14 pages
Français

La Corse en mutation - article ; n°1 ; vol.123, pg 23-34

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Economie et statistique - Année 1980 - Volume 123 - Numéro 1 - Pages 23-34
La mutación de Córcega - A principios de Ios anos del sesenta, se manifiesta el cambio acaecido en la evolución de Córcega. La población, la que habia disminuido en un 40 % desde principios del siglo, entabla por estas fechas una subida espectacular. Un tal acontecimiento favorable por cierto esta originado por una acción voluntariosa de la politica de ordenación del territorio, la que se inició en 1957 y que tiende a favorecer el turismo y la agricultura islena. Además, Córcega acoge durante el mismo periodo un importante contingente de repatriados argelinos. La instauración de una agricultura moderna (incluso si su orientaciôn no correspondió finalmente a los proyectos iniciales) y el desarrollo turistico crean durante los dos pasados decenios 30 000 empleos suplementarios desempenados mayormente por la nueva población inmigrada asi como por las mujeres, cuya tasa de actividad se incrementa de manera sensible. Si unos cuantos indicadores traducen un indiscutible mejoramiento del nivel de vida medio de los islenos con relación a los habitantes del continente, nuevos desequilibrios aparecen, especialmente entre el litoral, el cual atrae hombres y actividades en perjuicio del interior de la isla, el que se va estancando y envejeciendo.
Le début des années soixante marque un tournant dans l'évolution de la Corse. La population, qui s'était réduite de 40 % depuis le début du siècle, amorce à cette date une remontée spectaculaire. Cet « accident » — favorable — trouve son origine dans une action volontaire de la politique d'aménagement du territoire amorcée en 1957 et visant à favoriser le tourisme et l'agriculture dans l'île. De plus, la Corse accueille dans la même période un contingent important de rapatriés d'Algérie. L'introduction d'une agriculture moderne (même si son orientation n'a pas finalement correspondu aux projets initiaux) et le développement du tourisme créent dans les deux dernières décennies 30 000 emplois supplémentaires qui seront surtout occupés par la nouvelle population immigrée mais aussi par les femmes, dont le taux d'activité s'accroît sensiblement. Si un certain nombre d'indicateurs traduisent un incontestable rattrapage du niveau de vie moyen des Corses par rapport aux continentaux, de nouveaux déséquilibres se font jour, notamment entre le littoral qui attire hommes et activités au détriment de l'intérieur qui stagne et vieillit.
Corsica in Transformation -The early sixties were a turning point in the evolution of Corsica. The population, which had fallen by 40 % since the beginning of the century, began to make a spectacular comeback. This favorable « accident » was due to deliberate action stemming from the policies of the national development plan, begun in 1957 and aimed at encouraging tourism and agriculture in the island. At the same time, Corsica received a sizeable influx of refugees from Algeria. The introduction of modern agricultural techniques (although the orientation of agriculture did not ultimately follow the initial plans) and the development of tourism has created during the last two decades 30,000 additional jobs which are primarily held by the new immigrant population, but also by women, who tend to take jobs at a rapidly growing rate. Although a certain number of indicators show that the average standard of living of Corsicans is unquestionably catching up with that of mainland Frenchmen, new imbalances have emerged, most notably between costal Corsica, which attracts manpower and economic activity to the detriment of the interior, which is stagnating and whose inhabitants are, more and more, the elderly.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1980
Nombre de lectures 29
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Mademoiselle Nadine
Salkazanov
Monsieur Alain Vienot
La Corse en mutation
In: Economie et statistique, N°123, Juillet 1980. pp. 23-34.
Citer ce document / Cite this document :
Salkazanov Nadine, Vienot Alain. La Corse en mutation. In: Economie et statistique, N°123, Juillet 1980. pp. 23-34.
doi : 10.3406/estat.1980.4366
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1980_num_123_1_4366Resumen
La mutación de Córcega - A principios de Ios anos del sesenta, se manifiesta el cambio acaecido en la
evolución de Córcega. La población, la que habia disminuido en un 40 % desde principios del siglo,
entabla por estas fechas una subida espectacular. Un tal acontecimiento favorable por cierto esta
originado por una acción voluntariosa de la politica de ordenación del territorio, la que se inició en 1957
y que tiende a favorecer el turismo y la agricultura islena. Además, Córcega acoge durante el mismo
periodo un importante contingente de repatriados argelinos. La instauración de una agricultura moderna
(incluso si su orientaciôn no correspondió finalmente a los proyectos iniciales) y el desarrollo turistico
crean durante los dos pasados decenios 30 000 empleos suplementarios desempenados mayormente
por la nueva población inmigrada asi como por las mujeres, cuya tasa de actividad se incrementa de
manera sensible. Si unos cuantos indicadores traducen un indiscutible mejoramiento del nivel de vida
medio de los islenos con relación a los habitantes del continente, nuevos desequilibrios aparecen,
especialmente entre el litoral, el cual atrae hombres y actividades en perjuicio del interior de la isla, el
que se va estancando y envejeciendo.
