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La productivité en France de 1970 à 1989 : une approche sectorielle - article ; n°1 ; vol.237, pg 69-86

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Economie et statistique - Année 1990 - Volume 237 - Numéro 1 - Pages 69-86
La productivité de l'économie dans son ensemble résulte de l'agrégation des niveaux de productivité de chaque secteur. Or ces niveaux sectoriels sont très disparates. Ils dépendent non seulement de la combinaison productive utilisée (intensité capitalistique), mais aussi de la qualité des facteurs (qualification des travailleurs, technologie et ancienneté du capital) et de leur degré d'utilisation.
Ces vingt dernières années, les disparités sectorielles de productivité se sont dans l'ensemble maintenues, voire accentuées dans l'industrie. Dès lors, la réallocation des facteurs vers des secteurs plus ou moins productifs modifie l'évolution de la productivité macroéconomique. Quelle part attribuer à cet effet mobilité ? Dans l'industrie manufacturière, celui-ci reste faible pour la productivité du travail, malgré une profonde recomposition de l'appareil productif. Dans l'ensemble des branches, au contraire, il a été largement positif et s'est même renforcé pour le capital, alors qu'il s'est réduit pour le travail. Cet effet mobilité est surtout imputable au déclin des effectifs agricoles et aux progrès des services financiers dont la valeur ajoutée par tête est très forte.
Plus exposées à la concurrence internationale, les branches industrielles ont contribué plus que les branches du tertiaire non financier à la croissance de la productivité nationale, pesant sur l'emploi (notamment le moins qualifié), dans un contexte de croissance ralentie. Mais, de plus en plus de branches tertiaires sont, à leur tour, confrontées à la concurrence internationale et au progrès technologique. Dans un contexte de croissance ralentie ou incertaine, il y a là un véritable défi pour l'emploi.
French Productivity from 1970 to 1989: a Sectorial Analysis - The productivity of economy as a whole is the result of the aggregation of the productivity levels in each sector. These sectorial levels are very different. They not only depend on the productive balance used (that is, the capital intensity), but also on the quantity and quality of the factors of production (that is, the qualification of workers, the technology and the age of the capital).
Over the last twenty years, sectorial differences in productivity were, in general, unchanged, and, in industry, sometimes even increased. Hence, the reallocation of the factors of production towards more or less productive sectors changed the trends of macroeconomic productivity. What share must be allotted to the results of this mobility? In the manufacturing industry, mobility still had little effect on labour productivity despite a profound rearrangement of the productive machinery. In most fields, however, the results of mobility were largely positive, strengthened for capital and weakened for labor. The consequence of this mobility was mainly due to the decline of the number of people employed in agriculture and the advancement of financial services whose added value per person is very high.
More exposed to international competition, industrial fields of activity contributed more than the tertiary sector - not including the financial fields - to the growth of national productivity, exerting pressure on employment (particularly, the lower skilled jobs) in an environment of slackening growth. But more and more tertiary fields of activity now have to face international competition and technological progress in an environment of slackening or uncertain growth: this constitutes a real challenge for employment.
La productividad en Francia de 1970 a 1989: un enfoque sectorial - La productividad de la economía en su conjunto resulta del total de los nivelés de productividad de cada sector. Ahora bien, esos niveles sectoriales son muy contrastados. Dependen no sólamente de la combinación productiva utilizada (intensidad de capital) sino también de la calidad de los factores (calificación de los trabajadores, tecnología y antiguedad del capital) y además, su grado de utilización.
En estos últimos veinte años, las disparidades sectoriales de productividad se mantuvieron en su conjunto e incluso se acentuaron en la industria. Desde entonces, la nueva asignación de factores hacia sectores más o menos productivos modifica la evolución de la productividad macroeconómica. ¿ Que parte debe atribuirsele a este efecto « movilidad »? En el seno de la industria manufacturera este sigue siendo debil para la productividad del trabajo, a pesar de una profunda recomposición del aparato productivo. En el conjunto de los sectores ha sido, por el contrario, ampliamente positivo y se reforzó para el capital, habiéndose reducido para el trabajo. Este efecto « movilidad » se imputa, sobre todo, al declive de los efectivos agricolas y a los progresos de los servicios financieros cuyo valor agregado per capita es muy fuerte.
Más expuestas a la competencia internacional, las ramas industriales contribuyeron más que las ramas del sector terciario no financiero al crecimiento de la productividad nacional, ejerciendo un peso sobre el empleo (sobre todo el menos calificado) en un contexto de crecimiento ralentizado. Pero un número cada vez mayor de ramas terciarias se encuentran a su vez confrontadas a la competencia internacional y al progreso tecnológico en un contexto de crecimiento aminorado o incierto. Ahí surge un verdadero desafio para el empleo.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1990
Nombre de lectures 69
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Madame Sylvie Mabile
La productivité en France de 1970 à 1989 : une approche
sectorielle
In: Economie et statistique, N°237-238, Novembre-Décembre 1990. pp. 69-86.
Citer ce document / Cite this document :
Mabile Sylvie. La productivité en France de 1970 à 1989 : une approche sectorielle. In: Economie et statistique, N°237-238,
Novembre-Décembre 1990. pp. 69-86.
doi : 10.3406/estat.1990.5502
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1990_num_237_1_5502Résumé
La productivité de l'économie dans son ensemble résulte de l'agrégation des niveaux de productivité de
chaque secteur. Or ces niveaux sectoriels sont très disparates. Ils dépendent non seulement de la
combinaison productive utilisée (intensité capitalistique), mais aussi de la qualité des facteurs
(qualification des travailleurs, technologie et ancienneté du capital) et de leur degré d'utilisation.
