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La lecture moins attractive qu'il y a vingt ans - article ; n°1 ; vol.233, pg 63-80

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Economie et statistique - Année 1990 - Volume 233 - Numéro 1 - Pages 63-80
Reading is less Attractive Than it Was Ten Years Ago - There has been a serious drop in reading over the last twenty years. The drop was particularly acute for those individuals who are still within the school system, that is, students at all levels. In 1967 practically all students read at least a book a month, compared to two thirds nowadays. For those who have left the school system, reading has dropped considerably among those who have average diplomas and those who are secondary school graduates. The others do not read much less than their olders did, or about the same: the differences between those who have higher diplomas and those who do not have any have not changed in twenty years.
The democratization of education, the weakening of the importance of parents as an example, the competition of television and other leisure activities do not account for the scope of the phenomenon. Besides, this drop in reading is part of a general pattern in which there is a drop in established cultural habits. Theater and concert hall attendance has followed the same trend.
La lectura: menos atractiva que hace veinte años - La disminución de la práctica de la lectura fue considerable en el transcurso de estos últimos veinte anos. Este fenómeno ha sido particularmente importante para los que se encuentran aún en el sistema escolar: alumnos y estudiantes. Prácticamente todos los estudiantes en 1967 leían por lo menos un libro por mes, mientras que hoy en diá el porcentaje alcanza solo los dos tercios. Con respecta a los que ya egresaron del sistema escolar, la práctica de la lectura disminuyó.mucho para los diplomados medios y para los bachilleres. Los otros leen casi tanto e incluso la misma cantidad que los mayores: la disparidad entre los no diplomados y los diplomados de la ensenanza superior no se modificó en veinte años.
La democratización de la enseñanza, la debil importancia del ejemplo proporcionado por los padres, la competencia de la television o de otras actividades de ocio no llegan a explicar la amplitud del fenómeno. Además, esta disminución de la práctica de la lectura se inscribe en un contexto general de desinterés por las actividades culturales « legitimas ». Por otra parte, en las salas de teatro y de conciertos se registra el mismo fenómeno, con respecto a la frecuentación del publico.
La baisse de la lecture a été importante au cours de ces vingt dernières années. La chute a été particulièrement forte pour ceux qui sont encore dans le système scolaire : les élèves et les étudiants. Pratiquement tous les étudiants de 1967 lisaient au moins un livre par mois, ils ne sont plus que les deux tiers aujourd'hui. Parmi ceux qui ont quitté le système scolaire, la lecture a beaucoup diminué chez les diplômés moyens et les bacheliers. Les autres ne lisent pas beaucoup moins, ou même pas du tout moins
que leurs aînés : l'écart entre les non diplômés et les diplômés du supérieur ne s'est pas modifié en vingt ans. La démocratisation de l'enseignement, l'affaiblissement de l'exemple parental, la concurrence de la télévision ou d'autres activités de loisirs n'expliquent pas l'ampleur du phénomène. D'ailleurs, cette baisse de la lecture s'inscrit dans un contexte général de baisse des pratiques culturelles légitimes. La fréquentation des théâtres et des salles de concert a connu une évolution analogue.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1990
Nombre de lectures 41
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Madame Françoise Dumontier
Monsieur François de Singly
Monsieur Claude Thélot
La lecture moins attractive qu'il y a vingt ans
In: Economie et statistique, N°233, Juin 1990. pp. 63-80.
Citer ce document / Cite this document :
Dumontier Françoise, de Singly François, Thélot Claude. La lecture moins attractive qu'il y a vingt ans. In: Economie et
statistique, N°233, Juin 1990. pp. 63-80.
doi : 10.3406/estat.1990.5466
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1990_num_233_1_5466Abstract
Reading is less Attractive Than it Was Ten Years Ago - There has been a serious drop in reading over
the last twenty years. The drop was particularly acute for those individuals who are still within the school
system, that is, students at all levels. In 1967 practically all students read at least a book a month,
compared to two thirds nowadays. For those who have left the school system, reading has dropped
considerably among those who have average diplomas and those who are secondary school graduates.
The others do not read much less than their olders did, or about the same: the differences between
those who have higher diplomas and those who do not have any have not changed in twenty years.
The democratization of education, the weakening of the importance of parents as an example, the
competition of television and other leisure activities do not account for the scope of the phenomenon.
Besides, this drop in reading is part of a general pattern in which there is a drop in established cultural
habits. Theater and concert hall attendance has followed the same trend.
Resumen
La lectura: menos atractiva que hace veinte años - La disminución de la práctica de la lectura fue
considerable en el transcurso de estos últimos veinte anos. Este fenómeno ha sido particularmente
importante para los que se encuentran aún en el sistema escolar: alumnos y estudiantes.
Prácticamente todos los estudiantes en 1967 leían por lo menos un libro por mes, mientras que hoy en
diá el porcentaje alcanza solo los dos tercios. Con respecta a los que ya egresaron del sistema escolar,
la práctica de la lectura disminuyó.mucho para los diplomados medios y para los bachilleres. Los otros
leen casi tanto e incluso la misma cantidad que los mayores: la disparidad entre los no diplomados y
los diplomados de la ensenanza superior no se modificó en veinte años.