Résumé
Le début des années soixante marque un tournant dans l'évolution de la Corse. La population, qui
s'était réduite de 40 % depuis le début du siècle, amorce à cette date une remontée spectaculaire. Cet
« accident » — favorable — trouve son origine dans une action volontaire de la politique
d'aménagement du territoire amorcée en 1957 et visant à favoriser le tourisme et l'agriculture dans l'île.
De plus, la Corse accueille dans la même période un contingent important de rapatriés d'Algérie.
L'introduction d'une agriculture moderne (même si son orientation n'a pas finalement correspondu aux
projets initiaux) et le développement du tourisme créent dans les deux dernières décennies 30 000
emplois supplémentaires qui seront surtout occupés par la nouvelle population immigrée mais aussi par
les femmes, dont le taux d'activité s'accroît sensiblement. Si un certain nombre d'indicateurs traduisent
un incontestable rattrapage du niveau de vie moyen des Corses par rapport aux continentaux, de
nouveaux déséquilibres se font jour, notamment entre le littoral qui attire hommes et activités au
détriment de l'intérieur qui stagne et vieillit.
Abstract
Corsica in Transformation -The early sixties were a turning point in the evolution of Corsica. The
population, which had fallen by 40 % since the beginning of the century, began to make a spectacular
comeback. This favorable « accident » was due to deliberate action stemming from the policies of the
national development plan, begun in 1957 and aimed at encouraging tourism and agriculture in the
island. At the same time, Corsica received a sizeable influx of refugees from Algeria. The introduction of
modern agricultural techniques (although the orientation of agriculture did not ultimately follow the initial
plans) and the development of tourism has created during the last two decades 30,000 additional jobs
which are primarily held by the new immigrant population, but also by women, who tend to take jobs at a
rapidly growing rate. Although a certain number of indicators show that the average standard of living of
Corsicans is unquestionably catching up with that of mainland Frenchmen, new imbalances have
emerged, most notably between costal Corsica, which attracts manpower and economic activity to the
detriment of the interior, which is stagnating and whose inhabitants are, more and more, the elderly.RÉGIONS
La Corse en mutation
par Nadine Salkazanov et Alain Viénot * ^ *
« La Corse connaît aujourd'hui des mutations profondes. spectaculaire. Si cette remontée doit quelque chose à un
La Corse change. Mais ce changement, est-ce le progrès, léger surcroît des naissances sur les décès et à un solde
est-ce le bonheur pour les Corses ? Telle est la question migratoire faiblement excédentaire avec le continent, elle
que chacun se pose ouvertement ou inconsciemment. » est principalement le fait d'une immigration étrangère qui,
C'est par cette interrogation que débute la Charte du jointe au rapatriement de Français d'Algérie, compte pour
développement économique adoptée en 1975. Quinze ans plus de la moitié des 50 000 habitants regagnés depuis
auparavant, le développement avait fait irruption dans 1962. L'emploi s'est accru relativement davantage encore,
File, apportant des activités inconnues ou presque : avec 30 000 postes créés au cours des années 1962-1975,
agrumes, tourisme et grande viticulture. « Cette véritable permettant une croissance du taux d'activité, croissance
révolution économique réalisée dans la confusion a essentiellement due aux étrangers mais aussi aux femmes.
bouleversé les bases mêmes de l'équilibre social de Ce retournement est lié à l'introduction en Corse d'une l'île ». Les chiures attestent cette « révolution éco agriculture moderne et d'un développement volontaire nomique » : une production de vin multipliée par dix ; du tourisme. Une mutation sociale et économique s'ensuit, plus d'un million de touristes ; cinquante mille habitants et qui détermine à son tour de nouveaux déséquilibres. trente mille emplois supplémentaires entre 1962 et 1975.
Le niveau et les conditions de vie ont dans l'ensemble Cet article, reprenant un texte paru dans Économie profondément changé pendant cette vingtaine d'années, Corse **, se propose de rassembler et commenter les mais tous les retards ont-ils été rattrapés ? principaux chiures qui permettent de retracer l'évolution
de l'économie corse depuis 1957.