Ces vingt dernières années, les disparités sectorielles de productivité se sont dans l'ensemble
maintenues, voire accentuées dans l'industrie. Dès lors, la réallocation des facteurs vers des secteurs
plus ou moins productifs modifie l'évolution de la productivité macroéconomique. Quelle part attribuer à
cet effet "mobilité" ? Dans l'industrie manufacturière, celui-ci reste faible pour la productivité du travail,
malgré une profonde recomposition de l'appareil productif. Dans l'ensemble des branches, au contraire,
il a été largement positif et s'est même renforcé pour le capital, alors qu'il s'est réduit pour le travail. Cet
effet "mobilité" est surtout imputable au déclin des effectifs agricoles et aux progrès des services
financiers dont la valeur ajoutée par tête est très forte.
Plus exposées à la concurrence internationale, les branches industrielles ont contribué plus que les
branches du tertiaire non financier à la croissance de la productivité nationale, pesant sur l'emploi
(notamment le moins qualifié), dans un contexte de croissance ralentie. Mais, de plus en plus de
branches tertiaires sont, à leur tour, confrontées à la concurrence internationale et au progrès
technologique. Dans un contexte de croissance ralentie ou incertaine, il y a là un véritable défi pour
l'emploi.
Abstract
French Productivity from 1970 to 1989: a Sectorial Analysis - The productivity of economy as a whole is
the result of the aggregation of the productivity levels in each sector. These sectorial levels are very
different. They not only depend on the productive balance used (that is, the capital intensity), but also
on the quantity and quality of the factors of production (that is, the qualification of workers, the
technology and the age of the capital).
Over the last twenty years, sectorial differences in productivity were, in general, unchanged, and, in
industry, sometimes even increased. Hence, the reallocation of the factors of production towards more
or less productive sectors changed the trends of macroeconomic productivity. What share must be
allotted to the results of this mobility? In the manufacturing industry, mobility still had little effect on
labour productivity despite a profound rearrangement of the productive machinery. In most fields,
however, the results of mobility were largely positive, strengthened for capital and weakened for labor.
The consequence of this was mainly due to the decline of the number of people employed in
agriculture and the advancement of financial services whose added value per person is very high.
More exposed to international competition, industrial fields of activity contributed more than the tertiary
sector - not including the financial fields - to the growth of national productivity, exerting pressure on
employment (particularly, the lower skilled jobs) in an environment of slackening growth. But more and
more tertiary fields of activity now have to face international competition and technological progress in
an environment of slackening or uncertain growth: this constitutes a real challenge for employment.
Resumen
La productividad en Francia de 1970 a 1989: un enfoque sectorial - La productividad de la economía en
su conjunto resulta del total de los nivelés de productividad de cada sector. Ahora bien, esos niveles
sectoriales son muy contrastados. Dependen no sólamente de la combinación productiva utilizada
(intensidad de capital) sino también de la calidad de los factores (calificación de los trabajadores,
tecnología y antiguedad del capital) y además, su grado de utilización.
En estos últimos veinte años, las disparidades sectoriales de productividad se mantuvieron en su
conjunto e incluso se acentuaron en la industria. Desde entonces, la nueva asignación de factores
hacia sectores más o menos productivos modifica la evolución de la macroeconómica. ¿
Que parte debe atribuirsele a este efecto « movilidad »? En el seno de la industria manufacturera este
sigue siendo debil para la productividad del trabajo, a pesar de una profunda recomposición del aparato
productivo. En el conjunto de los sectores ha sido, por el contrario, ampliamente positivo y se reforzó
para el capital, habiéndose reducido para el trabajo. Este efecto « movilidad » se imputa, sobre todo, al
declive de los efectivos agricolas y a los progresos de los servicios financieros cuyo valor agregado percapita es muy fuerte.
Más expuestas a la competencia internacional, las ramas industriales contribuyeron más que las ramas
del sector terciario no financiero al crecimiento de la productividad nacional, ejerciendo un peso sobre
el empleo (sobre todo el menos calificado) en un contexto de crecimiento ralentizado. Pero un número
cada vez mayor de ramas terciarias se encuentran a su vez confrontadas a la competencia
internacional y al progreso tecnológico en un contexto de crecimiento aminorado o incierto. Ahí surge
un verdadero desafio para el empleo.PRODUCTIVITÉ
La productivité en France
de 1970 à 1989 :
une approche sectorielle
Sylvie Mabile* disparates. niveaux La (intensité productivité de capitalistique), productivité Ils dépendent de V économie de mais non chaque seulement dans aussi secteur. son de la ensemble de qualité Or la combinaison ces des résulte niveaux facteurs de sectoriels productive I 'agrégation (qualification sont utilisée des très des
travailleurs, technologie et ancienneté du capital) et de leur degré d'utilisation.
Ces vingt dernières années, les disparités sectorielles de productivité se sont dans
V ensemble maintenues, voire accentuées dans Vindustrie. Dès lors, la réallocation
des facteurs vers des secteurs plus ou moins productifs modifie révolution de la
productivité macroéconomique. Quelle part attribuer à cet effet "mobilité" ?