La democratización de la enseñanza, la debil importancia del ejemplo proporcionado por los padres, la
competencia de la television o de otras actividades de ocio no llegan a explicar la amplitud del
fenómeno. Además, esta disminución de la práctica de la lectura se inscribe en un contexto general de
desinterés por las actividades culturales « legitimas ». Por otra parte, en las salas de teatro y de
conciertos se registra el mismo fenómeno, con respecto a la frecuentación del publico.
Résumé
La baisse de la lecture a été importante au cours de ces vingt dernières années. La chute a été
particulièrement forte pour ceux qui sont encore dans le système scolaire : les élèves et les étudiants.
Pratiquement tous les étudiants de 1967 lisaient au moins un livre par mois, ils ne sont plus que les
deux tiers aujourd'hui. Parmi ceux qui ont quitté le système scolaire, la lecture a beaucoup diminué
chez les diplômés moyens et les bacheliers. Les autres ne lisent pas beaucoup moins, ou même pas du
tout moins
que leurs aînés : l'écart entre les non diplômés et les diplômés du supérieur ne s'est pas modifié en
vingt ans. La démocratisation de l'enseignement, l'affaiblissement de l'exemple parental, la concurrence
de la télévision ou d'autres activités de loisirs n'expliquent pas l'ampleur du phénomène. D'ailleurs, cette
baisse de la lecture s'inscrit dans un contexte général de baisse des pratiques culturelles "légitimes". La
fréquentation des théâtres et des salles de concert a connu une évolution analogue.SOCIETE
La lecture moins attractive
qu'il y a vingt ans
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La démocratisation de l'enseignement, l'affaiblissement de l'exemple parental, la
concurrence de la télévision ou d'autres activités de loisirs n'expliquent pas
l'ampleur du phénomène. D'ailleurs, cette baisse de la lecture s'inscrit dans un
contexte général de baisse des pratiques culturelles "légitimes". La fréquentation
des théâtres et des salles de concert a connu une évolution analogue.
Les Français lisent moins aujourd'hui qu'il y a vingt nous sommes plus nombreux qu'il y a vingt ans,
ans. La baisse de la lecture n'est pas systématique une même proportion entraîne un effectif plus
et, quand baisse il y a, elle est d'ampleur très important. Les éditeurs le savent et le voient dans
diverse dans les différents groupes de la société leurs chiffres d'affaires : il y a aujourd'hui (en 1988)
française. Plusieurs interprétations sont avancées beaucoup plus de gros lecteurs en France qu'en
pour expliquer ce phénomène. La baisse de la lec 1967 : 6,2 millions contre 5 millions. De même,
ture résulte-t-elle d'une concurrence accrue avec le la possession de livres - qu'il soient lus ou non -
petit écran ? Est-ce le signe d'une baisse générale a beaucoup augmenté : la moitié des ménages ont
des pratiques "culturelles"? L'enquête Loisirs au moins 50 livres chez eux, contre un petit tiers
effectuée par l'INSEE en 1967 et en 1987-1988 en 1967. L'inscription à une bibliothèque est plus
auprès des personnes âgées de 14 ans et plus, per fréquente aujourd'hui (15 %) qu'hier (9 %). Ainsi
met d'analyser l'évolution du nombre des "lec tous les indices, directs ou indirects, conduisent à
teurs" (qui déclarent lire au moins 1 livre par mois) l'idée que la lecture est au moins aussi importante
et des "gros lecteurs" (au 3 livres par qu'il y a vingt ans.
(encadré p. 64).
* F. Dumontier fait part Cependant, depuis la fin des années soixante, le ie de la Division condi niveau d'études de la population a nettement augtions de vie des ménages La France lit plus menté, et ce mouvement aurait dû se traduire par del'INSEE.F.deSingly mais les Français lisent moins est professeur de socio une croissance du nombre de lecteurs encore plus logie à l'Université de sensible. En particulier, la proportion de lecteurs Rennes 2 et C. Thélot Près d'un tiers des Français déclarent lire au moins ou de gros lecteurs, qui est restée stable, aurait dû fait partie du Secrétariat
Général de VISSEE. un livre par mois ; et un sur sept déclare en lire croître. La stabilité globale de ces deux indicateurs
au moins trois. Ces proportions sont les mêmes qu'il masque une diminution pour la plupart des niveaux Les nombres entre cro y a vingt ans et la proportion de personnes ne lisant de diplôme. Si, à chaque niveau de diplôme, on chets renvoient à la jamais est plus faible aujourd'hui qu'à la fin des lisait autant qu'il y a vingt ans, il devrait y avoir, bibliographie en fin
d'article. années soixante (33 % contre 40 %) [1]. Et comme aujourd'hui, 41 % de lecteurs en France (au lieu
63
ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 233. JUIN 1990 .
.
LA LECTURE : SOURCES ET METHODES
Cette etude est fondée sur deux enquêtes sur les loi La différence /'-/° se décompose alors de trois façons :
sirs menées par l'INSEE en 1967 et en 1987-1988 auprès
d'un échantillon représentatif de la population française
âgée de 14 ans et plus [1,2.3]. IIP/ OJ - ï) + E (Pj - P?) (2)
Dans ces enquêtes, les questions restent très général + E(l? + IJ) (Pj - P?) (3) Z(P? + Pj) OJ -l? es ; elles ne permettent pas de préciser beaucoup le concept de "livre" ; en outre, elles ne sont pas formu
lées de façon identique : Dans chaque décomposition, le premier terme est une
une somme pondérée des différences (IJ-lf), c'est enquête de 1967: Pouvez-vous me dire combien vous l'effet pur de baisse ; le second est une somme pondérlisez de livres en moyenne chaque mois (en tenant ée des différences pj -pf, c'est l'effet structurel. compte de vos lectures de vacances) ?
