.
Cette succession d'événements suppose un nombre important de reprises et de
changements au cours de l'exécution du monument, et cela s'accorde avec le fait
que plusieurs des briques publiées ici répètent sous des formes variées un même
événement et, apparemment, sont par là même d'époques différentes. Mais une
particularité orthographique concernant le nom de Inshushinak ne laisse aucun
doute sur l'importante étendue de temps qu'a demandée la finition de l'ouvrage.
Ce nom, omis le déterminatif divin, se présente ainsi (2) :
(1) Pierre Amiet, Élam, fig. 296 et 299.
(2) Dans la traduction nous n'avons pas tenu compte de ces différentes formes du nom divin bien
qu'elles ne soient probablement pas de simples faits graphiques. DISJECTA MEMBRA AELAMICA (II) 9
a. sous Untash : in-su-us-na-ak et rarement in-su-si-na-ak;
b. sous Shutruk et Kutir : in-su-si-na-ak ;
c. sous Shilhak : in-su-si-na-ak puis rapidement (ce « puis » est vraisemblable
mais non démontré) in-su-us-na-ak ». On notera que l'on ne revient pas vraiment
à la forme première puisque l'on introduit un s à la place d'un s.
Or les briques 4, 9 et 11 portent in-su-si-na-ak alors que les briques 2, 5, 8, 12
et 17 ont in-su-us-na-ak. On déduira de ces données l'existence de deux périodes.
Le kumpum-kituia du temple d1 Inshushinak.
Des données rassemblées ci-dessus on retiendra ici qu'elles rattachent les briques
de grès tantôt à un bâtiment nommé kumpum-kituia, tantôt au temple d' Inshushinak.
Quelle valeur donner à ces indications?
Shilhak, selon Scheil 30 bis (cf. p. 6), a travaillé au kumpum-kituia et y a placé
les effigies préparées par Kutir pour le temple d' Inshushinak. Mais dans ces derniers
mots, il y a une généralisation qui, sans être inexacte, est certainement trompeuse,
car c'est bien au kumpum-kituia que Kutir destinait ses effigies. En fait foi le
document dédicatoire de Kutir lui-même :
xù I ku-tir-dnah-hu-un-te sa-ak I su-ut-ru-uk-dnah-hu-un-te-ki-ik 2li-pâ-ak
ha-ni-ik din-su-si-na-ak-ki-ik ku-um-pu-um ki-tù-û-ia 3û-pa-at-ma ku-si-ik a-ak
mi-si-ir-ma-na sa-ri-ih a-ak e-re-en-tu4-um-ma 4ku-si-ih a-ak din-su-si-na-ak na-pir-û-ri
i si-ma ta-ah e din-su-si-na-ak 5na-pir-û-ri hu-ut-ta-ak ha-li-ik-û-me li-ma nu te-la-ak-né
6a-ak a-ha-an hi-ih si-tu4-uk-ti-né (1)
1Moi, Kutir-Nahunté, fils de Shutruk-Nahunté, 2serviteur aimé d'Inshushinak,
comme le kumpum-kituia 3avait été construit en briques crues et menaçait de crouler,
je l'ai consolidé (?) et 4je l'ai (re)construit 3en cuites, 4et je l'ai placé sous
la garde (?) de mon dieu Inshushinak, (disant) : «Ô Inshushinak 5mon dieu, que
mes œuvres (et) peines te soient agréables en don 6et que tu y sois heureux ».
Puisque Kutir fait effectuer des effigies et fait travailler au kumpum-kituia, on
admettra qu'il s'agissait dans les deux cas de la même œuvre, et que celle-ci était
bien avancée à sa mort. Mais cela, Shilhak son successeur l'oubliera vite, et lorsqu'il
terminera les travaux, il recopiera mot pour mot la dédicace de son frère, remplaçant
le nom de celui-ci par le sien, ne changeant rien à la titulature puisqu'il était, lui
aussi, fils de Shutruk :
1û I sil-ha-ak-din-su-si-na-ak sa-ak I su-ut-ru-uk-dnah-hu-un-te-ki-ik, etc. (2)
1Moi, Shilhak-Inshushinak fils de Shutruk-Nahhunte, etc.