* Alain Viénot dirige le service régional de VINSEE en Corse.
Nadine Salkazanov est responsable de l'Observatoire économique
Depuis le début du siècle, la Corse a perdu 66 000 habi de la Corse.
tants. En fait, sa population a baissé de façon continue, **Économie corse, revue bitrimestrielle de VINSEE en Corse;
perdant jusqu'à 120 000 personnes jusqu'au début des 1, résidence du Belvédère, 20000, Ajaccio; abonnement
années soixante à partir desquelles s'amorce une remontée annuel : 25 F.
23
0 677007 P 13 Graphique I Population(en milliers)
296 Cent vingt mille habitants 291 291
282 de moins
en 60 ans*
22723°
* On ne peut pas se fier aux recensements pour étudier l'évolution de la population.
La courbe ci-dessus a été dessinée à partir des estimations de Paul Damiani pour les
années 1901 à 1954. Pour 1962, 1968 et 1975, les proviennent des recensements
« soigneusement épurés ».
La population de la Corse a augmenté de 29 % entre
1962 et 1975 (France entière : 13 %). Cette évolution est
à la fois la cause et la conséquence du renouveau éconoLa Corse repeuplée mique. Un exemple, l'arrivée des rapatriés a déclenché
l'introduction de la grande viticulture, d'où un besoin de
main-d'œuvre peu qualifiée qui vint d'Afrique du Nord.
L'émigration n'a pas cessé pour autant 1 : les jeunes Corses
ont continué de partir pendant que des immigrants, ori
ginaires de France continentale et surtout de l'étranger,
Comme beaucoup d'autres régions, la Corse s'est dépeu venaient s'installer dans l'île. Ce phénomène n'est para
plée dans la première moitié du xxe siècle : sa population doxal qu'en apparence si l'on songe à la nature des emplois
est passée de 300 000 habitants en 1900 à 176 000 en 1962 qui étaient créés : salariés agricoles, ouvriers du bâtiment,
(graphique I), malgré un fort excédent des naissances sur employés dans l'hôtellerie.
les décès. On estime à environ 150 000 le surplus des départs Comment s'est fait ce repeuplement? Entre 1962 et
sur les arrivées pendant cette période. Actuellement, vers 1975, les naissances ont été supérieures aux décès (+ 5 100) ; cinquante ans, une personne née en Corse sur deux vit en les arrivées du continent ont été un peu plus importantes dehors de l'île. que les départs (+ 2 900) ; mais, surtout, l'afflux de l'exté
Ces émigrés se sont fixés à Marseille, sur le littoral médi rieur de la France a été massif et s'est traduit par une aug
terranéen ou à Paris. Les plus diplômés occupent des mentation de 43 000 personnes : 8 000 rapatriés d'Algér
fonctions importantes dans la haute administration ou ie, 23 000 étrangers supplémentaires et 12 000 retours
exercent une profession libérale; d'autres ont recherché des anciennes colonies. Le nombre des étrangers est passé
de 7 000 à 30 000 plaçant ainsi la Corse en tête des régions la sécurité des emplois administratifs ou de l'armée, qui
françaises pour leur accueil. La population de nationalité permettaient de rentrer plus tôt au pays avec une retraite;
sans oublier les ouvriers qui représentent plus du tiers des française ne s'est accrue que de 17 % et elle a vieilli
(tableau 1) : les personnes âgées de soixante-cinq ans ou actifs installés sur le continent.
plus, qui comptaient pour 16,5 % de la population totale L'exode a vidé la Corse, l'a amputée de sa jeunesse, a en 1962, en représentent maintenant 18,7 %, transformé en désert une grande partie de l'intérieur. L'in
sularité a cependant freiné les départs : la dépopulation
a été moins forte que dans le Lot, la Creuse, la Corrèze
ou l'Ariège. Vers 1960, le dépeuplement a cessé : la popul 1. Les statistiques enregistrent avec un certain retard les ation a augmenté de 50 000 habitants depuis cette date, phénomènes démographiques. Le souhait de vivre et travailler rompant avec l'évolution des autres zones continentales au pays, manifesté par de nombreux jeunes, ne s'est pas encore
qui avaient accompagné la Corse dans le déclin; 230 000 per traduit dans les chiffres, le dernier recensement remontant à
sonnes vivent en Corse en 1980. 1975.