L 'analogie avec la théorie des indices est évidente : dans 1 • Aucun la décomposition (1), le premier terme est un indice de 2 - Moins d'un livre par mois Laspeyres, dans la décomposition (2), c'est un indice 3 • Un ou deux livres par mois de Paasche et dans la (3), un 4 - 3 à 5 livres par mois de Fischer. Nous avons retenu dans cet article cette der5 - 6 à 10 livres par mois nière décomposition. 6 - Plus de 10 livres par mois
Dans le cas où l'on cherche à décomposer l'effet pur
de la baisse selon qu'il concerne tel ou tel sous-groupe, enquête de 1987-1988 : Au total, combien lisez-vous il suffit de les distinguer ; de livres en moyenne en tenant compte de vos lectures
de vacances, mais sans compter les bandes dessinées ?
nombre de livres (répondre au choix par semaine, mois, * an)
effet pur dû au effet pur dû au
sous-groupe J sous-groupe La proportion de non lecteurs n'appartenant pas
àJ La formulation différente des questions pourrait induire, II est possible de donner des formules (1) et (2) les repréen soi, des réponses différentes. En particulier il est pos
sible que se manifeste un "effet de bord" dans des ind sentations graphiques ci-contre, suggérées par
F. Héran : icateurs comme "au moins 1 livre par mois", "au moins
3 livres par mois", car "exactement 1 (ou 3)" est à la Les lecteurs détenteurs d'un diplôme donné (i) sont
représentés par un rectangle. Chaque rectangle a pour fois important (par attraction du nombre rond) et sus
hauteur un taux de lecteurs (I) et pour largeur le poids ceptible de ne pas appartenir à la même catégorie dans (p) des diplômés de ce niveau dans l'ensemble de la chaque enquête. En revanche, l'indicateur qui mesure
population (tableau) : le produit de ces deux facteurs défila proportion de personnes déclarant ne lire aucun livre nit l'aire du rectangle, proportionnelle au nombre de lecest peu sensible à cet effet de bord. Cet indicateur con
teurs ayant le diplôme (i). firme la stabilité en haut et en bas de la hiérarchie des
diplômes, la hausse de la part de non lecteurs chez les
élèves, chez les étudiants (c'est moins net), les La structure par niveau de diplôme en 1967 et
bacheliers (c'est également moins net) et chez les dipl 1988 ômés moyens ; l'effet de structure est donc particulièr
ement important puisqu'au total la part de non-lecteurs 1967 1988 a diminué dans l'ensemble de la population de 14 ans
ou plus (tableau 1 dans le texte). Sans diplôme 35,6 25,3
CEP 33,7 20,3
CAP. BEP 6,2 13,8 Les enquêtes du Ministère de la culture BEPC 7,0 10,9
Baccalauréat 3,9 7.9 A trois reprises (1973, 1981, 1988), le Ministère de la Diplômes d'études culture a, de son côté, conduit une enquête sur "les pra supérieur 6,1 8,9 tiques culturelles des Français ". Les résultats de la der Etudiants 1.2 2.4 nière ont été publiés au printemps 1990 [4,5]. Les ind 6,3 10,6 Elèves icateurs retenus sont différents de ceux de l'INSEE, et Ensemble 100,0 100.0 il est difficile de les rapprocher étroitement (en particul
ier par niveau de diplôme). Certains résultats importants Champ : personnes de 14 ans ou plus des ménages ordise dégagent néanmoins, comme la forte baisse chez les naires (champ des enquêtes loisirs). jeunes de 15-24 ans. La première colonne est (pP) la seconde (pj1).
Le graphique A superpose les taux de pratique obser
L'estimation d'un effet structurel vés il y a vingt ans (If), et, à structure de diplômes
constante (celle d'il y a vingt ans : pf), les taux
On note 1° la proportion de lecteurs en 1967 et I1 cette actuels (IJ). L'aire délimitée entre les deux profils
représente l'effet de la baisse dans la formule (1). proportion en 1988, et l'évolution qu 'il faut expliquer est
I1-l°. Le graphique B fait une comparaison analogue, mais Le critère structurel à l'aide duquel on veut expliquer en prenant pour critère la structure des diplômes en tout ou partie de l'évolution I1-P a I modalités (i= 1...I), fin de période (p]). L'aire délimitée en pointillés pf et pj sont les proportions de la population ayant la figure dans ce cas le lectorat que l'on aurait observé modalité i (fpf - 1, f p] = 1), si le développement de la lecture s'était contenté de
et dans cette modalité If et IJ sont la proportions des suivre l'évolution structurelle des diplômes. Le
lecteurs à chaque date. volume global des pertes (matérialisé par la surface
comprise entre les deux profils) est l'effet pur de
Par définition I1 = fpjl] et 1° = f pf If baisse figurant dans la formule (2).