Dans Vindustrie manufacturière, celui-ci reste faible pour la productivité du
travail, malgré une profonde recomposition de V appareil productif . Dans
V ensemble des branches, au contraire, il a été largement positif et s'est même
renforcé pour le capital, alors qu'il s'est réduit pour le travail. Cet effet
"mobilité" est surtout imputable au déclin des effectifs agricoles et aux progrès
des services financiers dont la valeur ajoutée par tête est très forte.
Plus exposées à la concurrence internationale, les branches industrielles ont
contribué plus que les branches du tertiaire non financier à la croissance de la
productivité nationale, pesant sur remploi (notamment le moins qualifié), dans
un contexte de croissance ralentie. Mais de plus en plus de branches tertiaires
sont, à leur tour, confrontées à la concurrence internationale et au progrès
technologique. Dans un contexte de croissance ralentie ou incertaine, il y a là
un véritable défi pour l'emploi.
En France, comme dans de nombreux autres pays part, des biais résultent de l'agrégation des bran* Au moment de la
de l'OCDE, le ralentissement de la productivité ches d'activités où les niveaux et les rythmes de prorédaction de cet article,
Sylvie Mabile faisait totale des facteurs, particulièrement prononcé à part ductivité sont sensiblement différents ; d'autre part,
partie de la division des ir du début des années soixante-dix, ne semble pas comme le capital et le travail ne s'ajustent pas inétudes économiques de encore significativement inversé (voir [16] et l'arti stantanément aux variations de la production, les l'Insee. cle de M. Fleurbaey et P. Joly dans ce numér évolutions heurtées de la production à court terme
Les nombres entre cro o). affectent la productivité. Pour atténuer ces biais,
chets renvoient à la l'approche suivie sera à la fois sectorielle et sur lonbibliographie en fin Les difficultés théoriques et pratiques inhérentes à gue période (de 1970 à 1989). d'article. la mesure de la productivité sont nombreuses,
comme en attestent les travaux de Denison, Grili- Quels furent respectivement les impacts de la mobil
ches et Jorgenson [20] ou de Hansson ité des facteurs de production et des croissances
[17]. Deux mécanismes peuvent ainsi fausser ce dia de productivité au sein de chaque branche sur la
croissance de la productivité de l'économie consi- gnostic sur l'évolution de la productivité : d'une
69
ECONOMIE ET STATISTIQUE N° 237-238. NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1990 dérée globalement ? En d'autres termes, en quoi
Les disparités sectorielles le déplacement des facteurs de production (travail
et capital) vers des secteurs d'activité plus ou moins de productivité en 1989
productifs est- il responsable du ralentissement de
la productivité au niveau macro-économique ? Y-
a-t-il des logiques sectorielles différenciées de la
En moyenne, de 1985 à 1989, une personne tracroissance de la productivité ?
vaillant dans une banque a produit une valeur ajou
tée horaire qui est 3,7 fois plus importante qu'une Répondre à ces questions implique en premier lieu
de dresser l'état des disparités sectorielles de pro autre travaillant dans l'hôtellerie-restauration
ductivité du travail : quels sont les secteurs les plus (tableau 1). Plus encore, entre les valeurs ajoutées
dégagées par une heure de travail d'un "pétrolier" productifs, et pourquoi ? Les écarts de producti
et celle d'un agriculteur, ce rapport atteint presque vité entre secteurs se sont-ils affaiblis durant ces
14. Mais, restreint à la seule industrie manufactu- vingt dernières années ou au contraire renforcés ?
Tableau 1
Disparités sectorielles liées à la productivité du travail
Valeurs moyennes - période 1985-1989
Productivité Capital par tête Valeur ajoutée Taux du capital (en m: ers de francs 1980) Pourcentage Progrès d'intematio- horaire re'at ve Salaires sur matériel de salaries technique (ensemble = nal.sation (va'eur Branches valeur a,outée ayant BAC+ incorporé au 135,2 francs ajoutée (1987) (1985-1989) Matériel . Total capital (3) (1) en francs 1980) (2)
1980)
T05 Pétrole 6.24 980 3 033 47,6 0,37 0,18 0,87 . 32,4 0,04 0,32 T06 Electricité 3,53 973 4 354 0,49
T37 Banques (4) 2,13 80 323 45,8 0,05 0,44 3,61 0,06 . T08 Métaux non ferreux 2,09 929 1 467 20,0 0,70 0,44 0,30
27,0 0,79 0,53 0,48 0,07 T1 1 Chimie de base 1,73 476 806
T12 Parachimie 1,66 190 335 33.5 0,42 0,68 1,17 0,30
29,4 0,02 T32 Télécommunications 1,55 345 703 0,51 0,59 0,08
T15B Biens d'équipement
ménager 1,28 191 263 33,0 0,72 0,78 0,89 0,21
T09 Matériaux de
construction 1,26 413 571 10,2 0,23 0,58 0,43 0,12
386 9,5 0,56 0,65 0,61 0,17 T10 Verre 1,21 269
T15A Matériel électrique et
électronique professionnel 33,0 0,58 0,71 0,85 0,19 1,21 192 263 - T02 Viande-lait 1,19 249 427 11,1 0,22 0,59 0,67
9,9 0,44 0,66 0,45 0,11 T21 Papier-carton 1,14 351 431
T07 Sidérurgie 1,11 604 1 456 14,4 0.60 0,72 0,24 0,12
954 17,4 0.22 0,66 0,41 0,03 T31 Transports 1,06 380
T33 Services aux entreprises 1,02 129 205 40.9 0,19 0,61 1.14 0,01
0,60 0,74 0,87 0.09 T14 Construction mécanique 1,01 164 228 19,8
T03 Autres IAA 249 434 11,0 0,31 0,52 0,62 0,03 1,01