24 Tableau 1 Évolution
de 1962 à 1975 L'augmentation 1968 1962 1975 (en %) de la population
et les étrangers France Corse
Population totale, 176160 209 780 227425 + 13 + 29
dont :
Étrangers 6 860 17 760 30 090 + 339 + 60
Français 192 020 197 335 169 300 + 17 + 11
Source : Recensements de la population.
Tableau 2
Évolution
de 1962 à 1975 Trente mille actifs Population active 1962 1968 1975 (en %) supplémentaires
Corse France
41 600 51 520 64 300 + 55 + 8
dont .* Français 37 920 40 760 42 780 + 13
9 500 11860 17010 + 79 + 23
S1100 63 380 81310 Ensemble. .. + 59 + U
Moyenne nationale Taux d'activité (%) 1962 1968 1975 en 1975
Hommes 47,3 49,5 53,7 53
dont ' Français 45,6 44,9 44,9 52
10,8 11,2 15,8 30
Ensemble. .. 29,0 30,2 35,8 41
Source : Recensements de la population.
Le repeuplement s'est accompagné d'une redistribution 30 000 emplois supplémentaires
de la population sur le territoire : les arrivants se sont
installés sur le littoral et dans les deux principales villes, L'augmentation de la population s'est accompagnée d'une Ajaccio et Bastia, qui ont également attiré les habitants forte croissance des emplois (30 000 de 1962 à 1975, soit de l'intérieur. Le vieillissement accentué et la désertifica une progression de -f- 59 %). La participation des femmes tion de certains cantons de montagne qui en ont découlé à la vie économique s'est développée (tableau 2). En 1962, constituent un problème préoccupant. seulement 47 % des hommes et 11 % des femmes travail
L'intérieur 2 continue à perdre ses habitants (trois à laient. La Corse était alors en situation de sous-emploi
quatre cents par an par suite de l'excédent des décès sur par rapport à la moyenne nationale (56 % des hommes et
les naissances) et vieillit : un tiers de la population a plus 28 % des femmes). En treize ans, 22 700 emplois mascu-
de soixante-cinq ans, un sixième seulement sur le littoral.
« Par leurs localisations déséquilibrées, tourisme et agri
culture révèlent l'un des problèmes majeurs de la Corse
2. On entend par « intérieur » l'ensemble des communes rurales d'aujourd'hui : la disparité entre intérieur et littoral. Elle
de la zone de montagne (plus de 450 m d'altitude). est le fruit de l'évolution spontanée qui donne au bord de
mer et aux zones basses le privilège d'attirer les hommes 3. Janine Renucci : «Économie» in Encyclopédie régionale
et les activités au détriment de l'intérieur répulsif3. » Corse — 1979 — Éd. Christine Bonneton.
RÉGIONS 25
5. Tableau 3
Évolution
de 1962 à 1975 Forte augmentation 1962 1968 1975 (en %) de l'emploi dans le BTP
et le tertiaire Corse France
— 5 — 46 Agriculture 16 500 15 740 15 750
Industrie 4 320 4140 4 930 + 14 + 9
Bâtiment et travaux publics 6 560 11 380 15 035 + 129 + 15
Tertiaire 23 060 30 800 41 790 + 81 + 34
Ensemble. . . 50 440 62 060 77 505 + 54 + 10
Source : Recensements de la population.
lins et 7 500 emplois féminins ont été créés. L'apport des et une forte augmentation des salariés agricoles (81 %) sur
étrangers (en majorité des Marocains et des Italiens) a été le littoral. Un actif sur cinq travaille dans l'agriculture,
essentiel. Ils forment 27 % de la population active et un contre un sur dix en France.
tiers des hommes qui travaillent. En vingt ans, la société corse a profondément changé.
Ainsi le développement économique (principalement le Un exemple : le pourcentage des salariés est passé de 60 %
bâtiment, le tourisme et le tertiaire), soutenu par le ralen en 1962 à 78 % en 1975 (France : de 71 % à 83 %).
tissement de l'émigration et un important apport de main- De 1962 à 1975, on passe « de la Corse traditionnelle à la Cord'œuvre étrangère, s'est traduit par une forte croissance se nouvelle»4. Le nombre des cadres moyens/ des employés, des emplois. Actuellement, 54 % des hommes (88 % des des ouvriers a plus que doublé (tableau 4). En revanche, étrangers) et 16 % des femmes travaillent (France entière : le nombre des paysans diminue avec l'exode rural et l'agr53 % et 30 %). La Corse reste cependant caractérisée iculture change de visage : les salariés agricoles sont mainpar une moindre activité des hommes de nationalité fran tenant plus nombreux que les agriculteurs exploitants. çaise (en raison du vieillissement de la population et de la
Ces évolutions ne sont pas entièrement propres à la présence de nombreux retraités) et par un déficit d'emplois
région. La croissance des emplois tertiaires (employés, féminins.