Plus tard, dans un document qu'on jugera nettement plus récent parce que le
(1) Scheil n° 28 = EKI 29.
(2)n° 31 = EKI 32. ■
MAURICE LAMBERT 10
scribe y emploie l'orthographe in-su-us-na-ak au lieu de in-su-si-na-ak, Shilhak
reviendra sur ses travaux, précisant le point qui présentement nous occupe :
9si-ia-an din-su-us-na-ak-né ku-um-pu-um ki-lotù-û-ia ha-la-at-né ku-si-ik a-ak
mi-si-ir-ma-una ù I sil-ha-ak-din-su-us-na-ak .... ku-um-17pu-um ki-tù-û-ia e-re-en-
tum4-ia pè-ep-si-ih 18[ku]-si-ih (1)
9comme le temple d'Inshushinak ..., le kumpum-kituia10 avait été construit
en pisé et menaçait ruine, nmoi, Shilhak-Inshushinak .... 17 j'ai créé 18(et)
17le kumpum-kituia en briques cuites.
Ce dernier texte nous indiquerait les rapports existant entre le kumpum-kituia
et le temple si nous savions analyser le sens de la liaison grammaticale, sans doute
représentée par né après ^in-su-us-na-ak. Génitif : « du temple d'Inshushinak le
kumpum»?; ou locatif : «dans le temple d'Inshushinak le kumpum»? ou encore,
en donnant à si-ia-an une autre de ses significations, apposition : « une chapelle
d'Inshushinak, le kumpum »? Nous ne savons choisir et nous admettons, sans preuve,
comme hypothèse de travail, que le kumpum-kituia est, plus ou moins près du temple,
un bâtiment cultuel consacré à la famille princière. A partir de là, nous allons tenter
d'apprécier les rares données concernant ce lieu de culte.
Les sens de ku-um-pu-um et de ki-lù-ù-ia sont inconnus. Le premier n'apparaît
pas ailleurs; il représenterait donc ici un appellatif désignant — de façon plus précise
que générale — le bâtiment assez vaste auquel ont travaillé plusieurs princes. Sa
terminaison um a fait songer souvent à un emprunt accadien (2), mais cette solution
ne devra être acceptée que lorsqu'il sera assuré que kumpum ne provient pas d'une
racine élamite kupa ou kuppa (3).
kitu est mieux attesté. Ici, son suffixe ia en fait un adjectif de kumpum, de manière,
de lieu ou de matière. Ce choix très large se restreint à l'adjectif de lieu si l'on tient
compte des quelques autres exemples de ce mot très rare qui apparaît :
a. dans le document de fondation de Tchogha-Zenbil : hu-hu-un ki-tù-um-ma
a-ak pi-tù-um-ma in-ka-ak-pa-ah «j'ai clos parfaitement (4) la muraille dans le kilu
et dans le pitu (5) ;
(1) Schei] n° 55 = EKI 47.
(2) Plusieurs noms accadiens sont passés, en effet, en élamite, ainsi zalmu « statue » et zagraiu « ziggurat »
(Steve, MDP 41, p. 12) : Scheil rangeait kumpum dans cette liste quand il indiquait entre parenthèses,
dans sa traduction, (quppu), terme accadien d'où lui paraissait provenir kumpum, mais cf. von Soden,
AHw II, 298.
(3) kupa est un verbe qui a souvent le mot « statue » pour objet direct, cf. Scheil 86 I, 35 et II, 30 =
EKI 74. On lui donne le sens de « installer », « ériger », « mettre en ligne », (Hinz, ZA 50, 250 ; Kônig, EKI,
p. 198, sous ku-ba). La graphie kump s'explique assez bien par la forme kuppa à l'époque achéménide
(Cameron, JCS 5, 50).