64 |
1
de pratique (pourcentage de personnes lisant au moins un livre par mois) Taux
en trait plein, les situations observées et en pointillés, les situations hypothétiques
% tie gens lisant au moins un livre par mois
100 -i
80 -
Taux de pratique en 1967 ~ 60
Taux de pratique en 1987-88 - 40
- 20
Répartition des diplômés en 1967
Etudiants 100 -i
r supérieur Taux de pratique en 1967 80 - au fjèves | © 1 V-£lC. Taux de pratique en 1987-88 60 -
CAP* BIPC
P——«^ 40 A r\ -
CT.P |
20 - sans diplôme
o - i i i
10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Répartition des diplômés en 1 988
On a choisi, dans cet article, une formule de comparai texte) peut se décomposer suivant la formule (3) en ses
son intermédiaire, qui mesure les pertes par référence deux effets :
à une structure de diplômes située exactement à mi-
chemin de la structure initiale et de la structure finale p - fi m -1,1 = -8,2 + 7,1
baisse effet
pure structurel P?
Globalement, la proportion de lecteurs semble pratique
ment stable en 1967 et 1988 car les deux effets se com
pensent. Ce n'est qu'à diplôme donné que l'on peut
Ainsi par exemple, si l'on considère le niveau de diplôme observer l'ampleur de la baisse : l'effet pur de la baisse
comme critère structurel (p), la baisse globale de la pro chez les élèves représente plus de 30 % de l'effet pur
portion de lecteurs, égale à 1,1 point (tableau 1 dans le de baisse total (2,5 sur 8,2).
de 3 1 % observés) et 1 8 % de gros lecteurs (au lieu Le premier résultat, massif, porte sur les jeunes sco
de 14 % observés). Si la pratique de la lecture larisés que le débat sur le niveau scolaire nous a
s'était maintenue, le pays devrait, par exemple, amenés à isoler et à partager selon qu'ils ont le bac
compter 18,3 millions de lecteurs au lieu de 14,5 calauréat (les étudiants) ou non (les élèves). Ils lisent
millions. Pour résumer cet "effet de structure", beaucoup moins que leurs homologues d'il y a vingt
phénomène fréquent dans l'analyse statistique, on ans, même s'il est possible que "les jeunes lisent
peut conclure ainsi : la France lit plus mais les Franplus qu'on ne le dit" [6] : la chute est
çais lisent moins. considérable (tableau 1). Pratiquement tous les étu
diants de 1967 lisaient au moins un livre par mois,
il n'y en a plus que deux tiers aujourd'hui ; et trois
Les élèves et les étudiants, quarts d'entre eux étaient de gros lecteurs contre
un tiers maintenant. Pour les élèves, c'est la même les bacheliers et les diplômés moyens
chose. lisent beaucoup moins que leurs aînés...
Pour ceux qui ont quitté l'école, la baisse de la lec
Aujourd'hui comme il y a vingt ans, le diplôme ture est importante parmi les titulaires d'un diplôme
constitue le facteur principal de la lecture et l'ampli moyen (CAP, BEPC) et les bacheliers. En revan
tude de ses effets, toutes choses égales d'ailleurs, che, les personnes n'ayant aucun diplôme ou le seul
est restée pratiquement identique (annexe p. 77). certificat d'études d'une part, celles qui ont suivi
65 succès des études supérieures au baccalauréat au moins trois. A la fin des années quatre-vingt, avec
d'autre part, ne lisent pas beaucoup moins, ou les proportions sont divisées par deux : respective
ment 45 % et 24 %. même pas du tout moins, que leurs homologues d'il
y a vingt ans : l'écart entre les non diplômés et les
diplômés du supérieur est resté le même. La diminution de la lecture est un peu plus nette
parmi les salariés, employés, ouvriers et cadres, que
Ainsi, contrairement à certaines interprétations, la les non-salariés, paysans, artisans et commerç
lecture n'est pas devenue une pratique moins éli- ants, et cela reflète bien les différences par
diplôme. Enfin, la baisse n'a pas été plus sensible tiste [51. Le caractère de "pratique culturelle lég
itime" de la lecture de livres ne se serait pas beau parmi les femmes actives que parmi les inactives
coup atténué en vingt ans. Le fait majeur est bien et les chômeuses. Le développement de l'activité
la profonde chute parmi les diplômés moyens, les féminine salariée depuis vingt ans n'a pas systéma
bacheliers et les scolaires. Cela est vrai chez les tiquement provoqué une diminution de la lecture :
hommes comme chez les femmes, à Paris comme parmi les femmes moyennement diplômées
(CAP.BEPC), la diminution est du même ordre en province, en début comme en milieu de cycle
de vie, parmi les inactifs parmi les actifs chez les femmes au foyer et les actives occupées.
occupés et dans les divers milieux sociaux.