cadres) est générale. La croissance des emplois secondaires Le bâtiment et les travaux publics ont été les plus import (ouvriers) a, par contre, été plus importante en Corse ants créateurs d'emplois : leurs effectifs ont plus que dou qu'ailleurs en raison du développement du bâtiment. Il blé entre 1962 et 1975 (+ 129 %). En 1975, 15 000 per est évident que de tels changements ne se reproduiront sonnes travaillaient dans ce secteur, soit 19 % de la popul plus avec la même ampleur dans les prochaines années. ation active, contre 13 % en début de période. Plusieurs
Que réserve l'avenir? Un calcul, reposant sur l'hyporaisons expliquent cette croissance : besoins en logements
thèse d'absence de déplacement de population, apporte dus à l'extension des villes, constructions de résidences
une réponse partielle : la population de la Corse rurale secondaires liées au développement du tourisme, impor
pourrait passer de 100 000 à 82 000 habitants d'ici l'an tance des commandes publiques (routes, bâtiments admin
2000 rien que par l'effet du surplus des décès sur les naisistratifs, etc.). On ne retrouve pas la même poussée du
sances. La chute de population pourrait atteindre 40 à bâtiment et travaux publics au niveau national.
50 % dans certains cantons. Le tertiaire — c'est-à-dire le commerce, les transports,
Les villes, sous la même hypothèse, ont suffisamment les services, l'Administration — s'est accru de 18 700 emplois
de dynamisme pour avoir une population stable, voire dont 6 000 pour les femmes (80 % de ces nouveaux emplois) :
légèrement croissante. il occupe actuellement 54 % des actifs contre seulement
46 % en 1962. Cette montée du tertiaire est un phéno
mène général : elle a été plus accentuée en Corse en rai
son de l'impact du tourisme sur le commerce et les ser
vices (tableau 3).
L'industrie est restée pratiquement stable, à un niveau
très faible : 5 000 emplois environ dont 36 % dans le sec
teur agro-alimentaire.
La stabilité des effectifs de l'agriculture (15 750 emplois)
masque en fait une forte diminution des agriculteurs exploi
tants (— 42 % entre 1962 et 1975, surtout dans l'intérieur) 4. Janine Renucci.
26 4 Tableau Évolution
de 1962 à 1975 Les modifications 1962 1968 1975 (en %) du
paysage social Corse France
— 42 — 45 Agriculteurs exploitants 11020 8 400 6 385
— 55 Salariés agricoles 5180 6 220 9 350 + 81
Patrons de l'industrie et du com
— 14 merce 7 520 9 240 9 340 + 24
Professions libérales, cadres supé
rieurs 1600 2 500 3 670 + 129 + 92
Cadres moyens 4160 4 860 7 580 + 82 + 86
Employés 4 800 7 320 10 960 + 128 + 59
Ouvriers 11400 16 940 24 220 + 112 + 17
Personnel de service 2 020 2 820 4 305 + 113 + 19
Autres catégories 3 400 5 080 5 500 + 62 + 12
Ensemble des actifs 51 100 63 380 81 310 + 59 + 14
Non actifs 125 060 146 400 146115 + 17 + 13
Population totale 176160 209 780 227 425 + 29 + 13
Source : Recensements de la population.
Les migrations peuvent atténuer cette évolution du milieu espérer nourrir à la fois sa population sédentaire et une im
rural — si, par exemple, de nombreux retraités reviennent portante clientèle touristique qu'à deux conditions : faire du
au pays — ou au contraire l'accentuer, comme au cours tourisme « le levier de la renaissance corse » et promouvoir
des vingt dernières années, comme le pense Janine Renucci : l'agriculture. Ces deux axes de développement ont donc été
« il est probable que le déséquilibre entre intérieur et li privilégiés. Les plaines littorales, restées largement en friche,
ttoral se confirmera, relayant peu à peu la vieille opposi devaient jouer un rôle essentiel en autorisant, grâce à l'i
tion entre l'en-deçà et l'au-delà des monts ». rrigation, l'implantation d'une agriculture moderne et l'e
xtension de cultures riches : agrumes, maraîchage, maïs,
prairies artificielles.