(4) On notera que ce verbe, ici à la forme intensive, kakpa pour kappa, est celui qui est employé à la
ligne 8 de la brique n° 4, à la ligne 7 de la brique n° 1, à la ligne 3 de la brique n° 3.
(5) Steve, MDP 41, 22 : 4 ; 31 : 2 ; 32 : 3. Steve fait de pi-tù-um-ma un mot éiamite emprunté à
l'accadien {MDP 41, p. 124). Ici encore (cf. plus haut au sujet de kumpum) l'on peut en douter puisqu'il
existe une racine élamite, voir pi-tu ^-uk-ka 4 (Scheil 63, 23 = EKI 75 § 33). :
DISJECTA MEMBRA AELAMICA (II) 11
b. dans une malédiction de Shilhak contre le voleur d'un objet consacré; mais
le passage est difficilement lisible (1);
c. dans un texte en accadien de Itatu-Inshushinak rappelant les travaux de
construction de ce prince : i-nu in as-as ki-tà-û*1 susan^ « lorsque dans le kitu de
Suse (j'ai construit pour Inshushinak . . . .) (2).
En conclusion, nous nous arrêterons à l'hypothèse suivante :
le kitu désigne un «lieu supérieur», un «lieu d'en haut», et le pitu un «lieu
inférieur», un «lieu d'en bas». Cette évaluation des sens rejoint pratiquement celle
déjà proposée par Kônig (3), en leur attachant toutefois une signification locale
préférentielle.
Sur cette base, le kumpum-kituia qui, d'après les textes, est une construction
religieuse dépendant du temple d' Inshushinak, |peut être compris comme le «parvis
d'en haut ». Par ces mots nous entendons la cour qui s'étend devant la chapelle la
plus élevée du temple, et que nous supposerons réservée aux effigies des princes
devant lesquelles s'opère un culte dynastique. Une telle cour, aux murs tendus de
reliefs, s'accorderait assez bien avec les figures princières remontées par P. Amiet.
Les textes.
N° 5. Sb 11478. — Brique de gauche; extrémité gauche intacte. Épaisseur 105;
longueur 175; largeur d'origine 170. Émail jaune. M 2371.
1. e din-su-us-na-[ak te-im-ti ri-sa-]
2. [a]r te-im-ti a-li-[me-lu-ri û I sil-ha-ak-]
3. din-su-us-na-ak s[a? dnah-]
4. hu-un-te ip(?) sa t[e(?) ]
1O Inshushinak, [seigneur grand], 2seigneur de la ville [haute, moi, Shilhak]-
Inshushinak (4)
N° 6. Sb 11488. — Brique de droite; extrémité gauche perdue. Épaisseur 103;
longueur 123; largeur d'origine 165. Émail jaune (?). M 2324.
5. [ù I sil-ha-ak- din-su-si]-na-ak sa-ak [I su-ut-]
6. [ru-uk-dnah-hu-un-te]-ki-ik li-[pa-ak ha-ni-ik]
7. [din-su-si-na-]ak-ki-ik [ ]
8. [ ] pâ-te-[ik dnah-hu-un-te-ik]
5[Moi, Shilhak-Inshushi]nak, fils de [Shutruk-6Nahunte], servi[teur aimé
7d'Inshushin]ak, [. . . 8. . .], le guidé [de Nahunté] (5)
(1) ak-kai ki-tù-ma{1) (ou : ki-tù-ur) lu-pu-un-ra, (Scheil 77 VI, 16 = EKI 45).
(2) Thureau-Dangin, ISA 256, 2 24.
(3) EKI, p. 65, n. 10.
(4) Les lignes 1-2 sont reconstruites de Scheil 53 = EKI 44.
(5) Les 6-7 sont de Scheil 32 ; 33 ; 36 ; la ligne 8 de Scheil 92 I, 16 = EKI 54 § 2.