Les générations du "baby-boom" ...et les hommes encore moins
lisent moins en vieillissant que les femmes
En 1988, quel que soit leur diplôme, les femmes II est probable qu'au cours du cycle de vie, la pra
lisent davantage que les hommes ; en 1967, ceci tique de la lecture suit plus ou moins l'évolution
du temps libre : on lit davantage jeune - moins de n'était vrai qu'à partir du baccalauréat. A tous les
niveaux, la baisse de la pratique en vingt ans a été contraintes et incitation des enseignants -, à
moins forte parmi les femmes. L'écart entre fem mi-vie, avec la présence des enfants et la pleine acti
mes et hommes est donc plus prononcé aujourd'hui, vité professionnelle, puis à nouveau davantage en
surtout parmi les scolaires, les bacheliers et les vieillissant, quand les enfants sont partis et la
diplômés d'études supérieures : 70 % des diplômées retraite arrivée. Ainsi, quel que soit le diplôme, les
hommes et les femmes du "baby-boom" - nés entre d'études supérieures lisent au moins un livre par
1946 et 1953 - lisent moins en 1988, entre 34 et mois (et 37 % au moins trois), contre 55 % (et
25 7o) des hommes du même niveau. 41 ans, qu'en 1967, entre 14 et 21 ans. Parmi les
générations qui les précèdent, l'évolution de même
La baisse de la lecture est, pour pratiquement tous sens s'atténue progressivement pour disparaître
les niveaux de diplôme, plus nette dans l'agglomér parmi ceux qui sont nés avant le milieu des années
ation parisienne qu'en province. L'évolution est vingt.
la plus spectaculaire chez les lycéens et collégiens :
Cependant, tout en étant interprétable dans l'optà la fin des années soixante, 85 % des élèves pari
siens lisaient au moins un livre par mois, et 48 % ique du cycle de vie, la chute de la lecture parmi
Tableau 1
Les élèves et les étudiants lisent beaucoup moins que leurs aînés *
En%
Gros lecteurs Non lecteurs Lecteurs
1967 1988 1967 1988 1967 1988
• Non scolaires (1)
14,2 5,0 5,7 sans diplôme 64,8 60,9 13,8
certificat d'études 40,7 40,6 26,1 22,9 9,2 9,4
16,4 9,5 CAP, BEP 25,1 32,9 40,5 25,6
14,0 18.9 49,8 36,2 19,9 16,8 BEPC, 22,9 Baccalauréat 6,1 9,6 69,7 50,6 33,0
diplôme d'études
30,4 supérieures 8,8 5,3 66,7 62,2 27,5
• Scolaires
étudiants 0 4,3 93,5 65,7 75,4 36,8
19,1 élèves 4,7 12,6 74,2 44,6 32,7
• Ensemble 40,3 32,9 32,5 31,4 13,2 13,9
1 . Dans tout l'article, nous distinguerons 8 niveaux de diplôme : 6 niveaux pour les personnes qui ont quitté le système
scolaire (les non scolaires), 2 niveaux pour les scolaires, selon qu'ils ont le baccalauréat (les étudiants) ou non (les
élèves).
Les non lecteurs sont les personnes qui déclarent ne lire aucun livre, les lecteurs déclarent lire au moins un livre
par mois et les gros lecteurs, au moins trois livres par mois.
* 93,5 % des étudiants déclaraient lire au moins un livre par mois en 1967, ils ne sont plus que 65,7 % en 1988.
66 '
.
les générations du baby-boom est si importante qu'il niveaux de diplôme, là où la baisse de la lecture
faut, sans doute, y voir, en plus, un effet propre a été forte, celle-ci a été beaucoup moins pronon
à ces générations. En 1967, parmi les personnes non cée parmi les personnes inscrites à une bibliothè
diplômées de ces générations (et qui avaient quitté que parmi les autres (2). En ce sens, la multi
l'école) par exemple, 35 % lisaient au moins un plication des bibliothèques a été un frein à la chute
de la lecture à ces niveaux de diplôme. D'ailleurs, livre mêmes" par ne mois sont ; plus ayant que vieilli deux de à trois vingt fois ans, moins "les la proportion de gros lecteurs est, parmi les inscrits
1 . En réalité, on ne suit (13 %) à lire à ce rythme (1), La baisse, très ample, à une bibliothèque, plutôt plus élevée en 1988 qu'en ' ' indivipas les ' 'mêmes n'est pas imputable au seul arrêt de la scolarité. 1967, sauf parmi les scolaires et, à un moindre dus : on compare, dans D'ailleurs, les personnes de moins de 40 ans en degré, les bacheliers. deux enquêtes successiv 1988 lisent moins que leurs aînés, c'est-à-dire que es, Ut situation des per
sonnes nées les mêmes ceux qui avaient moins de 40 ans en 1967.
années. Cette méthode La démocratisation de l'enseignement
de "pseudo-panel" suivi grâce à préce n'a guère d'effet...
Les bibliothèques : sente quelque impréci
sion puisque des entrées un frein à la chute de la lecture Pourquoi lit-on moins ? La première explication peuvent avoir eu lieu
dans les vingt ans (en possible de l'effondrement chez les scolaires tient
particulier l "immigrat à l'ouverture plus grande aujourd'hui des collèges, Aujourd'hui comme il y a vingt ans, plus on a de ion) et des sorties : livres chez soi ou plus on fréquente une bibliothè des lycées, des universités aux enfants de milieux l'émigration, le décès, que, plus on lit (tableau 2). Mais, à chaque niveau sociaux qui autrefois ne poursuivaient pas mais aussi, dans le cas
présent, le fait d 'avoir de diplôme, la baisse de la lecture est sensible, que
passé un diplôme qui fait l'on possède ou non des livres : l'achat de livres, 2. Comment mesurer une évolution à partir de deux taux (exprquitter la catégorie des imés en pourcentage) ? On peut soit faire leur différence (variaet même l'augmentation de ces achats, n'a pas sans diplôme. Pour que tion absolue), soit faire leur rapport (variation relative), soit ralenti la chute de la pratique. Etre inscrit à une la comparaison ait un encore mesurer la "variation logistique", c'est-à-dire la variabibliothèque n'a guère eu d'influence parmi les gens sens, on se limite donc, tion absolue de la quantité log (t/100 • t). S 'agissant de taux, en 1967, à ceux qui peu ou très diplômés, c'est-à-dire parmi ceux dont la variation absolue est assez intuitive et c 'est elle que nous avons avaient déjà quitté la lecture n'a pas diminué. En revanche, aux autres privilégiée. Nos conclusions lui sont en partie liées. l'école.