T17 navale et
29,4 0,64 0,95 0,77 0,32 aéronautique-Armement 1,01 175 360
T36 Assurances 0,97 23 172 37,4 0,08 0.51 5,80 0,03
0,04 T34 Services aux particuliers 0.96 101 187 32,9 0,00 0.36 1,40
T22 Presse-édition 176 261 27,0 0,13 0,71 0,73 0,08 0,93
T23 Caoutchouc-plastiques 206 280 14,4 0,47 0,70 0.62 0,17
12,0 0,64 0,71 0,56 0,06 T16 Automobile 0,93 225 336
T25-8 Commerces 0,90 84 189 18.5 0,00 0.51 1,52 (0,001) T13 Fonderie 0.86 190 265 12,8 0.22 0,72 0,63 0,04 . . . - . T38 Services non marchands 41,3 0,00 0,81
T24 Bâtiment, génie civil et
0,00 1,28 0,03 agricole 0,78 97 187 8,8 0,65
T1 8 Textile 0,77 149 226 9,7 0,51 0,69 0,71 0,15
0,74 T20 Bois-meubles 0,70 139 221 11,1 0,41 0,70 0,26
T29 Réparation et commerce
0,04 automobile 0.66 101 181 9,8 0,00 0,51 1,12
T19 Cuir chaussures 0,64 90 207 7,0 0,65 0,74 1,00 0,03
T30 Hôtels-cafés-restaurants 0.57 79 239 11,9 0,00 0,52 1,12 0,02
T04 Charbon 0.53 215 942 0,35 0,36 6,3 (2,3) T01 Agriculture 0,45 9,3 0,28 0,16
1 . Source : enquête Emploi - Mars 1987.
l'exportation (E = 2. Combinaison de l'effort à exportations/production) et du taux de pénétration (P =
<1 - E)P. importations/marché intérieur), soit E + | 3. Estimations modèle Propage - Années 1968-1983 ; c'est le paramètre e de l'encadré p. 74.
4. La branche location immobilière, sans effectifs en Comptabilité Nationale, ne figure pas ici. Le regroupement de
sa valeur ajoutée avec les autres services financiers porte la valeur ajoutée horaire relative de l'ensemble à 5 environ.
70 l'éventail des valeurs ajoutées horaires, sibles dans les dernières années, cette branche n'a rière,
mesuré à partir de la nomenclature d'activité en 40 pas encore rattrapé la position moyenne qu'elle
branches, n'est que de 3,3, avec aux deux extrê occupait au sein de l'industrie avant le premier choc
mes les "métaux non ferreux" et le "cuir- pétrolier, en termes de valeur ajoutée horaire. Elle
chaussure". "modèles" occupe une précédents, position intermédiaire comportant entre à la les fois deux des
entreprises très capitalistiques et automatisées, et
des petits sous-traitants, entreprises flexibles de Plus de capital augmente main-d'oeuvre. Intensité capitalistique et product
la productivité du travail... ivité du travail y sont moyennes.
Pour l'entreprise, le choix d'une combinaison tech
nique riche en capital élève la productivité de ses ...mais l'intensité capitalistique
travailleurs (toutes choses égales par ailleurs). n'explique pas tous les écarts sectoriels Ainsi, il existe une relation positive entre la valeur de productivité du travail ajoutée horaire et l'intensité capitalistique, c'est-à-
dire le rapport entre le capital et le travail mis en On ne saurait réduire l'efficacité de la combinaioeuvre dans le processus de production. Dès lors, son productive à la simple donnée de l'intensité les écarts sectoriels de productivité du travail capitalistique. Si cela était, le classement des secs'expliquent, entre autres, par des différences dans teurs par productivité du travail décroissante serait l'intensité capitalistique. identique au classement par intensité capitalistique
décroissante et à celui par productivité du capital En effet, les disparités du capital (matériel ou total) croissante. mobilisé par emploi pour le processus de product
ion sont encore plus importantes que les dispari Ainsi, le graphique I qui positionne les branches tés de productivité horaire du travail (tableau 1). en fonction de leur productivité du travail et de leur
productivité du capital, devrait montrer une répartGlobalement, les industries lourdes des biens inte ition des branches selon une droite de pente négatrmédiaires, l'électricité et le pétrole mobilisent un ive, allant des moins capitalistiques, relevant du capital important et se trouvent parmi les branches modèle flexible, aux industries les plus lourdes, plus à forte productivité apparente du travail (métaux proches du modèle d'automation (biens intermédiairnon ferreux, chimie de base, matériaux de cons es). Sous certaines conditions (1), la pente de cette truction, verre, papier-carton, et même sidérurgie droite doit dépendre du paramètre a caractérisant dans les toutes dernières années). Ces branches, le rôle du capital dans la production. Ce coefficient selon la typologie de R. Salais [23 J, ont générale correspond à l'élasticité entre productivité du trament un comportement "d'automation" : product vail et intensité capitalistique ; il vaut +0,4 en 1989. ion de longues séries sur des marchés prévisibles, Mais les différentes branches ne sont pas alignées économies d'échelle, priorité à la productivité du sur cette droite. De plus, la position des branches travail par substitution élevée du capital au travail. relativement à la droite de référence est stable pour Les entreprises cherchent alors à maximiser le taux les deux tiers d'entre elles de 1970 à 1989. Parmi d'utilisation de leurs équipements, parfois au détr les exceptions, la branche des biens d'équipement iment de la rentabilité de court terme (ajustements ménager se distingue par un accroissement de ses par les stocks); la productivité du capital y est par productivités du travail et du capital nettement plus ailleurs assez faible. rapide que les autres branches. La disparité des