Deux sociétés d'économie mixte, la SOMIVAC (Société
pour la mise en valeur de la Corse) et la SETCO
pour l'équipement touristique de la Corse) furent créées amorcer la réalisation des projets.
Mais un fait conjoncturel, non prévu par le programme,
vint s'ajouter aux transformations en cours : le retour des
Le renouveau économique rapatriés d'Afrique du Nord. La Corse en accueille 6 000
environ avant 1962 et, on l'a vu, 8 000 après. Cet événe
ment devait modifier largement l'évolution de l'agricul
ture insulaire. Cette époque est également marquée par
la fin de l'ère coloniale et l'arrêt des débouchés outre-mer
pour les jeunes Corses.
Jusque vers 1960, la Corse, comme d'autres régions, est
Le « coup de fouet » donné à l'économie corse fait sentir restée à l'écart du développement économique. Les pou-
ses effets et c'est bien à un renouveau économique que vois publics en prirent conscience et mirent en place une
l'on assiste, à partir des années soixante, avec l'apparition politique d'aménagement du territoire. L*année 1957 marque
de nouvelles formes économiques (agrumiculture, vigne, le début de l'intervention massive de l'État en Corse, inau
tourisme) et les effets qui en découlent (bâtiment et trgurée avec le Programme d'action régional.
avaux publics, tertiaire). Un constat d'abord : le niveau de vie en Corse était
probablement le plus bas de la métropole, d'où une émi L'observation des échanges de la Corse avec l'extérieur
gration massive. Une évidence ensuite : la Corse ne pouvait le confirme.
RÉGIONS 27 Le vin représente plus de la moitié de la production Le volume du commerce ((extérieur»
agricole. Ce n'était pas prévu. Le plan d'aménagement
a doublé avait programmé une polyculture consommatrice d'eau sur
« les plus riches friches de France » (R. Dumont). Les
plaines sont aujourd'hui couvertes de vignes, réputées
Plus de 1 million de tonnes de marchandises ont transité pour être des cultures en sec. « L'essor du nouveau vignoble
par les ports corses en 1978 contre moins de 500000 s'est effectué en marge de la légalité, solution opportune
en 1962 (tableau 5). La Corse est de plus en plus imbri qui permettait des revenus rapides et sûrs, susceptibles
quée dans un réseau d'échanges avec la France continent de compenser la lourdeur des investissements nécessaires.
ale. Il est le fruit d'un pari, les exportations corses devant
relayer les exportations algériennes sur le marché natioLes « exportations » ont doublé en tonnage et elles ont
nal » 5. changé de nature : à l'amiante de Canari (22 500 tonnes),
au bois et à ses dérivés (30 500 tonnes en 1962) ont succédé Un exploitant agricole sur trois s'est spécialisé en vit
le vin (137 000 tonnes, 71 % des exportations) et les agrumes iculture. De 5 000 ha en 1955, la superficie du vignoble
(17 000 tonnes en 1978). est passée à 28 000 dont 17 000 sur le littoral (vignoble
moderne, mécanisé, sur de grandes exploitations). La proLes « importations » se sont développées encore plus
duction annuelle de vin, moins de 200 000 hectolitres vers rapidement (-f- 172 %) : un tiers des 955 000 tonnes import
1955, atteint en 1977 les 2 millions d'hl. La vente ées est constitué d'hydrocarbures (318 000 tonnes en
du vin de consommation courante se heurte à des difficultés : 1978 contre 85 000 en 1962) ; les matériaux de construction
les coûts de production sont élevés et la demande fléchit. (289 000 tonnes) représentent 30 % des importations,
L'endettement des viticulteurs est important. A côté des signe de l'expansion du bâtiment et des travaux publics.
grandes exploitations vinicoles subsiste un vignoble tradiMais les importations de produits alimentaires ont égal
tionnel de coteaux produisant des vins de qualité dans le ement progressé : 100 000 tonnes en 1962, le double en
cap Corse, le Nebbio, les régions de Sartène, Figari, 1978. Elles sont passées d'environ 500 à 700 kg par habi
Ajaccio, etc. Sa production représente 5 % de la production tant et par an. L'objectif fixé à l'agriculture de nourrir la
agricole totale. population sédentaire n'a pas été atteint.