Tableau 2
L'inscription à une bibliothèque ; un soutien à la lecture*
En %
Lecteurs • Gros lecteurs
1967 1988 1967 1988
Sans diplôme
- inscrit 34,6 41,4 68.1 67,7 - non inscrit 12.6 11,6 4,1 4,2
Certificat d'études
- inscrit 47,6 52,5 79.1 76,5 - non inscrit 23.3 18,2 7.1 5,7
CAP, BEP
- inscrit 34.8 37,3 79.7 70,9 - non inscrit 35.2 21,5 14,0 7,0
BEPC - inscrit 86,7 73,4 40,4 43,4
- non inscrit 43.7 29,0 16,5 11,6
Baccalauréat - inscrit 90,2 80,2 56,1 47,7
- non inscrit 26,4 63,9 41,0 14,8
Diplôme études supérieures - inscrit 91,8 83,3 49,8 51,0
- non inscrit 22,4 60,0 54,0 21,5
Etudiants - inscrit 95,7 79.7 84,5 46.5
- non inscrit 66,4. 91,4 53.6 28,4
Elèves - inscrit 55.4 36,4 82,7 70.1 - non inscrit 70,6 32,1 23.2 10,5
Ensemble - inscrit 49.5 44.2 83,5 75.4 - non inscrit 27,4 23,9 9,6 8,7
* En 1967, parmi ceux qui n 'ont pas de diplôme, 68,1 % des inscrits à une bibliothèque déclarent lire au moins un livre par mois.
67 .
leurs études si longtemps : si, dans l'ensemble, les degré, leur niveau d'études, qui jouent, après le
élèves et les étudiants lisent beaucoup moins qu'au diplôme personnel, le rôle majeur pour opposer
cours des années soixante, n'est-ce pas parce qu'ils gros ou petits lecteurs (annexe p. 77).
sont davantage issus de familles socialement modest
es ? Dans cette perspective, la baisse de la lecture Ainsi, ce n'est pas parce que le système scolaire
serait purement structurelle, liée finalement à la se serait ouvert à des jeunes d'origine modeste que
démocratisation de l'enseignement, les nouveaux la lecture des élèves et des étudiants aurait baissé ;
étudiants n'adoptant pas le modèle de leurs anciens, c'est parce qu'il se serait ouvert à des jeunes issus
souvent plus dotés socialement. de familles où on lit peu. Ce n'est pas indépendant,
mais ce n'est pas exactement la même chose. En
Or, cette explication ne tient pas. D'abord la chute outre, indépendamment de cet effet structurel,
de la lecture touche tous les élèves et tous les étu important ou non, ce qui devient peut-être signifi
diants, quel que soit leur milieu d'origine (t catif c'est l'évolution de l'exemple parental. Les
ableau 3), ce qui est l'indice d'un phénomène génér élèves et étudiants liraient moins parce qu'ils
al, et non d'une évolution exclusivement structu auraient moins que ceux d'hier l'exemple de leurs
relle. Ensuite, les étudiants de milieu modeste ne parents sous les yeux. Ainsi, incitées à lire il y a
lisent pas beaucoup moins que les autres, ni en 1967 vingt "baby-boom" ans par ne leurs donnent parents, pas aujourd'hui les générations le même du ni en 1988 (il y aurait même des raisons pour qu'ils
lisent davantage, précisément pour compenser leur exemple à leurs propres enfants.