niveaux de productivités s'expliquerait donc par des A l'opposé, des branches tertiaires comme facteurs plutôt d'ordre structurels : d'une part, la l'hôtellerie-restauration, la réparation-commerce combinaison technique des facteurs et les dispariautomobile, les services aux particuliers, ou des tés dans le coefficient de capital mais qui sont insufbranches industrielles comme la plupart des biens fisantes pour expliquer l'éloignement des branches de consommation (hors parachimie-pharmacie), la à la droite ; d'autre part, la qualité même de ces fonderie et le bâtiment associent une moindre inten facteurs : qualification des travailleurs, technolosité capitalistique à une plus faible valeur ajoutée gie et ancienneté du capital ou degré d'utilisation horaire. Dans la typologie de R. Salais, on peut des facteurs. associer la plupart des firmes concernées au modèle
de "flexibilité". Caractérisées par un capital plus
efficace, mais moins de productivité du travail et La qualification du travail
de substitution des facteurs que dans le cas de
La des travailleurs, ou leur niveau de 1 "automation", les entreprises de ces branches doi
formation, est donc le deuxième élément important vent faire face à une demande changeante dans la
permettant d'expliquer les disparités sectorielles de qualité des produits ou à un marché plus incertain
valeur ajoutée. (l'habillement en est un exemple). Elles doivent
alors réaliser des investissements spécifiques amél
La qualification n'est pas indépendante de la techiorant la qualité et exigeant des travailleurs plus nologie utilisée puisque les investissements d'auto- polyvalents.
1 . La droite du graphique I est construite sous l 'hypothèse d 'une Dans cette typologie, l'automobile est un cas par fonction de production Cobb-Douglas unique à rendement
ticulier. Malgré des efforts de productivité très d'échelle unitaire : Q = A KaN'-a .
71 Graphique I
Productivité par tête et productivité du capital en 1989*
Productivité du capital
+ 75% T258
\ f24
h 50 % 134 T12 133 \
T29
+ 25% T15B T3Ô T19
\ ^ T15A T05 M T02
T32 T2Ô fi8 T13__ T23 — "T16 1 fïïï
f 03 \ - 25 %
\
T06 T11 - so % - T0"9 \
T31
\ T2l % de BAC + : X : > 35%
25 à 35 %
X : 20 à 25 % xtll \ \ \ T08 1 0 à 1 5% — -,00% T07 x < 10%
- 50 % - 25 % + 25 % + 50 % + 75 % +115 % Productivité du travail
* Les points représentatifs des branches sont placés en fonction du logarithme de la valeur ajoutée par tête (axe horizontal) et
du logarithme de la valeur ajoutée par unité de capital matériel en 1989 (volumes - base 1980).
Plus les branches sont situées en haut et à gauche, plus l'intensité capitalistique est faible, et donc la productivité du travail est
relativement moins élevée que celle du capital.
L'agriculture et les services non marchands sont exclus de l'analyse, le capital matériel n'étant pas disponible en Comptabilité
Nationale pour ces deux branches.
Les services financiers ne sont pas représentés, car la productivité du capital matériel est trop élevée (branches à très faible inten
sité capitalistique).
La droite représente une fonction de Cobb-Douglas passant par le point médian du graphique, avec un coefficient de capital de
0,4 (complément à 1 de moyenne de la part des salaires dans la valeur ajoutée des branches secondaires et tertiaires non financièr
es).
Qo=AeytKaoL l-a Log(^l) = (1-lla) Log + C, = -1,5 Log (^1 + C
Ln
Dans l 'ensemble, les branches à personnel très qualifié (plus de 20 % des emplois occupés par des personnes ayant un niveau
supérieur ou égal au baccalauréat) ont une productivité supérieure, et sont situées au-dessus et à droite de cette fonction de product
ion médiane.
A l 'opposé, les branches qui emploient moins de 15 % de bacheliers ont une productivité inférieure (l 'exception du bâtiment s 'expl
ique notamment par une activité particulièrement élevée du travail non salarié).
matisation ont pour principal effet de remplacer des de valeur ajoutée horaire, sans être très fortement
ouvriers non qualifiés par une main-d'oeuvre moins capitalistiques.
nombreuse, mais mieux formée. Ainsi, les firmes
de haute technologie utilisent un capital performant Le niveau de formation des travailleurs est repré
et une main-d'oeuvre à haute qualification. Par senté par le pourcentage d'emplois occupés par des
exemple, dans la parachimie-pharmacie et la cons bacheliers (graphique I). A quelques exceptions près
truction électrique et électronique, un salarié sur (5 branches sur 3 1 , ou 33 avec les banques et assu
trois a au moins le baccalauréat (contre un sur dix rances), la droite représentative de la fonction de
dans les matériaux de construction) (tableau 1). Ces production médiane partitionne l'ensemble des
branches figurent parmi les meilleures, en termes branches en deux groupes : celles qui utilisent moins
72 de 15 % de bacheliers, au-dessous et à gauche, et rélé positivement avec les taux d'utilisation des fac
teurs [4]. celles qui en emploient plus de 20 %.