Le verger d'agrumes, comme le vignoble, s'est développé Les statistiques de passagers aériens et maritimes sont
sur la plaine orientale. Il couvrait 1 000 ha en 1964. Sa également éloquentes : le trafic a été multiplié par 5.
superficie a maintenant triplé (2 780 ha de clémentiniers). 40 000 passagers venant de l'étranger en 1960, 250 000 en
La production de clémentines s'est élevée à 20800 tonnes 1978; 250 000 venant de France en 1960, 1150 000 en
en 1977, 30000 tonnes en 1979 (une tonne seulement en 1973, Une progression globale annuelle de 9 % !
1955), elle représente 4,5 % de la production agricole finale,
les cinq sixièmes étant exportés. La clémentine doit faire
face à un marché difficile, ouvert à l'exportation mais aussi
à une concurrence internationale redoutable.
Le monde agricole coupé en deux L'arboriculture fruitière n'a pas rencontré le même suc
cès : elle ne couvre que 2 000 ha dont 800 de pêchers et
de nectariniers. De grands espoirs sont, néanmoins, fondés
Un des changements les plus spectaculaires est la trans sur l'avocatier. Le maraîchage et les cultures fourragères
n'ont pas non plus connu le développement escompté. formation de la plaine orientale, concrétisant la coupure du
monde agricole en deux. L'élevage est en nette régression depuis le début du siècle.
D'une part, se sont implantées de grandes exploitations Le cheptel corse se chiffrait à 440 000 têtes en 1955, à
consacrées à une monoculture intensive, employant une 270 000 seulement en 1978. Le gros bétail a légèrement
augmenté (de 37 000 à 43 000 têtes pour les bovins, de main-d'œuvre salariée, principalement nord-africaine, fai
sant appel à des capitaux importants, des techniques cultu- 40 000 à 49 000 pour les porcins). La baisse a essentiell
rales et des modes de commercialisation modernes. Le ement touché les ovins (de 217 000 à 131 000 têtes) et sur
tout les caprins (de 145 000 à 46 000), décimés par la bru- nombre des exploitations sur le littoral a augmenté de 29 %
entre 1955 et 1970 (tableau 6). cellose. Les chiffres les plus bas ont été atteints vers 1970.
Il semble maintenant que le troupeau d'ovins et de caprins D'autre part, une agriculture traditionnelle — élevage soit en légère augmentation. La production de lait a été et polyculture — se maintient dans l'intérieur; elle est affectée par ces baisses. A titre d'exemple : 86000 hl de souvent exercée par des exploitants ayant d'autres ressources lait de brebis ont été produits en 1978 (dont 48 000 livrés que la terre (25 % d'entre eux ont une autre activité, 44 % aux fromageries de Roquefort) contre 98 000 en 1962 ont une retraite) et dont la moyenne d'âge est élevée. Dans (86000 livrés à Roquefort). Toutefois, l'élevage représente les zones de coteaux et de montagne, le nombre d'exploi une des chances de survie de l'intérieur, un des pivots de tations a diminué de la moitié environ depuis 1955. la politique de rénovation rurale.
Globalement le nombre des exploitations a diminué de
40 % depuis 1955, suivant en cela une évolution compar
able à celle des autres régions (moyenne nationale : 45 %) ;
la surface moyenne a augmenté de près de 35 % dans le 5. Janine Rénucci : « La Corse réveillée » in Découvrir la
France — Larousse n° 80, 15 octobre 1973. même temps.
28 Tableau 5
1960 1962 1978
Les échanges
avec l'extérieur
Marchandises (en tonnes) :
Entrées 352 000 955 000
Sorties 94 000 192 000
Voyageurs (arrivées + départs) :
Trafic maritime 355 900 1 571 500
Trafic aérien 225 500 1 232 800
Total 581400 2 804 300
dont :
503 200 2 293 300 Entre Corse et France continentale
Entre et étranger 78 200 511000
Sources : Direction régionale des Douanes pour le trafic marchandises dans les ports. de l'Équipement pour le trafic voyageurs.
Tableau 6
Les exploitations 1955 1970 1977 Les chiffres- clés
de l'agriculture corse
Nombre d'exploitations 12 279 8 884 7 391
Littoral 1 842 2 385
Coteaux 5 034 3 344
Montagne 5 403 3155
Exploitations de plus de cinquante hectares
2 6 10 (en %)
Superficie agricole utilisée en moyenne par
exploitation (en hectares) 17,5 13,0 15,1
La production 1955 1978
Production végétale :
Clémentines (en tonnes) 1 . 275
Vin (en milliers d'hectolitres) 160 1908
- Cheptel (en milliers de têtes) :
37 43 Bovins
49 Porcins 40
Ovins 217 131
145 46 Caprins
Sources : Les statistiques sont tirées, pour les exploitations, des recensements de l'agriculture
de 1955 et 1970 et d'une enquête de mise à jour réalisée en 1977; pour la production, elles
proviennent des bilans annuels réalisés par les services statistiques de l'agriculture.