handicap). Enfin, la démocratisation de l'enseigne
ment supérieur reste limitée : en 1988, la part des Pour apprécier les effets de la pratique parentale étudiants fils d'ouvriers est plus importante qu'en sur la lecture des jeunes, on a retenu le nombre de 1967, mais la part des étudiants fils de cadres aussi. livres possédés par le ménage. A nouveau l'effet L'effet de démocratisation de l'enseignement sur structurel, conséquence de l'accroissement à l'école la baisse de la lecture est faible, voire très faible. ou à l'université du nombre d'étudiants issus d'une En séparant l'effet de structure (ou de démocratis famille où on possède peu de livres, est faible : là ation) et l'effet pur de la baisse, la quasi-totalité encore, de l'ordre de 2 points sur 28 pour les élèves. de la chute de la lecture des étudiants est imputable
à ce dernier effet : sur une baisse de 28 points, la La baisse de la lecture est, chez les scolaires, au démocratisation n'en explique que 2 (la conclusion moins aussi prononcée quand il y a des livres à la est la même si l'on retient la proportion de gros lec maison - donc quand les parents sont censés lire - teurs). Pour les élèves, l'analyse est identique. que quand il n'y en a pas (tableau 4). L'exemple
parental, à un moment donné, joue un rôle crucial
pour opposer gros et petits lecteurs mais il n'a pas ...l'affaiblissement de empêché une chute de la pratique au cours du temps. l'exemple parental non plus Ainsi 61 % des élèves, enfants de cadres qui pos
sédaient plus de 50 livres, étaient des gros lecteurs
En réalité, le milieu social de la famille n'est pas en 1967 ; ils sont aujourd'hui trois fois moins :
un facteur essentiel qui différencie les gros des petits 21 %, et c'est dans ces conditions les plus favora
lecteurs sauf pour le milieu agricole où on lit peu. bles que la chute est la plus forte. Il est vrai que
Ce sont l'exemple des parents et, à un moindre ces parents cadres, nés pendant le "baby-boom",
Tableau 3
sociale* La chute de la lecture chez les étudiants et les élèves est nette quelle que soit leur origine
En o/o
Lecteurs Gros lecteurs
1967 1988 1967 1988
Etudiants, enfants de :
• artisans, commerçants, industriels 90,0 83,6 - • cadres supérieurs - 93.8 71,0 - moyens - - 74,3 (100,0) - - employés 100.0 50,6 - ouvriers - - 65,4 (100,0)
Elèves, enfants de :
- artisans, commerçants, industriels 78.8 41,7 23,8 12.9 • cadres supérieurs 20,7 88,2 52,3 61,5 - moyens 80.5 49.8 52,6 21,7 - employés 75,3 44.0 25,3 17,3 - ouvriers 70,5 45,7 20,9 18,5
* En 1967, 90 % des étudiants, enfants d'artisans, de commerçants et d'industriels, 93,8 % des étudiants enfants de cadres supé
rieurs déclaraient lire au moins un livre par mois. Ils ne sont plus en 1988, que respectivement 83,6 % et 71 %.
Les chiffres entre parenthèses ne sont pas significatifs.
68 .
Tableau 4 lisent moins que leurs aînés (même s'ils ont, comme
L'exemple parental n'a pas empêché la eux, plus de 50 livres chez eux).
chute de la lecture chez les élèves*
En % Finalement, ce ne sont pas des effets structurels
associés à la démocratisation et à l'origine sociale Lecteurs Gros lecteurs ou culturelle qui expliquent la chute de la lecture,
ni chez les scolaires ni sans doute chez les autres. 1967 1988 1967 1988 Les "héritiers" comme les "parvenus", ceux qui
Nombre de livres ont ou ont eu des exemples sous les yeux comme
possédés par le mé ceux qui n'en ont pas ou pas eus, lisent moins. nage :
• moins de 1 1 livres 47,0 24,6 (3,3) (4.8) - de 1 1 à 50 livres 16,4 65,4 34,0 29,8 Le petit écran - de 51 à 100 81,1 41,5 21,7 17,2
• plus de 100 livres ne concurrence pas le livre 93,3 54,6 53,6 23,3
* L 'estimation de la pratique parentale n 'est qu 'approximative
car on ne sait pas si les parents lisaient aux deux enquêtes que Une seconde explication met en avant la concurnous comparons. On ne le sait que pour celle de 1988. On a rence de l'image. Petit à petit, Gutenberg perdrait donc retenu comme variable significative de la pratique des du terrain. Les gens liraient moins parce qu'ils parents le nombre de livres possédés par le ménage. Cette varia
regarderaient plus la télévision, avec ou sans ble lui est bien corrélée et, d'autre part, est adaptée quand on
étudie les élèves puisque beaucoup vivent encore chez leurs magnétoscope, et aussi, plus récemment, parce parents. qu'ils passeraient du temps à jouer avec un micro
ordinateur ou un minitel. En réalité, la baisse de Les chiffres entre parenthèses ne sont pas significatifs. la lecture de livres ne s'explique pas au premier chef
par l'invasion de l'image. Telle est la conclusion
principale, suffisamment contraire à l'idée reçue
pour être développée.
Tableau 5 D'abord, les gens qui regardent la télévision au En 1988, quel que soit le diplôme, les gros moins trois heures par jour ne lisent pas moins de téléspectateurs ne lisent guère moins que livres, paradoxalement, que ceux qui la regardent les autres* moins d'une heure par jour (tableau 5) : à tous les
En % niveaux de diplôme la proportion de lecteurs ou de
gros lecteurs est voisine chez les gros téléspectaLecteurs Gros lecteurs
teurs et chez les petits (à l'exception des élèves).