En moyenne, les marges de capacité de production
(avec embauche) de l'industrie manufacturière sont Age du capital et progrès technique de l'ordre de 15 à 20 % (18 % sur la période
Comme pour l'accroissement des qualifications 1985-1989). Ces indicateurs fournissent une infor
mation qualitative intéressante sur l'utilisation des chez les travailleurs, le capital est porteur de gains
de productivité augmentant l'efficacité globale de facteurs de production et l'écart entre production
la combinaison productive. Ces gains de productiv effective et potentielle à pleine utilisa
tion du capital, ainsi que sur les disparités sectorité peuvent provenir de la meilleure utilisation des
équipements en place ; une autre part provient des ielles. Les marges sont moins importantes dans les
innovations introduites dans les nouveaux équipe secteurs industriels plus capital istiques, où la taille
ments installés. Dans la mesure où une partie du des entreprises est plus élevée [5]). Si bien que les
disparités de productivités "potentielles" seraient progrès technique est incorporée aux équipements,
tout rajeunissement (vieillissement) du capital plus réduites que les productivités apparentes.
accroît (réduit) les gains de productivité. Le "pro
grès technique incorporé au capital", estimé au Cependant, les niveaux absolus de ces indicateurs
niveau sectoriel dans le cadre du modèle PROPAGE sont assez fragiles, et compte tenu des informations
[19], permet de déduire la conséquence d'un viei disponibles, seules les branches industrielles pour
llissement ou rajeunissement du capital sur la pro raient être "corrigées".
ductivité (encadré p. 74). Ainsi, le progrès techni
que incorporé au capital est, en général, plus fai
ble dans les branches tertiaires que dans l'indust
rie, la principale exception étant la branche des
télécommunications.
L'impact des chroniques d'investissement passées L'évolution des disparités sectorielles
sur la productivité à venir peut être chiffré en util de productivité depuis vingt ans isant les données de comptabilité nationale disponi
bles (voir l'article de G. Cette, M. Fleurbaey et D.
Szpiro dans ce numéro). Cet impact est d'autant Au cours des deux dernières décennies, la croisplus fort que le produit du progrès technique incor sance de la valeur ajoutée de 2,7 % par an est poré au capital par le coefficient de capital est accompagnée de gains de productivité horaire de important (encadré p.74). Par exemple, un retard 3,3 % . Compte tenu de la réduction de la durée du d'investissement contribuant à vieillir l'âge du capi travail, l'emploi a augmenté, en moyenne, de 0,2 % tal de 0, 1 an contribuerait à ralentir l'efficacité pro l'an, rythme cependant très variable au cours de ductive et donc la production potentielle de 0,5 % cette période. dans le caoutchouc-matières plastiques et de 0, 1 %
dans l'automobile. Cette croissance a été accompagnée de profondes
mutations de la structure productive, avec pour cor- En règle générale, les branches à forte valeur ajou rollaire des trajectoires de productivité très diverstée par tête sont également des branches où l'impact ifiées selon les secteurs. Globalement, plus de prode l'âge du capital sur la productivité est le plus ductivité et moins d'emploi dans l'agriculture, important (parachimie-pharmacie, construction l'énergie et l'industrie manufacturière ; moins de électrique et électronique, verre, matériaux de cons productivité et plus d'emploi dans les branches tertruction pour l'industrie, télécommunications pour tiaires (le bâtiment et les industries agrole tertiaire). alimentaires cumulant une moindre croissance de
productivité et d'emploi).
Travail posté
Agriculture et services non marchands : et marges de capacité de production
deux évolutions de long terme opposées
Après les ordonnances de 1982 réduisant la durée
légale du travail à 39 heures par semaine et insti Le cas de l'agriculture est très particulier : de façon
tuant la cinquième semaine de congés payés, les dis régulière, cette activité perd la moitié de ses effect
parités de productivité sectorielle horaires ou par ifs en 20 ans (l'agriculture occupe 13,3 % de
2. A l'exception de bran tête sont assez similaires, les durées du travail étant l'emploi total en 1970, 6,4 % en 1989). Parallèle
ches à fort pourcentage plus homogènes que précédemment (tableau 1) (2). ment, la valeur ajoutée agricole a progressé en Je non-salariés. Par volume de 33 %. C'est dire que les gains de proexemple, pour l 'agricul Contrairement à la durée du travail, le recours au ductivité réalisés dans cette branche sont tout à fait ture, le rapport de
valeur ajoutée par tête travail posté apparaît comme une importante varia spectaculaires : près de 5 % par an ! La productivreprésente 70 % du ble d'ajustement structurel des capacités de product ité par tête relative est ainsi passée de 0,4 à 0,7 : niveau moyen, au lieu de ion. Ce recours au travail posté correspond à une ce mouvement structurel de long terme favorise la 45 % du fait de la forte économie de capital fixe et est plus fréquemment réduction des disparités sectorielles de productivité suractivité des agricult
eurs. utilisé dans les grandes entreprises [1]. Il est cor- au sein de l'économie tout entière.