RÉGIONS 29 Tableau 7 Nombre d'établissements Évolution
de 1966 à 1979 Forte augmentation 1966 1979 (en %) du nombre
des établissements
industriels ou commerciaux 2 261 4 098 81
dont : Bâtiment et travaux publics 1302 3 018 132
Industries agricoles et alimentaires. 334 421 26
2 490 4 054 63
Transports et télécommunications 460 603 31
Services marchands 1 829 5 481 200
1744 2 499 dont : Hôtels, cafés, restaurants 43
Source : Fichier des établissements industriels ou commerciaux géré par l'INSEE.
La modernisation de l'agriculture s'est traduite par une un peu plus de 1000 en 1979; encore s'agit-il pour l'essent
plus grande utilisation des techniques agricoles modernes. iel (40 %) d'industries agro-alimentaires dont le nombre
Les engrais chimiques étaient pratiquement inconnus en est assez étroitement lié aux effectifs de la population. Les
1955. Leur consommation est passée de 430 tonnes à résultats obtenus dans ce domaine sont décevants. Les
6 500 en 1978; mais seulement un quart des exploitations obstacles à l'industrialisation sont nombreux, le principal
en utilisent (les trois quarts en France). Entre 1955 et étant l'étroitesse du marché local. Une population de
1975, le parc de tracteurs a été multiplié par neuf (de 300 230 000 habitants est insuffisante pour permettre l'implan
tation d'une véritable industrie. à 2 600). C'est une augmentation spectaculaire, la plus
importante en France... mais la Corse était sous-équipée
et le reste encore aujourd'hui en raison en particulier de
son relief. La percée la plus forte est celle du matériel La carte du tourisme d'irrigation.
Dans une société industrielle, obligeant une part de plus
en plus importante des hommes à vivre dans les villes, la
Corse ne pouvait pas rester longtemps à l'écart des grandes Une grande absente, l'industrie
migrations estivales. Ses atouts sont particulièrement nom
breux pour ceux qui veulent rompre avec le cadre artifiLe renouveau économique, l'intervention massive de ciel de la vie moderne : la mer, la montagne, le soleil, la l'État pour adapter les infrastructures et l'augmentation forêt. de la population se sont traduits par un développement
L'irruption du tourisme est récente. Jusque vers 1960, important du bâtiment, des travaux publics, du commerce
la plus grande partie des vacanciers était constituée par et des services (tableau 7).
les Corses de l'extérieur. Leur accueil dans les villages ne Le secteur du bâtiment et des travaux publics a larg posait pas de problèmes importants. Ensuite le développe
ement été favorisé par l'expansion économique. Les livrai ment du tourisme a été rapide (graphique II); depuis sons de ciment constituent à cet égard un indicateur ins 1978 plus d'un million de touristes viennent chaque année tructif : 58 000 tonnes ont été livrées en 1959, 182 000 tonnes en Corse : dix fois plus qu'il y a vingt ans, une croissance en 1977, soit une progression annuelle de 7 % (France annuelle de 9 % au cours des dix dernières années. La entière : 4 %). Des logements ont été construits pour ac forte croissance du tourisme s'explique surtout par l'aucueillir la population qui venait de l'extérieur et celle qui gmentation des capacités de transports et la mise en place quittait les villages pour les villes ou pour loger les touristes d'une tarification maritime avantageuse avec la continuité (près de 50 000 logements en vingt ans). Les routes ont été territoriale 6. améliorées, des1 bâtiments publics ont été construits, etc.
Le nombre des établissements du bâtiment et des tr
avaux publics est passé de 650 en 1955 à 1 300 en 1966 et
à plus de 3 000 en 1979.
L'augmentation de la population et le développement
6. La continuité territoriale, entrée en application en 1975, du tourisme allaient également avoir un impact sur le
tend à assimiler l'île à une région continentale pour les coûts commerce (63 % d'établissements en plus) et sur les ser
des transports maritimes. Les tarifs ont été alignés sur ceux de vices (le nombre a été multiplié par trois). la SNCF (à l'époque, baisse de 22 % du prix du billet pour
Une grande absente dans ce renouveau économique, les passagers et de 30 à 75 %, selon les périodes, pour les auto
V industrie : un peu moins de 1 000 établissements en 1966, mobiles).
30