Sans diplôme Cette absence de lien à un moment donné, les • moins d'une heure 11,1 années quatre-vingt, était déjà visible il y a vingt • trois heures et plus : 15,6 ans (tableau 6) : en 1967 comme aujourd'hui, les
personnes qui déclaraient regarder la télévision tous Certificat d'études
- moins d'une heure les jours ne lisaient pas moins que les autres (peut- 18,0 • trois heures et plus 24,9 être à l'exception des bacheliers et des diplômés
d'études supérieures). Toutes choses égales d'ailCAP, BEP - leurs, être gros ou petit téléspectateur ne joue pas - moins d'une heure 26,0 • trois heures et plus 23,0 non plus en soi de rôle significatif (sauf peut-être
chez les élèves). BEPC • - moins d'une heure 37,5 Ensuite, toujours à un moment donné, les person- trois heures et plus 36,8
nes fortement équipées en audiovisuel ne lisent pas
Baccalauréat moins que les autres. Et même, à part les bachel• moins d'une heure 49.4 23.8 iers, les mieux équipés (ceux qui ont télévision, - trois heures et plus 51,6 25.8
magnétoscope, minitel, micro-ordinateur) lisent
Etudes supérieures plutôt plus que les autres. - moins d'une heure 63,4 33.7 • trois heures et plus 58,9 27,6 Si on raisonne en temps de lecture, là encore, le
temps consacré à la télévision ne mord guère sur Etudiants - moins d'une heure 69.0 44,9 le temps de lecture d'un livre (les bacheliers font
- trois heures et plus 73,8 45.4 encore exception). En revanche, télévision et lec
ture en général sont antinomiques : le temps pris Elèves
- moins d'une heure par la télévision le serait sur la lecture d'autre chose 50.3 19,4
- trois heures et plus 34,5 17.5 que le livre, soit que l'on protège la lecture du livre,
soit qu'elle soit trop faible pour que la télévision Ensemble • moins d'une heure puisse la réduire. Cette conclusion porte sur des 36.9 18,0
• trois heures et plus 26.0 11.9 moyennes : pour certains, la télévision réduira la
lecture, mais pour d'autres elle pourra même
* En 1 988, parmi les titulaires d 'un certificat d 'études, 24, 9 % l'accroître : les émissions littéraires se traduisent des téléspectateurs qui regardent la télévision trois heures et plus par l'achat, et la lecture éventuelle, de livres; les par jour, déclarent lire au moins un livre par mois, contre 18 % feuilletons suscitent l'édition ou la réédition pour ceux qui la regardent moins d'une heure par jour. Il n 'y
a que parmi les élèves qu 'un effet parait se manifester. d'ouvrages.
69 L'écoute de la télévision a connu une forte progres Les autres loisirs contre la lecture ?
sion, sans se substituer cependant à la lecture de
livres puisque celle-ci a baissé aussi bien parmi les Une autre explication de la baisse de la lecture rési
petits que parmi les gros téléspectateurs. Même en derait dans l'extraordinaire accroissement des loi
se limitant aux bacheliers qui, à deux reprises, ont sirs et leur diversification depuis vingt ans. L'élé
montré une sensibilité à la concurrence entre lec vation du niveau de vie et l'augmentation du temps
ture et télévision, l'effet structurel dû au dévelop libre, la multiplication et la diversification de l'offre
pement de l'écoute télévisuelle est très faible. La de loisirs ou d'équipements, sportifs ou autres,
proportion d'hommes bacheliers de moins de d'autres facteurs comme, par exemple, l'accession
40 ans, une population à peu près homogène, qui à la propriété conjuguée à l'élévation du coût du
lisent plus d'un livre par mois a baissé de 63 % à travail et à la mise sur le marché d'outillages pour
41 % , soit une chute de 22 points. Sur ces 22 points, le bricolage, tout ceci explique la multiplication des
17 sont imputables à la baisse de la lecture au sens activités de loisirs.
propre, et 5 seulement à la croissance de l'écoute
télévisuelle. Qu'ils soient gros téléspectateurs ou Nous faisons plus de sport régulièrement qu'il y a
non, les hommes bacheliers du "baby-boom" lisent vingt ans [9] ; nous allons plus au
beaucoup moins : la proportion de lecteurs est tom cinéma ; nous sortons beaucoup plus le soir ; nous
bée de 45 % à 40 % parmi les gros téléspectateurs, nous rendons plus souvent au restaurant ; nous som
et même davantage les petits (77 % à 44 %). mes davantage invités par des amis ou de la famille ;
nous dansons plus. D'une façon générale, nous Pour les élèves aussi, la télévision a peu joué : la
chute des gros lecteurs (de 33 % à 19 % soit avons développé la plupart de nos loisirs externes
14 points) n'est imputable que pour 2 points au [1,10]. Nous pratiquons aussi plus de loisirs inter
développement de la télévision. nes : nous recevons davantage ; nous écoutons plus
Tableau 6
Les téléspectateurs réguliers ne lisent pas beaucoup moins que les autres, ni en 1967
ni en 1988*
En %
Lecteurs Gros lecteurs
1967 1988 1967 1988
Sans diplôme - - - tous les jours 14,3 13,7 - moins souvent .14,2 14,9
Certificat d'études - - tous les jours 25,3 23,1 ; • moins souvent 27,2 20,9
CAP, BEP - - • tous les jours 41,2 24,9
- moins souvent 39,6 29,1
BEPC - tous les jours 51,3 35,5 : - moins souvent 39,4 48,1
Baccalauréat
• tous les jours 66,0 49,9 32,9 22,1 25,6 - moins souvent 73,2 53,2 33,1
Etudes supérieures
• tous les jours 61,4 60,1 19,9 29,6
- moins souvent 71,1 66,5 34,2 31,9
Etudiants
• tous les jours 93,0 65,2 80,7 32,2
- moins souvent 93,7 66,4 73,1 43,4
Elèves
- tous les jours . 76,8 28,2 41,5 18,3 - moins souvent 71,5 56,4 37,5 22,1
Ensemble
- tous les jours 31,7 29,4 11,4 12,7 • moins souvent 33,3 40,9 15,1 19,5
* En 1967, parmi les sans diplôme, 14,3 % de ceux qui regardent la télévision tous les jours lisent au moins un livre par mois,
et 14,2 de ceux qui la regardent moins souvent. Les bacheliers et les diplômés d'études supérieures font exception en 1967.
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