73 INFLUENCE DES INVESTISSEMENTS PASSÉS SUR LA PRODUCTIVITÉ POTENTIELLE DES FACTEURS
Les services du capital fixe sont influencés par la chro où Qt est la production potentielle, Nt les effectifs de
nique des investissements passés : les jeunes générat pleine capacité, DHCt et DHTt les durées d'utilisation
technique" ions de capital sont plus efficientes grâce au "progrès du capital et du travail, on peut analyser les conséquen
(e) qu 'elles incorporent. Des études sur don ces des variations, sur la production potentielle, de l'âge
du capital au niveau sectoriel. nées individuelles [6] laissent penser que "le principal
facteur de croissance réside dans les gains de product
Un vieillissement du capital matériel de 1 an se traduit ivité globale, et surtout du progrès technique incorporé
aux équipements". Il ne semble pas qu'il y ait de fl par une baisse a = ae de productivité potentielle glo
échissement notable de ce progrès incorporé. bale, c'est-à-dire qu'elle est d'autant plus forte que le
Mais celui-ci varie selon les secteurs. Soit e le surplus progrès technique incorporé au capital est important et
que la part (1-a) des salaires dans la valeur ajoutée est de service du capital potentiel apporté chaque année
par une unité d'investissement. Si ltv représente l'équ faible dans la branche considérée.
ipement de la génération v encore en usage l'année t,
les services potentiels du capital fixe On a retenu pour (1-a) la valeur moyenne de long terme
des années 1970-1989, et pour progrès technique incorsont : Kf = L (1 + t) /, v alors que le vaut : poré les estimations sectorielles du modèle PROPAGE t v=to en 1987 [19]. Kt = E ltv. Cette formule est approchée selon la v=to '
formulation de Solow par : rf = exp e (t • A).Kt . Les coefficients ainsi obtenus sont en général compris
entre 1 % et 5 %. La moyenne s'établit à 4,1 % dans
Une baisse du taux d'accumulation se traduit par un viei l'industrie manufacturière (écart-type : 2,5) et à 3,2 %
llissement du capital et de ses services potentiels. dans l'ensemble des branches (hors énergie, agriculture
et non-marchand).
A partir de la fonction de production (sectorielle) de pleine
capacité suivante :
Les principaux résultats sectoriels sont fournis dans le
tableau suivant. 0°t m Aexp (yt) exp a((t-AM) (K,., DHCJ"
Impact de l'âge du capital sur la productivité potentielle dans quelques branches
Branches 1970-1989 1970-1974 1974-1979 1979-1984 1984-1989 a(1)
- 0,5 - 0,1 - 0,9 - 0,9 Industrie 4,1 + 0,0
Biens intermédiaires - 0.8 - 1,3 - 1,4 - 0,7 T07 Sidérurgie 2,6 + 0,1 - 0,9 - 0,4 - 1,6 - 1,2 T09 Matériaux de construction 4,8 - 0,5
- 0,5 - 0,8 - 0,8 - 0,7 T11 Chimie de base 2,8 + 0,3 - 0,1 - 0,3 - 0,2 T13 Fonderie 1,2 + 0,1 - 0,0
- 0,2 - 0,5 - 0,9 - 0,9 T21 Papier carton 3,5 + 1.4 - 0,7 - 1,7 - 1,2 - 0,5 + 0,7 T23 Caoutchouc-plastiques 4,8
Biens d'équipement - 0,3 - 0,7 - 0,6 - 0,0 T14 Construction mécanique 2,3 + 0,2 - 0,4 - 0,4 - 0,4 - 0,5 - 0,3 T15A Electrique professionnel 5,6 - 0,2 - 0,0 - 0,2 - 0,3 - 0,2 T16 Automobile 1.1
T17 Aéronavale - armement + 0,1 - 0,1 2,6 + 0,1 + 0,5 + 0,1
Biens de consommation - 0,8 - 1,8 - 1,4 - 0,4 T12 Parachimie - pharmacie + 0,9 9,3 T18 Textile - habillement - 0,8 - 0,4 - 1,4 - 1.2 - 0,2 4,1 - 0,4 - 0,4 T22 Presse - édition - 0,3 - 0,5 2,2 + 0,3
Branches non industrielles - 0,1 - 0,2 - 0,1 - 0,2 - 0,2 T24 Bâtiment 1,0 T30 Hôtels - cafés - restaurants - 0,0 1.0 + 0,1 + 0,1 + 0,06 + 0,1 - 0,1 - 1.2 T32 Télécommunications - 0,5 + 0,4 + 0,2 3,4 - 0,05 - 0,3 - 0,2 - 0,05 T34 Services aux particuliers 2,6 + 0,5
1 . a = produit du progrès technique incorporé au capital par le coefficient de capital, en %.
Pour un vieillissement de 1 an du capital matériel, la productivité potentielle baisse de a %.
Seul, l'âge du capital matériel est pris en compte (hors du capital industriel au cours des années 1985-1989
bâtiments). On peut ainsi estimer à près del % par an (rajeunissement dans les biens intermédiaires où les res
la perte de productivité potentielle due au vieillissement tructurations ont été plus précoces, mais poursuite du
du capital dans l'industrie au cours des dix années vieillissement dans les biens d'équipement hors mécan
1975-1984. ique). Dans les branches tertiaires, les commerces et
transports-télécommunications n'accompagnent pas le
Le retournement de tendance perceptible dès 1986 dans mouvement général de rajeunissement du capital
quelques biens intermédiaires, et en 1989 seulement observé dans l'ensemble des autres branches des
dans l'automobile, conduit à une stabilisation de l'âge services.
74 A l'opposé, les disparités de valeur ajoutée par tête Il y a donc sur cette période, un rattrapage de la
entre les branches marchandes et non marchandes qualification industrielle par rapport à celle des
s'accroissent après 1975. Ceci résulte d'une évo autres branches, et notamment du tertiaire. Au
lution plus lente de la productivité du travail dans niveau des grands secteurs, les disparités de quali
fication se sont donc réduites. les branches non marchandes, qui rassemblent une
part croissante des effectifs : 18,6 % en 1970,
25,4 % en 1989. Cependant, compte tenu de la défi Par contre, la dispersion sectorielle des qualifica
nition retenue pour cette "productivité" du travail, tions augmente au sein de l'industrie manufactur
qui correspond pratiquement aux gains de pouvoir ière. Les croissances les plus rapides concernent
les métaux non ferreux, la construction électrique- d'achat de ses personnels, son évolution ne peut être
directement comparée à celle des branches mar électronique, l'aéronavale-armement, la parach
imie-pharmacie (branches à forte croissance de chandes. On étudiera donc l'évolution des dispari
tés en se restreignant aux branches marchandes non valeur ajoutée du travail) ainsi que la presse-édition.
agricoles. A l'opposé, la qualification dans les industries de
main-d'œuvre a évolué plus lentement (textile-cuir,
bois-meubles) ainsi que dans la fonderie et l'auto
mobile.
Les disparités de productivité
Il y a donc un lien étroit entre les évolutions difféaugmentent au sein de l'industrie... rentielles de productivité du travail et la recompos
ition de la main-d'oeuvre vers les catégories les Pour l'ensemble des branches marchandes non agri plus qualifiées. En général, ce sont les mêmes brancoles, la période 1970-1974, comme la période de ches qui bénéficient d'un important progrès techreprise 1985-1989, sont accompagnées d'une légère nique incorporé au capital, fruit d'activités de réduction des disparités, alors que les périodes de recherche plus intenses. Mais compte tenu de délais récession 1975-1979 et 1980-1984 se caractérisent d'ajustements plus longs pour le capital que pour plutôt par un accroissement des disparités de valeur le travail, on relève une faible influence directe de ajoutée par tête ou horaires (notamment grâce à la la variation de l'âge du capital sur la croissance de forte croissance de productivité des branches la productivité du travail (encadré p.74). énergétiques).
Au sein de la seule industrie manufacturière, le dia
gnostic est différent. Sur l'ensemble de la période
1970-1989, et particulièrement après le premier
choc pétrolier, les disparités s'accroissent. Le mou
La mobilité des facteurs explique vement est significatif sur la
une part importante de la croissance période récente (1985-1989).
de la productivité macroéconomique
L'accroissement de la productivité du travail est
plus rapide dans les branches à forte valeur ajou
tée, particulièrement dans les biens intermédiaires La productivité du travail ou du capital pour
(chimie, verre, papier-carton, et même sidérurgie l'ensemble de l'économie résulte de celles de cha
après une période de rattrapage), ainsi que la cune des branches. Dès lors, les disparités dans les parachimie-pharmacie. A l'opposé, la croissance de niveaux et les évolutions des productivités des branla productivité est la plus faible dans les branches ches vont poser des problèmes d'agrégation dans à faible valeur ajoutée (cuir-chaussures, fonderie- le calcul de la productivité macroéconomique. Par travail des métaux), ou devenues à faible valeur exemple, si l'emploi se développe plus rapidement ajoutée (presse-édition, automobile). dans les branches à forte productivité, ou s'il croît
plus lentement dans les branches les moins product
ives, la productivité de l'économie dans son ensemb
le va s'élever (encadré p.74). Il s'agit là d'un effet
...comme les disparités de qualification de structure ou "effet-mobilité".
La croissance de la productivité du travail étant liée Ces vingt dernières années, cet effet a été large
à la combinaison productive et à la qualité des fac ment positif : la réallocation des facteurs de pro
teurs, on peut se demander si les disparités de qua duction a augmenté la productivité macroéconomiq
lification ont elles aussi augmenté dans les années ue. Pour le facteur travail, cet effet s'est réduit
récentes ? et même inversé au cours du temps (graphique II-
A). En effet, la productivité horaire apparente du
Le niveau de qualification des salariés de l'indust travail croît de 1 point au-dessus de la moyenne des
rie augmente de 0,75 % chaque année de 1976 à productivités des branches avant 1974 ; cet effet
1987. Dans l'ensemble des branches, le niveau ini devient négligeable en 1987 et négatif en 1988 et
tial était plus élevé mais il n'augmente que de 0,6 % 1989.
par an sur la même période. C'est ce qu'indique 3. Source : déclarations la construction d'un indice de qualification issu Pour la productivité du capital, par contre, l'effet annuelles de données d'une ventilation des salariés par sexe et en sept sociales. Exploitation mobilité "mobilité" s'est du plutôt capital renforcé a augmenté depuis sa vingt productivité ans. La salariés. groupes de niveaux professionnels (3).
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